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Citations de : Roger Caillois

Le jeu n’a pas d’autre sens que lui-même.

Les Jeux et les hommes

Sans doute, par rapport au sacré, le profane n’est empreint que de caractères négatifs: il semble en comparaison aussi pauvre et dépourvu d’existence que le néant en face de l’être.

L'Homme et le sacré (1939)

Mieux vaut se contenter de marquer la singularité absolue de la réalité du pouvoir et de souligner l’étroite connexion qui identifie presque sa nature à celle du sacré.

L'Homme et le sacré (1939)

Les cérémonies de fécondité ne sont pas les seules. D’autres ont pour but de faire entrer les jeunes gens dans la société des hommes et de les agréger ainsi à la collectivité. Ce sont les rites d’initiation.

L'Homme et le sacré (1939)

En face de l’uniformité de l’ordonnance universelle, les dieux apparaissent comme des principes d’individualisation. Ils ont une personalité. Ils fixent un type.

L'Homme et le sacré (1939)

L’inconscient, en effet, par définition, est inconnaissable: il cesse d’être inconscient au moment où il est révélé à la conscience.

Babel, orgueil, confusion et ruine de la littérature (1948)

La guerre possède à un degré éminent le caractère essentiel du sacré; elle paraît interdire qu’on la considère avec objectivité. Elle paralyse l’esprit d’examen. Elle est redoutable et impressionnante. On la maudit et on l’exalte.

Quatre essais de sociologie contemporaine (1951)

Tout le fantastique est rupture de l’ordre reconnu, irruption de l’inadmissible au sein de l’inaltérable légalité quotidienne.

Au coeur du fantastique (1965)

Ils les initiaient ainsi non par une cérémonie «blanche» mais par le déploiement premier et effectif: l’étrenne de leur activité créatrice.

L'Homme et le sacré (1939)

La fête est ainsi célébrée dans l’espace-temps du mythe et assume la fonction de régénérer le monde réel.

L'Homme et le sacré (1939)

La vie n’est pas équipollente. Elle conjugue symétrie et orientation.

Esthétique généralisée (1962)

Au premier abord, j’aperçois bien le scandale qu’il existe des livres imprimés expressément pour ne pas être lus et des hommes qui les acquièrent avec l’intention délibérée de ne pas les lire.

Noé et autres textes (2009)

La circoncision achève leur phallus. L’ensemble de la cérémonie leur confère les diverses vertus viriles, en particulier la bravoure, l’invincibilité, et d’autre part, le droit et le pouvoir de procréer.

L'Homme et le sacré (1939)

Le temps épuise, exténue. Il est ce qui fait vieillir, ce qui achemine vers la mort, ce qui use.

L'Homme et le sacré (1939)

L’individu isolé, sorti de la dualité élémentaire est un être perdu, un errant. Il ne constitue pas une unité, mais le débris dépareillé d’une totalité vivante.

L'Homme et le sacré (1939)

Les forces de bénédiction habitent les mâts totémiques aux couleurs brillantes, orgueil de la grande place du village, où s’élèvent conjointement l’autel et la maison des hommes ou la haute case du chef.

L'Homme et le sacré (1939)

Le tilt n’indique qu’une limite à ne pas dépasser. C’est une menace délicieuse, un risque supplémentaire, une sorte de second jeu greffé sur le premier.

Les Appareils à sous

Le tabou se présente comme un impératif catégorique négatif. Il consiste toujours en une défense, jamais en une prescription. Il n’est justifié par aucune considération de caractère moral.

L'Homme et le sacré (1939)

La qualité du style suppose la qualité de l’idée, l’acuité de l’émotion, la puissance du songe.

Babel, orgueil, confusion et ruine de la littérature (1948)

Est sacré l’être, la chose ou l’idée à quoi l’homme suspend toute sa conduite, ce qu’il n’accepte pas de mettre en discussion, de voir bafouer ou plaisanter, ce qu’il ne renierait ni ne trahirait à aucun prix.

L'Homme et le sacré (1939)

De plus en plus, la pureté proprement dite, est identifiée à la netteté physique ou morale, et essentiellement à la chasteté.

L'Homme et le sacré (1939)

Il s’en déclare l’auteur, c’est-à-dire, selon l’étymologie, l’augmentateur, celui qui confère la portée et l’importance.

Esthétique généralisée (1962)

Les gravures hermétiques où sont traduits en image les arcanes de l’alchimie. Ces compositions allusives demeurent totalement mystérieuses pour qui ne possède pas la clé de leur langage.

Esthétique généralisée (1962)

On existe dans un temps, dans un état, où l’on est seulement tenu de dépenser et de se dépenser. Les mobiles acquisitifs ne sont plus de mise.

L'Homme et le sacré (1939)

Chaque système est vrai par ce qu’il propose et faux par ce qu’il exclut.

Propos rapporté par Marguerite Yourcenar, réception à l'Académie française, janvier 1981.

Tout ce qui ne se consume pas pourrit. Aussi la vérité permanente du sacré réside-t-elle simultanément dans la fascination du brasier et l’horreur de la pourriture.

L'Homme et le sacré (1939)

Il manque quelque chose à l’homme qui ne s’est jamais senti éperdu.

Le Fleuve Alphée (1978)

Je ne crois pas que quoi que ce soit d’important puisse s’exprimer en mots de plus de quatre syllabes.

Approches de l'imaginaire (1974)

Je déteste les miroirs, la procréation et les romans, qui encombrent l’univers d’êtres redondants qui nous émeuvent en vain.

Le Fleuve Alphée (1978)

L’effervescence spéculative se développe sans l’amorce d’une responsabilité ni la crainte de la moindre sanction.

Le Fleuve Alphée (1978)

Le mot le plus péjoratif, cogitation… pour ce qu’il évoque à la fois de la mécanique, de stérile et d’inachevé. Elle me parut dans l’univers mental l’équivalent de la multiplication cancéreuse des cellules.

Le Fleuve Alphée (1978)

On constate la duplication sans fin d’une effigie singulière, que le temps perpétue et propage. Chaque génération de tigres vient au jour avec les mêmes rayures jaunes et noires.

Esthétique généralisée (1962)

La main droite est aussi la main adroite, celle qui conduit l’arme droit à son but.

L'Homme et le sacré (1939)

Ces remèdes qui tuent ou qui sauvent suivant le terrain qu’ils rencontrent ou la dose qui fut prescrite.

Babel, orgueil, confusion et ruine de la littérature (1948)

Les rites de consécration, qui introduisent dans le monde du sacré un être ou une chose, et les rites de désacralisation, ou d’expiation, qui, à l’inverse, rendent une personne ou un objet pur ou impur au monde profane.

L'Homme et le sacré (1939)

Le roi, en effet, est essentiellement un Conservateur, dont le rôle consiste à maintenir l’ordre, la mesure, la règle.

L'Homme et le sacré (1939)

Tout invite à regarder le carnaval moderne comme une sorte d’écho moribond de fêtes antiques du type des Saturnales.

L'Homme et le sacré (1939)

On le contraint aux gestes de l’esclavage, mais il peut cacher qu’il pense en rebelle.

Babel, orgueil, confusion et ruine de la littérature (1948)

L’artiste se cabre constamment contre la morale. Mais presque toujours, c’est la société qui le gêne.

Babel, orgueil, confusion et ruine de la littérature (1948)

Ils les initiaient ainsi non par une cérémonie «blanche» mais par le déploiement premier et effectif; par l’étrenne de leur activité créatrice.

L'Homme et le sacré (1939)

Il n’est rien qui, dans l’univers, ne soit susceptible de former une opposition bipartite et ne puisse alors symboliser les différentes manifestations couplées et antagonistes du pur et de l’impur.

L'Homme et le sacré (1939)

Le fantastique suppose la solidité du monde réel, mais pour mieux la ravager.

Images, images...

Le bourreau et le souverain forment couple.

Instincts et société

La soumission implique la possibilité de l’arrogance et de la révolte: de la stabilité sort le mouvement.

L'Homme et le sacré (1939)

La liberté n’existe que là où l’intelligence et le courage parviennent à mordre sur la fatalité.

L'Incertitude qui vient des rêves

L’artiste qui abdique le privilège de la création délibérée pour favoriser et capter de divines surprises ne parvient qu’à produire de l’accidentel.

Cases d'un échiquier

Je rends grâce à cette terre qui exagère tant la part du ciel.

Les Impostures de la poésie

Il n’y a pas d’efforts inutiles, Sisyphe se faisait les muscles.

Circonstancielles 1940-1945 (1946)

Il n’est pas pour la civilisation de danger plus redoutable que le fossé que l’on voit parfois s’élargir entre le discours et la coutume.

Circonstancielles 1940-1945 (1946)

Il est bon d’étonner, mais … il faut étonner justement.

Art poétique

D’où l’homme tirera-t-il sa force, s’il n’entretient pas en soi la colère et l’appétit de plusieurs fauves?

Les Impostures de la poésie

Dans l’immense vasière de la forêt vierge… chacun peut voir que les grands arbres y sont rares. On les remarque aussitôt par l’ivoire et par le poli de la mort. Ils restent debout, soutenus par les autres.

Le Fleuve Alphée (1978)

Il me semblait que ce qu’on pouvait écrire dépendait de tout, sauf de soi.

Le Fleuve Alphée (1978)

Le filet d’eau douce qui subsistait en moi dès la première minute fut menacé de se perdre dans les eaux mêlées et nombreuses du savoir.

Le Fleuve Alphée (1978)

Pour Voltaire, la tragédie racinienne est un modèle; pour Racine, c’est une aventure.

Propos rapporté par Marguerite Yourcenar, réception à l'Académie française, janvier 1981.

Tout pouvoir vient d’une discipline et se corrompt dès qu’on en néglige les contraintes.

Art poétique

On ne doit pas attendre de l’éclair une clarté qui permette la contemplation.

Les Impostures de la poésie

Nommer est toujours appeler, c’est déjà ordonner.

L'Homme et le sacré (1939)

Le sacré est ce qui donne la vie et ce qui la ravit, c’est la source d’où elle coule, l’estuaire où elle se perd.

L'Homme et le sacré (1939)

Le monde abonde en alphabets hors d’usage, dont le code est perdu.

Cases d'un échiquier