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Citations de : Remy de Gourmont

Les hérésies m’ont toujours semblé très curieuses pour l’étude de la psychologie humaine. Cela répond au besoin qu’ont les hommes de limiter la dose d’absurde qu’ils consentent à croire.

Epilogues (2), juillet 1901

On ne pense pas sans mots, et cependant les mots trahissent la pensée. Toute expression verbale d’un fait concret devient de la métaphysique.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Le bourgeois qui dit ne croire à rien ne sera jamais qu’un bourgeois frauduleux.

Pensées inédites

La superstition est un peu plus humaine que la religion, parce qu’elle manque de morale.

Pensées inédites

La gratitude, comme le lait, tourne à l’aigre, si le vase qui la contient n’est pas scrupuleusement propre.

Dernières Pensées inédites

La femme la plus compliquée est plus près de la nature que l’homme le plus simple.

Promenades littéraires (1904-1928)

La civilisation, c’est la culture de tout ce que le christianisme appelle vice, frivolité, plaisirs, jeux, affaires et choses temporelles, biens de ce monde, etc.

Promenades philosophiques (1904-1928)

La civilisation est un produit naturel, tout comme l’état sauvage; ce sont des fleurs différentes poussées dans la même forêt.

Promenades littéraires (1904-1928)

L’ironie est une clairvoyance.

Promenades littéraires (1904-1928)

L’indulgence, c’est la forme aristocratique du dédain.

Les Chevaux de Diomède

L’homme est un animal arrivé, voilà tout.

Promenades philosophiques (1904-1928)

L’altruiste est un égoïste raisonnable.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Avec ce mot devoir, on fait danser le citoyen comme un ours avec une musette.

Une pensée fausse n’est jamais bien écrite, ni mal écrite une pensée juste. il y a là quelque chose d’inséparable.

Promenades littéraires (1904-1928)

Une opinion n’est choquante que lorsqu’elle est une conviction.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Soyez humains: si vous avez un fils qui ne sait pas distinguer les couleurs, faites-en plutôt un critique d’art qu’un mécanicien de chemin de fer.

Des pas sur le sable

Savoir ce que tout le monde sait, c’est ne rien savoir.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Prêter aux bêtes des lueurs d’humanité, c’est les dégrader.

Promenades littéraires (1904-1928)

Pour expliquer un brin de paille, il faut démonter tout l’univers.

Le Chemin de velours

Les excentricités qui ne réussissent pas deviennent ridicules, et même méprisables.

Promenades littéraires (1904-1928)

Le mâle est un accident; la femelle aurait suffi.

Physique de l'amour (1903)

Le génie et la vertu ne s’accrochent que par hasard. Ce n’est pas chez les grands hommes qu’il faut aller chercher les modèles pour les ordinaires et nécessaires vertus sociales.

Promenades littéraires (1904-1928)

Juger est abominable: la sentence qui affirme est un mensonge.

Epilogues

Il y a des écrivains chez lesquels la pensée semble une moisissure du cerveau.

Des pas sur le sable

Il y a des anticléricaux qui sont vraiment des chrétiens un peu excessifs.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Ce qui est immoral, c’est la bêtise.

Dialogues des amateurs sur les choses du temps

C’est précisément parce qu’il n’y a pas de vérité en soi, absolue, que les hommes peuvent se comprendre.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Un imbécile ne s’ennuie jamais : il se contemple.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Il y a deux voies pour le prophète : ou annoncer un avenir conforme au passé, – ou se tromper.

Promenades philosophiques (1904-1928)

La conscience n’est peut-être que la sensation d’un effort, un état consécutif à un mauvais travail.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Un hasard a donné à l’homme l’intelligence. Il en fait usage : il a inventé la bêtise.

Promenades philosophiques (1904-1928)

L’amour sentiment est une création de l’homme, une chose factice, pas naturelle, qui va contre le voeu de la nature avec son désir de permanence et d’exclusivité.

La Culture des idées (1900)

Toute atteinte à la liberté de l’amour est une protection accordée au vice. Quand on barre un fleuve, il déborde ; quand on comprime une passion, elle déraille.

La Culture des idées (1900)

L’amour est profondément animal : c’est sa beauté.

La Culture des idées (1900)

L’intelligence de l’homme n’a pas progressé depuis son apparition sur terre.

La Culture des idées (1900)

Le mâle est un accident ; la femelle aurait suffit.

Physique de l'amour (1903)

Mettez un cochon dans un palais, il en fera une étable.

Des pas sur le sable (1914)

Améliorer, embourgeoiser la condition sociale des ouvriers, c’est créer une race d’esclaves contents de leur sort, une caste de parias confortables.

Des pas sur le sable (1914)

Sixte disait : «II y a en moi une sorte d’amour de la gloire que je n’ai jamais pu déraciner entièrement.»

Des pas sur le sable (1914)

Faugère veut que l’on considère avec respect l’amulette de Pascal. Je ne le considère pas avec respect, mais avec un mélange de honte et de terreur.

Des pas sur le sable (1914)

Les Monita secreta des Jésuites, c’est l’art de pactiser avec la tyrannie de la conscience moyenne, la conscience des imbéciles.

Des pas sur le sable (1914)

La Rochefoucauld fait les hommes plus malins qu’ils ne sont. Il a mis son esprit au service de l’humanité.

Des pas sur le sable (1914)

Le catholicisme laisse nue la beauté païenne, détourne la tête et dit : «Ne la regardez pas, c’est un péché». Le protestantisme la fourre dans un sac.

Des pas sur le sable (1914)

Les satires générales sont toujours des mensonges, parce que le sentiment réserve toujours des exceptions.

Des pas sur le sable (1914)

La dame de l’automne écrase les feuilles mortes Dans l’allée des souvenirs : C’était ici ou là… le vent passe et emporte Les feuilles de nos désirs. O vent, emporte aussi mon coeur : il est si lourd !

La dame de l'automne

Les roses pâles sont blessées Par la rudesse de l’orage, Mais elles sont plus parfumées, Ayant souffert davantage. Mets cette rose à ta ceinture, Garde en ton coeur cette blessure, Sois pareille aux roses de l’orage.

Les roses dans l'orage

Le peuple, c’est tous ceux qui ne comprennent pas.

La Culture des idées (1900)

L’irreligion est une religion.

La Culture des idées (1900)

Un vice est comme un amour, il n’y a rien qu’on ne lui sacrifie.

Pensées inédites

Savoir ce que tout le monde sait, c’est ne rien savoir. Le savoir commence là où commence ce que le monde ignore.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Je suis fâché qu’on ait tant pensé avant moi. J’ai l’air d’un reflet. Mais peut-être aussi que je ferai dire la même chose, un jour, à un autre homme.

La Culture des idées (1900)

La tare est la conscience qui crée l’indécision, la paresse, la gaucherie, et qui altère la volonté. Or une volonté malade rend l’homme impropre à l’action et en fait un être dangereux pour soi et pour autrui.

Le Chemin de velours. Nouvelles dissociations d'idées (1902)

Acquérir la pleine conscience de soi, c’est se connaître tellement différent des autres qu’on ne sent plus avec les hommes que des contacts purement animaux.

Le Livre des masques (1896)

Le principe de la charité est le don gratuit, pur et simple, sans désir, sans espérance, sans but.

La Culture des idées (1900)

L’oeuvre d’un écrivain doit être non seulement le reflet, mais le reflet grossi de sa personnalité.

Le Livre des masques (1896)

Une femme a quelquefois pitié des chagrins qu’elle cause sans remords.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Elle est polyandre, cette femelle terrible. Alors que les autres insectes refusent le mâle, quand leurs ovaires ont été fécondés, la mante en accepte deux, trois, quatre, jusqu’à sept: et cette barbe-bleue, l’oeuvre accomplie, les croque sans rémission.

Physique de l'amour (1903)

L’esthétique est devenue elle aussi un talent personnel; nul n’a le droit d’en imposer aux autres une toute faite.

Le Livre des masques (1896)

Que veut dire symbolisme ? Si l’on s’en tient au sens étroit et étymologique, presque rien.

Le Livre des masques (1896)

Il aima les mots pour leur sens possible plus que pour leur sens vrai et il les combina en des mosaïques d’une simplicité raffinée.

Le Livre des masques (1896)

Le crime capital pour un écrivain, c’est le conformisme.

Le Livre des masques (1896)

L’homme commence par aimer l’amour et finit par aimer une femme. La femme commence par aimer un homme et finit par aimer l’amour.

Physique de l'amour (1903)

Quand un peuple n’ose plus défendre sa langue, il est mur pour l’esclavage.

Je montrerai comment ce peu de bruit intérieur, qui n’est rien, contient tout, comment, avec l’appui bacillaire d’une seule sensation, toujours la même et déformée dès son origine, un cerveau isolé du monde peut se créer un monde.

Promenades littéraires (1904-1928), Sixtine

Le citoyen est une variété de l’homme; variété dégénérée ou primitive, il est à l’homme ce que le chat de gouttière est au chat sauvage.

Epilogues, paradoxe sur le citoyen (1903-1913)

Le bonheur, comme la richesse, a ses parasites.

L’humilité de Pascal est orgueilleuse. N’avoir point d’orgueil, quand on a du génie, ce serait manquer de jugement, c’est-à-dire n’avoir pas de génie, ce qui est impossible.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Le désordre de Montaigne n’a pas nui à sa gloire parce que ce désordre, tout d’apparence, est secrètement très bien ordonné.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Il faut faire monter le tirage. C’est un grand principe. On a vu des journaux mourir faute de fausses nouvelles, fautes d’injures inédites, faute de spirituels mensonges.

Epilogues (1), février 1898

Il n’y a pas de liberté là où le public n’est pas assez intelligent pour aimer les opinions contradictoires. Un tel état d’esprit semble avoir existé en France vers le milieu du dix-huitième siècle: qui nous rendra ces temps sceptiques, ces temps bénis!

Epilogues (1), mars 1898

Il faut que les meilleurs soient méconnus. Les meilleurs appartiennent aux meilleurs.

Epilogues (6), mars 1911

Une justice infaillible et sûre, une justice qui lirait dans les consciences, une justice telle que le châtiment suivrait infailliblement la faute, y a-t-il un homme, un seul, qui la désire au fond de son coeur?

Epilogues (1), janvier 1898

Une idée n’est jamais exprimée trop brièvement, quand elle l’est d’une façon claire.

Epilogues (6), septembre 1910

La haine est bonne; la haine est réconfortante. Celui qui n’a pas senti la haine ne sait pas combien cela rend la vie meilleure et fière. A défaut de haine, il faut avoir beaucoup de mépris.

Epilogues (2), novembre 1899

Bien définir est bon pour se faire comprendre; ne pas définir est indispensable pour discourir en paix.

Epilogues (2), septembre 1901

Les poètes, les artistes créent des fantômes qui parfois deviennent immortels dans la tradition des hommes. Le critique, comme le philosophe, crée des valeurs. L’oeuvre d’art ne conclut pas. Là où il y a conclusion, il y a critique.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Il y a une personne avec laquelle nous n’arrivons jamais à être complètement sincères, bien que nous sachions qu’elle nous connaît à fond et que nous puissions compter sur sa bienveillance: nous-mêmes.

Pensées inédites

La vérité est une illusion et l’illusion est une vérité.

Le loisir, voilà la plus grande joie et la plus belle conquête de l’homme.

Un imbécile ne s’ennuie jamais; il se contemple.

L’origine des maux profonds dont souffre l’humanité vient de la guerre sourde que se font les femmes maigres et les femmes grasses.

Voltaire, chaque fois qu’on presse trop fort les fruits de cet arbre merveilleux, on ne trouve que poussière ou pourriture; ils n’ont qu’une surface, ils ne peuvent rafraîchir que l’oeil et nourrir que l’imagination.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Il vaut mieux se laisser guider par l’utilité que par la vérité; l’utilité, si elle est moins noble, est plus docile. S’il fallait toujours, avant d’agir, nous mettre en possession de la vérité, l’action serait impossible.

Promenades philosophiques (1904-1928)

Le christianisme n’a pas inventé la pudeur; il en a inventé l’hypocrisie.

Epilogues (3), août 1902