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Citations de : René Char

Les mots qui vont surgir savent de nous des choses que nous ignorons d’eux.

Chants de la Balandrane (1977)

Dans nos ténèbres, il n’y a pas une place pour la Beauté. Toute la place est pour la Beauté.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Tu parles à un chien, il te regarde avec ses bons yeux. Tu t’adresses à un homme, il te mord.

Le Soleil des eaux (1949)

Que notre lit d’amour se prolonge après nous Et dresse sa pénombre dans un regard qui rêve, Oui, cela a de quoi rendre heureux.

La nuit talismanique (1972), Vers aphoristiques

Le réel quelquefois désaltère l’espérance. C’est pourquoi contre toute attente, l’espérance survit.

La Parole en archipel (1962)

L’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant.

Recherche de la base et du sommet (1955), A une sérénité crispée

La parole soulève plus de terre que le fossoyeur ne le peut.

Recherche de la base et du sommet (1955), Trois respirations

Tiens vis-à-vis des autres ce que tu t’es promis à toi seul. Là est ton contrat.

Fureur et Mystère (1948)

On ne se bat bien que pour les causes qu’on modèle soi-même et avec lesquelles on se brûle en s’identifiant.

Fureur et Mystère (1948)

Si ce que je te montre et ce que je te donne te semblent moindres que ce que je te cache, ma balance est pauvre, ma glane est sans vertu.

Les Matinaux (1950)

Souteneur (il s’en vante), d’une méchanceté de vermine, flancheur devant l’ennemi, s’ébrouant dans le compte rendu de l’horreur comme porc dans la fange.

Feuillets d'Hypnos (1946)

La terre feule, les nuits de pariade. Un complot de branches mortes n’y pourrait tenir.

Les Matinaux (1950)

L’abondant été de l’hommeQue celui qui suivit l’établissement par ses soins des premières dénaturationsEn faisant la part de l’aveuglement.

Le Marteau sans maître (1934)

La quête d’un frère signifie presque toujours la recherche d’un être, notre égal, à qui nous désirons offrir des transcendances dont nous finissons à peine de dégauchir les signes.

Les Matinaux (1950)

Nous commençons toujours notre vie par un crépuscule admirable. Tout ce qui nous aidera, plus tard, à nous dégager de nos déconvenues s’assemble autour de nos premiers pas.

Cité par Jacques Prévert dans Spectacle (1951).

Ne permettons pas qu’on nous enlève la part de nature que nous renfermons. N’en perdons pas une étamine, n’en cédons pas un gravier d’eau.

L’aubépine en fleur fut mon premier alphabet.

Merveilleux moment que celui où l’homme n’avait nul besoin de silex, de brandons pour appeler le feu à lui mais où le feu surgissait sur ses pas, faisant de cette homme une lumière de toujours et une torche interrogative.

Eloge d'une soupçonnée (1988)

Il est des parcelles de lieux où l’âme rare subitement exulte. Alentour ce n’est qu’espace indifférent. Du sol glacé elle s’élève, déploie tel un chant sa fourrure, pour protéger ce qui la bouleverse, l’ôter de la vue du froid.

Commune présence (1964)

Il faut s’établir à l’extérieur de soi, au bord des larmes et dans l’orbite des famines, si nous voulons que quelque chose hors du commun se produise, qui n’était que pour nous.

Nous avons Commune présence

Si l’on ne peut informer l’avenir à l’aide d’une grande bataille, il faut laisser des traces de combat. Les vraies victoires ne se remportent qu’à long terme et le front contre la nuit.

Dans la pluie giboyeuse (1968)

Ceux qui regardent souffrir le lion dans sa cage pourrissent dans la mémoire du lion.

Les Matinaux (1950)

C’est quand tu es ivre de chagrin que tu n’as plus du chagrin que le cristal.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Les cendres du froid sont dans le feu qui chante le refus.

Feuillets d'Hypnos (1946)

La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Je n’écrirai pas de poème d’acquiescement.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Je n’ai pas peur. J’ai seulement le vertige. Il me faut réduire la distance entre l’ennemi et moi. L’affronter horizontalement.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Nous demandons à l’imprévisible de décevoir l’attendu.

Une demande comblée c’est un appel qui n’arrive pas à destination.

Les routes qui ne promettent pas le pays de leur destination sont les routes aimées.

Le poète se reconnaît à la quantité de pages insignifiantes qu’il n’écrit pas.

Sur la poésie

Dans les rues de la ville, il y a mon amour. – Peu importe où il va dans le temps divisé. – Il n’est plus mon amour: chacun peut lui parler. – Il ne se souvient plus qui, au juste, l’aima.

Allégeance

Tous ces troubadours mal-aimés – Ont vu blanchir dans un été – Leur doux royaume pessimiste.

Pyrénées

Ils refusaient les yeux ouverts ce que d’autres acceptent les yeux fermés.

Fureur et mystère tour à tour le séduisirent et le consumèrent, puis vint l’année qui acheva son agonie de saxiphrage

Fureur et Mystère (1948)

Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Il n’y a que deux conduites avec la vie: ou on la rêve ou on l’accomplit.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Commune présence (1964)

Nous commençons toujours notre vie sur un crépuscule admirable.

Commune présence (1964)

Il faut trembler pour grandir.

Avec ceux que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n’est pas le silence.

Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver.

Comment vivre sans inconnu devant soi?

Fureur et Mystère (1948), Le poème pulvérisé

Un homme sans défauts est une montagne sans crevasses. Il ne m’intéresse pas.

Feuillets d'Hypnos (1946)

L’homme est capable de faire ce qu’il est incapable d’imaginer.

Si l’homme parfois ne fermait pas souverainement les yeux, – Il finirait par ne plus voir ce qui vaut d’être regardé.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Le poète est la génèse d’un être qui projette et d’un être qui retient. A l’amant, il emprunte le vide;à la bien-aimée, la lumière.

Nous sommes pareils à ces poissons retenus vifs dans la glace des lacs de montagne. La matière et la nature semblent les protéger cependant qu’elles limitent à peine les chances du pêcheur.

Les yeux seuls sont encore capables de pousser un cri.

Fureur et Mystère (1948)

Il existe une sorte d’homme toujours en avance sur ses excréments.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Il y a ceux qui ont bu l’eau de la baignoire de Marat, et nous qui avons frissonné à l’horizon de Saint-Just et de Lénine. Mais Staline est perpétuellement imminent. On conserve avec des égards la mâchoire de Hitler.

Aromates chasseurs (1976)

Comment la fin justifierait-elle les moyens? Il n’y a pas de fin, seulement des moyens à perpétuité.

L'Age cassant (1965)

Les mots savent ce que nous ignorons d’eux.

Chants de la Balandrane (1977)

Merci, et la Mort s’étonne; – Merci; la Mort n’insiste pas; – Merci, c’est le jour qui s’en va; – Merci simplement à un homme – S’il tient en échec le glas.

Les Matinaux (1950)

N’ayant pas de tombeau et se voulant en vie… il vola la famine en s’en fit une assiette qui devint son miroir et sa propre déroute.

Le Masque funèbre

Les larmes méprisent leur confident.

Commune présence (1964)

Pour qu’un héritage soit réellement grand, il faut que la main du défunt ne se voie pas.

Fureur et Mystère (1948)

L’homme de l’espace dont c’est le jour natal sera un milliard de fois moins lumineux et révélera un milliard de fois moins de choses cachées que l’homme granité, reclus et recouché de Lascaux, au dur membre débourbé de la mort.

Texte affiche rédigé et placardé par le poète en 1959 à l'époque des premiers spoutniks.

Le fruit est aveugle. C’est l’arbre qui voit.

Feuillets d'Hypnos (1946)

La terre qui reçoit la graine est triste. La graine qui va tant risquer est heureuse.

La Parole en archipel

La perte du croyant, c’est de rencontrer son église.

A une sérénité crispée

L’impossible, nous ne l’atteignons pas, mais il nous sert de lanterne.

L’éternité n’est guère plus longue que la vie.

Feuillets d'Hypnos (1946)

L’eau est lourde à un jour de la source.

Seuls demeurent

L’acte est vierge, même répété.

Feuillets d'Hypnos (1946)

L’acquiescement éclaire le visage. Le refus lui donne la beauté.

Je ris merveilleusement avec toi. Voilà la chance unique.

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront.

Les Matinaux (1950)

Accumule, puis distribue. Sois la partie du miroir de l’univers la plus dense, la plus utile et la moins apparente.

Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l’austère nuit des marais s’appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d’amour toute fatalité de l’univers.

Ne t’attarde pas à l’ornière des résultats.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Vivre, c’est s’obstiner à achever un souvenir.

Cité par Patrick Modiano dans Livret de famille (1977).

Toute respiration propose un règne.

Seuls demeurent

Tiens vis-à-vis des autres ce que tu t’es promis à toi seul.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Si la vie pouvait n’être que du sommeil désappointé.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Prend-on la vie autrement que par les épines?

Retour amont

On ne fait pas un lit aux larmes comme à un visiteur de passage.

Feuillets d'Hypnos (1946)

On naît avec les hommes, on meurt inconsolé parmi les dieux.

La Parole en archipel

Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique maladie de faire des noeuds.

Les Matinaux (1950)

Il faut souffler sur quelques lueurs pour faire de la bonne lumière.

Les Matinaux (1950)

Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps.

Le Marteau sans maître (1934)

Ecoute, mais n’entends pas.

La Parole en archipel

Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards ni patience.

Fureur et Mystère (1948)

Au plus fort de l’orage, il y a toujours un oiseau pour nous rassurer. C’est l’oiseau inconnu. Il chante avant de s’envoler.

Les Matinaux (1950)

Agir en primitif et prévoir en stratège.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Tu es de la race de ceux qui meurent jeunes à quatre-vingts ans.

Le Soleil des eaux (1949)

Le poète est l’homme de la stabilité unilatérale.

Fureur et Mystère (1948)

Un être qu’on ignore est un être infini, susceptible, en intervenant, de changer notre angoisse et notre fardeau en aurore artérielle. Entre innocence et connaissance, amour et néant, le poète étend sa santé chaque jour.

Seuls demeurent (1938-1944)

C’est un étrange sentiment que celui de fixer le destin de certains êtres. Sans votre intervention, la médiocre table tournante de la vie n’aurait pas autrement regimbé. Tandis que les voici livrés à la grande conjoncture pathétique…

Fureur et Mystère (1948)

Un homme sans défauts est comme une montagne sans crevasses. Il ne m’intéresse pas.

Fureur et Mystère (1948)

L’hémophilie politique de gens qui se pensent émancipés. Combien sont épris de l’humanité et non de l’homme ! Pour élever la première ils abaissent le second.

Eloge d'une soupçonnée (1988)

Monter, grimper… mais se hisser ? Oh ! Combien c’est difficile. Le coup de reins lumineux, la rasante force qui jaillit de son terrier et, malgré la pesanteur, délivre l’allégresse.

Eloge d'une soupçonnée (1988)

Tu ne peux pas te relire mais tu peux signer.

Fureur et Mystère (1948)

Fureur et mystère tour à tour le séduisirent et le consumèrent. Puis vint l’année qui acheva son agonie de saxifrage.

Fureur et Mystère (1948), Seuls demeurent (1938-1944), Partage formel

Il convient que la poésie soit inséparable du prévisible, mais non encore formulé.

Fureur et Mystère (1948), Seuls demeurent (1938-1944), Partage formel

Le poète transforme indifféremment la défaite en victoire, la victoire en défaite, empereur prénatal seulement soucieux du recueil de l’azur.

Fureur et Mystère (1948), Seuls demeurent (1938-1944), Partage formel

Au seuil de la pesanteur, le poète comme l’araignée construit sa route dans le ciel. En partie caché à lui-même, il apparaît aux autres, dans les rayons de sa ruse inouïe, mortellement visible.

Fureur et Mystère (1948), Seuls demeurent (1938-1944), Partage formel

Magicien de l’insécurité, le poète n’a que des satisfactions adoptives. Cendre toujours inachevée.

Fureur et Mystère (1948), Seuls demeurent (1938-1944), Partage formel

La dignité d’un homme seul, ça ne s’aperçoit pas. La dignité de mille hommes, ça prend une allure de combat.

Le Soleil des eaux (1949)

La ligne de vol du poème. Elle devrait être sensible à chacun.

Fureur et Mystère (1948)

Prenez garde : tous ne sont pas dignes de la confidence.

Poésies (1959)

Résistance n’est qu’espérance. Telle la lune d’Hypnos, pleine cette nuit de tous ses quartiers, demain vision sur le passage des poèmes.

Fureur et Mystère (1948)

J’ai lié les unes aux autres mes convictions et agrandi ta Présence. J’ai octroyé un cours nouveau à mes jours en les adossant à cette force spacieuse.

Fureur et Mystère (1948)

Les poèmes sont des bouts d’existence incorruptibles que nous lançons à la gueule répugnante de la mort, mais assez haut pour que, ricochant sur elle, ils tombent dans le monde nominateur de l’unité.

La Parole en archipel (1962)

Les rares moments de liberté sont ceux durant lesquels l’inconscient se fait conscient et le conscient néant (ou verger fou).

Fureur et Mystère (1948)

Celui qui dompte le lion, devient l’esclave du lion. Ce qu’il faut, c’est faire du feu entre lui et toi.

Trois coups sous les arbres (1967)

L’instant est une particule concédée par le temps et enflammée par nous.

Eloge d'une soupçonnée (1988)

Epouse et n’épouse pas ta maison.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Nous vivons avec quelques arpents de passé, les gais mensonges du présent et la cascade furieuse de l’avenir.

Fenêtres dormantes et porte sur le toit (1979)

Sur les arêtes de notre amertume, l’aurore de la conscience s’avance et dépose son limon.

Fureur et Mystère (1948)

Il semble que l’on naît toujours à mi-chemin du commencement et de la fin du monde. Nous grandissons en révolte ouverte presque aussi furieusement contre ce qui nous entraîne que contre ce qui nous retient.

Les Matinaux (1950)

Les oiseaux libres ne souffrent pas qu’on les regarde. Demeurons obscurs, renonçons à nous, près d’eux.

Les Matinaux (1950)

On ne peut se retirer de la vie des autres et s’y laisser soi.

La nuit talismanique qui brillait dans son cercle (1972), Volets tirés fendus

Les arbres ne se questionnent pas entre eux, mais trop rapprochés, ils font le geste de s’éviter.

La nuit talismanique qui brillait dans son cercle (1972), Volets tirés fendus

Je ne puis être et ne veux vivre que dans l’espace et dans la liberté de mon amour.

La Parole en archipel (1962)

Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets à mes Dieux qui n’existent pas.

La Parole en archipel (1962)

Tu es dans ton essence constamment poète, constamment au zénith de ton amour, constamment avide de vérité et de justice. C’est sans doute un mal nécessaire que tu ne puisses l’être assidûment dans ta conscience.

Commune présence (1964)

C’est le peu qui est réellement tout. Le peu occupe une place immense. Il nous accepte indisponibles.

La nuit talismanique qui brillait dans son cercle (1972), Volets tirés fendus

L’esprit du château fort, c’est le pont-levis.

Artine (1930)

S’il n’y avait sur terre que nous, mon amour, nous serions sans complices et sans alliés. Avant-coureurs candides ou survivants hébétés.

Lettera Amorosa (1952)

Mais qu’est-ce qu’un révolté, Monsieur ? Quand un homme est broyé et qu’il se tait, c’est un individu normal. S’il proteste et réclame son droit, c’est un révolutionnaire !

Le Soleil des eaux (1949)

Nous n’appartenons à personne sinon au point d’or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous qui tient éveillés le courage et le silence.

Fureur et Mystère (1948)

Les femmes sont amoureuses et les hommes sont solitaires. Ils se volent mutuellement la solitude et l’amour.

Fureur et Mystère (1948)

Poésie, la vie future à l’intérieur de l’homme requalifié.

Le Nu perdu (1971), A la santé du serpent

La poésie est de toutes les eaux claires celle qui s’attarde le moins aux reflets de ses ponts.

Le Nu perdu (1971), A la santé du serpent

L’art est fait d’oppression, de tragédie, criblées discontinûment par l’irruption d’une joie qui inonde son site, puis repart.

Eloge d'une soupçonnée (1988)

Il n’y a que deux conduites dans la vie: ou on la rêve, ou on l’accomplit.

Eloge d'une soupçonnée (1988)

Notre héritage n’est précédé d’aucun testament.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Nous sommes des malades sidéraux incurables auxquels la vie sataniquement donne l’illusion de la santé. Pourquoi? Pour dépenser la vie et railler la santé?

Feuillets d'Hypnos (1946)

«Je t’aime», répète le vent à tout ce qu’il fait vivre. Je t’aime et tu vis en moi.

Fureur et Mystère (1948)

Les plus pures récoltes sont semées dans un sol qui n’existe pas. Elles éliminent la gratitude et ne doive qu’au printemps.

Fureur et Mystère (1948)

Vous tendez une allumette à votre lampe, et ce qui s’allume n’éclaire pas. C’est loin, très loin de vous, que le cercle illumine.

Fureur et Mystère (1948)

A tous les repas pris en commun, nous invitons la liberté à s’asseoir. La place demeure vide mais le couvert reste mis.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Nous sommes pareils à ces crapauds qui dans l’austère nuit des marais s’appellent et ne se voient pas, ployant à leur cri d’amour toute la fatalité de l’univers.

Feuillets d'Hypnos (1946)

Nous devons surmonter notre rage et notre dégoût, nous devons les faire partager, afin d’élever et d’élargir notre action comme notre morale.

Feuillets d'Hypnos (1946)

L’éclair me dure. La poésie me volera de la mort.

Les Matinaux (1950)

Allez à l’essentiel : n’avez-vous pas besoin de jeunes arbres pour reboiser votre forêt ?

Les Matinaux (1950), Rougeur des Matinaux, VI

Si la vie ne pouvait être que du sommeil désappointé.

Feuillets d'Hypnos (1946), n° 198

Les boueurs de poésie sont en général privés du sentiment de la poésie; inaptes à percer les voies de son action. Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps.

Le Marteau sans maître (1934), Moulin premier, LVII

Etre Le premier venu.

Le Marteau sans maître (1934), Arsenal, L'Amour

La seule signature au bas de la vie blanche, c’est la poésie qui la dessine.

La Parole en archipel (1962)

Je n’ai qu’à prendre ta main pour changer le cours de tes rêves.

Placard pour un chemin des écoliers (1937)

Nous sommes écartelés entre l’avidité de connaître et le désespoir d’avoir connu. L’aiguillon ne renonce pas à sa cuisson et nous à notre espoir.

Fureur et Mystère (1948)

La vie commencerait par une explosion et finirait par un concordat? C’est absurde.

Fureur et Mystère (1948)

C’est l’enthousiasme qui soulève le poids des années. C’est la supercherie qui relate la fatigue du siècle.

Fureur et Mystère (1948)

Enchemisé dans les violences de sa nuit, le corps de notre vie est pointillé d’une infinité de parcelles lumineuses coûteuses. Ah ! quel sérail.

Le Nu perdu (1971)

Je rêve d’un pays festonné, bienveillant, irrité soudain par les travaux des sages en même temps qu’ému par le zèle de quelques dieux, aux abords des femmes.

Feuillets d'Hypnos (1946)

La poésie ne se laisse pas saisir. Quand elle nous veut, elle est par essence indescriptible.

Fureur et Mystère (1948)

Le resserrement de la parole provoque l’élargissement du sens.

Recherche de la base et du sommet (1955)

Pioche! enjoignait la virole, Saigne! répétait le couteau. Et l’on m’arrachait la mémoire, On martyrisait mon chaos.

Les Matinaux (1950)

Le vipereau restera froid jusqu’à la mort nombreuse, car, n’étant d’aucune paroisse, il est meurtrier devant toutes.

Les Matinaux (1950)

Chaque guitariste, à tour de rôle, module la part du poème qui lui revient, en observant un silence après chaque quatrain, silence ventilé par les guitares.

Les Matinaux (1950)

Nous tombons. Je vous écris en cours de chute. C’est ainsi que j’éprouve l’état d’être au monde.

Eloge d'une soupçonnée (1988)

Mon amour, peu importe que je sois né: tu deviens visible à la place où je disparais.

Le Nu perdu (1971), A la santé du serpent

Ne te courbe que pour aimer. Si tu meurs, tu aimes encore.

Le Nu perdu (1971), A la santé du serpent

Dans les rues de la ville, il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour: chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus qui, au juste, l’aima Et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas!

Allégeance

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma liberté est son trésor! Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, Ma solitude se creuse.

Allégeance