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Citations de : Jean Giono

Celui qui prie pour empêcher la mort est aussi fou que celui qui prierait pour faire lever le soleil par l’ouest, sous prétexte qu’il n’aime pas la lumière matinale.

La jeunesse, c’est la passion pour l’inutile.

Triomphe de la vie

L’homme, on a dit qu’il était fait de cellules et de sang. Mais en réalité, il est comme un feuillage. Il faut que le vent passe pour que ça chante.

Que ma joie demeure

L’amour c’est toujours emporter quelqu’un sur un cheval.

Le Chant du monde

Je crois que ce qui importe c’est d’être un joyeux pessimiste.

Imaginer, c’est choisir.

Noé

Il y a dans la sensualité une sorte d’allégresse cosmique.

Jean le Bleu

Il n’y a pas un millimètre du monde qui ne soit savoureux.

Les Vraies Richesses

Il n’y a pas de Provence. Qui l’aime aime le monde ou n’aime rien.

Rondeur des jours

Ici, c’est autre chose que loin, c’est ailleurs.

L'Iris de Suse (1970)

Homme plus libre que la liberté des fumées, si seulement tu comprenais ta grande liberté.

Le Serpent d'étoiles

C’est à peine éclairé, mais j’y vois assez pour me rendre compte qu’on a changé de crémerie.

Les Grands Chemins (1951)

Là-haut, les renards ont mangé. Lourds de viande, ils marchent pesamment, cherchent le couvert pour dormir.

Les Vraies Richesses (1936)

Il a retrouvé son instinct de tueur de bêtes pour enfoncer brusquement le coutre aigu dans la terre.

Regain (1930)

L’émotion d’ailleurs, malgré la colère et l’apétit italien pour le mystère, avait coupé les jambes à Angélo. Il les sentait flageoler sous lui à chaque pas.

Le Hussard sur le toit (1951)

Tu te crois plus forte qu’un de mes vieux hussards, se disait Angélo. Ils mangent de la polenta au vin quand ils sont dans les coups de chien.

Le Hussard sur le toit (1951)

Nous ne savons pas ce qui nous attend sinon que, d’après ce que nous avons déjà vu ce sera sans doute coton. Tâchons d’être à la hauteur des événements.

Le Hussard sur le toit (1951)

C’était un piéton bien équipé … On pouvait lui donner dans les soixante ans mais il ouvrait solidement ses compas comme le juif errant en personne.

Le Hussard sur le toit (1951)

Elle a un caraco rouge à pois blancs, décoloré par la sueur sous les bras.

Colline (1929)

Sans voir la porte, en deux sauts, il a été dehors. Il avait encore les yeux collés de sommeil.

Regain (1930)

Le choléra est une saloperie, mais le reste est une saloperie encore pire. Ne faites pas le cocardier.

Le Hussard sur le toit (1951)

On en est à la chienlit, monsieur … On en est à la mascarade, au corso carnavalesque. On se déguise en pirrot, en arlequin, colombine ou en grotesque pour échapper à la mort.

Le Hussard sur le toit (1951)

La femme lui montra sa route qui, de l’autre côté de la vallée, montait dans les chênaies.

Le Hussard sur le toit (1951)

Olivier et Daniel sont au fond, emmêlés bras et jambes, serrés l’un dans l’autre à n’être plus qu’un. Le chaud de l’un coule dans le chaud de l’autre.

Refus d'obéissance (1937)

Le chat gris qu’il avait dérangé dans le salon, la nuit passée, mit la tête à la chattière …, se glissa en dépêtrant ses pattes du trou, une après l’autre, et vint se frotter à lui en ronronnant.

Le Hussard sur le toit (1951)

Mon père ne m’interdisait pas de sortir, au contraire, mais, tous les catimini, quelle joie!

Le Hussard sur le toit (1951)

Ca pouvait être dans les onze heures quand Panturle s’est arrêté pour raccommoder la longe qui venait de casser.

Regain (1930)

J’aurais voulu que tu sois dans les caniers de l’Eurotas quand Ulysse me conta ses aventures.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Il soubresautait et on entendait claquer ses dents. … Qu’est-ce qui le tenait debout? La fierté, hein! Tu ne voulais pas caner, hein!

Le Hussard sur le toit (1951)

Il descendit, l’oreille au guet, imaginant déjà la campée des bûcherons: les haches pendues, la soupe de chou, les souples litières de feuilles.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Il se tourna vers le tas imprécis où marchands de cabres, palefreniers, maquignons écoutaient.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Un groupe de paysannes en habits de fête … se disputaient pour la possession d’une niche de la muraille. Un ânier l’occupait avec son bourriquet et ses couffes d’oignons.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Je ne crois pas que les révolutions soient des assassinats, ou alors je m’en désiste. On le sait. C’est pourquoi on tire sur moi à boulets rouges, des deux côtés.

Le Hussard sur le toit (1951)

Et ça s’est débouché tout d’un coup, ça a coulé, clair, puis épais, puis clair encore, la lie et le vin mélangés, comme si la bonde avait sauté d’un tonneau oublié.

Colline (1929)

La niche votive où pour les doigts furtifs de Pan on avait déposé la bolée de mûres blanches.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Je fais plus de choses dures que ce qu’on croit, dit-elle. Je ne fais que ça. Sans blague? Oui, sans blague.

Batailles dans la montagne (1937)

Une bastidette à forme de nef était à l’ancre sur un champs de trèfles.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Et, barca, comme aurait dit Langlois, car jamais plus on ne vit Langlois à l’église, ni pour des messes, ni pour des vêpres, ni pour rien.

Un roi sans divertissement (1947)

Il vint au port un après-midi. Il n’y avait pas de voilier à quai: des barquettes seulement et une balancelle qui portait des blocs de marbre au temple de Cypris-de-l’onde-bleue.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Surveille tes ruches et prends tes dispositions d’hiver. Les avettes si rudes au travail sont faibles sous les longues nuits.

Les Vraies Richesses (1936)

Avant qu’il ne se décide, on aurait le temps de tuer un âne à coups de figues.

Les Ames fortes (1949)

Tu n’auras pas de femme ou de mère attachée à toi comme une arapède, à te crier: Des sous, des sous!

Naissance de l'Odyssée (1930)

Il vit s’enfoncer, pattes repliées, une longue araignée d’eau maigre comme un fil de la Vierge mais qui traînait un chapelet de bulles d’air et dans chaque bulle d’air était enfermée une petite araignée toute neuve qui venait à peine de naître.

Que ma joie demeure (1935)

Le long de hauts rochers anfractueux, coulait l’odeur des nids pourris abandonnés par les éperviers.

Le Hussard sur le toit (1951)

Du manoir au port, ils avaient pris par les venelles allongeuses.

Naissance de l'Odyssée (1930)

L’odeur aigre des sèves que la chaleur faisait éclater dans des fentes le long des troncs des alisiers sauvages.

Le Hussard sur le toit (1951)

Elle me réveillait l’appétit avec des fougasses à l’anchois, des sauces où elle pilait de l’ail et des échalotes sauvages. … Il mangeait des gousses d’ail tout le jour comme des bonbons.

Jean le Bleu (1932)

(La mélancolie) enlève l’appétit, le goût, noue les aiguillettes.

Le Hussard sur le toit (1951)

Une avancée de froid aigrissait le fond de l’air.

Le Grand troupeau (1931)

Dans la vie courante (qui est la nôtre) il n’y a vraiment jamais de quoi rire à ventre déboutonné, notre corps n’en a pas l’habitude (tandis que ricaner, on sait le faire).

Le Moulin de Pologne (1953)

La chaleur pétillait sur les tuiles. Le soleil n’avait plus de corps; il était frotté comme une craie aveuglante sur tout le ciel; les collines étaient tellement blanches qu’il n’y avait plus d’horizon.

Le Hussard sur le toit (1951)

Les mots ne suffirent plus. A force de tout se passer en mots, le plaisir restait en suspens, on s’énervait à attendre l’essentiel. Il fallait aller plus loin. Quel bonheur de s’approcher coûte que coûte de ce paroxysme!

Le Moulin de Pologne (1953)

L’essentiel n’est pas de vivre, c’est d’avoir une raison de vivre.

Je jouis à chaque instant de vieillir parce que… je ressens le sentiment délicieux, à chaque seconde, de l’irrémédiable.

L’innocence est toujours impossible à démontrer.

Le Moulin de Pologne (1953)

Si j’étais un tyran, j’obligerais tous les jeunes gens à faire un peu de prison. On y apprend à être soi-même.

Dans Lui.

Je crois à la vertu de l’homme à cheval, mais il faut qu’il reste muet. S’il prononce un mot, c’est comme s’il mettait pied à terre.

Les Récits de la demi-brigade (1972)

Toutes les erreurs de l’homme viennent de ce qu’il s’imagine marcher sur une chose inerte alors que ses pas s’impriment dans la chair pleine de grande volonté.

Préface de Colline (1929)

Prends donc l’habitude que les choses ordinaires arrivent aussi.

Le Hussard sur le toit

La vie de l’homme est une chasse au bonheur. Parmi ces bonheurs, l’exercice de la gourmandise est un des plus importants.

Si on n’a pas la conviction qu’autrui est dans des embêtements sans nombre, on n’est pas soi-même très heureux.

Le soleil n’est jamais aussi beau qu’un jour où l’on se met en route.

– Oui, il en a fait du mal, reprend le père Valigrane qui a bien regardé au dedans de lui des souvenirs de champs de blé, et s’il en a tant fait, c’est à cause de la mode.

Regain (1930)

C’est pas les sous qui font la richesse. C’est le contentement.

Lanceurs de graines

Il ne faut pas demander l’heure. L’heure n’a rien à faire. Il ne faut attendre que ce qui est dû.

Lanceurs de graines

Tu as peur des mots? C’est avec ça qu’on fait la vérité.

Lanceurs de graines

La grand-mère: Elle ne peut pas te faire de mal, mon petit. Puisqu’elle est morte. – Jean: Elle est plus que morte, grand-mère, elle est morte rien que pour moi.

Le Bout de la route

On doit pas toujours garder la même mère, on doit changer. La première, elle a encore dans elle le moule de quand on était petit et les seins sensibles. Elle ne sait pas qu’on peut plus rentrer d’où on est sorti.

Le Bout de la route

On ne peut rien dire en criant.

La Femme du Boulanger

Il y a des moments où un mot fait plus qu’un geste.

La Femme du Boulanger

Dans la vie, il n’y en a qu’un qu’il ne faut pas gêner: c’est soi-même.

La Femme du Boulanger

Vois-tu, avec les femmes il faut toujours penser à une chose: ce n’est pas autant le nécessaire qu’elles veulent, mais le dérangement; tu ne peux pas savoir comme ça leur plaît.

La Femme du Boulanger

Une allumette sale ça fait le même feu qu’une allumette propre!

La Femme du Boulanger

Le premier: Ta figure – Le troisième: Qu’est-ce qu’elle a? – Le deuxième: Des vices de constructions. – L’entrepreneur a dû faire faillite.

La Femme du Boulanger

Qu’est-ce que tu crois que c’est des vieilles: d’anciennes jeunes.

La Femme du Boulanger

Les femmes ça a toujours un coin où, en appuyant, ça pleure.

Le Chant du monde

Il n’y a qu’à la souffrance qu’on ne ment pas …

Le Chant du monde

Seul. Seul dans le temps, seul sur la terre. Mourir demain sans laisser de vide en personne.

Le Chant du monde

On ne voit pas toujours les gens qui sont devant vous, tu le sais, ça?

Le Chant du monde

Quand on est malade, rien chante plus fort que l’envie de guérir.

Le Chant du monde

… il y a dans la forêt des bruits qui ressemblent à des paroles.

La Femme du Boulanger

L’indulgence, mon ami, est une vertu de riche.

La Femme du Boulanger

Je ne suis plus à un âge où l’on fait sa vie, mais je suis à un âge où l’on fait volontiers une heure de vie.

La Femme du Boulanger

Qui me reprochera d’être sensible? Peut-être celui qui en a profité?

La Femme du Boulanger

C’est plus difficile pour moi de jouer en trichant. – J’aimerais mieux jouer avec du jeu.

La Femme du Boulanger

L’hypocrisie au billard, ça s’appelle les bandes.

La Femme du Boulanger

Depuis que je me suis pendu, j’ai appris quelque chose: c’est qu’on pouvait avoir du plaisir même avec son malheur.

La Femme du Boulanger

Qui n’a pas rêvé, à un moment donné, d’effacer la vie? … L’embêtant c’est que la vie, il faut la vivre à la file. Ca commence et, à partir de là, ça tire du long jusqu’à la fin. On ne peut pas choisir.

La Femme du Boulanger

… moi je me suis suicidé en état de légitime défense.

La Femme du Boulanger

Quand on cherche des excuses, on a déjà péché dans son coeur.

La Femme du Boulanger

Restons un moment sans parler les uns et les autres, dit le premier bouvier. Ca nous éclairera. Après nous nous expliquerons.

Le Chant du monde

Quand les mystères sont très malins, ils se cachent dans la lumière.

Ennemonde (1968)

Pour bien mentir il faut beaucoup de sincérité!

La Femme du Boulanger

Perdre est une sensation définitive; elle n’a que faire du temps. Quand on a perdu quelqu’un, on a beau le retrouver, on sait désormais qu’on peut le perdre.

On nous veut avec les stigmates des grandes écoles, je le veux avec les stigmates de la vie. Savoir s’il est agrégé en soleil. S’il a ses grades en désespoir.

Virgile

Nous n’avons pas de futur. Pour tout le monde le futur parfait c’est la mort. Notre seul bien c’est le présent, la minute même; celle qui suit n’est déjà plus à nous.

Méfiez-vous de la vérité, dit ce procureur (paraît-il), elle est vraie pour tout le monde.

Un roi sans divertissement

Les spéculations purement intellectuelles dépouillent l’univers de son manteau sacré.

Les Vraies Richesses

Les sentiers battus n’offrent guère de richesse; les autres en sont pleins.

Les jours sont des fruits et notre rôle est de les manger.

Rondeur des jours

Les joies du monde sont notre seule nourriture. La dernière petite goutte nous fait encore vivre.

Que ma joie demeure

Les hommes sont les êtres les plus faibles du monde parce qu’ils sont intelligents. L’intelligence est exactement l’art de perdre de vue.

Le poète doit être un professeur d’espérance.

L'Eau vive

Le bien-être ne sert qu’à désirer plus; et dans cette idée il n’y a pas de limite.

Laisse-toi vivre dans la vie sans penser que tu joues de la flûte, et alors tu joueras.

Que ma joie demeure

La richesse de l’homme est dans son coeur. C’est dans son coeur qu’il est le roi du monde. Vivre n’exige pas la possession de tant de choses.

Les Vraies Richesses

La première vertu révolutionnaire, c’est l’art de faire foutre les autres au garde-à-vous.

Le Hussard sur le toit

La notion de péché est en complet désaccord avec la rose des vents.

Ennemonde (1968)

La mort attrape d’abord ceux qui courent.

L'Iris de Suse (1970)

La joie panique, il est impossible de la garder pour soi-même; celui qui l’a, s’il ne la partage ne fait que la toucher et la perdre.

Est-ce que je me trompe … si je me crois plus grand quand j’agis seul?

Le Hussard sur le toit

Il y a une sorte de bonheur qui ne dépend ni d’autrui ni du paysage, c’est celui que j’ai toujours cherché à me procurer.

Voyage en Italie (1953)

Je ne fais effort ni pour qu’on m’aime ni pour qu’on me suive, j’écris pour que chacun fasse son compte.

Le Poids du ciel (1938)

L’esprit a fait du monde ce désert nu, couvert de dunes de sable, penchées de même pente l’une sur l’autre jusqu’au-delà des horizons.

Les Vraies Richesses (1936), Préface

Les parfums permettent d’affronter – et souvent de les vaincre – les mystères les plus terribles.

La Chasse au Bonheur (1988)

Il ne s’agit que d’être Monsieur tout-le-monde. C’est le meilleur moyen qu’on vous foute la paix.

Les Grands Chemins (1951)

La jeunesse, dit l’homme, c’est la joie. Et, la jeunesse, ce n’est ni la force, ni la souplesse, ni même la jeunesse comme tu disais: c’est la passion pour l’inutile. Inutile, ajouta-t-il en levant le doigt, qu’ils disent!

Que ma joie demeure (1935)

La jeunesse n’habite pas les muscles: elle habite l’âme.

Triomphe de la vie (1941)

La vie, c’est de l’eau. Si vous mollissez le creux de la main, vous la gardez. Si vous serrez les poings, vous la perdez.

L'Eau vive (1943)

Les hommes, au fond, ça n’a pas été fait pour s’engraisser à l’auge, mais ça a été fait pour maigrir dans les chemins, traverser des arbres et des arbres, sans jamais revoir les mêmes; s’en aller dans sa curiosité, connaître.

Que ma joie demeure (1935)

Un de ces proverbes dit que d’une chose mauvaise une belle ne peut pas sortir. Le sifflet était beau comme tout. Il était fait de juste rond. Il allait calme. Il allait juste où il fallait.

Que ma joie demeure (1935)

La jeunesse, dit l’homme, c’est la joie. Et, la jeunesse, ce n’est ni la force, ni la souplesse, ni même la jeunesse comme tu disais: c’est la passion pour l’inutile.

Que ma joie demeure (1935)

Quand on ne fait rien pour le lépreux, il devient de plus en plus lépreux.

Que ma joie demeure (1935)

Je n’avais jamais vu l’automne, dit-il. Ce n’est cependant pas le premier. Je n’avais jamais eu le temps.

Que ma joie demeure (1935)

La poésie est une force de commencement; et une grande force: la dynamite qui soulève et arrache le rocher.

Que ma joie demeure (1935)

On ne fait pas des enfants rien qu’avec du lait caillé, vieux père. Et on ne les fait pas comme on veut. On les fait comme on est et ce qu’on est on ne le sait pas. On a tant de choses dans son sang.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Etre heureux c’est abattre des atouts, ou les attendre, ou les chercher. Forcer la main est magnifique.

Les Grands Chemins (1951)

On s’aperçoit qu’en temps ordinaire on a à portée de la main des petits riens qui sont tout. La sécurité ne réjouit pas. Ce qui compte, pour le bonheur, c’est de tout remettre en question.

Les Grands Chemins (1951)

Parfois, elle l’envoyait chez les pêcheurs pour acheter des moules fraîches ou des violets pareils à des tomates pourries, mais qui ont l’odeur de l’amour.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Le vent soulève le ciel comme une mer. Il le fait bouillonner et noircir, il le fait écumer comme les montagnes.

Regain (1930)

Il ne suffit pas d’être pacifiste, même si c’est du fond du coeur et dans une farouche sincérité; il faut que ce pacifisme soit la philosophie directrice de tous les actes de votre vie. Toute autre conduite n’est que méprisable lâcheté.

Ecrits pacifistes, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)

Pour qui voit non seulement la clarté du jour mais la nuit éternelle qui enferme la clarté du jour, le monde apparaît dans sa terrible vérité.

Ecrits pacifistes, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)

La mesure que le paysan ne doit pas dépasser, c’est son nécessaire, le nécessaire de sa famille, le nécessaire de quelques artisans simples, faciles à dénombrer, qui produisent à côté de lui les objets indispensables à son travail et à son aisance.

Ecrits pacifistes, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)

Mais je ne peux pas lui faire grâce de ce qu’il est moins qu’il paraît, moins que ce qu’il dit, moins que ce qu’on dit, moins que ce je croyais. Presque rien.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Ils bâtissent avec des pierres et ils ne voient pas que chacun de leurs gestes pour poser la pierre dans le mortier est accompagné d’une ombre de geste qui pose une ombre de pierre dans une ombre de mortier. Et c’est la bâtisse d’ombre.

Que ma joie demeure (1935)

L’homme n’est la matière première que de sa propre vie.

Refus d'obéissance (1937)

Dans les fermes des collines les juments ne sont pas grasses et lourdes; comme on attend d’elles moins gros travail que bonne espérance de poulains, on les laisse galoper dans les hauts campas.

Jean le Bleu (1932)

Aucun homme ne pourra vivre sa jeunesse s’il ne se croit pas le plus grand et le plus généreux des hommes.

Recherche de la pureté (1939)

Un jarret de porc salé dans la soupe de chou blanc commence à fournir déjà assez de matière. Surtout si c’est un jarret un peu rose, avec d’onctueuses petites mottes de gluant dans les jointures.

Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)

Il est plus facile de croire à l’héroïsme social que de conformer sa vie aux exigences terribles de l’héroïsme individuel.

Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)

La preuve de l’erreur de vendre, en général, est que le travail de l’homme appliqué logiquement au désir de vendre détruit de lui-même la possibilité de vendre. C’est un noeud coulant.

Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)

On ne peut pas vivre dans un monde où l’on croit que l’élégance exquise du plumage de la pintade est inutile.

Un roi sans divertissement (1947)

Tous les êtres vivants ont un territoire matériel dont ils ne peuvent permettre l’usage à personne d’autre qu’à eux-mêmes sans mourir.

Ecrits pacifistes, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)

Je trouve que personne ne respecte plus l’homme. De tous les côtés on ne parle plus que de dicter, d’obliger, de forcer, de faire servir.

Ecrits pacifistes, Refus d'obéissance (1937)

La vie, c’est du mouvement, c’est des soupirs.

Colline (1929)

Le malheur est-il obligé de passer par les routes? N’y at-il pas assez d’espace au-dessus de la tête des hommes, entre leurs cheveux et les nuages?

Colline (1929)

Connaître, c’est quitter, maintenant tâche d’aimer: aimer, c’est joindre.

Le Serpent d'étoiles (1931)

La pauvreté, c’est l’état de mesure. Tout est à la portée de vos mains. Vivre est facile. Vous n’avez à en demander la permission à personne.

Ecrits pacifistes, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)

Tant qu’on est trompé par le mensonge de l’utilité de la guerre il n’y a pas de paix; il n’y a que des intervalles troubles dans la succession des guerres.

Ecrits pacifistes, Lettre aux paysans sur la pauvreté et la paix (1938)

Panturle regarde le bon pain, gros et solide, le pain des champs, le pain de la farine faite au mortier de marbre; le pain, et de sa mie qui est rousse, on tire parfois une longue paille droite et étincelante comme un rayon de soleil.

Regain (1930)

Il s’arrêta, la crosse à la hanche, le doigt sur la gâchette, le fusil braqué vers l’arbre noir.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Un beau mortier, dit La Poule, et mélangé par une sacrée gâche qui part de haut.

Le Grand troupeau (1931)

L’été est là à gémir qu’il va mourir.

Regain (1930)

C’était un bouquet d’arbres aigus, trop fuselés pour garder la neige. Ils étaient luisants d’un beau vert gras, épais et serrés de feuillages comme des colonnes.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Les labours d’automne ont commencé ce matin. Dès le premier tranchant de l’araire, la terre s’est mise à fumer.

Regain (1930)

On eût dit un énorme tas de fucus amassé par la récente tempête, et qui avançait en ressautant sur le dos de la vague.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Enfin, le voilà dans ses armures et fanfreluches complètes de prêtre-guerrier qui frotaille de petites crécelles de bois sec.

Un roi sans divertissement (1947)

Les frondaisons des ormeaux et des sycomores gémissaient comme des mâts en travail.

Le Hussard sur le toit (1951)

De temps en temps elle frisottait du bout du doigt la rose en papier de son corsage.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Il ne savait que frictionner sans arrêt. Ses mains lui en faisaient mal. Il fit des frictions à l’eau-de-vie.

Le Hussard sur le toit (1951)

Ils se fricassèrent le museau comme de jeunes chiens.

Le Hussard sur le toit (1951)

Un gros freux râblé, de vol mou, qui s’empêtra dans une liane de vent, trébucha des deux ailes et tomba comme une épave dans le vide du vallon.

Solitude de la pitié (1930)

Il battait la mesure en frappant sur la table avec sa main plate.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Le héros n’est pas celui qui se précipite dans une belle mort; c’est celui qui se compose une belle vie.

Précisions (1939)

Antonio le frappa dans les côtes. Le poing de l’homme frappa à vide dans la paille … Il le frappa très vite deux fois à la pointe du menton, puis encore un coup dans les côtes.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Angélo était un soldat de métier et, en fourrageur, il avait de l’instinct.

Le Hussard sur le toit (1951)

Elle se mit à fourgonner dans son poêle avec un gros tisonnier de fer.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

A midi, le boulanger chargea son four en plein avec des fagots de chêne bien sec.

Jean le Bleu (1932)

Le battement sourd des foulons ébranlait les profondeurs sombres de la terre avec le bruit d’un gros coeur chargé de sang.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

C’est le plateau où, toute la nuit, la pluie a foulé l’herbe.

Regain (1930)

Cette femme faisait son petit dans les brousailles comme une laie.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Et maintenant, elle vous regarde bien en face, avec des yeux suppliants et incendiés.

Jean le Bleu (1932)

La lumière était d’acier noir mais, de temps à autre, un étincellement s’allumait … sur la bordure vernie d’un pigeonnier, sur une girouette, sur une cage de fer.

Le Hussard sur le toit (1951)

Ils débouchèrent dans un pâturage maigre. Tout de suite après commençait une éteule de seigle clairsemée.

Le Hussard sur le toit (1951)

Ma femme s’est pendue dans la grange, une nuit que j’étais à l’espère du lièvre.

Colline (1929)

Au bout de son effort il entra dans l’eau plate à l’abri de la rive. Il se laissa glieer sur son erre.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Il n’y avait personne, comme de bien entendu.

Le Hussard sur le toit (1951)

Il finit par s’engouer dans sa fureur et par tousser. Enfin, il cracha à la figure d’Angélo.

Le Hussard sur le toit (1951)

D’énormes clématites défeuillées encordaient de lianes blanches ces entassements de branches mortes et de troncs décharnés.

Le Hussard sur le toit (1951)

On ne put se défendre d’être fasciné par les arabesques, les trèfles de galon qui escaladaient son dolman et le casque étincelant emplumé de faisanneries.

Le Hussard sur le toit (1951)

Elle me réveillait l’appétit avec des fougasses à l’anchois, des sauces où elle pilait de l’ail et des échalotes sauvages.

Jean le Bleu (1932)

Et elle riait juste du rire, des petits coups de rire du fond de la gorge, tout en nerfs.

Jean le Bleu (1932)

Y a pas d’abris, mon capitaine. Ca a tout foiré dans la boue.

Que ma joie demeure (1935)

Les vallons, perdus ou pas perdus, sentaient la flouve, le foin et le caille-lait.

Un roi sans divertissement (1947)

Un fleuve est un personnage, avec ses rages et ses amours, sa force, son dieu hasard, ses maladies, sa faim d’aventures.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Un pin se débat, craque, se tord, s’écroule dans une pétarade d’étincelles. Une flammèche fuse dans l’herbe sèche.

Colline (1929)

Vingt ans. Depuis vingt ans j’ai vu se succéder ces moissons et les vendanges de la terre, la feuillaison des arbres, les moissons et les vendanges, les feuillaisons de mon corps.

Ecrits pacifistes, Refus d'obéissance (1937)

Les prés les plus hauts entreront en toi avec les couleurs et les odeurs; avec la hampe des avoines, avec le balancement des fétuques chargés de graines.

Le Serpent d'étoiles (1931)

Antonio s’adossa à un fayard. Près de son oreille, il entendit un petit sifflement. Il toucha avec son doigt. C’était la sève qui gouttait d’une fente de l’écorce.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Je vous explique ça comme je le sais, sans falbalas.

Un de Baumugnes (1929)

Une liqueur d’hysope qui se détrempe si on veut, mais que les hommes boivent pure.

Regain (1930)

Un jeune homme très brun, maigre, avec un peu de barbe, ce qui démesure ses yeux déjà très larges et très rêveurs.

Un roi sans divertissement (1947)

Les créations fascistes ne sont que l’oeuvre d’un homme multipliée. Ce sont de simples créations de démesure; elles ont l’âme tragique de la démesure.

Ecrits pacifistes, Lettres aux paysans sur la pauvreté et la paix

Les pêcheurs qui n’étaient pas partis rentraient les rames. Déjà, dans les sentines, on délutait de vieilles cruches.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Les autans de la mer qui dégondent les portes et écrasent les treilles.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Ce visage insensible qui cependant ne défronçait pas ses sourcils.

Le Hussard sur le toit (1951)

Vous tombez à pic, dit-il, on va défourner. Quant à vous dire ce que ça sera, je n’en sais rien; peut-être du pain, peut-être de la galette …

Le Hussard sur le toit (1951)

Une petite prairie rousse, portant quelques noisetiers défeuillés et des touffes de buis.

Le Hussard sur le toit (1951)

Sur la médaille de ciel monta la fusée noire d’un cyprès, puis deux, puis trois, puis toute une cyprière.

Naissance de l'Odyssée (1930)

Il ne lui restait plus qu’à enrouler à côté de ça quelques mètres de boyaux, sans oublier le culier qui donne de l’espace et du lyrisme.

Le Hussard sur le toit (1951)

Même que j’étais passablement emmiellé, passez-moi l’expression.

Un de Baumugnes (1929)

Il y a eu un moment d’embrouillages. On les voyait aller les unes chez les autres, entrer, sortir, revenir, repartir, à deux, à trois. Maintenant, c’est tout en ordre.

Les Vraies Richesses (1936)

Il y a du feu dans l’âtre, mais le vent a embouché la cheminée et il souffle sa musique avec de la fumée, des cendres volantes et en aplatissant la flamme.

Regain (1930)

On s’est mis à monter le coteau, doucement, doucettement.

Refus d'obéissance (1937)

On passait un petit pont. Dans le ruisseau sale, dessous, l’eau dormait dans les détritus et les débris de viande.

Regain (1930)

Avant, il donne à la bique. Elle est libre et toute seule dans la grande écurie noire et elle saute tout de suite vers la porte ouverte. Il la regarde manger.

Regain (1930)

N’êtes-vous pas capable d’aimer l’eau froide pour l’eau froide et croyez-vous qu’on fait tant son discuteur quand on vient de traverser après vingt jours la poussière dressée de toute la terre provençale?

Le Serpent d'étoiles (1931)

De cette terre d’Ile-de-France qui était aussi humaine que n’importe quelle autre, tu as fait sortir tes palais barbares, dicteurs de lois.

Les Vraies Richesses (1936)

Les dévoiements s’étaient arrêtés. La jeune femme respirait faiblement, avec des hoquets … Son ventre trésaillait encore de souvenirs.

Le Hussard sur le toit (1951)

Sans bouger la tête, du plein de son oeil déviré, le prisonnier regarda Jolivet et, dans le pauvre regard, … tout se vit soudain.

Le Grand troupeau (1931)

Il était aussi humilié d’être plié nu dans une couverture, à croupetons près du feu et qu’il fallait ça s’il voulait vivre.

Le Hussard sur le toit (1951)

La jeunesse, ce n’est ni la force, ni la souplesse, ni même lajeunesse comme tu disais : c’est la passion pour l’inutile.

Triomphe de la vie (1941)

Je n’ai jamais vu de bonheur qu’à des gens médiocres mais la médiocrité n’est pas à la portée de tout le monde, il ne faut pas vous imaginer ça.

Le Moulin de Pologne (1953)

La lumière a été verte, puis boyau de lièvre, puis noire avec cette particularité que, malgré ce noir, elle a des ombres d’un pourpre profond.

Un roi sans divertissement (1947)

On ne peut pas vivre dans un monde où l’on croit que l’élégance exquise du plumage de la pintade est inutile. Ceci est tout à fait à part. J’ai eu envie de le dire, je l’ai dit.

Un roi sans divertissement (1947)

Qui se méprise ne sera jamais heureux et, cependant, le mépris lui-même est un élément de bonheur : mépris de ce qui est laid, de ce qui est bas, de ce qui est facile, de ce qui est commun, dont on peut sortir quand on veut à l’aide de sens.

La Chasse au Bonheur (1988)

Il y a un compagnon avec lequel on est tout le temps, c’est soi-même : il faut s’arranger pour que ce soit un compagnon aimable.

La Chasse au Bonheur (1988)

Au lieu de perdre son temps à gagner de l’argent ou telle situation d’où l’on s’imagine qu’on peut atteindre plus aisément les pommes d’or du jardin des Hespérides, il suffit de rester de plain-pied avec les grandes valeurs morales.

La Chasse au Bonheur (1988)

Les éléments du bonheur sont simples, et ils sont gratuits, pour l’essentiel. Ceux qui ne sont pas gratuits finissent par donner une telle somme de bonheurs différents qu’au bout du compte ils peuvent être considérés comme gratuits.

La Chasse au Bonheur (1988)

Dans l’obscurité, on a plus de goût à être ce qu’on est. Le visage peut se détendre enfin, se permettre d’être inquiétant.

De Homère à Machiavel (1986)

Il y a environ une quarantaine d’années, je faisais une longue course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes, dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence.

L'Homme qui plantait des arbres (1953)

Le soleil n’est jamais si beau qu’un jour ou l’on se met en route.

Les Grands Chemins (1951)

Il ne faut jamais affoler une population quelle qu’elle soit.

Le Hussard sur le toit (1951)

Sa femme, plus âgée que lui, était une créole toujours belle et lente comme une après-midi de fin juin.

Un roi sans divertissement (1947)

Les sentiments ont leur climat, hors desquels ce sont des monstres.

Coeurs, passions, caractères (1982)

Maintenant qu’on sait, on sait que c’était la marque, le signe, que nous étions marqués pour la chose, que par ce rond on avait voulu indiquer notre village et le faire luire au soleil pour le désigner au mal. Va bien nous, on était contents.

Solitude de la pitié (1930)

Il est sûr de son affaire, il a les qualités requises par la majorité des individus.

Les Terrasses de l'Ile d'Elbe (1976)

Que faut-il pour réussir ? De la bravoure ? De l’obstination ? De la chance ? Du génie ? Non : de la médiocrité. Quoi que produise le médiocre, c’est un produit qui s’adresse au plus grand nombre.

Les Terrasses de l'Ile d'Elbe (1976)

Mamma, regarde la nuit, c’est plein d’étoiles qu’on sème tout juste. Qui c’est qui les sème ? Qui c’est qui en a un sac tout plein ? C’est des poignées et des poignées qu’on jette on dirait du riz, regarde.

Le Serpent d'étoiles (1931)

Les peureux sont les adversaires les plus terribles que je connaisse.

Le Hussard sur le toit (1951)

La lune éclairait le sommet des montagnes. Sur le sombre océan des vallées pleines de nuit, la haute charge des rochers, des névés et des glaces montait dans le ciel comme un grand voilier couvert de toiles.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde

Le sort est comme un marchand de veaux : pour mieux te tromper il te saoule.

Solitude de la pitié (1930), Le Chant du monde