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Citations de : Julien Green

Pour la jeunesse, le bonheur c’est jouir. Ne pas souffrir est le bonheur de l’âge.

On ne raconte pas l’amour pas plus qu’on ne raconte le bonheur.

Lire est une forme de paresse dans la mesure où on laisse le livre penser à la place du lecteur. Le lecteur lit et se figure qu’il pense; de là ce plaisir qui flatte l’amour-propre d’une illusion délicate.

Journal

… la vie est un roman qui a besoin d’être récrit.

Mon premier livre en anglais

… qu’est-ce que l’invention sinon l’acte par lequel on trouve?

Mon premier livre en anglais

… l’incertitude me paraît quelquefois beaucoup plus près de la vérité que les solutions catégoriques.

Mon premier livre en anglais

… nous sommes ce que nous pensons.

Mon premier livre en anglais

Le poète est essentiellement un homme qui a gardé au fond de lui-même le sens du mystère et la faculté de s’étonner.

Mon premier livre en anglais

… une langue est un commentaire humain sur la création.

Mon premier livre en anglais

Les enfants sont les personnes les moins bien comprises de la terre, et c’est parce que la terre est gouvernée (avec quelle sagesse, nous le voyons en 1943) par des grandes personnes qui ont oublié qu’elles furent aussi des enfants.

Mon premier livre en anglais

Seule la monotonie d’un mal le rend vraiment insupportable.

L'autre sommeil

… quel homme a jamais pu être sûr de ce qui se passe derrière son dos?

L'autre sommeil

L’anticléricalisme et l’incroyance ont leurs bigots tout comme l’orthodoxie.

Journal

L’ennui est un des visages de la mort.

Journal

Un journal est une longue lettre que l’auteur s’écrit à lui-même, et le plus étonnant est qu’il se donne à lui-même de ses propres nouvelles.

Journal

Le grand péché du monde moderne, c’est le refus de l’invisible.

Journal

C’est peut-être la plus grande consolation des opprimés que de se croire supérieurs à leurs tyrans.

Adrienne Mesurat

Tout ce qui est triste me paraît suspect.

Journal

La sincérité est un don comme un autre. N’est pas sincère qui veut.

Journal

Saint-Augustin était d’avis que la propreté était une demi-vertu, mais j’ai toujours pensé qu’il se trompait de moitié.

Journal

La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l’écrivain.

Journal

L’oubli est une grâce.

Journal

Les questions auxquelles on répond par oui ou par non sont rarement intéressantes.

Minuit

Dieu n’ayant pu faire de nous des humbles fait de nous des humiliés!

Journal

L’opinion publique, c’est la sottise en action.

Heureux d’être. D’être quoi? D’être simplement.

Etre libre, ce n’est pas seulement ne rien posséder, c’est n’être possédé par rien.

Ecrire c’est une respiration!

Intempérance affreuse de la jeunesse qui n’a de chagrin qu’elle ne s’en soûle.

Minuit

Tout homme, à un moment ou l’autre, est un évangéliste sans le savoir.

Journal

Ressemblons-leur: c’est le moyen d’avoir la paix.

Adrienne Mesurat

Il y a quelque chose de terrible dans ces existences de province où rien ne paraît changer quelles que soient les profondes modifications de l’âme.

Adrienne Mesurat

Les parties les plus inconvenantes d’un journal intime sont beaucoup moins les passages érotiques que les passages pieux.

Journal

On est parfois horrifié de se découvrir soi-même en un autre.

Journal

L’aboutissement normal de l’érotisme est l’assassinat.

Journal

Notre vie est un livre qui s’écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l’auteur.

Journal

Il y a autant de générosité à recevoir qu’à donner.

Moïra

Dans cette petite pièce calfeutrée elle avait l’impression que le silence essayait d’étouffer le bruit de ses paroles, car sa voix était sourde, presque indistincte.

Léviathan (1929)

Il lui semblait que les quelques bouchées qu’elle s’était contrainte d’avaler lui restaient au fond de la gorge et l’étouffaient.

Adrienne Mesurat (1927)

Il y eut un instant de silence pendant lequel on entendit la respiration du vieillard que ses efforts avaient essoufflé.

Adrienne Mesurat (1927)

Ses joues étaient rouges, et le désordre de sa coiffure ajoutait à son air épouvanté.

Adrienne Mesurat (1927)

Une épouvante sans nom la guettait, attendait le moment où tout d’un coup elle se rendrait, où elle crierait dans le noir, vaincue par l’horreur des ténèbres.

Adrienne Mesurat (1927)

Ce ballet m’a paru moins capiteux, moins ensorcelant que ceux d’autrefois: le diable avait plus de talent vers 1925.

Journal, 5 novembre 1960

Il lui semblait qu’un engourdissement s’emparait de ses membres, et de même, son cerveau fatigué ne lui obéissait plus.

Adrienne Mesurat (1927)

Dans cet enfer de pierre, de brique et de métal, où pas une feuille d’arbre ne vient rafraîchir la vue.

Journal, 1950-1954

Messieurs, je deviens vieux et tombe en enfance. Traitez-moi comme un enfant.

Journal, 1er avril 1962

Elle relut cette lettre et, à défaut d’un buvard, l’agita un instant pour en sécher l’encre.

Adrienne Mesurat (1927)

Il me parle de M. Pouget qui était «encombrant», qu’on voyait dans les couloirs avec sa machine à écrire.

Journal, 25 février 1965

A Bruxelles, on juge une empoisonneuse qui n’a pas envoyé moins de douze personnes dans l’au-delà.

Journal, 1938

Elle se tournait et se retournait dans son lit, cherchant sur le traversin un endroit que le poids de sa tête n’eût pas encore creusé.

Adrienne Mesurat (1927)

La timidité de cet homme se communiquait à elle et la gênait; elle n’était pas accoutumée à ce silence, à cette attitude pleine d’égards et de soumission.

Léviathan (1929)

Toute la laideur morale de l’individu paraissait, résumée dans son nez que la nature avait éffilé en bec d’oiseau.

Léviathan (1929)

Cette oasis édénique où tout est fait pour le plaisir de l’homme.

Journal, 13 octobre 1977

Trouvé une carte que Reine Gianoli m’avait écrite il y a un an: Je joue à la radio un concerto de Saint-Saëns. Ecoutez-le, si vous aimez la haute école …

Journal, 1965

Cette liqueur épaisse l’écoeura. Elle en avala une gorgée, puis regarda l’étiquette d’un air de dégoût.

Adrienne Mesurat (1927)

Les musiciens s’accordaient; soudain, après un bref silence, une marche pompeuse et bruyante éclata.

Adrienne Mesurat (1927)

Une joie subite éclaira son regard et envoya le sang à son visage.

Léviathan (1929)

Elle … toussa comme font souvent les personnes qui parlent seules, sans doute pour faire croire à ceux qui les auraient entendues qu’elles s’éclaircissent la gorge.

Léviathan (1929)

Même si on l’avait pris, il y a des prisonniers qui s’échappent. Qui sait s’il ne serait pas revenu par ici pour m’égorger?

Léviathan (1929)

Sa mémoire ne laissait rien échapper et tout lui semblait précieux dans les cent petits détails qu’elle glanait chaque jour.

Léviathan (1929)

La pénombre de la chambre ne lui seyait pas; elle alla vers la fenêtre et d’un seul coup écarta les rideaux.

Adrienne Mesurat (1927)

Elle avait beau paraître impérieuse, effrayer son mari par sa dureté, elle était faible, plus faible que ceux à qui elle en imposait tant.

Léviathan (1929)

Sans doute n’ignorait-elle pas qu’on la jugeait durement et que plusieurs des personnes qui lui parlaient avec douceur, lorsqu’elle les rencontrait, ne se faisaient pas faute de la rudoyer dans leurs conversations entre elles.

Léviathan (1929)

Son dur et long profil se détachait en silhouette dans une sorte de halo.

Léviathan (1929)

Le jour de l’enterrement, on nous fit monter dans un grand carrosse noir tiré par un cheval marchant au pas et dûment caparaçonné.

Journal, Vers l'invisible (1958-1967), 23 octobre 1958

Son nez était droit et mince, quoique les narines en fussent bien ouvertes.

Adrienne Mesurat (1927)

Rois, reines et valets dansaient devant ses yeux. Elle choisit un as de trèfle; se ravisa, prit un dix de carreau.

Adrienne Mesurat (1927)

Ces trois personnes réunies autour de cette lampe, que d’intérêts les divisaient, que de pensées hostiles dans leurs coeurs!

Adrienne Mesurat (1927)

Une jaquette et une robe de serge bleue dissimulaient assez mal la maigreur de son corps, bien qu’elles fussent largement coupées.

Adrienne Mesurat (1927)

En quoi suis-je responsable? demanda-t-elle d’une voix entrecoupée. – Taisez-vous! fit Mme Legras. Je ne suis pas juge d’instruction pour que vous essayiez de vous disculper.

Adrienne Mesurat (1927)

Une petite Parisienne fort peu vêtue, son gros derrière pris dans une sorte de bref caleçon collant, s’écriait en se dandinant et avec le plus pur accent du faubourg: «Ah! la la! c’est dingue, c’est tout à fait dingue ici».

Journal, La Terre est si belle... (1976-1978)

Vêtue de noir, énorme, le dos rond, on eût dit qu’elle dialoguait avec le feu dont le murmure répondait au sien.

Léviathan (1929)

Il écouta comme du fond d’un rêve les pas qui traversaient la cour en diagonale.

Léviathan (1929)

Je tiens ce journal comme je peux, à la diable.

Journal, 7 mai 1977

Ses joues perdaient leur rondeur et se déveloutaient.

Le Malfaiteur (1956)

Désastreusement conseillé par des traîtres, il avait voulu tenter la ridicule et funeste aventure de se mettre à la tête des protestants mécontents du régime.

Journal, 18 avril 1978

Le conducteur s’arrête et lui propose de le mener jusqu’à un prochain téléphone pour qu’on vienne le dépanner.

Journal, 16 juin 1978

Comme je dédore mon tableau de l’Iran – il nous arrive de tous côtés des rumeurs touchant la cruauté du shah dans sa répression des révoltes universitaires.

Journal, 15 octobre 1977

Il appréhendait fort cet interrogatoire, m’a-t-il confié, ayant ce qu’il appelle, je crois, un complexe de culpabilité.

Journal, 1943

Le génie de Dickens vient de ce qu’il croyait également à ses deux personnages, le personnage bonasse et le croque-mitaine.

Ce qui reste de jour (1966-1972)

L’encyclique du Pape sur le célibat obligatoire fera, je le crains, des coupes claires dans les rangs du clergé.

Journal, 1 juillet 1967

Mariage de convenance. Sur le fond brossé légèrement, la lumière caresse avec amour, c’est la seule manifestation de ce sentiment, ces noces de l’ennui et des dernières illusions.

Journal, La Terre est si belle... (1976-1978), 18 juin 1978

Mais Mme Londe ne paraissait pas être en colère. Bien au contraire, elle lui souriait et inclinait la tête dans sa direction avec un air de condescendance royale.

Léviathan (1929)

Accoudé à un comptoir de zinc, un ouvrier en cotte bleue buvait un verre de vin en regardant un enfant qui dessinait dans le fond de la boutique.

Adrienne Mesurat (1927)

On ne sait jamais quand la vie va vous trahir; inutile de compter sur le lendemain, ni même sur l’heure qui va suivre; il n’y a de certain que la mort.

Léviathan (1929)

Montaigne se déboutonne sans cesse et il fait cette chose qui nous le fait aimer qui est de se contredire avec une grâce et une insouciance irrésistibles.

Journal, 18 décembre 1976

Dans les rues de Winchester, les collégiens sortent en veste rouge, coiffés d’un chapeau de paille, genre canotier.

Journal, 22 mai 1976

On en voit qui souhaiteraient une victoire totale de l’Allemagne, qui sont prêts à pousser à la roue, qui collaborent, comme on dit.

Journal, 1942

Tout ce clinquant de style et de fausse érudition m’agrandissait les yeux d’étonnement.

Journal, 1941

Un père de famille, au lendemain des premières émeutes, a fait venir son fils et sa fille, tous deux barricadeurs.

Journal, 14 décembre 1968

L’accumulation des meubles rares et des tapisseries uniques avait un effet curieux: ils se banalisaient par manque d’espace et l’appartement manquait d’une âme comme on manque d’air.

Journal, 9 juin 1977

Les ballets ne sont que la sculpture qui bouge.

Journal, 17 décembre 1971

Dans l’Isère, la nouvelle de cette effroyable avalanche, l’irruption de la neige dans une salle à manger pleine de jeunes gens qui déjeunaient gaiement. La masse blanche d’une force irrésistible a balayé la maison et pulvérisé des voitures.

Journal, Ce qui reste du jour (1966-1972), 16 février 1970

Un autoportrait est toujours un reflet dans un miroir, mais dans celui-ci on dirait que le miroir a disparu, le peintre est vraiment là.

Journal, La Terre est si belle... (1976-1978), 6 juin 1978

Plus de confession auriculaire. La confession générale suffit.

Journal, 17 juin 1966

Croyez-vous aux fantômes? Pour ma part, je n’aime pas ce monde-là où règne ce que certains nomment notre corps astral.

Journal, 25 juillet 1976

Lorsque la crème disparaît, une autre assiettée la remplace aussitôt.

Journal, 19 octobre 1965

Deux apiculteurs sont venus les ôter de là. Ils avaient la tête enveloppée d’un épais voile noir qui passait par-dessus leurs chapeaux et ressemblaient ainsi à des bourreaux vus dans un cauchemar …

Journal, 26 juillet 1965

Hier, visite d’un religieux … Il me parle aussi des amitiés particulières dans l’ordre. On appelle cela des crises affectives.

Journal, Ce qui reste du jour (1966-1972), 4 novembre 1967

On dirait que le chuchotis de l’eau dans les arbres et le tic tac de cette montre sont la voix même du silence plutôt qu’un bruit qui le trouble.

Journal (1941-1943)

Dans le Figaro, il est question de sept mille partisans du renouveau charismatique à Lourdes.

Journal, 9 juin 1976

La «célébration de l’Eucharistie», comme on parle aujourd’hui pour désigner la messe, nous est offerte par le petit écran.

Journal, 19 janvier 1970

Pas un bruit n’arrive à moi de la ville où les «casseurs» – pas très nombreux – brisent les vitrines, envahissent les épiceries.

Journal

Du buffet d’orgues aux stalles, le bois naturel lui prête aussi l’intimité d’une église de campagne.

Journal, 3 mai 1977

D’ordinaire, un traducteur copie les traducteurs précédents, de confiance et sans toujours savoir quelles bourdes il perpétue.

Journal, 21 décembre 1977

La reine d’Angleterre doit se rendre à Belfast. «Je n’oublie pas que je suis reine d’Angleterre et d’Irlande», aurait-elle déclaré. «Elle ne l’oubliera pas, aurait déclaré à son tour un chef de l’IRA. Nous lui réservons un accueil du genre Blitz».

Journal, 7 août 1977

J’ai été reçu par un jeune homme en noir, aux yeux très noirs, au teint bistré, au nez fin et curieux.

Journal, 18 octobre 1966

On met en place des panneaux pour les législatives. Ces tristes binettes ne donnent pas une très haute idée de l’homme.

Journal, 3 février 1967

Cela ressemble bien aux Américains d’imaginer un big bang à l’origine de nos univers.

Journal, 15 février 1956

Dans Havelock Ellis, cette notation étrange: «L’alpinisme est une forme d’auto-érotisme».

Journal, Vers l'invisible, 11 août 1961

Sont-ils gais ou tristes? On ne saurait dire, ils parlent d’ailleurs.

Journal, 1961

Me faire des compliments et s’attendre ensuite que je me lève pour remercier est pour moi une très grande épreuve, une sorte d’agonie si l’on donne à ce mot d’agonie son sens original, qui est celui d’une lutte.

Journal, 1970

Le chef des Brigades rouges est dans la cage des accusés à Turin et donne hautement raison à ses affidés encore libres.

Journal, 19 avril 1978

On n’ose pas dire que le mot d’abasourdi se présente à l’esprit, et pourtant …

Journal, Vers l'invisible, 17 juin 1959

Quand le prêtre joint les mains, le ciel s’agenouille.

Le Revenant (1946)

On ne devrait jamais condamner un homme à mort parce que nous ne savons pas ce que c’est la mort.

Julien Green en liberté avec Marcel Jullian (1980)

L’enfant dicte et l’homme écrit.

Journal (1971)

La musique embellit les lieux où on l’entend.

Notre liberté est comme un cercle dont le diamètre varie avec chaque individu.

Etre heureux, est-ce autre chose que profiter de tout avec des yeux neufs.

Toutes les sexualités font partie d’une même famille: l’instinct.

On a beaucoup ri d’un télégramme que Mauriac a reçu peu de jours après la mort de Gide et ainsi rédigé: «Il n’y a pas d’enfer. Tu peux te dissiper. Préviens Claudel. (Signé) André Gide.»

Le Miroir intérieur (1976)

Un écrivain traduit est un écrivain en exil dans une langue étrangère.

La récompense des livres, c’est d’être lus.

Dans le langage des jardiniers, les plantes crèvent, mais les roses meurent.

C’est bien pire que mauvais, c’est quelconque.

Un livre est une fenêtre par laquelle on s’évade.

Un enfant n’a pas besoin d’écrire, il est innocent.

Journal

Les livres font ceci, ils propagent le silence.

Journal

… le seul fait de vivre est oppressant et l’on ne s’y habitue, sans doute, qu’en accomplissant des besognes imbéciles.

L'autre sommeil

Rien de mystérieux comme le cheminement d’une passion dans un coeur sans expérience.

L'autre sommeil

Dommage qu’on ne connaisse ses parents que lorsqu’ils commencent à vieillir, à perdre ce qui faisait d’eux des êtres humains.

L'autre sommeil

… la piété que n’accompagne pas une vive affection ressemble à une forme ennoblie du mensonge.

L'autre sommeil

Une bibliothèque, c’est le carrefour de tous les rêves de l’humanité.

Si Dieu cessait de pardonner une seconde, notre terre volerait en éclats.

Rien n’est plus proche d’une femme ensorcelée qu’une femme éprise.

Adrienne Mesurat

Quel homme a jamais pu être sur de ce qui se passe derrière son dos?

Rien ne ressemble plus à des vies ratées que certaines réussites.

Le Miroir intérieur (1950-1954), Journal VI (1955)

Notre liberté est comme un cercle dont le diamètre varie avec chaque individu. Jeunes, nous n’apercevons pas les limites de ce cercle.

Le bel aujourd'hui (1955-1958), Journal VII (1958)

Lire est une forme de paresse dans la mesure où on laisse le livre penser à la place du lecteur. Le lecteur lit et se figure qu’il pense de là ce plaisir qui flatte l’amour-propre d’une illusion délicate.

Journal

Un vieillard est un livre qu’on néglige de lire.

Journal

Il a à peu près autant de grâce qu’un rhinocéros à la poursuite d’un papillon.

Varouna (1940)

Il faut quelquefois se promener au fond de l’abîme. Même si je descends jusqu’en enfer le bras de Dieu est assez long pour m’en retirer. Il l’a dit en propres termes dans l’Ecriture. Je sais qu’il est là. Et non seulement, je le sais, mais je le crois.

Le Revenant (1946-1950), Journal V (1951), 31 mars 1950

Il ne peut y avoir de progrès véritable qu’intérieur. Le progrès matériel est un néant.

Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 22 mars 1943

Le plus grand explorateur sur cette terre ne fait pas d’aussi longs voyages que celui qui descend au fond de son coeur et se penche sur les abîmes où la face de Dieu se mire parmi les étoiles.

Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 20 mai 1942

Que de gens lisent et étudient non pour connaître la vérité, mais pour augmenter leur petit moi !

Devant la porte sombre (1940-1943), Journal III (1946), 25 mai 1941

L’Evangile est un livre qui ne se fermera jamais et qui s’écrit tous les jours dans le coeur des contemplatifs.

Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 8 février 1939

Il faut aller au-delà de notre conception de Dieu, car Dieu est éternellement au-delà de tout.

Derniers beaux jours (1935-1939), Journal II (1939), 6 novembre 1938

La voix suprême de notre temps, celle qui fait taire tout amour, tout génie, toute conscience, c’est l’horrible aboiement du canon.

Les Années faciles (1926-1934), Journal I (1938), 18 février 1931

On me croit pessimiste, mais ceux qui ne savent pas que je recherche avant tout le bonheur, la sainte joie de vivre, ceux-là ne me connaissent ni ne me comprennent pas du tout. Tout ce qui est triste me paraît suspect.

Les Années faciles (1926-1934), Journal I (1938), 14 novembre 1929

Une vie humaine paraît presque toujours incomplète. Elle est comme un fragment isolé dans un long message dont elle ne nous livre qu’une faible partie, souvent indéchiffrable.

Varouna (1940), Préface

Il y a une étrange satisfaction à toucher le fond du désespoir; l’excès du malheur procure une espèce de sécurité, havre de grâce pour l’âme naufragée qui n’ose plus croire.

Léviathan (1929)

J’hésite à citer, car citer c’est tronquer.

Discours de réception à l'Académie française, 16 novembre 1972.

Quand j’avais dix-neuf ou vingt ans, à l’Université, j’étais absurdement jaloux de Goethe. Cela me rendait furieux de penser que je n’étais pas l’auteur de ses poésies que j’apprenais avec un mélange de ravissement et de rage.

Journal

La fable de Faust et de Méphisto correspond à une réalité beaucoup plus sérieuse qu’on ne le croit. Il y a toujours en nous de quoi faire un adorateur de Satan et si nous ne le sommes pas en théorie, nous le sommes dans la pratique de chaque jour.

Jeunes Années (1985)

La beauté n’a souvent que faire en amour. Elle ne compte pas parce qu’on ne la voit pas. Le charme et le mystérieux pouvoir d’attirer qu’ont certains visages la remplacent et se font passer pour elle.

Jeunes Années (1985)

Il faut travailler pour justifier sa présence sur terre, mais travailler à quoi? Je ne sais ce que je dois écrire. Dionysos ne me paraît pas sérieux. Peut-être serai-je autre chose qu’un écrivain. Un artiste, par exemple.

Jeunes Années (1985)

Pendant deux grandes heures, il entendit ma confession, car les amoureux sont pleins de paroles et le soupçon qu’ils puissent ennuyer ne les effleure même pas.

Terre lointaine (1966)

Qui n’a craint de déplaire à celui qu’il aime ne sait pas bien ce que c’est que l’amour.

Terre lointaine (1966)

Je le sais, cependant l’homme est une maison à plusieurs étages. On prie Dieu sous les toits, mais la cave est bien sombre, et que s’y passe-t-il?

Jeunes Années (1985)

Rien de plus bavard que les taciturnes quand ils s’y mettent.

Jeunes Années (1985)

L’homme totalement responsable n’existe pas. Il a été conçu dans l’égarement des sens par lequel se transmet le germe d’une incurable démence. Où est la responsabilité d’un garçon enivré de désirs? Où est la responsabilité d’un homme pris de boisson?

Jeunes Années (1985)

Quand tu fais le bien, tu te crois bon et quand tu fais le mal, tu te crois mauvais, mais celui que tu es vraiment est tout autre, et tu ne le vois pas.

Journal

Il est douloureux d’exister, dit Novalis, mais il ne faut pas regretter les affreux plaisirs du monde, comme cela m’est arrivé aujourd’hui même.

Journal

Quand l’homme essaie de se faire un paradis, c’est en général pitoyable. Il réussit beaucoup mieux dès qu’il s’agit de fabriquer un enfer à l’usage du prochain.

Journal

Il y a dans le monde une insondable mélancolie qu’on ne découvre que dans la solitude, à certaines minutes comme celles-là. Les hommes aiment à la tromper, mais elle est au fond de tout, et c’est le regret du paradis que nous avons perdu.

Journal

Que de temps j’ai perdu à ne pas lire Shakespeare! Telle est l’opinion que j’ai de cet homme chaque fois que je reprends une de ses pièces. Après Le Marchand de Venise, j’aborde une fois de plus Les Deux Gentilshommes de Vérone.

Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972)

Quand on parle à quelqu’un d’argent, son visage change, et qu’y lit-on? L’inquiétude. Je l’ai remarqué cent fois. On dirait qu’on touche aux sources mêmes de la vie.

Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972)

Visite d’un ami breton, il me parle du grand nombre d’autonomistes bretons, me dit que ce qui a le plus indigné la Bretagne, c’est le geste d’Herriot supprimant à Paris la chaire de breton. L’âme de la Bretagne, c’est sa langue.

Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972)

Dickens a écrit: «Chaque homme est pour son prochain un mystère et un secret.»

Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972)

J’ai vu des personnes douces, graves, sensées, se changer en furies pour un détail de chronologie ou d’orthographe.

Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972)

Louis Amade me cite ce mot de Jouvet: «On reconnaît le bonheur au bruit qu’il a fait en partant».

Journal

Je voudrais écrire pour celui qui est seul.

L'oeil de l'ouragan (1943-1945), Journal IV (1949)

Les snobs… Qu’ils me paraissent étranges! Thackeray disait d’eux, je crois, qu’ils aiment grandement les choses petites et petitement les grandes choses.

La Terre est si belle... (1976-1978), Journal XI (1982), 20 juillet 1976

L’expérience de l’amour physique dépasse infiniment le corps; elle englobe un monde qu’il est précieux d’avoir connu et où beaucoup de bien se mêle à beaucoup de mal.

Journal

Vous dites que l’argent vous fait peur, s’écria-t-elle. Moi, il me fait honte quand je vois les yeux des pauvres.

Les Etoiles du sud (1989)

Ce que l’homme fait de l’argent dégoûte. Ce que l’argent fait de l’homme fait peur.

L'Expatrié (1984-1990), Journal XIV (1990)

Cela, c’est l’âge: le temps qui s’évanouit, les semaines qui se télescopent, qui entrent les unes dans les autres comme des express qui se tamponnent.

Vers l'invisible (1958-1967), Journal VIII (1967), 6 décembre 1965

Je le dis sans acrimonie: ce journal est le plus régulièrement pillé de mes livres.

Ce qui reste du jour (1966-1972), Journal IX (1972), 16 janvier 1971

Vous ne savez pas qu’entre les choses qu’on dit quelquefois et celles qu’on pense… Enfin, cet homme avait peut-être une raison pour vous dire non comme cela. Et puis ça peut n’être qu’une parole en l’air.

Adrienne Mesurat (1927)

L’âme humaine est comme un gouffre qui attire Dieu, et Dieu s’y jette.

Vers l'invisible (1958-1967), Journal VIII (1967)

S’il n’y avait pas eu les nuits, il n’aurait pas supporté les jours.

Chaque Homme dans sa nuit (1960)

Jésus leur dit: «Qui pensez-vous que je suis?». Ils répondirent: «Tu es la manifestation eschatologique du fondement de notre être, le kérygme par lequel nous trouvons le sens ultime de nos relations interpersonnelles.»

La Terre est si belle... (1976-1978), Journal XI (1982), 8 juin 1976

Une horrible frayeur la saisit et, sans savoir comment, à peu près comme si elle eût été jetée dans le noir par une force irrésistible, elle se rua vers l’escalier.

Adrienne Mesurat (1927)

J’aime l’isolement, non la solitude. Il me plaît d’entendre aller et venir autour de moi alors que je suis seul dans la pièce où j’écris, mais une maison vide me cause toujours un certain malaise.

Le Miroir intérieur (1950-1954), Journal VI (1955), 24 mai 1954

L’intégration est une forme de racisme. Il faudrait que l’individu se coulât dans le moule qui n’est pas le sien. Un uniforme en somme. Il n’est pire horreur, où que cela soit. La terre est à tout le monde, les frontières n’y changeront rien.

En avant par-dessus les tombes (1996-1997), Journal XVII (2001), 1 mars 1997

Il vient parfois à l’esprit des pensées informulables parce que les mots sont insuffisants ou même n’existent pas, qui pourraient les exprimer.

Journal, Vers l'invisible, 27 janvier 1960

Ce qu’elle disait était difficilement intelligible, mais le ton détaché, indifférent de ses propos contrastait avec une certaine volubilité.

Adrienne Mesurat (1927)

Elle éprouva brusquement un sentiment jusqu’alors inconnu: l’indifférence complète de tout à l’égard de ce qui se passait en elle, l’indifférence de cette église et de cette place à sa douleur.

Adrienne Mesurat (1927)

Avec la superstition des âmes que la solitude a rendues farouches, elle s’imaginait confusément que tous les actes de sa vie étaient prescrits d’avance par une volonté inconnue.

Adrienne Mesurat (1927)

Pour ma part j’ai aimé extrêmement la beauté, mais dans cette adoration idolâtrique il y avait malgré tout quelque chose de bon et de sain.

Journal, 24 juillet 1971

C’étaient des hommes de ce genre qui lui faisaient des compliments sur son visage, sur sa taille. Parbleu! Un laideron aussi complaisant qu’elle eût recueilli les mêmes hommages.

Léviathan (1929)

Certaines semblent impossibles à vivre. Il faudrait pouvoir les sauter, les omettre et rejoindre la vie un peu plus loin.

Adrienne Mesurat (1927)

Des glaces au cadre lourd dont les ors brillent doucement ajoutent une note de mystère à ce décor fabuleux, car elles ont dû voir des choses étranges, mais elles n’en disent pas plus long que les muets du sérail.

Journal, La Terre est si belle... (1976-1978), 27 octobre1976

Relu du Maupassant. Celui qui ne m’intéresse pas, c’est celui de la gaudriole, du monsieur qui dort alors qu’une belle femme attend qu’il lui donne des preuves de sa virilité.

Journal, 12 juin 1961

Elle vit l’effroi sur le visage de sa soeur et s’en sentit gagnée par une sorte de panique.

Adrienne Mesurat (1927)

D’autres fusées partirent, les unes en gerbes d’argent, celles-ci en spirales aux courbes de plus en plus larges comme un ressort détendu, celles-là toutes droites et qui, tout d’un coup, éparpillaient dans les étoiles une infinité de petits points d’or.

Adrienne Mesurat (1927)

Il avait le visage fermé des gens chez qui l’étonnement a coupé net l’élan de la fureur et qui dévorent leur rage en silence.

Adrienne Mesurat (1927)

Parfois un rayon perçait les nuages qui s’étendaient à travers le ciel et glissait un instant sur les ardoises du toit; la jeune femme tendait alors son regard pour suivre le jeu de ce miroitement fugitif.

Adrienne Mesurat (1927)

Il regardait cette herbe, il se penchait sur elle comme pour y retrouver la trace du corps qui l’avait froissée.

Léviathan (1929)

La voiture descendait la rue Carnot et l’on entendit bientôt, dans le fracas des sabots du cheval sur le pavé, le grincement du frein que le cocher serrait.

Adrienne Mesurat (1927)

Il m’a demandé si je portais un tricot, un bon tricot bien chaud. J’ai dit que oui, mais il ne voulait pas me croire et il voulait à tout prix fourrer ses doigts sous mon tablier.

Léviathan (1929)

La fortitude des uns et la lâcheté des autres. Nous vivons tout cela.

Journal, Vers l'invisible, 30 mai 1966

Elle avait toujours ces vêtements qui paraissaient avoir appartenu à une personne plus forte, tant ils s’ajustaient mal sur son maigre corps.

Adrienne Mesurat (1927)

Il avait fait les foins avant cette conférence, et ce sont les foins qui l’ont tué, car le médecin lui avait défendu tout effort physique.

Journal, 3 août 1970

Il flottait encore dans l’air un reste d’encens dont elle huma l’odeur une ou deux fois avec un plaisir mélancolique.

Léviathan (1929)

Il était jeune encore, mais avec ce je ne sais quoi de flétri et d’amer que l’on remarque chez ceux dont les soucis ont dévoré les premières années de la vie.

Léviathan (1929)

La fatigue lui brisait les côtes; il porta la main à ses flancs et fit effort pour respirer.

Léviathan (1929)

Le firmament apparut tout d’un coup comme s’il pénétrait dans la pièce et la remplissait de ses étoiles, de sa nuit.

Léviathan (1929)

A sa main gantée de fil, elle tenait un parapluie dont elle agaçait la virole.

Adrienne Mesurat (1927)

Une phrase de Flaubert sur les féeries qui faisaient fureur de son temps: «Avec le cochon de lait, la féerie est ce que je connais de plus lourd.»

Journal, Vers l'invisible, 21 août 1959

J’ai relevé une faute d’étourderie assez inexplicable chez quelqu’un d’aussi scrupuleux.

Journal, 1941

L’homme aura beau faire le faraud, il sera toujours un animal inquiet et cela depuisl a préhistoire.

Journal, 4 juin 1976

Elle pensait avec un malaise qu’elle ne s’expliquait pas, aux familiarités que sa nièce avait sans doute à souffrir.

Léviathan (1929)

Je vous le dis bien en face, vous n’avez pas la femme qu’il vous faut !

Léviathan (1929)

Elle était à jeun et se sentait la tête un peu légère. Brusquement, une faiblesse la saisit et ses jambes fléchirent.

Adrienne Mesurat (1927)

Ces précautions n’avaient rien d’extraordinaire, et huit ans d’habitude les avaient consacrées.

Adrienne Mesurat (1927)

Bientôt son visage entier fut enveloppé de lumière, à l’exception du front.

Léviathan (1929)

Elle était exaspérée de ne pouvoir pas même saisir le sens de cette querelle.

Léviathan (1929)

Je suis croyante, moi. N’allez pas me prendre pour une exaltée, une mystique.

Adrienne Mesurat (1927)

Adrienne fronça les sourcils et considéra ses cartes qu’elle tenait, à l’invitation de son père, en éventail.

Adrienne Mesurat (1927)

Il porta son verre à ses lèvres, comme pour donner le change à M. Borges dont la méfiance était tout à coup en éveil.

Léviathan (1929)

L’étreinte de cette main de meutrier la remplit d’une terreur qui lui fit claquer des dents.

Léviathan (1929)

Je prends mes renseignements avant d’ouvrir à une étrangère la porte d’une famille honorable.

Adrienne Mesurat (1927)

Elle ne voulait pas aller à Paris, elle y avait été plusieurs fois et n’en avait rapporté qu’une sensation désagréable d’étourdissement et de fièvre.

Adrienne Mesurat (1927)