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Citations de : Marguerite Donnadieu, dite Marguerite Duras

J’avais toujours bien aimé les paysages de ce genre, géographiques pour ainsi dire, les caps, les deltas, les confluents, et surtout les embouchures, la rencontre des fleuves et de la mer.

Le Marin de Gibraltar (1952)

Il connaît mieux la ville que les policiers. Un as, Rodrigo.

Dix heures et demie du soir en été (1960)

Elle regarde des enfants qui jouent pieds nus dans les caniveaux de la place. Une masse d’eau argileuse circule entre leurs pieds.

Dix heures et demie du soir en été (1960)

La mère taillait ses bananiers. Le caporal les butait et les arrosait derrière elle.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

Il est vrai que la mer ne montait pas à la même hauteur chaque année. Mais elle montait toujours suffisamment pour brûler tout, directement ou par infiltration.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

L’après-midi était encore brûlant et le soleil était haut dans le ciel.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

L’enfant poussa la grille, son petit cartable brinqueballant sur son dos, puis il s’arrêta au seuil du parc.

Moderato Cantabile (1958)

Fille de paysans, elle avait été si bonne écolière que ses parents l’avaient laissée aller jusqu’au brevet supérieur.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

Quand j’essayais de regarder l’écran c’était terrible, la tête me tournait. C’était une bouillie noire et blanche qui dansait au-dessus de ma tête et qui me donnait le mal de mer.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

Une grande toile bise a été étendue au-dessous de la verrière, si bleue dans la nuit, et tamise le soleil.

Dix heures et demie du soir en été (1960)

Joseph forçait toujours Suzanne à rentrer dans l’eau. Il aurait voulu qu’elle sache bien nager pour se baigner avec lui dans la mer, à Ram. Suzanne était réticente.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

La piste restait aux enfants. Quand un automobiliste en écrasait un il s’arrêtait parfois, payait un tribut aux parents et repartait.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

La passion reste en suspens dans le monde, prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle.

L'Amant (1984)

C’est drôle le bonheur, ça vient d’un seul coup, comme la colère.

L'Amant de la Chine du Nord (1991)

On ne peut pas aimer la mort si elle vous est imposée du dehors. Vous croyez pleurer de ne pas aimer. Vous pleurez de ne pas imposer la mort.

La Maladie de la mort (1982)

Anne Desbaresdes boit, et ça ne cesse pas, le Pommard continue d’avoir ce soir la saveur anéantissante des lèvres inconnues d’un homme de la rue.

Moderato Cantabile (1958)

Tu verras, c’est dehors qu’ils sont bien. Il ne faut pas enfermer les hommes. C’est dans la rue qu’ils sont le mieux.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

La solitude, ça veut dire aussi : Ou la mort, ou le livre.

L'Amant (1984)

Il pleure souvent parce qu’il ne trouve pas la force d’aimer au-delà de la peur.

L'Amant (1984)

On ne trouve pas la solitude, on la fait. La solitude elle se fait seule. Je l’ai faite. Parce que j’ai décidé que c’était là que je devrais être seule, que je serais seule pour écrire des livres.

Ecrire (1993)

Je perdis toute liberté. Elle occupa toutes mes pensées, hypothéqua mes jours, mes nuits. Un clou noir dans mon coeur.

Le Marin de Gibraltar (1952)

Ecrire c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait – on ne le sait qu’après – avant, c’est la question la plus dangereuse que l’on puisse se poser. Mais c’est la plus courante aussi.

Ecrire (1993)

J’ai eu cette chance d’avoir une mère désespérée d’un désespoir si pur que même le bonheur de la vie, si vif soit-il, quelquefois, n’arrivait pas à l’en distraire tout à fait.

L'Amant (1984)

Je pourrais me tromper, croire que je suis belle comme les autres femmes, comme les femmes regardées, parce que l’on me regarde vraiment beaucoup.

L'Amant (1984)

De loin, avec des doigts de fée, le souvenir d’une certaine mémoire passe.

Le Ravissement de Lol V. Stein (1964)

En mourant je ne le rejoins pas, je cesse de l’attendre.

La Douleur (1985)

Même l’amour d’un chien, c’est sacré. Et on a ce droit-là – aussi sacré que celui de vivre – de n’avoir à en rendre compte à personne.

L'Amant de la Chine du Nord (1991)

Ce fût là ma première découverte à son propos : ne rien savoir de Lol était la connaître déjà.

Le Ravissement de Lol V. Stein (1964)

Elle dit aussi que s’il n’y avait ni la mer ni l’amour personne n’écrirait des livres.

Yann Andréa Steiner (1992)

La voix c’est plus que la présence du corps. C’est autant que le visage, que le regard, que le sourire. Une vraie lettre c’est bouleversant parce qu’elle est parlée, écrite avec la voix parlée.

La Vie matérielle (1987)

L’alcool a été fait pour supporter le vide de l’univers, le balancement des planètes, leur rotation imperturbable dans l’espace leur silencieuse indifférence à l’endroit de votre douleur.

La Vie matérielle (1987)

Boire ce n’est pas obligatoirement vouloir mourir, non. Mais on ne peut pas boire sans penser qu’on se tue. Vivre avec l’alcool, c’est vivre avec la mort à la portée de la main.

La Vie matérielle (1987)

La passion de l’homosexualité c’est l’homosexualité. Ce que l’homosexuel aime comme son amant, sa patrie, sa création, sa terre, ce n’est pas son amant, c’est l’homosexualité.

La Vie matérielle (1987)

– Dites-moi, dit-elle, quel est le signe annonciateur de la fin d’un grand amour? – Que rien, apparemment, ne l’empêche de durer toujours, dis-je, non?

Le Marin de Gibraltar (1952)

Les femmes, toutes les femmes ont fait leurs valises pour rien une fois dans leur vie. On le fait pour qu’on vous retienne.

Le Marin de Gibraltar (1952)

On attend toujours quelque chose, dis-je, quelque chose. Quand l’attente est trop longue, alors on change, on attend autre chose qui vient plus vite.

Le Marin de Gibraltar (1952)

Je ne parviens à me libérer de moi que dans deux cas: par l’idée du suicide et par celle d’écrire.

La Passion suspendue (2013)

La musique, la vraie musique, ne peut jamais être l’arrière-fond de quelque chose d’autre. Elle doit nous remplir – nous vider – de tout.

La Passion suspendue (2013)

Lui: – Qu’est-ce que tu appelles être d’une moralité douteuse? Elle: – Douter de la morale des autres.

Hiroshima mon amour (1960)

Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit des livres. C’est une solitude. C’est la solitude de l’auteur, celle de l’écrit.

Ecrire (1993)

J’étais enceinte jusqu’aux dents de tous les mots d’amour et je ne pouvais plus accoucher d’un seul.

Le Marin de Gibraltar (1952)

Ecrire, c’était ça la seule chose qui peuplait ma vie et qui l’enchantait. Je l’ai fait. L’écriture ne m’a jamais quittée.

Ecrire (1993)

Donc voyez, j’écris pour rien. J’écris comme il faut écrire il me semble. J’écris pour rien. Je n’écris même pas pour les femmes. J’écris sur les femmes pour écrire sur moi, sur moi seule à travers les siècles.

La Vie matérielle (1987)

L’amour sert à mourir plus commodément à la vie.

Hiroshima mon amour (1960)

De même que dans l’amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier, de même j’ai eu l’illusion devant Hiroshima que jamais je n’oublierai. De même que dans l’amour.

Hiroshima mon amour (1960)

C’est comme l’intelligence, la folie, tu sais. On ne peut pas l’expliquer. Tout comme l’intelligence. Elle vous arrive dessus, elle vous remplit et alors on la comprend. Mais, quand elle vous quitte, on ne peut plus la comprendre du tout.

Hiroshima mon amour (1960)

Apprendre la durée exacte du temps. Savoir comment le temps, parfois, se précipite puis sa lente retombée inutile et qu’il faut néanmoins endurer, c’est aussi ça, sans doute, apprendre l’intelligence.

Hiroshima mon amour (1960)

Je me suis dit qu’on écrivait toujours sur le corps mort du monde et, de même, sur le corps mort de l’amour.

L'Amant (1984)

L’histoire de ma vie n’existe pas. Ca n’existe pas. Il n’y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l’on fait croire qu’il y avait quelqu’un, ce n’est pas vrai il n’y avait personne.

L'Amant (1984)

Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimé, je n’ai fait qu’attendre devant la porte fermée.

L'Amant (1984)

Il est impossible de rester sans amour aucun, même s’il n’y a plus que les mots, ça se vit toujours. La pire chose c’est de ne pas aimer, je crois que ça n’existe pas.

La Vie matérielle (1987)

Mais aimer une jeune fille c’est n’aimer personne puisque ça ne reste pas, puisque ça change en devenant femme.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

L’été m’angoissait. Parce que sans doute désespérais-je de jamais trouver à vivre quelque chose qui s’accordât à lui.

Le Marin de Gibraltar (1952)

Le ciel est vide. Ca fait des années que j’aime cet homme. Un homme que je n’ai pas encore nommé. Un homme que j’aime. Un homme qui me quittera. Le reste, devant, derrière moi, avant et après moi, ça m’indiffère. Je t’aime.

C'est tout (1995)

On arrive à ne plus vouloir se sortir de la merde, à se dire qu’à défaut d’autre chose, on peut faire une carrière de merde.

Le Marin de Gilbraltar (1952)

Je porte ces robes comme des sacs avec des ceintures qui les déforment, alors elles deviennent éternelles.

L'Amant (1984)

Je n’ai jamais écrit, croyant le faire, je n’ai jamais aimé, croyant aimer, je n’ai jamais rien fait qu’attendre devant la porte fermée.

L'Amant (1984)

Les erreurs de langage sont des crimes.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

Ce qui remplit le temps c’est vraiment de le perdre.

La Vie matérielle (1987)

Mon histoire, elle est pulvérisée chaque jour, à chaque seconde de chaque jour, par le présent de la vie, et je n’ai aucune possibilité d’apercevoir clairement ce qu’on appelle ainsi: sa vie.

La Vie matérielle (1987)

Il portait un pantalon kaki, tu sais, la couleur du crime, de la guerre. Il était jeune, vingt ans. Il avait déjà eu le temps de devenir criminel.

Le Marin de Gilbraltar (1952)

Comment nommer ce temps qui s’ouvre devant Maria? Cette exactitude dans l’espérance? Ce renouveau de l’air respiré? Cette incandescence, cet éclatement d’un amour enfin sans objet?

Dix heures et demie du soir en été (1960)

Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit.

Ecrire (1993)

Dès que l’être humain est seul il bascule dans la déraison. Je le crois: je crois que la personne livrée à elle seule est déjà atteinte de folie parce que rien ne l’arrête dans le surgissement d’un délire personnel.

Ecrire (1993)

C’est ça l’écriture. C’est le train de l’écrit qui passe par votre corps. Le traverse. C’est de là qu’on part pour parler de ces émotions difficiles à dire, si étrangères et qui néanmoins, tout à coup, s’emparent de vous.

Ecrire (1993)

La littérature, c’est une fatalité comme une autre, on n’en sort pas.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

L’amour, il faut le vivre complétement avec son ennui et tout, il n’y a pas de vacances possibles à ça.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

C’est peut-être bien l’amour à la longue qui rend méchant comme ça. Les prisons en or des grandes amours. Il n’y a rien qui enferme plus que l’amour. Et d’être enfermé à la longue, ça rend méchant, même les meilleurs.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

Les oiseaux, c’est comme l’amour, ça a toujours existé. Toutes les espèces disparaissent, mais pas les oiseaux. Comme l’amour.

Le Marin de Gibraltar (1952)

Le tort des gens, c’est en général de ne pas assez se marrer.

Le Marin de Gibraltar (1952)

Ah! qui n’a pas eu envie d’un pastis après un bain de mer pris en Méditerranée ne sait pas ce que c’est qu’un bain de mer pris le matin en Méditerranée.

Le Marin de Gibraltar (1952)

Il y a des fois, dit-elle, où on ne les fait pas pour s’en aller, mais pour faire peur à l’autre. Les femmes, toutes les femmes ont fait leurs valises pour rien une fois dans leur vie. On les fait pour qu’on vous retienne.

Le Marin de Gibraltar (1952)

Sa voix est de miel lorsqu’elle lui demande – sa voix en est changée – s’il aime ça, à l’égal d’elle.

Dix heures et demie du soir en été (1960)

Veux-tu lire ce qu’il y a d’écrit au-dessus de ta partition? demanda la dame.

Moderato Cantabile (1958)

L’index de sa main gauche est enfermé dans un gros doigt en cuir, noué autour du poignet.

La Douleur (1985)

Je voudrais un autre verre de vin, réclama Anne Desbaresdes. On le lui servit dans la désapprobation.

Moderato Cantabile (1958)

– Alors vous êtes venu dans le bateau? dit Sara. Ludi était très content. Depuis le temps qu’il louchait dessus.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

Le caporal demanda à Suzanne s’il fallait commencer le travail chez eux, leurs semis, dans l’ensemble, étant prêts pour le dépiquage.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

L’autre rive était en effet plate pendant vingt kilomètres, jusqu’aux montagnes d’où étaient arrivés le lendemain de l’accident les parents du démineur.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

Le crépuscule commença à balayer la mer. Et le ciel, lentement, se décolora.

Moderato Cantabile (1958)

Quand on les prend jeunes, on peut en faire les compagnes les plus dévouées, les collaboratrices les plus sûres, continua-t-il.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

L’essor du caoutchouc était tel que beaucoup s’étaient improvisés planteurs, du jour au lendemain, sans compétence.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

Le cheval était trop vieux, bien plus vieux que la mère pour un cheval, un vieillard centenaire. Il essaya honnêtement de faire le travail qu’on lui demandait et qui était bien au-dessus de ses forces depuis longtemps, puis il creva.

Un barrage contre le Pacifique (1950)

Et on débouche peu à peu sur une conversation généralement partisane et particulièrement neutre.

Moderato Cantabile (1958)

Je te l’ai dit la dernière fois, je te l’ai dit l’avant-dernière fois, je te l’ai dit cent fois, tu es sûr de ne pas le savoir ?

Moderato Cantabile (1958)

Anne Desbaresde s’essaye à un sourire d’excuse de n’avoir pu faire autrement, mais elle est ivre et son visage prend le faciès impudique de l’aveu.

Moderato Cantabile (1958)

Mais ses yeux s’ensoleillaient à la moindre nouveauté.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

Tout le village était immobile, englué dans l’oubli de la sieste d’été.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

Et mariée, elle, dit-elle, trois enfants, et ivrogne, c’est à se demander. – N’empêche, peut-être?

Moderato Cantabile (1958)

Ce que tu peux être emmerdant avec la nourriture, dit Sara, c’est incroyable.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)

On va allumer les lampes, dit lépicier. Il se leva en gémissant, émécha les lampes, en essuya les verres avec son mouchoir, et les alluma.

Les Petits Chevaux de Tarquinia (1953)