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Citations de : René Fallet

J’ai toujours professé que, mariage ou concubinage, la cohabitation condamne l’amour à mort, l’assassine lâchement au compte-gouttes. Seule une tendresse de forte constitution peut y survivre, mais pas l’éclaboussement, le paroxysme.

L'Amour baroque (1971)

J’aime votre bouche, qui est toujours déshabillée.

L'Amour baroque (1971)

Du plus haut des cieux, gloire aux femmes qui s’ennuient, gloire aux femmes qui souffrent, le vent de l’aventure les décoiffe et leur donne la chaire de femme !

L'Amour baroque (1971)

J’ai déjà vu des fidèles, à l’église, gober quelque hostie de série. Je n’ai pas vu leur visage s’illuminer pour autant. Ils regagnaient leur place en trottinant, comme si rien en eux ne s’était produit du miracle tant vanté.

L'Amour baroque (1971)

Quand se concrétise un rêve, l’embarras naît de ce qu’il a perdu, ce rêve, sa spécificité de rêve.

L'Amour baroque (1971)

Quand on donne tout de soi, à la volée, comment comprendre qu’en face on compte-goutte ?

L'Amour baroque (1971)

L’inconvénient de ces amours «intelligentes», voire «intellectuelles», est que nul ne s’y laisse vivre, flotter sur l’eau, dorer au soleil. Une torture s’y apaise-t-elle qu’un supplice tout neuf la remplace aussitôt.

L'Amour baroque (1971)

Nous avions encore de beaux restes, mais les beaux restes malgré tout ne sont que des restes.

L'Amour baroque (1971)

On perd sa mère, on se console, certes, mais on n’a plus de mère, jamais.

L'Amour baroque (1971)

Il est un des visages de l’enfer, certes, effrayant, qui est l’attente. Mais le plus réussi, dans l’horreur, est de ne plus attendre.

L'Amour baroque (1971)

Et alors ? Tous les grands peintres, ça picolait. Tous des poivres. Van Gogh, Utrillo, la peinture à l’eau c’était pas leur fort.

Le Beaujolais nouveau est arrivé (1975)

Il n’est pas de femmes inaccessibles, sauf celle qu’on aime.

L'Amour baroque (1971)

Avec les femmes, on ne perd jamais tout à fait son temps.

L'Amour baroque (1971)

Y a une façon d’être jeune, puis une manière d’utiliser les restes. L’âge faut faire avec. C’est tout.

L'Amour baroque (1971)

Bien sûr qu’il ne faut pas aimer, mais j’étais déjà au courant. Il ne faut pas, non plus, mourir du cancer, mais cela peut arriver. Je t’aime.

L'Amour baroque (1971)

J’ai trouvé le secret du bonheur. J’ai appris que le bonheur c’est de savoir que le bonheur n’existe pas.

L'Amour baroque (1971)

Elle n’aime pas qu’on l’aime, finalement. Je la pense un peu égoïste: elle n’aime qu’aimer.

L'Amour baroque (1971)

Plus tard peut-être, trop tard pour moi, ils vous enlèveront d’un simple coup de bistouri les tumeurs de l’amour, et ses affres. Une série de piqûres vous permettre de ne plus même vous rappeler le terrible visage de l’être aimé.

L'Amour baroque (1971)

Quand le bonheur ramasse un coup de vieux, c’est avec une pelle.

L'Amour baroque (1971)

Que croire, désormais, qui croire au monde ? Tous ces beaux serments, tous ces «je te le jure» ont misérablement sombré au fil des jours de tous les jours.

L'Amour baroque (1971)

L’amour est un crime, l’assassin celui qui n’aime pas.

L'Amour baroque (1971)

J’aurais voulu être elle pour être aimé par moi.

L'Amour baroque (1971)

Ce n’est pas si grand, une femme, qu’il ne faille pas l’économiser. Il est sage, il est bon de ne pas en faire le tour trop vite, même avec les bras.

L'Amour baroque (1971)

Ceux que tient la passion du jeu ne gardent pas en poche l’argent du taxi, pour le retour. Ils s’estiment, superbes, au-dessus de tout cela. Quand ils perdent, c’est pour tout perdre.

L'Amour baroque (1971)

Il faut avoir le courage dans la vie de quitter sa péniche, sinon on vogue au fil de l’eau en se faisant du cinoche et on crève sans être allé ailleurs qu’au cinoche.

L'Amour baroque (1971)

Brassens a deux faces. Les plus délicats préféreront toujours «La chasse aux papillons» à «Hécatombe» sans voir qu’elles sont inséparables dans le coeur et dans l’esprit de leur auteur.

Brassens (1967)

J’ai dit un certain mal de toi avec une délectation d’ami fidèle. On ne t’estime que parce que tu es intelligent. Moralité: si tu étais idiot, personne ne t’aimerait.

Brassens (1967)

«A bas le quotidien!» avais-je lu sur un mur de Paris, et j’avais en moi-même félicité ce beau poète anonyme.

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

J’avais un ami éditeur qui publiait des mandarins de la phlébologie, de la dermatologie ou de la stomatologie. Je lui présentait mon toubib balbutiant, ma généraliste débutante.

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

La maladie. On dit des bêtes, à la campagne, qu’«elles ont la maladie», sans préciser laquelle. Henri avait «la maladie». Il n’était plus chez lui dans sa peau.

Paris au mois d'août (1964)

Autant l’aider à vider son tonneau, expliquait Pejat, sans ça le vin serait perdu. -Très juste, Auguste, approuva Talon qui avait l’esprit à la plaisanterie.

Les Vieux de la vieille (1958)

Il souffrait trop de ses caprices, de ses mensonges, de ses imbécillités. C’était une irresponsable, une extravagante sans sensibilité.

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

Alors, forcément si on me vole un lapin toutes les nuits, forcément que j’en aurai bientôt plus.

Le triporteur (1951)

– Où habitez-vous, en Angleterre ? – A Londres. – Oh ! là, là, il y a toujours du brouillard, à Londres. – Les Français disent cela. Il y a du brouillard à la saison du fog. Après, il n’y a plus.

Paris au mois d'août (1964)

Il s’aperçut que sa braguette était déboutonnée et pensa que ça la fichait mal dans un endroit pareil.

Les Vieux de la vieille (1958)

L’air bonne femme du lieu se trouvait confirmé par la présence aux murs de gravures représentant des chatons dans un panier, des biches au bois et des retours de fenaisons.

Le triporteur (1951)

C’était une irresponsable, une extravagante sans sensibilité. Il était fatigué de l’aimer.

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

Baptiste sanglota, frappant le sol de ses deux poings à l’instar d’un gardien de but italien venant d’encaisser un but.

Les Vieux de la vieille (1958)

Il n’avait pu toucher une fois la balle sans «l’échapper», la reprendre en cafouillant dans ses mains autrefois si sûres.

Le triporteur (1951)

Combien doit-on, ici? demanda Antoine. – L’ardoise commune ou les drapeaux particuliers?

Le triporteur (1951)

Notre amour, tu le salis, Marthe, tu le dégueulasses!

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

Le père Mouche plaqua une ultime série d’accords qui évoquaient le défenestration d’une lessiveuse.

Le triporteur (1951)

Imbibée de courriers du coeur, elle s’identifiait avec la fille-mère abandonnée, la pucelle dévorée de points noirs.

Le triporteur (1951)

Mammouth engloutit le contenu en deux gigantesques gorgées d’une demi-pinte chacune et sombra dans le néant d’une nuit comateuse.

Le triporteur (1951)

Un porteur d’hebdomadaires singeait à la fois le caquètement de la poule pondeuse et le cocorico du coq victorieux.

Le triporteur (1951)

La verdure morte, enterrée dans ces vasques glacées, l’eau courante le long des vitres comme des larmes sur une joue … tout cela le calamitait, le catastrophait.

Le triporteur (1951)

Pourtant, au croisement de la route de l’Opéra, quelques gosses jouaient à la balle. Ils reconnurent Antoine et lui lancèrent la boule avec déférence.

Le triporteur (1951)

La place de l’Eglise fut en un clin d’oeil la copie extravagante du Salon du Cycle. Débris à pneus pleins, vélos de course, biclous à la papa.

Le triporteur (1951)

Dire que dans cinq jours, je vais devoir soigner tous les tarés du 13e, vacciner des bébés horribles, tripoter des trucs flasques, berk!

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

C’est une maison de fous, de barjos tout ce qu’il y a de siphonnés.

Le Beaujolais nouveau est arrivé (1975)

De deux baffles surélevés s’éparpilla, s’ébroua dans la pièce tout un essaim de mandolines de Vivaldi.

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

Un obus ou apparenté avait traversé la caisse de part en part.

Le triporteur (1951)

Il avait établi son propre diagnostic: rhumatismes … Il avala toute une pharmacie d’anti-inflammatoires.

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

J’étais en train, par ânerie, de lui ramener Marthe sur un plateau.

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

J’ai appris que le bonheur c’est de savoir que le bonheur n’existe pas.

L'Amour baroque (1971)

Y’a une façon d’être jeune, puis une manière d’utiliser les restes.

Interviewé par Michel Audiard dans Lire en janvier 1982.

La soupe aux choux mon Blaise ça parfume jusqu’au trognon, ça fait du bien partout où qu’elle passe dans les boyaux. Ca tient au corps, ça vous fait même des gentillesses dans la tête. Tu veux qu’t’y dise: ça rend meilleur.

La soupe aux choux

Non!! Alors!! Excuse moi camarade!!… Mais s’il y a que quand on pète ou quand on rote que ça te dis quelque chose on va pas causer souvent!!!

La soupe aux choux

Il (le Beaujolais nouveau) coulait source dans les hommes, il ne repartirait qu’en leur laissant au coeur le plus clair de la vie, la vertu d’une serrure.

Le melon sous sa cloche, la mouche sous son verre, Mme Peyralout sous sa caisse vitrée, Mme Peyralout posa Le Petit écho de la mode sur ses genoux et brama: Antoine!

Le triporteur (1951)

Dans son arrière-boutique, la fleuriste cultivait des arrière-pensées.

Le triporteur (1951)

La vie n’a pas besoin d’être mouvementée. Elle n’en est pas moins remplie, parfois.

Pigalle (1949)

Il repensa au mot, de Clemenceau encore: Le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier. Le progrès et les ascenseurs supprimeraient jusqu’à ce moment-là.

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

En amour, les minutes de silence sont toujours bonnes à prendre. Nul n’y risque sa peau.

L'Amour baroque (1971)

J’admire les femmes. Elles ne sont pas les égales de l’homme, elles lui sont de très loin supérieures, n’ayant pas leurs navrantes naïvetés. Elles font de triomphales veuves.

L'Amour baroque (1971)

La cohabitation condamne l’amour à mort, l’assassine lâchement au compte-gouttes.

L'Amour baroque (1971)

L’amour est la dure école de la vergogne.

L'Amour baroque (1971)

Les femmes, même au miroir, ne sauraient jamais leur beauté, si des sots ne s’avisaient de la leur seriner sur tous les tons.

L'Amour baroque (1971)

L’indifférent n’éprouve jamais l’envie de tuer. L’assiette vide, il la repousse, et s’en va. L’enragé fixe la sienne d’un oeil sombre, et reste, même pitoyable, même ridicule. Ces amours-propres ne l’atteignent plus.

L'Amour baroque (1971)

Il ne suffit pas aux garçons d’aimer, encore moins dans le fond de «posséder», il leur faut, de plus – ce qui leur joue souvent des tours qu’ils eussent pu éviter et prévoir -, que leurs amis approuvent, admirent, envient l’objet de leurs pensées.

L'Amour baroque (1971)

Elle avait ce curieux visage au-delà de la beauté, ce visage que la mémoire brouille et bat comme des cartes, ce visage aperçu au travers d’une vitre embuée. Le temps est un vandale, qui l’estompera. La mort est bien la mort, qui l’anéantira.

L'Amour baroque (1971)

C’est un rude jeu d’hommes que la spéléologie. Un jeu sans soleil, sans chaleur, où le corps devient taupe. Mais qui porte en soi les joies les plus limpides qui soient pour un coeur d’homme, l’aventure de la fatigue, le danger de la découverte.

Une poignée de main (1959)

J’ai eu la chance d’avoir des parents trop pauvres pour ne pas me pousser au-delà du certificat. Grâce à eux, je ne suis pas devenu un intellectuel.

Carnets de jeunesse (1990-1994)

Je m’adonne depuis dix jours (date de départ de ce nième journal) aux haltères poétiques. Un poème par jour. Cela permet à la main de rester souple. Un poème par jour, un jour sur deux. La tête sur l’épaule… droite!

Carnets de jeunesse (1990-1994)

N’importe où et quoi que je fasse, lorsqu’elle est loin de moi, je sens toujours qu’il me manque un organe vital: son coeur.

Carnets de jeunesse (1990-1994)

Faire l’amour à la fille qu’on aime, j’avais oublié, mon Dieu, que c’était le seul signe que Dieu, parfois, adresse aux hommes du plus haut de ses cieux.

L'Amour baroque (1971)

La jeunesse est un pays charmant mais les orages y font bien plus de mal qu’ailleurs.

Carnets de jeunesse (1990-1994)

C’était une petite fille blonde avec des yeux de porcelaine qui conservaient l’enfant comme un oiseau entre les mains.

Banlieue sud-est (1947)

Je suis le type qui possède l’amour. D’un seul mot je le donne, d’un seul geste je l’arrache. La fille éternelle du métro, je lui dis: «Aime-moi», et la voici accrochée à ma veste, pantelante, bavante, et tout et tout.

Banlieue sud-est (1947)

L’amour n’a jamais été pour lui qu’une pathétique expérience de survie.

L'Angevine (1982)

Quand l’amour n’est plus là, la mort se rapproche à pas de mort.

L'Angevine (1982)

L’heure. Elle est rare, dans leurs vies, toujours comptée, mesurée.

L'Angevine (1982)

Les maris ne sont jamais aussi généreux que lorsque leurs femmes leur échappent ou leur reviennent. L’amant devient monnaie d’échange.

L'Angevine (1982)

Ils sont époux et ne sont plus amants. Chez certains êtres, il paraît même que cet état de chrysalide dure toute la vie.

L'Angevine (1982)

Ca ne court pas les rues, les femmes qu’on aime. Si, en prime, on les laisse passer, c’est du suicide.

L'Angevine (1982)

Je retournais contre moi comme un couteau cette phrase d’Anatole France: «Si on réfléchit, on ne s’envolera jamais.» Pourquoi m’étais-je mis à réfléchir alors qu’elle était prête enfin à s’envoler ?

Y a-t-il un docteur dans la salle? (1977)

«Si on réfléchit, on ne s’envolera jamais.», a dit Anatole France. Il ne réfléchit plus, il s’envole: si on vivait ensemble.

L'Angevine (1982)

Tous les écriteaux «défense de chasser» sont des cibles de rêve pour les rafales de chevrotines anonymes.

L'Angevine (1982)

Ces amants occasionnels et sporadiques se découvrent mieux en quarante huit heures que bien des couples leur vie durant. Ils n’ont pas, eux, toute leur vie ni derrière ni devant, n’ont que l’instant, ne peuvent s’offrir le loisir de le perdre.

L'Angevine (1982)

Un mari, ce n’est pas tout à fait un homme. Il le sait. Il est marié.

L'Angevine (1982)

L’amour, c’est les grandes vacances, des grandes vacances sans date de rentrée. Elles ne finissent qu’à la pluie. S’il ne pleut pas, on reste. Qu’en pensez-vous ?

L'Angevine (1982)

Si on lui reproche de ne considérer les dames que sous la forme de «femme-objet», il proteste qu’il n’est, lui, et de la même façon, qu’un «homme-objet».

L'Angevine (1982)

La vie est courte, et c’est en amour qu’elle passe le plus vite.

L'Angevine (1982)

La vraie solitude, c’est de ne pas aimer.

L'Amour baroque (1971)

Un petit coup de bonheur suffit pour considérer le monde au travers de lunettes de soleil.

L'Amour baroque (1971)

L’amour perd son nom dès qu’il perd sa fête physique, l’amour s’en va quand arrive l’étreinte hebdomadaire du samedi soir après l’turbin. Il a raison de fuir, il est de démence et non pas d’habitude, il est soleil, pas chauffage central.

L'Amour baroque (1971)