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Citations de : Sidonie Gabrielle Colette

Le monde m’est nouveau à mon réveil, chaque matin.

L’heure de la fin des découvertes ne sonne jamais.

Les morts, m’affirmait sereinement une voyante, sont pareils aux vivants, sauf qu’ils sont morts, et voilà tout.

En pays connu

Il n’y a que deux espèces d’êtres humains: ceux qui ont tué et ceux qui n’ont pas tué.

Le Pur et l'Impur (1941)

Il est impossible de vivre avec des gens qui n’ont pas le moindre sens de l’humour.

Ce n’est pas ce que les filles savent qui inquiète leur mère, c’est la façon dont elles l’on appris.

Le coeur n’a pas de rides; il n’a que des cicatrices.

Point ne se fane bouche baisée.

Quand j’étais petite, on me disait: «l’effort porte en soi sa récompense», et j’attendais en effet, après le coup de collier, une sorte de récompense mystérieuse, accablante, une sorte de grâce sous laquelle j’eusse succombé. Je l’attends toujours…

La vagabonde

Quand on est aimé, on ne doute de rien. Quand on aime, on doute de tout.

Quand je n’aurais appris qu’à m’étonner, je me trouverais bien payée de vieillir.

Prisons et paradis

Qu’il s’agisse d’une bête ou d’un enfant, convaincre, c’est affaiblir.

Le Pur et l'Impur (1941)

On peut espérer que, lorsqu’ils seront les maîtres du monde, les insectes se souviendront avec reconnaissance que nous les avons plutôt bien nourris lors de nos pique-niques.

On ne fait bien que ce qu’on aime.

On n’écrit pas un roman d’amour pendant qu’on fait l’amour.

Lettres au petit corsaire (1963)

On croit toujours que c’est plus facile de réussir dans ce qu’on n’a pas appris que dans ce qu’on a appris, c’est naturel.

Mitsou ou Comment l'esprit vient aux filles

On connaît des comédiens aigris, il n’en est guère de désillusionnés.

Paysages et portraits

Mais est-ce très grave, souffrir? Je viens à en douter.

La Naissance du jour

Les sens? Pourquoi pas le sens? Ce serait pudique et suffisant.

Le Pur et l'Impur (1941)

Une femme qui se croit intelligente réclame les mêmes droits que l’homme. Une femme intelligente y renonce.

Une femme qui reste une femme, c’est un être complet.

Ces plaisirs

Une chose qu’on connaît bien pour l’avoir possédée, on n’en est jamais tout à fait privé.

Le Pur et l'Impur (1941)

Un moment présent, même terrible, n’est pas toujours vainqueur du passé délicieux.

De ma fenêtre

Tendre vers l’achevé, c’est revenir à son point de départ.

Suis le chemin et ne t’y couche que pour mourir.

Les Vrilles de la vigne

Sois fidèle à ton impression première.

Lettres, au petit corsaire

Si vous n’êtes pas capable d’un peu de sorcellerie, ce n’est pas la peine de vous mêler de cuisine.

Prisons et paradis

Que le mal nous façonne, il faut bien l’accepter. Mieux est de façonner le mal à notre usage, et même à notre commodité.

L'Etoile Vesper

Quand une femme connaît la préférence d’un homme, cigare compris, quand un homme sait ce qui plaît à une femme, ils sont bien armés l’un contre l’autre.

L’homme trop occupé des femmes reçoit d’elles, un jour, sa punition.

Chambre d'hôtel

L’authentique méchant, le vrai, le pur, l’artiste, il est rare qu’on le rencontre même une fois dans sa vie.

La Naissance du jour

Je vis sur le fonds de frivolité qui vient au secours des existences longues.

L'Etoile Vesper

Il y a souvent plus d’angoisse à attendre un plaisir qu’à subir une peine.

Il y a deux sortes d’amour: l’amour insatisfait, qui vous rend odieux, et l’amour satisfait, qui vous rend idiot.

Il n’y a de peine irrémédiable, sauf la mort.

Il est sage de verser sur le rouage de l’amitié l’huile de la politesse délicate.

Il est bon de traiter l’amitié comme les vins et de se méfier des mélanges.

Faites des bêtises, mais faites-les avec enthousiasme.

Connaître ce qui lui était caché, c’est la griserie, l’honneur et la perte de l’homme.

Mélanges

Les femmes libres ne sont pas des femmes.

Le voyage n’est nécessaire qu’aux imaginations courtes.

Belles Saisons

Le visage humain fut toujours mon grand paysage.

Trait pour trait

Le vice, c’est le mal qu’on fait sans plaisir.

Claudine en ménage

Le tout est de changer.

Mes apprentissages

Le difficile, ce n’est pas de donner, c’est de ne pas tout donner.

La Naissance du jour

La quiétude… C’est le bien de ceux qui ont à jamais choisi une part de leur destin, et rejeté l’autre.

La plupart du temps, c’est l’ordinaire qui me pique et me vivifie.

Le Fanal bleu

La femme est capable de tous les exercices de l’homme sauf de faire pipi debout contre un mur.

La bonne foi n’est pas une fleur spontanée, la modestie non plus.

Ces plaisirs

Choisir, être choisi, aimer: tout de suite après viennent le souci, le péril de perdre, la crainte de semer le regret.

Ces plaisirs qu’on nomme, à la légère, physiques.

Ces plaisirs

Aujourd’hui ou on s’épouse et on n’a pas d’enfant ou on ne s’épouse pas et on a des enfants.

Sur une route sonore s’accorde, puis se désaccorde pour s’accorder encore, le trot de deux chevaux attelés en paire.

L'Etoile Vesper (1946)

Son regard rencontre rarement le mien, que je dérobe.

La vagabonde (1910)

Ainsi ma concierge m’apprit qu’on dératisait Paris. Si c’est une bonne chose, ce n’est pas un joli mot.

Paris de ma fenêtre, 24 avril 1941

Mais ne plus posséder d’argent, ce n’est qu’une des étapes du dénûment.

La Naissance du jour (1928)

C’est à qui réalisera le mélange le plus baroque, les liquides les plus dénaturés.

Claudine à l'école

Ce qui sent comme ça c’est un fût plein, que le printemps moisi dénature et qui de vin tourne en vinaigre,

L'Etoile Vesper (1946)

Quand je rêve – je rêve peu – je me délecte assez souvent de ce dont ma veille sagement se prive.

L'Etoile Vesper (1946)

Un seul arbre, un peuplier à jeunes feuilles vernissées, recueillait la clarté lunaire et dégouttait d’autant de lueurs qu’une cascade.

La Chatte (1933)

Je pèche souvent par orgueil, comme il arrive aux gens de petite origine qui se dégoûtent du milieu où ils sont nés.

La Naissance du jour (1928)

J’aimerais, parents, que vous n’écrasiez pas sous des railleries défleurissantes un rêve qui a sa pudeur, et son romantisme.

Paris de ma fenêtre, 25 décembre 1940

Pendant une bouffée de silence, épaisse comme une brume, je viens d’entendre choir sur la table voisine les pétales d’une rose qui n’attendait, elle aussi, que d’être seule pour défleurir.

L'Etoile Vesper (1946)

Maintenant que je me défais peu à peu et que dans le miroir peu à peu je lui ressemble, je doute que, revenant, elle me reconnaisse pour sa fille.

La Naissance du jour (1928)

Segonzac ne décore sa «salle» vaste comme une grange, que de trophées rustiques, faux et râteaux croisés, fourches à deux dents en bois poli, couronnes d’épis, et fouets à manches rouges dont les mèches tressées parafent gracieusement le mur.

La Naissance du jour (1928)

Et ta mère? lui demanda Julie.- Remariée, ma mère, rien que pour me vexer. A soixante et onze ans!- Ca, alors… dit Coco Vatard. C’est débecquetant.

Julie de Carneilhan

Et ma soupe de mes oignons gratinée, c’est de la crotte de bique, alors?

La Naissance du jour (1928)

L’homme qui venait greffer gardait toujours sur lui son couteau à greffe, qui comportait une douce et courte petite lame d’ivoire en forme d’amande.

Flore et Pomone

Pourquoi suspendre la course de ma main sur ce papier qui recueille … ce que je sais de moi, ce que j’essaie d’en cacher, ce que j’en invente et ce que j’en devine?

La Naissance du jour (1928)

Il ne faudra pas attendre que j’enregistre, dans la courbe de mes relations, de mes échanges avec l’animal, les premiers fléchissements.

La Naissance du jour (1928)

Ce lieu déborde de vie, surtout à la pointe du jour et au coucher des oiseaux.

La Naissance du jour (1928)

Nous achetions à pleins couffins la laide orange d’été, pour presser sa chair petite et pâle, corser son jus en le mêlant à celui du citron frais cueilli.

Flore et Pomone

La miniature représente une jeune dame à coiffure trilobée – une grosse coque en haut, une grappe de boucles, genre chipolatas, sur chaque tempe.

L'Etoile Vesper (1946)

J’ai vu mon content de figures sympathiques aujourd’hui.

La Naissance du jour (1928)

Un secret, bien gardé par ses détenteurs, couvé hermétiquement, se conserve sans dommage, et sans fruit.

La Naissance du jour (1928)

Ce n’est pas là le bilan d’une ogresse. Plutôt le jeu, assez cruel, d’une connaisseuse en plaisirs de l’esprit.

Le Pur et l'Impur (1932)

Elle nous adopta tous dans son coeur, suivit ma mère à la boucherie, me fit un bout de conduite quotidienne sur le chemin de l’école.

Histoires pour Bel-Gazou

Je peux bien me décarcasser à faire de l’ironie, elle n’a même pas l’air d’entendre.

Julie de Carneilhan

Mieux est façonner le mal à notre usage, et même à notre commodité.

L'Etoile Vesper (1946)

Il me montrait un visage si écarquillé, ouvert à toutes les conjectures, et si comique par sa nouveauté que … je ne pus garder mon sérieux.

La Naissance du jour (1928)

Nous aimons, colons éparpillés sur la côte, les dîners impromptus, parce qu’ils nous réunissent pour une heure ou deux.

La Naissance du jour (1928)

Jamais la collection n’a été plus jolie, madame; nous avons des tissus imbattables!

Belles Saisons

Il y a encore le colchique d’automne, vénéneuse veilleuse, qui empoisonne les prairies de son mauve distingué.

L'Etoile Vesper (1946)

La miniature représente une jeune dame à coiffure trilobée – une grosse coque en haut, une grappe de boucles, genre chipolatas sur chaque tempe.

L'Etoile Vesper (1946)

C’est des gargouillades plutôt coco, mais quel ruissellement de poésie!

Claudine s'en va (1903)

Inhospitalier de nature, le Français soigne d’une manière défensive ses abords immédiats, s’entoure d’églantier, d’épine noire et de genévrier; il barbèle au besoin son jardin, et sa première débauche d’imagination est pour la clôture.

Flore et Pomone

On lui confiait les petits chats à lécher, les chiots des lices étrangères.

Histoires pour Bel-Gazou

Herbert, tu tiens beaucoup à ce chintz? On ne t’a jamais dit que le chintz noir et rose t’allait comme un sautoir de perles à un bouledogue?

Julie de Carneilhan

Le col? Il n’y en a pas de col! C’est ouvert en V devant et derrière, entouré d’une chicorée de mousseline de soie et fermé par un chou de ruban rouge.

Claudine à l'école

Ils échangent, hulottes et chevêches, effraies et grands-ducs,des rires tremblés, des sanglots, des sifflements doux, et aussi ces cris poignants qu’entendaient seules les nuits.

La Paix chez les bêtes (1916)

La chatte siamoise, tout à l’heure morte d’aise sur le mur tiède, ouvre soudain ses yeux de saphir dans son masque de velours sombre…

Histoires pour Bel-Gazou

L’aiguille mousse aux doigts, je conduis la laine captive du chas oblong.

L'Etoile Vesper (1946)

Si jeunes, et portant en cierge leur queue massive, charnue à la base comme une queue de petit mouton!

La Paix chez les bêtes (1916)

Pour elle, il «faisait du charme» comme pour n’importe qui, par habitude invétérée.

Julie de Carneilhan

Là, mon petit, il faut tirer le chapeau. Des beautés comme ça, on n’en fait plus.

La Fin de Chéri (1926)

Nous sommes toutes éreintées, nous, mais qui reconnaîtrait en mademoiselle la duègne qui nous chaperonna ces trois jours?

Claudine à l'école

A ceux-ci je n’ai pas causé de si grands tourments, tout au plus des ennuis.

La Naissance du jour (1928)

Je n’ose nommer qu’à présent la cause de ma gêne, de ma rougeur, de ma maladresse … elle se nomme timidité.

La Naissance du jour (1928)

Des cataplasmes d’amidon sur une brûlure: ça ne guérit pas, mais ça soulage à condition de les renouveler tout le temps.

Chéri (1920)

Mais rien n’empêchera plus qu’une ombre funeste, peu à peu, s’avance sur elle, ternisse sa saine pâleur rosée, sa carnation de tubéreuse.

L'Etoile Vesper (1946)

Puis elle brancha le fer à repasser, caparaçonna la table de cuisine et se mit à l’ouvrage.

Julie de Carneilhan

Elle faisait la brave, et le toisait, une main sur la hanche, la tête d’aplomb sur son beau cou.

La Chatte (1933)

Si je me risque à vous exposer, sur la manière d’élever les enfants, mes idées personnelles, n’allez-vous pas me traiter de bourrelle?

Paris de ma fenêtre, 20 février 1941

Quand on n’a, de sa vie, été bohème, pourquoi faillir sur la fin à ce qu’on professe le mieux?

L'Etoile Vesper (1946)

Il ricana parce que l’officier américain bedonnait: – Pour une nation de sportifs, qu’est-ce qu’il tient comme bide!

La Fin de Chéri (1926)

On ne voit plus de nuques tentantes ni de tempes vaporeuses, on ne voit plus que de petits mufles – mâchoires, menton, bouche, nez – qui prennent, cette année, un véridique et frappant caractère de bestialité.

La vagabonde (1910)

Un grand vent s’est levé sur le soir. Il a séché la pluie, emporté les grosses outres molles des nuages ballonnés, porteurs de bénigne humidité.

La Naissance du jour (1928)

Je parle de lui avec une autorité que je ne confonds pas avec l’infaillibilité.

L'Etoile Vesper (1946)

Une longue jonque de nuages … amarée au ras de l’horizon, retardait seule le premier feu de l’aurore.

La Naissance du jour (1928)

Goinfre, elle attrape au vol tout ce qui tombe. Elle avale – plouc! – les gros morceaux …

La Paix chez les bêtes (1916)

Tout un bouquet de douces odeurs sombres et tenaces, qui demeuraient longtemps attachées aux paumes.

La Chatte (1933)

L’animal aime presque autant que nous le bonheur … Mais il fuit le malheur comme il fuit la fièvre; et je le crois capable, à la longue, de le bannir.

La Naissance du jour (1928)

Vous jetez la balle au chat, qui calcule mal son élan, exprès, et la laisse rouler sous le fauteuil.

La Paix chez les bêtes (1916)

Dans peu d’instants le lait bouillant, le café noir, le beurre reposé au fond du puits rempliraient leur office de panacée.

La Naissance du jour (1928)

Le banc de droite branlait, par beau temps, aux mêmes heures, sous une brochette de petites filles déjà grandes, serrées et remuantes comme des passereaux sur la tuile d’une cheminée chaude.

La Maison de Claudine (1922)

La brise longue et égale courait à travers les arbres avec un murmure de rivière.

La Chatte (1933)

L’extrémité de son poil court et fourni brille, s’irise au soleil comme fait l’hermine.

La Paix chez les bêtes (1916)

Une étoile filante raya brièvement le haut du ciel, vite perdue dans le banc des vapeurs qui pesait sur Paris.

Julie de Carneilhan

Nous nous laissions aller, vis-àvis d’Hélène, à une familiarité qu’elle ne tentait pas de brider.

L'Etoile Vesper (1946)

Il paraît que la «bricole» était une machine de guerre, avant que nous ne nommions ainsi une activité qui s’emploie à pallier l’infortune de la paix, à faire de presque rien quelque chose.

Paris de ma fenêtre, 19 décembre 1940

Mais elle ne pouvait pas comprendre que l’humeur sensuelle de l’homme est une saison brève, dont le retour incertain n’est jamais un recommencement.

La Chatte (1933)

La séduction qui s’attache aux femmes enfantines ne quittait pas sa maturité.

L'Etoile Vesper (1946)

Qu’importe la mélodie, à qui s’enquiert de l’archet, et de la main qui tient l’archet?

La Naissance du jour (1928)

Epaule-t-on ce qui chancelle, si l’on ne s’arc-boute?

L'Etoile Vesper (1946)

Les arabesques de ma danse, les signes maléfiques que j’écris dans l’air, les hiéroglyphes de ma queue qui se trord en serpent coupé …

La Paix chez les bêtes (1916)

La chatte ne fuyait pas à mon approche, mais elle se dérobait comme une anguille, à la seconde juste où j’allais la toucher.

La Paix chez les bêtes (1916)

Le besoin de survivance est si vif chez nous, femmes, et si féminin l’appétit de victoire physique!

L'Etoile Vesper (1946)

Elle baissa vite, avec embarras, son bras nu, belle anse rougeâtre.

La Naissance du jour (1928)

Ah! si du moins j’avais ressenti au coeur le battement, aux mains le froid annonciateur, dans tout le corps une célébration de l’angoisse.

La Naissance du jour (1928)

Car j’ai un amoureux. Je ne trouve à lui donner que ce nom passé de mode; il n’est ni mon amant, ni mon flirt, ni mon patito … c’est mon amoureux.

La vagabonde (1910)

L’impuissance à servir ce qu’on aime est la plus amère des déceptions.

L'Etoile Vesper (1946)

La page blanche s’alluma sous le rayon qui fendait l’ombre et jeta son reflet au plafond comme un miroir.

La Naissance du jour (1928)

Ainsi va la routine de souffrir, comme va l’habitude de la maladresse amoureuse …

La Naissance du jour (1928)

Quelqu’un ouvre la porte en demandant d’un ton à l’ail: «hé! qui peut faire cet infernal tapage dans l’escalier?»

Claudine à l'école

Je respire l’odeur humaine, aggravée de fleur morte et de pétrole, qui offense le jardin.

La Maison de Claudine (1922)

Marie et Anaïs, ravies, essayent les leurs (diadèmes) au milieu d’un cercle admirant de gosses.

Claudine à l'école

Ces petits souvenirs-là, comme ils sont acides, irritants … Leur vivacité d’évocation nous fait un peu lâches.

Flore et Pomone

Une brise acide et pressée jetait sur le soleil une fumée de nuages rapides.

Les Vrilles de la vigne (1908)

C’est le printemps rôti, qui accourcit l’herbe et les lances du blé.

L'Etoile Vesper (1946)

Comme deux noirs papillons qui s’accolent, puis se disjoignent, puis s’accolent.

La Paix chez les bêtes

La rapidité de nos répliques, que nous n’avions pas prévue, nous eût menés à l’accent d’une querelle.

La Naissance du jour (1928)

Le rythme du labeur se plie à la convenance du vin qui n’est ni hâte, ni brutalité.

La craie ingrate pleure, en vin, des larmes d’or.

Je me vante d’avoir grandi, mûri, vieilli dans la familiarité du vin, à le tutoyer dès l’enfance, on perd l’esprit d’intempérance et de gloutonnerie, on acquiert, on forme son goût personnel.

Je suis entrée dans le monde du vin sans autre formation professionnelle qu’une gourmandise certaine des bonnes bouteilles.

Seul dans le domaine végétal, le vin permet à l’homme de comprendre la véritable saveur de la terre.

Don Juan n’était pas jeune; il était laid et sentait le bouc.

C’est une langue bien difficile que le français. A peine écrit-on depuis quarante-cinq ans qu’on commence à s’en apercevoir.

Au lieu d’aborder des îles, je vogue donc vers ce large où ne parvient que le bruit solitaire du coeur, pareil à celui du ressac. Rien ne dépérit, c’est moi qui m’éloigne, rassurons-nous. Le large, mais non le désert.

Le Fanal bleu

L’amour, ce n’est pas un sentiment honorable.

Sido

Une femme se réclame d’autant de pays natals qu’elle a eu d’amours heureuses.

La Naissance du jour

Fêtons Noël comme il viendra, et ne ronchonnons pas. L’essentiel est de le fêter. Il y a fête et fête: celle-ci sera sans truffes et sans dinde. Mais la «fête» est un état d’esprit plutôt qu’une frairie.

Belles Saisons, Noël

Les lettres d’amour, on devrait pouvoir les dessiner, les peindre, les crier.

La Retraite sentimentale (1907)

Pour le seul printemps nous devenons pareils à l’oiseau sous l’auvent de tuile, pareils au cerf lorsqu’une certaine nuit il respire, dans la forêt d’hiver, l’inopiné brouillard que tiédit l’approche du temps nouveau.

L'Etoile Vesper (1946)

Le sentiment d’attente ne s’ajuste qu’au seul printemps. Avant lui, après lui nous escomptons la moisson, nous supputons la vendange, nous espérons le dégel. On n’attend pas l’été, il s’impose ; on redoute l’hiver.

L'Etoile Vesper (1946)

Il faut avec les mots de tout le monde écrire comme personne.

La Retraite sentimentale (1907)

Je voudrais vous faire partager cette conviction que chacun ne possède, ne doit posséder qu’une très petite part du bonheur.

La Retraite sentimentale (1907)

Et pourquoi mon orgueil s’attache-t-il à ne vouloir dans mon coeur que des êtres particuliers ! Tout ce qui les identifie au reste du monde m’irrite contre eux et contre moi.

La Retraite sentimentale (1907)

Surtout j’ai la douleur, cette douleur toujours jeune, active, inspiratrice d’étonnement, de colère, de rythme, de défi, la douleur qui espère la trêve mais qui ne prévoit pas la fin de la vie, heureusement j’ai la douleur.

Le Fanal bleu (1949)

Mon instinctif penchant qui se plaît à la courbe, à la sphère et au cercle… Tendre vers l’achevé, c’est revenir à son point de départ.

Discours de réception

Choisir, noter ce qui fut marquant, garder l’insolite, éliminer le banal, ce n’est pas mon affaire, puisque la plupart du temps, c’est l’ordinaire qui me pique et me vivifie.

Le Fanal bleu (1949)

S’étonner est un des plus sûrs moyens de ne pas vieillir trop vite.

Discours de réception à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique (1935)

Rien ne mène – je le sais – à l’amour. C’est lui qui se jette en travers de votre route. Il la barre, à jamais, ou s’il la quitte, laisse le chemin rompu, effondré.

La vagabonde (1910)

On dirait que pour lui – et je sens que ceci nous sépare – la volupté est faite de désir, de perversité, de curiosité allègre, d’insistance libertine. Le plaisir lui est joyeux, clément et facile, tandis qu’il me terrasse.

Claudine en ménage

Eloquente, grandiloquente, volubile, Mme de Noailles ne livrait pourtant que peu d’elle-même, en agitant autour d’elle des paroles nombreuses, comme autant de voiles qu’exigeait sa pudeur.

Belles Saisons

C’est au sein de pareils villages qu’il fallait chercher des vieillards durables, plutôt des vieillardes car – selon le mot désabusé d’une de celles-ci, – «ce n’est guère solide, un homme».

Belles Saisons

La vie d’un être à peu près immobile est un tourbillon de hâte et de variété.

L'Etoile Vesper (1946)

Mes vacances? C’est d’aller travailler ailleurs.

Belles Saisons

Si je n’étais pas optimiste, je ne serais pas un homme politique. Un homme politique, c’est un homme qui est persuadé qu’il va réussir où d’autres ont échoué, un homme qui se croit digne de la tâche qu’il entreprend, qui croit au succès de ses idées.

Belles Saisons

Tout près de Paris, à vos pieds, promeneurs, cette rosace délicate, c’est le jeune pissenlit, et cette perle à son centre, c’est sa future fleur.

Belles Saisons

Toute leur enfance les a unis, l’adolescence les sépare.

Le Blé en herbe (1923)

Si un homme m’aime, il ne doit pas me préférer quelque chose d’autre, pas même le suicide.

Le Toutounier (1939)

Plus que sur toute autre manifestation vitale, je me suis penchée, toute mon existence, sur les éclosions. C’est là pour moi que réside le drame essentiel, mieux que dans la mort qui n’est qu’une banale défaite.

Le Blé en herbe (1923)

On s’habitue à ne pas manger, à souffrir des dents ou de l’estomac, on s’habitue même à l’absence d’un être bien aimé, on ne prend pas l’habitude de la jalousie.

La vagabonde (1910)

Je veux écrire des livres tristes et chastes, où il n’y aura que des paysages, des fleurs, du chagrin, de la fierté, et la candeur des animaux charmants qui s’effraient de l’homme.

Dialogues de bêtes (1904)

Tu es là, besoin d’écrire? Tu es bien là, nécessaire, membru, typique, tu es toujours là? Je te percute, je tâte ta présence. Quelle méfiance n’eus-je pas de toi – et de moi – durant que je souhaitais avoir fini d’écrire?

Belles Saisons

Chercher l’amitié, la donner, c’est d’abord crier: «Asile! Asile!» Le reste de nous est sûrement moins bien que ce cri, il est toujours assez tôt pour le montrer.

La Naissance du jour (1928)

Une femme se réclame d’autant de pays natals qu’elle a eu d’amours heureux. Elle naît aussi sous chaque ciel où elle guérit la douleur d’aimer.

La Naissance du jour (1928)

Tout ce qui m’a étonnée dans mon âge tendre m’étonne aujourd’hui bien davantage. L’heure de la fin des découvertes ne sonne jamais. Le monde m’est nouveau à mon réveil chaque matin et je ne cesserai d’éclore que pour cesser de vivre.

Le Blé en herbe (1923)

Si je me fais sauvage et muette quand je ne suis pas heureuse, c’est que je trouve mes ressources dans le silence et l’insociabilité.

Lettres au petit corsaire (1963)

Dans le coeur, dans les lettres de ma mère, étaient lisibles l’amour, le respect des créatures vivantes. Je sais donc où situer la source de ma vocation…

La Naissance du jour (1928)

D’instinct j’aime acquérir et engranger ce qui promet de durer au delà de mon terme.

La Naissance du jour (1928)

Ils additionnèrent des kilomètres, décrièrent leur voiture, s’injurièrent cordialement et se sentirent ravivés, presque réhabilités, par une camaraderie oubliée.

La Chatte (1933)

L’époque et la région étaient encore frugales, infractions consenties aux grandes noces, aux baptêmes et aux repas de premières communions.

Belles Saisons

L’humilité a sa source dans la conscience d’une indignité, parfois aussi dans la conscience éblouie d’une sainteté.

Belles Saisons, Discours de réception

C’est au sein de pareils villages qu’il fallait chercher des vieillards durables, plutôt des vieillardes car – selon le mot désabusé d’une de celles-ci – «ce n’est guère solide, un homme».

Belles Saisons

Polaire, actrice pathétique sans le savoir, belle en dépit du canon antique, qui ne voulut jamais modeler au gré de la mode son corps de guêpe. Sa taille jouait à l’aise dans un faux col: 42 centimètres.

Belles Saisons

Il y avait cette excellente friandise italienne qui consiste en quelques grains de raisin muscat confits dans du vin liquoreux, ridés au soleil, momifiés et capiteux, roulés dans des feuilles de vigne.

Flore et Pomone

Un repas en commun dans une gare est prétexte seulement à vacarme, à plaisanteries usagées, quand cette excitation ne fait pas place à une gloutonnerie maussade et silencieuse.

Belles Saisons

De chaque détour surgissent ou s’enfuient une erreur, un mensonge involontaire, une vérité chenue de trente ans d’âge, qui gauchit les faits et respecte les figures.

L'Etoile Vesper (1946)

C’est vers 1918 que j’accompagnai une amie chez sa corsetière en m’étonnant un peu qu’une mode qui supprimait la taille ne pût se passer de gaines secrètes.

Belles Saisons

En attendant que nos modistes reviennent à une conception décente du chapeau, la femme lie des relations de plus en plus étroites avec le coiffeur.

Belles Saisons

Paris puise en lui-même sa sagesse et sa modération. Il n’est mesure que de Paris.

Belles Saisons

A intervalles réguliers, la femme de lessive versait sur le lit de cendres un broc d’eau bouillante qu’elle filtrait dans la masse du linge.

Journal à rebours (1941)

Ce qu’on trouve ne vaut pas toujours ce qu’on quitte.

Chambre d'hôtel (1940)

Une conjecture nous semble unique parce que nous ne sommes pas assez subtils pour discerner qu’elle fait pendant, vêtue de neuf, à un vieux hasard identique…

Chambre d'hôtel (1940)

Une absence totale d’humour rend la vie impossible.

Chambre d'hôtel (1940)

Une femme qui lutte contre son mal est un spectacle qu’on peut nommer édifiant.

Chambre d'hôtel (1940)

J’aime le courage féminin, son ingéniosité à organiser une vie blessée.

Chambre d'hôtel (1940)

C’est si simple, n’est-ce pas, l’amour? Tu ne lui prêtais pas ce visage ambigu, tourmenté? On s’aime, on se donne l’un à l’autre, nous voilà heureux pour la vie, n’est-ce pas? Ah! que tu es jeune, et pis que jeune, toi qui ne souffres que de m’attendre!

La vagabonde (1910)

Source encore glacée, miroirs gelés, Rois sortant tout raidis d’or des ténèbres de décembre, c’est janvier, en marche vers la Chandeleur, qui détient l’indiscernable futur.

Belles Saisons

Une divination fouisseuse le maintenait autour du trésor caché. Comment cela lui est-il arrivé d’être vieille ? Tout d’un coup, un matin ? ou peu à peu ?

La Fin de Chéri (1926)

Ca fouette dans ton escalier. Pire qu’un terrier.

La Fin de Chéri (1926)

Les personnes valides croient toujours que de l’immobilité forcée naît l’ennui.

L'Etoile Vesper (1946)

Chéri s’assit sur un banc, sans prendre garde que ses forces, mystérieusement délabrées depuis qu’il les dispersait en veilles, depuis qu’il négligeait d’assouplir et d’alimenter son corps, devenaient promptes à le trahir.

La Fin de Chéri (1926)

Il s’est follement jeté au-devant de moi à dessein de me retrouver.

L'Etoile Vesper (1946)

L’habitude de la défiance et du mensonge figeaient ses traits dès qu’il cachait un sentiment vif.

La Fin de Chéri (1926)

Une longue jonque de nuages, teinte d’un violet épais et sanguin, amarrée au ras de l’horizon, retardait seule le premier feu de l’aurore.

La Naissance du jour (1928)

Elle le regarde félinement de côté.

L'Ingénue libertine (1909)

La chatte feint de l’oublier et ne lui accorde plus, au jardin, la faveur d’un regard.

La Paix chez les bêtes (1916)

Mon goût tardif, – acquis, un peu artificiel, – des déplacements et du voyage fait bon ménage avec un fatalisme foncier et paisible de petite bourgeoise.

La vagabonde (1910)

Sous le gaz verdâtre, ma rue, à cette heure, est un gâchis crémeux, praliné, marron-moka et jaune caramel, – un dessert éboulé, fondu, où surnage le nougat des moellons.

La vagabonde (1910)

Un crescendo brusque, imprévu, effroyable, des râles, la mêlée aérienne de deux voix furibondes.

La Paix chez les bêtes (1916)

Mais rien n’empêchera plus qu’une ombre funeste, peu à peu, s’avance sur elle, ternisse sa saine pâleur rosée.

L'Etoile Vesper (1946)

Le fuchsia non plus n’est pas muet. Son bouton rougeaud ne divise pas ses quatre contrevents, ne les relève pas en cornes de pagode sans un léger claquement de lèvres, après quoi il libère, blanc, rose ou violet, son charmant juponnage froissé.

Gigi (1944), Flore et Pomone

Quel ancêtre me légua, à travers des parents si frugaux, cette sorte de religion du lapin sauté, du gigot à l’ail, de l’oeuf mollet au vin rouge … ?

La Maison de Claudine (1922)

Mais tu ne peux donc pas rire sans froncer ton nez comme ça ? Tu seras bien content quand tu auras trois rides dans le coin du nez, n’est-ce pas ?

Chéri (1920)

Car elle frôle constamment la tentation la plus poignante, la plus suave, la plus parée de tous les attraits: celle de se venger.

La vagabonde (1910)

L’odeur amère et froide des petites noix véreuses.

La Maison de Claudine (1922)

Les jambes leur fourmillent. Allons, partons donc puisqu’elles en ont tant envie !

Claudine à l'école

Et je suis si contente de voir tout mon petit fourbi là, sous mes yeux, bien en ordre.

La Fin de Chéri (1926)

Mais toute personne que je vais rencontrer, je vais me faire sur elle des idées d’enfant caché, c’est passionnant.

Julie de Carneilhan (1941)

Reverrai-je sa petite silhouette de gargouille, coiffée jusqu’aux sourcils d’un de ces calots «à la mode» qu’elle fabriquait elle-même !

La vagabonde (1910)

Ils restent là, à leur poste. Des expectants des deux sexes prennent la précaution d’apporter un journal et s’en font des houseaux.

Paris de ma fenêtre, 1941

Le gilet de tricot cachou, bruni par la sueur, disparaît sous un dolman saphir, matelassé aux épaules, qui étrangle la taille.

La Paix chez les bêtes (1916)

Je dis «ce milieu», parce que, tout en l’aimant beaucoup, je me trouve quelquefois étrangère parmi les peintres et leurs amies.

La Naissance du jour (1928)

Elle lui souriait de profil, belle comme toujours au crépuscule, la joue brune et transparente, le coin de l’oeil et les dents du même blanc étincelant.

La Chatte (1933)

Notre amitié s’élargirait jusqu’à devenir ce lien que la séparation étire sans le rompre.

L'Etoile Vesper (1946)

Pour essorer les draps qu’on savonnait à la main, nous les tordions, cravatés au col d’un gros robinet de cuivre.

Le Fanal bleu (1949)

Un demi-sourire errant passa sur le beau visage fermé.

Chéri (1920)

Des cris variés, agréables comme des chants, s’envolent par les fenêtres, tourbillonnent dans la spirale de l’escalier comme des fleurs éclatantes.

La Paix chez les bêtes (1916)

On s’engueulait à journée faite, mon petit, mais seulement devant les tiers … ça leur donnait l’idée que nous étions en ménage.

La Fin de Chéri (1926)

D’instinct, j’aime acquérir et engranger ce qui promet de durer au delà de mon terme.

La Naissance du jour (1928)

Il l’enfourna dans un taxi où elle se confondit avec l’ombre et cessa d’exister.

La Fin de Chéri (1926)

Gardons tout, par respect pour les voies qu’empruntent la dispersion et le retour.

L'Etoile Vesper (1946)

En deux temps, les laissés-pour-compte s’équipent, ferment le compteur à gaz, empochent la clef de l’appartement et hop!

Belles Saisons

Un duvet blanc, à peine visible d’ordinaire, s’emperlait, autour de la bouche, d’une rosée d’émotion.

La Naissance du jour (1928)

La puissante lumière de l’été s’empare … du moindre objet, l’exhume, le glorifie ou le dissout.

La Naissance du jour (1928)

Ce n’est qu’un homme capable de feindre une émotion sans doute, mais non de la dissimuler.

La vagabonde (1910)

Il porte des vêtements un peu comme des «habits de fête», avec une gaucherie indélébile et sympathique, en beau paysan endimanché.

La vagabonde (1910)

La nouveauté d’une douleur errante qui ne savait encore où se poser, emmenait Michel… vers la jeunesse d’Alice et la sienne.

Duo (1934)

Un costume tailleur noir médiocrement coupé, étroit aux emmanchures, et la chemisette de batiste blanche, très fine, un peu bridée à la hauteur des seins.

La Fin de Chéri (1926)

Je vais, je viens, je te dépasse, je reviens, je t’environne, en cercles, en ellipses, en huit …

La Paix chez les bêtes (1916)

Une responsabilité écrasante pèse sur vous tous, – celle de protéger, de prolonger, d’embellir ma scintillante, ma précieuse petite vie d’elfe.

La Paix chez les bêtes (1916)

Dans ce milieu charmant, j’apporte en écot ma tête frisée …

Claudine en ménage

Entre l’éclosion des oeufs et l’essor des oisillons, la tâche d’un couple de mésanges confond l’observateur.

Histoires pour Bel-Gazou

Un bruit de cristaux brutalisés lui parvint, puis la voix d’Edmée, claire, durcie pour la réprimande.

La Fin de Chéri (1926)

La chatte dehors, miaula pour entrer, et se dressa contre le grillage abaissé, en le grattant délicatement, comme une joueuse de harpe.

La Naissance du jour (1928)

Rares sont mes jours sans cadeaux. Entendons-nous: je n’ai affaire presque qu’à des donateurs qui me connaissent bien, et savent comment pouvoir à ce que je nomme mon insatiable avidité.

Le Fanal bleu (1949)

Sans soins et sans repos nocturne, que disait mon visage?

La Naissance du jour (1928)

Vial dévoila ses yeux qu’il tenait baissés, ouvrit en grand son visage surpris, où toute sa bonne foi d’homme apparut.

La Naissance du jour (1928)

O ma pauvre belle, ne te fais donc pas plus déssalée que tu n’es! Avec moi, ça ne prend pas.

Julie de Carneilhan

Je voudrais vous faire partager cette conviction que chacun ne possède, ne doit posséder qu’une très petite part du bonheur…

La Retraite sentimentale (1907)

Viens, mon petit puma, viens… Ma chatte des cimes, ma chatte des lilas, Saha, Saha…

La Chatte (1933)

Décidément, le ciel n’a pas voulu mettre en moi l’âme d’une soeur de charité. Les malades m’attristent et m’irritent, les enfants m’agacent… Jolie petit nature ! Je mériterais, pour me punir, une trôlée de mioches à moucher, à ficeler, à peigner…

La Retraite sentimentale (1907)

Et pourquoi mon orgueil s’attache-t-il à ne vouloir dans mon coeur que des êtres particulier ? Tout ce qui les identifie au reste du monde m’irrite contre eux et contre moi.

La Retraite sentimentale (1907)

S’il ne fallait qu’être cocu pour avoir du talent… votre mari serait un Prince des Lettres, Annie !

La Retraite sentimentale (1907)

Grande maison grave, revêche avec sa porte à clochette d’orphelinat, son entrée cochère à gros verrou de geôle ancienne, maison qui ne souriait que d’un côté.

La Maison de Claudine (1922)

Si j’avais un fils à marier, je lui dirais : «Méfie-toi de la jeune fille qui n’aime ni le vin, ni la truffe, ni la musique.»

Paysages et portraits (1958)

Il y a deux espèces d’amour, dit Maurice, l’amour insatisfait qui vous rend à tous odieux, et l’amour satisfait qui vous rend idiot.

L'Entrave (1913)

Il découvrait, non seulement le monde des émotions qu’on nomme à la légère, physiques, mais encore la nécessité d’embellir, matériellement, un autel où tremble une perfection insuffisante.

Le Blé en herbe (1923)

L ‘amour, ce n’est pas un sentiment honorable.

La Naissance du jour (1928)

Une chose que l’on connaît bien pour l’avoir bien possédée, on n’en est jamais tout à fait privé.

Le Pur et l'Impur (1932)

Une seule timidité nous est commune : nous n’osons pas ouvertement avoir besoin les uns des autres.

Le Pur et l'Impur (1932)

Cela s’arrangera. On ne sait pas comment, mais cela s’arrangera. Il n’y a pas de peine irrémédiable, sauf la mort.

La Retraite sentimentale (1907)

Vous m’aimez, je ne vous aime pas : est-ce que tout n’est pas dit pour vous ? Est-ce que la mort n’est pas le secours de toute vie qui se refuse à couronner l’amour ?

L'Ingénue libertine (1909)

Il n’y a guère que dans la douleur qu’une femme soit capable de dépasser sa médiocrité.

La vagabonde (1910)

On ne fait bien que ce qu’on aime. Ni la science ni la conscience ne modèlent un grand cuisinier.

Prisons et paradis

On meurt très rarement d’avoir perdu quelqu’un. Je crois qu’on meurt plus souvent de quelqu’un qu’on n’a pas eu.

Gigi (1944)

L’argent est un jeu qui ne passe pas de mode.

Chéri (1920)

Rien ne mène à l’amour. C’est lui qui se jette en travers de votre route. Il la barre à jamais, ou, s’il la quitte, laisse le chemin rompu, effondré.

La vagabonde (1910)

L’amour, c’est ce choc douloureux et toujours recommencé, contre une paroi qu’on ne peut pas rompre.

L'Entrave (1913)

Hélas ! Il faut combattre ce qu’on aime, en amour comme en maternité.

Aventures quotidiennes

Nous n’échappons pas à notre enveloppe, et nous ne la trahissons qu’au prix de mille peines.

Discours de réception

N’importe quel amour, si on se fie à lui, tend à s’organiser à la manière d’un tube digestif. Il ne néglige aucune occasion de perdre sa forme exceptionnelle, son aristocratie de bourreau.

La Naissance du jour (1928)

Aucune voix n’emprunta le son du vent pour me glisser avec un petit souffle froid, dans l’oreille, le conseil d’écrire, et d’écrire encore, de ternir, en écrivant, ma bondissante ou tranquille perception de l’univers vivant…

Journal à rebours (1941)

Siegfried Wagner: combien de fois, à Bayreuth, ai-je croisé sa silhouette sans épaules (il est bâti comme une bouteille), évité son regard couleur de Marennes pas très fraîche!

Au concert (1903)

Un concours d’instruments à vent: ce piston avantageux content de lui à la manière d’un coq de village; les grâces pataudes de ce trombone, rêveur comme un notaire qui a trop bien dîné… Non, non, non!

Au concert (1903)

Melle Dangès vocalise un si déplorable «air des Huguenots» qu’elle ferme les yeux tout le temps, pour ne pas voir ce qu’elle chante.

Au concert (1903)

La vicomtesse de Trédern a chanté Eve de son mieux. Ce mieux est l’ennemi du bien.

Au concert (1903)

La belle avance que de définir, nommer ou prévoir ce que l’ignorance me permet de tenir pour merveilleux!

Gigi (1944)

Pourquoi un homme ne peut-il jamais parler de la sensualité féminine sans dire d’énormes bêtises?

Duo (1934)

Moi, c’est mon corps qui pense. Il est plus intelligent que mon cerveau. Il ressent plus finement, plus complètement que mon cerveau. Toute ma peau a une âme.

La Retraite sentimentale (1907)