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Citations de : Louis Aragon

Il est permis de rêver. Il est recommandé de rêver. Sur les livres et les souvenirs. Sur l’Histoire et sur la vie.

Préface à la traduction française de "Michael Kolhaas"

En France tout finit par des fleurs de rhétorique.

Le Libertinage (1977)

En étrange pays dans mon pays lui-même – Je sais bien ce que c’est qu’un amour malheureux.

Les Yeux d'Elsa

De la femme vient la lumière.

Le Roman inachevé (1956)

C’est un grand moment de la vie d’un peuple que celui où tout le monde, ou presque tout le monde, s’applique à employer les mots dans leur sens véritable.

Servitude et Grandeur des Français

C’est à la poésie que tend l’homme. – Il n’y a de connaissance que du particulier. – Il n’y a de poésie que du concret.

Le Paysan de Paris (1926)

A toute erreur des sens correspondent d’étranges fleurs de raison.

Le Paysan de Paris (1926)

Y a-t-il une idée qui vaille qu’on s’y arrête ?

Le Libertinage (1977)

Aucune aventure littéraire n’est définitive, aucun littérateur ne pourra jamais rendre quelque chose impossible.

Le Libertinage (1977)

Je n’ai jamais cherché autre chose que le scandale et je l’ai cherché pour lui-même.

Le Libertinage (1977)

Mais à tout prendre voilà le plus grand grief qu’on nous fasse, nous sommes des messianiques. Soit. A l’idée traditionnelle de la beauté et du bien, nous opposerons la nôtre, si infernale qu’elle paraisse.

Le Libertinage (1977)

Un jour gris, avec cette fausse brume qui s’accroche aux arbres sans feuilles, estompait la silhouette de verre du Grand Palais.

Les Beaux Quartiers (1936)

Je ne vais pas m’esquinter à travailler pour engraisser une bande de députés peut-être. Et des impôts, et des impôts…

Les Beaux Quartiers (1936)

Il avait fait de la salle d’armes pendant des années, et il avait des fleurets et des épées. Il imagina de créer pour les jeunes ouvriers de la chocolaterie un cours d’escrime.

Les Beaux Quartiers (1936)

Elle n’avait presque pas de hanches, et pour ses dix-sept ans, une poitrine insolente, comme ces fruits qui vont faire éclater leur enveloppe.

Les Beaux Quartiers (1936)

Devant eux, presqu’au coin du boulevard, dans une ruelle, l’enseigne lumineuse flambait: Hôtel.

Les Beaux Quartiers (1936)

Je ne vais pas m’esquinter à travailler pour engraisser une bande de députés.

Les Beaux Quartiers (1936)

Il ferrait les chevaux comme au XVIe siècle. Le marteau sonnait sur l’enclume. Les étincelles jaillissaient du fer.

Les Beaux Quartiers (1936)

Le signe baignoire a la forme des baignoires d’il y a trente ans, et la gardera sans doute, parce que la généralisation des baignoires encastrées ne fait pas plus lisible l’idéogramme qui la représenterait rectangulaire.

Blanche ou l'Oubli (1967)

O paysages électroniques! Le paysage, cela commence avant les poètes. Au sud de Paris, à partir de Châtillon, les mathématiques modernes et la physique atomique règnent au-dessus des pavillons d’hier.

Blanche ou l'Oubli (1967)

On reçoit du centre tant et tant d’exemplaires. Il faut les écouler.

Les Communistes (1949-1951)

Le monde est soigneux de ses coiffures par ici, une casquette dure dix ans et un melon toute une vie.

Les Beaux Quartiers (1936)

Les distractions des amoureux et celles des savants n’ont pas fini de faire rire: elles se valent et ne traduisent qu’une adaptation à un très grand objet.

Le Paysan de Paris (1926)

On demande d’ailleurs à voir un homme désintéressé. Drôle d’eunuque. Et puis, si j’étais désintéressé, ce serait probablement au profit de quelqu’un qui ne le serait pas, désintéressé.

Traité du style (1928)

De là, on l’avait dès juillet 40 envoyé au centre démobilisateur où Geoffroy avait produit un certificat de travail agricole.

Blanche ou l'Oubli (1967)

Tes yeux ont le mal d’horizonFou qui trouve assez bleu l’azurA qui le ciel n’est pas prisonIl faut aimer à démesureCe n’est pas assez que raison.

Le Nouveau Crève-Coeur (1948), Un air d'octobre

Impossible de retrouver son nom, tout d’un coup… ah, c’est bête. Je le vois comme si j’y étais, en 1922, au théâtre Antoine… et puis son nom, pas mèche! Enfin, je ne connais que ça…

Blanche ou l'Oubli (1967)

Un drôle d’homme, épuisé par le climat mais qui ne voulait plus rentrer en France … Il n’était pas marié, parlait beaucoup des congaïs, avec un air de vantardise.

Blanche ou l'Oubli (1967)

Je changerais de nom avec délices. On n’entend cela que de l’individu Stendhal, on n’ose pas penser que c’est l’homme en Stendhal qui parle ainsi, l’homme conceptuel.

Blanche ou l'Oubli (1967)

On se trouve devant un écrivain, on a recours au questionnaire de Marcel Proust … bien que pour être con, il soit con, ce questionnaire.

Blanche ou l'Oubli (1967)

Le signe tracé vous avait l’air de ces choses qu’écrivent sur les murs les vagabonds, les voleurs, pour se donner entre eux des renseignements sur les gens du voisinage ou les coups à faire, qu’ils sont seuls à décoder.

Blanche ou l'Oubli (1967)

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontreQue serais-je sans toi qu’un c

Que serais-je sans toi (1964) (Interprété par Jean Ferrat)

Aux tables du café des arts, sur la place, on buvait, attablés tous ensemble, avec les deux serveuses débordées qui couraient, de la bière et de la limonade plein les bras.

Les Beaux Quartiers (1936)

Il n’y a plus de charbon, plus une arrobe.

Le Fou d'Elsa (1963)

Une agence qui se chargeait de faire parvenir à toute adresse des lettres venues de n’importe quel point du globe, ce qui permettait de feindre un voyage en Extrême-Orient, par exemple, sans quitter d’une semelle l’extrême-occident d’une aventure secrète.

Le Paysan de Paris (1926)

La ville mauve en bas allumait peu à peu ses devantures.

Le Roman inachevé (1956)

L’esprit au fond du ciel trop grandS’égare faute d’alidade …

Le Fou d'Elsa (1963)

Imagination attachée à des variations infimes et discordantes, comme si la grande affaire était de rapprocher un jour une orange et une ficelle, un mur et un regard.

Le Paysan de Paris (1926)

Tout le bizarre de l’homme, et ce qu’il y a en lui de vagabond, et d’égaré, sans doute pourrait-il tenir dans ces deux syllabes: jardin.

Le Paysan de Paris (1926)

Les raisons d’aimer et de vivre varient comme font les saisons.

C’est par le travail que l’homme se transforme.

Un vermouth cassis, Ernest, et un Cointreau. Le Cointreau, c’est excellent pour la santé. Ca tonifie.

Anicet ou le Panorama (1921)

Ces fugues sont fréquentes. Ca se termine classiquement par une rentrée au bercail.

Les Beaux Quartiers (1936)

Comme il lui était interdit d’arrêter de sourire, d’un sourire de chez le dendiste, ne fermez pas la bouche avant que le ciment ait pris, surtout!

Blanche ou l'Oubli (1967)

Que voulez-vous donc la belle.Qu’est-ce donc que vous vouliez?Des canons par centaines.Des fusils par milliers.

Chanson du siège de La Rochelle

Je l’ai foutue à la porte, la carne, la carne. Et que je ne te rencontre pas, je te casserais les reins, dégoûtante!

Les Beaux Quartiers (1936)

Fumeuse avec ça, qui vous offrait des cachous. La petite boîte de fer ronde, vous savez, dont on fait tourner le couvercle, que ça t’ouvre un trou sur la tranche.

Blanche ou l'Oubli (1967)

Descendez donc avec moi, que nous parlions affaires dans un endroit tranquille. Si vous n’êtes pas sage, je vous brûle. Descendez, cher ami.

Anicet ou le Panorama (1921)

Un avion supersonique me coupe d’un bang la pensée, et laisse après lui dans le ciel son paraphe silencieux, frisé, frisé, blanc …

Blanche ou l'Oubli (1967)

Grosse comme un faisan court l’avocette étrangeAvec son bec orange.

Le Voyage de Hollande et autres poèmes

Nous avons comme un pain partagé notre auroreCe fut au bout du compte un merveilleux printemps.

Le Roman inachevé (1956)

On sait que le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d’années plus tard.

Traité du style (1928)

Il y a des possédés que tient la hantise de la rue: là seulement ils éprouvent le pouvoir de la nature.

Le Paysan de Paris (1926)

La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n’aima pas comment elle était habillée.

Aurélien (1945)

Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne – Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux – Tu m’a pris par la main comme un amant heureux.

Le Roman inachevé (1956)

Le monde est rempli de faux témoins.

Dans Le Temps immobile, Tome VI de Claude Mauriac.

J’ai été de ces braves gens qui ont cru dur comme fer qu’il suffisait de changer le système de distribution des biens pour que disparaissent les vols, les assassinats, les malheurs de l’amour.

Dans Le Monde, 13 septembre 1967.

L’éternité, l’éternité, laissez-moi compter jusqu’à 10.

Bulletin Dada n° 6, matinée du 5 février 1920

L’art du roman est de savoir mentir.

J'abats mon jeu (1959)

La femme est l’avenir de l’homme.

L’amour est ta dernière chance. Il n’y a vraiment rien d’autre sur la terre pour t’y retenir.

Vous direz que les mots éperdument me grisent et que j’y crois goûter le vin de l’infini.

Il a donc grimpé toute sa vie vers cette crête d’où l’on aperçoit l’autre côté des choses, qui est mort et massacre avec la clangorante épopée, la chevauchée renouée des paladins modernes.

L’avenir à chaque instant presse – Le présent d’être un souvenir.

Hourra l'Oural

C’est alors qu’on se tourne et qu’on voit sa jeunesse.

Le Nouveau Crève-Coeur

Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire – J’ai vu tous les soleils y venir se mirer – S’y jeter à mourir tous les désespérés – Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire.

Les Yeux d'Elsa

L’avenir de l’homme est la femme – Elle est la couleur de son Ame – Elle est sa rumeur et son bruit – Et sans Elle, il n’est qu’un blasphème

Le Fou d'Elsa (1963)

Il n’y a pas de lumière sans ombre.

Déjà vous n’êtes plus – Qu’un mot d’or sur nos places – Déjà le souvenir – De vos amours s’efface – Déjà vous n’êtes plus – Que pour avoir péri.

Tu n'en reviendras pas

Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard – Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l’unisson – Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson – Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson – Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare.

Il n'y a pas d'amour heureux

L’importance d’un artiste se mesure à la quantité de nouveaux signes qu’il aura introduits dans le langage plastique.

Paris de nos malheurs Paris du Cours-la-Reine – Paris des Blancs-Manteaux Paris de février – Du Faubourg Saint-Antoine aux coteaux de Suresnes – Paris plus déchirant qu’un cri de vitrier.

Les Yeux d'Elsa

On pourra m’ôter cette vie, mais on n’éteindra pas mon chant.

Les Yeux d'Elsa

On pense à partir de ce qu’on écrit et pas le contraire.

Je n'ai jamais appris à écrire ou les Incipits

Mon Dieu, comme le monde est encore jeune et beau!

Préface à la traduction française de "Michael Kolhaas"

Les hommes, j’entends les hommes qui ont l’espoir de la victoire de l’homme, jugent des phares à leur clarté, et non à l’ombre qui tourne après elle.

Littératures soviétiques

Le propre du génie est de fournir des idées aux crétins une vingtaine d’années plus tard.

Traité du style (1928)

La vie est un voyageur qui laisse traîner son manteau derrière lui, pour effacer ses traces.

Les Voyageurs de l'Impériale

La rose naît du mal qu’a le rosier. – Mais elle est la rose.

Le Roman inachevé (1956)

La poésie, notre poésie se lit comme le journal. Le journal du monde qui va venir.

Chronique du bel canto

La poésie est le miroir brouillé de notre société. Et chaque poète souffle sur ce miroir: son haleine différemment l’embue.

Chronique du bel canto

Ouvre si tu peux sans pleurer ton vieux carnet d’adresses.

Il y a des gens qui n’ont pas le sens de ce qu’est leur vie! C’est une innocence que je leur envie.

Le Tour… C’est la fête d’un été d’hommes, et c’est aussi la fête de tout notre pays, d’une passion singulièrement française: tant pis pour ceux qui ne savent en partager les émotions, les folies, les espoirs! …

Un livre n’est pas écrit une fois pour toutes: quand il est un vraiment grand livre, l’histoire des hommes y vient ajouter sa passion propre.

Littératures soviétiques

Un beau soir l’avenir s’appelle le passé. – C’est alors qu’on se tourne et qu’on voit sa jeunesse.

Le Nouveau Crève-Coeur

Tu n’as pas eu le choix entre l’âge d’or et l’âge de pierre.

Le Roman inachevé (1956)

Rien n’est jamais acquis à l’homme.

La Diane française, Il n'y a pas d'amour heureux

Rendez-moi rendez-moi mon ciel et ma musique – Ma femme sans qui rien n’a chanson ni couleur.

Le Crève-Coeur, le Printemps

Poésie ô danger des mots à la dérive.

En français dans le texte

Pas un geste, pas un cillement qui ne m’engage à fond, qui ne fasse dévier ma vie.

Le Libertinage (1977)

La parole n’a pas été donnée à l’homme: il l’a prise.

Le Libertinage (1977)

La critique, c’est le bagne à perpétuité.

Traité du style (1928)

La critique devrait, en matière de littérature, être une sorte de pédagogie de l’enthousiasme.

J'abats mon jeu (1959)

L’extraordinaire du roman, c’est que pour comprendre le réel objectif, il invente d’inventer.

Les Cloches de Bâle

L’enfer existe. Il est la part du plus grand nombre.

Les Yeux et la Mémoire

L’avenir c’est ce qui dépasse la main tendue.

Le Fou d'Elsa (1963)

Jusqu’ici, les romanciers se sont contentés de parodier le monde. Il s’agit maintenant de l’inventer.

Blanche ou l'Oubli

Je raconte ma vie comme on fait les rêves au réveil.

Blanche ou l'Oubli

Je ne serai pour personne une excuse, pour personne un exemple.

Le Libertinage (1977)

Je n’ai jamais rien demandé à ce que je lis que le vertige.

J'abats mon jeu (1959)

Je chante parce que l’orage n’est pas assez fort pour couvrir mon chant.

Les Yeux d'Elsa

Jamais peut-être faire chanter les choses n’a été plus urgente et noble mission à l’homme.

Le Crève-Coeur, la Rime en 1940

J’ai réinventé le passé pour voir la beauté de l’avenir.

Le Fou d'Elsa (1963)

Il n’y a pas de poésie, si lointaine qu’on la prétende des circonstances, qui ne tienne des circonstances sa force, sa naissance et son prolongement.

Chronique du bel canto

Il est temps d’instaurer la religion de l’amour.

Le Paysan de Paris (1926)

Il est plus facile de mourir que d’aimer. – C’est pourquoi je me donne le mal de vivre. – Mon amour…

Elsa

Tu m’as trouvé comme un caillou que l’on ramasse sur la plage Comme un bizarre objet perdu dont nul ne peut dire l’usage.

Le Roman inachevé (1956)

Comme il a vite entre les doigts passé Le sable de jeunesse Je suis comme un qui n’a fait que danser Surpris que le jour naisse J’ai gaspillé je ne sais trop comment La saison de ma force La vie est là qui trouve un autre amant Et d’avec moi divorce.

Le Roman inachevé (1956)

Moi j’ai tout donné mes illusions Et ma vie et mes hontes Pour vous épargner la dérision De n’être au bout du compte Que ce qu’à la fin nous aurons été.

Le Roman inachevé (1956)

Tu vins au coeur du désarroi Pour chasser les mauvaises fièvres Et j’ai flambé comme un genièvre A la Noël entre tes doigts Je suis né vraiment de ta lèvre Ma vie est à partir de toi.

Le Roman inachevé (1956)

On peut mesurer l’influence et la force d’un esprit à la quantité de bêtises qu’il fait éclore.

Traité du style (1928)

Je donne un nom meilleur aux merveilles du jour J’invente à nouveau le vent tape-joue le vent tapageur Le monde à bas je le bâtis plus beau.

Feu de joie (1919), Secousse

Vous me mettrez en terre, Comme une étoile au fond d’un trou. L’avenir, c’est ce qui dépasse La main tendue et c’est l’espace Au-delà du chemin battu.

Le Fou d'Elsa (1963)

Inexorablement je porte mon passé Ce que je fus demeure à jamais mon partage.

Le Roman inachevé (1956)

Qui peut dire où la mémoire commence Qui peut dire où le temps présent finit Où le passé rejoindra la romance Où le malheur n’est qu’un papier jauni.

Les Yeux d'Elsa (1942)

Il se fait comme ça, entre les rêves et la conscience éveillée, des échanges mal définis: une sorte d’osmose, peut-être, on ne reconnaît pas que cette pensée vient encore du sommeil… elle a traversé la membrane…

Les Beaux Quartiers (1936)

J’ai refermé sur toi mes bras Et tant je t’aime que j’en tremble Aussi longtemps que tu voudras Nous dormirons ensemble.

Nous dormirons ensemble

Et j’ai brûlé mes doigts à ce feu défendu. O paradis cent fois retrouvé reperdu. Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes.

Les Yeux d'Elsa (1942)

C’est miracle que d’être ensemble Que la lumière sur ta joue Qu’autour de toi le vent se joue Toujours si je te vois je tremble.

Le Roman inachevé (1956), L'amour qui n'est pas un mot

On se refuse longuement De n’être rien pour qui l’on aime Pour autrui rien rien par soi-même Ca vous prend on ne sait comment.

Le Roman inachevé (1956), Les mots qui ne sont pas d'amour

Les tourbiers s’étaient trop pressés croyant à l’arrivée du printemps: il faudrait encore attendre pour brûler les tas de tourbe terreuse, le rebut de ce qu’on avait retiré des marais la saison précédente.

La Semaine sainte (1958)

Je tresserai l’enfer avec le vers du Dante Je tresserai la soie ancienne des tercets.

Le Roman inachevé (1956)

Voici déjà beau temps que je n’ai plus coutume De défier la neige et gravir les sommets Dans l’éblouissement du soleil et des brumes.

Le Roman inachevé (1956)

Coeur léger coeur changeant coeur lourd Le temps de rêver est bien cour Que faut-il faire de mes jours Que faut-il faire de mes nuits.

Le Roman inachevé (1956), Poésie, Bierstube Magie allemande

Nous dormirons ensemble C’était hier et c’est demain Je n’ai plus que toi de chemin J’ai mis mon coeur entre tes mains.

Vers à danser, Nous dormirons ensemble

Je pars et je vous abandonne Longs quais de pierre sans personne Veillant sur le fleuve profond Où les désespérés s’en vont.

Le Roman inachevé (1956)

Qui a le goût de l’absolu renonce par là même à tout bonheur. Quel bonheur résisterait à ce vertige, à cette exigence toujours renouvelée?

Aurélien (1945)

Qu’importe que je meure avant que se dessine Le visage sacré s’il doit renaître un jour Dansons ô mon enfant dansons la capucine Ma patrie est la fin la misère et l’amour.

Plus belle que les larmes

Quand je parle d’amour mon amour vous irrite Si j’écris qu’il fait beau vous me criez qu’il pleut Vous dites que mes prés ont trop de marguerites Trop d’étoiles ma nuit trop de ciel mon ciel bleu.

Plus belle que les larmes

J’empêche en respirant certaines gens de vivre Je trouble leur sommeil d’on ne sait quel remords Il paraît qu’en rimant je débouche les cuivres.

Plus belle que les larmes

Une femme c’est une porte qui s’ouvre sur l’inconnu Une femme cela vous envahit comme chante une source Une femme toujours c’est comme le triomphe des pieds nus L’éclair qu’on rejoint à la course.

Le Roman inachevé (1956), Un amour qui commence est le pays d'au-delà le miroir

Un amour qui commence est le pays d’au-delà le miroir Raconte-moi ton univers raconte-moi ta solitude Chaque mot que tu dis de ton passé me rend triste et jaloux Femme ô femme que ne t’ai-je connue alors petite fille.

Le Roman inachevé (1956), Un amour qui commence est le pays d'au-delà le miroir

Comme il a vite entre les doigts passé Le sable de jeunesse Je suis comme un qui n’a fait que danser Surpris que le jour naisse J’ai gaspillé je ne sais trop comment La saison de ma force.

Le Roman inachevé (1956), Comme il a vite entre les doigts passé

Ce qu’il m’aura fallu de temps pour tout comprendre Je vois souvent mon ignorance en d’autres yeux Je reconnais ma nuit je reconnais ma cendre Ce qu’à la fin j’ai su comment le faire entendre Comment ce que je sais le dire de mon mieux.

Le Roman inachevé (1956), Ce qu'il m'aura fallu de temps pour tout comprendre

Enfance un beau soir vous avez poussé la porte du jardin Du seuil voici que vous suivez le paraphe noir des arondes Vous sentez dans vos bras tout à coup la dimension du monde Et votre propre force et que tout est possible soudain.

Le Roman inachevé (1956), La beauté du diable

Celui qui croit pouvoir mesurer le temps avec les saisons Est un vieillard déjà qui ne sait regarder qu’en arrière On se perd à ces changements comme la roue et la poussière Le feuillage à chaque printemps revient nous cacher l’horizon.

Le Roman inachevé (1956), La beauté du diable

Pardonnez-moi cette amertume Mais l’âge d’aimer quand nous l’eûmes Comme le regain sous la faux Tout y sonnait mortel et faux Et qu’opposer sinon nos songes Au pas triomphant du mensonge Nous qui n’avions pour horizon Qu’hypocrisie et trahison.

Le Roman inachevé (1956), Marguerite Marie et Madeleine

Jeunes gens le temps est devant vous comme un cheval échappé Qui le saisit à la crinière entre ses genoux qui le dompte N’entend désormais que le bruit des fers de la bête qu’il monte Trop à ce combat nouveau pour songer au bout de l’équipée.

Le Roman inachevé (1956), La beauté du diable

Au bout de mon âge Qu’aurais-je trouvé Vivre est village Où j’ai mal rêvé.

Le Voyage de Hollande et autres poèmes (1981), Au bout de mon âge

Il est comme quelqu’un qui se serait fixé une tâche, une mission. Il veut sauver du naufrage une société qui se défend fort bien toute seule.

Les Beaux Quartiers (1936)

La réalité est l’absence apparente de contradiction. Le merveilleux, c’est la contradiction qui apparaît dans le réel.

Le Paysan de Paris (1926)

Je me refuse à croire qu’il va se faire là-bas un Biafra de l’esprit.

Les Lettres françaises

O mon enfant le temps n’est pas à notre taille Que mille et une nuits sont peu pour des amants Treize ans c’est comme un jour et c’est un feu de paille Qui brûle à nos pieds maille à maille Le magique tapis de notre isolement

Cantique à Elsa (1942)

Je te touche et je vois ton corps et tu respires Ce ne sont plus les jours du vivre séparés C’est toi tu vas-tu viens et je suis ton empire Pour le meilleur et le pire Et jamais tu ne fus si lointaine à mon gré.

Cantique à Elsa (1942)

Il advint qu’un beau soir l’univers se brisa Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent Moi je voyais briller au-dessus de la mer Les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa les yeux d’Elsa.

Les Yeux d'Elsa (1942)

L’enfant accaparé par les belles images Ecarquille les siens moins démesurément Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages.

Les Yeux d'Elsa (1942)

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure.

Les Yeux d'Elsa (1942)

Je vais te dire un grand secret: Ferme les portes. Il est plus facile de mourir que d’aimer. C’est pourquoi je me donne le mal de vivre, mon amour.

Les Yeux d'Elsa (1942), Je vais te dire un grand secret

Je vais te dire un grand secret: J’ai peur de toi. Peur de ce qui t’accompagne au soir vers les fenêtres. Des gestes que tu fais, des mots qu’on ne dit pas. J’ai peur du temps rapide et lent, j’ai peur de toi.

Les Yeux d'Elsa (1942), Je vais te dire un grand secret

Il y ainsi chez l’homme quelque chose de plus profondément à lui que son visage, de petites habitudes, des manies.

Les Beaux Quartiers (1936)

Je vais te dire un grand secret Le temps c’est toi Le temps est femme il a Besoin qu’on le courtise et qu’on s’asseye A ses pieds le temps comme une robe à défaire Le temps comme une chevelure sans fin Peignée.

Les Yeux d'Elsa (1942)

Le lierre de tes bras à ce monde me lie Je ne peux pas mourir Celui qui meurt oublie.

Les Yeux d'Elsa (1942), La nuit de Dunkerque

Lâche, disait-elle, cette voix, tu as enfin giflé quelqu’un pour une fois? Ton fils. Tu te venges sur lui de tous les coups de pied au cul reçus dans ta vie!

Les Beaux Quartiers (1936)

Que serais-je sans toi, qui vins à ma rencontre, Que serais-je sans toi, qu’un coeur au bois dormant. Que cette heure arrêtée au cadran de la montre, Que serais-je sans toi, que ce balbutiement.

Que serais-je sans toi (1964) (Interprété par Jean Ferrat)

Comme une étoffe déchirée On vit ensemble séparés Dans mes bras je te tiens absente Et la blessure de durer Faut-il si profond qu’on la sente Quand le ciel nous est mesuré C’est si peu dire que je t’aime.

C'est si peu dire que je t'aime (1971) (Interprété par Jean Ferrat)

Aimer à perdre la raison Aimer à n’en savoir que dire A n’avoir que toi d’horizon Et ne connaître de saisons Que par la douleur du partir Aimer à perdre la raison.

Aimer à perdre la raison (1971) (Interprété par Jean Ferrat)

Les gens sont singuliers. Ils interprètent vos actes. Ils veulent en comprendre la logique.

Les Voyageurs de l'Impériale (1942)

L’avenir de l’homme est la femme Elle est la couleur de son Ame Elle est sa rumeur et son bruit Et sans Elle, il n’est qu’un blasphème.

Le Fou d'Elsa (1963)

Elle n’avait presque pas de hanches, et pour ses dix-sept ans une poitrine insolente, comme ces fruits qui vont faire éclater leur enveloppe.

Les Beaux Quartiers (1936)

Nous sommes, dit-il, résolument contre tout ce qui peut mener à la guerre, contre l’aggravation de ce qu’on appelle d’une façon sinistre l’impôt du sang.

Les Beaux Quartiers (1936)

Car j’imite. Plusieurs personnes s’en sont scandalisées. La prétention de ne pas imiter ne va pas sans tartuferie, et camoufle mal le mauvais ouvrier. Tout le monde imite. Tout le monde ne le dit pas.

Les Yeux d'Elsa (1942), Préface

Le soir tombant sur les gagnages Verra le labeur accompli.

Le Nouveau Crève-Coeur (1948)

Ces fugues sont fréquentes. Ca se termine classiquement par une rentrée au bercail, l’oreille basse. La police arrive d’ailleurs toujours à retrouver les gens.

Les Beaux Quartiers (1936)

Le chat siamois bondit silencieusement et se frotta contre l’un des pieds nus.

Les Beaux Quartiers (1936)

O frontaliers ô frontaliers vos nostalgies Comme les canaux vont vers la terre étrangère La France ici finit naît la Belgique Un ciel ne change pas où les drapeaux changèrent.

Le Crève-Coeur (1941), le Printemps

L’accueil était plutôt frisquet.

Les Beaux Quartiers (1936)

Jaurès est un instant la voix de la jeunesse armée. A ses poings brandis brillent les fusils qui, demain, ne partiront pas contre nos frères d’Allemagne.

Les Beaux Quartiers (1936)

Pas vilaine, cette jeunesse. Il était très sensible à la fraîcheur, lui dont le teint était vilainement brouillé.

Les Beaux Quartiers (1936)

Celui qui croit pouvoir mesurer le temps avec les saisons Est un vieillard déjà qui ne sait regarder qu’en arrière.

Le Roman inachevé (1956)

Il l’avait reçu chez lui à dîner. Ils avaient dû en combiner des fourbis. Cet Hubert est un malin.

Les Beaux Quartiers (1936)

Il avait toujours été un excellent élève. Bonnes notes en philo, en physique et chimie, en sciences naturelles, un peu faible pour les math et le dessin, c’est vrai.

Les Beaux Quartiers (1936)

Evidemment, ils ne seraient pas très bien placés, mais au fond mieux vaut la mezzanine, c’est là que sont les fans.

Blanche ou l'Oubli (1967)

Nous ne pouvons tout de même pas être réduits à appeler la force armée contre nos ouvriers. Il y a là quelque chose d’extrême à quoi je répugne.

Les Beaux Quartiers (1936)

Que son aîné fût amoureux expliquait l’extravagance de sa conduite.

Les Beaux Quartiers (1936)

Elle s’extirpa de la cabine comme d’un mauvais lieu.

Les Beaux Quartiers (1936)

Le spectacle ne commença que fort tard, ce qui mit mal à son aise Edmond qui attendait merveille de l’extinction des lumières.

Les Beaux Quartiers (1936)

Ce qu’il tient pour son trésor secret a été tout le temps exposé aux yeux de tous.

La Semaine sainte (1958)

Nous nous en tirons, les grammairiens, à qualifier ce vous-là d’explétif. A vrai dire, c’est une simple défaite … On dit d’un mot qu’il est explétif pour s’en débarrasser, quand on n’a pas élaboré de théorie qui rende compte de son entrée en scène.

Blanche ou l'Oubli (1967)

Terrassier, constata le docteur. Cela expliquait le développement exagéré des muscles de la jambe droite, qui enfonce la pelle.

Les Beaux Quartiers (1936)

Il y a des plaisirs qui passent pour des crimes, c’est que communément on n’y a pas goûté.

Le Libertinage (1977)

C’est bien du bruit pour un seul mort, dit-il. On ne fait pas tant de foin que ça pour la vie humaine au Maroc.

Les Beaux Quartiers (1936)

Le boulanger cassait de temps en temps la gueule au receveur-buraliste qui flirtait avec sa femme.

Les Beaux Quartiers (1936)

Le linge était d’une finesse et d’une beauté que n’avait jamais soupçonnées Edmond.

Les Beaux Quartiers (1936)

«J’ai faim !», dit Carlotta, et ses quenottes dans l’ombre du véhicule n’appelaient plus les baisers. C’est ainsi que tout de suite la question financière se posa entre eux.

Les Beaux Quartiers (1936)

Une fille de salle soulevait une poussière qui retombait sur les malades, sous prétexte de balayer.

Les Beaux Quartiers (1936)

Alors à nouveau l’odeur de l’éther, les fils qu’on enlève à une appendicite.

Les Beaux Quartiers (1936)

M. de Loménie de Méjouls aimait à se déculotter en public. Comme ça. C’était une plaisanterie de gamin qui avait fait long feu.

Les Beaux Quartiers (1936)

L’avenir de l’homme est la femme Elle est la couleur de son âme Elle est la rumeur de son bruit.

Le Fou d'Elsa (1963)

Carlotta n’avait en rien l’idée d’acheter, mais pendant qu’on lui faisait les ongles, autant regarder de jolies choses.

Les Beaux Quartiers (1936)

Tu as faim, tu as faim? Le beau malheur. Tu n’es pas le seul, tu sais, en ce bas monde. Il y en a d’autres. Et qui te valent bien ! D’ailleurs, ce n’est pas une mauvaise chose que tu restes sur ta faim, un soir.

Les Beaux Quartiers (1936)

J’ai déjà dit que je ne crois pas à l’expérience des autres.

Le Libertinage (1977)

L’amour m’intéresse plus que la musique. Ce n’est pas assez dire: en un mot, tout le reste n’est que feuille morte.

Le Libertinage (1977)

L’obsession de l’amour, après le scepticisme, le reproche portait. Je ne fais pas difficulté à le reconnaître: je ne pense à rien, si ce n’est à l’amour.

Le Libertinage (1977)

Il paraît que je suis, tout le monde l’assure, la séduction en personne. C’est bien possible. Je n’ai jamais rien fait pour cela.

Le Libertinage (1977)

L’homme n’est pas la négation de l’enfant, mais son développement, et malheur à qui veut barrer ce qu’il fut !

Le Libertinage (1977)

Ils circulaient là-dedans, prenant seulement garde de ne pas mettre leurs pieds solides sur ces corps, comme ils eussent évité des excréments.

Les Beaux Quartiers (1936)

Vous me direz que l’amour filial ne l’étouffait pas. Mais de là à penser que son père était un salaud.

Les Beaux Quartiers (1936)

En août lorsque ce sont des étoiles qu’il pleut Qui de vous formula des souhaits sacrilèges.

Le Crève-Coeur (1941)

Le marteau sonnait sur l’enclume. Les étincelles jaillissaient du fer.

Les Beaux Quartiers (1936)

Il avait acheté en gare l’Humanité qu’il étalait avec affectation devant le nez de son père.

Les Beaux Quartiers (1936)

Où le mensonge commence et prend corps, où il cesse d’être le consentement à ce qui est pour devenir le complice de l’erreur, je suis bien incapable de le dire.

Le Libertinage (1977)

Il fallait que la femme ait tout quitté pour me suivre, qu’elle fût mon ombre, une chose asservie à l’ombre de mon ombre, un timbre-poste sur mon corps.

Le Libertinage (1977)

Il n’y a pas un mot péjoratif dans mon vocabulaire. Un mot ne constitue pas un jugement.

Le Libertinage (1977)

L’avenir aujourd’hui m’est plus obscur que jamais. Je ne songe point à l’accorder à mon passé, je ne songe qu’à cette minute qui me brûle. Je sais à tout instant ce qui meurt, et je ne crois pas que quelque chose un jour renaisse.

Le Libertinage (1977)

Rien, ni mes idées surtout, ne me permet de préjuger de mes actions lointaines.

Le Libertinage (1977)

Je voudrais que tout ce qui me passe par la tête y durât si peu, que moi-même je ne retrouve jamais la mémoire de ma pensée. Que toute démarche de mon esprit soit un pas, et non une trace.

Le Libertinage (1977)

La nuit de nos villes ne ressemble plus à cette clameur des chiens des ténèbres latines, ni à la chauve-souris du Moyen Age, ni à cette image des douleurs qui est la nuit de la Renaissance. C’est un monstre immense de tôle, percé mille fois de couteaux.

Le Paysan de Paris (1926)

Il y aura toujours un couple frémissant Pour qui ce matin-là sera l’aube première Il y aura toujours l’eau le vent la lumière Rien ne passe après tout si ce n’est le passant.

Les Yeux et la Mémoire

Pour un amour éteint que de feux vont renaître.

Il ne m'est Paris que d'Elsa (1964)

La femme est dans le feu, dans le fort, dans le faible, la femme est dans le fond des flots, dans la fuite des feuilles, dans la feinte solaire où comme un voyageur sans guide et sans cheval j’égare ma fatigue en une féerie sans fin.

Le Paysan de Paris (1926)

Je parle un langage de décombres où voisinent les soleils et les plâtras. Car j’annexe également les miettes multicolores des villes.

Traité du style (1928), Le Porte-Plume

Si l’église catholique avait cherché de bonne foi la réduction de l’absurde concept du vice, tentative qui est celle du marquis de Sade, elle aurait droit à quelque considération.

Traité du style (1928), Le Porte-Plume

J’aime les beaux poèmes, les vues bouleversantes et tout l’au-delà de ces vers. Je suis comme pas un sensible à ces mots merveilleux laissés dans notre nuit par quelques hommes que je n’ai pas connus.

Traité du style (1928), Le Porte-Plume

Quel labeur surhumain est celui de l’homme qui armé d’une lanterne s’avance au milieu des livres pour y dépister les baraliptons. La critique, c’est le bagne à perpétuité.

Traité du style (1928), Le Porte-Plume

Mon parti m’a rendu les couleurs de la France Mon parti mon parti merci de tes leçons Et depuis ce temps-là tout me vient en chansons La colère et l’amour la joie et la souffrance Mon parti m’a rendu les couleurs de la France.

La Diane française (1944), Du poète à son parti

Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas Tous deux adoraient la belle Prisonnière des soldats Lequel montait à l’échelle Et lequel guettait en bas Celui qui croyait au ciel Celui qui n’y croyait pas.

La Rose et le Réséda (1943)

Mais celle ci, ce n’est pas la parole qui lui manque. C’est d’être. Ce n’est pas une femme, c’est l’absence. Inutile de lui sourire. Elle est ailleurs, elle est l’ailleurs, la fin muette de la nuit.

Aurélien (1945)

Le concret, c’est indescriptible : à savoir que la terre est ronde, que voulez-vous que ça me fasse ?

Le Paysan de Paris (1926)

C’était hier et c’est demain Je n’ai plus que toi de chemin J’ai mis mon coeur entre tes mains Avec le tien comme il va l’amble Tout ce qu’il a de temps humain Nous dormirons ensemble.

Le Fou d'Elsa (1963), Vers à danser

Que ce soit dimanche ou lundi Soir ou matin minuit midi Dans l’enfer ou le paradis Les amours aux amours ressemblent C’était hier que je t’ai dit Nous dormirons ensemble.

Le Fou d'Elsa (1963), Vers à danser

On ne se passera jamais du roman, pour cette raison que la vérité fera toujours peur, et que le mensonge romanesque est le seul moyen de tourner l’épouvante des ignorantins dans le domaine propre au romancier.

Les Cloches de Bâle (1934)

Ce qui est menti dans le roman sert de substratum à la vérité.

Les Cloches de Bâle (1934)

Ce qui est menti dans le roman est l’ombre sans quoi vous ne verriez pas la lumière.

Les Cloches de Bâle (1934)

Ce qui est menti dans le roman libère l’écrivain, lui permet de montrer le réel dans sa nudité.

Les Cloches de Bâle (1934)

Fixer la pensée avec des mots m’est naturel comme respirer. Si je ne le fais pas, je meurs, j’asphyxie. S’en satisfaire est autre chose. Je ne m’en satisfaisais pas.

Les Cloches de Bâle (1934)

Le roman, c’est la clef des chambres interdites de notre maison. Les prophètes qui annoncent un monde sans romans pour demain ou après-demain imaginent-ils ce que cela serait, un monde sans romans ? Je les en défie bien.

Les Cloches de Bâle (1934)

C’est à la poésie que tend l’homme. Il n’y a de connaissance que du particulier. Il n’y a de poésie que du concret.

Le Paysan de Paris (1926)

Quand les blés sont sous la grêle Fou qui fait le délicat Fou qui songe à ses querelles Au coeur du commun combat.

La Rose et le Réséda (1943)

Ah l’ignorant que je faisais. Où donc avais-je avant les yeux On quitte tout pour une femme et tout prend une autre envergure Tout s’harmonise avec sa voix. La femme c’est le Merveilleux Tout à ses pas se transfigure.

Le Roman inachevé (1956)

Une femme c’est un portrait dont l’univers est le lointain A Paris nous changions de quartier comme on change de chemise De la femme vient la lumière et le soir comme le matin Autour d’elle tout s’organise.

Le Roman inachevé (1956)

Le poème a comme la vie un caractère d’insomnie.

Le Roman inachevé (1956)

Toute idée a besoin pour moi d’un contrepied Je ne puis supporter les vérités admises.

Le Roman inachevé (1956)

Il est inutile de geindre Si l’on acquiert comme il convient Le sentiment de n’être rien Mais j’ai mis longtemps pour l’atteindre.

Le Roman inachevé (1956)

Une femme c’est une porte qui s’ouvre sur l’inconnu.

Le Roman inachevé (1956)

Je préférais ne prendre rien à prendre une chose imparfaite.

Le Roman inachevé (1956)

Il faut bien accepter ce qui nous transfigure Tout orage a son temps toute haine s’éteint Le ciel toujours redevient pur Toute nuit fait place au matin.

Le Roman inachevé (1956)

Le soleil a toujours blessé les yeux de ses adorateurs.

La révolution surréaliste, décembre 1924.

Je peux bien dire qu’il fait beau Même s’il pleut sur mon visage Croire au soleil quand tombe l’eau.

Le Fou d'Elsa (1963)

L’amour, c’est d’abord sortir de soi-même.

J'abats mon jeu (1959)

Il s’agit de savoir comment on gouvernera. Depuis toujours, il n’y a que deux méthodes: la force ou la ruse. Pour l’instant c’est la bagarre entre les marchands de force et les marchands de ruse.

Les Beaux Quartiers (1936)

Mon amour ce qui fut sera Le ciel est sur nous comme un drap J’ai refermé sur toi mes bras Et tant je t’aime que j’en tremble Aussi longtemps que tu voudras Nous dormirons ensemble.

Le Fou d'Elsa (1963)

Quand on aime quelqu’un, on ne peut pas se retenir de le mordre.

Les Beaux Quartiers (1936)

Mon amour, je t’attendrai sans fin à partir de six heures, demain comme toujours.

Les Beaux Quartiers (1936)

Rêves, rêves, rêves, le domaine des rêves à chaque pas s’étend.

Une vague de rêves (1924)

Rêves, rêves, rêves, le soleil bleu des rêves enfin fait reculer les bêtes aux yeux d’acier vers leurs tanières.

Une vague de rêves (1924)

Rêves, rêves, rêves sur les lèvres de l’amour, sur les chiffres du bonheur, sur les sanglots de l’attention, sur les signaux de l’espoir, dans les chantiers où se résigne un peuple auprès des pioches.

Une vague de rêves (1924)

Les mots m’ont pris par la main.

Le Roman inachevé (1956)

Comme il a vite entre les doigts passé Le sable de la jeunesse Je suis comme un qui n’a fait que danser Surpris que le jour naisse.

Le Roman inachevé (1956)

On se croit libre alors qu’on imite.

Le Roman inachevé (1956)

Ce qu’il m’aura fallu de temps pour tout comprendre Je vois souvent mon ignorance en d’autres yeux.

Le Roman inachevé (1956)

Je porte la victoire au coeur de mon désastre Auriez-vous crevé les yeux de tous les astres Je porte le soleil dans mon obscurité.

Le Roman inachevé (1956), La Nuit de Moscou

Je suis le prisonnier des choses interdites.

Le Roman inachevé (1956)

J’ai déchiré des pages et des pages Dans le miroir j’ai brisé mon visage.

Le Roman inachevé (1956)

Le frisson d’autrefois revient dans mon absence Et comme d’une main mon front est caressé Le jour au plus profond de moi reprend naissance.

Le Roman inachevé (1956), Le Vieil Homme

Le monde à bas, je le bâtis plus beau.

Feu de joie (1919)

Quand vous lisez ce que j’écris, ne l’oubliez pas, la vie est un langage, l’écriture un tout autre. Leurs grammaires ne sont pas interchangeables. Verbes irréguliers.

Traité du style (1928)

Bien écrire, c’est comme marcher droit.

Traité du style (1928)

Paradis artificiels. C’est un pléonasme.

Traité du style (1928)

Je demande à ce que mes livres soient critiqués avec la dernière rigueur, par des gens qui s’y connaissent, et qui sachant la grammaire et la logique, chercheront sous le pas de mes virgules les poux de ma pensée dans la tête de mon style.

Traité du style (1928)

Tu me quittes toujours dans ceux qui se séparent C’est toujours notre amour dans tous les yeux pleuré C’est toujours notre amour la rue où l’on s’égare.

Le rendez-vous perpétuel (1980)

Je comprends le soleil au hâle de tes mains Le soleil sans l’amour c’est la vie au hasard Le soleil sans l’amour c’est hier sans demain.

Le rendez-vous perpétuel (1980)

Il n’y a pas d’amour qui ne soit notre amour La trace de tes pas m’explique le chemin C’est toi non le soleil qui fais pour moi le jour.

Le rendez-vous perpétuel (1980)

Je n’ai plus que toi de chemin J’ai mis mon coeur entre tes mains.

Nous dormirons ensemble

Le matériel roulant peut n’être plus le même Les vêtements venir d’un autre costumier Le peuple c’est toujours le wagon de troisièmes Qui s’en va cahotant tel que l’a vu Daumier.

Les Yeux et la Mémoire, Le peuple

Il passait son temps à vérifier si on le volait. Il laissait pour cela aux endroits les plus divers, en vue, ou comme cachés négligemment sous des feuilles de papier, sous un gant, un journal, un franc, dix sous, enfin quelque monnaie.

Les Beaux Quartiers (1936)

Qu’on nous méprise et qu’on nous raille Rien ni personne n’y peut faire Il n’est qu’amour qui vivre vaille Le coeur y brûle comme paille Et fait paradis de l’enfer.

Le Fou d'Elsa (1963)

Oui je lis, j’ai ce ridicule. j’aime les beaux poèmes, les vers bouleversants et tout l’au-delà de ces vers. Je suis comme pas un sensible à ces pauvres mots merveilleux laissés dans notre nuit par quelques hommes que je n’ai pas connus. J’aime la poésie.

Traité du style (1928)

Vous retrouverez dans mon sang ses pleurs Vous retrouverez dans mon chant sa voix Ses yeux dans mes veines Et tout l’avenir de l’homme et des fleurs Toute la tendresse et toute la joie Et toutes les peines.

Le Roman inachevé (1956)

Mais toutes les comparaisons ici paraissent inutiles Vous pouvez brûler tous les mots sans expliquer ce qu’est le feu Le bonheur et la flamme sont ce qui danse au fond de nos yeux Pour qui ne les a jamais vus comment se ressembleraient-ils.

Le Roman inachevé (1956)

Un front qui s’appuie A moi dans la nuit Deux grands yeux ouverts Et tout m’a semblé Comme un champ de blé Dans cet univers.

Le Roman inachevé (1956)

Sur le Pont-Neuf j’ai rencontré Fumée aujourd’hui comme alors Celui que je fus à l’orée Celui que je fus à l’aurore.

Le Roman inachevé (1956)

Je réclame le droit de rêver au tournant De la route aux grands charmes de la promenade Le droit de m’émouvoir du monde maintenant Que s’approche la canonnade.

Les Yeux et la Mémoire

L’enfant accaparé par les belles images Equarquille les siens moins démesurément Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens On dirait que l’averse ouvre des fleurs sauvages.

Les Yeux d'Elsa (1942)

C’est au sens de Virgile que je dis je chante quand je le dis. Arma virumque cano… Je chante les armes et les hommes… ainsi commence l’Enéide, ainsi devrait commencer toute poésie.

Les Yeux d'Elsa (1942)

La troupe n’est pas payée et prend des libertés avec ses rôles, elle vit d’aventures. Aussi est-elle âpre, comme une véritable troupe d’artistes et supporte-t-elle mal les plaisanteries ou le chahut.

Le Paysan de Paris (1926)

Je suis comme le cheval qu’on chasse avec le fouet hors du chemin Je tords mes pieds dans les cailloux je trébuche à tous les problèmes.

Le Roman inachevé (1956)

Il n’est qu’amour qui vivre vaille.

Le Fou d'Elsa (1963)

Le divin se recueille au fond d’une caresse.

Le Paysan de Paris (1926)

Tout est affaire de décor Changer de lit changer de corps A quoi bon puisque c’est encore Moi qui moi-même me trahis Moi qui me traîne et m’éparpille Et mon ombre se déshabille Dans les bras semblables des filles Où j’ai cru trouver un pays.

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Soudain la vapeur se renverse Toi qui croyais faire la loi Tout existe et bouge sans toi.

Le Roman inachevé (1956)

Les raisons d’aimer et de vivre Varient comme font les saisons.

Les Yeux d'Elsa (1942), Pour un chant national

C’est ainsi que les transformations sociales s’opèrent un peu différemment de l’imagination première que s’en font les grands esprits prophétiques, toujours les voyant d’une manière un peu utopique, que vient corriger la réalité.

La Semaine sainte (1958), VII