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Citations de : Nina Bouraoui

Aujourd’hui: adverbe désignant le jour où on est. Définition risible quand aujourd’hui n’est pas un repère mais un simple rappel d’hier, identique à avant-hier et à demain.

La Voyeuse interdite (1991)

Les garçons n’ont pas de coeur, les filles font semblant d’en avoir un.

Poupée Bella (2004)

On ne se remet jamais de ses morts, je crois. On fait semblant de s’en détacher.

Mes mauvaises pensées (2005)

Mon père dit que les morts sont de plus en plus présents au fur et à mesure de la vie, comme le manque, comme la tristesse; on ne se remet jamais de la mort des siens; la vie est aussi faite des absents qui brûlent les coeurs.

Mes mauvaises pensées (2005)

Je sais, d’une façon si précise, que ce qui déborde de moi sera, un jour, contenu dans un livre.

Mes mauvaises pensées (2005)

Si on est homosexuel, ce n’est pas pour mimer les autres! L’homosexualité n’est pas une alternative à l’hétérosexualité. C’est autre chose, une autre forme d’amour.

Interview à l'hebdomadaire l'Express, 31 mai 2004

Je ne suis pas innocente. J’ai toujours succombé à la beauté. J’écris pour dire ce ravissement-là. Ce livre est l’histoire des strates amoureuses qui me composent.

Poupée Bella (2004)

Sans désir, je suis sans roman.

Poupée Bella (2004)

Il n’y a pas d’amour seul comme il n’y a pas d’écriture orpheline.

Poupée Bella (2004)

L’amour ouvre le chemin de l’écriture, l’écriture succède à l’amour, s’y mêle ou le défait.

Poupée Bella (2004)

J’ai peur d’écrire, comme j’ai peur d’aimer.

Poupée Bella (2004)

L’écriture et l’amour procèdent de la même tension, de la même joie, de la même perdition.

Poupée Bella (2004)

Les enfants portent mon enfance. Je les aime pour cela. Pour ce qu’ils font réapparaître: les cris dans les vagues, la sieste sur la plage, les yeux vers le ciel, cette grande solitude.

La Vie heureuse (2002)

Je ne sais pas si on doit parler des morts au passé. Les morts sont chaque fois ressuscités par notre langage, par notre manière de les raconter, ce sont eux les livres, ce sont eux l’écriture qui court, ce sont eux les petits papiers amoureux.

Mes mauvaises pensées (2005)

Mon affinité avec la mort a commencé dès mon plus jeune âge non pas par excès de morbidité mais par conscience de la finitude et plus exactement de Ma finitude. Mon corps d’enfant contenait à lui seul tous les signes infaillibles d’un défaut d’infini.

Poing mort (1992)

Tout se défait, tout se sépare, et je ne sais pas si l’on retrouve un jour les choses que l’on a perdues.

Sauvage (2011)

Puis le désir devenait liquide. Une sève nous enivrait. C’était la vie, l’évidence de la vie. Elle sécrétait du plaisir. Le liquide remplissait nos mots, nos histoires, nos déclarations, nos passés et notre avenir.

Nos baisers sont des adieux (2010)

L’amour et l’écriture ont la même origine charnelle, ils absorbent les mêmes forces, ils viennent du même brasier. L’écriture est un acte presque sexuel, le plus intime qui soit.

Interview à l'hebdomadaire l'Express, 31 mai 2004

Je suis opposée au mariage homosexuel : ce n’est pas cela qui nous donnera plus de respect. Que les homos aient des droits comme tout le monde. Mais si on est homosexuel, ce n’est pas pour mimer les autres !

Interview à l'hebdomadaire l'Express, 31 mai 2004

L’homosexualité, ce n’est pas une identité. Je pense que le désir et la sexualité ne sont pas dissociables de l’amour.

Interview à l'hebdomadaire l'Express, 31 mai 2004

Le désir n’est pas isolé. Il est multiple et secret. Il est par les autres et pour les autres.

Nos baisers sont des adieux (2010)

Il disait que seul le sommeil était intime, qu’il signifiait bien plus que la jouissance. J’avais l’image d’une transmission des rêves comme si les cerveaux se reliaient en secret, échangeant leurs informations, déroutant le cours de leurs songes.

Appelez-moi par mon prénom (2008)

Il y a une violence amoureuse. Il y a un épuisement aussi.

Poupée Bella (2004)

On espère beaucoup d’une fille, de son histoire, de son corps. C’est un grand mystère une fille.

La Vie heureuse (2002)

Passé la quarantaine, les choses changent, on a un autre angle de vue de l’existence, on n’est pas plus sage, on manque d’illusion, c’est ça la vraie vieillesse, ce ne sont ni la peau changée ni les rides.

Beaux rivages (2016)

Les avions me fascinaient, j’y voyais le symbole de la liberté, du danger même, non d’avoir un accident, mais de laisser ce que l’on connaissait, qui encadrait ; partir était aussi se quitter soi-même.

Beaux rivages (2016)

On ne tire jamais de traits définitifs, on le sait, le passé est un serpent qui mord.

Beaux rivages (2016)

L’amour est ce qu’il y a de plus incertain : sublime dans son envol, hideux quand il se brise sans prévenir.

Beaux rivages (2016)

Parfois on croît connaître ceux que l’on a aimés et on se trompe complètement parce que l’amour n’est pas une science, on n’apprend tout de l’autre qu’une fois qu’on l’a perdu.

Beaux rivages (2016)

Je m’adapte à tout. Très vite. C’est comme une folie, cette faculté d’adaptation. C’est plusieurs vies à la fois. C’est une multitude de petites trahisons.

Garçon manqué (2000)

Les rêves c’est la partie de soi que l’on ne peut pas montrer. Parce que c’est l’âme sans défense.

Sauvage (2011)

Il me semblait naturel de me presser contre lui, à l’abri du monde que j’oubliais.

Appelez-moi par mon prénom (2008)

Avant mon père me disait qu’on ne connaît jamais vraiment les gens. Qu’on peut les aimer pendant toute une vie et être encore surpris.

La Vie heureuse (2002)

Je me disais que pour prendre conscience de la vie il fallait changer d’angle.

Sauvage (2011)

Ce n’est plus du sang qui coule dans mes veines mais des gouttelettes de désespoir! elles tombent du coeur, sillonnent mes entrailles et perlent mon front, elles brouillent l’espace, bouchent l’horizon et rapetissent mon avenir!

La Voyeuse interdite (1991)

Quitter l’Algérie est un acte violent. C’est un arrachement qui implique la mémoire, son noyau, son intégrité. C’est se détourner de soi. C’est se rendre à l’errance Quitter sa terre. Quitter sa définition.

Le Jour du séisme (1999)

Ne pas être algérienne. Ne pas être française. C’est une force contre les autres. Je suis indéfinie. C’est une guerre contre le monde. Je deviens inclassable. Je ne suis pas assez typée.

Garçon manqué (2000)

Je sens l’amour qui vient avec le matin. Avec le chant des oiseaux. Avec le petit chien sous nos draps. Avec la voix de ma grand-mère qui ouvre les volets. Encore une belle journée. Avec l’été français. C’est un amour étrange. Un peu brutal.

Garçon manqué (2000)

La nuit est un masque. La nuit efface les formes. La nuit supprime les témoins. La nuit rend fou aussi. Ce n’est plus la réalité. C’est une autre vie, sans visage, sans angle, sans matière. La nuit est une noyade.

Garçon manqué (2000)

Les hommes sont violents à force de désir. Ce désir est une perte. Il est sans échange. Il va du tout au rien. Il naît de l’ennui. Il naît du fantasme. Il est sec et permanent.

Garçon manqué (2000)

L’Algérie est un homme. L’Algérie est une forêt d’hommes. Ici, les hommes sont noirs à force d’être serrés. Ici, les hommes sont seuls à force d’être ensemble. Ici, les hommes sont violents à force de désir.

Garçon manqué (2000)

Ma vie algérienne bat hors de la ville. Elle est à la mer, au désert, sous les montagnes de l’Atlas. Là, je m’efface enfin. Je deviens un corps sans type, sans langue, sans nationalité. Cette vie est sauvage. Elle est sans voix et sans visage.

Garçon manqué (2000)

J’alimentais mes heures de solitude grâce à un loisir séduisant mais dangereux: l’illusion.

Poing mort (1992)

L’amour et l’écriture ont la même origine charnelle, ils viennent du même brasier.

Interview à l'hebdomadaire l'Express, 31 mai 2004

Les larmes ont besoin de solitude pour bien rouler, elles méprisent la communauté, la communauté les méprise et elles ne sortent que d’une seule gorge.

Poing mort (1992)

Je fréquentais l’église, seul lieu où le silence n’est pas inconvenant.

Poing mort (1992)

J’ai lu dans un livre d’Hervé Guibert, qu’il y avait des gens malades de leur enfance; cette maladie s’appelle l’enfance qui saigne.

Mes mauvaises pensées (2005)

La nuit est un océan. Elle semble permanente. La nuit est l’ennemi des enfants. La nuit est un adversaire. La nuit est un homme qui persécute les femmes. La nuit creuse les fragilités. La nuit est mortelle.

Garçon manqué (2000)

Toute notre vie consiste à se battre contre nous-mêmes.

Poupée Bella (2004)

La nuit force les ombres. Elle est pleine et sans forme. Elle donne et retire. Elle creuse et comble. Elle révèle et déprécie. La nuit est le mensonge du jour.

Le Jour du séisme (1999)

Je ne sais pas si l’amour est le sacrifice de l’écriture, ou si l’écriture efface, lentement, l’amour.

Poupée Bella (2004)