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Citations de : Louis-Ferdinand Destouches, dit Céline

On est puceau de l’Horreur comme on l’est de la volupté.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On choisit parmi les rêves ceux qui vous réchauffent le mieux l’âme.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Je ne veux pas que la mort me vienne des hommes, ils mentent trop! ils ne me donneraient pas l’Infini!

Féerie pour une autre fois

Il y a trop de choses à comprendre en même temps.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il n’y a pas de petites ressources pour le génie, il n’y en a que de possibles ou d’impossibles.

Semmelweis

Faire confiance aux hommes, c’est déjà se faire tuer un peu.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Dans l’Histoire des temps la vie n’est qu’une ivresse, la Vérité c’est la Mort.

Semmelweis

Celui qui parle de l’avenir est un coquin. C’est l’actuel qui compte. Invoquer sa postérité, c’est faire un discours aux asticots.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ce monde n’est je vous l’assure qu’une immense entreprise à se foutre du monde!

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est un garçon sans importance collective, c’est tout juste un individu.

L'Eglise

C’est des hommes et d’eux seulement qu’il faut avoir peur, toujours.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les enfants c’est comme les années, on ne les revoit jamais.

Mort à crédit (1936)

Le mensonge, ce rêve pris sur le fait, et seul amour des hommes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le culte des héros c’est le culte de la veine.

Bagatelles pour un massacre (1937)

La vie c’est ça, un bout de lumière qui finit dans la nuit.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde, c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer moi.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La ferveur pour le gratuit, ce qui manque le plus aujourd’hui, effroyablement. Le gratuit seul est divin.

Les Beaux Draps

La conscience n’est dans le chaos du monde qu’une petite lumière, précieuse mais fragile.

Semmelweis

La beauté, c’est comme l’alcool ou le confort, on s’y habitue, on n’y fait plus attention.

Voyage au bout de la nuit (1932)

L’histoire ne repasse pas les plats.

Dans l'hebdomadaire l'Express, n° 312.

L’âme, c’est la vanité et le plaisir du corps tant qu’il est bien portant.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il était dans la nature des choses que le premier converti par la Rédemption fût un soldat et un Romain.

Cahiers Céline, Tome I

Ils ont une certaine manière de parler les gens distingués qui vous intimide et moi qui m’effraie tout simplement, surtout leurs femmes, c’est cependant rien que des phrases mal foutues et prétentieuses, mais astiquées alors comme de vieux meubles.

Voyage au bout de la nuit (1932)

A mesure qu’on reste dans un endroit, les choses et les gens se débraillent, pourrissent et se mettent à puer exprès pour vous.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tous les ouvrages de puériculture elle les avait lus et surtout ceeux qui lyrisent à en pâmer les maternités, ces livres qui vouslibèrent, si vous les assimilez entièrement, de l’envie de copuler.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Puisqu’elle avait envie de se sacrifier exclusivement à un «petit être», je jouais donc de malchance, moi. Je n’avais à lui offrir que mon gros être qu’elle trouvait absolument dégoûtant.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Est-ce qu’il allait aux cabinets devant tout le monde Jésus-Christ? J’ai l’idée que ça n’aurait pas duré longtemps son truc s’il avait fait caca en public.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Là-dedans, il cachait, notre camarade, des cigarettes, et une brosse à dents, même qu’on en rigolait tous, de ce soin peu commun, alors, qu’il prenait de ses dents, et que nous on le traitait, à cause de ce raffinement insolite, «d’homosexuel».

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le monde est conduit par la peur et l’intérêt. Du moins, la guerre a-t-elle le mérite de permettre à l’homme d’y être soi au centre d’une manifestation évidente d’une stupidité latente.

Cahiers Céline, Tome I

Le ventre des femmes recèle toujours un enfant ou une maladie.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On en a pas retrouvé «ça» du gars, mon vieux! c’était plus qu’un souvenir, quoi… Et pourtant, tu sais, il était grand, et bien balancé le gars, et fort, et sportif, mais contre un obus, hein? Pas de résistance.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ah! je t’aime Julie, tellement que je boufferais ta merde, même si tu faisais des étrons grands comme ça.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Pour que dans le cerveau d’un couillon, la pensée fasse un tour, il faut qu’il lui arrive beaucoup de choses et de bien cruelles.

La télé est dangereuse pour les hommes. Personne ne pourra empêcher maintenant la marche en avant de cette infernale machine.

Un livre tout entier d’argot est plus ennuyeux qu’un rapport de la Cour des comptes.

La peine de mort est le prix Nobel des assassins.

Engraisser les sillons du laboureur anonyme, c’est le véritable avenir du véritable soldat.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il n’y a de terrible en nous et sur la terre et dans le ciel peut-être que ce qui n’a pas encore été dit. On ne sera tranquille que lorsque tout aura été dit, une bonne fois pour toutes, alors enfin on fera silence et on aura plus peur de se taire.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Aucune chance de les séduire en leur disant: «Vous n’êtes pas mal». Il faut aller au moins jusqu’à: «Vous êtes unique au monde», minimum qu’elles tolèrent.

Si on se laissait aller à aimer les gens gentils, la vie serait atroce.

Lettre à Arthur Miller

Je voudrais voir Louis XIV face à un «assuré social»… Il verrait si l’Etat c’est lui.

D'un château l'autre

L’expérience est une lanterne qui n’éclaire que celui qui la porte.

Ce qu’il y a de plus subtil dans l’homme, c’est la sexualité.

Ah ben, comment qu’y va? – – Oh! ça va pas fort! – – Ah ben! Je crois qu’il est comme moi: il n’a jamais pas soif!

Et puis sans milliards qu’espérer! Rigoler un peu tout au plus.

Les Anglais, c’est drôle quand même comme dégaine, c’est mi-curé, mi-garçonnet.

Mort à crédit (1936)

L’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches et j’ai ma dignité, moi!

Voyage au bout de la nuit (1932)

Certes, je veux bien aller au Ciel. Anatole france voulait bien y aller aussi mais à condition que l’on y serve le café au lait au lit… Le lit, je m’en moque, mais le café-crème, j’y tiens.

C’est comme les cochonneries, les histoires de bravoure, elles plaisent toujours à tous les militaires de tous les pays.

Tout homme qui possède son alphabet est un écrivain qu’il ne faut pas méconnaître.

On ne meurt pas de dettes, on meurt de ne plus pouvoir en faire.

L’art est une petite musique pour faire danser la vie comme faire de la dentelle au crochet.

De la prison, on en sort vivant, pas de la guerre. Tout le reste, c’est de mots.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Mon tourment à moi c’est le sommeil. Si j’avais bien dormi toujours j’aurais jamais écrit une ligne.

Mort à crédit (1936)

Tant que le militaire ne tue pas, c’est un enfant. On l’amuse aisément. N’ayant pas l’habitude de penser, dès qu’on lui parle il est forcé pour essayer de vous comprendre de se résoudre à des efforts accablants.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Invoquer sa postérité, c’est faire un discours aux asticots.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Vous me faites chier avec Brasillach! – Il n’a pas eu le temps de s’enrhumer, ils l’ont fusillé à chaud!

Ne croyez donc jamais d’emblée au malheur des hommes. Demandez-leur seulement s’ils peuvent dormir encore?… Si oui, tout va bien. Ca suffit.

Voyage au bout de la nuit (1932)

… un homme … ce n’est rien après tout que de la pourriture en suspens…

Voyage au bout de la nuit (1932)

N’oubliez pas que je suis vieux …, je pourrais me payer le luxe de m’en foutre moi de l’avenir!

Voyage au bout de la nuit (1932)

Entre le pénis et les mathématiques …, il n’existe rien! Rien! C’est le vide!

Voyage au bout de la nuit (1932)

… la guerre et la maladie, ces deux infinis du cauchemar.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Un fou, ce n’est que les idées ordinaires d’un homme mais bien enfermées dans une tête. Le monde n’y passe pas à travers sa tête et ça suffit. Ca devient comme un lac sans rivière une tête fermée, une infection.

Voyage au bout de la nuit (1932)

A-t-on jamais vu personne descendre en enfer pour remplacer un autre? Jamais. On l’y voit l’y faire descendre. C’est tout.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Faut entendre au fond de toutes les musiques l’air sans notes, fait pour nous, l’air de la Mort.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est peut-être pour tout le monde la même chose d’ailleurs, dès qu’on insiste un peu, c’est le vide.

Voyage au bout de la nuit (1932)

… ce n’est peut-être que cela la jeunesse, de l’entrain à vieillir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On n’est jamais très mécontent qu’un adulte s’en aille, ça fait toujours une vache de moins sur la terre, qu’on se dit, tandis que pour un enfant, c’est tout de même moins sûr. Il y a l’avenir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le véritable savant met vingt bonnes années en moyenne à effectuer la grande découverte, celle qui consiste à se convaincre que le délire des uns ne fait pas du tout le bonheur des autres et que chacun ici-bas se trouve indisposé par la marotte du voisin.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Faut comprendre! On vous explique bien trop de choses! Voilà le malheur! Cherchez donc à comprendre! Faites un effort!

Voyage au bout de la nuit (1932)

L’esprit est content avec des phrases, le corps c’est pas pareil, il est plus difficile lui, il lui faut des muscles. C’est quelque chose de toujours vrai un corps, c’est pour cela que c’est presque toujours triste et dégoûtant à regarder.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tant qu’il faut aimer quelque chose, on risque moins avec les enfants qu’avec les hommes, on a au moins l’excuse d’espérer qu’ils seront moins carnes que nous autres plus tard. On ne savait pas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est peut-être cela qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Rien qui n’éteigne comme un feu sacré.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le bonheur sur terre ça serait de mourir avec plaisir, dans du plaisir… Le reste c’est rien du tout, c’est de la peur qu’on n’ose pas avouer, c’est de l’art.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Etre seul c’est s’entraîner à la mort.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La jeunesse vraie, la seule, … c’est d’aimer tout le monde sans distinction, cela seulement est vrai, cela seulement est jeune et nouveau.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On n’a jamais assez de temps c’est vrai, rien que pour penser à soi-même.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est la manie des jeunes de mettre toute l’humanité dans un derrière, un seul, le sacré rêve, la rage d’amour.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tout devient plaisir dès qu’on a pour but d’être seulement bien ensemble, parce qu’alors on dirait qu’on est enfin libres. On oublie sa vie, c’est-à-dire les choses du pognon.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Trahir, qu’on dit, c’est vite dit. Faut encore saisir l’occasion. C’est comme d’ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c’est rare qu’on puisse.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On dirait qu’on peut toujours trouver pour n’importe quel homme une sorte de chose pour laquelle il est prêt à mourir et tout de suite et bien content encore.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Etre vieux, c’est ne plus trouver de rôle ardent à jouer, c’est tomber dans cette insipide relâche où on n’attend plus que la mort.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il y a un moment de la misère où l’esprit n’est plus déjà tout le temps avec le corps. Il s’y trouve vraiment trop mal. C’est déjà presque une âme qui vous parle.

Voyage au bout de la nuit (1932)

… la peur. L’envers et l’endroit de la guerre.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tout ce qui est intéressant se passe dans l’ombre, décidément. On ne sait rien de la véritable histoire des hommes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La meilleure des choses à faire, n’est-ce pas, quand on est dans ce monde, c’est d’en sortir? Fou ou pas, peur ou pas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Chacun pleure à sa façon le temps qui passe.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le délire de mentir et de croire s’attrape comme la gale.

Voyage au bout de la nuit (1932)

… des pauvres, c’est-à-dire des gens dont la mort n’intéresse personne.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Etre brave avec son corps? Demandez alors à l’asticot aussi d’être brave, il est rose et pâle et mou, tout comme nous.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Philosopher n’est qu’une autre façon d’avoir peur et ne porte guère qu’aux lâches simulacres.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La plupart des gens ne meurent qu’au dernier moment; d’autres commencent et s’y prennent vingt ans d’avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est effrayant ce qu’on en a des choses et des gens qui ne bougent plus dans son passé. Les vivants qu’on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu’une même ombre les confond déjà.

Voyage au bout de la nuit (1932)

L’homme n’est pas longtemps honnête quand il est seul, allez!

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il n’y a pas de vanité intelligente.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Cette répulsion instinctive qu’inspirent les commerçants à ceux qui les approchent et qui savent, est une des très rares consolations qu’éprouvent d’être aussi miteux qu’ils le sont ceux qui ne vendent rien à personne.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il existe pour le pauvre en ce monde deux grandes manières de crever, soit par l’indifférence absolue de vos semblables en temps de paix, ou par la passion homicide des mêmes en la guerre venue.

Voyage au bout de la nuit (1932)

… les premiers plans d’un tableau sont toujours répugnants et l’art exige qu’on situe l’intérêt de l’oeuvre dans les lointains, dans l’insaisissable, là où se réfugie le mensonge, ce rêve pris sur le fait, et seul amour des hommes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

L’amour c’est comme l’alcool, plus on est impuissant et soûl et plus on se croit fort et malin, et sûr de ses droits.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Après tout, pourquoi n’y aurait-il pas autant d’art possible dans la laideur que dans la beauté? C’est un genre à cultiver voilà tout.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On devient rapidement vieux et de façon irrémédiable encore. On s’en aperçoit à la manière qu’on a prise d’aimer son malheur malgré soi.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On passe son temps à tuer ou à adorer en ce monde et cela tout ensemble. «Je te hais! Je t’adore!»

Voyage au bout de la nuit (1932)

Dans ce métier (soldat) d’être tué, faut pas être difficile, faut faire comme si la vie continuait, c’est ça le plus dur, ce mensonge.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est difficile d’arriver à l’essentiel, même en ce qui concerne la guerre, la fantaisie résiste longtemps.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La grande défaite, en tout, c’est d’oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais jusqu’à quel point les hommes sont vaches.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Nous sommes, par nature, si futiles, que seules les distractions peuvent nous empêcher vraiment de mourir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le tout c’est qu’on s’explique dans la vie. A deux on y arrive mieux que tout seul.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Une forte vie intérieure se suffit à elle-même et ferait fondre vingt années de banquise.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Nous ne changeons pas! Ni de chaussettes, ni de maîtres, ni d’opinions, ou bien si tard, que ça n’en vaut pas la peine.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues.

Toute la détresse de don Juan est de ne pas être puissant comme une mouche!

Entretien avec le professeur Y

Tout est permis en dedans (de soi-même).

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tous les lâches sont romanesques et romantiques, ils s’inventent des vies à reculons, pleines d’éclats, Campéador d’escaliers!

Féerie pour une autre fois

Si les gens sont si méchants, c’est peut-être seulement parce qu’ils souffrent, mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de celui où ils deviennent un peu meilleurs.

Voyage au bout de la nuit (1932)

S’ils se mettent à penser à vous, c’est à votre torture qu’ils songent aussitôt, les autres, rien qu’à ça.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Quand on a pas d’imagination, mourir, c’est peu de chose, quand on en a, mourir c’est trop.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tout seuls.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Plus on est haï, je trouve, plus on est tranquille…

Bagatelles pour un massacre (1937)

On perd la plus grande partie de sa jeunesse à coups de maladresses.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On ne se méfie jamais assez des mots.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Une femme qui passe son temps à redouter les grossesses n’est qu’une espèce d’impotente et n’ira jamais bien loin dans la réussite.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Par la chaleur je me méfie des oeufs pour ton père… Il a de l’entérite.

Mort à crédit (1936)

L’odeur par là vers les docks est insidieuse, au soufre mouillé, au tabac moite vous rentre au poil, vous habille… au miel aussi…

Guignol's band (1944)

Courtial dans l’intimité, n’éprouvait que du mépris, dégoût à peine dissimulable… pour tous ces tâcherons minuscules, ces mille encombreurs de la science…

Mort à crédit (1936)

Au coin du boulevard Magnanime, on est allé prendre à la terrasse un petit cassis et un diabolo.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ainsi sortirent convaincues ces clientes bien devisantes, accompagnées jusqu’au seuil de la pâtisserie aux «Petits Oiseaux» par tous les sourires du magasin.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Et c’est la riposte immédiate! bafouages, brimades, férocités, tractations démones, déversages de torrents de fiente pour que je crève hagard, englouti, sous les opprobes …

Guignol's band (1944)

On a beau dire et prétendre, le monde nous quitte bien avant qu’on s’en aille pour de bon.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Des artistes en plus, de nos jours, on en a mis partout par précaution tellement qu’on s’ennuie.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le cinéma, ce nouveau petit salarié de nos rêves, on peut l’acheter lui, se le procurer pour une heure ou deux, comme un prostitué.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est peut-être ça qu’on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tu finiras sûrement par le trouver le truc qui leur fait si peur, à eux tous, à tous ces salauds là, autant qu’ils sont et qui doit être au bout de la nuit, et c’est pour ça qu’ils n’y vont pas, au bout de la nuit.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Je crois bien qu’elle faisait exprès d’être là… rien que pour m’empoisonner.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il a un vieux chagrin d’amour. Il a pas envie de le quitter. Il en parle tout à fait rarement. C’était une femme pas sérieuse. Gustin c’est un coeur d’élite. Il changera pas avant de mourir.

Mort à crédit (1936)

Tu vas quand même pas t’effarer pour des fariboles pareilles.

Mort à crédit (1936)

Je trottais … jusqu’à la pissotière de la place des Fêtes. Premier abri. Dans l’édicule, à hauteur des jambes, je trouvais justement Bébert.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Si les gens sont si méchants, c’est peut-être seulement parce qu’ils souffrent, mais le temps est long qui sépare le moment où ils ont cessé de souffrir de où ils deviennent un peu meilleurs.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La colonne démarre, tous les moteurs fulminent, pètent dans un vacarme pas écoutable!…

Guignol's band (1944)

La moitié des feuilles manquent à cause des dysentériques qui n’ont jamais de papier suffisamment.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Au courant plus loin vers Kindall, l’on aperçoit les «barges» en peine, cotres et dundees largués auprès, lourdes à verser…

Guignol's band (1944)

Deux cavaliers tout de suite bondissent hors de la cafouine… Ils dropent dare-dare… On les entend… qui résonnent avec leurs sabres très loin, là-bas dans les pavés…

Casse-pipe (1949)

Charger… décharger!… voilà tout! Un point et c’est marre!… Dockers! Dockers! Voilà tout!…

Guignol's band (1944)

Dans le Parc des mômes qui galopent, qui foncent partout, se coursent à travers les allées…

Guignol's band (1944)

C’est l’émotion qui me bouleverse, me déconcerte, me coupe l’effet.

Guignol's band (1944)

Autour de moi tout était accablant de haine et d’ennui. Il faut dire aussi qu’il est incroyable cet ennui du bord, cosmique pour parler franchement.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Voici les esclaves qui trésaillent un peu, on a du mal à les faire se tenir, ils reniflent, ils s’ébrouent et font clinquer leurs chaînes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Pour ma part, dites-le vous bien, j’ai d’autres chats à fouetter que d’aller me ruer sous les chars!…

Guignol's band (1944)

Il sait bien ce qu’il fait le gredin! Il le sait le petit salaud! Le charognard! … Il nous a bien vus dépérir! Il est aussi vicieux que méchant!

Mort à crédit (1936)

Elle avait un chapeau à franges qui croulait sous le poids des fleurs… C’était un jardin suspendu.

Mort à crédit (1936)

Avec le môme j’ai fait gafe! J’ai été extrêmement prudent, j’ai pas raconté d’histoires, je voulais me tenir à carreau…

Mort à crédit (1936)

Elle quittait jamais son chapeau, ni sa voilette, ni ses gants, elle faisait telle quelle son ménage… harnachée de pied en cap! avec ses plumes, son lorgnon…

Guignol's band (1944)

Le cuistot sort de sa cambuse. Il lance à bouffer aux oiseaux râleurs une énorme écuelle.

Mort à crédit (1936)

La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer moi.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La loi, c’est le grand «Luna Park» de la douleur. Quand le miteux se laisse saisir par elle, on l’entend encore crier des siècles et des siècles après.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tu vois pas ça, toi, dans ta tête?… Le cafard?… T’entends?… Le cafard? Faut te faire un dessin?

Guignol's band (1944)

Il démontrait à la ronde, le jeu des soupapes et des valves, du guide-rope, des baromètres, des lois du lest, des pesanteurs.

Mort à crédit (1936)

Et c’est la riposte immédiate! Bafouages, brimades, férocités, tractations démones…

Guignol's band (1944)

Robinson, je me disais encore… je l’ai pris longtemps pour un gars d’aventure, mais c’est rien qu’un demi-sel…

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il tenait trop à ses instruments… Il en rachetait même encore d’autres… des pianos surtout… Le dernier un Pleyel, un parfait demi-queue au prix fort, un modèle galbé de chez Maxon, une fantaisie.

Guignol's band (1944)

Je vois qu’ils croient que je déménage… Ils se font des signes. – Suivez-nous jeune homme!… Suivez-nous!… Montez tout doucement… doucement avec nous.

Guignol's band (1944)

Aussitôt qu’on décroche la prime! Pop! On fout le camp! On déhotte!

Le Pont de Londres (1964)

Ils pensent qu’au cul, ces voyous-là.

Casse-pipe (1949)

Elle retourne le sablier de la Cour au moment où je vais calencher… – Il mourra jamais!

Féerie pour une autre fois (1952-1954)

Puisque je raconte, que je vous dépeins… que je vous promène, dans sa cagna… son plafond était à se souvenir…

Féerie pour une autre fois (1952-1954)

Ca les amuse de me voir comme ça… pris au piège, hagard, cafouilleux… Une distraction. C’est bien le genre de ces gens-là…

Le Pont de Londres (1964)

Siècle de vitesse! qu’ils disent. Où ça? Grands changements! qu’ils racontent. Comment ça? Rien n’est changé en vérité.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La brusquerie fait tout rater! C’est la précipitation qui culbute tous les pronostics!… Les plus fructueuses entreprises sont celles qui mûrissent très lentement!…

Mort à crédit (1936)

Après la pluie qu’il en a! Le temps affreux qu’il fait dehors… qu’il brouillarde et pleut en même temps! On n’y voit pas à trois yards!

Guignol's band (1944)

Le vieux il devait se débarrasser, fourguer tout ça à Petticoat, le pavé de la brocaille, leurs Puces, se faire de la place!

Guignol's band (1944)

Dis à la Joconde qu’elle monte!… les hommes faut qu’elle vous fasse les brêmes!

Guignol's band (1944)

La boutique sombrait sans recours… Des bibelots on en vendait plus, même pas à des prix dérisoires…

Mort à crédit (1936)

Dès que le patron a mis les bouts, le petit Robert, il se tenait plus.

Mort à crédit (1936)

C’est moi qui tenais les paris, le ginger, les chocolats, les images, les bouts de cigarettes… même des bouts de sucre… trois alumettes.

Mort à crédit (1936)

Notre bouzine cane, grelotte, engagée traviole au montoir entre trois camions déporte, hoquète, elle est morte!

Guignol's band (1944)

C’était pas un homme méchant, mais aigri à cause du climat, il faisait du pognon voilà tout… il voulait retourner au soleil… Chez lui en Calabre et bourré!

Guignol's band (1944)

Il rentre, mon père, juste à ce moment… Il était pas du tout refroidi… Il se met à bourrer dans la table, et tant que ça peut dans les cloisons!… A deux poings fermés!

Mort à crédit (1936)

Je pourrais me sucrer davantage! Mes femmes me suffisent. Je pourrais faire de la munition! On me l’a proposé!… Y en a de plus cons que moi qui se bourrent!…

Guignol's band (1944)

En Afrique, c’est la chaleur qui me crevait… Ici, je suis pas assez intelligent… Mais tout ça je m’en rends compte, c’est du «bourre-mou»! Ah! si j’avais du pognon!…

Voyage au bout de la nuit (1932)

Après sept heures, en principe, les petits boulots sont rentrés. Leurs femmes sont dans la vaisselle, le mâle s’entortille dans les ondes radio.

Mort à crédit (1936)

Il m’a pas très à la bonne… Il doit être un peu jaloux…

Guignol's band (1944)

Avec bien du mal, j’ai fini par recueillir l’adresse incertaine d’une «Maison», d’un bobinard clandestin, dans le quartier nord de la ville.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ca répercutait plein le bastringue que ça faisait trembler les parois tellement qu’ils hurlaient fort en choeur!… Le lustre à bobèches il voguait, valsait sur les têtes!…

Guignol's band (1944)

Charger… décharger!… Voilà tout! Un point et c’est marre!… Camelote de commerce ou de guerre… Jamais un autre blot! C’était comme ça leur destin.

Guignol's band (1944)

Il se renfrognait sombre et sournois, il me biglait de travers, buté, méchant, marmotteur… Il voulait plus du tout renier!…

Le Pont de Londres (1964)

Il hoche la bouille… il me gafe… il se demande si c’est tout du bide?… juste un faux-fuyant!…

Le Pont de Londres (1964)

Il me reprend par le bras… Il biche je vois qu’il est heureux qu’il m’emmène…

Guignol's band (1944)

En attandant, quant aux malades, il n’en venait pas «bezef». Faut le temps de démarrer, qu’on me disait pour me rassurer.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On tousse un peu quand on entre à cause de l’épaisse fumée… aussi because c’est la manière… c’est opaque jusqu’au fond de la salle…

Guignol's band (1944)

Je voyais bien les princes, les hautes lances, les chevaliers… la pourpre, les verts, les grenats, toutes les armures en rubis… Tout le bastringue!…

Mort à crédit (1936)

Basta! on sonne!… une fois, deux fois, pas le téléphone… à la grille! en bas du jardin, trois fois… bien sûr que je peux faire le sourd, je suis pas domestique.

Rigodon (1969)

Mets-toi à leur place à ces deux femmes, mets-y-toi un peu…! Tu le méritais cent fois, qu’elles t’envoyent au ballon.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ce sont des péchés qu’on le veuille ou non d’être baiseurs et pauvres.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il bafouillait un petit peu, il s’est gouré dans tous les noms… Ca n’avait aucune importance…

Mort à crédit (1936)

On nous persécute! On nous piétine! On nous bafoue! On me déshonore! Et que trouves-tu à répondre? Que j’exagère! C’est le comble!

Mort à crédit (1936)

J’allais atteindre mes sept ans, bientôt j’irais à l’école, il fallait pas qu’on m’égare… C’était plus le moment de badiner.

Mort à crédit (1936)

Mauriac, Achille, Goebbels, Tartre!… ça que vous les voyez si nerveux, si alcooliques, d’un cocktail l’autre, d’une confession l’autre, d’un train l’autre, d’un mensonge l’autre! d’une Cellule l’autre… d’une déconnerie l’autre!

D'un château l'autre (1947)

Ca n’arrêtait plus du tout les meurtrissures d’amour-propre… Autant comme autant!

Mort à crédit (1936)

Les indigènes dans ces parages souffraient jusqu’au marasme de toutes les maladies attrapables …

Voyage au bout de la nuit (1932)

Eh bien alors Ferdinand!… Toujours d’attaque? Toujours sur la brèche? Ca va, ça va bien…

Mort à crédit (1936)

Ca n’empêche pas les horreurs!… les atrocités assassines!…

Guignol's band (1944)

On le trouvait pas trop arnaqueur pour un dégueulasse dans son genre, profiteur de mouise, vampire, tout.

Guignol's band (1944)

L’oncle Edouard, tout seul, s’était appuyé toutes les courses. Il avait fait toutes les démarches…

Mort à crédit (1936)

Il lui est sorti au début du mois de septembre toute une quantité de furoncles, d’abord sous les bras et puis ensuite derrière le cou alors un véritable énorme, qu’est devenu tout de suite un anthrax.

Mort à crédit (1936)

Je ne veux rien dire contre lui, puisque c’est un ami à toi.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Avec huit morveux seulement c’était pas la peine qu’on s’aligne… on se faisait sûrement écraser …

Mort à crédit (1936)

De ses fenêtres au premier étage on apercevait les gréements, tout «l’Indian-Dock», les premières voiles, les agrès …

Guignol's band (1944)

Les femmes à Pierrot qu’on se trompe pas, avec tous leurs vices et machins, si elles affurent trois Livres par jour! c’est le bout du monde!

Guignol's band (1944)

Quand on a pu s’échapper vivant d’un abattoir international en folie, c’est tout de même une référence sous le rapport du tact et de la discrétion. Mais revenons à ce voyage.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Tout le reste n’est que déceptions et fatigues. Notre voyage à nous est entièrement imaginaire. Voilà sa force.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tenez, moi, regardez comme je m’adapte, Ferdinand!… (Il s’en tapait sur le sternum.) Que demain la terre se mette par exemple à tourner dans l’autre sens. Eh bien moi? Je m’adapterai, Ferdinand! Et tout de suite encore!

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le «chalet polyvalent», la demeure souple, extensible, adaptable à toutes les familles! sous tout les climats.

Mort à crédit (1936)

Les deux dames accompagnatrices, elles sont arrivées plus tôt qu’on pensait… Un peu des genres «bonnes soeurs».

Mort à crédit (1936)

Vous fréquentez des gens terribles! Haut et court!… Un abuseur des libertés!…

Guignol's band (1944)

Enfin! que je puisse m’abstraire!… tu comprends?… La vie extérieure me ligote… Elle me grignote!

Mort à crédit (1936)

Ma nuit à moi, ce cercueil.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il n’a plus assez de musique dans le coeur pour faire danser sa vie.

Voilà ce qui nous reste sur la figure après vingt ans passés. Une erreur! Notre figure n’est qu’une erreur.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Une ville sans concierge ça n’a pas d’histoire, pas de goût, c’est insipide telle une soupe sans poivre ni sel, une ratatouille informe.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Moi d’abord la campagne, faut que je le dise tout de suite, j’ai jamais pu la sentir. … Mais quand on y ajoute la guerre en plus, c’est à pas y tenir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Au commencement était l’émotion.

Oeuvres

La vraie haine, elle vient du fond, elle vient de la jeunesse, perdue au boulot sans défense. Alors celle-là qu’on en crève.

Mort à crédit (1936)

L’écrivain au fond, c’est le raté de tous les arts, poésie, musique, théâtre, politique ; le bâtard de toutes les muses ! Qu’il lui soit beaucoup pardonné.

Lettre, à Claude Lafaye, 20 octobre 1947?

On ne sait plus qui réveiller en vieillissant, les vivants ou les morts.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Lâche ou courageux, cela ne veut pas dire grand-chose. Lapin ici, héros là-bas, c’est le même homme, il ne pense pas plus ici que là-bas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il existe certains coins comme ça dans les villes, si stupidement laids qu’on y est presque toujours seul.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Nous deux, nous ne pleurions pas. Nous n’avions nulle part, nous, où prendre des larmes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tout de suite nous devînmes confidents. En deux heures je connus tout de son âme. Pour le corps j’attendis encore un peu.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le rôle du paillasson admiratif est à peu près le seul dans lequel on se tolère d’humain à humain avec quelque plaisir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Je ne connaissais que des pauvres, c’est-à-dire des gens dont la mort n’intéresse personne.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les choses auxquelles on tenait le plus, vous vous décidez un beau jour à en parler de moins en moins, avec effort quand il faut s’y mettre. On en a bien marre de s’écouter toujours causer.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Très peu de présence, tout est là, surtout pour l’amour.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Pour les ravigoter, on les remonte les riches, à chaque dix ans, d’un cran dans la Légion d’honneur, comme un vieux nichon.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Toute la jeunesse aboutit sur la plage glorieuse, au bord de l’eau, là où les femmes ont l’air d’être libres enfin, où elles sont si belles qu’elles n’ont même plus besoin du mensonge de nos rêves.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les chats trop menacés par le feu finissent tout de même par aller se jeter dans l’eau.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Trahir, qu’on dit, c’est vite dit. Faut encore saisir l’occasion. C’est comme d’ouvrir une fenêtre dans une prison trahir. Tout le monde en a envie, mais c’est rare qu’on puisse.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Nous vivions un grand roman de geste, dans la peau de personnages fantastiques, au fond desquels, dérisoires, nous tremblions de tout le contenu de nos viandes et de nos âmes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il transpirait des si grosses gouttes que c’était comme s’il avait pleuré avec toute sa figure.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les femmes surtout demandaient du spectacle et elles étaient impitoyables, les garces, pour les amateurs déconcertés. La guerre, sans conteste, porte aux ovaires, elles en exigeaient des héros.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La meilleure chose à faire, n’est-ce pas, quand on est dans ce monde, c’est d’en sortir? Fou ou pas, peur ou pas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il faudrait fermer le monde décidément pendant deux ou trois générations au moins s’il n’y avait plus de mensonges à raconter. On n’aurait plus rien à se dire ou presque.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Un cerveau, c’est tyran comme y a pas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les vivants qu’on égare dans les cryptes du temps dorment si bien avec les morts qu’une même ombre les confond déjà.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On se trompe peut-être toujours quand il s’agit de juger le coeur des autres.

Voyage au bout de la nuit (1932)

J’étais aux prises ici pour ma part avec un torrent de sensations inconnues. Il y a un moment entre deux genres d’humanités où l’on en arrive à se débattre dans le vide.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le propriétaire c’est pire que de la merde. Voilà tout.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On n’échappe pas au commerce américain.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Un patron se trouve toujours un peu rassuré par l’ignominie de son personnel.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Tout pour la nuit! C’est ma devise! Il faut tout le temps songer à la nuit.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ainsi passèrent des jours et des jours, je reprenais un peu de santé, mais au fur et à mesure que je perdais mon délire et ma fièvre dans ce confort, le goût de l’aventure et des nouvelles imprudences me revint impérieux. A 37 degré tout devient banal.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Jamais ou presque, ils ne demandent le pourquoi, les petits, de tout ce qu’ils supportent. Ils se haïssent les uns les autres, ça suffit.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La plupart des gens ne meurent qu’au dernier moment; d’autres commencent et s’y prennent vingt ans à l’avance et parfois davantage. Ce sont les malheureux de la terre.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Contre l’abomination d’être pauvre, il faut, avouons-le, c’est un devoir, tout essayer, se soûler avec n’importe quoi, du vin, du pas cher, de la masturbation, du cinéma.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est quelque chose de toujours vrai un corps, c’est pour cela que c’est presque toujours triste et dégoûtant à regarder.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les indigènes eux, ne fonctionnent guère en somme qu’à coups de trique, ils gardent cette dignité, tandis que les Blancs, perfectionnés par l’instruction publique, ils marchent tout seuls.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Quand on a pas d’imagination, mourir c’est peu de chose, quand on en a, mourir c’est trop.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La guerre en somme c’était tout ce qu’on ne comprenait pas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Quand on a pas d’imagination, mourir c’est peu de choses, quand on en a, mourir c’est trop.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Faire confiance aux hommes c’est déjà se faire tuer un peu.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Seulement, dans certains cas, n’est-ce pas, on n’entend guère que ce qu’on désire entendre et ce qui vous arrange le mieux.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Quand on n’a pas d’argent à offrir au pauvre, il vaut mieux se taire. Quand on leur parle d’autre chose que d’argent, on les trompe, on ment, presque toujours.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il n’y a jamais de fête véritable que pour le commerce et en profondeur encore et en secret.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Papa manie la chaise, faut voir, comme une cognée, et maman le tison comme un sabre! Gare aux faibles alors! C’est le petit qui prend. Les torgnoles aplatissent au mur tout ce qui ne peut pas se défendre et riposter: enfants, chiens ou chats.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les riches c’est facile à amuser rien qu’avec des glaces par exemple, pour qu’ils s’y contemplent, puisqu’il n’y a rien de mieux au monde à regarder que les riches.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Dans le commerce, bien représenter c’est tout à fait essentiel. Un employé qui se néglige, c’est de la honte pour ses patrons… Sur les chaussures, vous êtes jugés!… Ne pas faire pauvre pour les arpions!…

Mort à crédit (1936)

Maman elle, va s’écrouler sur la rampe… Elle se revomit complètement… Il lui est remonté une carotte… un morceau de gras… et la queue entière d’un rouget…

Mort à crédit (1936)

La pluie d’Angleterre c’est un océan suspendu… On se noie peu à peu…

Mort à crédit (1936)

Au bord du quai les pêcheurs ne prenaient rien. Ils n’avaient même pas l’air de tenir beaucoup à en prendre des poissons. Les poissons devaient les connaître. Ils restaient là tous à faire semblant.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Pas de pognon, pas de fifres, pas de grosses caisses, pas d’émeutes par conséquent. Pas d’or, pas de révolution! pas plus de Volga que de beurre en branche, pas plus de bateliers que de caviar!

Les Beaux Draps (1941)

Par là, où il montrait, il n’y avait rien que la nuit, comme partout d’ailleurs, une nuit énorme qui bouffait la route à deux pas de nous et même qu’il n’en sortait du noir qu’un petit bout de route grand comme la langue.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il n’y avait rien que la nuit, comme partout d’ailleurs, une nuit énorme qui bouffait la route à deux pas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

En convalescence, on me l’avait apportée la médaille, à l’hôpital même. Et le même jour, je m’en fus au théâtre, la montrer aux civils pendant les entractes. Grand effet. C’était les premières médailles qu’on voyait dans Paris. Une affaire!

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les enfants, c’est comme les années, on les revoit jamais.

Mort à crédit (1936)

Dès que dans l’existence ça va un tout petit peu mieux, on ne pense plus qu’aux saloperies.

Mort à crédit (1936)

C’est le roman qui pousse au crime bien pire que l’alcool…

Mort à crédit (1936)

Les malheurs ça se fatigue aussi…

Mort à crédit (1936)

On se fatigue de tout sauf de dormir et de rêvasser.

Mort à crédit (1936)

J’aimais pas moi, les questions. Je me renfrognais aussitôt… Avouer ça attire les malheurs.

Mort à crédit (1936)

Pour bien enchaîner ma Légende j’aurais pu me documenter auprès de personnes délicates… accoutumées aux sentiments… aux mille variantes des tons d’amours… J’aime mieux me débrouiller tout seul.

Mort à crédit (1936)

Souvent les personnes délicates c’est des personnes qui peuvent pas jouir.

Mort à crédit (1936)

Ah! s’amuser avec sa mort tout pendant qu’il la fabrique, ça c’est tout l’Homme, Ferdinand!

Mort à crédit (1936)

J’étais un rentier d’Esthétique. J’en avais mangé de la fesse et de la merveilleuse… je dois le confesser de la vraie lumière. J’avais bouffé de l’infini.

Mort à crédit (1936)

Quand on a un bon culot, ça suffit, presque tout alors vous est permis, absolument tout, on a la majorité pour soi et c’est la majorité qui décrète de ce qui est fou et de ce qui ne l’est pas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Presque tous les désirs du pauvre sont punis de prison.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est bien agréable une langue dont on ne comprend rien… C’est comme un brouillard aussi qui vadrouille dans les idées… C’est bon, y a pas meilleur… C’est admirable tant que les mots ne sortent pas du rêve…

Mort à crédit (1936)

Il n’y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand leur Patrie est en danger.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Je vais apprendre l’anglais les hommes si ça continue!… Je veux comprendre un peu ce qu’ils déconnent, comment qu’ils leur bourrent la tête! puisque ça les rend tous fous!… ça doit être fameux! Je voudrais entendre leur jaspin!…

Guignol's band (1944)

Ils racontaient sur mon compte des horreurs à n’en plus finir et des mensonges à s’en faire sauter l’imagination.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ainsi les rares énergies qui échappaient au paludisme, à la soif, au soleil, se consumaient en haines si mordantes, si insistantes, que beaucoup de colons finissaient par en crever sur place, empoisonnés d’eux-mêmes, comme des scorpions.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Je ne présentais qu’un seul avantage moi, en somme, mais alors celui qui vous est difficilement pardonné, celui d’être presque gratuit, ça fait tort au malade et à sa famille un médecin gratuit, si pauvre soit-elle.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Mon boulot consistait encore, d’autre part, avant l’heure des cours, à faire promener et pisser les chiens de garde du magasin.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il avait gagné comme ça, mon dabe, en une seule séance, à Enghien, d’un coup six cents francs sur «Carotte» et puis encore sur «Célimène» deux cent cinquante à Chantilly… Ca l’avait grisé… Il allait risquer davantage…

Mort à crédit (1936)

Pour pas foncer dans les gadouilles, pour pas rester dans les terreaux, on avançait l’un derrière l’autre, sur une enfilade de planchettes.

Mort à crédit (1936)

Après tout, lorsque le temps d’en finir est venu, lorsque l’égoïsme nous relâche un peu, en fait de souvenir on ne garde au coeur que celui des femmes qui aimaient vraiment un peu les hommes, pas seulement un seul, même si c’était vous, mais tous.

Voyage au bout de la nuit (1932)

De fureur, il s’en va cogner un grand coup dans le petit poêle. Tout s’écroule, tout se renverse…

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ah ! petit fumier ! tu me défies ? petit maquereau ! petite ordure !

Mort à crédit (1936)

Le délire scientifique plus raisonné et plus froid que les autres est en même temps le moins tolérable d’entre tous.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Jamais il quittait son local, jamais il se déshabillait, il gardait sur lui toutes ses fripes, ses pélerines et son turban.

Guignol's band (1944)

Je ne pipais pas pendant qu’il me parlait. Il en fut donc pour ses frais de confidences.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Elle avait la certitude que si elle ouvrait sa porte les forces hostiles déferleraient chez elle, s’empareraient d’elle et que ça serait fini une fois pour toutes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Parfois elles étaient si dures, les nouvelles selles merveilleuses qu’elle en éprouvait un mal affreux au fondement…

Voyage au bout de la nuit (1932)

Son attention précise et autrefois assez sévère flottait à présent entraînée vers de fabuleuses, interminables digressions.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Surtout qu’il commençait à se lever un petit vent de rivière et que flottaient dans le cadre des fenêtres les rideaux tuyautés comme autant de petits drapeaux de fraîche gaieté.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Cette confiance de votre Directeur m’apparaît comme la plus flatteuse des promotions, mon cher Docteur !

Voyage au bout de la nuit (1932)

J’avais peut-être une petite chance que ça soye pas tout du flan son départ en Chine !… qu’il m’embarque !… que ça se décide !

Guignol's band (1944)

Il est content… il exulte ! … il sursaute sur son gros fias…

Guignol's band (1944)

Sur les banquettes autour de nous des festoyeurs un peu saouls dormaient déjà.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La femme de ménage passait chez eux trois heures par semaine pour laver, c’était la seule visite qu’ils eussent reçue au cours de bien des années.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Seulement les femelles du bord nous suivaient des yeux, silencieuses et graduellement déçues.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les mômes, ils se farfouillaient les narines, ils tortillaient dans tous les sens.

Mort à crédit (1936)

Nous vivions un grand roman de geste’, dans la peau de personnages fantastiques.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les médecins, c’est bien connu, c’est tous des cochons… la plupart du temps… Mais lui, alors, je crois qu’il est fadé dans son genre ! …

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ma soeur vend son cul en Russie ! Mon fils a déjà tous les vices ! Je suis joli ! Ah ! je suis fadé !

Mort à crédit (1936)

Les idées ne venaient pas facilement, il peinait pour s’exprimer et encore, bien plus pour écrire.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ils doivent faire une drôle de tête les gens quand on les extirpe des oubliettes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il tenait à présent ces propos, si exorbitants, fussent-ils, pour absolument académiques et insignifiants.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est bon les villes inconnues ! C’est le moment et l’endroit où on peut supposer que les gens qu’on rencontre sont tous gentils. C’est le moment du rêve. On peut profiter que c’est le rêve pour aller perdre quelque temps au jardin public.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On prend tout pour des chagrins d’amour quand on est jeune et qu’on ne sait pas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Un verre de fine dans la main droite, pendant que de l’autre il évoquait en larges gestes la majesté des forêts inconquises et les fureurs de la tornade équatoriale.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Je l’assurai de ma bien vive reconnaissance si elle voulait bien me recommander à quelque employeur éventuel… parmi ses relations.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On se cherche bien encore des trucs et des excuses pour rester là avec eux les copains, mais la mort est là aussi elle, puante, à côté de vous, tout le temps à présent et moins mystérieuse qu’une belote.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Hachis et bouts d’os ! … c’est ça la pensée de la foule : hachis et bouts d’os ! …

D'un château l'autre (1947)

Agoniser ne suffit pas. Il faut jouir en même temps qu’on crève avec les derniers hoquets faut jouir encore, tout en bas de la vie, avec de l’urée plein les artères.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Cette angoisse de grossir était arrivée à lui gâter tout plaisir. Elle eut en peu de temps aussi peur des beignets que moi des obus.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Autant pas se faire d’illusions, les gens n’ont rien à se dire, ils ne se parlent que de leurs peines à eux chacun, c’est entendu. Chacun pour soi, la terre pour tous.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Je sus rompre devant cette autorité américaine comme j’avais rompu devant tant d’autres autorités, en lui présentant donc ma verge d’abord, et puis mon derrière par suite d’un demi-tour preste, le tout accompagné du salut militaire.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Et Mireille ici, la petite nièce, elle a le vice de toutes les autres, une vraie peau de vache, une synthèse.

Mort à crédit (1936)

Il y a des animaux ainsi faits, ils ont beau être innocents et malheureux et tout, on le sait, on leur en veut quand même. Il leur manque quelque chose.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Dans ce dur métier d’être tué, faut pas être difficile, faut faire comme si la vie continuait, c’est ça le plus dur, ce mensonge.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On est puceau de l

Voyage au bout de la nuit (1932)

Figurez-vous qu’elle était debout leur ville, absolument droite. New York c’est une ville debout.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La femme qui sait tenir compte de notre misérable nature devient aisément notre chérie, notre indispensable et suprême espérance.

Voyage au bout de la nuit (1932)

L’Opinion a toujours raison, surtout si elle est bien conne…

D'un château l'autre (1947)

Il faut se dépêcher de s’en gaver de rêves pour traverser la vie qui vous attend dehors, sorti du cinéma, durer quelques jours de plus à travers cette atrocité des choses et des hommes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Il faudra endormir pour de vrai un soir, les gens heureux, pendant qu’ils dormiront, je vous le dis et en finir avec eux et leur bonheur une fois pour toutes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ils ne savaient pas, ces primitifs, l’appeler « Monsieur » l’esclave, et le faire voter de temps à autre, ni lui payer le journal, ni surtout l’emmener à la guerre, pour lui faire passer ses passions.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Malade, je l’étais complètement, à ce point que je me faisais l’effet de n’avoir plus besoin de mes jambes, elles pendaient simplement au rebord de mon lit comme des choses négligeables et un peu comiques.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Faire quelque chose… C’était mon devoir, comme on dit. Mais j’étais trop bien assis et trop mal debout.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ce qui nuit dans l’agonie des hommes c’est le tralala l’homme est toujours quand même en scène le plus simple.

D'un château l'autre (1947)

Il se débattait autant contre la vie que contre la mort. Ce serait juste d’éclater dans ces cas-là. Quand la nature se met à s’en foutre on dirait qu’il n’y a plus de limites.

Voyage au bout de la nuit (1932)

A Paris, sans fortune, sans dettes, sans héritage, on existe à peine déjà, on a bien du mal à ne pas être déjà disparu.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Le monde ne sait que vous tuer comme un dormeur tue ses puces. Voilà qui serait certes mourir bien sottement, que je me dis, comme tout le monde, c’est-à-dire.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La marchande de pantoufles sort de chez elle et promène, en bavardant, d’une devanture voisine à l’autre, ses kilos de varices après les jambes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Faut pas croire que c’est facile de s’endormir une fois qu’on s’est mis à douter de tout, à cause surtout de tant de peurs qu’on vous a faites.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’était comme si on avait essayé en m’engueulant très fort de me donner l’envie d’aller me suicider. Ces choses-là on les a ou on ne les a pas.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On ne peut pas se retrouver pendant qu’on est dans la vie. Y a trop de couleurs qui vous distraient et trop de gens qui bougent autour. On ne se retrouve qu’au silence, quand il est trop tard, comme les morts.

Voyage au bout de la nuit (1932)

L’existence, ça vous tord et ça vous écrase la face. Les pauvres sont fadés. La misère est géante, elle se sert pour essuyer les ordures du monde de votre figure comme d’une toile à laver.

Voyage au bout de la nuit (1932)

A quoi que ça sert-y d’être adoré ? Voulez-vous me le dire ? Est-ce que ça m’empêchera d’avoir un cancer du rectum, si je dois en avoir un !

L'Eglise (1933)

Entre le pénis et les mathématiques, il n’existe rien ! Rien ! C’est le vide !

Voyage au bout de la nuit (1932)

La jeunesse vraie, la seule, Curé, c’est d’aimer tout le monde sans distinction, cela seulement est vrai, cela seulement est jeune et nouveau.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Quand la haine des hommes ne comporte aucun risque, leur bêtise est vite convaincue, les motifs viennent tous seuls.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Alors j’ai bien vu revenir les mille et mille petits canots au-dessus de la rive gauche… Ils avaient chacun dedans un petit mort ratatiné dessous sa voile… et son histoire… ses petits mensonges pour prendre le vent…

Mort à crédit (1936)

D’ailleurs, les fleurs, c’est comme les hommes… Et plus c’est gros et plus c’est con !

Voyage au bout de la nuit (1932)

La vie c’est une classe dont l’ennui est le pion, il est là tout le temps à vous épier d’ailleurs, il faut avoir l’air d’être occupé, coûte que coûte, à quelque chose de passionnant, autrement il arrive et vous bouffe le cerveau.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On parle souvent des illusions, qu’elles perdent la jeunesse. On l’a perdue sans illusions la jeunesse. Encore des histoires ! …

Guignol's band (1944)

La vie c’est un petit bout de lumière qui finit dans la nuit.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La misère poursuit implacablement et minutieusement l’altruisme et les plus gentilles initiatives sont impitoyablement châtiées.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Un jour qui n’est rien qu’une simple journée de 24 heures c’est pas tolérable. Ca ne doit être qu’un long plaisir presque insupportable une journée, un long coït une journée, de gré ou de force.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On ne se parlait pas beaucoup, on n’avait plus grand-chose à se dire. D’abord, à quoi ça sert, les mots quand on est fixé ? A s’engueuler et puis c’est tout.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Dans la journée c’était pas drôle. C’était rare que je pleure pas une bonne partie de l’après-midi. Je prenais plus de gifles que de sourires, au magasin. Je demandais pardon à propos de n’importe quoi, j’ai demandé pardon pour tout.

Mort à crédit (1936)

La grande fatigue de l’existence n’est peut-être en somme que cet énorme mal qu’on se donne pour demeurer vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas être simplement, profondément soi-même, c’est à dire immonde, atroce, absurde.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Voyager, c’est bien utile, ça fait travailler l’imagination. Et puis d’abord tout le monde peut en faire autant. Il suffit de fermer les yeux.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La beauté on sait que ça meurt, et comme ça on sait que ça existe.

L'Eglise (1933)

Mon sentiment c’était comme une maison où on ne va qu’aux vacances. C’est à peine habitable. Et puis aussi c’est exigeant un agonique. Agoniser ne suffit pas. Il faut jouir en même temps qu’on crève, avec les derniers hoquets faut jouir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Ca serait pourtant pas si bête s’il y avait quelque chose pour distinguer les bons des méchants.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La guerre avait brûlé les uns, réchauffé les autres, comme le feu torture ou conforte, selon qu’on est placé dedans ou devant.

Voyage au bout de la nuit (1932)

C’est triste des gens qui se couchent, on voit bien qu’ils se foutent que les choses aillent comme elles veulent, on voit bien qu’ils ne cherchent pas à comprendre eux, le pourquoi qu’on est là.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La grande défaite en tout, c’est d’oublier.

Voyage au bout de la nuit (1932)

La peur ne dit ni oui, ni non. Elle prend tout ce qu’on dit la peur, tout ce qu’on pense, tout. Ca ne sert pas même d’écarquiller les yeux dans le noir dans ces cas-là. C’est de l’horreur de perdue et puis voilà tout.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Les élans du coeur m’étaient devenus tout à fait désagréables, je préférais ceux du corps tout simplement.

Voyage au bout de la nuit (1932)

J’étais un enfant alors, elle me faisait peur la prison. C’est que je ne connaissais pas encore les hommes.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On n’est jamais mécontent qu’un adulte s’en aille, ça fait toujours une vache de moins sur terre, qu’on se dit, tandis que pour un enfant, c’est tout de même moins sûr. Il y a l’avenir.

Voyage au bout de la nuit (1932)

L’homme est un être sentimental. Point de grandes créations hors du sentiment, et l’enthousiasme vite s’épuise chez la plupart d’entre eux à mesure qu’ils s’éloignent de leur rêve.

La Vie et l'oeuvre de Philippe Ignace Semmelweis (1924)

La bonté n’est qu’un petit courant mystique parmi les autres et dont on tolère difficilement l’indiscrétion.

La Vie et l'oeuvre de Philippe Ignace Semmelweis (1924)

On rêve de choses plus ou moins précises, on se laisse porter par ses ambitions, par ses rancunes, par son passé. C’est un des lieux les plus méditatifs de notre époque, c’est notre sanctuaire moderne, la Rue.

La Vie et l'oeuvre de Philippe Ignace Semmelweis (1924)

Si les gens sont si méchants, c’est peut-être seulement parce qu’ils souffrent.

Voyage au bout de la nuit (1932)

On n’a plus beaucoup de musique en soi pour faire danser la vie, voilà. Toute la jeunesse est allée mourir déjà au bout du monde dans le silence de vérité.

Voyage au bout de la nuit (1932)

Je ne m’intéresse pas aux hommes, je m’intéresse aux choses.

Interview avec Louis Pauwels et André Brissaud (Radio-Télévision française), printemps 1959.