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Citations de : Philippe Delerm

… je me souviens de ce bonheur-désordre sur ta table.

La Cinquième Saison

«On pourrait presque…» – C’est bon, la vie au conditionnel.

Qui peut prétendre avoir aimé assez ceux qu’il a choisi d’aimer ?

Elle marchait sur un fil (2014)

On naît bicyclette ou vélo, c’est presque politique. Mais les vélos doivent renoncer à cette part d’eux-mêmes pour aimer – car on n’est amoureux qu’à bicyclette.

La Première Gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (1997), La bicyclette et le vélo

Grimoire : Un joli mot à deux entrées, moitié gribouillis, moitié mémoire, qui coule dans la bouche avant de fuir en entonnoir.

Les mots que j'aime (2013)

L’amour est presque méprisable, quand il efface autour de lui le monde.

Autumn (1988)

Fainéanter dans un monde neuf est la plus absorbante des occupations. C’est une assez bonne définition de la lecture, et la définition la plus subtile de l’appétit.

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)

C’est ainsi. On ne voit jamais sur son propre menu ce qui tente les autres. On ne voit jamais sur son propre menu une chose aussi tentante que celle qui tente les autres.

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)

Qu’importe, si la petite barre de chocolat au lait ne plaît pas aux papilles adultes amères, sa suavité d’enfance en est multipliée. C’est un goûter de luxe.

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)

On ne pourra pas s’empêcher d’étaler, de parfaire le cercle, de commencer à dessiner avec le dos de la fourchette ces stries en diagonale et en carré – une galette de purée, l’enfance n’est pas morte.

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)

Il y a des générosités si tardivement exprimées, si réticentes, à l’avance si soulagées de ne pas se voir raisonnablement envisagées, qu’elles apparaissent d’emblée pour ce qu’elles sont: de la courtoisie sous contrainte.

Je vais passer pour un vieux con (2012)

Rien ne rend plus digne des livres aimés qu’une longue tristesse au fond de soi, un grand désir d’oubli que les mots font semblant d’entraîner sur d’autres pistes.

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)

L’odeur des pommes est douloureuse. C’est celle d’une vie plus forte, d’une lenteur qu’on ne mérite plus.

La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (1997)

Oh lui rien ne l’inquiète. A tout âge c’est doux d’avoir un gros nounours.

Je vais passer pour un vieux con (2012)

Aujourd’hui, le rugby tamponne beaucoup, on voit surtout des collisions entre des grands costauds, alors que le jeu d’antan avait ses ogres et ses lutins.

Sur la Nouvelle République.fr, 5 octobre 2014.

Pour le coup, l’insistance de Monet entraîna ma rêverie vers d’autres horizons. J’aimais Julia. Sa passion pour la peinture m’interdisait tout espoir. Je n’étais pas un artiste et je savais trop qu’elle ne pouvait aimer qu’un créateur.

Sundborn ou les Jours de lumière (1996)

Mais on n’est pas non plus de ceux qui ont envie de lire seulement ce que les autres lisent.

Le trottoir au soleil (2011)

Je ne m’intéresse qu’aux choses de l’esprit, et ces choses on peut en jouir entre quatre murs les plus nus, une table de bois blanc, un escabeau, de quoi écrire et le moindre lumignon y suffisant.

Maintenant, foutez-moi la paix ! (2006)

C’était bien d’imaginer la neige tout autour pour se calfeutrer au fond des draps.

Traces (2008)

Le snobisme est toujours une exclusion de l’autre. Comment mieux l’exclure qu’en multipliant le présent par le passé ?

Traces (2008)

Bien sûr il y avait maintenant ce rectangle menaçant, comme un faire-part : Fumer tue. Oui, fumer tue. Mais vivre tue aussi.

Elle marchait sur un fil (2014)

Elle savait bien que tout était déjà dit, que vivre c’était recréer à l’infini un éternel humain. Le principe même du théâtre.

Elle marchait sur un fil (2014)

Il se sentit délicieusement en fraude …

L'envol

J’aime la mélancolie de ce passant. Il n’a plus aucune de ces prétentions du paraître qui nous amenuisent tant dans la vraie vie, nous contraignent à cacher nos blessures, nos tristesses.

L'envol

(Dans le journal du petit déjeuner) – On y lit que le monde se ressemble, et que le jour n’est pas pressé de commencer.

La première gorgée de bière

En espadrilles, on est tout juste assez civilisé pour tutoyer le globe, sans l’appréhension rétive du pied nu méfiant, sans l’excessive assurance du pied trop bien chaussé.

La première gorgée de bière

Parfois on dit: «On aurait presque pu…» Là, c’est la phrase triste des adultes qui n’ont gardé en équilibre sur la boîte de Pandore que la nostalgie.

La première gorgée de bière

Trop tard? L’avenir sera ce que vous en ferez.

La première gorgée de bière

On se surprend à marcher sur le bord du trottoir comme on faisait enfant, comme si c’était la marge qui comptait, le bord des choses.

La première gorgée de bière

Il faut partir ou bien rester, cela revient au même gris. Je t’écris ça ce soir avec cette envie de mourir, la fatigue si longue; le chagrin seul me tient ici, brûlure au creux de la poitrine.

La Cinquième Saison

J’apprends comme il est simple et fort d’aimer tout seul.

La Cinquième Saison

Elle en parle sans larmes, avec au fond des yeux le poids de l’habitude du chagrin.

La Cinquième Saison

On dévore les livres, ou bien les livres vous dévorent. C’est une drogue effrayante et douce, un séduisant voyage.

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)

Si la liberté séduit, c’est plutôt l’abondance des contradictions qui rapproche, et aide à absorber. La rêverie morbide aussi. Et puis demeure une part de mystère irréductible.

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)

L’écriture est toujours la traduction d’un manque, d’une fêlure, une façon de déplacer les atomes de la réalité.

Ecrire est une enfance (2011)

Le fast-food est un plaisir pervers. Une jouissance intellectuelle d’abord: la volupté de se vautrer dans du politiquement incorrect.

Dickens, barbe à papa et autres nourritures délectables (2005)

Arnold n’en finit pas d’entasser les vieux journaux au fond du couloir. Il aime s’appuyer sur le coussin des vieux jours.

Tout et son contraire, émission de Philippe Vandel sur France Info, 4 novembre 2009.

C’est fou comme la voix seule peut dire d’une personne qu’on aime – de sa tristesse, de sa fatigue, de sa fragilité, de son intensité de vivre, de sa joie. Sans les gestes, c’est la pudeur qui disparaît, la transparence qui s’installe.

La Première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules (1997)

Bonheur: un mot fragile, évanescent, léger, surtout.

Le bonheur c’est d’avoir quelqu’un à perdre.

Plus on va dans l’infime, plus on a de chances de trouver l’universel.

Ce n’est pas ce que l’on dit qui compte, mais ce qu’on entend.

Les filles sont un autre monde, et je m’en souviendrai. Elles deviendront cet ailleurs difficile où je te reconnais, pays à inventer pour le bonheur de passer la frontière.

La Cinquième Saison

Tu ne revivras pas, mais il y a ce chemin des mots qui mène un peu plus près de ton sourire; le souvenir ne te rend pas, mais tu sourds quelquefois de cette folie douce de t’écrire, avec au bout le son-vertige de ta voix.

La Cinquième Saison

Si tu n’étais pas morte… Ces mots ne dansent pas sur mon cahier, mais blessent le silence de la marge.

La Cinquième Saison