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Citations de : Samuel Beckett

Le ciel allait bientôt foncer et la pluie tomber et tomber toujours, toute la journée, jusqu’au soir.

Têtes-mortes (1967)

Elle ne semblait ni jeune ni vieille, sa figure, elle était comme suspendue entre la fraîcheur et le flétrissement.

Premier amour (1946)

Il est vrai que pour tout ce qui touchait aux questions sexuelles on était extraordinairement fermé, dans ma région.

Molloy (1951)

Elle revint avec une sorte de casserole, ce n’était pas une vraie casserole car elle n’avait pas de queue, elle était ovale et elle avait deux anses et un couvercle. C’est le faitout, fit-elle.

Premier amour (1946)

Elle venait tout le temps m’assassiner avec notre enfants, me montrant son ventre et ses seins, et me disant qu’il allait naître d’un moment à l’autre, elle le sentait qui bondissait déjà.

Premier amour (1946)

Je passai la tête d’abord, j’avais les mains à plat sur le sol de la cour que mes hanches se tortillaient encore, prises entre les dormants.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Je pleure aussi, sans discontinuer. C’est un flot ininterrompu, de mots et de larmes.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Le poing droit s’ouvrant lentement lâche l’accoudoir entraînant tout l’avant-bras y compris le coude et lentement s’élève s’ouvrant toujours davantage et tournant dextrorsum jusqu’à mi-chemin de la tête …

Pour finir encore et autres foirades (1976), Immobile

Elle portait d’amples et orageux jupons, volants et autres dessous que je ne saurais nommer. Tout cela se soulevait en moutonnant et froufroutant …

Molloy (1951)

Pas question que je me déroute pour l’éviter, non, tout simplement pas question que moi je me déroute, tout en n’ayant été de ma vie en route pour quelque part, mais tout simplement en route.

Têtes-mortes (1967)

Ils me vêtirent et me donnèrent de l’argent. Je savais à quoi l’argent devait servir, il devait servir à me faire démarrer.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Je vais décrire l’endraoit, ça c’est sans importance. Le sommet, très plat, d’une montagne, non, d’une colline, mais si sauvage, si sauvage.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Les chaussures avait raidi et le soleil accusait les craquelures du cuir.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

La femme observait nos conventions de son mieux. Elle apportait vers midi un plateau chargé de vivres et enlevait celui de la veille.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Il gueulait si fort que des bribes de son discours arrivaient jusqu’à moi. Union… frères… Marx… capital… bifteck… amour. Je n’y comprenais rien.

Nouvelles

Je remarquai des vestiges de bouquets abandonnés. Goulûment cueillis, charriés pendant de longues heures, on avait fini par les jeter, lourds, ou fanés déjà.

Nouvelles

Oh sans cette affreuse bougeotte que j’ai toujours eue j’aurais vécu ma vie enfermé dans une grande pièce vide à échos, avec une grande pendule ancienne, rien qu’à écouter et à somnoler.

Têtes-mortes (1967)

Je traversai et m’arrêtai devant la boucherie. Derrière la grille les rideaux étaient fermés, de grossiers rideaux en toile rayée bleu et blanc, couleurs de la Vierge, et tachés de grandes taches roses.

Nouvelles, Le Calmant

Ca c’est pour que je ne bouge jamais plus, pour que je bavasse ici jusqu’à la fin des temps, en murmurant, tous les dix siècles. Ce n’est pas moi, ce n’est pas vrai, ce n’est pas moi, je suis loin.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Les adresses qu’il avait soulignées, ou plutôt marquées d’une croix, comme font les gens du peuple, il les barrait, d’un trait tiré en diagonale, au fur et à mesure qu’elles s’avéraient mauvaises.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Mais à vingt-cinq ans il bande encore, l’homme moderne, physiquement aussi, de temps en temps, c’est le lot de chacun, moi-même je n’y coupais pas, si on peu appeler cela bander.

Premier amour (1946)

Des mots, des mots, la mienne ne fut jamais que ça, que pêle-mêle le babel des silences et des mots, la mienne de vie …

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Je serai trop pris, à tenir debout, à me tenir debout, à changer de place, à tenir le coup, à parvenir au lendemain, à l’autre semaine …

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Mais les gens qui font l’aumône n’aiment pas beaucoup la jeter, ce geste a quelque chose de méprisant qui répugne aux sensibles. Sans compter qu’ils doivent viser.

Nouvelles

Non, l’avoir dit me convainc du contraire, je n’ai jamais vu le jour, pas plus que lui, voilà la beauté toute négative de la parole.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Je les sentais proches, les rues glaciales et tumultueuses, les visages terrifiants, les bruits qui coupent, percent, lacèrent, contusionnent.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Avec quoi allais-je ramper, à l’avenir? Couché sur le bord de la route je me mettais à me contorsionner chaque fois que j’entendais venir une charrette. C’était pour qu’on ne s’imaginât pas que je dormais ou me reposais.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Ce conte, il aurait pu simplement me le conter, il le savait par coeur, moi aussi, mais cela ne m’aurait pas calmé, il devait me le lire, soir après soir, ou faire semblant de me le lire, en tournant les pages et en m’expliquant les images.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Et toutes ces lèvres qui m’avaient embrassé, ces coeurs qui m’avaient aimé (c’est bien avec le coeur que l’on aime, n’est-ce pas, ou est-ce que je confonds avec autre chose?), ces mains qui avaient joué avec les miennes …

Premier amour (1946)

Mais elle n’avait pas de vase de nuit. J’ai une sorte de chaise percée, dit-elle. Je voyais la grand-mère assise dessus, raide comme un piquet et fière.

Premier amour (1946)

Le jour où j’adoptai cette remise j’y trouvai un canot, la quille en l’air. Je le retournai, le calai avec des pierres et des morceaux de bois, enlevai les bancs et en fis mon lit.

Nouvelles

On se demande ce qui va nous emporter à la fin. Lui s’en va de la caisse, moi de la prostate plutôt.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Savez-vous où sont les cabinets? dit-elle. Elle avait raison, je n’y pensais plus. Se soulager dans son lit, cela fait plaisir sur le moment, mais après on est incommodé.

Premier amour (1946)

Je leur proposai de me mettre à leur disposition, quelques heures par jour, pour les menus travaux d’entretien dont toute maison a besoin, si l’on ne veut pas qu’elle tombe en poussière. Bricoler, c’est encore une chose possible, je ne sais pourquoi.

Premier amour (1946)

Les mots que je prononçais moi-même me faisaient l’effet d’un bourdonnement d’insecte.

Molloy (1951)

Quand on est dans la merde jusqu’au cou, il ne reste plus qu’a chanter.

Oeuvres

Pas la peine de faire leur procès aux mots. Ils ne sont pas plus creux que ce qu’ils charrient.

Malone meurt

On est ce qu’on est, en partie tout au moins.

Molloy (1951)

Ne disons pas de bien de notre époque, elle n’est pas plus malheureuse que les précédentes.

En attendant Godot (1953)

Mais que foutait Dieu, avant la création?

Le Fou parle, n° 17.

Le sommeil est une sorte de protection, si paradoxal que cela puisse paraître.

Molloy (1951)

Le soleil brillait, n’ayant pas d’alternative, sur le rien de neuf.

Murphy (1947)

Le fait est, on dirait, que tout ce qu’on peut espérer c’est d’être un peu moins, à la fin, celui qu’on était au commencement.

Je me mis enfin à réfléchir, c’est à dire à écouter plus fort.

Molloy (1951)

Je tiens le greffe, je tiens la plume, aux audiences de je ne sais quelle cause. Pourquoi vouloir que ce soit la mienne, je n’y tiens pas.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

De lourdes pluies perpendiculaires et brèves nous cueillaient à l’improviste. Sans assombrissement sensible du ciel.

Têtes-mortes (1967)

Un sentiment qui s’arrogeait peu à peu, dans mon esprit glacé, l’affreux nom d’amour.

Premier amour (1946)

Je préparai donc ma phrase et ouvris la bouche, croyant que j’allais l’entendre, mais je n’entendis qu’une sorte de râle …Mais ce n’était rien, rien que l’aphonie due au long silence …

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Les choses aussi doivent y être encore, un peu plus usées, un peu amoindries encore.

Nouvelles et textes pour rien (1944)

Je me rappelle à ce propos une vieille blague sur l’âme des femmes. Question, Les femmes ont-elles une âme? Réponse, Oui. Question, Pourquoi? Réponse, Afin qu’elles puissent être damnées. Très amusant.

Molloy (1951)

J’ai dû être de loin parmi les coureurs les plus rapides que la terre ait jamais portés, sur une courte distance, cinq ou dix mètres, une seconde et j’étais rendu. Mais je ne pouvais pas tenir à cette allure.

Têtes-mortes (1967)

On parle d’allongement aux gens et ils voient tout de suite un corps étendu.

Premier amour (1946)

Ah! me répandre par terre comme une bouse et ne plus bouger!

Tous ceux qui tombent (1957)

Puis parler, vite, des mots, comme l’enfant qui se met en plusieurs, deux, trois, pour être ensemble, dans la nuit.

Fin de partie (1957)

Essayons de converser sans nous exalter puisque nous sommes incapables de nous taire.

En attendant Godot (1953)

Elle n’était jamais réellement née, voilà ce qu’elle avait.

Elle est si con la lune. Ca doit être son cul qu’elle nous montre toujours.

Molloy (1951)

Au commencement était le calembour.

Murphy (1947)

A force d’appeler ça ma vie je vais finir par y croire. C’est le principe de la publicité.

Molloy (1951)

Rien n’est plus vrai que rien.

Le seul sport que j’aie pratiqué, c’est de suivre les enterrements à pied.

C’est le commencement qui est le pire, puis le milieu, puis la fin. A la fin, c’est la fin qui est le pire.

Les larmes du monde sont immuables. Pour chacun qui se met à pleurer, quelque part un autre s’arrête. Il en va de même du rire.

En attendant Godot (1953)

Voilà l’homme tout entier, s’en prenant à sa chaussure alors que c’est son pied le coupable.

En attendant Godot (1953)

La seule manière de parler de rien est d’en parler comme si c’était quelque chose, tout comme la seule manière de parler de Dieu est d’en parler comme s’il était un homme.

Watt

L’humanité … est un puit à deux seaux. Pendant que l’un descend pour être rempli, l’autre monte pour être vidé.

Murphy (1947)

L’habitude est une grande sourdine.

En attendant Godot (1953), II

L’art a toujours été ceci – interrogation pure, question rhétorique moins la rhétorique.

Je ne sais pas où je suis, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne peut savoir, on doit juste avancer.

Je dis je en sachant que ce n’est pas moi.

L'Innommable

Il est plus facile d’élever un temple que d’y faire descendre l’objet du culte.

L'Innommable

Chaque mot est comme une souillure inutile du silence et du néant.

Bien choisir son moment et se taire, serait-ce le seul moyen d’avoir être et habitat.

Nouvelles et textes pour rien

Avoir toujours été celle que je suis et être si différente de celle que j’étais!

Oh! les beaux jours

Toutes les choses qu’on ferait volontiers, qu’il n’y a aucune raison apparemment pour ne pas faire et qu’on ne fait pas! Ne serait-on pas libre?

Molloy (1951)

Se taire et écouter, pas un être sur cent n’en est capable, ne conçoit même ce que cela signifie.

Molloy (1951)

Se donner du mal pour les petites choses, c’est parvenir aux grandes, avec le temps.

Molloy (1951)

Rien n’est plus drôle que le malheur… c’est la chose la plus comique du monde.

Fin de partie (1957)

Quand elles ne savent plus quoi faire, elles se déshabillent, et c’est sans doute ce qu’elles ont de mieux à faire.

Premier amour

On ne peut pas tout avoir, je l’ai souvent remarqué.

Molloy (1951)

On dit tout. Tout ce qu’on peut. Et pas un mot de vrai nulle part.

Nous naissons tous fous. Quelques-uns le demeurent.

En attendant Godot (1953)

N’importe quel imbécile peut fermer l’oeil, mais qui sait ce que voit l’autruche dans le sable.

Murphy (1938)

Le plus grand des pêchés est d’être né.

J’emploie les mots que tu m’as appris. S’ils ne veulent plus rien dire apprends-m’en d’autres. Ou laisse-moi me taire.

Fin de partie (1957)

Une question ? Qui ? Laquelle ? Tout à l’heure, vous me disiez Monsieur, en tremblant. Maintenant, vous me posez des questions. Ça va mal finir.

En attendant Godot (1953), Pozzo

Mais quelle importance, la manière dont les choses se passent, du moment qu’elles se passent ?

Premier amour (1946)

Avec la moindre créature, on s’instruit, on s’enrichit, on goute mieux son bonheur.

En attendant Godot (1953)

Il prit le métro jusqu’à Wapping, et y passa une des semaines les plus réussies de toute sa vie, à boire. Sa soif et son argent, par une coïncidence heureuse, prirent fin ensemble.

Murphy (1938)

Maximum de simplicité et de symétrie. Lumière aveuglante.

Oh ! les beaux jours (1963)

Vouloir manoeuvrer une femme sur le sol natif de sa lubricité sentimentale, c’était pour un homme comme s’il voulait flairer mieux qu’un chien.

Murphy (1938)

La douleur muette est davantage à redouter.

Molloy (1951)

Ce qu’on appelle l’amour c’est l’exil, avec de temps en temps une carte postale du pays, voilà mon sentiment ce soir.

Premier amour (1946)

C’est alors qu’on entrevoit ce qu’on aurait pu être, s’il n’avait pas fallu être ce qu’on est, et ce n’est pas tous les jours qu’il est donné de couper en quatre un cheveu de cette qualité. Car du moment que l’on vit, bernique.

Mercier et Camier (1946)

Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Echoue encore. Echoue mieux.

Cap au pire (1991)

Quand au fripon se joint le sot, l’honnête homme n’a qu’à croiser les bras. Le sot ligué avec le fripon contre lui-même est une combinaison à laquelle nul ne peut résister.

Murphy (1938)

Fini, c’est fini, ça va finir, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c’est un tas, un petit tas, l’impossible tas.

Fin de partie (1957)

La fin est dans le commencement et cependant on continue.

Fin de partie (1957)

Rien n’est plus drôle que le malheur, je te l’accorde.

Fin de partie (1957)

Je dis «je» en sachant que ce n’est pas moi.

L'Innommable (1949)

Je ne sais plus le temps qu’il fait. Mais du temps de ma vie il était d’une douceur éternelle. Comme si la terre s’était endormie au point vernal. Je parle de notre hémisphère à nous.

Têtes-mortes (1967)

Le sujet s’éloigne du verbe et… le complément direct vient se poser quelque part dans le vide.

Malone meurt (1948)

Je dis au corps, ouste, debout, et je sens l’effort qu’il fait, pour obéir, comme une vieille carne tombée dans la rue, qu’il ne fait plus, qu’il fait encore, avant de renoncer.

Nouvelles et textes pour rien (1955)

Le Client: – Dieu a fait le monde en six jours, et vous, vous n’êtes pas foutu de me faire un pantalon en six mois. Le Tailleur: – Mais, monsieur, regardez le monde, et regardez votre pantalon.

Le Monde et le Pantalon (1989)

Estragon: – Si on se pendait? Vladimir: – Ce serait un moyen de bander. Estragon: – On bande? Vladimir: – Avec tout ce qui s’ensuit. Là où ça tombe, il pousse des mandragores. C’est pour ça qu’elles crient quand on les arrache. Tu ne savais pas ça?

En attendant Godot (1953), I

Je suis comme ça. Ou j’oublie tout de suite ou je n’oublie jamais.

En attendant Godot (1953)

Les larmes ruissellent le long de mes joues sans que j’éprouve le besoin de cligner les yeux. Qu’est-ce qui me fait pleurer ainsi? De temps en temps. Il n’y a rien ici qui puisse m’attrister. C’est peut-être de la cervelle liquéfiée.

L'Innommable (1949)

Ce qui fait le charme de notre pays, à part bien entendu le fait qu’il est peu peuplé, malgré l’impossibilité de s’y procurer le moindre préservatif, c’est que tout y est à l’abandon sauf les vieilles selles de l’histoire.

Premier amour (1946)

Je sentais l’âme qui s’ennuie vite et n’achève jamais rien, qui est de toutes peut-être la moins emmerdante.

Premier amour (1946)

Elle avait seulement chanté comme pour elle, et sans les paroles heureusement, quelques vieilles chansons du pays, d’une façon curieusement fragmentaire, en sautant de l’une à l’autre.

Premier amour (1946)