Acceuil / Citation

Citations de : les frères Goncourt

Dans l’histoire du monde, c’est encore l’absurde qui a le plus de martyrs.

Journal

Ce qui entend le plus de bêtises dans le monde est peut-être un tableau de musée.

Journal, mémoires de la vie littéraire (1887)

Les enfants sont comme la crème: les plus fouettés sont les meilleurs.

Journal

Certains livres ressemblent à la cuisine italienne: ils bourrent mais ne remplissent pas.

Journal (1887-1896)

Un maître à son domestique: – «Vous me réveillerez. – – Oui, Monsieur. Monsieur me sonnera.»

Ne jamais parler de soi aux autres et leur parler toujours d’eux-mêmes; c’est tout l’art de plaire. Chacun le sait et tout le monde l’oublie.

J’ai mesuré: il faut à la campagne un invité par arpent.

J’ai connu un homme qui savait soixante-deux langues. Il n’avait qu’un regret en mourant, c’est de n’avoir jamais pu les parler: il était muet.

Une Mme Bernard, qui tenait un bordel, disait de son fils pédéraste: «Mon fils était né pour être duchesse.»

Un mot de curé d’ici, parlant d’une femme qui accouche tous les ans: «Cette femme est comme un confessionnal, il y a toujours du monde.»

La peau d’une fille, douce comme une vieille rampe d’escalier.

C’était une bonne chose que cette habitude ancienne de transmission des portraits de famille. Les morts n’étaient enterrés que jusqu’à la ceinture.

L’avarice du paysan va jusqu’à l’économie du linceul. – Il craint que sa mort ne lui coûte trop cher. – Il achèterait au rabais, s’il le pouvait, les vers du tombeau.

Se soigner? – A quoi bon? – Je durerai peut-être moins que mes maladies.

J’appellerai un sage un homme qui ne serait affecté que par la souffrance physique.

L’horreur de l’homme pour la réalité lui a fait trouver ces trois échappatoires: l’ivresse, l’amour, le travail.

Elles sont bien noires, les pensées des nuits blanches.

Journal

Moi envieux? Je ne suis pas si modeste que cela.

Le commerce est l’art d’abuser du besoin ou du désir que quelqu’un a de quelque chose.

Le rire est le son de l’esprit: certains rires sonnent bête, comme une pièce sonne faux.

Le peuple n’aime ni le vrai ni le simple: il aime le roman et le charlatan.

Journal, mémoires de la vie littéraire (1887)

Si l’on savait ce que coûtent les bonheurs de la vie, personne ne voudrait les acheter.

La province dépasse le roman. Jamais le roman n’inventera la femme d’un commandant de gendarmerie mettant en vers les sermons du vicaire.

La langue allemande n’est pas une langue, c’est un hache-paille.

En province, la pluie devient une distraction.

Ses aquarelles d’orfèvre-poète semblent lavées avec le rutilement, la patine des trésors des Mille et Une Nuits.

A propos de Gustave Moreau.

Il y a là un épanouissement dans la force, une santé dans la gaieté … quelque chose de gaulois, de dru et de libre que l’on ne trouverait peut-être nulle par ailleurs que chez Rabelais.

Dessin de l'Ivresse de Silène (1860)

Il y a des fortunes qui crient «Imbéciles!» à l’honnête homme.

Les Frères Zemganno

Qu’est-ce que la vie? L’usufruit d’une agrégation de molécules.

Journal tome 1, 22 août 1862

La vérité de la vie, c’est la vie bestiale: les choses sont ainsi arrangées que tout homme qui essaye d’en sortir paye cela par de continuels tourments, une série non interrompue de coups d’épingles et de coups de poignards.

Journal tome 1, 12 juillet 1861

Ce qui prouve que la vanité est encore un plus grand mobile humain que l’intérêt, c’est qu’il y a des gens qui se croient pape, empereur; il n’y en a pas qui se croient Rothschild.

Journal tome 1, 2 mars 1861

Hugo disait, ces jours-ci, à Burty: «Parler, c’est un effort pour moi. Un discours, ça me fatigue comme de décharger trois fois!» Et réfléchissant, il ajoute: «Quatre même!»

Journal tome 2, 26 mars 1872

La toute dernière définition de pédéraste: c’est un homme qui s’amuse là où les autres s’emmerdent.

Journal tome 2, 10 février 1886

La crédulité est un signe d’extraction: elle est peuple par essence. Le sceptique, l’esprit critique est l’aristocratie de l’intelligence.

Journal tome 1, 24 mai 1861

(Gavarni) nous raconta ce mot charmant de Mme de Girardin, à une dame qui disait: «Mais j’entends dire que votre mari fait des affaires; M. Un Tel fait des affaires: qu’est-ce que des affaires? – Les affaires? C’est… c’est l’argent des autres!»

Journal tome 1, août 1853

Le peu de réussite des innombrables projets de l’homme a quelque chose de commun avec le frai du poisson: sur des millions d’oeufs, quelques douzaines seulement réussissent.

Journal tome 2, 16 juin 1883

Servir un gouvernement, c’est se dévouer à des appointements.

Journal tome 1, 19 octobre 1863

Ne pas s’occuper des autres, c’est toute la distinction; s’en occuper, c’est toute la politesse. Ces deux contraires, appliqués selon les lieux, les personnes, les circonstances, font tout l’homme bien élevé.

Journal tome 1, 3 janvier 1864

Puis, on parle de cette école de gens qui ont succédé aux lycanthropes de 1830, les épaffeurs cyniques, de Baudelaire et de son mot culminant, un jour qu’il arrivait en retard dans une société: «Pardon, je suis en retard, je viens de gamahucher ma mère.»

Journal tome 1, 11 avril 1863

Si l’on me demandait le secret pour réussir dans le monde moderne, je dirais: «Soyez mal élevé. Le tact est ce qui nuit le plus dans le monde. Il humilie les hommes et gêne les femmes.»

Journal tome 1, 4 mars 1860

A-t-on remarqué que l’enfant commence toujours à jouer à la littérature par la poésie, c’est-à-dire par la rime, par l’assonance des mots? C’est un moyen pour lui de se passer d’idées. Un terrible argument contre la poésie, qu’on a oublié.

Journal tome 1, 31 décembre 1859

La critique littéraire à une tendance à louer le plagiat, quand il est commis par un homme de génie, par un Molière. C’est un peu comme si on disait qu’une canaillerie faite par un homme vertueux devient une bonne action.

Journal tome 2, 6 octobre 1883

Un mot qui court sur Paul Bert, le ministre de l’Instruction publique: «on dit que c’est un homme qui change à tout moment d’idée fixe.»

Journal tome 2, 27 mai 1884

On pourrait définir l’orgueil: cette vanité qui empêche de faire des choses basses.

Journal tome 1, 25 octobre 1858

Les croyants sont très reconnaissants à Dieu d’avoir donné aux organes génitaux de la femme vivante l’odeur qu’il ne donne à la crevette que huit jours après sa mort.

Journal tome 1, 5 juin 1863

Le plus grand signe du noble est de parler à son domestique. L’homme qui n’est pas un peu né lui commande et ne lui parle pas.

Journal tome 2, 15 mars 1867

La vraie horreur de la nature consiste à préférer sincèrement les tableaux aux paysages et les confitures aux fruits.

Journal tome 1, 10 juillet 1865

Lu saint Augustin, saint Jérôme, etc.: une des choses qui compromettent le plus Dieu, après la religion, ce sont les livres mystiques. Sorti de la lecture de tous ces mystiques comme d’une maison de fous et d’un hôpital d’âmes.

Journal tome 1, septembre 1857

La musique sert peut-être en ce qu’elle fait estimer le silence à son prix.

Journal tome 1, 19 août 1862

Montaigne, c’est la philosophie des autres.

Journal tome 1, 19 novembre 1862

Un auteur doit être dans son livre comme la police dans une ville: partout et nulle part.

Journal tome 1, 27 mai 1864

Dans un livre, les auteurs doivent être comme la police: ils doivent être partout et ne jamais se montrer.

Journal tome 1, 5 septembre 1858

Il y a des gens qui ne comprennent pas nos livres – lesquels gens comprennent le catéchisme!

Journal tome 1, 17 avril 1858

Quelle supériorité de la parole écrite, du livre sur la causerie! Les plus mauvais livres, les plus légers, les plus vides, sont encore les cordes qui fixent le terrain, l’arène de la vérité.

Journal tome 1, septembre 1859

Notre livre lu avec intérêt par les imbéciles – un grand symptôme. C’est le succès…

Journal tome 1, juillet 1858

Un enfant qu’on ne voit jamais lire est destiné par avance à une carrière seulement de mouvement et d’action. Il sera quoi? …un soldat.

Journal tome 2, 11 septembre 1883

A bord de l’Hermus. – Sur ma couchette, après avoir lu du Joubert: des pensées si fines qu’elles ressemblent à des ailes d’insectes disséquées. En somme, le La Bruyère du filigrane.

Journal tome 2, 17 mai 1867

La seule marque, qui ne trompe point, de l’intelligence de l’homme, c’est la personnalité de ses idées, c’est-à-dire l’antagonisme des idées reçues.

Journal tome 1, 7 juin 1860

Ce qui tuera l’ancienne société, ce ne sera ni la philosophie, ni la science. Elle ne périra pas par les grandes et nobles attaques de la pensée, mais tout bonnement par le bas poison, le sublimé corrosif de l’esprit français: la blague.

Journal tome 2, 30 juin 1868

L’histoire est le plus grand bréviaire du découragement: on n’y rencontre que des coquins ou d’honnêtes imbéciles.

Journal tome 2, 18 février 1878

En ce bas monde, la guerre ne finira pas par un accès de sensibilité, par un coup de coeur de l’humanité, mais bien par la cherté de la main-d’oeuvre de la mort, par le coût des coups de canon à 300 francs.

Journal tome 2, 24 août 1884

Tout l’art du gouvernement consiste à croire à une majorité énorme d’imbéciles.

Journal tome 1, 18 décembre 1860

Le génie est le talent d’un homme mort.

Journal tome 1, 25 décembre 1865

Tout homme qui ne se croit pas du génie n’a pas de talent.

Journal tome 1, 14 septembre 1864

Tout homme de lettres devrait prendre un pseudonyme pour déshériter sa famille de son nom.

Journal tome 1, 23 juin 1856

L’Anglais, filou comme peuple, est honnête comme individu. Il est le contraire du Français, honnête comme peuple et filou comme individu.

Journal tome 2, 29 octobre 1868

Un joli mot de Mme Dorval: «Je ne suis pas jolie, je suis pire!»

Journal tome 2, 7 octobre 1866

Trop suffit quelquefois à la femme.

Journal tome 1, novembre 1858

C’est étonnant comme on ne juge jamais les femmes aussi bêtes qu’elles sont! Les hommes, on les juge à la première visite; les plus bêtes des femmes il en faut au moins deux!

Journal tome 1, 23 mai 1857

Un joli méchant mot de Musset. Augustine Brohan lui disait: «Monsieur Musset, on m’a raconté que vous vous étiez vanté d’avoir couché avec moi?» Musset, flegmatiquement: «Je me suis toujours vanté du contraire.»

Journal tome 2, 28 juin 1881

Il échappe à Sainte-Beuve: «Une femme, quand je l’ai vue une fois, je l’estime; mais je porte mes spermatozoïdes autre part…»

Journal tome 1, 24 octobre 1864

Quand on n’aime pas les enfants et qu’on n’a pas de fortune, il faut acheter des singes.

Journal tome 1, 20 décembre 1962

Il y a des gens qui admirent Dieu en tout: s’il a fait des champignons vénéneux, c’est pour être la providence des faits divers.

Journal tome 1, 16 août 1865

Evidemment, les critiques n’ont été créés que le septième jour. S’ils avaient été créés le premier, qu’auraient-ils eu à faire?

Journal tome 1, 8 mars 1863

Dans une société, on reconnaît les gens élevés à une chose assez simple: ils vous parlent de ce qui vous intéresse.

Journal tome 2, 13 mai 1884

La pensée est une maladie. L’être heureux, c’est l’idiot, le gâteux. – Non, l’être heureux par excellence serait celui qui aurait juste assez d’intelligence pour apprécier ses jouissances matérielles, être heureux de digérer.

Journal tome 1, juin 1859

La plus raisonnable des passions, l’avarice, est celle qui rend le plus fou.

Journal tome 1, 12 septembre 1864

Dans toutes les sociétés qui se sont succédé depuis le commencement du monde, il y a eu un athéisme des intelligences supérieures, mais je ne connais pas encore de société ayant subsisté avec l’athéisme des gens d’en bas, des besogneux, des nécessiteux.

Journal tome 2, 11 avril 1882

S’il y a un Dieu, l’athéisme doit lui sembler une moindre injure que la religion.

Journal tome 2, 24 janvier 1868

Il faut avoir une âme de prêtre pour écrire contre la religion.

Journal tome 1, 22 juin 1864

L’enfant n’est pas méchant à l’homme, il est méchant aux animaux. L’homme, en vieillissant, devient misanthrope et charitable à la nature.

Journal tome 1, 29 mars 1862

Il y a ici un vieux chat qui ne joue plus, qui ne fait plus le gros dos et qui se sauve, quand il voit un enfant: voilà l’expérience.

Journal tome 1, juin 1859

Penser qu’on ne sait pas le nom du premier cochon qui a trouvé une truffe!

Journal tome 1, 15 décembre 1857

Il en coûte encore plus de trouver du talent à ses amis qu’à ses ennemis.

Journal tome 2, 14 novembre 1867

On mesure les monuments à leur ombre, les livres à leurs critiques, les hommes à leurs ennemis.

Journal tome 1, 15 février 1865

Preuve en faveur du rien que peuvent les assemblées, les compagnies, les sociétés, pour les travaux, découvertes, etc., toutes les grandes choses de la pensée ou de la volonté: l’Académie française! A peine un dictionnaire!

Journal tome 1, 20 février 1860

Pour moi, la philosophie est l’algèbre du pathos.

Journal tome 1, juin 1859

Une religion sans surnaturel! Cela m’a fait songer à une annonce que j’ai lue, ces années-ci, dans les grands journaux: vin sans raisin.

Journal

Un livre n’est jamais un chef-d’oeuvre: il le devient.

Journal

Lorsque l’incrédulité devient une foi, elle est plus bête qu’une religion.

Journal tome 1, 13 septembre 1862

Les masques à la longue collent à la peau. L’hypocrisie finit par être de bonne foi.

Idées et sensations

Les livres qu’on vend le plus sont les livres qu’on lit le moins. Ce sont les livres de fonds qui font la bibliothèque, par respect humain, de tous les hommes qui ne lisent pas, les livres meublants. Exemples: Voltaire, Thiers, etc.

Journal

Les antipathies sont un premier mouvement et une seconde vue.

Journal

Le sceptique doit être reconnaissant aux Napoléon des progrès qu’ils ont fait faire à la bassesse humaine.

Journal

La statistique est la première des sciences inexactes.

Journal tome 1, 14 janvier 1861

La femme excelle à ne pas paraître stupide.

Journal

L’histoire est un roman qui a été, le roman est de l’histoire qui aurait pu être.

Journal

L’excès en tout est la vertu de la femme.

Journal

L’art de plaire semble bien simple. Il consiste simplement en deux choses: ne point parler de soi aux autres et leur parler toujours d’eux-mêmes.

Journal tome 1, 4 mars 1860

Il n’y a que les domestiques qui savent reconnaître les gens distingués.

Journal, mémoires de la vie littéraire (1887)

Il n’y a que deux grands courants dans l’histoire de l’humanité: la bassesse qui fait les conservateurs et l’envie qui fait les révolutionnaires.

Journal tome 2, 12 juillet 1867

Dieu a fait le coït, l’homme a fait l’amour.

Journal tome 1, juillet 1855

Apprendre à voir est le plus long apprentissage de tous les arts.

Journal, 1er février 1866

La beauté du visage ancien était la beauté de ses lignes; la beauté du visage moderne est la physionomie de sa passion.

Journal, 5 mars 1866

J’ai remarqué que dans tous les endroits où il y a de vieux monuments d’histoire, il se rencontre plus de vieilles gens qu’ailleurs: les centenaires s’abritent aux vieilles pierres.

Journal, 8 octobre 1865

Dans leur godet de verre allongé, pendu à deux branches de fer arrondies, les veilleuses s’éteignent et se raniment. Leur lumignon se lève et s’abaisse, comme un souffle, sur l’huile lumineuse et transparente.

Soeur Philomène (1861)

Une religion sans surnaturel, – cela me fait penser à une annonce que j’ai lue, ces années-ci, dans les grands journaux; vin sans raisin.

Journal, 19 octobre 1862

Je vous dis que la qualité des tapis persans, c’est le suint, la vie animale, dont est encore imprégnée la laine, quand on la teint, tandis que chez nous, la laine est morte, lorsqu’on l’emploie.

Journal, 3 mars 1875

Soyons bien persuadés que les souverains ne sont absolument que les représentants de l’état moral de la majorité de la nation qu’ils gouvernent.

Journal, 8 septembre 1870

Il y a des morts si soudaines de jeunes filles, qu’elles ressemblent à des assassinats de la Mort.

Journal, 21 février 1866

Un gouvernement serait éternel à la condition d’offrir, tous les jours, au peuple un feu d’artifice et à la bourgeoisie au procès scandaleux.

Journal

Il faut prendre garde de confondre le canaille avec le commun : le canaille est toujours plus distingué.

Idées et sensations (1866)

A bien étudier la femme, c’est un animal plus raisonnable que l’homme, plus bourgeois, plus sensé, sacrifiant moins à l’imprévu, plus sur les gardes de ses sens, de son coeur, moins victime de l’occasion.

Journal tome 1

La littérature, c’est ma sainte maîtresse, les bibelots, c’est ma putain : pour entretenir cette dernière, jamais la sainte maîtresse n’en souffrira.

Journal

Pour nous faire accepter la vie, Dieu a été forcé de nous en retirer la moitié. Sans le sommeil, qui est la mort temporaire du chagrin et de la souffrance, l’homme ne patienterait pas jusqu’à la mort.

Journal

Les sociétés commencent par la polygamie et finissent par la polyandrie.

Journal

L’argent n’est que la fausse monnaie du bonheur.

Idées et sensations (1866)

Depuis que la Justice existe, il n’y a eu qu’un procès qui ait été révisé, celui de Jésus-Christ.

Journal, 14 décembre 1868

L’antiquité a peut-être été faite pour être le pain des professeurs.

Journal, 6 janvier 1866

Une femme disait à un de ses amis pour s’excuser de ses amants: «Qu’est-ce que vous voulez que je fasse quand il pleut et que je m’ennuie?»

Idées et sensations

L’histoire est un roman qui a été; le roman est de l’histoire qui aurait pu être.

Journal, 24 novembre 1861

Un moment cette furie des coiffures extravagantes était menacée, arrêtée par la vogue du hérisson, une coiffure relativement simple qui cerclait d’un simple ruban les cheveux relevés et se dressant en pointes.

La Femme au XVIIIe siècle

Oh! tout le monde a sa maladie. J’ai, moi aussi, mon égout collecteur. Le matin, je graillonne… Ca me nettoie pour la journée.

Journal, 5 décembre 1865

On ne sait pas ce qui peut arriver: faut toujours se garder à carreau.

Germinie Lacerteux (1865)

Elle s’était sauvé un petit saint-frusquin qu’elle avait noué dans sa chemise.

Soeur Philomène (1861)

Une beauté faunesque animée de la joie ivre, capricante et malfaisante du premier âge champêtre et bestial de l’homme.

Madame Gervaisais (1869)

Dans la maison en face la mienne, il me semble m’apercevoir qu’une femme regarde, regarde sans cesse du côté de nos fenêtres.

Journal, 1855

Voir, sentir, exprimer, – tout l’art est là !

Journal, 26 février 1865

Entrepreneuse de broderie pour la haute confection, elle avait eu l’imagination de ces nouveautés bizarres.

Manette Salomon (1867)

Un antre, une tanière, où il fait bon de s’ensauvager toute une journée.

Journal, 24 novembre 1866

Le sentimentalisme, c’était par là que le larmoyeur des tendresses de la femme essayait de rajeunir, de renouveler et de passionner le spiritualisme de l’art.

Manette Salomon (1867)

Puis les jeunes, ça remue, il faut toujours que ça soit en l’air, que ça danse, que ça soit à cheval.

Journal, 16 janvier 1867

Ne jamais parler de soi aux autres et leur parler toujours d’eux-mêmes, c’est tout l’art de plaire. Chacun le sait et tout le monde l’oublie.

Journal, 4 mars 1860

Nous sortons de l’amour avec un abattement de l’âme, un affadissement de tout l’être, une prostration du désir, une tristesse vague, informulée, sans bornes.

Journal, août 1855

Renan: Une tête de veau qui a les rougeurs, les callosités d’une fesse de singe.

Journal

Baudelaire: Le Saint-Vincent-de-Paul des croûtes trouvées, une mouche à merde en fait d’art.

Journal

Il arrangeait les bourgeois qu’il peignait en portiers songeurs, travaillait à les poétiser, tâchait de mettre une lueur de rêverie dans un ancien député du juste-milieu.

Manette Salomon (1867)

Il était le conseilleur et le jugeur terrible qui, devant un tableau, mettait le doigt sur la plaie, jetait sa critique à l’endroit juste.

Manette Salomon (1867)

Sa pensée molle s’abandonnait à l’amoureux de cet art jésuite, épandu et fondu comme la caresse d’une main sensuelle, dans le travail magnifique du décor et l’adoration de la richesse des choses.

Madame Gervaisais (1869)

Nous sommes le siècle des chefs-d’oeuvre de l’irrespect.

Journal, fin février 1854

Il nous aura une permission… Nous aurons un municipal à la porte… C’est ça qui aura de l’oeil! Enfoncés les bourgeois!

Manette Salomon (1867)

La peine, le supplice, la torture de la vie littéraire: c’est l’enfantement.

Journal, 13 juillet 1862

On devient, à force de s’étudier, au lieu de s’endurcir, une sorte d’écorché moral et sensitif.

Journal, mars 1862

J’ai rarement vu la vie se dégager aussi électriquement d’une femme.

Journal, 6 septembre 1865

L’enfant n’est que lui, ne voit que lui, n’aime que lui, et ne souffre que de lui: c’est le plus énorme, le plus innocent et le plus angélique des égoïstes.

Journal, mars 1865

Voltaire à Ferney, Hugo à Jersey, deux solitudes qui riment et semblent se faire écho.

Journal, 2 février 1868

Dans les tableaux italiens, l’écartement des yeux dans les têtes, marque l’âge de la peinture.

Journal, 13 novembre 1858

Comment, après l’ébruitement de ce premier vol, a-t-elle osé recommencer?

Journal, 1869

Le doute, lui, c’est la suspension de l’intelligence entre deux extrêmes qui offrent tous deux des raisons de probabilité …

Madame Gervaisais (1869)

Le père avait disparu pendant l’invasion prussienne.

Journal, 1872

Sur les troncs ensoleillés, la découpure digitée des feuilles dessine en tremblant des fleurs de lis d’ombre.

Manette Salomon (1867)

Banville me conte l’intérieur de Rouvière. La phtisie l’a diaphanéisé. De petit et maigre, il est devenu ombre.

Journal, 1865

Des bougies diaphanes, d’une transparence presque rosée.

Journal, 1863

Un auteur doit être dans un livre comme la police dans la ville: partout et nulle part.

Journal

Ses places bien assurées, il fuma beaucoup de cigarettes devant sa toile, avec une sorte de recueillement, tourna autour de sa boîte à couleurs, l’ouvrit, la ferma, et à la fin se mit à jeter précipitamment les premiers dessous sur la toile.

Manette Salomon (1867)

Je ne désenrhumais pas.

Manette Salomon (1867)

Gérard de Nerval revenant d’Italie, absolument désargenté, rapportait pour quatre mille francs de marbres de cheminées.

Journal

M. de Varandeuil obtenait des acquéreurs … la permission d’habiter les chambres servant autrefois aux gens d’écurie. Il se réfugiait là, sur les derrières de l’hôtel.

Germinie Lacerteux (1865)

Les croque-morts appellent d’une terrible expression, une exhumation: un dépotage.

Journal, 30 mars 1866

Je suis frappé combien le caractère du Français se dénationalise à l’étranger, et combien vite et naturellement le pays qu’il habite, déteint sur lui et jusqu’au fond de son être.

Journal

Ce prêtre bronzé d’abord à des expéditions de brigands, plus tard missionnaire à travers les peuplades sauvages.

Madame Gervaisais (1869)

Il cherchait partout de quoi monter sa palette, chauffer ses tons, les enflammmer, les brillanter.

Manette Salomon (1867)

Pour une comédie, le mot superbe de notre cousin: «En telle année, mon père meurt, bon!»

Journal, 5 février 1866

Son jeune bedonnement, sa graisse, sa mollasserie des chairs.

Journal, 1896

Elle respectait le silence d’un homme à son chevalet. Elle s’entendait à laver des brosses, et elle reconnaissait vaguement des tons distingués dans une toile. En un mot, elle était «du bâtiment».

Manette Salomon (1867)

Le sourd remua la tête balourdement, et balança un: – Non, – à demi formulé dans un sourire d’idiot.

Manette Salomon (1867)

Germinie était étendue en travers de la paillasse, dormant inerte, comme une masse, dans l’avachissement d’une soudaine léthargie.

Germinie Lacerteux (1865)

Il était bien rare que sous l’excitation du vin, de la causerie, il n’attrapât pas son ancien camarade.

Manette Salomon (1867)

Glissant aux choses religieuses comme par un attirement irrésistible à la pente d’un doux abîme, elle s’abandonnait à l’angoisse et à la langueur d’une conscience absolument découragée.

Madame Gervaisais (1869)

Tous ces jours-ci, mélancolie vague, découragement, paresse, atonie du corps et de l’esprit.

Journal, 6 mai 1856

Une fois la main faite, emporté par sa nature, Nachette poussa le jeu à outrance, démoucheta ses plaisanteries et tâta les épidermes avec des brutalités, comme s’il eût voulu toucher dans chacun le fond de sa patience et le point de sa sensibilité.

Charles Demailly

La vanité de l’auteur dramatique a quelque chose de la démence de ce fou de Corinthe, convaincu que le soleil était uniquement fait pour l’éclairer – lui seul.

Journal

Quelques pauvres costumes, les oripeaux du «décrochez-moi-ça», de vieilles vestes de débardeur couleur de raisin de Corinthe usé, sautaient au milieu des paletots et des redingotes.

Manette Salomon (1867)

Tu sais que mon chef de service est un peu crevard, on nous en a donné un provisoire…

Soeur Philomène (1861)

Toutes les courtisaneries du premier empereur sont pour l’opinion, toutes ses peurs aussi.

Journal, 1859

La pluie tombant sur nos tapisseries comme dans la rue, et nous faisant relever, toute une nuit, pour décadrer des dessins et les sauver d’un déluge.

Journal, 31 octobre 1865

Ce mot de Mme d’Osmont abîmant la duchesse de Berry, lors de son arrestation en Vendée, et à laquelle on demandait pourquoi elle était si dure pour la princesse et qui répondait: «Elle nous a fait toutes cocues!»

Journal

Ce régime … maigrissait, épuisait, minait la jeune fille. Elle arrivait à faire peur. Son teint devenait de ce blanc qui paraît verdir au plein jour. Ses yeux gonflés se cernaient d’une grande ombre bleuâtre.

Germinie Lacerteux (1865)

En passant devant le mur du fort, à un artilleur en faction à côté d’un canon, l’ami du maître d’armes, le peintre cria:- Hein! mon vieux, tu aimerais mieux en boire un que de le garder!

Germinie Lacerteux (1865)

Tout pardonnant aux autres qu’il est, on sent que son esprit a de bons yeux, et qu’il perçoit parfaitement les niaiseries, les lâchetés, les butorderies qui lui sont données à voir.

Journal, 28 août 1855

Les mille aiguilles des arbres dépouillés mettaient comme des arborisations d’agate sur un fond d’opale.

Manette Salomon (1867)

Voyons! tu as bien le temps d’être avec ta vieille… C’est moi qui ne pourrais pas vivre avec une figure d’antéchrist comme ça!

Germinie Lacerteux (1865)

Daudet parle de la pièce d’Ohnet comme d’une chose vraiment amusante, comique, risible par le néant de l’oeuvre …

Journal, Janvier 1887

Oh, Monsieur, la terre n’est pas amiteuse cette année!

Journal, mai 1854

L’Exposition universelle, le dernier coup au passé: l’américanisation de la France, l’industrie primant l’art … en un mot la Fédération de la Matière.

Journal, 16 janvier 1867

Les amers, tout ce monde d’avenirs aigris, de jeunes talents grisés de compliments d’amis et ne gagnant pas un sou.

Manette Salomon (1867)

La femme de quarante ans cherche furieusement et désespérément dans l’amour la reconnaissance qu’elle n’est pas encore vieille. Un amant lui semble une protestation contre son acte de naissance.

Journal

Un terme, le terme «d’allure», court-il tout à coup de bouche en bouche, en 1730? vite, ce sont des éventails et des rubans à l’allure, si goûtés qu’on les porte même pendant le deuil pris à la cour pour la mort du roi de Sardaigne.

La Femme au XVIIIe siècle

Un vieux mot réédité ce soir, mais vraiment drôle, un mot sur la Vénus de Milo, dénommée maintenant la déesse de l’Agriculture, l’agriculture manquant de bras.

Journal, février 1890

Elle est piétée dans une pose de défi, agonisant d’injures officiers et soldats.

Journal, 1871

Sa déférence serville pour les gens riches, son agenouillement devant le succès.

Journal, 1890

Un groupe de Français intelligents, en ce temps tout pratique, devrait afficher ce programme, aux prochaines élections.

Journal, 17 avril 1890

Peu à peu il se dépouille de l’affectuosité, il se déshumanise.

Journal

J’appellerai un sage un homme qui ne serait affecté dans la vie que par la souffrance physique.

Journal, 29 avril 1861

Il avait toujours mis une femme dans son intérieur et fini ses liaisons en acoquinement.

Manette Salomon (1867)

Rosny parle des abstraits et des concrets en littérature et des préférences morales, et de beaucoup de choses absconses, compliquées et peu compréhensibles …

Journal, 28 mars 1888

Une causerie vagabonde avec des expansions, des confidences, des abandonnements.

Journal, 9 avril 1884

Les deux plus belles conquêtes que l’homme ait faites sur lui-même, c’est le saut périlleux et la philosophie.

L’argent n’est que la fausse-monnaie du bonheur.

La religion est une partie du sexe de la femme.

Idées et sensations

Le Journal a tué le salon, le public a succédé à la société.

Journal (1887-1896)

Les coups d’Etat se passeraient encore mieux s’il y avait des places, des loges, des stalles, pour les bien voir et n’en rien perdre.

Journal, mémoires de la vie littéraire (1887)

Il ne suffit pas d’avoir du talent, il faut se le faire pardonner.

Journal

Jamais l’imagination n’approchera des invraisemblances et des antithèses du vrai.

Journal, 21 février 1862