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Citations de : Philippe Bouvard

Qu’est ce qu’un DJ? C’est un jeune homme courageux qui se déplace à l’aveugle dans la pénombre en attendant de devenir sourd!

On ne doit jamais craindre d’avouer son ignorance: elle suscite toujours des aides inespérées.

On n’a pas l’âge que donne l’état civil mais celui qu’accordent les contemporains.

On devrait se méfier davantage des promesses des hommes politiques puisqu’ils ne peuvent nous faire de cadeaux qu’avec ce qu’ils nous prennent.

On devrait essayer les hommes comme les chaussures. Si ça va, on les garde. Si ils vous cassent les pieds, on les rend le lendemain matin.

On appelle «mauvaise foi» les convictions d’autrui qu’on ne partage pas…

Maximes au minimum

Nous vivons dans une société hypocrite où l’intérêt particulier tient lieu de motivation générale.

Nous vivons dans un monde où l’échec des autres devient plus important que notre propre réussite.

Un oursin dans le caviar (1973)

Ne pouvant, par la taille ni l’esprit, dépasser les autres, j’ai pris l’habitude de me dépasser moi-même. Cela ne va pas loin.

Ne dites jamais à un homme d’Etat ou à un grand patron qu’il a su préparer sa succession. Si vous voulez lui faire vraiment plaisir, bornez-vous à prédire qu’après lui ce sera le chaos.

Lorsqu’on vit trop à crédit, les ardoises deviennent des tuiles.

Lorsqu’on dit d’une femme qu’elle n’a pas froid aux yeux, c’est qu’on pense qu’elle a le feu quelque part.

Les radars sont des appareils détecteurs que la Gendarmerie annonce quand il n’y en a pas et qu’elle cache quand ils existent.

Les prostituées sont des femmes qui ne demandent pas qu’on les invite à dîner avant de passer à un autre genre d’exercice.

Les inégalités sociales seraient beaucoup plus nombreuses si les pauvres ne vivaient pas au-dessus de leurs moyens.

Les impôts ont été inventés pour que tout le monde n’ait pas envie de réussir.

Maximes au minimum

Les hommes sont comme les vins: lorsqu’ils deviennent meilleurs en vieillissant, c’est qu’ils sont d’une très grande qualité.

Les hamsters ne connaissent pas leur bonheur qui bénéficient des nouveaux médicaments aux effets miraculeux cinq années avant les hommes.

Journal 1992-1996

Les femmes sont la seule chose qu’un milliardaire ne puisse s’offrir en levant seulement le petit doigt.

Les cocus sont des hommes de goût puisque leur femme plaît aux autres.

La vraie fête, c’est faire ce dont on a envie, indépendamment de ce que font les autres, sans tenir compte du calendrier, en se moquant des usages et en faisant fi du qu’en-dira-t-on. Rare et difficile.

La sieste s’est faite durant des siècles après le travail, puis avant. Aujourd’hui, à la place.

La seule façon d’oublier qu’on n’a qu’une vie, c’est d’avoir plusieurs femmes…

La réussite, c’est d’abord et surtout d’être au travail quand les autres vont à la pêche.

Journal 1992-1996

La publicité est à la consommation ce que l’érotisme est à l’amour. Le plaisir ne suit pas toujours.

Maximes au minimum

La plus banale des feuilles blanches vaut le meilleur des psychanalystes.

La passion est une atrophie momentanée du sens critique.

La mort n’est jamais qu’un jour dans la vie. Et de surcroît le dernier, à ce qu’il paraît.

La modestie est l’art de faire dire par d’autres tout le bien que l’on pense de soi-même.

Maximes au minimum

La mer est la piscine des pauvres.

Les C.R.S. qu’on rencontre l’été au bord de la mer ou l’hiver dans les stations de ski sont chargés de vous expliquer courtoisement qu’ils ne sont pas du pays non plus.

Le talent consiste à dire les mêmes bêtises que les autres, mais plus élégamment.

Le secret est comme la modestie: il cesse d’exister à l’instant précis où on l’évoque.

Le port de plaisance est un lieu conçu pour que les navigateurs qui ne prennent pas la mer puissent rencontrer des vacanciers qui n’ont pas de bateau.

Le piston ne marche qu’avec les huiles.

Le fraudeur fiscal est un contribuable qui s’obstine à vouloir garder un peu d’argent pour son propre usage.

Le drame, quand on a pris l’habitude de gagner de l’argent, c’est que plus rien n’est gratuit.

Mille et une pensées (2005)

Le cynisme finit par être le comble de la franchise dans une société d’hypocrites.

Le crédit, c’est la possibilité donnée aux acheteurs impécunieux de payer leur appartement 20% plus cher que les riches.

Le comble de la suffisance intellectuelle est de croire qu’on peut apprendre quelque chose en s’écoutant monologuer.

Maximes au minimum

La lecture des journaux est comparable au ménage: elle n’est efficace que si l’on va dans les coins.

La France se porte mal parce que les Français se soignent trop.

La flânerie est un passe-temps de pauvre ou un art de richissime.

Journal 1992-1996

La femme idéale: celle qui laisse à l’homme le dernier mot en sachant qu’elle pourrait en ajouter encore un autre.

Journal 1997-2000

La démocratie, c’est la moitié des cons plus un.

Nous sommes tous sur la même barque, promis au même naufrage et il n’y aura aucun survivant.

Les incessants progrès de la chirurgie, de la médecine et de la pharmacie sont angoissants: de quoi mourra-t-on dans vingt ans?

Journal 1992-1996

Ce qu’il y a de plus terrible dans la mort, c’est de ne pas pouvoir aller à ses rendez-vous du lendemain.

Maximes au minimum

La malhonnêteté a davantage de classe quand elle sert à acheter des signes de respectabilité.

Journal 1992-1996

La modestie est un abus de confiance si elle dissimule un vrai talent ou une erreur stratégique si elle avoue de réelles faiblesses.

Journal 1992-1996

La modestie est, par définition, le seul sentiment qui cesse d’exister à l’instant où on commence à l’évoquer.

Maximes au minimum

Le bon vieux temps: tout ce que la mémoire range dans ses débarras en gommant le médiocre pour ne retenir que le meilleur.

Journal 1992-1996

La maxime exige de son auteur deux caractéristiques qui vont généralement de pair: un passé long et le souffle court.

Journal 1997-2000

La liberté de s’exprimer totalement devient sans objet quand on n’a plus d’interlocuteurs.

Maximes au minimum

Je plains ceux qui, ne tenant pas un journal intime, n’ont aucune raison de noter ce qu’ils auraient intérêt à oublier.

Journal 1992-1996

La malignité: cette intelligence de ceux à qui on ne veut pas en reconnaître.

Journal 1997-2000

La dignité de la personne humaine: dans cette locution et les idées qui l’accompagnent, il entre davantage de vanité d’espèce que d’authentique humanité.

Journal 1997-2000

Rien d’inhumain qui ne soit humain.

Journal 1997-2000

Cinquante ans sans guerre c’est long. Pas pour les militaires qui préfèrent mourir dans leur lit mais pour les industriels et pour les maçons.

Journal 1992-1996

La guerre donne de l’avancement à ceux qui ne reculent pas.

Journal 1992-1996

A ceux qui remarquent que la France est vingt fois moins peuplée que la Chine, je réponds que le rayonnement d’un pays est moins lié au nombre des vivants qu’à la qualité des morts.

Journal 1992-1996

Si Dieu n’existe pas, je plains ceux qui, pour conquérir là-haut un paradis hypothétique, ont transformé ici-bas leur vie en un enfer de contraintes et de renoncements.

Journal 1992-1996

Si Dieu nous avait vraiment fait à son image, il y aurait moins de chirurgiens esthétiques.

Maximes au minimum

Dans les urnes, le suffrage d’une femme de ménage vaut exactement le bulletin de Mme Catherine Deneuve alors que la première en sait davantage que la seconde sur les difficultés de l’époque.

Journal 1997-2000

La culture est bête: elle s’approprie l’intelligence des autres et elle rend inutile l’improvisation.

Journal 1997-2000

A l’égard de la propriété, de l’amour, de la fortune et du succès, j’applique «la règle des Dudu»: rien n’est dû, rien n’est durable.

Journal 1992-1996

Je préfère qu’on me dise que je suis petit et moche que con et malhonnête.

TF1 le 5 avril 2002, 25 ans des "Grosses Têtes"

L’argent qui corrompt tout ne laisse intacte que la misère.

Journal 1992-1996

La beauté des femmes constitue un abus de confiance permanent dans la mesure où la façade fait des promesses qui ne sont pas tenues au-delà.

L’ordinateur est un appareil sophistiqué auquel on fait porter une housse la nuit en cas de poussière et le chapeau durant la journée en cas d’erreur.

L’honnêteté dans les affaires constitue le seul moyen de pouvoir escroquer la même personne plusieurs fois.

L’honnêteté dans les affaires consiste à posséder à son compte en banque l’argent qu’on doit à ses créanciers.

Un oursin dans le caviar (1973)

L’héritage offre la possibilité de toucher dans l’âge adulte les sommes qu’on vous a refusées dans votre jeunesse. Cadeau qui, de surcroît, n’exige pas de remerciements.

L’Etat, vendeur d’alcool et de tabac, gagne plus d’argent en élargissant les vices qu’en resserrant les boulons.

L’égoïsme est un luxe qui se paie toujours à crédit.

L’argent est un raccourci de la réussite, et les raccourcis – c’est connu – éliminent tous les détails embarrassants.

Trop de choses se font en ce bas monde sans qu’on me demande mon avis.

Journal 1992-1996

Le fait qu’on se confesse de plus en plus à la radio et de moins en moins dans les églises semble indiquer que la publicité est plus précieuse que le pardon…

Maximes au minimum

Je préfère donner du «Monseigneur» au chef de la branche bonapartiste plutôt qu’à l’évêque. – Dame! Je sais que l’empereur a existé, alors que pour Dieu, je doute toujours.

Maximes au minimum

Il n’existe pas de bonheur complet sans amnésie partielle.

Journal 1997-2000

Sans la paresse qui dissuade de pousser la méchanceté trop loin et la concurrence à son paroxysme, notre société ne serait pas vivable.

Journal 1992-1996

L’athéisme peut conduire à l’injustice qui, sous prétexte que Dieu n’existe pas, considère certains ecclésiastiques estimables comme des charlatans.

Journal 1997-2000

Pas étonnant qu’on se reproduise comme des lapins dans des bâtiments qui ressemblent à des clapiers.

Journal 1997-2000

Le besoin d’entendre affirmer par d’autres tout le bien qu’on pense de soi trahit le faible crédit qu’on accorde à sa propre opinion.

Journal 1992-1996

Dommage que l’admiration de soi – qui aide à vivre – ne débouche que sur le mépris des autres – qui assombrit l’existence.

Journal 1992-1996

Ah! la volupté de régler tout dans la journée et d’aller se coucher sans qu’aucun papier en souffrance ne traîne sur le bureau, sans devoir un franc à personne et – mais c’est beaucoup plus rare – sans que personne ne vous doive un franc!…

Journal 1992-1996

L’argent autorise la propriété d’un livre, il n’assure jamais qu’on en soit digne.

L’amour-propre nous gâche l’amour de la même façon que l’instinct de la propriété aliène nos autres sens.

L’amour est une activité trop importante pour qu’on la confie aux seuls dons Juans.

L’amabilité est la gentillesse des gens qui n’ont pas de coeur.

Un oursin dans le caviar (1973)

Je suis plus sensible au courant électrique qu’aux courants de pensées.

Je plains encore plus les gens qui n’ont pas de vocation que ceux qui n’ont pas connu l’amour. Sans doute parce qu’on change plus difficilement de métier que de femme.

Je n’admire pas la jeunesse pour la brutalité de ses certitudes mais pour la sincérité de ses angoisses.

Je m’étonne toujours que des êtres également menacés par la mort se fassent la vie aussi difficile.

Maximes au minimum

Je m’endors plus facilement quand je lis, le soir, des auteurs qui ne sont pas des lumières.

J’enrage contre certains salariés qui prennent bien garde de ne pas programmer leurs dépressions en même temps que leurs vacances.

J’ai répertorié deux grandes catégories de brillants causeurs: ceux qui ne vous écoutent pas et ceux que l’on n’écoute pas.

J’ai peur que l’Etat dépense moins bien mon argent que je ne le ferais.

J’ai cessé un jour d’utiliser les transports en commun par peur qu’un adolescent ne se lève et ne me donne sa place.

Il y a tellement de fous en liberté que je me demande parfois si ce ne sont pas les gens sains d’esprit qui peuplent les asiles.

Il y a détournement de mineurs lorsqu’on préfère les inscrire au chômage plutôt que de les envoyer au charbon.

Il y a des femmes qui obtiennent tout ce qu’elles veulent de leur banquier parce qu’elles possèdent un décolleté qui leur évite le découvert.

Il n’y a que l’argent qui aide à oublier qu’on n’est pas riche.

Mille et une pensées (2005)

Il n’y a que deux catégories de danseuses: celles qui repoussent leur cavalier et celles qui s’attachent à lui – celles qui prennent du plaisir avec les pieds et celles qui visent un peu plus haut.

Gardons-nous de donner la parole aux cons. Ils ne veulent jamais la rendre.

Journal 1992-1996

Forts du vieux proverbe qui prétend que seuls ceux qui ne font rien ne se trompent jamais, un nombre croissant de nos concitoyens éliminent par l’inaction tout risque d’erreur.

Faute d’avoir pu changer le monde, j’ai modifié ma façon de le considérer.

Etrange révélateur qu’une bibliothèque! certaines absences en disent long et toutes les présences ne sont pas significatives.

Et si la foi n’était qu’une forme très particulière de l’aliénation mentale?

Maximes au minimum

En société capitaliste, seuls ceux qui n’ont rien à perdre peuvent gagner.

En politique, il est plus rentable de se contredire que de se répéter.

En matière d’amour physique, les textiles gênent plus aujourd’hui que les principes.

En amour, on change souvent de partenaire pour constater que c’est toujours pareil, mais sans jamais conclure à l’inanité du changement.

En amour, c’est comme à l’armée: quand on vous rétrograde, il faut changer de corps.

Dites franchement tout le bien que vous pensez de vous: la fausse modestie est un abus de confiance.

Maximes au minimum

De nos jours, les gendarmes ne sont plus assez nombreux pour aller deux par deux.

Dans notre société, on dit que quelqu’un a du caractère lorsqu’il accorde plus d’importance à ses propres opinions qu’à celle d’autrui.

Maximes au minimum

Dans certains restaurants, on appelle «plat du jour» les restes de la veille qui ne peuvent pas attendre le lendemain.

Dans certains cas, l’amabilité confine à la mauvaise foi.

Contrairement à l’homme, c’est quand il ne court plus que le cheval multiplie ses saillies.

Comme on ne remplace jamais un vice par un autre, plus on devient sage, plus on est vide.

Ce n’est pas la peine de faire de l’humour avec les femmes puisqu’on les fait beaucoup plus rire en les chatouillant.

C’est lorsqu’ils entrent dans la réserve que les généraux commencent à commettre des indiscrétions.

C’est déjà assez triste de n’avoir rien à dire. Si, en plus, il fallait se taire…

Maximes au minimum

Bilan: document qui interdit de se raconter des histoires un mois sur douze.

Avec le tabac et l’alcool, l’administration est la plus grande blanchisseuse d’ «argent sale» de notre époque.

Se payer la tête des imbéciles est le seul luxe qui n’exige pas de fortune personnelle.

S’il existe un plaisir plus gratifiant, plus voluptueux, plus extraordinaire que celui de gagner du temps, c’est bien celui d’en perdre.

Rien ne me fait douter davantage de la fameuse égalité des chances que l’héritage.

Rien ne m’exaspère davantage que les gens qui parlent sans cesse d’eux-mêmes sous prétexte que c’est le seul sujet qu’ils connaissent. On perd, en les écoutant, un temps précieux qu’on pourrait consacrer à sa propre personne.

Rien de tel que les faiblesses des grands hommes pour rassurer les petits.

Journal 1992-1996

Qui a dit que les absents avaient toujours tort? Chez nous, on ne dit du bien des gens, on n’en écrit sur eux, que lorsqu’ils ont disparu.

Quel plus bel exemple de l’incommunicabilité moderne que le spectacle des automobilistes dans leurs véhicules: ceux qui roulent deux par deux ne disent pas un mot et ceux qui n’ont pas de passager parlent tout seuls…

Douze mois et moi (1978), Mars

Quand on est connu, aujourd’hui, le simple fait de se promener en public sans lunettes noires constitue presque un attentat à la pudeur.

Quand le comique disjoncte, le courant passe.

TF1 le 18 août 2000, Nos meilleurs moments

Quand j’observe l’extraordinaire liberté dont bénéficient les jeunes, je me demande si on ne les a pas privés du même coup de la grisante sensation du plaisir défendu.

Avec l’âge, j’en suis arrivé à penser que la seule façon de se faire pardonner ses privilèges était de ne pas s’en servir.

A quoi sert la philosophie? A nourrir ceux dont c’est le métier et à consoler les autres de ne pas en croquer.

Journal 1992-1996

A partir du moment où le plaisir des autres nous fait plaisir, les bons sentiments deviennent suspects.

Maximes au minimum

La fête de la musique est une grande réussite puisqu’elle garantit trois cent soixante-quatre jours de silence par an.

Dieu n’existe pas, mais il faut faire semblant d’y croire. Cela Lui fait tellement plaisir…

Une grève est un mouvement organisé par des salariés pour réclamer le paiement des jours où ils n’ont pas travaillé.

Tous les êtres humains pensent. Seuls les intellectuels s’en vantent.

Sim est un ancien lutteur. Il a lutté longtemps contre la tuberculose.

Si le sommeil ne séparait pas les couples, il y aurait deux fois plus de divorces.

Si l’homme est vraiment ce que le créateur a fait de mieux, ça ne vaut pas la peine de s’agenouiller devant lui.

Journal 1992-1996

L’amour est moins rapide que la météo: il s’écoule parfois plusieurs mois entre le coup de foudre et les premiers orages.

En multipliant les subventions, l’Etat multiplie les bourdes.

Tous des hypocrites, sauf vous et moi (1979)

Dans la rue, on me dit parfois: «Vous êtes mieux qu’à la télé». Le message est clair. Il faut que je fasse moins d’émissions et davantage de promenades!

Pyromane: flambeur estival qui préfère les forêts aux casinos.

Ne pourrait-on pas fixer la Saint-Sylvestre au 15 août, afin que le père Noël évolue enfin dans des cheminées éteintes?

Le premier commandement de la femme adultère catholique: Tu aimeras ton prochain comme le précédent.

A Gérard Jugnot: – Avant de parler de votre film, attendons de voir dans quel sens il fera courir le public.

Je crois avoir enfin compris pourquoi les maigres suscitent moins de familiarité. On ne peut pas leur taper sur le ventre!

Je plains les gens qui ne se fâchent avec personne. D’abord, ils pèchent souvent par indifférence. Ensuite, ils ne vont pas au bout de leurs sentiments. Enfin, ils se privent des joies pures de la réconciliation.

Il vaut mieux avoir eu une Rolls que d’en posséder une; les souvenirs, eux, ne paient pas d’assurance.

Mille et une pensées (2005)

Il paraît que l’exode fiscal se poursuit en direction de la Suisse et de la Belgique, pays qui échappent à la dépense d’un second porte-avions puisqu’ils ont eu la prudence de ne pas s’équiper d’un premier.

Mille et une pensées (2005)

Heureux les pauvres qui ne sont aimés que pour eux-mêmes!…

Mille et une pensées (2005)

N’est-il pas de pire fou que celui qui se prend pour un sage?

Mille et une pensées (2005)

Sodomie du matin, fraîcheur du vagin. – Sodomie du soir, repos des mâchoires.

Certains avocats sont si fainéants qu’ils préfèrent défendre les innocents plutôt que les coupables.

Il n’y a pas de honte à être compris du premier coup.

Le string est en retard sur le téléphone puisqu’il fait encore appel à un fil.

Mille et une pensées (2005)

Les électeurs sont des rôtisseurs: un homme politique est cuit dès lors qu’il cesse d’être cru.

Les nains vieillissent moins vite que les géants car, quand ils consultent, ils ont toujours l’air de sortir de chez un pédiatre.

Au restaurant, si vous avez très faim et peu d’argent, mettez des culottes courtes et demandez le menu pour enfants: c’est souvent le plus abordable.

Le seul jour de ma vie où j’ai mis un frac pour un dîner officiel, on m’a dirigé vers la cuisine en pensant que j’étais un extra.

Les stations-service à libre service (c’est-à-dire sans service) suppriment des postes de pompistes pour créer des emplois de teinturier.

Pluie: fléau de Dieu. Se nomme précipitation lorsqu’on n’a pas le temps de s’abriter.

Sadique: personnage tellement cruel qu’il est capable de refuser de frapper un masochiste.

Entre la mythomanie et la mégalomanie, il n’y a que l’épaisseur de la réussite.

Les royalistes refusent d’être gouvernés par des gens dont ils n’ont pas connu les parents.

L’après-guerre est une locution utilisée par les politiques et les économistes qui ont peur de la paix.

Depuis que je ne parle que de moi, et bien que je ne sois pas toujours d’accord avec ce que j’en dis, je ne reçois plus aucune demande de rectificatif.

Si je ne relisais pas ce que j’écris, je ne lirais plus.

Souvenez-vous de ce journal qui avait publié avec cinq ans d’avance la nouvelle de la mort d’un grand homme et qui, le jour où celui-ci trépassa, commença ainsi son article nécrologique: «Comme nous avons été les premiers à l’annoncer…»

La roulette est un cercle vicieux à l’intérieur duquel sont aménagés trente-sept alvéoles correspondant en priorité aux numéros sur lesquels vous n’avez pas misé.

Puisque la loi autorise à soustraire du revenu imposable les honoraires d’un conseiller fiscal mais pas les émoluments d’une nurse, ne serait-il pas plus sage de confier son nouveau-né à un expert comptable qu’à une puéricultrice?

J’aime tellement rire que, aux instants où je suis payé pour divertir les autres, je me trouve dans la situation du cafetier qui boit son fonds.

Il y a des femmes si sensibles qu’elles ne peuvent aller danser sans tomber enceintes.

J’ai fréquenté ou approché les esprits les plus éminents de mon siècle. Que leur rayonnement intellectuel n’ait pas modifié mon QI prouve que je ne suis pas influençable.

L’ennui n’est pas né, comme le poète l’a prétendu, de l’uniformité. Il est apparu le jour où, pour la première fois, un animateur de radio ou de télévision, démoniaque, paresseux ou irresponsable a imaginé de faire parler une chanteuse.

Il faut choisir ses ennemis parmi les gens beaucoup plus âgés que soi: ils disparaissent plus vite.

Les dettes, cette fortune négative.

Certains journalistes parlent d’un livre sans l’avoir feuilleté par conscience professionnelle afin de se trouver dans les conditions exactes d’ignorance du public auquel ils s’adressent.

Je suis le mari d’une femme de joueur.

Une remise de décorations est l’instant priviligié entre tous où un homme en bonne santé peut entendre en avant-première le tombereau d’amabilités qu’on déversera plus tard sur son cercueil.

Un jour viendra où l’absence totale de rides constituera le seul moyen de déceler la vieillesse.

Bien qu’à mon enterrement mes yeux seront clos, je ne veux pas y voir n’importe qui.

Un jour viendra où, grâce aux progrès de la science, les riches essaieront de payer ceux qui n’ont pas de quoi vivre pour qu’ils meurent à leur place.

Pour être admirable, la famille devrait être désintéressée. Mais pour être viable, elle doit s’appuyer sur une communauté d’intérêts. Or, qu’est-ce qu’un héritage potentiel sinon une affection en viager?

Le suicide est l’acte désespéré d’un être qui ne fait plus confiance ni aux médecins, ni à la guerre, ni aux transports, ni à la nature.

La réanimation permet de retirer momentanément des clients aux pompes funèbres.

La mort, on y va toujours seul, accompagné jusqu’au bout par un tas de gens qui vous disent: «Ce n’est rien, on vous suit.» Mais quand on se retourne, au seuil de l’éternité, il n’y a plus personne.

Une bouée est un début de couronne mortuaire que les futurs noyés se mettent autour du cou avant de couler.

C’est triste de se retrouver pour l’éternité dans une travée du Père-Lachaise en compagnie de gens avec lesquels on n’aurait même pas passé un week-end.

Les péripéties électorales en Corse ne m’ont jamais choqué: à quoi servirait de croire en l’au-delà si on ne pouvait pas faire voter ceux qui s’y trouvent?

Chaque fois que ma peau pourrait se plisser, je mange un peu plus pour qu’elle se tende.

Les scouts sont de charmants adolescents qui font traverser la rue aux aveugles qui n’on pas l’intention de changer de trottoir.

Les cons fournissent une cible privilégiée… Ils sont tellement nombreux que même un mauvais tireur est forcé de faire mouche.

Sur ma tombe, je souhaiterais qu’on inscrive seulement: «Il y est passé comme les autres.»

L’éloge funèbre constitue un genre difficile, impliquant un savant dosage entre le souvenir familier, la détresse authentique, les banalités de circonstance et l’envolée lyrique.

Je suis à l’âge où, si l’on réalise pas tout de suite ses derniers rêves d’enfant, ils se transforment l’année d’après en regrets de vieillard.

Vouloir paraître plus jeune que des gens qui sont nés la même année que soi constitue le début de la vieillesse.

Il convient d’assister aux inhumations, crémations et autres manifestations funèbres moins pour accompagner les autres que pour réfléchir sur soi.

Le marbre est le plancher des vivants et le toit des morts.

L’euthanasie n’est qu’une mesure d’économie pour éviter d’avoir à construire de nouveaux hospices.

Je rêve parfois de prendre, sur le plan des articles et des émissions, une avance telle qu’elle me permettrait de me manifester dans mes supports habituels plusieurs mois après ma disparition.

Je préfère une petite bénédiction égrenée rapidement sur la tombe à un long service qui, dans une église pas chauffée, prépare fatalement d’autres enterrements.

Un pyromane, c’est un flambeur estival qui préfère les forêts aux casinos!

La météo est une science qui permet de connaître le temps qu’il aurait dû faire!

Je suis catastrophé, parce que des rigolos il y en a beaucoup, des Yanne, il n’y en avait qu’un.

Réactions à la mort de Jean Yanne, le 23 mai 2003.

En 53 années de compagnonnage hilarant, je me suis aperçu que Jean Yanne était beaucoup plus qu’un acteur, beaucoup plus qu’un metteur en scène, le premier humoriste français.

Réactions à la mort de Jean Yanne, le 23 mai 2003.

Ce n’est pas parce que le vin n’est pas du vin de messe qu’il ne faut pas le boire religieusement.

On oublie trop souvent que la guerre se sont des civils qui vont tuer d’autres civils.

Canal+ le 19 mars 2003, Le Contre Journal

Heureux les bisexuels qui peuvent regarder toute l’humanité avec les yeux de l’amour…

On appelle cadres les gens dont la peau se tend après les repas.

Il vaut mieux creuser sa tombe avec sa fourchette qu’avec une pelle: c’est plus agréable et c’est plus long.

Il n’y a de joueurs repentants que parmi les perdants.

Largement septuagénaire, Jean-Baptiste Doumeng avait une jeune et jolie femme. Des amis parlaient à mots couverts des risques qu’il courait. Il les arrêta: – – A mon âge, on n’est plus cocu, on est secondé!

Journal 1997-2000

Le vin d’honneur de la retraite: véritable crémation sociale à l’issue de laquelle l’exécuté rentre chez lui avec la canne à pêche, symbole d’une nouvelle vie et d’une mort prochaine.

Journal 1992-1996

Les vieux savent tout. Sauf qu’ils sont vieux.

Journal 1992-1996

Le refus de la vieillesse et de ses atteintes passe par deux constatations subjectives: les gens parlent de moins en moins distinctement, les escaliers ont des marches de plus en plus hautes.

Journal 1992-1996

Le pire n’est pas, quand on vieillit, de ne plus distinguer nettement certains mots mais de les confondre avec d’autres et de répondre à côté en laissant croire non que l’oreille faiblit mais que l’esprit déraille.

Journal 1992-1996

J’ai des ambitions de vieux – les honneurs, le pouvoir et l’argent – étayées par des certitudes de jeunes – la durée, le tonus et la santé.

Journal 1992-1996

Que les chiens soient interdits de paradis tendrait à prouver que la fidélité n’est pas considérée comme une vertu cardinale.

Journal 1992-1996

Ni la bonté, ni l’indulgence, ni la solidarité ne sont des vertus naturelles.

Maximes au minimum

Une ambition à satisfaire est moins puissante qu’un vice à entretenir.

Maximes au minimum

Il y aurait moins de femmes vertueuses s’il y avait moins d’hommes avares…

Maximes au minimum

J’aime tellement ceux qui m’aiment que je finis par oublier leur manque de goût.

Journal 1992-1996

Je connais des vaniteux qui passent tellement de temps à dire du bien d’eux qu’ils n’ont même pas le loisir de dire du mal des autres.

Journal 1992-1996

Ah! la volupté d’abattre du travail comme on abat des arbres, de s’attaquer à une montagne de papier comme on escalade le mont Blanc pour donner, peu à peu, au bureau – par traitement ou par élimination – l’aspect du Sahara.

Journal 1992-1996

Si je travaille autant c’est parce que j’éprouve plus de plaisir à terminer une tâche qu’à m’en débarrasser, parce que je suis très paresseux et qu’il me faudrait déployer davantage d’efforts pour refuser certaines collaborations que pour les assurer.

Journal 1992-1996

Faire comprendre des choses complexes à des gens simples frise souvent l’abus de confiance.

Maximes au minimum

Si les scandales continuent, si les pauvres s’obstinent dans leur mauvaise humeur, l’argent finira par gâcher jusqu’au plaisir d’être riche.

Journal 1992-1996

Je n’ai jamais été content de ce que je faisais. Quand je ne ferai plus rien je m’offrirai le luxe d’être content de ce que j’ai fait.

Journal 1992-1996

L’unicité de l’existence m’empêche de me contenter de la réussite des autres.

Journal 1992-1996

Sur la corde raide de la vie, les remords font office de balanciers.

Journal 1992-1996

En matière de religion, j’éprouve quelque peine à admettre que le monde ait vécu dans le paganisme et l’obscurantisme durant des millions d’années et que le vrai Dieu ne se soit manifesté que voilà deux mille ans, c’est-à-dire hier.

Journal 1992-1996

Aujourd’hui, un ministre est réputé courageux quand il a décidé de faire le bonheur des gens contre leur volonté.

Journal 1997-2000

En politique la durée de la traversée du désert est laissée à l’initiative des chameaux.

Journal 1997-2000

Quand un homme politique reconnaît publiquement une erreur, ce n’est jamais par remords mais parce que la franchise lui semble – tardivement et momentanément – le moindre mal.

Journal 1992-1996

Je ne l’ai jamais aimé. Il peut crever. Mais pas la gueule ouverte: il a trop mauvaise haleine.

Journal 1992-1996

Et si le bien qu’on dit toujours des disparus s’expliquait par la certitude qu’ils ne feront plus aucun mal?

Journal 1992-1996

Les morts qu’on n’a pas vus mourir paraissent moins morts que les autres. Exemptés des souffrances de l’agonie et de la corruption du tombeau, ce sont seulement des disparus. On a parfois l’impression qu’ils n’attendent qu’une occasion pour réapparaître.

Journal 1992-1996

Le désespoir est à la mort ce que le beurre de cacao est au suppositoire: un excipient qui rend plus facile le passage.

Journal 1992-1996

La notion d’intelligence est-elle obscène? Ou cinq syllabes échorchent-elles à ce point les lèvres pour que les contemporains dotés d’un QI convenable soient seulement estimés malins ou futés?

Mille et une pensées (2005)

Le public semble plus demandeur de premières idylles que de nouveaux talents.

Mille et une pensées (2005)

Un visage pur de madone auréolé de cheveux blonds s’encadre dans mon téléviseur. Cinq siècles plus tôt, cette Joconde eût posé pour Léonard de Vinci. Aujourd’hui, elle annonce sur LCI que Lyon jouera à domicile contre Rennes.

Mille et une pensées (2005)

Je me suis cultivé à force de m’écouter parler de sujets que je ne connaisais pas.

Mille et une pensées (2005)

Il est étonnant que, parmi les intervieweurs de la télévision qui considèrent leurs invités en gardant toujours un oeil sur la pendule, on ne dénombre pas davantage de cas de strabisme divergent.

Mille et une pensées (2005)

Différence fondamentale entre les métiers scientifiques et les professions artistiques: la génération spontanée n’existe pas chez les savants comme chez les chanteuses. C’est plutôt rassurant.

Mille et une pensées (2005)

La parité se trouve de plus en plus bafouée au fil des séries policières où, désormais, les femmes assurent l’ordre et rendent la justice tandis que les hommes héritent des rôles de petits malfrats.

Mille et une pensées (2005)

L’équipement sonore qu’il faut installer sous les vêtements des personnes invitées à la télévision fournit aux actrices vieillissantes une dernière chance d’être lutinées gracieusement.

Mille et une pensées (2005)

Selon son degré de culture, on cherche les raisonnements dont on a besoin dans sa mémoire ou dans son imagination. Heureux les ignorants qui doivent tout fabriquer eux-mêmes.

Mille et une pensées (2005)

L’apparente facilité et l’extrême difficulté de la télévision tiennent à ce qu’on n’y a jamais de talent tout seul.

Mille et une pensées (2005)

L’ennui n’est pas né, comme l’a prétendu le poète, de l’uniformité. Il est apparu, pour la première fois, le jour où un animateur paresseux, négligent ou démoniaque, a imaginé de faire parler une chanteuse.

Mille et une pensées (2005)

Un bon conseil après La Ferme: évitez désormais de battre la campagne. Elle vous rendrait coup pour coup.

Mille et une pensées (2005)

Les mots servent tantôt à faire croire qu’on a des idées tantôt à dissimuler qu’on en a aucune.

Mille et une pensées (2005)

Les animateurs de télévision sont recrutés pour l’absence de bagage leur permettant d’être plus rapides que les gens plus cultivés qu’eux qu’ils invitent afin de leur couper la parole.

Mille et une pensées (2005)

L’instruction ne remplace pas l’éducation alors que l’inverse est possible quand la conversation dure moins d’un quart d’heure.

Mille et une pensées (2005)

Mes arrière-petits-enfants ne seront sûrement pas moins heureux dans la vie parce qu’ils prendront Napoléon pour un distillateur de fine et Louis XV pour un fabricant de fauteuils…

Mille et une pensées (2005)

Aujourd’hui, quand on parle de culture, on pense d’abord à celle de l’esprit. Résultat: de plus en plus d’intellos, de moins en moins de paysans.

Mille et une pensées (2005)

Un vrai producteur est celui qui parvient à persuader des gens plus talentueux que lui de venir dans ses émissions pour moins d’argent qu’on ne lui donne pour les persuader de ne pas en exiger trop.

Mille et une pensées (2005)

L’homme de la rue doit accepter patiemment l’étalage du bonheur des vedettes en se disant que c’est l’obligatoire étape avant de pouvoir se réjouir plus tard de leurs malheurs.

Mille et une pensées (2005)

Les animateurs du petit écran semblent de plus en plus ignorer qu’il existe un devoir de courtoisie envers les personnes conviées. On peut ne pas servir la soupe sans pour autant renverser la soupière sur la tête de l’invité.

Mille et une pensées (2005)

C’est dans les gares que les couples se bécotent le plus ardemment. Comme si les sentiments étaient exacerbés par les séparations. Quand elles ne constituent pas des ruptures…

Mille et une pensées (2005)

La brouille constitue le seul moyen de faire périodiquement le ménage dans ses sentiments.

Mille et une pensées (2005)

Explication de l’état de grâce du commerce amoureux: plus on est proche du partenaire, moins on le voit. Ainsi s’expliquent les longues passions.

Mille et une pensées (2005)

La performance commerciale absolue: vendre des produits de beauté à des femmes irrémédiablement laides.

Mille et une pensées (2005)

La parité sera atteinte dans les grands restaurants lorsque, à l’heure des déjeuners d’affaires, il n’y aura que des femmes dans la salle et qu’un homme officiera au vestiaire.

Mille et une pensées (2005)

Je crois n’avoir jamais volé la femme d’un ami. Pour ce genre de mauvaise action, il faut trouver une complice…

Mille et une pensées (2005)

Les groupes et les entreprises se regardent, s’estiment, se plaisent, se déclarent leur amour, s’agressent, fusionnent, explosent en une gigantesque partouze industrielle.

Mille et une pensées (2005)

La femme dépensière est généralement fidèle car, très occupée par ses achats compulsifs, elle n’a pas le temps de tromper son mari qu’avec des commerçants.

Mille et une pensées (2005)

La statistique établissant qu’un tiers des femmes enceintes fument omet de préciser le pourcentage de fumeuses qui tombent enceintes.

Mille et une pensées (2005)

Je me méfie autant de la fraîcheur des jeunes filles que de la vétusté des aliments: dans les deux cas on risque d’être empoisonné.

Mille et une pensées (2005)

Une certitude est une idée dont on n’a pas eu le temps de se défaire.

Mille et une pensées (2005)

La philosophie sert à nourrir ceux qui en font métier et à consoler les autres de ne pas en croquer.

Mille et une pensées (2005)

Pas folles les vedettes du petit écran qui investissent dans la race bovine: les vaches existaient avant la télé vision; elles existeront après.

Mille et une pensées (2005)

Le JT de 20 heures est journalistique dans sa préparation, théâtral dans son exécution et palpébral dans ses finitions.

Mille et une pensées (2005)

En matière de théâtre, la postérité commence dès l’entracte et s’achève le lendemain matin.

Mille et une pensées (2005)

Les nouveaux philosophes sont bien les seuls à estimer que la lumière peut venir de l’obscurité.

Mille et une pensées (2005)

J’ai souvent été déçu par les hommes. Parfois par les femmes. Rarement par le travail. Jamais par les chiens.

Mille et une pensées (2005)

L’amour ne peut se transformer en amitié que si le soulagement causé par la séparation est plus fort que le chagrin suscité par la rupture.

Mille et une pensées (2005)

Quand j’apprécie les gens, je crois toujours qu’ils me le rendent. Et je me trompe parfois. L’amour appelle davantage l’amour que l’amitié ne suscite l’amitié.

Mille et une pensées (2005)

Aujourd’hui où le racolage n’est plus autorisé qu’à la télévision, l’indiscrétion tarifée tend à remplacer l’amour mercenaire.

Mille et une pensées (2005)

La vertu des femmes et le courage des hommes sont affaire de zéros.

Mille et une pensées (2005)

Si le sommeil ne séparait pas momentanément les couples, il y aurait deux fois plus de divorces.

Mille et une pensées (2005)

C’est au nom de l’amour-propre que l’amour se retrouve souvent dans ses plus sales draps.

Mille et une pensées (2005)

Le lit à baldaquin: forme médiévale et romantique du camping.

Mille et une pensées (2005)

Les femmes sont très tôt complètes. Les hommes ne sont finis qu’achevés par l’adversité.

Mille et une pensées (2005)

Si l’amour est parfois dangereux et souvent décevant, c’est parce qu’il refuse, par définition, de se méfier d’apparences pas toujours trompeuses.

Mille et une pensées (2005)

La confidence est l’imperméable de la femme exhibitionniste.

Mille et une pensées (2005)

Le mariage n’empêche pas les sentiments. Qu’on éprouve à l’égard d’autres que son conjoint.

Mille et une pensées (2005)

L’augmentation de l’espérance de vie a ôté tout espoir d’éternité à l’amour entre deux êtres.

Mille et une pensées (2005)

La peu galante différence entre une ville et une femme réside dans le fait qu’on peut encore parcourir avec jubilation une cité dont on connaît chaque recoin. D’où la supériorité de Venise sur Denise.

Mille et une pensées (2005)

La femme ajoute, chaque année, un rang à son collier de perles pour masquer les rides des douze derniers mois.

Mille et une pensées (2005)

La plus grande escroquerie sémantique: l’expression «faire l’amour» qui cautionne l’acte sexuel sans amour.

Mille et une pensées (2005)

Les tombeurs mégalomaniaques ne vous font grâce d’aucune coucherie. Plus ils vieillissent, plus ils en remettent, sans doute rassurés par la disparition de toutes celles qui auraient pu démentir leurs exploits.

Mille et une pensées (2005)

Je l’aime depuis si longtemps qu’elle est de plus en plus la dame de mes pensées et de moins en moins celle de mes actes.

Mille et une pensées (2005)

Selon l’avocat de Bill Clinton, «la description par Mme Paula Jones du sexe du Président est sans fondement». On peut être brillant en droit et nul en anatomie.

Mille et une pensées (2005)

Pour continuer à croire en l’amour après un certain âge, l’homme doit prendre le risque de fermer les yeux en se rasant le matin.

Mille et une pensées (2005)

Les moralistes du troisième millénaire noteront sans doute que c’est au moment précis où les hommes cessèrent d’épouser les femmes que les vêtements cessèrent d’épouser les corps.

Mille et une pensées (2005)

Les marins côtiers savent ce que les play-boys ignorent: c’est dans la drague qu’on touche le plus souvent le fond.

Mille et une pensées (2005)

Je ne m’explique pas, étant donné le plaisir que l’homme prend à sa reproduction, que la démographie ne soit pas une science folichonne.

Mille et une pensées (2005)

Le spermatozoïde ressemble à son émetteur, de moins en moins ingambe avec l’âge. La plus efficace contraception n’est donc plus la laideur mais la vieillesse. Et sil ‘on allie les deux on devient le partenaire idéal.

Mille et une pensées (2005)

Etrangeté du comportement: deux jambes de femme suffisent à faire sortir un homme du droit chemin.

Mille et une pensées (2005)

L’obsession de plaire encore au-delà d’un certain âge constitue une démarche à mi-chemin du courage et de l’inconscience, tous deux sous-tendus par un mépris total des apparences.

Mille et une pensées (2005)

En politique comme en amour, on pense toujours que la prochaine fois sera enfin la bonne.

Mille et une pensées (2005)

Les femmes modernes, qui ne veulent pas être choisies, mais choisir, se bornent à inverser le comportement qu’elles jugent haïssable.

Mille et une pensées (2005)

L’amour est un sentiment si fort qu’il permet d’oublier toutes les raisons qu’on aurait de ne pas aimer.

Mille et une pensées (2005)

Un homme fidèle est un homme qui refuse à la dame de ses penssées le suprême satisfecit d’une bonne appréciation comparative.

Mille et une pensées (2005)

La preuve que l’amour relève du théâtre: après la scène d’exposition il faut passer à l’acte.

Mille et une pensées (2005)

Je rêve parfois de créatures somptueuses célébrant la perte de leur virginité comme de vraies inaugurations avec buffet, discours et cordon symbolique.

Mille et une pensées (2005)

Si l’acte amoureux était aussi confortable que l’affirment les amants, ces derniers bougeraient moins.

Mille et une pensées (2005)

Les méchants procès faits à l’argent en arrivent à gâcher le plaisir d’en posséder.

Mille et une pensées (2005)

La presse internationale se gargarise avec la liste des gens les plus riches du monde. De pauvres gens qui ne savent pas vivre selon leurs moyens.

Mille et une pensées (2005)

La supériorité de l’économie sur le poker est qu’il autorise les changements de règles durant la partie.

Mille et une pensées (2005)

La publicité payante est devenue si chère qu’il n’est plus raisonnable de refuser la publicité gratuite.

Mille et une pensées (2005)

Notre société demeure profondément inégalitaire en dépit des pathétiques efforts des pauvres pour s’emparer de l’argent des riches.

Mille et une pensées (2005)

L’impôt est une ressource gouvernementale illimitée puisque la pression fiscale s’aligne sur les besoins des administrations et jamais sur les moyens des contribuables.

Mille et une pensées (2005)

Dans le coeur du notable, un cupide sommeille souvent en compagnie du cochon dont il refuse de financer les frasques.

Mille et une pensées (2005)

La bonne santé persistante des retraités finira par tuer notre économie.

Mille et une pensées (2005)

A la bourse, la moitié des investisseurs joue sur les actions et l’autre moitié à se faire peur. L’or, qui a cessé d’être une valeur refuge, ne peut plus servir qu’à fabriquer des dents pour les rentiers dans la purée.

Mille et une pensées (2005)

L’insécurité fondamentale du joueur: quels que soient sa notoriété, sa compétence, son courage, sa situation professionnelle, son revenu, il est certain de perdre plus vite l’argent qu’il ne le gagne.

Mille et une pensées (2005)

Sur la liste des héros de notre époque, le supergagnant du Loto se situe avant le commandant de bord et le chirurgien-cardiologue.

Mille et une pensées (2005)

Le métier d’homme politique repose sur l’art de se rappeler périodiquement au bon souvenir de concitoyens dont on tire ses revenus en écornant les leurs.

Mille et une pensées (2005)

Le misérabilisme a été inventé pour que les riches puissent se changer les idées.

Mille et une pensées (2005)

Dans le sport automobile, le pilote doit d’abord trouver la clé qui établit le contact avec les sponsors.

Mille et une pensées (2005)

La quasi-disparition de l’inflation prive les salariés d’un des plaisirs les plus gratifiants du monde du travail: la demande d’augmentation.

Mille et une pensées (2005)

C’est l’une des grandes naïvetés de la justice d’estimer que l’argent souvent mal acquis a été toujours bien placé.

Mille et une pensées (2005)

La mythologie contemporaine privilégie ceux qui, contre mauvaise fortune, savent faire bon coeur. Plutôt le voeu de pauvreté que l’ambition de richesse.

Mille et une pensées (2005)

Qu’on arrête de nous bassiner avec le culte de la croissance: c’est quand la mienne s’est arrêtée que j’ai commencé à être prospère.

Mille et une pensées (2005)

Résultat le plus visible de notre capitalisme honteux: l’argent ruine aujourd’hui plus de carrières politiques qu’il n’enrichit de notables.

Mille et une pensées (2005)

La loi punit désormais sévèrement le blanchiment d’argent sale: c’est la première fois qu’une démarche visant à la propreté constitue un délit.

Mille et une pensées (2005)

Le commerce est un exercice gymnique dont la culbute constitue la figure maîtresse selon une chorégraphie évoluant entre nécessité quotidienne, séduction à la hussarde et malhonnêteté légale.

Mille et une pensées (2005)

Quand le plafond baisse il vaut mieux habiter près d’une Bourse que d’un aéroport: les petits porteurs font moins de bruit que les gros.

Mille et une pensées (2005)

La propriété foncière et immobilière: à l’abri de tout sauf des glissements de terrain, des catastrophes naturelles, des erreurs de cadastre, des revers de fortune et des révolutions. C’est-à-dire terriblement aléatoire.

Mille et une pensées (2005)

Alors qu’on jette désormais les chaussettes trouées, les bas de laine n’espèrent toujours qu’en la reprise.

Mille et une pensées (2005)

Le capitalisme ne pose de cas de conscience qu’à ceux qui réussissent à faire des économies.

Mille et une pensées (2005)

La fortune résultant de la différence entre dépenses et recettes, les riches encaissent plus volontiers qu’il ne décaissent. C’est même à cette particularité qu’ils se reconnaissent des pauvres qui, eux, n’ont nul crédit à espérer.

Mille et une pensées (2005)

Ah! les milliardaires qui assurent n’avoir jamais fait tort d’un euro à personne alors que l’argent gagné sort toujours de la poche d’autrui.

Mille et une pensées (2005)

Les riches souhaitent être de plus en plus riches. Les pauvres ont cessé d’accepter la pauvreté. D’où le malaise.

Mille et une pensées (2005)

On sait aujourd’hui qu’on est devenu un personnage important quandd on vous offre davantage d’argent pour déguster gratuitement du caviar que vous n’en auriez déboursé pour en acheter.

Mille et une pensées (2005)

A vos marques! Prêts? Partez! Jamais la formule sacramentelle n’est apparue plus ambiguë que depuis que les champions se dopent à la pub.

Mille et une pensées (2005)

D’un côté, mon coeur penche pour le désintéressement mais de l’autre, ma main attrape tout ce qui passe à sa portée.

Mille et une pensées (2005)

Pour s’être dopé à l’insu de son plein gré, Richard Virenque risque la suspension, c’est-à-dire ce qui fait le plus défaut au vélo.

Mille et une pensées (2005)

Il paraît que, dans l’industrie automobile, la laideur est devenue «une stratégie créative». Sans que soient précisés les canons de l’antibeauté: V8 après Vitruve?

Mille et une pensées (2005)

Une éolienne s’effondre sous la tempête. Une digue cède sous les inondations. L’homme se montre toujours présomptueux lorsqu’il prétend avoir dompté la nature.

Mille et une pensées (2005)

En dépit des annonces périodiques lancées par les marchands d’ordinateurs, les vieux démons s’accrochent puisqu’on compte encore aujourd’hui moins de bureaux sans papier que de forêts sans arbres.

Mille et une pensées (2005)

Le génie humain est décidément stupéfiant qui a fait les trains plus larges que les voies, les plafonds plus hauts que les locataires et qui situe le dialogue politique assez bas pour divertir les insectes sociaux.

Mille et une pensées (2005)

La vie est généralement mal faite qui aboutit à ce qu’on voit beaucoup les gens qu’on aime peu et peu les gens qu’on aime beaucoup.

Mille et une pensées (2005)

Les pères sont de plus en plus nombreux à attendre devant les écoles leurs enfants et les gamines qui, plus tard, leur serviront de belles-mères.

Mille et une pensées (2005)

Absentéisme scolaire: il ne serait pas humain de poursuivre des parents qui n’arrivent déjà pas à rattraper leurs enfants.

Mille et une pensées (2005)

N’offrez plus sa première timbale en argent à un nouveau-né. Faites-lui plutôt cadeau d’un fond de pension qui, soixante-cinq ans plus tard, lui assurera un troisième âge sans souci.

Mille et une pensées (2005)

Le ménage moderne est supérieur à l’être humain puisque sa décomposition n’est jamais définitive qui débouche statistiquement deux fois sur trois sur ces familles recomposées où les enfants ont autant de pères que la maison de leur mère compte de divans.

Mille et une pensées (2005)

L’indifférence est un signe d’égoïsme. La méchanceté est une forme d’altruisme.

Mille et une pensées (2005)

J’admire que la dignité de l’homme demeure intacte chaque fois que, après avoir quitté une assemblée pour aller satisfaire un besoin naturel, il reprend gravement sa place.

Mille et une pensées (2005)

Troussez joliment vos lettres de rupture pour que leurs destinataires se précipitent chez l’encadreur plutôt que chez l’armurier.

Mille et une pensées (2005)

J’imagine parfois une Saint-Barthélemy des machines: par une belle nuit sans lune, les chômeurs s’en iraient casser les robots qui ont pris leur emploi.

Mille et une pensées (2005)

Si l’activité pédestre, érigée en sport par les adeptes de la randonnée, ne sauve pas le monde d’une apocalypse annoncée bien avant l’apparition des progrès technologiques, elle aura eu du moins le mérite de redonner du travail aux cordonniers.

Mille et une pensées (2005)

Le mur du son n’est pas celui qu’on imagine. Alors que l’homme va aujourd’hui dans la Lune, il est toujours incapable de transférer une communication téléphonique dans le bureau voisin du sien.

Mille et une pensées (2005)

Il existe un moyen très sûr de réduire la pollution automobile: c’est de permettre aux véhicules de débarrasser l’asphalte le plus rapidement possible au lieu de les immobiliser, moteur tournant, dans les embouteillages.

Mille et une pensées (2005)

Remplacé par la souris, le manche à balai va disparaître des cabines de pilotage. Les sorcières et les ménagères retrouveront l’exclusivité d’un outil de travail dont la technologie les avait dépossédées.

Mille et une pensées (2005)

La rançon des portables: il n’y a plus de filles seules aujourd’hui dans les rues. Elles ont toutes un petit copain à l’oreille.

Mille et une pensées (2005)

Pourquoi brocarde-t-on si volontiers l’inventeur de l’eau tiède, cet authentique génie? Chaque fois que je m’approche d’un lavabo, je prends conscience que son secret a disparu avec lui…

Mille et une pensées (2005)

Les enfants ne demandent pas à naître. Sauf, par curiosité, dans les derniers jours de la grossesse.

Mille et une pensées (2005)

Marilyn Monroe était belle, désirable et célèbre. Infortunée qui crut fonder une famille en couchant avec deux frères…

Mille et une pensées (2005)

On pourra parler du respect des dernières volontés quand le testateur aura le droit de déshériter complètement sa famille.

Mille et une pensées (2005)

La période la plus paisible de l’existence se situe vers la soixantième année: on n’a plus à s’occuper de ses vieux parents et on ne les a pas encore rejoints.

Mille et une pensées (2005)

L’augmentation de l’espérance de vie aboutit déjà à ce qu’il y ait dans l’existence affective d’un homme actif plus de lits que chez un marchand de meubles.

Mille et une pensées (2005)

A la Chancellerie, qui tente de recruter du personnel pénitentiaire, je propose ces slogans: «Un métier d’avenir pour les jeunes qui ne sont pas en prison»; «Soyez du bon côté des barreaux».

Mille et une pensées (2005)

La trajectoire de l’énigmatique docteur Godard reconstituée avec quelques mois de retard grâce à ses opérations bancaires dans les pays traversés: on pense aux astres disparus voilà des millénaires et dont la lumière nous parvient seulement aujourd’hui.

Mille et une pensées (2005)

Les titres qui collent à la peau jusqu’à la fin d’une existence: président de la République, Premier ministre, médaillé olympique. Les assassins, eux, ont droit à l’oubli.

Mille et une pensées (2005)

Deviennent obligatoirement ennemis deux hommes d’Etat qui, pour guigner la même place, finissent par en oublier qu’ils aiment le même pays.

Mille et une pensées (2005)

En France, un régime est réputé intègre lorsque les politiques s’en mettent moins dans les poches qu’ils n’en prennent dans celles des contribuables.

Mille et une pensées (2005)

Une photographie du de cujus en frac un jour de cérémonie sous le titre «La France perd un grand commis». Je ne peux pourtant pas m’empêcher d’imaginer l’illustre défunt en train d’empiler les assiettes au beurre au fond d’une cuisine électorale.

Mille et une pensées (2005)

La démocratie n’exige pas seulement des urnes transparentes. Elle a besoin aussi de tiroirs-caisses où les citoyens puissent voir la monnaie.

Mille et une pensées (2005)

La magistrature moderne: plus sensible à la période d’une plaidoierie qu’à la durée d’une préventive.

Mille et une pensées (2005)

Rude métier que celui de chef d’Etat d’une démocratie occidentale qui passe les trois quarts de son temps à défendre les droits de l’homme et le quart restant à donner l’accolade aux dictateurs qui les bafouent.

Mille et une pensées (2005)

Pour l’heure, le credo du parfait présidentiable est simple: donner l’accolade à ceux qui ont tout réussi, prendre dans ses bras ceux qui ont tout raté. Ca fait du monde.

Mille et une pensées (2005)

La France sortie des urnes le soir même d’un scrutin n’a plus aucune leçon d’efficacité à recevoir de peuplades qui mettent plusieurs semaines à compter et à recompter leurs trous…

Mille et une pensées (2005)

Sur la liste des vertus républicaines, la patience devance désormais le courage, puisque si les citoyens sont tondus le jour même, ils doivent toujours attendre le lendemain pour être rasés gratis.

Mille et une pensées (2005)

Mise en examen: bac du justiciable.

Mille et une pensées (2005)

Chirac doublerait l’efficacité de ses bains de foule s’il n’embrassait qu’une seule joue par personne.

Mille et une pensées (2005)

Au lendemain d’une élection présidentielle, le deuil des convictions se porte sous le bras et dans un portefeuille ministériel.

Mille et une pensées (2005)

Révision du statut pénal du chef de l’Etat. Le président n’est pas responsable de ses actes. Un privilège que la loi réservait jusqu’à présent aux déments, aux épileptiques et aux somnambules.

Mille et une pensées (2005)

Garde à vue: bande annonce de la prison préventive. On en ressort fripé, pas rasé, mais plus connu.

Mille et une pensées (2005)

Un Etat qui doit d’abord faire vivre cinq millions de fonctionnaires et assimilés n’a plus guère les moyens de secourir les autres citoyens.

Mille et une pensées (2005)

L’Etat n’a plus de morale dès lors qu’il a des intérêts.

Mille et une pensées (2005)

Dans notre société, on dit que quelqu’un a du caractère lorsqu’il accorde plus d’importance à ses propres opinions qu’à celles d’autrui.

Maximes au minimum (1999)

Un artiste est quelqu’un qui a réussi à transformer des défauts caractériels en qualités professionnelles.

Maximes au minimum (1999)

Quand on voyage sans connaître l’anglais, on a l’impression d’être sourd-muet et idiot de naissance.

Maximes au minimum (1999)

Les Coiffeurs, simples jardiniers du système pileux supérieur, sont devenus les phares d’un Etat-bigoudi soumis à la dictature du peigne et placé sous la souveraineté du séchoir.

Mille et une pensées (2005)

Le rêve hypocrite du notable: être sage dans ses propos et pas sage dans sa vie. Comme si ne comptaient que les paroles et comme si les actes ne relevaient que de la comédie.

Mille et une pensées (2005)

Ras la fourchette de la dictature du haricot vert, sempiternelle vedette de la «garniture» de légumes! Le légume unique n’est pas plus supportable que la pensée du même nom.

Mille et une pensées (2005)

En accordant un train de vie fastueux aux hommes d’Etat auxquels elle refuse par ailleurs le droit de posséder une fortune personnelle et la possibilité de s’enrichir, la République s’assure qu’ils ne se résoudront jamais à dételer.

Mille et une pensées (2005)

Imprudente démocratie qui a donné aux citoyens le pouvoir de voter contre elle sans prévoir que les caprices du suffrage universel seraient capables de la menacer davantage qu’une hypothétique dictature.

Mille et une pensées (2005)

La justice sait casser les gens, briser les carrières, rompre les unions. Mais elle est incapable, lorsqu’elle s’est trompée, de recoller les morceaux.

Mille et une pensées (2005)

L’Assemblée nationale est une réunion de parlementaires auxquels le gouvernement ne demande plus leur avis que s’ils sont majoritairement d’accord.

Mille et une pensées (2005)

Les pompes d’Etat remplissent les hommes qu’elles honorent d’eux-mêmes.

Mille et une pensées (2005)

La panacée civique contre l’abstention ne consiste sans doute pas à rendre le vote obligatoire puisque la mesure aboutirait à demander leur avis aux gens qui n’en ont pas.

Mille et une pensées (2005)

Remises de peine er récidives: il existe des cas extrêmes où il faut choisir entre le pardon des offenses et la protection des innocents.

Mille et une pensées (2005)

Pour l’heure, l’installation d’une présidente à la tête de notre pays se trouve bloquée par un dilemme protocolaire: ou bien son célibat ferait jaser ou bien on ne saurait pas quoi faire de son conjoint…

Mille et une pensées (2005)

Pour que la loi Perben II désengorge vraiment les tribunaux, il ne faut pas seulement que ceux qui ont fauté plaident coupable, on doit aussi relaxer automatiquement tous ceux qui protestent de leur innocence.

Mille et une pensées (2005)

Les institutions ont la vie moins dure qu’on ne le pensait puisqu’on a vu disparaître en quelques mois la conscription et le septennat, ces deux piliers de la République.

Mille et une pensées (2005)

La gastronomie – activité passive de ceux qui ne savent pas cuisiner – est un art. Mais il ne faut pas en faire un plat.

Mille et une pensées (2005)

Performance de la dernière Ferrari: elle va si vite qu’il faut désormais moins d’un quart d’heure pour aller du péage à la prison.

Mille et une pensées (2005)

Je connais une plus grande satisfaction que celle de ne rien faire: celle du travail accompli. Situation qui, dans les deux cas, autorise la sieste.

Mille et une pensées (2005)

Il en est du comique comme du vin: il y a les bonnes années et les autres…

Mille et une pensées (2005)

Ah! la «bonne continuation» proférée après chaque plat par les maîtres d’hôtel comme s’il leur fallait conjurer le mauvais sort qui menace le convive à travers les champignons toxiques, les vaches folles et les serveurs maladroits.

Mille et une pensées (2005)

L’homme économe se reconnaît à ce que, s’éloignant des onctions superflues, il ne se frictionne qu’aux huiles essentielles.

Mille et une pensées (2005)

Disparues depuis plusieurs années, Mère Teresa et lady Diana tiennent toujours le haut du pavé médiatique parce qu’elles ont fait du bien aux hommes. Mais pas de la même façon.

Mille et une pensées (2005)

La vie privée des stars nous est aujourd’hui racontée avec un luxe de détails qu’est seul capable d’alimenter un manque total de renseignements.

Mille et une pensées (2005)

La médiatisation expose à tous les dangers. On ne gifle que les gens qu’on a reconnus.

Mille et une pensées (2005)

Un joueur. Un vrai. Il risque des centaines d’euros sur le tapis vert. Mais il a gardé son manteau pour économiser les cinquante centimes du vestiaire.

Mille et une pensées (2005)

Le bonheur n’existe qu’en fonction de la conscience qu’on en a. Il appartient donc aux hédonistes allègres.

Mille et une pensées (2005)

L’affirmation d’un bonheur illusoire constitue un premier pas sur le chemin de la félicité.

Mille et une pensées (2005)

Un chroniqueur gastronomique est digne de cette appellation lorsque la verve qu’il met à évoquer les mets dépasse le temps de leur cuisson.

Mille et une pensées (2005)

Les palaces consolent de ne pas avoir connu les palais.

Mille et une pensées (2005)

Le mauvais temps sévit dans la plupart des films comme si le septième art ne pouvait faire son beurre qu’en trayant les nuages.

Mille et une pensées (2005)

La cuisine française est en pleine décadence qui, sur des tables fort réputées, substitue de plus en plus souvent à la traditionnelle purée, morceau de bravoure de Joël Robuchon, des pommes de terre écrasées par un tracteur perdant son huile.

Mille et une pensées (2005)

Vivre est moins exaltant que survivre.

Mille et une pensées (2005)

L’hédonisme est en train de devenir la première de nos industries qui multiplie les recettes et les conseils pour être heureux à table et au lit sans s’aviser que la satiété est mère de la morosité.

Mille et une pensées (2005)

Gros plan de baiser au cinéma: confirmation que la fougue des amoureux se trouve toujours contrariée par la proéminence de l’appendice nasal.

Mille et une pensées (2005)

Le gazon est toujours plus vert et plus touffu dans le jardin du voisin. L’herbe doit apprécier qu’on la laisse tranquille puisqu’elle n’est jamais aussi prospère que sous la binette distraite des jardiniers municipaux.

Mille et une pensées (2005)

J’ai connu l’époque où, au cinéma, les spectateurs pleuraient davantage que les producteurs…

Mille et une pensées (2005)

Je crois qu’il existe une belle égalité des citoyens dans l’accès aux petits bonheurs de la vie quotidienne et une énorme inégalité dans la faculté d’en profiter.

Mille et une pensées (2005)

La justification majeure des défilés de mode: ils présentent des modèles que personne ne portera plus jamais.

Mille et une pensées (2005)

Le snobisme est mauvais conseiller qui incite à confondre contemporains connus et gens recommandables.

Mille et une pensées (2005)

Les étreintes publiques les plus fougueuses se situent sur les terrains de sport. Embrassades des équipiers entre eux avant que les entraîneurs se précipitent plus goulûment sur leurs joueurs que les entraîneuses

Mille et une pensées (2005)

Les gens connus qui expriment sans complexe le souci qu’ils ont de «leur image» la détériorent déjà.

Mille et une pensées (2005)

Les m’as-tu-vu se recrutent dans toutes les classes. Inconnus, on les appelle des frimeurs. Connus, on les appelle des vedettes.

Mille et une pensées (2005)

Hier, on écrivait ses Mémoires en fouillant la sienne et en brodant pour cacher les trous. Aujourd’hui, les pointillistes du souvenir mercantile ravaudent leurs vieux agendas en tirant à la ligne. Tristounet.

Mille et une pensées (2005)

Les amours de comédiens sont comme les boîtes de petits pois dans les grandes surfaces: en promotions durant une période affichée sur la façade des magasins ou sur la couverture des magazines.

Mille et une pensées (2005)

Il faut prendre le public par la main. Et puis aller vite laver les siennes.

Mille et une pensées (2005)

Le scandale des animateurs-producteurs: ce ne sont pas eux qui sont trop payés, ce sont les téléspectateurs qui ne le sont pas assez.

Mille et une pensées (2005)

Il y a pire que de n’avoir pas d’idées générales: c’est de n’avoir que cela…

Mille et une pensées (2005)

La définition du parfait amour par les spots du petit écran: un couple qui regarde ensemble l’avenir à travers la lunette des WC.

Mille et une pensées (2005)

80% d’une classe d’âge décrochent aujourd’hui le bac alors que, voilà un demi-siècle, 14% seulement y parvenaient. C’est à ce genre de comparaison qu’on s’avise qu’on est né trop tôt.

Mille et une pensées (2005)

La télévision, c’est comme la liberté: il faut l’avoir à portée de la main même et surtout si l’on ne s’en sert pas.

Mille et une pensées (2005)

Interviews d’artistes à la télé: le plat pays des questions oiseuses baigne dans l’océan des réponses sans intérêt.

Mille et une pensées (2005)

Dommage que la culture consiste de plus en plus à s’en remettre à d’autres du soin de penser.

Mille et une pensées (2005)

La téléréalité est à la vie réelle ce que la poupée gonflable est à l’amour: un simulacre inventé par des marchands à l’usage des esseulés.

Mille et une pensées (2005)

L’avantage de ne connaître rien à rien c’est qu’on peut parler de tout avec une égale inconscience.

Mille et une pensées (2005)

La télévision mérite-t-elle encore qu’on la critique? Elle ne tient nul compte des sages avis d’exégètes assez dévoués pour la regarder mais pas assez imprudents pour en tâter.

Mille et une pensées (2005)

Le contentement de soi serait plus sympathique s’il n’allait pas de pair avec un mécontentement chronique à l’égard d’autrui.

Mille et une pensées (2005)

La langue française est moins riche qu’on le prétend qui ne dispose que du mot retraite pour désigner le repos mérité d’un militaire après une vie de travail et la fuite devant l’ennemi.

Mille et une pensées (2005)

On aurait grand tort de se croire sourd lorsqu’à l’écoute incessante de soi-même on n’entend rien. La vacuité, elle, n’est justiciable d’aucune prothèse.

Mille et une pensées (2005)

Mieux vaut être ridicule un quart d’heure avec une serviette autour du cou que sale toute la journée en offrant aux regards de ses contemporains les peu ragoûtant stigmates de la fusion entre le textile et l’agroalimentaire.

Mille et une pensées (2005)

Normal que le chômage qui est un cancer social soit aussi soigné par des radiations…

Mille et une pensées (2005)

L’homme a domestiqué l’atome et est allé sur la Lune. Mais la première averse le prive de tous ses moyens et lui fait chercher refuge sous le premier porche venu.

Mille et une pensées (2005)

Surbooking: escroquerie minable des transporteurs aériens sublimée par la démonstration d’une bonne gestion.

Mille et une pensées (2005)

Qui tue un taureau rend orphelin un veau…

Mille et une pensées (2005)

On le sait avec certitude grâce à Bergson: quand quelqu’un tombe, tout le monde rit. Mais il convient d’ajouter: sauf celui qui tombe.

Mille et une pensées (2005)

Bizarrerie anatomique: on ne trouve plus l’oreille de ses contemporains sans flatter d’abord leur encolure.

Mille et une pensées (2005)

Le coeur ne bat pas de la même façon derrière une cravate ou sous un tee-shirt.

Mille et une pensées (2005)

Après sept années de pouvoir, le président arménien Petrossian a été contraint de démissionner. Victime de la gauche caviar.

Mille et une pensées (2005)

Il n’y a que ceux qui n’ont jamais tenté de pactiser avec le hasard pour s’imaginer que l’on s’amuse en jouant.

Mille et une pensées (2005)

L’alibi de l’allergique au sport: pas de performance à vingt ans, pas de contre-performance à soixante.

Mille et une pensées (2005)

Inversion des rôles traditionnels dans le couple moderne: c’est la femme qui porte la culotte et l’homme qui arbore la boucle d’oreille.

Mille et une pensées (2005)

Désolante malfaçon de l’être humain: sa chair est faible jusqu’au moment où elle devient flasque.

Mille et une pensées (2005)

Sans doute y a-t-il un certain panache à ce que tant d’hommes politiques, dont la carrière se trouve souvent menacée par des casseroles, tiennent à poser pour les photographes au milieu de leur cuisine.

Mille et une pensées (2005)

Les mondanités offrent l’occasion de parler alors qu’on n’a rien à dire avec des gens que rien n’oblige à rencontrer.

Mille et une pensées (2005)

Après un mois de vacances, la valise est toujours plus fatiguée que l’homme.

Mille et une pensées (2005)

C’est quand elle s’abstient de servir à la parole que la langue humaine se montre la plus indiscrète.

Mille et une pensées (2005)

Ah! la macine à jouer aux échecs qui gagne toujours et qui ne triomphe jamais…

Mille et une pensées (2005)

Célébrons l’aura dont, dans une société de simulacres, ceux qui ne lisent pas gratifient ceux qui écrivent.

Mille et une pensées (2005)

Si l’on croit les comptes rendus des laboratoires et les procès-verbaux des policiers, il est plus facile de dénombrer à mille près des microbes que des manifestants.

Mille et une pensées (2005)

Vive la monarchie: les familles régnantes s’étant remplies les poches dès la première génération, les héritiers sont moins tentés par la prévarication.

Mille et une pensées (2005)

Aux Etats-Unis, la misère a augmenté de 13% tandis que la vente des Rolls-Royce baissait de 48%. Les riches souffrent davantage que les pauvres.

Mille et une pensées (2005)

On recense aujourd’hui en France plus de casseurs de cabanes idéologiques que de bâtisseurs de logement sociaux. Ainsi s’explique qu’on trouve moins facilement un appartement où l’on puisse être heureux qu’un bouquin recensant les raisons de désespérer.

Mille et une pensées (2005)

Rien de tel qu’une belle paire de fesses pour redécouvrir les vertus du travail manuel.

Mille et une pensées (2005)

Chez nous, la réussite n’est pas bien vue. Ainsi, traite-t-on de parvenus les gens qui sont arrivés.

Mille et une pensées (2005)

Dans une société de malveillance chronique, on ne doit s’en remettre à personne du soin de faire savoir qu’on est un moins-que-rien, un va-de-la-gueule et un petit mec.

Mille et une pensées (2005)

Pas étonnant qu’on se reproduise comme des lapins dans des bâtiments qui ressemblent autant à des clapiers.

Mille et une pensées (2005)

Les vilaines manières des dictatures promues démocraties consistent à bourrer les urnes quand elles n’ont pas suffisamment bourré les crânes.

Mille et une pensées (2005)

Le parcours du combattant intello: enfant, il se croit bête; adolescent, il découvre – par comparaisons – qu’il ne l’est pas; adulte, il pense qu’il est plus intelligent que les autres; parvenu à l’âge mûr, il confond sa matière grise avec le bronze.

Mille et une pensées (2005)

Méfions-nous de la capacité de sérieux des rieurs. Ayant extériorisé les raisons de se réjouir, ils conservent intacts en eux les motifs d’angoisse.

Mille et une pensées (2005)

L’homosexualité est la dernière chance de réduire les files d’attente aux péages, l’encombrement des crèches et la saturation des transports en commun.

Mille et une pensées (2005)

Rien de plus paradoxal à une époque où la liberté est unanimement reconnue comme le plus précieux des biens que l’enfermement soit devenu le principal moteur du divertissement télévisé.

Mille et une pensées (2005)

Dans notre société frileuse, coincée, méfiante et tragiquement dépourvue de chaleur humaine, il n’y a plus que trois catégories de contemporains capables de se faire des amis très chers en moins de cinq minutes: les enfants, les sportifs et les putes.

Mille et une pensées (2005)

L’invention de la gastronomie composante de l’humanisme a donné bonne conscience aux goinfres.

Mille et une pensées (2005)

On ne peut faire du journalisme vraiment indépendant que si l’on a su susciter de nombreuses inimitiés. Seuls les amis demandent des services.

Mille et une pensées (2005)

La mort, ultime occasion pour l’homme de se rendre intéressant.

Mille et une pensées (2005)

Deux formes très différentes de la pensée unique empêchent de nombreux individus d’affirmer leur fantaisie: le prêt-à-porter et le prêt-à-prier.

Mille et une pensées (2005)

Je scrute d’abord chez l’homme la boutonnière comme je regarde les jambes d’une femme avant de détailler son visage.

Mille et une pensées (2005)

Les femmes disjoncteraient moins souvent si la plupart des hommes ne faisaient pas l’amour comme on branche une prise de courant.

Mille et une pensées (2005)

L’augmentation de l’espérance de vie: davantage de temps pour répéter qu’on est vieux et pour se voir mourir.

Mille et une pensées (2005)

Débat sur les hétéros et sur les homos. On parle de différence de culture et de sensibilité. Personne n’ose dire qu’il y a surtout l’option entre le chemin du caca et le chemin du pipi.

Mille et une pensées (2005)

Le jour est proche où, pour lutter contre la concurrence sauvage des grands coeurs de service, il faudra déclarer ses bons sentiments et ses vertueuses indignations aux guichets de la propriété compassionnelle.

Mille et une pensées (2005)

Si la politesse consiste à baiser la main de dondons ineptes et à serrer les doigts de contemporains malhonnêtes, qu’on ne compte plus sur moi pour le consensus social minimum.

Mille et une pensées (2005)

A notre époque de paresse sexuelle généralisée, les satyres apparaissent comme les derniers détenteurs de la virilité.

Mille et une pensées (2005)

Depuis l’abolition de la peine capitale, l’erreur judiciaire n’est plus ce qu’elle était.

Mille et une pensées (2005)

Au lycée, il décrochait toujours le prix d’excellence. Adulte, il parlait sept langues. L’âge n’avait pas diminué sa faim de savoir et sa soif de culture. Depuis sa retraite, il étudiait le sanscrit. Il est mort hier. Ca lui apprendra.

Mille et une pensées (2005)

Ah! le drame des belles consciences qui vitupèrent la pensée unique mais qui n’exploitent, durant leur vie, que quelques idées fixes.

Mille et une pensées (2005)

La montée générale des décibels: au cinéma, les chuchotements ont disparu et les amours adultères font tellement de bruit qu’on ne comprend pas comment les cocus peuvent ignorer leur infortune.

Mille et une pensées (2005)

Il court après le prix Goncourt et les petits garçons sans avoir jamais rattrapé que les seconds.

Mille et une pensées (2005)

Il n’y a aucune raison de priver de son record un cycliste qui roule aux amphétamines alors qu’on publie sans sourciller les oeuvres d’un poète qui puise son inspiration dans les spiritueux.

Mille et une pensées (2005)

Confidence d’une romancière: «Depuis toute petite je voulais faire écrivain.»

Mille et une pensées (2005)

La haine du client est en train de remplacer la lutte des classes.

Mille et une pensées (2005)

J’envie les gens qui ne savent pas écrire. Ils sont obligés de recourir à la parole – volatile par excellence – pour dire de leurs contemporains des méchancetés qui ne laissent nulle trace.

Mille et une pensées (2005)

Les trophées sportifs – ou autres – qui récompensent une épreuve gagnée à la sueur du corps devraient être remplacés par les déodorants.

Mille et une pensées (2005)

Rassurant le déversement régulier des déchets teutons sur notre territoire: on ne saurait systématiquement polluer qu’un pays qu’on s’interdit d’envahir.

Mille et une pensées (2005)

Ah! la fausse modestie démagogique des stars qui, à la sortie d’un film, saluent le dévouement et la compétence de techniciens sur lesquels, durant le tournage, ils n’ont pas daigné poser leur regard…

Mille et une pensées (2005)

Personne ne peut plus m’en imposer dès lors que je l’imagine se curant le nez, vomissant dans le lavabo, se livrant au simulacre de la reproduction ou ahanant la longue plainte exonérante sur le siège des commodités.

Mille et une pensées (2005)

Etre soi-même? D’accord. Encore faut-il être quelqu’un.

Mille et une pensées (2005)

Dommage qu’on obtienne le même réflexe d’hilarité en chatouillant les pieds qu’en titillant le cerveau…

Mille et une pensées (2005)

Des bons confrères se sont rués sur les méchancetés que j’avais écrites à mon propos. Après quoi, ils ont reconnu qu’ils n’avaient rien à ajouter.

Mille et une pensées (2005)

Les bruits paraissent sourds bien avant qu’on reconnaisse qu’on l’est autant qu’eux.

Mille et une pensées (2005)

Les gens qui finissent vos phrases n’ont jamais terminé une seule de leurs idées.

Mille et une pensées (2005)

Ah! les faux amis des bêtes qui se prennent à caresser le chien d’une jolie femme avec l’espoir de trouver le chemin de son coeur sous les poils de l’animal!…

Mille et une pensées (2005)

Le disc-jockey est un jeune homme courageux qui se déplace à l’aveugle dans la pénombre en attendant de devenir sourd.

Mille et une pensées (2005)

Pour faire partie de la Communauté, les Turcs renoncent à criminaliser l’adultère. Ils n’avaient pas assez de pierres pour aider à construire l’Europe et organiser des lapidations.

Mille et une pensées (2005)

Le propre du moraliste est de tenir pour immorales les saletés qu’il a toujours rêvé de faire.

Mille et une pensées (2005)

Il faudra que je me débarrasse de cette habitude de regarder les nouveau-nés en pensant que, dans quelques décennies, ils quitteront piteusement ce monde où ils viennent de débarquer triomphalement.

Mille et une pensées (2005)

Gardons-nous de sous-estimer le pouvoir de nuisance des petits chefs entre le moment où ils sortent du néant et l’instant où ils y retournent.

Mille et une pensées (2005)

Je m’endors plus facilement depuis que je lis, le soir, des auteurs qui ne sont pas des lumières.

Mille et une pensées (2005)

Conversation avec un poivrot distingué et digne: j’ai su qu’il buvait par les confidences de son haleine.

Mille et une pensées (2005)

Il y aurait beaucoup moins de turpitudes sexuelles et – par voie de conséquence – d’affaires de moeurs si le Créateur n’avait pas dispensé l’espèce humaine de la saison des amours imposée aux autres créatures.

Mille et une pensées (2005)

Les cons fournissent une cible privilégiée. Ils sont tellement nombreux que même un mauvais tireur est assuré de faire mouche.

Mille et une pensées (2005)

Les rues sont pleines d’obsédés, de schizophrènes et de paranoïaques qui promènent leurs tics et leurs idées fixes comme d’autres sortent leur chien.

Mille et une pensées (2005)

J’essaie de me dénicher un nouvel ennemi bon an mal an afin de montrer à mes amis que je n’aime pas tout le monde.

Mille et une pensées (2005)

Les règlements de comptes se multiplient tellement sur l’île de Beauté qu’on en arrive à se demander si on ne solutionnera pas le dossier corse comme on a résolu le problème du milieu marseillais: par autoextinction.

Mille et une pensées (2005)

Des pigeons déambulent à petits pas chaloupés, jabot en avant, gonflés de leur importance. D’où vient cette impression de déjà vu? Sans doute de la promenade dominicale en province lorsque, sur le cours, les notables cravatés se croisent et se saluent.

Mille et une pensées (2005)

Aussaresses, le bourreau étoilé: avec son oeil en moins, il a l’air de s’être, par erreur, torturé lui-même.

Mille et une pensées (2005)

Le comble de la démagogie: Elisabeth II, surnommée la «gelée royale», s’enquérant auprès des badauds parisiens venus l’aplaudir du quartier qu’ils habitent alors qu’elle n’ira jamais leur rendre visite!…

Mille et une pensées (2005)

Ceux qui n’ont rien à dire ou qui feraient mieux de garder le silence réclament une liberté d’expression dont ils ont déjà, par définition, abusée.

Mille et une pensées (2005)

Pour économiser votre méchanceté, choisissez des ennemis en petite sante.

Mille et une pensées (2005)

Inutile de demander la France. Elle est aux préposés absents.

Mille et une pensées (2005)

A Paris, il faut compter une bonne semaine pour qu’une calomnie-boomerang vous revienne, dépouillée de tout conditionnel et assortie de détails auxquels on est un peu honteux de n’avoir pas songé.

Mille et une pensées (2005)

La vie dégage aussi parfois des odeurs de décomposition.

Mille et une pensées (2005)

La parole doit être jolie en soi, indépendamment de l’usage qu’on en fait, puisque les plus beaux esprits de notre époque s’en servent pour ne rien dire.

Mille et une pensées (2005)

Je soupçonne la mer de détester les beaufs qui, après l’avoir lutinée quelques instants et se croyant autorisés à la traiter comme une fille facile, affirment: «Elle est bonne…».

Mille et une pensées (2005)

Il faut savoir gré aux imbéciles et aux impuissants de diminuer la concurrence.

Mille et une pensées (2005)

Ah! la charmante coutume qui veut qu’un jour par an on souhaite bonheur, santé et prospérité à des gens que les trois cent soixante-quatre autres jours on laissera crever la gueule ouverte…

Mille et une pensées (2005)

Il existe des noms abusivement dits propres que, par simple souci d’hygiène buccale, on devrait s’interdire de prononcer.

Mille et une pensées (2005)

Il n’y a qu’à observer ses contemporains et parcourir les gazettes pour constater que le nombre des corbeaux en activité dépasse singulièrement celui des Airbus en vol.

Mille et une pensées (2005)

Le nouvel équilibre mondial: plus de guerres ni de tués nulle part; des explosions et des cadavres partout.

Mille et une pensées (2005)

Un pays, où l’on ne renouvelle pas les centres d’intérêt et où, sous prétexte de patrimoine, les horreurs s’accumulent, est comparable à ces hôtels mal tenus où l’on oublie de changer les draps.

Mille et une pensées (2005)

Ben Laden, Saddam Hussein, Fidel Castro, même combat, même espoir toujours déçu. On ne peut rien contre des assassins quand ils ont le soutien de tout un peuple.

Mille et une pensées (2005)

Les sports d’hiver sont irremplaçables qui offrent à tant de bras cassés l’occasion de se fracturer aussi les jambes.

Mille et une pensées (2005)

Si l’on veut garder intacte sa gentillesse, il faut expectorer au moins une grosse méchanceté par jour.

Mille et une pensées (2005)

Il n’y a plus guère que les préfets et les extra pour demeurer fidèles à la tradition des gants blancs.

Mille et une pensées (2005)

Faute de vigilance ou de ciseaux, la pilosité nasale est aux patrons français ce que les mauvaises herbes sont au gazon anglais.

Mille et une pensées (2005)

Une sonore flatulence émise sur la voie publique console de ne pas posséder de moto.

Mille et une pensées (2005)

Après un séisme, un incendie, un déraillement ou un naufrage: le distinguo idiot entre les morts qu’on a retrouvés et les disparus qu’on ne retrouvera jamais ou trop tard.

Mille et une pensées (2005)

La trompeuse mansuétude de la mort: elle attend le dernier jour de la vie pour consommer son oeuvre.

Mille et une pensées (2005)

Illogique et étrange cette habitude de dire au revoir aux défunts dans les cimetières plutôt que, trois jours plus tôt, dans leur chambre de malade.

Mille et une pensées (2005)

Il a tenu à se faire enterrer à huit heures du matin comme si son après-midi était encore surchargé…

Mille et une pensées (2005)

Les promesses du bonheur éternel dans l’au-delà et de résurrection finale eussent sans doute été plus crédibles si le Créateur de toute chose avait dispensé les défunts de l’ultime épreuve de la décomposition corporelle.

Mille et une pensées (2005)

Le double avantage du trépas: faire prendre enfin au sérieux ses angoisses existentielles et avoir le droit de dormir dans la cour des grands.

Mille et une pensées (2005)

Le drame de la société – occulté par la prospérité des marbriers et la satisfaction des fleuristes – quand on inhume un homme, c’est de devoir enterrer en même temps un pouvoir d’achat.

Mille et une pensées (2005)

Ce qui me navre presque autant que de devoir faire mes bagages pour l’au-delà est de ne rien pouvoir glisser dedans tant il est vrai que, chez nous, le trépas annule complètement la sacro-sainte propriété.

Mille et une pensées (2005)

La mort confère aux ilotes et aux rigolos la dignité des pontifes.

Mille et une pensées (2005)

Dans un monde où l’on est capable de tout prévoir sauf le trépas, la longévité possède un caractère ludique.

Mille et une pensées (2005)

J’ai cessé d’aller aux enterrements par lassitude de ne rencontrer, ces jours-là, que des seconds rôles.

Mille et une pensées (2005)

L’égalité tardive et relative des cimetières évoque la condition pénitentiaire: deux mètres carrés pour tout le monde mais la perpétuité seulement pour quelques-uns.

Mille et une pensées (2005)

Il est mort inconnu parce qu’il avait refusé qu’on sache comment il vivait.

Mille et une pensées (2005)

Les gens qui ne savent pas rire à la fin d’un enterrement font rarement de vieux os.

Mille et une pensées (2005)

Signe des temps: on entend de plus en plus souvent dire de gens qui ont vécu dans la paresse qu’ils sont morts courageusement.

Mille et une pensées (2005)

Les agonisants célèbres sont priés de ne pas lambiner et de trépasser de préférence avant le mardi à midi s’ils souhaitent obtenir une couverture en couleur en guise de suaire.

Mille et une pensées (2005)

Une vie: on fait le con jusqu’au moment où on fait le mort.

Mille et une pensées (2005)

Saint-Ex, qui aurait célébré son centenaire la semaine sernière, n’y parviendra jamais. Coluche, Le Luron et Balavoine non plus. On ne les aura pas vus perdre leurs cheveux, leurs dents et leur gloire.

Mille et une pensées (2005)

Cruauté inexorable de la nature. Terrorisme aveugle de la mer. On peut, à la rigueur, essayer de discuter avec Ben Laden. Pas avec une vague haute de vingt mètres.

Mille et une pensées (2005)

Je hais, plus que la mort, l’homme qui donne la mort à l’homme, s’appropriant ainsi ce qu’il y a de plus malfaisant dans le divin.

Mille et une pensées (2005)

Dis-moi dans quel quartier tu es mort et je te dirai comment tu vivais.

Mille et une pensées (2005)

Les lunettes noires ont été inventées pour qu’on ne voie pas les yeux secs des familles à certains enterrements.

Mille et une pensées (2005)

Tous ces gens en bonne santé qui disent: «Quand je serai mort» sans y croire vraiment alors qu’il s’agit de la seule certitude de la vie…

Mille et une pensées (2005)

L’homme ne devient véritablement adulte qu’à l’instant où il meurt. Trop tard.

Mille et une pensées (2005)

Je voudrais reposer sur la Côte d’Azur, pays où le climat est plus clément et où les veuves sont plus bronzées.

Mille et une pensées (2005)

Quand on est mort, on ne vieillit plus. L’éternité, c’est d’avoir jusqu’à la fin des temps l’âge qu’on avait le jour de son trépas.

Mille et une pensées (2005)

A partir d’un certain âge, il n’y a plus de victoires. Seulement des commémorations.

Mille et une pensées (2005)

La mort a tué trop d’hommes pour être inhumaine.

Mille et une pensées (2005)

La mort, on y va seul ou accompagné par un tas de gens qui vous disent: «Ce n’est rien, on vous suit.» Mais quand on se retourne, au seuil de l’éternité, il n’y a plus personne.

Mille et une pensées (2005)

Il existe un abus que je ne peux dénoncer qu’en y ajoutant: la pollution imprimée.

Mille et une pensées (2005)

Si Flaubert avait écrit Madame Bovary cette année, l’ultime chapitre décrirait sans doute Charles, veuf inconsolable, réécoutant inlassablement le dernier message enregistré par Emma sur le répondeur de son portable.

Mille et une pensées (2005)

La promotion d’un livre doit être vécue comme une espèce de rougeole: elle dure un grand mois, finit par donner des boutons et laisse quelques minuscules cicatrices.

Mille et une pensées (2005)

La recette de l’écrivain n’est pas sans rapport avec la formule du pastis: cinquante volumes de songe-creux pour mille volumes d’encre.

Mille et une pensées (2005)

L’avantage du livre sur le disque doit résider dans le fait que le premier, même sans intérêt, n’abîme jamais la vue alors que le second, même classé au hit-parade, casse souvent les oreilles.

Mille et une pensées (2005)

Tant de livres paraissent chaque jour, écrits ou pas par ceux qui les signent, qu’ils démythifient l’acte préalable et déconsidèrent le produit final.

Mille et une pensées (2005)

Si mes oeuvres complètes reflétaient mieux mes conditions de travail, elles seraient à tordre: toutes les idées me viennent dans mon bain.

Mille et une pensées (2005)

Le distinguo est récent et subtil entre les biographies autorisées et sauvages. Les premières, qui ratissent les mémoires, recèlent moins d’inexactitudes. Les secondes, qui fouillent les poubelles, sont parfois plus amusantes.

Mille et une pensées (2005)

Ah! la double outrecuidance qui consiste d’abord à noter les fadaises qui vous viennent à l’esprit et ensuite à les soumettre à autrui.

Mille et une pensées (2005)

César, Louis XIV et Napoléon demeurent les meilleurs filons des historiens: bibliographie abondante et aucun risque de rectificatif.

Mille et une pensées (2005)

Je n’admire vraiment que les écrivains dont je n’ai pas lu les livres et que les actrices dont je n’ai pas vu les films. Ainsi, puis-je les créditer d’un génie absolu au lieu de leur reconnaître un talent relatif.

Mille et une pensées (2005)

La signature de livres permet de constater que certains auteurs qu’on croyait morts sont toujours vivants, et de mieux comprendre la morosité des personnes qui, à Amsterdam, attendent le chaland, assises dans une vitrine.

Mille et une pensées (2005)

J’ai commencé par affirmer que je relisais Bossuet. Puis j’ai eu envie de le relire. Enfin, j’ai relu Bossuet. En me demandant si je l’avais jamais lu…

Mille et une pensées (2005)

Ecrire pour voir clair soi-même. Puis se relire comme s’il s’agissait des phrases de quelqu’un d’autre. Pratique salubre et distanciée qui diminue les solécismes et permet de réduire la culpabilisation en cas d’échec.

Mille et une pensées (2005)

La querelle d’experts sur le nombre d’illettrés en France (certains parlent de quelques centaines de milliers, d’autres évoquent plusieurs millions) démontre que, si les jeunes ne saven,t pas lire, les vieux ne savent plus compter.

Mille et une pensées (2005)

Pavés de plage: bouquins d’au moins quatre cents pages encore plus longs à lire qu’à écrire. Servent d’alibi à la culture estivale et de supports aux crèmes solaires.

Mille et une pensées (2005)

J’écris ce que j’aurais envie de lire. Gros risque: si je suis un lecteur sans goût, je serai un écrivain sans talent.

Mille et une pensées (2005)

Le livre est avec la religion la seule façon de faire de l’argent avec la morale.

Mille et une pensées (2005)

L’écriture est comparable à l’amour physique. L’instigateur de l’exercice n’est jamais assuré du plaisir des partenaires qu’il ambitionne de rendre aussi heureux que lui.

Mille et une pensées (2005)

La république des lettres est devenue bananière dans les coulisses de laquelle s’activent des dizaines de nègres plus talentueux que les «auteurs» dont ils guident la plume.

Mille et une pensées (2005)

Le plagiat constitue la seule preuve qu’avant d’écrire un homme de lettres a lu.

Mille et une pensées (2005)

«Un seul être vous manque et tout est dépeuplé.» La grande chance de cette nunucherie a été de se limiter à douze syllabes. Les prosateurs, eux, font toujours trop long.

Mille et une pensées (2005)

Alors que les auteurs cultivés recopient souvent – sans les citer – leurs auteurs favoris, les analphabètes, qui publient de plus en plus, peuvent marcher le front haut et la plume basse.

Mille et une pensées (2005)

La transmission de pensée existe grâce au livre. Elle est encore plus fascinante quand on connaît l’auteur et qu’il semble vous parler à l’oreille.

Mille et une pensées (2005)

Quand j’écris des choses intelligentes, j’ai toujours l’impression que quelqu’un me tient la main. Quand ma plume s’égare, c’est que je suis seul.

Mille et une pensées (2005)

Un écrivain est un zombie qui croit être allé au bout de son destin chaque fois qu’il est parvenu à la fin d’un feuillet.

Mille et une pensées (2005)

A entendre les conversations d’éditeurs, on ne devrait plus distinguer qu’entre deux grandes catégories de livres: ceux qu’on peut vendre au-dessous de vingt euros et les autres.

Mille et une pensées (2005)

Les écrivains emploient plus de mots que d’idées. Les penseurs utilisent plus d’idées que de mots. Les écrivains-penseurs sont des indécis qui, n’ayant pas su choisir leur camp, encourent l’incompréhension des écrivains et le mépris des penseurs.

Mille et une pensées (2005)

Règle d’or du roman à clés: le trou de serrure appartient au premier qui a l’idée d’y visser son oeil.

Mille et une pensées (2005)

Il ya autant d’immodestie à écrire pour les autres que l’illogisme à n’écrire que pour soi.

Mille et une pensées (2005)

Les auteurs à gros tirages se privent de la confortable possibilité de se répéter ou de se contredire qu’offre la certitude de n’avoir pas été précédemment lus.

Mille et une pensées (2005)

Les humoristes, qui sont souvent plus blagueurs que méchants, sont désormais priés de changer de métier ou de ne plus mettre en boîte que les cocus qui, sans doute par respect humain, ne sont pas encore organisés en groupe de pression.

Mille et une pensées (2005)

Il suffit d’attendre pour qu’une fausse nouvelle devienne authentique. Et pour pouvoir affirmer qu’on a été le premier à l’annoncer.

Mille et une pensées (2005)

Si les Martiens lisent la presse française, ils découvriront que la grande question de cette fin de législature est de savoir aux frais de qui M. Patrick Poivre d’Arvor a, durant ses dernières vacances, repris trois fois de la crème brûlée.

Mille et une pensées (2005)

Les exemples de contemporains amis qui se fâchent après la lecture d’articles révélant leurs soi-disant fâcheries, sont si nombreux qu’on ne saurait soutenir sans injustice que les journalistes n’ont aucune influence.

Mille et une pensées (2005)

La postérité a des raisons que, sur le moment, l’actualité ne connaît point.

Mille et une pensées (2005)

Le journaliste modèle: celui qui aime son métier plus que sa famille, son journal, plus que les concurrents et ses confrères, plus que le reste de l’humanité.

Mille et une pensées (2005)

Quelqu’un qui ne fait pas parler de lui est un infirme en matière de communication. Quelqu’un qui parle de lui est un vaniteux. Quelqu’un qui laisse les autres parler de lui est un imprudent.

Mille et une pensées (2005)

Promis. Je ne me moquerai plus des magazines en couleur spécialisés dans les têtes couronnées et les altesses. Ce sont les seuls qui consacrent davantage de place aux grossesses et aux naissances qu’aux agonies et aux trépas.

Mille et une pensées (2005)

J’éprouve parfois la nostalgie de l’époque où l’on distribuait les bons mots comme on alloue aujourd’hui les secours.

Mille et une pensées (2005)

Le droit de réponse est le plus précieux avantage acquis des politiciens: il leur permet de nier gratuitement les propos qu’ils ont fait paraître, sans bourse délier, la veille.

Mille et une pensées (2005)

Plus d’un demi-siècle de journalisme et toujours l’impression mi-grisante mi-cupabilisante d’exercer une activité marginale.

Mille et une pensées (2005)

Les benjamins de la rédaction auxquels on confie – surtout l’été – un erticulet nécrologique ignorent trop souvent que le trépas constitue ou bien la fin d’une notoriété ou bien le début de la postérité.

Mille et une pensées (2005)

Le journalisme moderne exige d’autant plus de talent que le préposé manque d’informations. Ainsi s’explique que les confrères qui sortent peu de chez eux finissent par devenir écrivains.

Mille et une pensées (2005)

Si l’on ne manque pas de brodeurs d’infortunes, il y a pénurie de ravaudeurs de réputations.

Mille et une pensées (2005)

Si la vertu du journaliste consiste à se ranger systématiquement dans l’opposition, c’est parce qu’il est ainsi assuré de n’en retirer aucun profit immédiat.

Mille et une pensées (2005)

On reconnaît un vrai journaliste – et je crois en être devenu un avec le temps – à son aptitude à s’approprier gratuitement une information dès qu’elle parvient à sa connaissance grâce au travail d’autres journalistes.

Mille et une pensées (2005)

En jetant des fleurs sur un cercueil encore vide et en enterrant Arafat plusieurs jours avant sa mort, les journalistes ont fait entrer la nécrologie dans la littérature d’anticipation.

Mille et une pensées (2005)

La presse a du mérite de n’être pas plus pourrie alors qu’elle se range dans la catégorie des produits périssables.

Mille et une pensées (2005)

L’écriture ne constitue pas un acte anodin: les mots vous rongent bien avant qu’on ne les trace et les phrases vous poursuivent longtemps après qu’on les a composées.

Mille et une pensées (2005)

C’est l’une des caractéristiques du journaliste que de se croire aussi important que les événements qu’on le charge de relater. Le cornac préposé à la conduite des éléphants a plus de modestie.

Mille et une pensées (2005)

L’auto-indiscrétion, née des amours sordides de la promotion à tout prix et de l’édition crapoteuse, va beaucoup plus loin et vise encore plus bas que la presse spécialisée.

Mille et une pensées (2005)

On parvient à avoir du talent lorsqu’on exerce la plénitude de son esprit critique sur ses propres oeuvres. On touche au génie quand on oublie complètement ce sens critique.

Mille et une pensées (2005)

C’est la grandeur du journalisme que d’apprendre juste avant d’enseigner, puis de tout oublier.

Mille et une pensées (2005)

Ils me font rire les confrères qui croient qu’ils sont supérieurs aux autres parce que leurs employeurs les affectent aux sujets nobles. Comme si les héraldistes devenaient aristocrates. Comme s’il suffisait de ne pas savoir rire pour être sérieux.

Mille et une pensées (2005)

C’est parce qu’ils pratiquent le respect vigoureux des propos qu’on leur tient que certains journalistes écrivent parfois n’importe quoi.

Mille et une pensées (2005)

La confraternité n’est pas un vain mot qui aboutit à ce qu’un écrivain non journaliste a dix fois moins de chances qu’un autre de voir évoquer ses oeuvres dans les journaux.

Mille et une pensées (2005)

La chronique constitue le bâton de maréchal d’une carrière journalistique qui, permettant de ne plus parler que de soi, éloigne les mauvaises fréquentations auxquelles on doit d’avoir pris du galon.

Mille et une pensées (2005)

Presse: recèle l’actualité avant d’envelopper le poisson.

Mille et une pensées (2005)

Le journaliste idéal sous tous les gouvernements: le rédacteur anonyme et respectueux du Journal officiel.

Mille et une pensées (2005)

La phraséologie funèbre ne cesse d’évoluer. On ne meurt plus, on décède. A moins qu’on ne s’éteigne, alors que, vivant, on n’était pas catalogué comme une lumière ni classé parmi les allumés.

Mille et une pensées (2005)

Transposition du crime parfait dans la presse: un journal qui serait entièrement et gratuitement rédigé par ses lecteurs.

Mille et une pensées (2005)

La légitimité du journalisme dit d’investigation est mince quand elle ne procède que de la curiosité malsaine du public.

Mille et une pensées (2005)

Le paradoxe dichotomique du journaliste le plus honnête: il est désespéré par tout ce qui va mal et désappointé par tout ce qui va bien.

Mille et une pensées (2005)

Au train où nous roulons, la liberté d’expression se résumera bientôt au droit de dire qu’on est très heureux de ne plus rien pouvoir dire.

Mille et une pensées (2005)

Un journal est fait moitié par des gens qui écrivent sans s’inquiéter, moitié par des gens qui s’inquiètent sans écrire.

Mille et une pensées (2005)

La presse est toujours une danseuse, charmante, attachante, capricieuse. Mais elle refuse désormais de coucher avec les capitalistes qui l’entretiennent.

Mille et une pensées (2005)

J’ai pris une grande résolution professionnelle: je n’écrirai plus désormais que sur les sujets dont j’ignore tout afin d’être assuré de m’instruire en me relisant.

Mille et une pensées (2005)

La démence sénile est une grande victoire sur la mortalité infantile.

Mille et une pensées (2005)

Les lâches sont moins violents, les hypocrites plus polis. Preuve que dans les comportements les plus désolants, on peut toujours trouver des raisons d’espérer.

Mille et une pensées (2005)

Ce qui me désespère et me rassure à la fois dans toutes les manifestations du racisme, c’est que la victime n’attend que le moment de devenir à son tour bourreau.

Mille et une pensées (2005)

La crise d’autorité s’aggrave. Des amis romanciers m’avouent qu’ils ne parviennent même plus à se faire obéir de leurs personnages.

Mille et une pensées (2005)

Si les citoyens honnêtes étaient plus perspicaces, il y aurait moins d’individus malhonnêtes poursuivis pour abus de confiance.

Mille et une pensées (2005)

Comprenne qui pourra: jamais la société n’a été aussi bavarde et jamais les gens n’ont eu – si l’on excepte quelques comédiennes spécialisées dans le sourire pulpeux – aussi peu de lèvres.

Mille et une pensées (2005)

La redistribution du capital serait plus efficace si l’on avait pas inventé les serrures, le blindage et la police.

Mille et une pensées (2005)

Il y a des moments où m’étant écouté égrener sans rire la litanie des bons sentiments, j’aimerais devenir un ami.

Mille et une pensées (2005)

A en croire une terrifiante statistique sur l’inégalité devant la mort, si j’étais un ouvrier, je ne serais déjà plus de ce monde. Ce qui ne constituerait pas une grande perte pour la société, vu que je ne sais rien faire de mes dix doigts.

Mille et une pensées (2005)

Je n’imagine plus le terme de mon existence comme l’effrayant passage dans le néant mais comme le délicieux moment où j’arrêterai enfin de régler des factures. Certaines lassitudes aident à dédramatiser.

Mille et une pensées (2005)

Depuis que j’ai parcouru force bouquins d’orphelins et de veuves ayant séché leurs larmes pour mieux faire couler l’encre, j’emploie un ton plus aimable pour demander à mes proches de me passer le sel.

Mille et une pensées (2005)

Je n’ai vocation de piéton que pour aller de mon domicile au garage…

Mille et une pensées (2005)

Je rêve de meubles en chocolat que, entre les truffes de Noël et les oeufs de Pâques, on pourrait grignoter devant la télévision. Ainsi, la gourmandise fournirait-elle un prétexte au renouvellement périodique du décor intérieur.

Mille et une pensées (2005)

La vague d’incestes qui submerge les tribunaux et les librairies donne une belle leçon aux séducteurs impénitents qui ne pensent qu’à abandonner leur famille pour commettre leurs frasques…

Mille et une pensées (2005)

En chevrotant avec émotion, au-dessus d’une tombe fraîchement creusée, le rituel: «Il ne sera pas remplacé», on enterre de la même façon et vec une logique identique les génies et les minables.

Mille et une pensées (2005)

Pour bénéficier d’une accélération de notoriété à bord d’un convoi de m’as-tu-vu, toutes les directions sont bonnes à condition qu’elles mènent vers un abus, vers un scandale ou vers un problème, de préférence insoluble.

Mille et une pensées (2005)

Le bonheur consiste aussi à ne plus faire certaines choses qu’on croyait indispensables.

Mille et une pensées (2005)

Une société est équilibrée quand elle se passionne autant pour la chute de ses vedettes que pour leur ascension.

Mille et une pensées (2005)

On ne saurait dénombrer davantage de vivants sur notre vieille planète sans devoir déplorer à terme davantage de morts.

Mille et une pensées (2005)

Et si la foi n’était qu’une forme métaphysique de l’aliénation mentale?

Mille et une pensées (2005)

Ce n’est pas l’un des moindres paradoxes que le gouffre de la Sécu continue à se creuser alors que ne cesse de progresser l’automédication qui exclut par définition tout remboursement de prestation médicale et d’achat de médicaments.

Mille et une pensées (2005)

Dommage que l’opinion publique mondiale ne soit pas près d’accepter la solution la plus simple pour établir une paix durable dans le monde: que les gentils lancent des bombes sur tous les méchants qu’ils suspectent d’en détenir aussi.

Mille et une pensées (2005)

Les incontinents qui se soulagent contre un mur sont sévèrement verbalisés mais on a décoré les grossiums qui ont introduit le porno sur les petits écrans.

Mille et une pensées (2005)

J’adore faire rire mais je ne suis pas assez culotté pour baisser publiquement mon pantalon.

Mille et une pensées (2005)

Les recensements périodiques, les comptages de bulletins de vote et les calculs d’audimat me donnent la désagréable impression que, comme des milliards d’individus, je n’ai été mis sur Terre que pour faire nombre.

Mille et une pensées (2005)

J’ai encore des besoins alors que je n’ai plus d’ambitions. Mais ceux qui sous-estiment les premiers sont tentés d’exagérer les secondes.

Mille et une pensées (2005)

Ma principale intelligence aura consisté à guetter la paresse ou l’absence de gens beaucoup plus intelligents que moi afin de proposer de les remplacer momentanément. La chance appartient à ceux qui se sont rendus disponibles le jour où elle passait.

Mille et une pensées (2005)

Le danger de l’autoflagellation quand elle rencontre un certains succès: ce qui était une ascèse devient un procédé.

Mille et une pensées (2005)

Dans notre méritocratie futile, malveillante et versatile, on n’obtient la considération sociale qu’en ne faisant pas grand-chose, mais en faisant toujours et longtemps la même chose. Je sais de quoi je parle.

Mille et une pensées (2005)

J’aurais sans doute eu une meilleure plume si, pour les besoins d’émissions de variétés, je ne me l’étais pas parfois plantée dans le derrière.

Mille et une pensées (2005)

J’ai enfin trouvé une devise susceptible de fournir un alibi à ma boulimie de travail et de plaisirs: avoir trop pour être certain d’avoir assez.

Mille et une pensées (2005)

Etrange métier que le mien qui consiste à aller chercher quotidiennement au plus profond de son être des idées, des sentiments et des références qui ne s’y trouvent pas et qu’on finit cependant par extraire.

Mille et une pensées (2005)

Je m’accepte comme je suis à condition de pouvoir être encore, de temps à autre, ce que j’étais.

Mille et une pensées (2005)

Je crois être un esprit libre. Libre de penser ce que lui suggèrent ses origines, ses fidélités, ses trahisons, ses intérêts, ses dégoûts, ses fantasmes, sa logique et ses inconséquences.

Mille et une pensées (2005)

J’aurais plus d’indulgence pour la sexualité des autres si elle ne constituait pas une réplique de la mienne.

Mille et une pensées (2005)

Je n’ai jamais été content de ce que je faisais. Mais quand je ne ferai plus rien, je m’offrirai le luxe de n’être pas honteux de ce que j’ai fait.

Mille et une pensées (2005)

L’allégresse que j’éprouve à vivre en France et qui me dissuade d’aller chercher mon bonheur ailleurs assure les habitants des pays limitrophes qu’on ne me trouvera jamais dans les rangs de leurs envahisseurs.

Mille et une pensées (2005)

Pour des raisons de vocabulaires techniques, je ne comprends pas la moitié des textes que je lis. Pour des motifs de choix personnels, je m’intéresse qu’au tiers de ce je comprends. On déposerait à moins son bilan culturel.

Mille et une pensées (2005)

J’ai d’autant plus horreur de travailler pour rien que, ce faisant, je prive les confrères pratiquant le bénévolat d’un des plaisirs les plus purs qui soient.

Mille et une pensées (2005)

Je ne pense pas davantage que ceux qui ne publient pas de pensées. Au contraire, puisqu’une partie de mes fonctions intellectuelles se trouve consacrée à l’examen critique de ce que je pense.

Mille et une pensées (2005)

La passion de soi n’est pas toujours passionnante.

Mille et une pensées (2005)

Quand je m’avise du mépris dont pâtissent tous ceux qui essaient de dérider leurs contemporains, je donnerais parfois, pour ne plus être un rigolo, presque autant que ce qu’on m’alloue pour l’être.

Mille et une pensées (2005)

Je me sens de plus en plus humble. Au point de ne pas me dissimuler que, dans ce domaine, j’ai pris le départ très tard.

Mille et une pensées (2005)

Infirme ménager, je n’ai jamais pris un repas ou bu une tasse de thé qui n’aient été préparés par un tiers. Il faudra que j’essaie, un jour, d’allumer le gaz et – si j’y parviens – de faire bouillir de l’eau. Pour rien. Pour le plaisir.

Mille et une pensées (2005)

Je crois illustrer jusqu’à la caricature les qualités et les défauts du Français moyen. D’où un profil très français. Et très moyen.

Mille et une pensées (2005)

Je dois être, au fond de moi, affreusement pessimiste puisque je considère encore comme un petit miracle de parvenir à un lieu de destination, hier en avion, aujourd’hui en train ou en voiture.

Mille et une pensées (2005)

Sans doute me passionnerais-je davantage pour le sort des déshérités lointains si j’étais capable de mieux situer leurs pays sur la carte. Pas de tripe humanitaire sans fibre géographique.

Mille et une pensées (2005)

Parfois, je me sens angoissé de ne pas être plus inquiet.

Mille et une pensées (2005)

Rien ne me comble davantage que d’être apprécié par des gens de goût mais, à la minute précise où ils semblent me témoigner quelque indulgence, je n’ai plus aucune confiance dans leur goût.

Mille et une pensées (2005)

J’ai beaucoup couru derrière mon sexe. Mais le temps que je le rejoigne, il avait déjà terminé sa petite affaire. Je garde donc peu de souvenirs des ces cavalcades motivées par un instinct de la reproduction, Dieu merci, très raement efficient.

Mille et une pensées (2005)

Je veille à ne pas dire trop de mal de trop de gens afin de ne pas affaiblir la portée de mes médisances.

Mille et une pensées (2005)

Je suis un véritable égoïste. C’est dire si je me soucie peu de l’égoïsme des autres.

Mille et une pensées (2005)

Je tends de plus en plus vers l’humilité, vers la sérénité, vers la bienveillance et celui qui me dira le contraire, je lui écraserai à coups de talon sa face de rat!

Mille et une pensées (2005)

Il m’arrive de m’ennuyer avec moi-même. Faute de pouvoir me raconter des histoires que je ne connais pas.

Mille et une pensées (2005)

Je pense parfois à vivre plus simplement. Mais je décevrais trop de fournisseurs.

Mille et une pensées (2005)

La preuve que je ne suis pas narcissique: je ne regarde jamais mon reflet dans l’eau sans avoir envie de lui lancer une pierre.

Mille et une pensées (2005)

Je suis la personne qui me veut le plus de bien au monde.

Mille et une pensées (2005)

Je revendique la vertu de reconnaître publiquement toutes mes faiblesses quand on me paie pour cela.

Mille et une pensées (2005)

Plus d’un demi-siècle que je fais l’amour. Plus d’un demi-siècle que je conduis une voiture. Et je n’ai jamais eu la curiosité de me plonger dans un manuel de mécanique ou dans un traité d’anatomie. C’est dire mon désarroi en cas de panne.

Mille et une pensées (2005)

Finalement, la vie m’aura apporté beaucoup de privilèges dont j’imaginais qu’ils étaient réservés aux autres et m’aura refusé quelques avantages dont je pensais qu’ils me revenaient de droit.

Mille et une pensées (2005)

Les dictateurs et les bandits manchots exercent un pouvoir totalitaire. En Asie, Pol Pot assassinait le peuple. Chez nous, Jack Pot le rançonne.

Mille et une pensées (2005)

Il faut souhaiter que la suppression du service militaire n’augmente pas le nombre de nos chômeurs, de nos délinquants et de nos ennemis.

Mille et une pensées (2005)

Manchette imaginée pour faire vendre un grand magazine: «Peut-on enfin aimer l’Allemagne?» Je crois me souvenir que certains Français avaient déjà répondu par l’affirmative entre 1940 et 1944.

Mille et une pensées (2005)

La vie m’a appris à me méfier davantage de moi que des autres. Des autres, je ne crains que la méchanceté qui fait mal. De moi, j’appréhende la bonté qui ruine.

Mille et une pensées (2005)

Il faut savoir se montrer de mauvaise foi quand la bonne foi n’est pas drôle.

Mille et une pensées (2005)

Se trouver parfois en désaccord avec soi-même: c’est peut-être le début de la fameuse vie intérieure promise à quelques privilégiés.

Mille et une pensées (2005)

Destin ambigu d’un touche-à-tout médiatisé: parler sans être orateur, écrire sans être écrivain, penser sans être penseur.

Mille et une pensées (2005)

La certitude que les malheurs qu’on peut raconter soi-même ne sont pas, par définition, les plus grands permet d’économiser sa compassion.

Mille et une pensées (2005)

L’aventure est au coin de soi-même. A condition de s’attendre au tournant…

Mille et une pensées (2005)

Comme la vie serait variée si je ne l’observais pas, depuis le début, avec les deux mêmes yeux!…

Mille et une pensées (2005)

Quel calvaire ce doit être de culminer beaucoup plus haut que les petits, de ne jamais rencontrer que le regard de ses homologues, de devoir s’accroupir pour parler aux autres et d’appréhender chaque passage de porte comme une menace de décapitation!…

Mille et une pensées (2005)

A chaque nouvelle mesure destinée à redonner courage aux cancres, je regrette de n’être pas plus jeune.

Mille et une pensées (2005)

Je me suis tellement planté que l’on est en droit de s’étonner que je n’ai pas poussé davantage…

Mille et une pensées (2005)

Je rêve d’une cité idéale où les voitures n’auraient plus, elles aussi, le droit de fumer, où des couloirs de circulation seraient réservés aux rollers transsexuels et aux analphabètes remorquant des sans-papiers.

Mille et une pensées (2005)

Le simple regard porté sur la douleur, la laideur, la beauté, la tristesse et la joie, contitue un viol permanent de l’intimité autorisé par la loi.

Mille et une pensées (2005)

Quand j’entends les hommes politiques parler de création d’emplois, je songe à tous ces employeurs dont le seul rêve est de ne plus avoir d’employés.

Mille et une pensées (2005)

La prolifération des marques sur les objets de la consommation la plus courante crée un élitisme de bazar dont les jeunes, transformés en adolescents-sandwiches, sont les victimes ravies.

Mille et une pensées (2005)

La bonne chère est une drogue puisqu’elle crée une dépendance, modifie les comportements et crée une complicité avec d’autres intoxiqués au navarin d’agneau et au Cheval Blanc.

Mille et une pensées (2005)

Je n’essaie jamais de faire partager mes idées. Seulement ma jubilation de pouvoir tout dire.

Mille et une pensées (2005)

Que ceux qui n’attendent rien de moi sachent qu’ils seront comblés.

Mille et une pensées (2005)

Je ne vois pas pourquoi on ne se traiterait pas aussi mal soi-même qu’on traite les autres.

Mille et une pensées (2005)

Dans la rue, on me dit parfois: «Vous êtes mieux qu’à la télé.» Le message est clair. Il faut que je fasse moins d’émissions et davantage de promenades.

Mille et une pensées (2005)

Que n’ai-je été un parfait imbécile! On m’eût apprécié comme je le méritais.

Mille et une pensées (2005)

J’aime ou je n’aime pas. J’épargne ainsi à mes contemporains les moins sympatiques l’odieuse et outrageante indifférence.

Mille et une pensées (2005)

J’ai dû choisir entre la notoriété allouée par le grand public et la considération prodiguée par quelques esprits distingués: le grand public distribue plus d’argent que les esprits distingués.

Mille et une pensées (2005)

Aujourd’hui, et pour la première fois depuis très longtemps, je n’ai pas écouté les informations. Qu’importe qu’on s’étripe partout dans le monde si j’ai la paix en moi.

Mille et une pensées (2005)

J’ai arrêté de dîner en ville lorsque je me suis rendu compte que je n’aurais jamais le courage de renverser le contenu de la soupière dans le décolleté de la maîtresse de maison.

Mille et une pensées (2005)

J’ai souvent eu faim avant les repas. C’est insuffisant pour comprendre vraiment la misère.

Mille et une pensées (2005)

Le moi est haïssable. Mais c’est tout ce que j’ai.

Mille et une pensées (2005)

Dans les cimetières, les saules pleurent plus longtemps que les familles.

Mille et une pensées (2005)

Le danger de mourir trop longtemps après avoir arrêté ses activités professionnelles: on rate sa sortie.

Mille et une pensées (2005)

L’honnête homme du XXIe siècle accueillera la mort d’un front serein, fier de se sacrifier pour que l’on n’atteigne pas le seuil de saturation aux péages, dans les universités et sur les plages.

Mille et une pensées (2005)

Il y aurait un moyen pour simplifier les successions, supprimer les guerres familiales autour des cercueils et augmenter le chagrin des survivants: autoriser les défunts à emporter tout leur argent dans l’au-delà.

Mille et une pensées (2005)

J’aurais passé ma vie à me démolir moi-même pour essayer de me construire. En fait, je ne suis jamais parvenu qu’à déplacer quelques cloisons à l’intérieur.

Mille et une pensées (2005)

Je ne suis pas un juste. Je suis un peu juste.

Mille et une pensées (2005)

Il m’a fallu plus de temps qu’à ceux qui m’enviaient pour m’habituer aux signes extérieurs d’une certaine aisance. J’en ai eu honte jusqu’à ce que l’âge les justifie davantage que la réussite.

Mille et une pensées (2005)

Je ne comprends rien au présent sinon qu’en une décennie, il nous aura éloignés définitivement de tous les millénaires passés.

Mille et une pensées (2005)

J’ai peu d’idées et pas énormément de convictions. La nécessité professionnelle d’en étaler dix fois plus que je n’en possède me place en état de faillite intellectuelle.

Mille et une pensées (2005)

A trente ans, j’étais persuadé de faire une carrière littéraire et de mourir jeune. J’aurais tout raté.

Mille et une pensées (2005)

Il y a certains honneurs que j’ai envie d’avoir seulement pour qu’on ne me demande plus pourquoi je ne les ai pas.

Mille et une pensées (2005)

J’ai résolu voilà longtemps d’admirer des gens qui n’avaient rien d’admirable afin de conserver toute mon humilité.

Mille et une pensées (2005)

J’ai parfois des bouffées d’immodestie que, par modestie, je me dois de signaler.

Mille et une pensées (2005)

Ma chance: la plupart des humoristes sont morts.

Mille et une pensées (2005)

Dieu aime-t-il le sport? On peut se poser la question en voyant tant de surhommes éclopés dans les coulisses des stades alors que des millions d’avortons maigrelets se rendent sans histoire au boulot.

Mille et une pensées (2005)

L’explication de mon anticléricarisme primaire remonte à l’enfance: j’ai été moins touché par Dieu que par ses prêtres.

Mille et une pensées (2005)

J’aime à croire que si le Créateur avait disposé de plus d’une semaine pour mener à terme son grand oeuvre, il aurait pu doter l’être humain d’un sexe n’ayant pas d’autre emploi…

Mille et une pensées (2005)

L’homme se donne l’illusion d’être un démiurge en créant de petites fatalités à sa mesure. Par exemple, sous la forme d’horaires ferroviaires. Mais le subterfuge trompe davantage les chefs de gare que les théologiens.

Mille et une pensées (2005)

Dieu n’existe pas mais il faut faire semblant d’y croire car ça Lui fait très plaisir.

Mille et une pensées (2005)

Et si le bourgeois enrichi était plus nocif que l’uranium appauvri?

Mille et une pensées (2005)

Question de confiance à propos de la Turquie: faut-il offrir des sièges à Strasbourg à des gens qui n’ont pas été capables d’en doter leurs propres commodités?

Mille et une pensées (2005)

Qu’attend le législateur pour interdire de déposer articles et photos sur les tombes fraîchement creusées et pour instituer une sauvegarde de la mort intime au-delà de la protection de la vie privée?

Mille et une pensées (2005)

Les pèlerins sont arrivés à Fatima sur les genoux. Pourquoi pas à cloche-pied? Est-ce que Dieu exige vraiment des hommes, comme diverses religions semblent l’affirmer, qu’ils se privent de tous les membres dont Il les a dotés?

Mille et une pensées (2005)

Et si le succès croissant de l’homosexualité venait (aussi) de la certitude que ses pratiquants éprouvent de rompre, par définition, avec le comportement de leurs ascendants?

Mille et une pensées (2005)

Renaud enregistre un disque dans les tinettes de son appartement: il y a des chanteurs de commodités comme il y a des magistrats du siège.

Mille et une pensées (2005)

Ah! l’étonnement de la bactérie qui, soudainement réveillée après deux cent cinquante millions d’années de léthargie, découvre les changements de sens unique dans le centre de Paris…

Mille et une pensées (2005)

Le progrès social ne suscitera l’unanimité que le jour où il remplira les poches vides sans dégonfler les poches pleines.

Mille et une pensées (2005)

Si Dieu existe, Il doit être conscient de son problème d’image. Qu’Il décide enfin de m’illuminer et je Lui promets plusieurs pages dans mon prochain livre.

Mille et une pensées (2005)

Le jour même où le décret d’application précisait dans les colonnes du Journal officiel les modalités d’appréciation concernant les signes religieux ostentatoires, le Soleil est apparu voilé.

Mille et une pensées (2005)

Les petites superstitions auxquelles on sacrifie jusqu’à en être totalement dépendant permettent de mieux comprendre le mécanisme des grandes religions.

Mille et une pensées (2005)

La religion est un tranquillisant métaphysique fabriqué par les laboratoires du culte, médicament assez puissant pour faire croire,contre toute évidence, à des gens qui vont perdre la vie qu’ils ne seront pas ensuite complètement morts.

Mille et une pensées (2005)

Prudent et avisé, le Créateur du système solaire a placé le chauffage et le luminaire à cent cinquante millions de kilomètres de notre vieille planète. S’Il s’était trompé dans ses calculs, combien dénombrerait-on de cancers de la peau?

Mille et une pensées (2005)

Résumer la parole divine à l’interdiction de tout ce que le Créateur a créé ne constitue-t-il pas un sacrilège?

Mille et une pensées (2005)

Je ne crois pas en Dieu par humilité: l’homme ne saurait comprendre, analyser et encore moins codifier le divin.

Mille et une pensées (2005)

Qui dira la fierté de publier un bouquin sans que personne songe à vous demander si vous l’avez écrit tout seul?

Mille et une pensées (2005)

Pourquoi sur les long-courriers s’obstine-t-on à distribuer des gilets de sauvetage plutôt que des parachutes?

Mille et une pensées (2005)

Devait-on libérer Papon? Mesrine a-t-il été abattu sans sommations? Chez nous, on se préoccupe plus longtemps du sort des bourreaux qu’on ne s’apitoie sur celui des victimes.

Mille et une pensées (2005)

Huit cents euros d’amende pour «l’entartage» d’un homme politique. Si ce petit plaisir ne coûte pas plus cher, pourquoi s’en priverait-on?

Mille et une pensées (2005)

Kit et bricolage: faut-il faire soi-même ce qu’on fait moins bien que les autres?

Mille et une pensées (2005)

Des nouveau-nés annoncés comme pesant 3,6 kilos, des champions sélectionnés dans les moins de 60 kilos ou parmi les plus de 100 kilos: quand cessera-t-on d’étalonner les êtres humains comme des animaux de boucherie?

Mille et une pensées (2005)

Qui dira la pusillanimité de ces responsables qui, à la radio, à la télévision ou dans l’arène politique, s’affirment porteurs de grands projets et qui, dans l’exposé des motifs, usent et abusent de l’expression «un petit peu»?

Mille et une pensées (2005)

Est-il normal que les médecins s’occupent avec plus de célérité des défunts qui n’ont plus rien à espérer que des vivants qui ambitionnent de le demeurer?

Mille et une pensées (2005)

Que serait la culture sans la liberté de la refuser ou sans la possibilité de n’en consommer que selon ses appétits? Une contrainte de plus, héritée de l’enfance.

Mille et une pensées (2005)

Qui dira la tristesse des secrétaires de rédaction sommés de faire composer en très gros caractères des noms de confrères au talent très mince?

Mille et une pensées (2005)

Comment M. Poutine peut-il passer pour volontariste alors que la nature lui a refusé un menton?

Mille et une pensées (2005)

Aucun mot n’est plus choquant que le verbe déniaiser dans son acception sexuelle: est-ce qu’on est plus idiot parce qu’on est vierge?

Mille et une pensées (2005)

Les chais sont-ils si mal entretenus que les oenologues puissent déceler dans certains crus des goûts de banane, d’ananas ou de cerise confite?

Mille et une pensées (2005)

Pourquoi, alors que la presse sportive ne manque jamais de signaler l’entorse des sportifs, la presse littéraire passe-t-elle complètement sous silence la crampe des écrivains?

Mille et une pensées (2005)

Pour soi-disant satisfaire aux exigences de la communication, on sexhibe lorsqu’on s’embrasse et l’on ne se cache plus quand on se caresse. La jouissance serait-elle fonction du nombre de gens qui la connaissent?

Mille et une pensées (2005)

Qui osera déplorer la disparition des «idées générales», cette providence des autodidactes non spécialisés qui permet de parler de tout sans connaître rien? Personne, puisque cette constatation désabusée constitue la dernière des idées générales…

Mille et une pensées (2005)

Et s’il existait autant de sortes de silences qu’il y a d’espèces de conversations?

Mille et une pensées (2005)

Et si l’essentiel de l’exercice gouvernemental ne consistait plus qu’à faire la charité à ceux que l’on a condamnés à la mendicité?

Mille et une pensées (2005)

Dans quelle bulle administrative gonflée par le farniente du week-end les technocrates des Ponts et Chaussées et les ingénieurs de la météo nationale vivent-ils pour se déclarer «surpris» par la neige en plein hiver?

Mille et une pensées (2005)

Pourquoi utiliser des urnes transparentes lorsqu’il s’agit de donner leur chance à des candidats opaques?

Mille et une pensées (2005)

Quel mérite un politicien a-t-il de se situer à gauche lorsque la gauche lui apporte – via le pouvoir – toutes les conditions de vie (palais, limousines, domesticité) des grossiums de la droite?

Mille et une pensées (2005)

Pourquoi fait-on de la musique pour la fête de la Musique alors qu’on ne travaille pas pour la fête du Travail?

Mille et une pensées (2005)

Comment peut-on déplorer à la fois la surpopulation carcérale et la multiplication des évasions?

Mille et une pensées (2005)

Par quel miracle et par quelle aberration un visage humain donne-t-il l’impression de la beauté alors qu’il s’agit d’une façade trouée d’orifices utilitaires?

Mille et une pensées (2005)

En politique, j’ai accédé au stade jubilatoire de la désillusion.

Mille et une pensées (2005)

On ne soulignera pas assez combien les dimanches sont plus tranquilles sous les dictatures où l’on ne vote pas.

Mille et une pensées (2005)

Les cotes d’amour sont à la politique ce que les cours de la Bourse sont à l’économie: des indications de tendances contredisant les mouvements de la veille et incapables de laisser prévoir les fluctuations du lendemain.

Mille et une pensées (2005)

La politique, chez nous, souffre de passionner davantage les journalistes spécialisés que les électeurs.

Mille et une pensées (2005)

Le panorama politique n’offre, à perte de vue, que des combats sans gloire, où chacun ne monte en ligne que sous son propre drapeau et s’attaque moins à des abus qu’à des concurrents.

Mille et une pensées (2005)

Soixante ans: l’âge du pouvoir. Si on ne l’a pas soi-même, on tutoie les gens qui l’ont. Cela console.

Mille et une pensées (2005)

Et si l’orgueil de ceux qui prétendent se passer de décorations était plus grand que la vanité de ceux qui font tout pour les obtenir?

Mille et une pensées (2005)

Un homme, qui résiste à l’envie de frapper plus faible que lui, est-il vraiment un homme?

Mille et une pensées (2005)

Qui fustigera l’infantilisation du public prié de ne manifester son adhésion à de beaux spectacles ou à de grandes idées qu’en frappant sommairement une main contre l’autre?

Mille et une pensées (2005)

Les faiblesses de la chair constituent la dernière repentance en date d’un clergé qui n’en est pas dispensé. Faudra-t-il, un jour, remplacer la soutane par une camisole chimique?

Mille et une pensées (2005)

Qu’attend-on pour accorder la carte de VRP aux représentants des dynasties royales écartées qui, au lendemain de chaque révolution, frappent à la porte de leur pays natal en demandant: «Vous n’avez besoin de rien?»

Mille et une pensées (2005)

Le Français civilisé doit acheter une auto par civisme et ne pas s’en servir pour la même raison. Mais à quoi bon multiplier les ronds-points giratoires si personne ne roule plus autour?

Mille et une pensées (2005)

Et si l’homme ne faisait la guerre que pour affirmer une aptitude à fabriquer du malheur qui l’apparente aux forces les plus sauvages du cosmos?

Mille et une pensées (2005)

Comment expliquer aux contemporains éminents qui, ayant toutes les raisons de se prendre au sérieux, succombent à la tentation pontifiante, qu’une autodistanciation amusée – même feinte – ajouterait à leur gloire?

Mille et une pensées (2005)

Qu’attend-on pour interdire la procréation des «vrais jumeaux». N’est-ce pas une forme – particulièrement efficace et sournoise – de clonage?

Mille et une pensées (2005)

Qui pourrait encore douter que le mariage prélude à un conflit armé, en voyant l’accoutrement guerrier des rois et des princes, acteurs ou témoins d’une cérémonie d’épousailles?

Mille et une pensées (2005)

J’imagine déjà la prochaine campagne électorale: le PNR (Parti non réformiste) ratissant large avec son slogan «Changez de têtes pour que rien ne change».

Mille et une pensées (2005)

Comme j’aimerais les gens de gauche s’il ne succombaient pas autant au racisme antidroite!

Mille et une pensées (2005)

La politique est une activité clanique en même temps qu’une compétition permanente d’ambitions personnelles sublimées au nom de l’intérêt général.

Mille et une pensées (2005)

Aujourd’hui, un ministre est réputé courageux quand il s’est résolu à faire le bonheur des gens contre leur volonté.

Mille et une pensées (2005)

Un politicien est un citoyen auquel les autres citoyens accordent un statut privilégié afin qu’il puisse régler les problèmes qu’il ne connaît plus personnellement.

Mille et une pensées (2005)

Sans doute en est-il des médicaments comme des politiciens: si on appliquait avec rigueur la règle de l’efficacité, il faudrait fermer la moitié des pharmacies et la totalité des assemblées parlementaires.

Mille et une pensées (2005)

On peut se demander si le manque d’appétence des électeurs pour les urnes ne résulte pas de la publication des sondages annonçant que les carottes sont cuites plusieurs semaines avant qu’on passe à table.

Mille et une pensées (2005)

Grâce aux incessants changements d’intitulé des ministères, un remaniement gouvernemental qui attriste souvent quelques politiciens fait toujours le bonheur des imprimeurs.

Mille et une pensées (2005)

Aujourd’hui, il est plus gratifiant d’être prince que ministre: on n’a pas eu à intriguer pour le devenir et ça dure plus longtemps.

Mille et une pensées (2005)

Dans le cirque médiatique où les politiciens sourient continuellement alors que tout va mal, on en arrive à apprécier la dignité lugubre des syndicalistes qui, quoi qu’on leur accorde, tirent toujours la gueule…

Mille et une pensées (2005)

Il y a des moments où il paraît infiniment plus confortable d’être la quarante et une millionième partie de l’électorat que la trente-huitième fraction du gouvernement.

Mille et une pensées (2005)

J’aime les idées de gauche et les tribuns de droite. Je suis donc condamné à n’être jamais politiquement heureux.

Mille et une pensées (2005)

La double malédiction du pouvoir tient à ce que, pendant son exercice, on n’a pas tous les pouvoirs et à ce que son abandon ne confère pas le pouvoir de s’en passer.

Mille et une pensées (2005)

La performance des politiciens accourus sur le lieu d’une catastrophe naturelle: tirer à eux la couverture qu’ils font semblant de tendre aux sinistrés.

Mille et une pensées (2005)

Au-delà d’une certaine réussite politique, artistique ou financière, non seulement la société ne fait plus de cadeaux, mais encore elle essaie de récupérer ce qu’elle a offert.

Mille et une pensées (2005)

Chez nous, on ne gagne plus une élection sur un bilan. Mais par des promesses. Autrement dit, ce qu’on veut faire et qu’on ne fera sans doute pas afin de laisser du grain à moudre à ses successeurs l’emporte haut les suffrages sur ce qu’on a fait.

Mille et une pensées (2005)

Cellule: assurance de compagnie au début d’une carrière politique; garantie de solitude vers la fin.

Mille et une pensées (2005)

La démagogie: cracher sur ce qui vous fait saliver.

Mille et une pensées (2005)

Un leader de l’opposition réclame «le droit d’être lui-même». C’est le souhait de tous ceux qui regrettent de n’être pas quelqu’un d’autre.

Mille et une pensées (2005)

A chaque disparition ministérielle, ce sont les archives qu’on incinère.

Mille et une pensées (2005)

L’extrême fragilité des hommes politiques: ils s’ennuient à mourir dès qu’ils ne peuvent plus s’écouter parler.

Mille et une pensées (2005)

La conjoncture: ce «pas de chance» des dirigeants de haut niveau.

Mille et une pensées (2005)

Il faut croire que, en France, la taille moyenne des hommes politiques est supérieure à celle des électeurs puisqu’ils sont les seuls à apercevoir le bout du tunnel.

Mille et une pensées (2005)

En politique, la durée d’une traversée du désert est laissée à l’initiative des chameaux.

Mille et une pensées (2005)

Cotation en Bourse: possibilité de vendre à des gens qu’on ne connaît pas un produit qu’ils ignorent.

Mille et une pensées (2005)

C’est un spectacle dont on ne se lasse pas que celui de voir des élus, qui ne seront sans doute plus là pour qu’on les remercie, promettre le bonheur à des électeurs qui ne seront peut-être plus là pour en profiter.

Mille et une pensées (2005)

Etrange et discutable institution que celle des impôts dont une bonne partie s’égare entre deux poches lorsqu’ils ne coûtent pas plus à recouvrer qu’ils ne rapportent.

Mille et une pensées (2005)

Le soulagement de la misère est au prix du maintien des classes aisées. On voit rarement les mendiants se faire la charité entre eux.

Mille et une pensées (2005)

Les historiens du XXe siècle noteront sans doute plus tard que c’est à l’époque où la sidérurgie connut ses difficultés majeures que les industries ont opéré le plus de fusions.

Mille et une pensées (2005)

Le permis à points est une jolie trouvaille puisqu’il propose un crédit d’imprudences à des gens qui n’ont souvent plus un franc à la banque.

Mille et une pensées (2005)

Trois longs mois pour établir que le pétrole de l’Erika était cancérigène. On tremble rétrospectivement pour les ministres qui, inconscients du danger, ont serré la main des nettoyeurs bénévoles.

Mille et une pensées (2005)

En politique, l’avenir appartient à ceux qui oublient leur passé et ne se soucient pas du présent.

Mille et une pensées (2005)

Ah! l’onction du suffrage universel, ce sacrement démocratique administré par les fidèles de l’isoloir aux chanoines de la République.

Mille et une pensées (2005)

Ce n’est pas la vertu qui manque à la classe dirigeante, souvent compromise dans de sordides affaires, c’est la fortune personnelle.

Mille et une pensées (2005)

Il en est de la séduction des peuples comme de celle des femmes: c’est en racontant n’importe quoi qu’on fait le plus de conquêtes.

Mille et une pensées (2005)

L’avenir, comme l’a dit le poète, n’appartient à personne et surtout pas aux élus dont les mandats durent toujours moins longtemps que les problèmes des électeurs.

Mille et une pensées (2005)

Désormais, ce sont les contribuables qui, au nom de la démocratie participative, doivent subventionner les mouvements politiques. On finira par regretter l’époque où des prospères promoteurs immobiliers crachaient seuls au bassinet.

Mille et une pensées (2005)

En vacances, l’élu important doit jouer au tarot avec sa famille, au tennis avec ses gardes du corps et à cache-cache avec les journalistes qui ont sacrifié leurs congés pour décrire les siens.

Mille et une pensées (2005)

Le combat politique récompense surtout l’opportunisme rebaptisé courage quand les professionnels du suffrage universel savent attendre longtemps.

Mille et une pensées (2005)

Egalité des chances: formule par laquelle un tribun installé gratuitement dans un palais national promet aux citoyens l’accès payant aux HLM.

Mille et une pensées (2005)

Dans les entreprises, il existe trois sexes: hommes, femmes et dirigeants de très haut niveau.

Mille et une pensées (2005)

Les affaires d’abus de biens sociaux: on ne divise plus pour régner, on additionne pour nuire.

Mille et une pensées (2005)

Il ne faut plus de courage pour travailler davantage que les autres que si l’on n’est pas plus courageux qu’eux.

Mille et une pensées (2005)

On appelle cadres les gens dont la peau du ventre se tend après les repas.

Mille et une pensées (2005)

Les trois quarts de ce qu’on appelle réussite professionnelle et sociale tiennent à la main basse réalisée sur un bon maillon – généralement superflu – de la chaîne allant de la production à la consommation.

Mille et une pensées (2005)

L’emploi fictif permet aux travailleurs effectifs d’idéaliser des collègues ou des supérieurs qu’ils ne rencontreront jamais.

Mille et une pensées (2005)

Une vérité sociale que personne n’a osé évoquer au procès d’Alain Juppé: un emploi fictif, c’est un chômeur de moins.

Mille et une pensées (2005)

Il faut être vraiment attardé pour s’obstiner à croire aux vertus du travail dans une société où l’effort non sportif a perdu toute noblesse.

Mille et une pensées (2005)

Le bon côté du surmenage chronique: on n’a jamais à tuer le temps.

Mille et une pensées (2005)

La mort professionnelle est assez jouissive. Elle permet de voir par qui on est tué.

Mille et une pensées (2005)

Les rares jeunes qui cèdent encore leur place assise aux vieux, dans les transports en commun, attendent d’eux en contrepartie qu’ils leur donnent leur chaise au bureau.

Mille et une pensées (2005)

Le courage au travail constitue-t-il une vraie vertu civique alors qu’il crée davantage d’inégalités?

Mille et une pensées (2005)

La réunion, forme professionnelle de la démocratie participative, est conçue pour accorder la prise de parole à tous ceux auxquels on refusera ensuite l’accès à la décision.

Mille et une pensées (2005)

Les patrons sont tellement antipathiques que sans les salaires qu’ils versent, personne ne voudrait plus travailler pour eux depuis longtemps.

Mille et une pensées (2005)

Dans notre société où la prudence encourage le laxisme, où la législation incite à la paresse et où la grève est tenue pour une forme majeure d’expression, il n’y aura bientôt plus que le bois pour travailler quoi qu’il arrive…

Mille et une pensées (2005)

Le strip-tease continue: après l’abandon de la cravate, du veston, souvent de la chemise, les chaussettes disparaissent à leur tour. Le string suffira-t-il à faire vivre notre industrie textile?

Mille et une pensées (2005)

Travaille qui veut. Travaille qui peut. Travaille qui ne sera pas remplacé par un robot. Travaille qui ne pense pas à ses impôts.

Mille et une pensées (2005)

La diminution croissante de la durée du travail finira par donner un caractère fictif à la plupart des emplois.

Mille et une pensées (2005)

Je ne suis pas méritant selon l’acception moderne du mot. Je n’ai jamais fait grève. Jamais défilé. Jamais signé une pétition, sauf une fois pour joindre mon paraphe à ceux d’hurluberlus s’insurgent contre la prolifération des pétitions.

Mille et une pensées (2005)

A l’heure des bilans de manifestations, il faut que les organisateurs renoncent à comptabiliser dans leurs troupes les milliers de policiers chargés de les surveiller.

Mille et une pensées (2005)

La vie quotidienne d’un professeur dans une banlieue difficile: le matin, il part enseigner, le soir, il revient en saignant.

Mille et une pensées (2005)

Un bon médecin est celui qui, dans sa clientèle, compte plus de survivants que de morts. Mais il existe une tolérance en gériatrie.

Mille et une pensées (2005)

Qui pourrait nier que la France soit devenue une nation d’assistés? Les plus humbles ne vivent que grâce aux aides de la collectivité; les plus nantis ne savent plus ouvrir ou fermer eux-mêmes la portière de leur voiture.

Mille et une pensées (2005)

Des savants viennent enfin de découvrir les mécanismes du cancer: l’intelligence de l’homme en compétition avec la malignité des tumeurs.

Mille et une pensées (2005)

L’échec des plus intelligents doit toujours inquiéter ceux auxquels la nature et les grandes écoles n’ont pas offert le même poids de matière grise.

Mille et une pensées (2005)

Au train démographique à bord duquel nous sommes embarqués, on peut imaginer les grandes vacances en 2050: dix millions d’enfants qui n’auront pas trouvé de place dans une crèche ne trouveront pas davantage de place sur une plage.

Mille et une pensées (2005)

Si j’étais marchand de cravates, je demanderais à un ami fabricant de gants d’utiliser ses loisirs forcés pour m’aider à me pendre avec la plus solide de mes invendues.

Mille et une pensées (2005)

Je me sens jeune de mon ignorance crasse et miraculeusement préservé de la maturité sclérosante par tout ce que j’ai refusé de comprendre.

Mille et une pensées (2005)

Un homme qui dit «mon usine» a toutes les chances d’être un ouvrier. Un homme qui dit «mes usines» est forcément un patron.

Mille et une pensées (2005)

Dans les rues, je suis fasciné par tous ces bipèdes qui tiennent miraculeusement debout en gardant leur équilibre sans jamais céder à la facilité de se déplacer à quatre pattes.

Mille et une pensées (2005)

Les pompiers se battent avec les policiers. Pas rassurant pour les citoyens si facilement apeurés qui n’ont d’autre recours que de composer le 17 et le 18.

Mille et une pensées (2005)

Si j’étais un grand médecin, célèbre et couvert d’honneurs, je ne pénétrerais jamais dans un cimétière où sont enterrés des enfants sans mettre mes décorations dans ma poche.

Mille et une pensées (2005)

Une phrase que, inexplicablement, on n’entend jamais dans une chambre d’hôpital ou dans une cabine d’avion:- Chut! il dort…

Mille et une pensées (2005)

Comment notre époque et ceux qui la vivent ne seraient-ils pas frappés d’égoïsme alors que les trois quarts du commerce de détail et la totalité des activités de survie les encouragent à s’occuper de leur petite personne?

Mille et une pensées (2005)

Ce qu’il y a de plus douloureux dans la dentisterie moderne, c’est la facture, toujours présentée sans anesthésie.

Mille et une pensées (2005)

Un étranger obtient plus facilement des «papiers» s’il plonge dans une piscine plutôt que dans un évier.

Mille et une pensées (2005)

Je crois avoir enfin compris pourquoi les maigres suscitaient moins de familiarité: on ne peut pas leur taper sur le ventre.

Mille et une pensées (2005)

L’hôpital était si mal tenu que les morts de septicémie repartaient avec le choléra…

Mille et une pensées (2005)

Le protocole compassionnel consiste, comme son nom l’indique, à tracer un cercle médiatique autour d’un point douloureux.

Mille et une pensées (2005)

La preuve que l’homme ne doit pas être assimilé à un yaourt dont la carrière est limitée par les dates de péremption, c’est que parfois ce sont les professionnels les moins frais qui sont les plus demandés…

Mille et une pensées (2005)

Le principal progrès de la psychiatrie a consisté à faire endosser une blouse blanche aux soignants menacés d’aliénation.

Mille et une pensées (2005)

En France, deux comportements vous éloignent davantage des honneurs officiels que la malhonnêteté et l’incompétence: l’anticléricalisme et la gaieté.

Mille et une pensées (2005)

Ah l’angoisse des bien portants qui ignorent encore la nature du mal qui les fera trépasser.

Mille et une pensées (2005)

Sans les retards de mes contemporains aux rendez-vous qu’ils m’avaient fixés, j’aurais eu moins de temps pour réfléchir à ce que j’avais à leur dire.

Mille et une pensées (2005)

Le syndicaliste avait les mains moites: le serrement du jus de paume.

Mille et une pensées (2005)

Les gendarmes sont des notables dans les villages et des épouvantails au bord des routes.

Mille et une pensées (2005)

Un grand groupe pharmaceutique implante une unité de fabrication de produits anticancéreux à Lourdes. En raison, paraît-il, de la qualité de l’eau. Deux précautions valent mieux qu’une.

Mille et une pensées (2005)

S’il n’existait la fidélité pour les départager on aurait aujourd’hui bien de la peine à distinguer un homme d’un chien: ils dissimulent tous les deux leurs traits sous les poils.

Mille et une pensées (2005)

Les professeurs de marketing devraient enseigner le danger de crier trop fort «Vous allez voir ce que vous allez voir» dans une société de m’as-tu-vu.

Mille et une pensées (2005)

Plus on se regarde le nombril, plus on a mal au ventre.

Mille et une pensées (2005)

Le barbu aime la terre mouillée et la guitare sèche, les parnassiens et les Montparnos, les alcools forts et les faibles femmes. Il n’ignore pas que sa bouche appellera moins le baiser. Mais il passe outre, courageusement.

Mille et une pensées (2005)

Si la marche constitue le plus sûr moyen de garder la forme, sans doute faut-il encourager davantage les défilés pédestres de mécontents et les grèves des transports en commun qui lubrifient les organismes à l’huile de mollet.

Mille et une pensées (2005)

Les ultimes chances de réconciliation et d’harmonie sociales reposent sur ceux qui n’entendent plus et sur ceux qui ne se souviennent pas.

Mille et une pensées (2005)

L’imagerie médicale a remplacé les images d’Epinal. Le mystère subsiste souvent mais les héros ont moins bonne mine.

Mille et une pensées (2005)

Puisque nous ne pouvons rien changer au principal, soignons l’accessoire.

Mille et une pensées (2005)

La pub est devenue folle et impudique. Comme elle n’ose plus annoncer clairement la couleur de ce qu’elle souhaite vendre, elle use et elle abuse des femmes dénudées – et peut-être battues – mariées de force à des produits de luxe.

Mille et une pensées (2005)

Ah! l’inaltérable bonne conscience des professionnels de l’altruisme qui se font prendre en charge par les autres…

Mille et une pensées (2005)

Pourquoi les coupeurs de cheveux tiennent-ils aujourd’hui le haut du pavé? Sans doute parce qu’ils ont eu l’astuce de faire répertorier parmi les beaux-arts l’ordonnancement du système pileux supérieur.

Mille et une pensées (2005)

Sur les paquets de cigarettes désormais endeuillés comme des faire-part, je propose qu’on ajoute aux menaces de mort cette mention mi-sanitaire mi-humoristique: «Ne faites pas profiter vos voisins d’une fumée qu’ils n’ont pas payée.»

Mille et une pensées (2005)

La seule réussite non suspecte aujourd’hui: celle qui s’effectuerait sans aucun contact humain et sans aucun capital de sympathie. Celle d’un gardien de phare par exemple…

Mille et une pensées (2005)

La nécessité croissante d’occuper artificiellement les gens pendant leurs loisirs atteste leur inutilité sur Terre dès lors qu’ils n’ont plus d’activité professionnelle ou associative.

Mille et une pensées (2005)

Il était vraiment génial le monarque qui, le premier, pressentit que le passé d’un homme devait se lire sur sa boutonnière.

Mille et une pensées (2005)

Depuis quarante ans, le vocabulaire sert de pommade à nos plaies de société.

Mille et une pensées (2005)

Les souris ne connaissent pas leur bonheur qui bénéficient des nouveaux médicaments aux effets miraculeux cinq années avant les hommes.

Mille et une pensées (2005)

Dans la vie, il faut avoir un bon dentiste car, ou bien l’on est un raté et l’on doit sourire à ceux dont on sollicite l’aide, ou bien l’on a réussi et il convient de se montrer encore plus aimable pour se faire pardonner de n’avoir pas échoué.

Mille et une pensées (2005)

La foule: tous ces visages inconnus et pourtant déjà mille fois vus. Comme s’il n’existait pas plus de variétés dans les morphologies que dans les caractères…

Mille et une pensées (2005)

Quand on est à l’heure, on perd énormément de temps à attendre les gens qui ne le sont pas. Et lorsqu’ils arrivent enfin, on ne récupère que les quelques secondes qu’ils économisent en s’abstenant de tout regret.

Mille et une pensées (2005)

Quelle que soit la couleur de notre peau, nous possédons le même nombre d’orifices naturels grâce auxquels nous remplissons et nous vidons nos corps de la même façon.

Mille et une pensées (2005)

La maladie est moins cruelle que les hommes puisqu’elle s’abstient de tuer les gens en pleine santé.

Mille et une pensées (2005)

Aussi rien ne me consterne-t-il davantage que l’usage persistant de l’expression «femme du peuple», méprisant symbole de la fatalité d’une certaine médiocrité.

Mille et une pensées (2005)

Image choc à la télé pour illustrer la lutte renforcée contre les maladies nosocomiales: deux infirmières en train de se savonner vigoureusement les mains. Ce n’était donc pas plus compliqué?

Mille et une pensées (2005)

Présentation de l’addition au restaurant: moment où celui qui va payer se renfrogn,e tandis que ceux qui ne paieront pas regardent ailleurs.

Mille et une pensées (2005)

En sept mots comme en cent la lutte des classes manque de classe.

Mille et une pensées (2005)

La principale différence entre les humains et les bovins est que, s’il existe des bipèdes vétérinaires, il n’y a pas de vache médecin.

Mille et une pensées (2005)

A force de stocker tout dans les ordinateurs on n’aura bientôt plus rien dans la tête.

Mille et une pensées (2005)

La «charte du controlé» est au contribuable honnête ce que le manuel du secouriste est à un guillotiné.

Mille et une pensées (2005)

Que de scandales découverts par la police et sanctionnés par la justice grâce à des dénonciations dues à des personnes «extérieures au dossier», c’est-à-dire animées par l’ambition d’assainir la société ou par le désir de nuire à des contemporains.

Mille et une pensées (2005)

Quand rien ne va plus dans un pays, les citoyens marchent pour signifier paradoxalement qu’il n’iront pas plus loin.

Mille et une pensées (2005)

Bonne idée que celle de supprimer quelques dates d’un calendrier festif surchargé. Et pas seulement pour réactiver la productivité nationale. Mais aussi parce qu’il est cruel de célébrer deux fois par an la déroute de gens qui sont devenus nos amis.

Mille et une pensées (2005)

La tendance est au manque de rigueur rigoureusement ordonné: vêtements vendus froissés et bien décidés à le demeurer; chevelures ébouriffées sans qu’on puisse démêler la part du coiffeur et celle du vent.

Mille et une pensées (2005)

Je suis de ceux qui admirent que, après les quarante rois qui ont fait (et défait) la France, le régime de la démocratie ait enfin offert la souveraineté au peuple.

Mille et une pensées (2005)

La nature fait bien les choses qui loge à somptueuse enseigne les cerveaux supérieurs à la moyenne alors qu’elle réduit à la portion congrue, entre cheveux et sourcils, l’espace dévolu à d’autres.

Mille et une pensées (2005)

L’école doit être utile aux élèves. Et pas seulement aux professeurs qui savent déjà tout et qui ont une bonne situation…

Mille et une pensées (2005)

Délations, confessions impudiques, rumeurs en tous genres: on se demande pourquoi l’Etat entretient encore plusieurs polices et des renseignements généraux. Les braves gens suffisent à la tâche…

Mille et une pensées (2005)

La fête des Voisins a été un succès. Des millions de braves gens ont trinqué dans la cour des immeubles avec les quidams qu’ils snobent généralement dans les escaliers. Après quoi, l’indifférence est repartie pour un tour de douze mois.

Mille et une pensées (2005)

Qu’on cesse de nous bassiner avec les cités et les banlieues difficiles. Le diable recrute désormais partout. Et dans les beaux quartiers, il n’a aucun argument sociologique.

Mille et une pensées (2005)

Le principal inconvénient de la science: elle empêche de rêver.

Mille et une pensées (2005)

Plus de trois quarts des décès en Europe occidentale surviennent en milieu hospitalier. Evitons l’hôpital. Et l’Europe occidentale.

Mille et une pensées (2005)

Ce n’est pas le mariage homo qui choque mais la parodie, le simulacre. C’est la couronne d’oranger de la mariée qui, parfois, semble de trop, même s’agissant de privilégiés qui ont trouvé leur moitié d’orange comme disait le cher Jean-Louis Bory.

Mille et une pensées (2005)

Les inégalités culminent avec le superflu.

Mille et une pensées (2005)

Quand les châteaux d’eau se substituent aux châteaux forts, le touriste doit passer son chemin.

Mille et une pensées (2005)

Certains contemporains n’existent socialement, psychologiquement, intellectuellement, affectivement, que grâce aux maladies qu’ils ont eues, qu’ils ont ou qu’ils croient avoir.

Mille et une pensées (2005)

Les voyages qui formaient naguère la jeunesse édifient désormais les réputations. Dis-moi où tu traînes tes tongs et je te dirai qui tu es.

Mille et une pensées (2005)

Deux homicides de femme sur trois sont imputables au mari ou au compagnon de la victime. Si l’on ne voit que le bon côté des choses, on peut considérer que les crimes de rôdeurs ou d’amants de rencontre sont en nette diminution.

Mille et une pensées (2005)

L’immigration et la délocalisation sont les deux mamelles de la France moderne. D’un côté, les pauvres arrivent, de l’autre, les riches s’en vont.

Mille et une pensées (2005)

Grève des médecins appuyée par une grève des pharmaciens. Faut-il que les malades manquent d’esprit de solidarité pour s’obstiner à ne pas rejoindre le mouvement!…

Mille et une pensées (2005)

Le népotisme constitue la seule arme absolue contre le chômage de certains jeunes.

Mille et une pensées (2005)

Si un jour la délocalisation et la décentralisation réussissent à s’imposer, Rastignac devra s’en aller tenter sa chance en province.

Mille et une pensées (2005)

Le comptage des manifestants n’échappe à la polémique que le jour où c’est la police qui organise le défilé de ses propres mécontents.

Mille et une pensées (2005)

L’homme n’accédera à l’immortalité que l’orsqu’il aura fait comprendre aux virus et aux microbes que, en le tuant, ils détruisent leur propre hébergement.

Mille et une pensées (2005)

J’aime de moins en moins ces voitures auxquelles je suis de plus en plus attaché.

Mille et une pensées (2005)

Certes, les ennemis se recrutent souvent parmi les anciens amis. Mais l’amitié suscite plus de fidélités et provoque moins de dégâts – ceci devant expliquer cela – que l’amour.

Mille et une pensées (2005)

Situation privilégiée du littoral. Magie des côtes. La terre semble encore plus belle quand elle s’incline devant la suprématie de l’eau. Du moins quand il n’y a pas de raz de marée.

Mille et une pensées (2005)

En d’autres temps, on les appelait parasites ou fâcheux. Aujourd’hui, on les baptise ventilateurs parce qu’ils croient produire le vent de la mode alors qu’ils ne brassent que les flatulences de leur médiocrité.

Mille et une pensées (2005)

La fuite des cerveaux européens vers les Etats-Unis s’intensifie au point que certains hauts fonctionnaires de la communauté, encore présents physiquement à Bruxelles, semblent déjà vidés de leur matière grise.

Mille et une pensées (2005)

Le miracle ferroviaire: bien que les wagons soient deux fois plus larges que les rails, les convois ne s’accrochent jamais.

Mille et une pensées (2005)

Comment expliquer que, tandis que la Terre se réchauffe, mes pieds qui ne quittent pas la Terre se refroidissent? Sinon par un manque de concertation entre climatologues et podologues.

Mille et une pensées (2005)

Les ravages de la météo: le temps qu’il fait ou qu’il va faire est devenu plus important que les problèmes de notre temps.

Mille et une pensées (2005)

Le conducteur qui respecte les limitations routières est récompensé par le maintien de la valeur vénale de son véhicule puisque, au moment de le revendre, il peut arguer d’une dernière vitesse toute neuve.

Mille et une pensées (2005)

Ah! le sourire entendu du sourd qui veut indiquer qu’il s’intéresse à la conversation alors qu’il ne saisit pas un traître mot de ce qui se dit autour de lui…

Mille et une pensées (2005)

On a toujours la possibilité de se défendre contre la haine, la médisance, la jalousie. Mais on ne peut rien contre les bons sentiments.

Mille et une pensées (2005)

Les armes dites de dissuasion sont les moins coûteuses puisque, quand elles sont efficaces, on n’a pas à les utiliser et qu’elles peuvent donc resservir indéfiniment.

Mille et une pensées (2005)

Les idées sont plus dangereuses que les hommes. Hélas! les seconds se laissent manoeuvrer par les premières.

Mille et une pensées (2005)

Aujourd’hui, personne ne peut se hausser légèrement au-dessus des ses contemporains sans qu’on l’accuse de malhonnêteté, de compromissions ou – pire – d’utiliser des talonnettes.

Mille et une pensées (2005)

On est enfermé à perpétuité avec ses fantasmes comme les fous de l’Antiquité avec leurs serpents.

Mille et une pensées (2005)

Toutes les modesties sont fausses et suspectes puisqu’il suffit de se prétendre modeste pour cesser de l’être sur-le-champ.

Mille et une pensées (2005)

La perte progressive des valeurs morales fait de chacun d’entre nous un moraliste sans espoir de changer quoi que ce soit.

Mille et une pensées (2005)

Toute marque de confiance est une provocation d’autrui à la malhonnêteté.

Mille et une pensées (2005)

C’est une grande satisfaction que de ne devoir son aisance qu’à son courage. Encore faut-il accepter de rembourser sa dette tous les jours ouvrables et parfois les jours fériés.

Mille et une pensées (2005)

Triste à constater et nécessaire à remarquer: tout ce qui devrait adoucir les moeurs les exacerbe en réalité: la musique, les religions et le sport.

Mille et une pensées (2005)

Il existe des individus plus déséquilibrés que les prisonniers d’un vice: certains de ceux qui se donnent pour mission de l’éradiquer.

Mille et une pensées (2005)

La bonté consiste à ne pas se réjouir des malheurs d’autrui qui ne nous profitent pas.

Mille et une pensées (2005)

Ah! les inconscients qu’on avertit que le Soleil se rapproche dangereusement de la Terre et qui prennent le risque supplémentaire de hâter la rencontre en allant dans les pays où il rayonne un peu plus fort!…

Mille et une pensées (2005)

Le rot est la rediffusion de l’estomac.

Mille et une pensées (2005)

Les moralistes se retrouveront bientôt au chômage si les gouvernants continuent à ramener aussi fermement les citoyens sur le chemin de la vertu.

Mille et une pensées (2005)

La première supériorité des jeunes sur les moins jeunes réside dans le fait que, momentanément épargnés par l’amertume et l’aigreur, ils mordent dans l’avenir au lieu de remâcher le passé.

Mille et une pensées (2005)

Ne sous-estimons pas la qualité du silence qui suit le silence.

Mille et une pensées (2005)

Si on ne freine pas le mouvement antimoteur, la voiture qui conditionne aujourd’hui cinq millions d’emplois directs et induits ne tentera plus, dans dix ans, que les collectionneurs.

Mille et une pensées (2005)

Les roches de l’Estérel ressemblent de plus en plus aux bouclettes des vieilles Américaines: déjà rose pastel, elles sont désormais maintenues par des résilles.

Mille et une pensées (2005)

Si les Turcs font leur entrée dans l’Europe avant les Suisses, c’est que, contrairement à la justice et à la politique, il ne doit pas exister de diplomatie de proximité.

Mille et une pensées (2005)

J’ai cherché en vain sous la plume d’un confrère accrédité à l’Elysée la description du ravissement éprouvé par un oiseau mazouté qui voit soudain surgir à son chevet le président de la République.

Mille et une pensées (2005)

La plus belle preuve de confiance de l’homme dans l’homme: les petites routes où il risque le choc frontal à chaque tournant.

Mille et une pensées (2005)

Dans les universités, la dernière année de cours devrait être consacrée à apprendre à désapprendre. Car si la référence soutient le talent, c’est l’oubli qui fournit son terreau au génie.

Mille et une pensées (2005)

Les libertés auxquelles nous sommes attachés englobent aussi la liberté d’estimer qu’on vivrait moins longtemps si l’on était entièrement libre.

Mille et une pensées (2005)

Qu’attend-on pour créer une nouvelle compagnie de charters? Je pense à «Air Chagrin», spécialisée dans l’acheminement des familles endeuillées sur le lieu d’un crash. Avec distribution de «boîtes noires souvenirs» sur le vol du retour.

Mille et une pensées (2005)

Si l’on admet que les considérations météorologiques constituent un liant verbal indispensable à la constitution du lien social, on comprend mieux la signification de l’effet de serre (la main) qui intervient souvent en fin d’entretien climatique.

Mille et une pensées (2005)

La Lune et Mars sont comme les palais nationaux: il n’y a pas grand-chose à voir mais il faut s’y rendre de temps en temps pour vérifier qu’il ne se passe rien.

Mille et une pensées (2005)

Enfant, je rêvais d’être le maître du monde. Adolescent, j’ambitionnais de diriger mon pays. Aujourd’hui, je ne parviens même pas à faire la loi dans mon assemblée de copropriétaires.

Mille et une pensées (2005)

La paix ne sera pas facile à rétablir au XXIe siècle si l’on s’obstine à ne pas déclarer la guerre.

Mille et une pensées (2005)

Naguère, le collège était un établissement où les élèves dormaient le soir. Aujourd’hui, le collège unique est un lieu où les «apprenants» dorment pendant la journée.

Mille et une pensées (2005)

Quand on devient vieux, on ne change plus de lit mais de couche.

Mille et une pensées (2005)

Plus j’avance en âge, plus je me connais. Plus je me connais, moins je m’apprécie. Moins je m’apprécie, plus je me méfie de moi. Plus je me méfie de moi, moins je me méfie des autres. Cherchez l’imprudence.

Mille et une pensées (2005)

L’exception culturelle du grand âge: pouvoir décliner sans avoir appris le latin.

Mille et une pensées (2005)

Dans la vie, j’aurai tout pris au sérieux. Sauf la vie.

Mille et une pensées (2005)

Je prendrai la direction du cimetière avant d’avoir pu trouver le sens de la vie.

Mille et une pensées (2005)

A l’âge de la retraite, il faut choisir entre deux philosophies également frustrantes: assurer son confort sans avoir le temps d’en profiter vraiment ou disposer de confortables loisirs sans avoir les moyens de les financer.

Mille et une pensées (2005)

La moyenne d’âge est plus importante dans un couple que l’âge de chacun des deux partenaires.

Mille et une pensées (2005)

Rien n’agace plus les vieux que d’être appelés à leur survivre momentanément, ont l’air de se croire immortels.

Mille et une pensées (2005)

Personne n’aide jamais personne. Si l’on exclut certains maniaques qui ne ratent pas une agonie parce qu’ils trouvent leur bonheur de survivant momentané dans le malheur des presque morts.

Mille et une pensées (2005)

Le désolant dilemme de la vieillesse: vivre jusqu’à la fin avec soi-même ou se prendre pour un autre en devenant gâteux.

Mille et une pensées (2005)

Le masochisme est la seule assurance qu’ont les douillets pervers de contrôler leurs horaires de torture et de régler leur cuisson à petit feu.

Mille et une pensées (2005)

C’est long une journée. C’est court une vie.

Mille et une pensées (2005)

A partir d’un certain âge, on devrait pouvoir célébrer ses anniversaires comme on meurt de plus en plus souvent: sous morphine.

Mille et une pensées (2005)

La vieillesse commence le jour où l’on ne s’intéresse plus à la jeunesse.

Mille et une pensées (2005)

Méchante consolation de l’homme vieillissant: pendant qu’il prend des rides et de l’embonpoint, pendant qu’il perd ses dents et ses cheveux, les autres – tous les autres – se hâtent du même pas vers leur fin.

Mille et une pensées (2005)

Le skate des seniors: quatre planches et pas de roulettes.

Mille et une pensées (2005)

Les jeunes: de l’avenir sans passé. Les vieux: du passé sans avenir. Seuls les très grands écrivains, ressuscités par la postérité, ont à la fois un brillant passé et un long avenir.

Mille et une pensées (2005)

A partir d’un certain âge, la sexualité devient plus cérébrale: il faut titiller la matière grise si l’on veut obtenir la matière blanche.

Mille et une pensées (2005)

L’âge est rassurant qui m’aura délivré de ma vieille peur de mourir jeune.

Mille et une pensées (2005)

Dis-moi comment tu t’éclates et je te dirai de quoi tu crèveras.

Mille et une pensées (2005)

Je suis un ancien jeune et un ancien maigre. C’est dire si je ne comprends rien aux adolescents anorexiques.

Mille et une pensées (2005)

Idiot ce contentement éprouvé à la fin d’une semaine comme si l’on avait triomphé de tous les pièges de l’existence alors qu’on a seulement sept jours de moins à vivre.

Mille et une pensées (2005)

Les gens qui croient aimable de vous assurer que vous ne changez pas sont-ils conscients de vous refuser ainsi le seul avantage de la vieillesse qui consiste à gommer les imperfections de la jeunesse et les erreurs de la maturité?

Mille et une pensées (2005)

A partir d’un certain âge, on est forcé de se montrer rancunier et vindicatif. Sinon, on compterait trop d’amis.

Mille et une pensées (2005)

L’expérience est le logiciel des vieux.

Mille et une pensées (2005)

J’ai des ambitions de vieux – les honneurs, le pouvoir et l’argent – étayées par des certitudes de jeune – la durée, le tonus et la santé.

Mille et une pensées (2005)

L’ancienneté terrestre ne présente pas que des inconvénients puisqu’elle permet d’accéder à une respectabilité davantage issue de la résistance du corps que des vertus de l’âme.

Mille et une pensées (2005)

Aujourd’hui, un homme commence à se sentir vieux quand ses enfants ont pris leur retraite.

Mille et une pensées (2005)

La cruelle rançon de la longévité: on voit mourir des gens qu’on avait vus naître.

Mille et une pensées (2005)

Nos régimes de prévoyance ne mériteront leur beau nom que le jour où ils proposeront une assurance-vie pour les roses.

Mille et une pensées (2005)

Derniers plaisirs de l’existence, les honneurs récompensent d’abord la survie en milieu hostile microbien.

Mille et une pensées (2005)

Les jeunes sont indispensables si l’on veut que, dans quarante ans, il y ait encore des vieux pour dire du mal des jeunes.

Mille et une pensées (2005)

Quand on vieillit, il y a plus douloureux que le moment où les cheveux et les dents commencent à tomber, c’est l’instant où les chèques cessent de faire de même.

Mille et une pensées (2005)

On respecte les vieux parce qu’ils ont résisté aux microbes qui tuent souvent les jeunes.

Mille et une pensées (2005)

Les vieux célèbrent volontiers leurs anniversaires comme s’il s’agissait d’une victoire. Sur qui? Sur quoi? Si c’est sur la mort, c’est très provisoire. Si c’est sur ceux qui ont déjà disparu, c’est de mauvais goût.

Mille et une pensées (2005)

L’avantage du jeune fou sur le vieux sage réside dans le fait que la qualification du premier ne saurait être mise en doute.

Mille et une pensées (2005)

A partir de soixante-dix ans, l’examen de conscience remplace avantageusement le jogging. On s’essouffle moins à courir après sa vérité que derrière sa jeunesse.

Mille et une pensées (2005)

Seul le prix que nous attachons à notre propre vie garantit le respect de la vie des autres.

Mille et une pensées (2005)

Vieillir est une occupation à plein temps.

Mille et une pensées (2005)

Si j’avais su que le troisième âge pouvait constituer un état aussi jubilatoire, j’aurais déployé moins d’efforts pour tenter de paraître jeune.

Mille et une pensées (2005)

Qu’il est triste le monde du travail quand il n’y a plus de boulot!

Mille et une pensées (2005)

Je continue à travailler parce que je préfère attendre un chèque plutôt que la mort.

Mille et une pensées (2005)

La tradition du repas d’affaires est tellement ancrée dans nos moeurs qu’on a l’impression qu’elle est capable de survivre aux affaires.

Mille et une pensées (2005)

La fin de vie professionnelle apparaît encore plus pathétique lorsque l’agonisant est assez conscient pour donner des interviews.

Mille et une pensées (2005)

Un P-DG n’a pas plus droit à la qualification de travailleur qu’un écrivain de droite au titre d’intellectuel. La gauche truste le vocabulaire noble et les bons sentiments.

Mille et une pensées (2005)

Certains patrons ne savent pas plus terminer dans la courtoisie une histoire professionnelle que certains amants achever sans haine une histoire d’amour.

Mille et une pensées (2005)

La fausse facture éloigne le spectre du marasme commercial tandis que les faux bilans aident les âmes simples à patienter en attendant des meilleurs résultats.

Mille et une pensées (2005)

Tout corps humain plongé dans un bain de travail finit par surnager.

Mille et une pensées (2005)

Chaque grand gestionnaire a ses pauvres: les gens qui travaillent avec lui.

Mille et une pensées (2005)

Aujourd’hui, la grève est inéluctable puisqu’on ne saurait exiger tant qu’on travaille le paiement des jours où l’on n’a rien fait.

Mille et une pensées (2005)

Si, après soixante-dix ans, vous dites n’importe quoi, deux hypothèses: à la retraite, vous ressentez les premières atteintes du gâtisme; en activité médiatique, vous bénéficiez des dernières flambées de la jeunesse.

Mille et une pensées (2005)

C’est un grand avantage de savoir, à chaque péripétie de l’existence, tourner la page. Sauf qu’il finit par ne plus rien y avoir d’écrit sur le livre d’une vie…

Mille et une pensées (2005)

Je suis une innocente victime de l’augmentation de l’espérance de vie. Au Moyen Age, je n’aurais pas eu le temps de tromper ma femme.

Mille et une pensées (2005)

Différence entre les deux principaux âges de la vie: quand on est jeune, on ne s’en plaint qu’à la rentrée des classes; quand on est vieux, on en parle tous les jours, ajoutant ainsi le radotage à la sénescence.

Mille et une pensées (2005)

Rien de tel que l’état civil pour rattraper des encore jeunes et en faire des déjà vieux.

Mille et une pensées (2005)

S’il n’en reste qu’un pour croire encore que je fais plus jeune que mon âge, je serai celui-là.

Mille et une pensées (2005)

La vie: ce dérisoire et prétentieux ballet dansé par des condamnés à mort.

Mille et une pensées (2005)

Ras le dentier de ces jeunes loups qui se croient supérieurs à nous parce qu’ils n’ont pas encore commencé à teindre leurs cheveux blancs.

Mille et une pensées (2005)

J’ai compris que je m’étais enfin résigné à ne pas être immortel quand j’ai commencé à boire mes vieux bordeaux.

Mille et une pensées (2005)

Un jour viendra où l’absence complète de rides constituera le seul moyen de déceler la vieillesse.

Mille et une pensées (2005)

Zodiaque : Signes qu’on cherche une entrée en matière dans une drague.

Bouvard de A à Z (2014)

Vidéos : Rendent insupportables les dîners organisés durant les deux mois suivant la fin des vacances.

Bouvard de A à Z (2014)

Sport : Désigne abusivement tout ce qui ne nécessite aucun effort, les voitures, en premier lieu.

Bouvard de A à Z (2014)

Souvenirs : Objets assez laids qu’on rapporte de voyages qu’on a l’intention d’oublier.

Bouvard de A à Z (2014)

Michetonneuse : Jeune femme accorte mais plus sérieuse que les autres puisqu’elle se refuse à considérer l’amour comme un amusement.

Bouvard de A à Z (2014)

Manège : Se dit également à propos du forain qui fait tourner vos enfants et du maître-nageur qui tourne autour de votre femme.

Bouvard de A à Z (2014)

Lunettes : Se portent plus souvent sur les cheveux que sur le nez.

Bouvard de A à Z (2014)

Furtif : Câlin horizontal improvisé sur la voie publique.

Bouvard de A à Z (2014)

Forêt : Portion de nature où l’on peut se promener sans craindre la pluie et les commerçants. Pleine de charme et de bestioles. On peut s’y perdre si l’on est seul et s’y aimer si l’on est deux.

Bouvard de A à Z (2014)

Glaçon : Plus prisé dans un verre que dans un lit.

Bouvard de A à Z (2014)

Grandes vacances : Trois mois d’été durant lesquels les profs tartinaient les précis de grammaire qu’ils nous obligeaient à acheter à la rentrée.

Bouvard de A à Z (2014)

Gâtisme : C’était, avant la découverte de l’Alzheimer, une maladie qu’on a identifiée – vous parlez d’un progrès ! – sans être capable de la soigner.

Bouvard de A à Z (2014)

Epargne : Hier, magot pour les vieux jours. Aujourd’hui, de quoi faire face aux prochaines augmentations d’impôts.

Bouvard de A à Z (2014)

Empoté : On se sera avisé trop tard – c’est-à-dire alors que j’étais sorti depuis longtemps de l’âge ingrat – qu’il ne fallait pas traumatiser les enfants par un diagnostic précis.

Bouvard de A à Z (2014)

Echanges : Moins fréquents que l’échangisme.

Bouvard de A à Z (2014)

Communications : Elles ont cessé d’être téléphoniques pour qualifier l’intox, le marketing et tous les bla-bla-bla destinés à faciliter la vente de quelque chose à quelqu’un.

Bouvard de A à Z (2014)

Citoyen : Substantif davantage utilisé comme qualificatif.

Bouvard de A à Z (2014)

Jours chômés : Correspondent sans nulle gêne aux fêtes carillonnées en dépit de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Bouvard de A à Z (2014)

Banque : Etablissement dont les coffres regorgeaient naguère de billets dits de banque alors qu’on doit prévenir désormais une semaine à l’avance si l’on veut changer une coupure de 500 euros.

Bouvard de A à Z (2014)

Automobile : Les privilégiés qui en possédaient une la prenaient tous les jours. Les autres prenaient les clous.

Bouvard de A à Z (2014)

Arbres : Ils ont plus de branches que les hommes et la montée de la sève ne les rend pas fous.

Bouvard de A à Z (2014)

Amours de vacances : Ne survivent pas toujours aux changements de lieux, de météo et de vêtements.

Bouvard de A à Z (2014)

15 août : Seul moment où l’on a la paix dans l’immeuble.

Bouvard de A à Z (2014)

Honnêteté : Seule méthode pour escroquer deux fois le même client.

Bouvard de A à Z (2014)

Honneurs : Récompensent les mérites. Parfois, ils les remplacent.

Bouvard de A à Z (2014)

Suffisant : Comportement de quelqu’un qui se croit nécessaire.

Bouvard de A à Z (2014)

Supposition : Hypothèse que l’on tente d’introduire par voie mentale.

Bouvard de A à Z (2014)

Sûreté : Fille de la prudence et cousine de la police.

Bouvard de A à Z (2014)

Sympathie : Inclination précise pour une personne, avantageusement remplacée par l’empathie, amour flou pour le genre humain.

Bouvard de A à Z (2014)

Tendre : Viande humaine ramollie par l’amour.

Bouvard de A à Z (2014)

Epiderme : Textile physiologique d’été. Comporte parfois plus de boutons que les vêtements d’hiver.

Bouvard de A à Z (2014)

Draguer : Se dit indifféremment quand on racle le fond des rivières et quand on touche le fond de la détresse vacancière.

Bouvard de A à Z (2014)

Deux-pièces : Maillot d’une femme encore jeune dont les formes agréables méritent d’être plus spacieusement logées l’hiver.

Bouvard de A à Z (2014)

Délurée : Demoiselle ayant moins les yeux dans sa poche que, parfois, sa main dans les vôtres.

Bouvard de A à Z (2014)

Compagnon : Amant révocable ad nutum.

Bouvard de A à Z (2014)

Chasse : Quête plus ou moins fébrile d’un animal, d’un mécène ou d’une compagnie.

Bouvard de A à Z (2014)

Béguin : Relation sexuelle gratuite.

Bouvard de A à Z (2014)

Bovins : Aident les bipèdes à paraître intelligents sur la photo.

Bouvard de A à Z (2014)

Abandon : Tendre s’il s’agit de galipettes ; cruel s’il concerne la belle-mère ou le chat.

Bouvard de A à Z (2014)

Aoûtien : Comme le grognard de Wagram, il pourra dire : J’y étais.

Bouvard de A à Z (2014)

Anesthésie : Sommeil garanti, réveil aléatoire.

Bouvard de A à Z (2014)

Andouille : Homme assez bête pour épouser un boudin.

Bouvard de A à Z (2014)

Ange : Personnage entièrement dénudé qui réussit paradoxalement à dissimuler son sexe. Est qualifié de gardien lorsque, sur Terre, il a servi dans la police.

Bouvard de A à Z (2014)

Bonne Année : Locution qui concerne désormais davantage un millésime passé qu’une période à venir.

Bouvard de A à Z (2014)

Année : Intervalle compris entre deux périodes d’étrennes.

Bouvard de A à Z (2014)

Anniversaire : Le plus désolant n’est pas d’avoir l’âge qu’on annonce mais de penser qu’on n’aura plus jamais moins et qu’à partir d’un certain âge on dit n’importe quoi sur l’âge.

Bouvard de A à Z (2014)

Massage : Malaxage de chairs gratuit ou tarifé selon qu’il est pratiqué par amour ou sur ordonnance.

Bouvard de A à Z (2014)

Titres : Dans la vie comme dans la presse, sont d’autant plus gros qu’ils annoncent peu de choses.

Bouvard de A à Z (2014)

Timide : Sinistré de l’audace.

Bouvard de A à Z (2014)

Besoins : S’agissant de leur satisfaction lorsqu’ils sont naturels, l’animal se montre à la fois moins pudique que l’homme puisqu’il les assouvit en public et plus discret car il n’en parle jamais.

Bouvard de A à Z (2014)

Textiles : Quand on veut passer à l’amour physique, ils gênent plus que les principes.

Bouvard de A à Z (2014)

Acquitter : Payer les honoraires de son avocat après être sorti de prison.

Bouvard de A à Z (2014)

Ados : Graines d’hommes et de femmes dont on espère améliorer la pousse en les arrosant de reproches.

Bouvard de A à Z (2014)

Affection : Accordée aux promus en amitié et aux rétrogradés en amour.

Bouvard de A à Z (2014)

Agriculteur : Survivant d’une autre époque. Ne fait plus pousser que les subvention.

Bouvard de A à Z (2014)

Ami : Personne avec laquelle on n’a pas eu le courage de se fâcher.

Bouvard de A à Z (2014)

Amour : Moins rapide que la météo : il s’écoule parfois plusieurs mois entre le coup de foudre et les premiers orages. Ce sentiment relève aussi du théâtre : après la scène d’exposition il faut passer à l’acte.

Bouvard de A à Z (2014)

Amour-propre : Grand luxe qui conduit trop souvent à se retrouver seul chez soi.

Bouvard de A à Z (2014)

Anarchiste : Militant qui détruit toutes les richesses avant de les redistribuer.

Bouvard de A à Z (2014)

Ancien : vocatif de vieux.

Bouvard de A à Z (2014)

Je commence à comprendre pourquoi certains fidèles regrettent le latin: quand on ne comprenait pas ce que disait le prêtre, on ne touchait pas autant le vide de la rhétorique et l’inanité du dogme.

Douze mois et moi (1978)

Ce serait de l’égoïsme d’avoir une vie intérieure et de ne pas l’extérioriser un peu.

Mille et une pensées (2005)

La faillite de l’Europe: j’attends toujours qu’un Scandinave ou qu’un Espagnol me prenne affectueusement par les épaules pour sceller une fraternité complice.

Mille et une pensées (2005)

Un porte-avions est un bâtiment construit à grands frais pour accueillir des avions que, par économie, on n’a pas dotés d’une autonomie de vol suffisante.

Mille et une pensées (2005)

Sans l’exhibitionnisme, le voyeurisme serait plus difficile.

Mille et une pensées (2005)

Travaillez bien en classe si vous voulez réussir mieux que vos professeurs.

Mille et une pensées (2005)

J’imagine la réaction ironique et nasillarde du Général si, encore vivant, il avait suivi le dernier sommet de Copenhague:- La Turquie dans l’Europe! Et pourquoi pas le Zimbabwe?

Mille et une pensées (2005)

Le lancement d’avions très gros porteurs n’ira pas sans l’agrandissement des structures d’accueil au sol: tapis roulants, aérogares, hangars, parkings, chapelles ardentes.

Mille et une pensées (2005)

La rancune: cette érudition de la colère.

Mille et une pensées (2005)

La dictature du bon goût, si on l’instaurait, serait aussi haïssable que celle du mauvais.

Mille et une pensées (2005)

Blonde : Ancienne brune.

Bouvard de A à Z (2014)

Bonheur : Les gens heureux n’ont pas d’histoire. Donc pas de films, pas de romans. Pauvres gens.

Bouvard de A à Z (2014)

Allocation : Somme allouée à un citoyen pauvre pour lui faire croire que l’égalité est de ce monde.

Bouvard de A à Z (2014)

Adjudant : Pour se mettre dans ses bonnes grâces, il faut l’appeler mon colonel .

Bouvard de A à Z (2014)

Ambition : Terme noble pour désigner les besoins d’argent.

Bouvard de A à Z (2014)

Acheter : Preuve qu’on peut tout se procurer contre de l’argent sauf la culture : elle est le seul luxe de certains pauvres. Et pour les riches, elle dépasse rarement l’épaisseur d’un vernis.

Bouvard de A à Z (2014)

Amabilité : Gentillesse des gens qui n’ont pas de coeur. Lorsqu’elle atteint un certain degré de mauvaise foi, devient obséquiosité.

Bouvard de A à Z (2014)

Amitié : Seul sentiment que l’âge renforce. On peut badiner avec l’amour mais pas avec l’amitié. Car, contrairement au premier, la seconde n’est pas dévastée mais embellit par l’augmentation de l’espérance de vie.

Bouvard de A à Z (2014)

Qu’ils soient progressistes ou intégristes, qu’ils nous promettent le paradis dans l’au-delà ou sur la terre, les prêtres sont comme les politiciens: ils continuent à traiter les fidèles comme des enfants ou comme des irresponsables.

Tous des hypocrites, sauf vous et moi (1979)

L’honnêteté est la seule méthode qui permette d’escroquer plusieurs fois la même personne.

Lettre ouverte aux marchands du Temple (1967)

La nouvelle galanterie dans les transports en commun bondés: quand une femme enceinte apparaît, un homme assis mais bien élevé demande à un autre homme assis de céder sa place.

Mille et une pensées (2005)

On a tort de se moquer des militaires car, lorsqu’ils organisent, comme les couturiers, des défilés, ils n’exhibent, eux, que des modèles conçus pour le terrain.

Mille et une pensées (2005)

Si la vertu est aussi mal vue, c’est parce qu’elle ne donne rien à voir.

Mille et une pensées (2005)

Maigre destin d’un petit frisé: enfant, je la bouclais à table; adolescent, je bouclais difficilement mes fins de mois; adulte, j’étais monté en boucle. Aujourd’hui, la boucle est presque bouclée.

Mille et une pensées (2005)

De la même façon qu’un soldat qui déserte le champ de bataille est un soldat qui peut resservir, une maison qui s’effondre est une maison qu’on peut reconstruire, plus belle qu’avant.

Mille et une pensées (2005)

La pilule contre l’accoutumance permettra bientôt de rompre avec la drogue, le tabac et l’alcool. Il ne restera plus qu’à désintoxiquer les amoureux, les joueurs et les extrémistes.

Mille et une pensées (2005)

La modestie est un abus de confiance si elle dissimule un vrai talent ou une imprudence stratégique si elle avoue de réelles faiblesses.

Mille et une pensées (2005)

Naguère, quand j’étais enfant, je rêvais chaque nuit, en me solidarisant avec les Indiens, de méchants visages pâles. Aujourd’hui, dans l’âge plus que mûr, mes cauchemars sont peuplés de redoutables visages lisses.

Mille et une pensées (2005)

Cinquante ans sans guerre, c’est long. Pas pour les militaires qui préfèrent mourir dans leur lit mais pour les industriels et pour les maçons.

Mille et une pensées (2005)

En Egypte, les violeurs n’échapperont plus à la mort en épousant leur victime: la plupart de ces mariages de circonstance tournaient court dès la première année. On ne saurait mieux stigmatiser l’inutilité des essais prénuptiaux.

Mille et une pensées (2005)

Le jeu? Je connais: je suis le mari d’une femme de joueur.

Mille et une pensées (2005)

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours vu se remplir les placards lorsque se vidaient les canons.

Mille et une pensées (2005)

L’abolitionnisme est une mesure prise pour éviter qu’un crime ne fasse pas chaque fois deux morts au minimum.

Mille et une pensées (2005)

Les avions furtifs font désormais la guerre sans pilotes à bord. Encore un coup dur pour l’emploi.

Mille et une pensées (2005)

L’Europe est aujourd’hui semblable à un immeuble dont les vingt-cinq locataires passeraient la majeure partie de leur temps à comparer leurs trains de vie respectifs.

Mille et une pensées (2005)

En avançant dans la vie il faut se rapprocher des autres et prendre ses distances avec soi-même.

Mille et une pensées (2005)

L’honnêteté tient d’abord à l’absence de proposition malhonnête. De la même façon que la tentation de trahir est subordonnée à l’intérêt que peut susciter la trahison chez quelqu’un susceptible de la récompenser.

Mille et une pensées (2005)

Ah! ces généralités sans intérêt mais sublimées par l’expérience personnelle…

Mille et une pensées (2005)

Les bagatelles de la porte («Après vous», «Je vous en prie», «Je n’en ferai rien») ont disparu tandis que les fâcheux qui vous écrasent les pieds oublient de présenter leurs excuses en feignant de croire à un gonflement de l’asphalte.

Mille et une pensées (2005)

Le Redoutable reconverti en mussée du Sous-marin à Cherbourg. Un progrès lorsqu’on songe que la ligne Maginot est devenue une champignonnière.

Mille et une pensées (2005)

A l’égard de la propriété, de l’amour, de la fortune et du succès, j’applique la règle des Dudu : rien n’est dû, rien n’est durable.

Le Journal de Bouvard, 1992-1996 (1997)

Zut, flûte : Jurons attestant à la fois qu’on appartient au quatrième âge et qu’on a reçu une excellente éducation.

Bouvard de A à Z (2014)

Vieux : On avait pour eux infiniment plus de respect que pour les seniors, suspectés, lorsqu’ils s’accrochent trop longuement, de vouloir mettre en faillite leur caisse de retraite.

Bouvard de A à Z (2014)

Tribun : Appellation qualifiant un bon orateur s’exprimant à une tribune parlementaire. Le Parlement et la tribune subsistent. L’art oratoire a disparu.

Bouvard de A à Z (2014)

Texte : Se prononce texto depuis la suppression de l’orthographe et des négations.

Bouvard de A à Z (2014)

Tabellions : Ils ont renoncé à passer à l’acte lorsque, dans leurs études, les ordinateurs ont pris la relève des clercs.

Bouvard de A à Z (2014)

Souveraines : Hier : les reines d’Angleterre et des Pays-Bas. Aujourd’hui : les dettes.

Bouvard de A à Z (2014)

Rentier : Personnage mythologique, retiré de la circulation en même temps que la corbeille de la Bourse.

Bouvard de A à Z (2014)

Prix : Hier, livre offert aux bons élèves au risque de traumatiser les autres. Aujourd’hui, valeur marchande d’un produit pas toujours de première nécessité.

Bouvard de A à Z (2014)

Presse écrite : Ignorant la rancune, elle continue à publier les programmes des chaînes de télévision qui la tuent à petit feu.

Bouvard de A à Z (2014)

Plaît-il ? Courtoise interrogation qu’employaient les sourds avant qu’ils ne deviennent des malentendants.

Bouvard de A à Z (2014)

Mobile : Désigne un téléphone et plus un garde, ancêtre du CRS auquel son couplage avec un cheval interdisait d’attendre les manifestants en jouant à la belote dans un car.

Bouvard de A à Z (2014)

Militaires : Depuis la suppression de la conscription, on n’en voit plus en uniforme que le 14 Juillet et dans les films d’époque.

Bouvard de A à Z (2014)

Mijaurée : Grognasse d’avant la Libération.

Bouvard de A à Z (2014)

Micheline : Prénom de la première fille dont je suis tombé amoureux et nom du train me permettant de la rejoindre. La première sentait le foin, la seconde, le gas-oil.

Bouvard de A à Z (2014)

Mes respects : Formule de politesse qui n’a perduré qu’en perdant son possessif et le pluriel : respect !

Bouvard de A à Z (2014)

Mange ta soupe ! Cette formule des mères de famille ne supportant pas de leur progéniture qu’elle laisse de la nourriture dans leur assiette est, selon certains experts, responsable de l’apparition de l’obésité infantile.

Bouvard de A à Z (2014)

Malappris, malotru : Ne sont plus usités en raison de leur préfixe péjoratif.

Bouvard de A à Z (2014)

Intérêts : Terme tombé en quenouille dans les milieux financiers depuis que l’argent ne rapporte plus d’argent.

Bouvard de A à Z (2014)

Guerres : Sont devenues civiles et imprévisibles alors qu’elles étaient militaires et déclarées.

Bouvard de A à Z (2014)