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Citations de : Jean Genet

Elle c’est la Divine; toi, c’est la Souillon.

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Mon jet de salive, c’est mon aigrette de diamants …Parle de la bonté de Madame. Elle, elle dit diam’s.Sa bonté! Ses diam’s! C’est facile d’être bonne … Quand on est belle et riche!

Les Bonnes (1947)

Son silence même ajoutait à l’exception de son cas, le déshumanisait.

Pompes funèbres (1947)

La mort tranquille de ce communiste de vingt ans, descendu sur les barricades du 19 août 1944, par la balle d’un milicien charmant, orné de sa grâce et de son âge, fait honte à ma vie.

Pompes funèbres (1947)

Il est étrange que je ne l’ai pas moins aimé, mais on verra là le résultat du lent travail de dépoétisation.

Miracle de la Rose (1947)

Il vit les hommes noirs et comprit aussitôt, mais il se rendit très vite compte également qu’il ne fallait pas briser ou détruire cet état de rêve dont il n’était pas encore dépêtré, afin de mourir endormi.

Miracle de la Rose (1947)

Parlant d’un jeune voleur qu’il ramène encadré, le flic ose dire: – J’viens de l’cueillir su’ le macadam!

Pompes funèbres (1947)

Parce que moi, les donneuses j’ai jamais pu les encaisser. Tu te rends compte de ce que ça pouvait m’être comme coup de massue de douter de toi? De croire que tu pouvais en croquer?

Journal du Voleur (1949)

Pour qu’ils se détachent de moi il faut que je leur fasse des crasses.

Journal du Voleur (1949)

Quand il avait la diarrhée, Jean me disait: «J’ai la courante». Pourquoi fallait-il que ce mot me revint à l’instant, en regardant le postérieur grave et presque immobile de Paulo?

Pompes funèbres (1947)

Avec Stilitano, l’accompagnant toujours, je fis d’autres coups. Nous connûmes un veilleur de nuit qui nous renseigna. Grâce à lui nous ne vécûmes longtemps que de cambriolages.

Journal du Voleur (1949)

Mes couilles, dit-il, mes couilles, les femmes elles avancent bien en présentant les nichons, elles paradent avec, les femmes, mes couilles j’ai bien le droit de les offrir, de les mettre en avant, et même, mes couilles de les présenter sur un plateau.

Journal du Voleur (1949)

J’ai voulu reprendre le boulot aux docks, mais c’était complet. J’avais la poisse. Et moi pour le boulot, tu sais, j’ai pas la bosse et comme les petits pois j’ai la cosse.

Querelle de Brest (1947)

Il était pitoyable. Il ne savait que répondre et ne pouvait que sourire. Ce sourire, tout constipé qu’il fût, détendait ses traits, déridait son moral.

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Je groupe ces notes pour quelques jeunes gens. J’aimerais qu’ils les considérassent comme la consignation d’une ascèse entre toutes délicate.

Journal du Voleur (1949)

Voir quoi? Quels juges? C’est pas maintenant que tu vas aller te dénoncer. Ca serait de la vraie connerie.

Querelle de Brest (1947)

Vêtu d’un complet de confection, il avait l’élégance outrée des Marseillais dont il se moquait.

Journal du Voleur (1949)

Enfin, peu à peu, cette idée d’humiliation se détacha de ce qui la conditionnait … et elle demeura seule, de soi-même seule raison d’être.

Journal du Voleur (1949)

Ma vie de misère, en Espagne, était une sorte de dégradation, de chute avec honte. J’étais déchu.

Journal du Voleur (1949)

D’accord, y avait personne, mais tu dois te rendre compte que ça fait pas plaisir à entendre des charres comme ça.

Querelle de Brest (1947)

Sa certitude d’homme solide sur ses cuisses, sûr de ses muscles, je la voyais s’émietter, se pulvériser …

Le Journal du voleur (1949)

Les centrales bandent plus roide, plus noir et sévère, la grave et lente agonie du bagne était, de l’abjection, un épanouissement plus parfait.

Journal du Voleur (1949)

En se baissant pour empoigner la manivelle je remarquai la ceinture de cuir, craquelé, mais épais. Une telle ceinture ne pouvait être un ornement comme celle qui tient le pantalon des élégants.

Journal du Voleur (1949)

Y a pas à chier, on est bon. Si c’est pas demain qu’on passe à la casserole, c’est après-demain.

Pompes funèbres (1947)

Les riches casinos ne m’attirent pas. L’atmosphère éclairée par les lustres électriques m’ennuie.

Journal du Voleur (1949)

Sa face était camuse, naturellement je crois, le nez ne paraissant pas avoir été abîmé par un coup de poing.

Journal du Voleur (1949)

Tu t’amènes avec tes cinq kilos de came et tu ramasses tes sous. Compris?

Querelle de Brest (1947)

Nous connûmes un veilleur de nuit qui nous renseigna. Grâce à lui nous ne vécûmes longtemps que de cambriolages.

Journal du Voleur (1949)

Avec les autres matelots, en mer, il avait dit qu’à Brest il irait se vider les burnes et cette nuit il ne songeait même pas qu’il aurait dû baiser la fille.

Querelle de Brest (1947)

Ecrasé par cette masse de chair abandonnée de la plus ténue spiritualité, je connaissais le vertige de rencontrer enfin la brute parfaite, indifférente à mon bonheur.

Journal du Voleur (1949)

Ils brunirent leurs muscles, déjà noirs, en halant des bateaux et des filets.

Journal du Voleur (1949)

Ce geste était léger. Robert le dessinait dans l’air lentement, avec des brisures: l’une quand la main semblait sortir de la poche du volé, l’autre en entrant dans la sienne.

Journal du Voleur (1949)

Y a pas à dire, c’est les derniers clops. Et les Frisés n’ont pus qu’dalle. Y a pus grand chose à briffer. Plus de fumée. Plus de becqueter.

Pompes funèbres (1947)

De Slovénie en Italie, aidé par des douaniers, puis abandonné d’eux, je remontai un torrent bourbeux.

Journal du Voleur (1949)

Il était chaussé de souliers jaunes à talons bottier assez hauts, et tout son corps en était cambré.

Journal du Voleur (1949)

Tous acceptèrent gentiment que je me recharge à chacune de leurs aspérités comme à des bornes où se polarise un courant.

Journal du Voleur (1949)

Un champ de seigle mûr, dont la blondeur était celle de la chevelure des jeunes Polonais; il avait la douceur un peu beurrée de la Pologne dont je savais qu’au cours de l’histoire elle fut toujours blessée et plainte.

Journal du Voleur (1949)

J’ajouterai enfin que sa taille était élancée, ses épaules larges et sa voix forte d’une assurance que lui donnait la conscience de son invincible beauté.

Miracle de la Rose (1947)

Pour sectionner le fil téléphonique qui très imprudemment passait près de la porte il fallait une pince. Nous entrâmes dans un des nombreux bazars de Barcelone où l’on tient rayons de quincaillerie.

Journal du Voleur (1949)

Plus tard, rentrés chez eux, ils gardent secrètement le sacrement des Bat-d’Af, comme les princes du Pape, de l’Empereur ou du Roi s’enorgueillisent d’avoir été, il y a mille ans, simple brigands d’une bande héroïque.

Pompes funèbres (1947)

Je fus pris dans les barbelés d’un fort où j’entendais marcher et chuchoter des sentinelles.

Journal du Voleur (1949)

Je déjeunais dans sa chambre et le soir, quand Sylvia travaillait, nous dînions ensemble. Ensuite nous allions, de bar en bar, pour nous saouler.

Journal du Voleur (1949)

Il eut l’idée de retrouver son caban et de mettre ses mains dans les poches ouvertes sur le ventre, mais il préféra du doigt toucher son bâchi, le rejeter en arrière, presque sur la nuque, de façon que le bord frôlât le bord du col relevé.

Querelle de Brest (1947)

Je pouvais donc le voir comme je voulais, aller à lui … Pour l’approcher, je possédais le plus avouable des prétextes: ma camaraderie pour un ancien colon et ma fidélité à Mettray.

Miracle de la Rose (1947)

J’eus immédiatement honte de ce que je prenais pour de la dureté en moi, et qui était méchanceté, vengeance à l’égard d’un gosse qui venait de «m’avoir».

Miracle de la Rose (1947)

Avec horreur je me voyais attifé d’énormes choux non de rubans mais de baudruches obscènes.

Journal du Voleur (1949)

De la planète Uranus, paraît-il, l’atmosphère serait si lourde que les fougères sont rampantes; les bêtes se traînent écrasées par le poids des gaz.

Journal du Voleur (1949)

De la plante araucaria les feuilles sont rouges, épaisses et duveteuses, un peu grasses et brunes. Elles ornent les cimetières, la tombe des pêcheurs morts depuis longtemps qui, durant des siècles, se promenèrent sur cette côte encore sauvage et douce.

Journal du Voleur (1949)

La police française sur moi exerce seule un prestige fabuleux. De même l’appareil pénitentiaire.

Journal du Voleur (1949)

J’apprenais l’existence de l’humiliant carnet anthropométrique. On le délivre à tous les vagabonds. A chaque gendarmerie on le vise.

Journal du Voleur (1949)

Je tiens mon esprit avidement tendu vers la vision des plus attrayants détails de son corps. Je suis obligé d’inventer les attitudes amoureuses qu’il avait. Il m’y faut un grand courage car je sais qu’il est mort, et que ce soir je viole un mort.

Miracle de la Rose (1947)

Sur le mur de la cellule de punition, je viens de lire les graffitis amoureux, presque tous adressés à des femmes …

Miracle de la Rose (1947)

Et dans mon hamac, je m’endormais dans ses bras et j’y continuais des amours dans la fatigue de celles auxquelles je venais de me livrer.

Miracle de la Rose (1947)

Au dortoir, chaque couple s’enroula sur son hamac, se réchauffa, fit et défit l’amour.

Miracle de la Rose (1947)

La peur et la honte amollissaient ses muscles.

Miracle de la Rose (1947)

Vivre c’est survivre à un enfant mort.

Elle lui masque la réalité, et je ne sais s’il a peur de tomber au fond de l’imagination jusqu’à devenir soi-même un être imaginaire, ou s’il craint de se choquer au réel.

Miracle de la Rose (1947)

Il faut poursuivre les actes jusqu’à leur achèvement.

Journal du Voleur (1949)

Quel que soit leur point de départ (des actes) la fin sera belle. C’est parce qu’elle n’est pas achevée qu’une action est infâme.

Journal du Voleur (1949)

Armand parlant très vite ou parlant en marchant et d’un pas rapide, par l’accélération du débit s’opposant au ton grave de la voix il obtenait une réussite musicale savante.

Journal du Voleur (1949)

Près de Stilitano à l’époque où je la devais vivre je cessai de désirer l’abjection morale et he haïs ce qui en doit être le signe: mes poux, mes haillons et ma crasse.

Journal du Voleur (1949)

Que les Nègres se nègrent.

Les Nègres (1958)

C’est peut-être la solitude morale – à quoi j’aspire – qui me fait admirer les traîtres et les aimer.

Le Journal du voleur (1949)

J’ai déjà dit comme j’aime les odeurs. Les fortes odeurs de la terre, des latrines, des hanches d’Arabes et surtout l’odeur de mes pets.

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Ces humeurs bouleversantes, le sang, le sperme et les larmes.

Querelle de Brest (1947)

Un mâle qui en baise un autre est un double mâle.

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Si je voulais qu’ils fussent beaux, policiers et voyous, c’est afin que leurs corps éclatants se vengeassent du mépris où vous les tenez.

Qu’on sache donc que les faits furent ce que je les dis, mais l’interprétation que j’en tire, c’est ce que je suis devenu.

Journal du Voleur (1949)

L’enfance qui a été mise très tôt au courant des choses de l’amour est grave, ses traits sont durs, sa bouche gonflée par un chagrin rentré qui la fait délicatement palpiter, ses yeux sont de glace.

Miracle de la Rose (1947)

Ce n’est pas tant l’horreur du meurtre qui l’épouvantait: il avait peur du cadavre.

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Qu’est-ce que l’âme? – C’est ce qui s’échappe des yeux, des cheveux secoués, de la bouche, des boucles, du torse, du sexe.

Pompes funèbres

Devant un peloton d’exécution, si je devais crier «Vive la France» pour éviter d’être fusillé, je le ferais, et je tomberais mort… de honte.

Voici en quoi on reconnaît son amour pour un être: Monsieur n’est pas coupable, mais s’il l’était, je deviendrais sa complice.

Les bonnes

C’est facile d’être bonne, et souriante, et douce. Quand on est belle et riche! Mais être bonne quand on est une bonne!

Les bonnes

S’il ne sont pas toujours beaux, les hommes voués au mal possèdent les vertus viriles.

Journal du Voleur (1949)

Mon orgueil s’est coloré avec la pourpre de ma honte.

Journal du Voleur (1949)

Ils sont dans l’infamie comme un poisson dans l’eau.

Pompes funèbres

Créer n’est pas un jeu quelque peu frivole. Le créateur s’est engagé dans une aventure effrayante qui est d’assumer soi-même jusqu’au bout les périls risqués par ses créatures.

Journal du Voleur (1949)

C’est en haussant à hauteur de vertu, pour mon propre usage, l’envers des vertus communes que j’ai cru pouvoir obtenir une solitude morale où je ne serai pas rejoint.

Pompes funèbres

De la beauté de son expression dépend la beauté d’un acte moral. Dire qu’il est beau décide déjà qu’il le sera. Reste à le prouver.

Journal du Voleur (1949)

S’ils ne sont pas toujours beaux, les hommes voués au mal possèdent les vertus viriles.

Journal du Voleur (1949)

L’activité du voleur est une succession de gestes étriqués, mais brûlants. Venant d’un intérieur calciné, chaque geste est douloureux, pitoyable. Ce n’est qu’après le vol, et grâce à la littérature, que le voleur chante son geste.

Journal du Voleur (1949)

Une tête de volé c’est hideux. Des têtes de volés qui l’encadrent donnent au voleur une arrogante solitude.

Journal du Voleur (1949)

Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c’est en vous qu’elle produit les remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite.

Journal du Voleur (1949)

Tuer un homme est le symbole du Mal. Tuer sans que rien ne compense cette perte de vie, c’est le Mal, Mal absolu.

Pompes funèbres (1947)

Si la sainteté est mon but, je ne puis dire ce qu’elle est. Mon point de départ c’est le mot lui-même qui indique l’état le plus proche de la perfection morale. Dont je ne sais rien, sauf que sans elle ma vie serait vaine.

Journal du Voleur (1949)

Le jour sourit mauvais derrière mon carreau. La prison pour mourir est une fade école.

Le Condamné à mort (1948)

Il faut poursuivre les actes jusqu’à leur achèvement. Quel que soit leur point de départ la fin sera belle. C’est parce qu’elle n’est pas achevée qu’une action est infâme.

Journal du Voleur (1949)

Un mâle qui en baise un autre n’est pas un double mâle; c’est une femelle qui s’ignore.

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Solange : Tout va parler, Claire. Tout nous accusera. Les rideaux marqués par tes épaules, les miroirs par mon visage, la lumière qui avait l’habitude de nos folies, la lumière va tout avouer.

Les Bonnes (1947)

C’est facile d’être bonne, et souriante, et douce. Quand on est belle et riche ! Mais être bonne quand on est une bonne ! On se contente de parader pendant qu’on fait le ménage ou la vaisselle. On brandit un plumeau comme un éventail.

Les Bonnes (1947)

Je vais parler très brièvement de mon histoire personnelle. J’ai commencé en prison à écrire cinq livres. Créer, c’est toujours parler de l’enfance. C’est toujours nostalgique. En tout cas mon écriture et l’écriture moderne principalement.

L'Ennemi déclaré (1991)

Ecrire c’est lever toutes les censures.

Le Condamné à mort (1948)

Le créateur s’est engagé dans une aventure effrayante qui est d’assumer soi-même jusqu’au bout les périls risqués par ses créatures. On ne peut supposer une création n’ayant l’amour à l’origine.

Journal du Voleur (1949)

Ma bonne, ma tendre amie, ma cellule ! Réduit de moi seul, je t’aime tant !

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Ah ! Oui, Claire. Claire vous emmerde ! Claire est là, plus claire que jamais. Lumineuse !

Les Bonnes (1947)

Les verbes comme chou, genou, caillou, pou, mou, loulou, toutou, coucou prennent un x au pluriel, et se conjuguent à l’instinctif absent.

Le Bagne (1994)

Je désire un instant porter une attention aiguë sur la réalité du suprême bonheur dans le désespoir : quand on est seul, soudain, en face de sa perte soudaine, lorsqu’on assiste à l’irrémédiable destruction de son oeuvre et de soi-même.

Journal du Voleur (1949)

La trahison, le vol et l’homosexualité sont les sujets essentiels de ce livre. Un rapport existe entre eux, sinon apparent toujours, du moins me semble-t-il reconnaître une sorte d’échange vasculaire entre mon goût pour la trahison, le vol et mes amours.

Journal du Voleur (1949)

Le jardinier est la plus belle rose de son jardin.

Pompes funèbres (1947)

La solitude ne m’est pas donnée, je la gagne. Je suis conduit vers elle par un souci de beauté. J’y veux me définir, délimiter mes contours, sortir de la confusion, m’ordonner.

Journal du Voleur (1949)

La Gestapo Française contenait ces deux éléments fascinants: la trahison et le vol. Qu’on y ajoutât l’homosexualité, elle serait étincelante, inattaquable.

Journal du Voleur (1949)

Le talent c’est la politesse à l’égard de la matière, il consiste à donner un chant à ce qui était muet.

Journal du Voleur (1949)

De prison en prison je traversai la Yougoslavie. J’y rencontrai des criminels, violents et sombres, jurant dans une langue sauvage, où les injures sont les plus belles du monde.

Journal du Voleur (1949)

Ma joie serait grande de le pouvoir nommer fripon, fripouille, canaille, crapule, voyou, filou, jolis noms chargés d’évoquer ce que par dérision vous appelez un joli monde.

Journal du Voleur (1949)

Je croyais le cerveau du plus scrupuleux bourgeois berlinois recéler des trésors de duplicité, de haine, de méchanceté, de cruauté, de convoitise. J’étais ému d’être libre au milieu d’un peuple entier mis à l’index.

Journal du Voleur (1949)

Je m’avançais lentement, sûrement, avec la certitude d’être le personnage héraldique pour qui s’est formé un blason naturel: azur, champ d’or, soleil, forêts.

Journal du Voleur (1949)

Quand j’étais misérable, marchant dans la pluie ou le vent, la plus petite anfractuosité, le moindre abri devenait habitable.

Journal du Voleur (1949)

Il ne méprisait pas Mario d’avoir peur. Depuis longtemps il connaissait la noblesse de la frousse avouée, celle qui s’exprime ainsi: «J’ai les foies. J’ai les jetons, les chocottes …».

Querelle de Brest (1947)

Je sais qu’un possible bonheur m’échappe encore et m’échappe parce que je l’ai rêvé.

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Mignon aime Divine de plus en plus profondément, c’est à dire de plus en plus sans le savoir. Mot à mot il s’attache. Mais de plus en plus il la néglige.

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Le pantalon de travail en toile bleue, qu’il portait, étant trop petit pour lui, serrait ses fesses et ses cuisses. C’était peut-être un des frocs de Jean.

Pompes funèbres (1947)

Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.

Le Condamné à mort (1948)

Tu vois ce gars-là, dit-il à sa femme, c’est un pote. C’est un frangin. Il pourra venir à la piaule quand il voudra.

Journal du Voleur (1949)

Tu vas pas me faire croire que t’as réussi à le fourrer ?

Querelle de Brest (1947)

De temps en temps peut-être quittait-il le café plein de fumée pour les glacis des fortifs.

Querelle de Brest (1947)

Sa séduction sera implacable. S’il ne tenait qu’à moi, j’en ferais un héros fatal comme je les aime. Fatal, c’est-à-dire décidant du sort de ceux qui les regardent, médusés.

Notre-Dame-des-Fleurs (1944)

Les galériens frissonnaient dans leurs costumes de toile grise (le fagot). On leur distribuait un bouillon fade et tiède dans une écuelle de bois.

Querelle de Brest (1947)

L’attaché militaire de France à Belgrade ayant réclamé à plusieurs reprises mon extradition – à quoi s’opposaient les lois internationales – la police yougoslave usa d’un compromis: elle me reconduisit à la frontière du pays le plus proche de France.

Journal du Voleur (1949)

J’étais enceint d’un sentiment qui pouvait, sans que je m’en étonne, me faire accoucher dans quelques jours d’un d’un être étrange, mais viable, beau à coup sûr.

Pompes funèbres (1947)

Alors que je laissais traîner, où qu’ils se trouvent, mes effets, Stilitano, la nuit, déposait les siens sur une chaise, arrangeant bien le pantalon, la veste, la chemise, afin que rien ne soit froissé.

Journal du Voleur (1949)

Ses gestes étaient gracieux sans être efféminés … J’avais la surprise de voir pour la première fois un pédéraste aux allures viriles.

Journal du Voleur (1949)

Lui-même avait-il trahi, vendu ses amis? Son intimité avec un inspecteur de la P.J. m’avait fait craindre – et espérer – qu’il soit une donneuse.

Journal du Voleur (1949)