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Citations de : Maurice Chapelan

Les gens de mon âge me paraissent plus âgés que moi.

Amoralités familières (1964)

Les écrivains doivent connaître la grammaire comme les escrocs le code.

Le style doit être à la pensée comme les barreaux au montant d’une échelle.

L’homme n’est libre que de choisir sa servitude.

L’homme intelligent a de commun avec l’imbécile de croire que celui qui ne pense pas comme lui est un imbécile.

L’homme est parfois assez fou pour préférer le chagrin à l’oubli.

Convaincu du néant de tout, il reste délicieux de s’attendrir sur la fragilité des roses.

Le néant se nie s’il se nomme.

Main courante

La dernière illusion est de croire qu’on les a toutes perdues.

Main courante

L’enfant se laisse vivre, l’adolescent attend de vivre, l’homme essaie de vivre et le vieillard, de survivre.

S’il n’était que la haine et l’injustice à le répandre, le sang de l’homme ne coulerait guère, mais il y a l’Amour, le Droit, la Justice et la Religion.

Main courante (1957)

Le scénario des révolutions se répète : des prophètes les rêvent, des apôtres les font, des fripons les défont. Du vent, du sang, un gang.

Main courante (1957)

Duperie, que tout est duperie. La dernière illusion est de croire qu’on les a toutes perdues. Voulant ce qu’il peut, l’homme s’y console de ne pouvoir.

Main courante (1957)

Le bonheur d’aimer est d’essence profondément religieuse. Il relie, mais l’on sait à qui et comment.

Rien n'est jamais fini (1977)

La plupart des hommes prennent en amour leurs sensations pour des sentiments ; en religion, leurs sentiments pour des idées ; en politique, leurs idées pour des faits.

Main courante (1957)

Mais le coeur que grava sur l’écorce du hêtre un avril effacé de son couteau fervent – quel amoureux défunt taillade dans mon être ton bonheur est du sable entre les doigts du vent.

Poèmes Ténèbres: Amante en abîme

Le bonheur ne se partage pas: on le vit ou on l’envie. Seul le malheur fait la communion des hommes.

Main courante (1957)

L’homme le plus redoutable à l’homme est l’homme qui veut le bonheur de l’homme.

Main courante (1957)

Le mensonge est l’oxygène de la respiration sociale.

Main courante (1957)

La vie n’est pas mauvaise, elle est pire. On ne choisit pas ses parents, rarement sa religion, à peine ses amis et sa femme; ainsi presque tout dont dépend ou le bonheur ou le malheur de l’homme échappe à sa judiciaire.

Main courante (1957)

Un amour-propre d’auteur, cela se doit manier avec une pince à sucre. Je crains que ma franchise ne ressemble plutôt à un crochet de chiffonnier.

Lire et écrire (1960)

Elle chantait des couplets stupides: Le mal aux dents C’est l’mal d’amour On croit qu’ ça va durer toujours Et puis ça passe.

Amours, amour (1967)

Aux yeux de l’intelligence, l’univers se fluidifie, se vaporise, devient songes et mensonges, apparences, masques, fantômes et reflets. De quoi envier la sottise, dont le poing solide se referme.

Amours, amour (1967)

L’évidence est une illusion irréfutable.

Amours, amour (1967)

Je t’aime avec passion, je t’aime avec délire, je t’aime avec le coeur dont on aime à quinze ans.

Mémoires d'un voyou (1972)

Je n’ai retenu que ce distique, qui ne rime pas: Je t’aime avec passion, je t’aime avec délire.

Mémoires d'un voyou (1972)

Seulement, l’amour et la guerre s’apprennent mieux sur le terrain que dans les livres. Mis au pied du mur, le puceau que j’étais encore ne savait pas trop comment s’y prendre pour vaincre. Il ne vainquit d’ailleurs pas.

Mémoires d'un voyou (1972)

N’espère pas être bien jugé par tes proches ni par tes égaux.

Lire et écrire (1960)

Reluire, en argot, c’est jouir.

Lire et écrire (1960)

L’esprit brille davantage dans le dénigrement que dans l’éloge.

Lire et écrire (1960)

Comme cela non plus ne sert à rien, l’oubli vaut mieux que le souvenir, si celui-ci est cause de chagrin.

Mémoires d'un voyou (1972)

Le couronnement de la volupté est une tendresse qui s’étend à l’univers: elle accorde les battements de notre coeur aux étoiles.

Rien n'est jamais fini (1977)

Mieux vaut être stérilisé par l’intelligence que fécondé par la sottise.

Lire et écrire (1960)

Que l’un aime davantage et l’autre moins est dans l’ordre de cette conformité qui n’existe entre le couvercle et la boîte qu’à cause de leur différence.

Amours, amour (1967)

L’ami, le seul, est celui avec qui l’on pourrait vivre comme avec une femme.

Amoralités familières (1964)

Plus de gens meurent ou tuent par amour-propre que par amour.

Amours, amour (1967)

Une oeuvre a l’âge de son style.

Lire et écrire (1960)

Les hommes sont toujours prêts à tuer ou à mourir pour leurs incertitudes.

Amoralités familières (1964)

Dès que nos enfants ont des enfants, ils se mettent à nous comprendre, nous qui ne les comprîmes pas mieux qu’ils ne comprennent les leurs que les grands-parents comprennent.

Amours, amour (1967)

Qui s’écoute parler et se regarde écrire par la langue ou la plume est de l’espèce pire.

Lire et écrire (1960)

Rien n’exprime plus fortement une pensée qu’on n’attendait pas que les mots les plus attendus.

Amoralités familières (1964)

Une pensée bien exprimée est toujours musicale.

Lire et écrire (1960)

Qui l’amour ne rend pas meilleur est maudit.

Rien n'est jamais fini (1977)

Un livre de maximes est une confession pudique.

Main courante (1957)

Aimer c’est se préférer dans un autre, et rien de tel que de s’oublier ainsi pour entretenir en soi ce qu’il y persiste de jeunesse.

Rien n'est jamais fini (1977)

Ma revanche serait pourtant qu’elle m’aperçût au bras de la jeune et jolie femme qui fait aujourd’hui mes délices, puisque les hommes ont le privilège de pouvoir continuer d’aimer et d’être aimés jusqu’à un âge beaucoup plus avancé.

Mémoires d'un voyou (1972)

Il y a d’immenses jardins de la culture que j’ignore, mais une abeille n’a pas besoin de toutes les fleurs.

Lire et écrire (1960)

Ne pas vouloir tout aimer et savoir aimer vraiment ce qu’on aime: cela, qui paraît facile, ne s’obtient de soi que par force.

Lire et écrire (1960)

Les plus grands égoïstes suscitent les plus grands dévouements. (Je sais de quoi je parle).

Amours, amour (1967)

Un vice unique, père de mes vertus: l’égoïsme.

Amours, amour (1967)

Qui j’aime ne m’ennuie jamais, ni je ne m’ennuie avec elle.

Amours, amour (1967)

Le regard froid me fait horreur. J’aime ce qui brûle. Même l’humour et l’ironie doivent avoir le sang chaud.

Amours, amour (1967)

Religion: dernier refuge de l’amour de soi.

Amoralités familières (1964)

Je préfère passer à côté de mon temps que de moi.

Amoralités familières (1964)

Les grands écrivains vont de la distorsion à la rectitude et de l’ornement à la nudité.

Lire et écrire (1960)

Un bon style se doit d’abord de supprimer tout vide entre le sens et l’expression.

Lire et écrire (1960)

Il faut beaucoup d’amour pour aller jusqu’au bout d’un peu. Donné, l’amour exige, après coup, d’être conquis.

Amours, amour (1967)

L’affreux chagrin qui vous désarme s’il ne trouve à verser qu’un pleur ô perle de votre douleur c’est l’océan dans une larme.

Rien n'est jamais fini (1977)

Ce qui me donne à penser que, chez les amants, la part du coeur ne peut pas être réduite à une illusion des sens, c’est qu’il m’arriva, dans ma jeunesse, de souffrir par l’abandon d’une femme.

Amours, amour (1967)

Les idées ne mènent pas le monde: ce sont quelques hommes, entre les mains de qui elles sont des armes.

Lire et écrire (1960)

Un sage ne se manifeste vraiment que dans la pleine possession de ses forces.

Rien n'est jamais fini (1977)

Voici pour moi la règle essentielle: vieux, plus que jamais tout se vaut qui nous occupe, chassant ce qui nous préoccupe. Sauf l’amour, qui l’emporte de beaucoup sur le reste, car aimer c’est se préférer dans un autre.

Rien n'est jamais fini (1977)

La justice, c’est l’injustice équitablement partagée.

Main courante (1957)

L’amour vole aux amants les heures qu’ils ne passent pas ensemble: séparés, on ne vit plus, on attend de vivre. L’absence est un arsenic: un peu fortifie l’amour, beaucoup le tue. Le plus beau jour, c’est la veille.

Amours, amour (1967)

Que d’hommes ne se connaissent pas d’autre raison de vivre que la peur de mourir!

Main courante (1957)

Jeune, on pense à la mort sans l’attendre. Vieux, on l’attend sans y penser.

Amours, amour (1967)

La foi ne se prouve pas, elle s’éprouve. Les croyants n’ont pas besoin de preuves, mais d’épreuves.

Amoralités familières (1964)

Le ramollissement du sexe durcit le coeur.

Amoralités familières (1964)

Les pensées, même abstraites, doivent rappeler que le cerveau est irrigué par le coeur.

Amours, amour (1967)

On déteste parfois sa famille de chair, on aime toujours sa famille d’esprit.

Lire et écrire

Les chagrins d’amour sécrètent un poison qui le tue.

Rien n'est jamais fini (1977)

Que le bonheur qu’on prend ne soit pas du malheur qu’on donne: je n’ai pas d’autre morale.

Amours, amour (1967)

Vaincre la chair est peu, si le coeur et l’esprit n’ont pas été vaincus. S’applique à soi dans la chasteté, à l’autre dans la volupté. Il y a une limite aux moyens de la jouissance qu’on ne saurait franchir sans dégradation.

Amours, amour (1967)

Vaincre la chair est peu, si le coeur et l’esprit n’ont pas été vaincus.

Amours, amour (1967)

Le coeur, non la chair, est inextinguible: à lui qu’elle se rallume, ou l’amour n’est rien.

Amours, amour (1967)

L’habitude use les amours, renforce l’amour.

Amours, amour (1967)

Quelle douceur, qu’une passion, en mourant, accouchât d’une amitié!

Amours, amour (1967)

Grande preuve d’amour, qu’après les brûlures de la volupté on y savoure, comme meilleure encore, la chaleur de la tendresse.

Amours, amour (1967)

S’étendre est plus facile que s’entendre, et s’étreindre que s’atteindre.

Amours, amour (1967)

La part de comédie qui entre dans l’amour est pour le coeur comme les parfums, les fards et les parures pour le corps.

Amours, amour (1967)

Les mots sont dociles à qui les aime.

Amoralités familières (1964)

La richesse est une aptitude. Munificence trouve moyen de s’exercer quel que soit le niveau de son portefeuille.

Amoralités familières (1964)

Feindre de croire un mensonge est un mensonge exquis.

Amours, amour (1967)

Entre amants, le tact est de savoir en manquer.

Amours, amour (1967)

La religion est la fausse monnaie du désespoir.

Amours, amour (1967)

Ceux qui ne font pas l’amour ont mauvaise conscience et voudraient la coller à ce qui le font.

Amours, amour (1967)

Tout le monde est opportuniste mais chacun ne le sait être avec opportunité.

Main courante

Je t’aime, tu t’aimes, on sème.

Instruction: des pierres dans un sac. – Culture: une graine dans un pot.

Chaque âge a ses problèmes. On les résout à l’âge suivant.

Chez les hommes comme chez les bêtes, la puissance appartient aux rapaces, aux fauves et aux serpents. Les bêtes n’en abusent pas.

Amoralités familières (1964)

Ceux qui ne pleurent jamais sont pleins de larmes.

Amoralités familières (1964)

L’illusion du vers, bon ou mauvais, est telle, Qu’à travers un sonnet la vie est toujours belle.

Mémoires d'un voyou (1972)

Penser est beau; prier est mieux; aimer est tout.

Anthologie du journal intime: témoins d'eux-mêmes

Si les anges étaient sexués, je me croirais l’un, tant me plaît faire l’amour sur de célestes musiques.

Amours, amour

L’amour écorche les coudes. Un être nous séduit-il et que nous l’aimions, ses verrues nous captivent du grain de beauté à la jambe de bois. Aimer son prochain comme soi-même pour l’amour de soi est le commandement unique de l’amour.

Amours, amour (1967)

Il y a des abandons loyaux et des fidélités qui trahissent.

Amoralités familières (1964)

La plus grande preuve qu’on puisse donner, et se donner, de son amour, est de faire passer son amour-propre après lui.

Amours, amour

L’absence est un arsenic: un peu fortifie l’amour, beaucoup le tue.

Amours, amour

Plus sage que l’amour, l’amitié s’épargne les serments.

Main courante

Le mariage a sa graisse, où l’on s’enlise.

La Main courante

Pour aller au bout du plaisir, il faut aimer plus que le plaisir.

Amours, amour (1967)

Une petite maladie chronique vous contraint à vivre sage! – La forte santé incline aux abus. Voilà pourquoi ce sont les malades qui durent et les biens-portants qui claquent.

La mort des autres, amis ou proches, est déjà si ennuyeuse, sans parler du chagrin, que la nôtre en comparaison ne nous paraîtra rien du tout.

Vous êtes un idiot en trois lettres et je vous dis zut en cinq.

Il y a les femmes avec qui on fait l’amour et celles avec qui l’on parle.

Je t’aime, tu m’aimes, on sème.

Amours, amour (1967)

J’ai toujours été dévoré d’une ambition terrible: me plaire.

Un écrivain ne lit pas ses confrères, il les surveille.

Savoir vieillir est facile: on n’a plus l’embarras du choix.

Si l’erreur est une vérité provisoire, pourquoi la vérité ne serait-elle pas une erreur qui dure ?

Main courante (1957)

Les livres présument que la pensée siège dans le cerveau, la vie prouve que l’homme pense avec ses autres viscères.

Main courante (1957)

J’attends d’un auteur qu’il me parle de lui, c’est-à-dire de moi : qu’il augmente la conscience que j’ai de moi-même par identification ou par opposition avec la sienne.

Lire et écrire (1960)

Le mot de Royer-Collard à Vigny : «Je ne lis rien, je relis» Pas si bête ! On choisit ce qu’on relit ce qu’on lit pour la première fois nous fait presque toujours perdre notre temps.

Lire et écrire (1960)

Le plus à plaindre sont ceux qui ne savent pas ce qu’ils n’ont pas appris.

Lire et écrire (1960)

Si on donne, on ne vous remercie pas ou à peine. Si on ne donne rien, on vous adresse un merci très appuyé : c’est tout bénéfice.

Main courante (1957)

Ne demander aux femmes que le plaisir, et d’abord le leur, si on veut en obtenir tout.

Amours, amour (1967)

Il est plus facile de faire tourner ou tomber des têtes avec ses écrits, que d’en former de bonnes.

Lire et écrire (1960)