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Citations de : Jean Cocteau

Les enfants, il vaut mieux les réussir, sinon ils ne vous ratent pas.

Les dieux existent: c’est le diable.

La Machine infernale

Le zéro, collier du néant.

Le virtuose ne sert pas la musique, il s’en sert.

Portraits-Souvenirs (1900-1914)

Le temps des hommes est de l’éternité pliée.

La Machine infernale

Le tact dans l’audace c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Le sommeil n’est plus un lieu sûr.

Opéra

Le poète se souvient de l’avenir.

Journal d'un inconnu

Le mystère est une position trop favorable pour qu’un esprit bien élevé s’y maintienne.

Le Rappel à l'ordre (1926)

La poésie cesse à l’idée. Toute idée la tue.

La Difficulté d'être

La mort ne m’aura pas vivant.

La mode, c’est ce qui se démode.

La mode meurt jeune. C’est ce qui fait sa légèreté si grave.

Le Grand Ecart

La lune est le soleil des statues.

Essai de critique indirecte (1932)

La jeunesse sait ce qu’elle ne veut pas avant de savoir ce qu’elle veut.

L’histoire est du vrai qui se déforme, la légende du faux qui s’incarne.

L’extrême limite de la sagesse, voilà ce que le public baptise folie.

Le Rappel à l'ordre (1926)

L’avenir n’apartient à personne. Il n’y a pas de précurseurs, il n’existe que des retardataires.

Le Potomak

Je voudrais que l’intelligence fût reprise au démon et rendue à Dieu.

Lettre, à Jacques Maritain

Je suis un mensonge qui dit toujours la vérité.

Opéra

Je me reproche d’avoir dit trop de choses à dire et pas assez de choses à ne pas dire.

La Difficulté d'être

Il n’existe que deux manières de gagner la partie: jouer coeur ou tricher.

Il faut faire aujourd’hui ce que tout le monde fera demain.

Il faut être un homme vivant et un artiste posthume.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Il était victime des pénombres où les sens rencontrent le coeur.

Le Grand Ecart

Ecrire est un acte d’amour. S’il ne l’est pas, il n’est qu’écriture.

Dès qu’un poète se réveille, il est idiot. Je veux dire intelligent.

Opium (1930)

De notre naissance à notre mort, nous sommes un cortège d’autres qui sont reliés par un fil ténu.

Poésie critique (1959)

Courir plus vite que la beauté.

Journal d'un inconnu

Tu dis que tu aimes les fleurs et tu leur coupes la queue, tu dis que tu aimes les chiens et tu leur mets une laisse, tu dis que tu aimes les oiseaux et tu les mets en cage, tu dis que tu m’aimes alors moi j’ai peur.

Charles Trenet est un feu de paille qui se change en feu de joie qui dure.

Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi.

Le Potomak

Car la jeunesse sait ce qu’elle ne veut pas avant de savoir ce qu’elle veut.

La Difficulté d'être

C’est … cette manière d’épauler, de viser, de tirer vite et juste, que je nomme le style.

Le Secret professionnel

Aller vite lentement.

Journal d'un inconnu

A l’impossible je suis tenu.

Orphée

A force de plaisirs notre bonheur s’abîme.

Vocabulaire

Le style est une façon très simple de dire des choses compliquées.

Le Secret professionnel

La beauté agit même sur ceux qui ne la constatent pas.

Les Enfants terribles

De temps en temps, il faut se reposer de ne rien faire.

Une patrie c’est la rencontre d’hommes qui se trouvent instantanément au même niveau.

Journal (1942-1945), 12 mars 1942

Je déteste l’originalité. Je l’évite le plus possible. Il faut employer une idée originale avec les plus grandes précautions pour n’avoir pas l’air de mettre un costume neuf.

Opium (1930)

Cent ans après ma mort, je me reposerai, fortune faite.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Ce que le lecteur veut, c’est se lire. En lisant ce qu’il approuve, il pense qu’il pourrait l’avoir écrit. Il peut même en vouloir au livre de prendre sa place, de dire ce qu’il n’a pas su dire, et que selon lui il dirait mieux.

La Difficulté d'être

Apprenez qu’un livre ne donne jamais ce qu’on en peut attendre. Il ne saurait être une réponse à votre attente. Il doit vous hérisser de points d’interrogation.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Mémoires de Clemenceau. Il me racontait chez Mme de W.: «J’ai eu dans mon cabinet deux hommes entre lesquels choisir: un défaitiste et un fou. Pétain et Foch. J’ai choisi le fou.»

Journal (1942-1945), 17 avril 1942

Le génie est l’extrême pointe du sens pratique.

Opium (1930)

La société nomme dépravation le génie des sens et le condamne parce que les sens relèvent de la cour d’assises. Le génie relève de la cour des miracles. La société le laisse vivre. Elle ne le prend pas au sérieux.

Opium (1930)

A une dame qui me demandait une explication j’ai répondu: «Expliquez-moi votre chapeau.»

Journal (1942-1945), 7 avril 1945

Nous sommes à une telle époque d’individualisme qu’on ne parle plus jamais de disciples; on parle de voleurs.

Opium (1930)

L’opium nous désocialise et nous éloigne de la communauté. Du reste la communauté se venge. La persécution des fumeurs est une défense instinctive de la société contre un geste antisocial.

Opium (1930)

L’opium dégage l’esprit. Jamais il ne rend spirituel. Il éploie l’esprit. Il ne le met pas en pointe.

Opium (1930)

Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre un chef-d’oeuvre? «On me salit. On me brutalise. On me cache.» Ainsi l’homme boude son beau destin.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Le bonheur exige du talent. Le malheur pas. On se laisse aller. On s’enfonce. C’est pourquoi le malheur plaît et le bonheur effraye la foule.

Journal (1942-1945), 9 décembre 1944

Il est difficile de rendre la beauté visible. Les gens ne reconnaissent que ses caricatures.

Journal (1942-1945), 2 février 1943

«Ce que le public te reproche, cultive-le, c’est toi.» – Enfoncez-vous bien cette idée dans la tête. Il faudrait écrire ce conseil comme une réclame.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Il y a un utile et un inutile en art. La majorité du public ne ressent pas cela, envisageant l’art comme une distraction.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Picasso dit: «On peut écrire et peindre n’importe quoi puisqu’il y aura toujours des gens pour le comprendre (pour y trouver un sens).»

Journal (1942-1945), 23 mars 1942

En art, il n’y a que des batailles ou des tombes.

Journal (1942-1945), 23 mars 1942

J’ai la peau de l’âme trop sensible. Il faudrait apprendre à son âme à marcher pieds nus. S’y faire une corne. Se répéter la sentence chinoise: «Rétrécis ton coeur.»

Journal (1942-1945), 9 décembre 1944

La source désapprouve presque toujours l’itinéraire du fleuve.

Le Rappel à l'ordre (1926)

L’homme seul est toujours en mauvaise compagnie.

La sagesse est d’être fou lorsque les circonstances en valent la peine.

Opium (1930)

La France aime tuer ses poètes, les embaumer après et tuer les poètes nouveaux à coups de momies.

Journal (1942-1945), 14 avril 1942

Le montage c’est le style. Un cinéaste qui ne monte pas lui-même est traduit dans une langue étrangère.

Entretiens sur le cinématographe

Les mirages sont en quelque sorte le mensonge du désert.

Les Mariés de la Tour Eiffel

Une pièce de théâtre devrait être écrite, décorée, costumée, accompagnée de musique, jouée, dansée par un seul homme. Cet athlète complet n’existe pas. Il importe donc de remplacer l’individu par ce qui ressemble le plus à un individu: un groupe amical.

Les Mariés de la Tour Eiffel, Préface

Toute oeuvre vivante comporte sa propre parade.

Les Mariés de la Tour Eiffel, Préface

L’homme fat trouve toujours un dernier refuge dans la responsabilité. Ainsi, par exemple, prolonge-t-il une guerre après que le phénomène qui la décide a pris fin.

Les Mariés de la Tour Eiffel, Préface

Ceux qui ne font pas les choses les racontent. Ceux qui les font se taisent.

La Machine à écrire

Solange: Je vous croyais amoureuse de Pascal. – Margot: On n’est pas amoureuse de Pascal. On aime Pascal…

La Machine à écrire

Les femmes qui disent qu’elles aiment, aiment qu’on les aime.

La Machine à écrire

Le bonheur est une longue patience…

Les Monstres sacrés

Le passé Liane, c’est du présent devenu vieux.

Les Monstres sacrés

Paradoxe! Quand la vérité sort, c’est le nom qu’elle porte.

Les Monstres sacrés

A force de ne jamais réfléchir, on a un bonheur stupide.

Les Monstres sacrés

Il y a trente-cinq ans qu’on me répète à propos de tout: vous verrez… vous verrez. Je n’ai rien vu.

Les Monstres sacrés

C’est une chance de ne pas ressembler à ce que le monde nous croit.

Les Monstres sacrés

Il fait beau croire aux prodiges lorsque les prodiges nous arrangent et lorsque les prodiges nous dérangent, il fait beau ne plus y croire et que c’est un artifice du devin.

La Machine infernale

Le véritable symbole n’est jamais prévu. Il se dégage tout seul, pour peu que le bizarre, l’irréel, n’entrent pas en ligne de compte.

Les Mariés de la Tour Eiffel, Préface

Une mise en scène est un suicide. Son rôle se borne à réveiller quelques dormeurs.

Antigone, Postface

Le silence fait plus peur que les cris.

Antigone

Le vrai drame, c’est la distance et que les êtres ne se connaissent pas.

L'Aigle à deux têtes

C’est en faisant un peu les choses qu’on arrive à ne rien faire du tout.

L'Aigle à deux têtes

Ne ressembler à rien. Ne ressembler à personne. Il n’existe pas d’éloge qui puisse me toucher davantage.

L'Aigle à deux têtes

Il me fallait inventer l’histoire, le lieu, les personnages, les héros, capables de donner le change et propres à flatter ce goût de reconnaître que le public préfère à celui de connaître, sans doute parce qu’il exige un moindre effort.

L'Aigle à deux têtes, Préface

La prière et l’amour ont les mêmes secrets.

Renaud et Armide

Pour exprimer son âme, on n’a que son visage.

Renaud et Armide

Le destin n’aime pas qu’on embrouille son fil.

Renaud et Armide

Une trop grande liberté, un fais ce que tu veux commode, met la jeunesse dans l’impossibilité de désobéir, alors que rien d’audacieux n’existe sans la désobéissance à des règles.

Poésie critique (1959)

C’est dans les prisons que l’idée de liberté prend le plus de force et peut-être ceux qui enferment les autres dedans risquent-ils de s’enfermer dehors.

Une femme dort. Elle triomphe. Elle n’a plus à mentir. Elle est un mensonge des pieds à la tête…

Un secret a toujours la forme d’une oreille.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Un scandale commence à devenir scandaleux lorsque, de salubre, de vif qu’il était, il en arrive au dogme et, dirai-je, lorsqu’il rapporte.

Les Parents terribles

Un rêveur est toujours mauvais poète.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Un oiseau chante d’autant mieux qu’il chante dans son arbre généalogique.

Un homme pur doit être libre et suspect.

Essai de critique indirecte

Un enfant prodige est un enfant dont les parents ont beaucoup d’imagination.

Un chef-d’oeuvre de la littérature n’est jamais qu’un dictionnaire en désordre.

Le Potomak

Apprenez que tout ce qui se classe empeste la mort. Il faut se déclasser, Tirésias, sortir du rang. C’est le signe des chefs-d’oeuvre et des héros. Un déclassé, voilà ce qui étonne et ce qui règne.

La Machine infernale

Beaucoup d’hommes naissent aveugles et ils ne s’en aperçoivent que le jour où une bonne vérité leur crève les yeux.

La Machine infernale

Se contredire, Georges. Quel luxe! C’est mon luxe. C’est mon désordre à moi. Laisse-le-moi.

Les Parents terribles

Il est indispensable de se sacrifier quelquefois. C’est l’hygiène de l’âme.

Les Parents terribles

Notre pire souffrance n’est-elle pas de ne pouvoir imaginer l’endroit où ceux que nous aimons nous évitent?

Les Parents terribles

Le temps est élastique. Avec un peu d’adresse on peut avoir l’air d’être toujours dans un endroit et être toujours dans un autre.

Les Parents terribles

Aucune mère n’est le camarade de son fils. Le fils devine vite l’espion derrière le camarade et la femme jalouse derrière l’espion.

Les Parents terribles

Il n’existe pas d’âmes simples.

Les Parents terribles

Je lis, Je crois lire. Chaque fois que je relis, je m’aperçois que je n’ai pas lu. C’est l’ennui d’une lettre. On y trouve ce qu’on cherche. On s’en contente. On la range. Si on la retrouve, à la relire on en lit une autre qu’on avait pas lue.

La Difficulté d'être, De la lecture

A ton bûcher, Phénix, j’ajouterai ma bûche – C’est pour nous que tu meurs et renais de ta mort – Bruxelles! douce main de la France qui dort. – Et je vois sur ta place au centre de la ruche – La reine Elisabeth comme une abeille d’or.

Un artiste original ne peut pas copier. Il n’a donc qu’à copier pour être original.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Un académicien, c’est un homme qui, à sa mort, se change en fauteuil.

Trouver d’abord, chercher après.

Journal d'un inconnu

Tout homme porte sur l’épaule gauche un singe et, sur l’épaule droite, un perroquet.

Thomas l'imposteur

Si le feu brûlait ma maison, qu’emporterais-je? J’aimerais emporter le feu…

Que la jeunesse avance par injustice, c’est justice. Car promptement arrive l’âge du recul.

La Difficulté d'être

Qu’est-ce que la France, je vous le demande? Un coq sur un fumier. Otez le fumier, le coq meurt. C’est ce qui arrive lorsqu’on pousse la sottise jusqu’à confondre tas de fumier et tas d’ordures.

La Difficulté d'être

Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur.

Les Mariés de la Tour Eiffel

Prends garde aux conservateurs de vieilles anarchies.

Le Potomak

Pour que les dieux s’amusent beaucoup, il importe que leur victime tombe de haut.

La Machine infernale

Pénélope était la dernière épreuve qu’Ulysse eut à subir à la fin de son voyage.

On ferme les yeux des morts avec douceur; c’est aussi avec douceur qu’il faut ouvrir les yeux des vivants.

Le Coq et l'Arlequin (1918)

Nous abritons un ange que nous choquons sans cesse. Nous devons être les gardiens de cet ange.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Notre prison n’a que trois murs et c’est contre le quatrième que le prisonnier s’acharne, sur ce quatrième mur invisible qu’il écrit ses amours et ses rêves.

Ne haïr que la haine.

Poésie critique (1959)

Mon pessimisme n’est qu’une forme de l’optimisme.

Lettre, aux Américains

Mieux vaut donner à un faux pauvre que refuser son assistance à un vrai.

Les privilèges de la beauté sont immenses. Elle agit même sur ceux qui ne la constatent pas.

Les Enfants terribles

Les plus belles robes sont portées pour être retirées.

Les miroirs feraient bien de réfléchir un peu plus avant de renvoyer les images.

Essai de critique indirecte

Le mouvement dort au milieu d’une roue qui tourne.

Poésie critique (1959)

Le génie est un cheval emballé qui gagne la course.

Poésie critique (1959)

Le critique compare toujours. L’incomparable lui échappe.

Le corps est un parasite de l’âme.

La Comtesse de Noailles, oui et non

La vérité est un luxe de paresseux.

La vérité est trop nue, elle n’excite pas les hommes.

Le Rappel à l'ordre (1926)

La prose n’est pas une danse. Elle marche.

La Difficulté d'être

La poésie est une solitude… et nous sommes des moines qui échangent des silences.

Lettres à Milorad

La poésie est une religion sans espoir.

Lettres à Milorad

La poésie est un exhibitionnisme qui s’exerce chez les aveugles.

Lettres à Milorad

Les mauvaises moeurs sont la seule chose que les gens prêtent sans réfléchir.

Le Grand Ecart

Nos fées nous entourent et nous aiment. On peut bien ouvrir et lire nos lettres. On n’y trouvera que des exemples de droiture et le dégoût des combines.

Lettre, à Jean Marais, 4 septembre 1939

Chaque minute me prouve la différence qui existe entre les autres et toi.

Lettre, à Jean Marais, 1939

Le poète est exact. La poésie est exactitude. Depuis Baudelaire, le public a, peu à peu, compris que la poésie était un des moyens les plus insolents de dire la vérité.

Portraits-souvenirs (1935)

Dans mes souliers il y a ton coeur, ton corps, ton âme, la joie de vivre et de travailler ensemble. Un objet serait le cadeau utile que je réprouve. Du superflu. Je ne regarderais que les mains qui le donnent.

Lettre, à Jean Marais, noël 1938

Avouez, avouez, c’est encore le seul système de défense qui tienne debout.

Orphée (1926)

Un homme ne peut être admiré sans être cru.

Discours d'Oxford (1956)

L’art est une sorte de scandale, un exhibitionnisme dont la seule excuse est qu’il s’exerce chez les aveugles.

Discours d'Oxford (1956)

Une certaine manie de nous décrier, en France, est encore une de nos armes secrètes.

Lettres aux Américains (1949)

Le style n’est pas une danse, c’est une démarche.

Coupures de Presse, Secrets de beauté

La faculté de rire aux éclats est preuve d’une âme excellente.

Le diable représente en quelque sorte les défauts de Dieu. Sans le diable Dieu serait inhumain.

Opium (1930)

Comme le coeur et comme le sexe, le rire procède par érection.

La Difficulté d'être

Un regard d’enfant enregistre vite. Plus tard, il développe l’épreuve!

Portraits-souvenirs (1935)

Je sais à merveille à quoi s’expose un homme qui ne se range ni à droite ni à gauche. On le traite d’opportuniste.

Démarche d'un poète

Dieu nous pense. Il ne pense pas à nous.

La Difficulté d'être (1953)

Une érection ne se discute pas.

Poésie critique (1959), I

Tous les enfants ont du génie, sauf Minou Drouet.

L’enfance a ses odeurs.

Portraits-Souvenirs (1900-1914)

Confuse époque où les musées deviennent des églises, et les églises des musées.

La Corrida du 1er mai (1957)

Tout ce qui se prouve est vulgaire, agir sans preuve exige un acte de foi.

Le discours d'Oxford

Il n’y a pas de précurseurs, il n’existe que des retardataires.

Le Potomak

La science ne sert qu’à vérifier les découvertes de l’instinct.

Le Potomak

Un général est un particulier.

S’attendrir embrouille l’âme.

La Difficulté d'être

Pour bien tuer l’ours, vendez d’abord sa peau.

L’originalité consiste à n’être pas original, sans pouvoir y parvenir.

Le poète, comme le mauvais sujet, doit être capable de tout.

La superstition, c’est l’art de se mettre en règle avec les coïncidences.

Qu’y a t’il de pire qu’une femme? – Deux femmes.

Avoir du tact c’est savoir jusqu’où on peut aller trop loin.

Le cinéma, c’est l’écriture moderne dont l’encre est la lumière.

Marbre n’écrase pas ce mort – Dont un nuage est la statue.

Faire-part, A la mémoire de Claude Debussy

A force d’aller au fond des choses, on y reste.

J’ai fait fleur ton portrait en nouant un seul fil – De sorte que ta face est aussi ton profil.

Faire-part, Secrets

Un livre n’est souvent qu’un dictionnaire en désordre.

Jeunes, méfiez vous de l’estrade – où montent les héros du théâtre et du stade – une muse menteuse y décerne les prix.

Faire-part, Naïf

La France a toujours cru que l’égalité consistait à trancher ce qui dépasse.

Discours de réception à l'Académie française

Naturellement l’opium reste unique et son euphorie supérieure à celle de la santé. Je lui dois mes heures parfaites. Il est dommage qu’au lieu de perfectionner la désintoxication, la médecine n’essaye pas de rendre l’opium inoffensif.

Opium (1930)

Les critiques jugent les oeuvres et ne savent pas qu’ils sont jugés par elles.

La Difficulté d'être

La calomnie est un propos en l’air qui aura pris du poids en retombant dans une oreille malveillante.

– Votre Picasso peint les femmes avec une bouche à la place de l’oreille. – – Ca prouve qu’il les connaît bien.

Jean Marais

Il demandait leur âge aux vieilles dames. C’était tantôt soixante-dix ans, tantôt quatre-vingts. Alors, disait-il avec un oeil de glace: «Vous n’avez plus longtemps à vivre.»

A la question: «quelle est votre opinion au sujet du ciel et de l’Enfer?», il répondit: – «Je préfère ne pas vous répondre, vous comprenez, j’ai des amis des deux côtés.»

Les Italiens sont des Français de bonne humeur.

Maalesh (1950)

Je crois à la chance. C’est la seule explication pour le succès des gens qui nous sont antipathiques.

Le drame de notre temps, c’est que la bêtise se soit mise à penser.

Trop de milieux divers nuisent au sensible qui s’adapte. Il était (une fois) un caméléon. Son maître, pour lui tenir chaud, le déposa sur un plaid écossais bariolé. – Le caméléon mourut de fatigue.

Vos dromadaires ressemblent à des serpents qui ont avalé des ânes, avec la selle et l’homme dessus.

Il est vrai que le jaloux ne cesse jamais de l’être et s’écrierait ensuite: – «Que me fait-elle chez les morts?»

Trente ans après ma mort, je me retirerai fortune faite.

La vie est la première partie de la mort.

Si tu ne veux pas que je meure, ne me parle pas de cyprès.

Les amants éternels meurent toujours à la fleur de l’âge.

Alors les feux d’artifice s’épanouirent dans le ciel, le vin coula sur les petits échafauds des bals musette, et les têtes d’ivrognes roulèrent joyeusement partout.

Les pots de chambre aussi sont profonds.

Un général ne se rend jamais, même à l’évidence.

J’aime les chats parce qu’il n’existe pas de chats policiers.

J’ai l’orgueil des vices qu’on me prête; je suis moins fier des vices que j’ai!

L’art de se mettre en règle avec les coïncidences.

Plus je vieillis, plus je vois que ce qui ne s’évanouit pas, ce sont les rêves!

A Madame A. Maurois

Il est aussi difficile à un poète de parler poésie qu’à une plante de parler horticulture.

A François Mauriac.

On ne se consacre pas à la poésie; on s’y sacrifie.

La Côte (d’Azur) est la serre où poussent les racines. – Paris est la boutique où l’on vend les fleurs.

Je sais mieux faire l’amitié que l’amour.

Un beau livre, c’est celui qui sème à foison les points d’interrogation.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Finalement, je crois que j’ai vécu très au-dessus des moyens de mon époque.

Le verbe «aimer» est le plus compliqué de la langue. Son passé n’est jamais simple, son présent n’est qu’imparfait et son futur toujours conditionnel.

Un texte traduit est un clair de lune empaillé.

Un éditeur qui entre dans son bureau préfère y trouver un cambrioleur qu’un poète.

Toute supériorité dérange une époque où chacun se hausse en abaissant les autres.

On croit que le style est une façon compliquée de dire des choses simples, alors que c’est une façon simple de dire des choses compliquées.

On a fait de moi un personnage à qui je refuserais de serrer la main.

Marlène Dietrich a un nom qui commence par une caresse et s’achève par un coup de cravache.

Le fruit d’Eve fendu.

Allégories (1941)

Le drame des poètes, c’est qu’ils doivent vivre au-dessus des moyens de leur époque.

La jeunesse est une acquisition de l’âge mûr.

Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi.

Discours de réception à l'Académie française

L’oeuvre est une sueur.

Le Secret professionnel

Rousseau restera toujours un exemple de l’esprit de persécution. Il l’avait. Mais on lui avait donné lieu de l’avoir. Autant reprocher ses crochets au cerf qu’on force.

Jeanne d’Arc est mon grand écrivain. Nul ne s’exprime mieux qu’elle, par la forme et par le fond.

Un coup de baguette, et les livres sont écrits, le cinéma tourne, la plume dessine, le théâtre joue. C’est fort simple. Magicien. Ce mot facilite les choses. Inutile de mettre notre oeuvre à l’étude. Tout cela s’est fait tout seul.

Je n’attache aucune importance à ce que les gens appellent le style et à quoi ils se flattent de reconnaître un auteur. Je veux qu’on me reconnaisse à mes idées, ou mieux, à ma démarche.

J’ai peine à soutenir le poids d’or des musées – Cet immense vaisseau – Combien me parle plus que leurs bouches usées – L’oeuvre de Picasso

Le poète est un mensonge qui dit toujours la vérité.

La beauté déteste les idées. Elle se suffit à elle-même. Une oeuvre est belle comme quelqu’un est beau. Cette beauté dont je parle provoque une érection de l’âme. Une érection ne se discute pas.

Un chef-d’oeuvre est une bataille gagnée contre la mort.

Lorsqu’une oeuvre semble en avance sur son époque, c’est simplement que son époque est en retard sur elle.

Il faut bien comprendre que l’art … n’existe pas en tant qu’art, en tant que détaché, libre, débarrassé du créateur, mais qu’il n’existe que s’il prolonge un cri, un rire ou une plainte.

La Difficulté d'être

L’art ne vaut à mes yeux que s’il est la projection d’une morale. Le reste est décoratif.

La Difficulté d'être

L’art existe à la minute où l’artiste s’écarte de la nature. Ce par quoi il s’en écarte lui donne le droit de vivre.

La Difficulté d'être

J’aime vieillir. Je déteste la conception wildienne de la «jeunesse». Les boucles blondes, etc. L’âge apporte un calme, un équilibre, une altitude. L’amitié, le travail tiennent toute la place.

Journal (1942-1945), 6 février 1943

Le tout, disait mon vieux Satie, n’est pas de refuser la Légion d’honneur. Encore faut-il ne pas l’avoir méritée.

Journal (1942-1945), 5 avril 1942

Il arrive qu’à se placer haut pour mieux juger l’ensemble, on paraisse simplement vouloir prendre une place en vue.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Valéry, c’est le premier fort en thème qui a compris les ressources de l’intelligence du cancre et les a montées en épingle.

Journal (1942-1945), 26 novembre 1943

Excellente est l’attitude de celui qui a bien employé le temps qu’on lui octroie et ne s’est pas mêlé d’être son propre juge. La durée humaine n’appartient qu’à ceux qui pétrissent la minute, la sculptent et ne se préoccupent pas du verdict.

La Difficulté d'être

Ce que nous prenons pour le style classique de Molière, était le charabia de l’époque, grossi.

Journal (1942-1945), 17 mars 1942

Nous sommes rêvés par quelqu’un qui a un très mauvais rêve. Et il dort profondément.

Journal (1942-1945), 28 décembre 1944

L’instinct demande à être dressé par la méthode, mais l’instinct seul nous aide à découvrir une méthode qui nous soit propre et grâce à laquelle nous pouvons dresser notre instinct.

Le Rappel à l'ordre (1926)

Je suis toujours prêt à tutoyer, pourvu qu’on ne me tutoie pas.

Journal (1942-1945), 18 avril 1942

L’autre soir à table Marie de Chambrun lâche un pet. Chambrun: «Vous parlez encore pour ne rien dire!»

Journal (1942-1945), Mercredi 1er avril 1942

Nous savons que les paroles historiques ne furent jamais dites. Qu’importe! Elles caractériqent des figurent qui, sans ces paroles, nous demeureraient fort vagues, et perdraient le profil.

Journal d'un inconnu (1953)

L’art consacre le meurtre d’une habitude. L’artiste se charge de lui tordre le cou. Notre époque confuse se trouve prise, par exemple, au piège des peintres, parce que l’habitude lui est venue peu à peu de comparer un tableau à d’autres.

Journal d'un inconnu (1953)

En art, toute valeur qui se prouve est vulgaire.

Le Coq et l'Arlequin (1918)

L’émotion qui résulte d’une oeuvre d’art ne compte vraiment que si elle n’est pas obtenue par un chantage sentimental.

Le Coq et l'Arlequin (1918)

Un artiste qui recule ne trahit pas. Il se trahit.

Le Coq et l'Arlequin (1918)

La richesse est une aptitude, la pauvreté de même. Un pauvre qui devient riche étalera une pauvreté luxueuse.

Les Enfants terribles (1929), Opium

Moitié ombre, moitié lumière: c’est l’éclairage des planètes. Une moitié du monde repose, l’autre travaille.

Le Grand Ecart (1923)

L’instinct savait en elle que les meurtriers frappent coup sur coup, ne peuvent pas reprendre haleine.

Les Enfants terribles (1929)

Qui s’affecte d’une insulte, s’infecte.

Journal d'un inconnu (1953)

En fin de compte, tout s’arrange, sauf la difficulté d’être, qui ne s’arrange pas.

La Difficulté d'être (1947)

La carte de notre vie est pliée de telle sorte que nous ne voyons pas une seule grande route qui la traverse, mais au fur et à mesure qu’elle s’ouvre, toujours une petite route neuve.

Le Grand Ecart (1923)

Les rêves sont la littérature du sommeil.

Essai de critique indirecte (1932), Le Mystère laïc

J’ai toujours aimé ces fou-rires qui montrent l’âme grande ouverte. Je ferme les yeux. J’entends des fou-rires. Un arbre secoué par le rire lâche ses fruits et ses oiseaux.

Discours de réception à l'Académie française, 20 octobre 1955

Le diable est pur parce qu’il ne peut faire que le mal.

La Difficulté d'être (1947)

Les poètes ne sont que les domestiques d’une force qui les habite, d’un maître qui les emploie et dont ils ne connaissent même pas le visage qui n’est peut-être que le leur.

Discours de réception à l'Académie française, 20 octobre 1955

J’ai aimé ces villas laides. Et pour aimer choses si laides Il faut aimer tendrement. Laideur, ma pauvre maîtresse, Je te plains, et je t’épouse Plus vite que la beauté.

Discours du grand sommeil, Adieu aux fusiliers marins

Ces jeunes hommes, les plus braves du monde, et dont pas un ne reste, jouaient à se battre, sans la moindre haine. Hélas! des jeux pareils finissent mal.

Thomas l'imposteur (1923)

Les lois morales sont les règles d’un jeu auquel chacun triche et cela depuis que le monde est monde.

Le Grand Ecart (1923)

Ces deux femmes se rencontraient sur le terrain de l’intrigue. Simplement, l’une intriguait pour son plaisir, l’autre pour son intérêt.

Thomas l'imposteur (1923)

Qu’un homme se trompe, passe encore; mais qu’il insiste, c’est preuve de sottise.

Antigone (1922)

Guillaume Thomas, malgré son nom d’incrédule, était un imposteur. Il n’était ni le neveu du général de Fontenoy, ni son parent d’aucune sorte.

Thomas l'imposteur (1923)

Le jeu d’hombre est un mystère, Il se joue entre dormeurs N’ayant pas les pieds par terre; Et qui triche à l’hombre meurt.

Opéra (1927), Joueurs dormant à l'hombre

L’héroïsme réunissait un monde mêlé sous une même palme. Bien des meurtriers en herbe y trouvaient l’occasion, l’excuse de leur vice et sa récompense, côte à côte avec les martyrs.

Thomas l'imposteur (1923)

Léonard de Vinci eut la fortune de dire presque tout dans l’idiome international du graphisme. Ses textes s’accompagnent de dessins explicatifs.

Journal d'un inconnu (1953)

Le sommeil n’est pas à nos ordres. C’est un poisson aveugle qui monte des profondeurs, un oiseau qui s’abat sur nous.

Le Grand Ecart (1923)

Cette minute entre l’enfance et la jeunesse est la pire.

La Difficulté d'être (1947)

Un amoncellement de chevaux de frise et de fil de fer barbelé obstruait le passage.

Thomas l'imposteur (1923)

La princesse de Bormes rouvrait et redécorait son appartement, laissé en friche à cause de la guerre.

Thomas l'imposteur (1923)

J’aime fréquenter la jeunesse. Elle m’apprend beaucoup plus que l’âge.

La Difficulté d'être (1947)

Elle se croyait chez un fou. Elle se trompait à peine. Le docteur était fou d’inquiétude.

Thomas l'imposteur (1923)

La princesse dépassait la quarantaine. Elle avait des yeux vifs dans un visage de petite fille, que l’ennui flétrissait instantanément.

Thomas l'imposteur (1923)

Ce colonel, en lisant le nom de Fontenoy, tomba les quatre fers en l’air.

Thomas l'imposteur (1923)

Le fantaisiste, incapable d’originalité, s’en trouve une dans les ennuis qu’il vous cause par le manque de lien entre ses actes. Il veut étonner. Il dérange.

La Difficulté d'être (1947)

Il en aimait les blessures aiguës qui seules distraient d’une idée fixe et que la médecine nomme exquises, les admirant à l’égal d’une enluminure de missel.

Le Grand Ecart (1923)

Les gens exigent qu’on leur explique la poésie. Ils ignorent que la poésie est un monde fermé où l’on reçoit très peu et où il arrive même qu’on ne reçoive personne.

La Machine infernale (1934)

Seulement sa nature excessive n’envisage aucun juste milieu.

Le Grand Ecart (1923)

La faculté de rire aux éclats est preuve d’une âme excellente. Je me méfie de ceux qui refusent le rire et refusent son ouverture.

La Difficulté d'être (1947)

Une vieille banquette de peluche verte éventrée montrait son crin et ses ressorts.

Les Enfants terribles (1929)

Sa réputation d’homme spirituel venait d’une rapidité d’esprit.

Le Grand Ecart (1923)

Limiter ses croyances dans un état d’âme, comme préciser et limiter ses goûts en art, donne un état d’esprit.

Le Grand Ecart (1923)

Cette réalité de l’enfance, réalité grave, héroïque, mystérieuse, que d’humbles détails alimentent et dont l’interrogatoire des grandes personnes dérange brutalement la féerie.

Les Enfants terribles (1929)

Excellente est l’attitude de celui qui a bien employé le temps qu’on lui octroie et ne s’est pas mêlé d’être son propre juge.

La Difficulté d'être (1947)

Les mots riches de couleur et de sonorité sont aussi difficiles d’emploi que les bijoux voyants et les teintes vives dans la toilette.

La Difficulté d'être (1947)

Depuis quelque temps, Guillaume s’ennuyait, premiers troubles de l’amour qui, prudemment, avant de paraître dans sa splendeur, commence par enlaidir, dégonfler, décolorer tout. Guillaume s’efflanquait …

Thomas l'imposteur (1923)

Un flot de sang échappé de la bouche barbouillait son menton et son cou, imbibait la neige.

Les Enfants terribles (1929)

Quelquefois il était secoué par un hoquet sombre qui l’ébranlait comme une montagne de neige.

Le Grand Ecart (1923)

J’aime fréquenter la jeunesse. Elle m’apprend beaucoup plus que l’âge. Son insolence et sa sévérité nous administrent des douches froides. C’est notre hygiène.

La Difficulté d'être (1947)

Si nous pouvions mesurer la distance qui nous sépare de ceux que nous croyons les plus proches, nous aurions peur.

La Difficulté d'être (1947)

La mémoire a tendance à voir grandir ce qui s’éloigne d’elle, à le disproportionner, à lui ôter ses bases.

La Difficulté d'être (1947)

Un miracle, s’il dure, cesse d’être considéré comme tel. C’est pourquoi les apparitions disparaissent si vite.

Thomas l'imposteur (1923)

La langue française est difficile. Elle répugne à certaines douceurs …

La Difficulté d'être (1947)

«Je sens une difficulté d’être». C’est ce que répond Fontenelle, centenaire, lorsqu’il va mourir et que son médecin lui demande: «M. Fontenelle, que sentez-vous?» Seulement la sienne est de la dernière heure. La mienne date de toujours.

La Difficulté d'être (1947)

Il arrive qu’une route offre des aspects tellement différents à l’aller et au retour que le promeneur qui rentre croit se perdre.

Le Grand Ecart (1923)

On prenait leur désinvolture pour de la morgue.

Thomas l'imposteur (1923)

Dans la voiture, pâle, mi-morte, les déshabilla son coeur.

Thomas l'imposteur (1923)

Les objets ont perdu leurs angles et le sommeil a déraidi leurs poses. Ils se tassent paresseusement.

La Difficulté d'être (1947)

Un jeune homme et une jeune fille aux figures sombres, aux yeux constellés, riant et découvrant des mâchoires superbes.

Le Grand Ecart (1923)

La douleur, le doute, et même le feu d’une cheminée découpent le temps à leur fantaisie.

Thomas l'imposteur (1923)

Alors Paul s’expliqua, détachant les syllabes, chuchotant, déballant toute la vérité.

Les Enfants terribles (1929)

Lorsqu’un bon crime éclate, le tirage des journaux triple.

Journal d'un inconnu (1953)

Les mots riches de couleur et de sonorité sont aussi dificiles d’emploi que les bijoux voyants et que les teintes vives dans la toilette.

La Difficulté d'être (1947)

Mme Forestier était myope et vivait dans le passé: deux raisons qui l’empêchaient de se rendre un compte exact des choses présentes.

Le Grand Ecart (1923)

Apprenez que tout ce qui se classe empeste la mort. Il faut se déclasser, Tirésias, sortir du rang. C’est le signe des chefs-d’oeuvre et des héros.

La Machine infernale (1934)

J’avais remarqué, à la campagne, et Montaigne l’explique mieux que moi, comme l’imagination se débride et s’éreinte à l’aveuglette si on ne la fixe pas sur quelque objet.

Journal d'un inconnu (1953)

Reste de se poser des colles et d’essayer de les résoudre. De se faire une idée d’un tableau possible, de copier cette idée jusqu’à ce que le tableau lui ressemble.

Journal d'un inconnu (1953)

Le cinématographe a cinquante ans … Fort peu pour une Muse qui s’exprime par l’entremise de fantômes et d’un matériel encore en enfance si on le compare à l’usage de l’encre et du papier.

La Difficulté d'être (1947)

Un arbre vaut mieux que le marbreCar on y voit les noms grandir.

Vocabulaire (1922), Pièce de circonstance

Nous prenons un intérêt si démesuré à ce qui ne devrait nous servir que de passe-temps qu’il est dur, le dernier jour, de boucler nos valises.

Le Grand Ecart (1923)

La petite se méfiait. Peu à peu, elle s’habitua et sembla même flattée des attentions d’une grande personne qui ne bêtifiait pas et la traitait en égale.

Journal d'un inconnu (1953)

L’indifférence d’un paysage nous donne beau jeu pour le mépriser.

Le Grand Ecart (1923)

L’amour faisait d’Henriette un stradivarius, un baromètre sensible aux moindres températures morales.

Thomas l'imposteur (1923)

Exprès, il laissait sa tête baller en arrière aux cahots de la course.

Les Enfants terribles (1929)

C’est ce qui nous émeut en face du petit aurige de Delphes. Immobile et stable, ses orteils bien rangés les uns à côté des autres, il semble venir du fond des siècles et continuer sa route sur place, avec la canne blanche des aveugles.

Journal d'un inconnu (1953)

La bêtise consterne et ne donne guère l’envie de rire. Plutôt elle attriste et nous rend bête par contagion.

La Difficulté d'être (1947)

Le tact dans l’audace, c’est de savoir jusqu’où on peut aller trop loin.

Le Coq et l'Arlequin (1918)

En fin de compte, tout s’arrange, sauf la difficulté d’être qui ne s’arrange pas.

La Difficulté d'être (1947)

Il fait beau croire aux prodiges lorsque les prodiges nous arrangent et lorsque les prodiges nous dérangent, il fait beau ne plus y croire.

La Machine infernale (1934)

Ces grands comédiens savent d’un seul coup se hérisser de pointes comme une bête ou s’armer d’humble douceur comme une plante …

Les Enfants terribles (1929)

Ce que l’on te reproche, cultive-le, c’est toi-même.

Gravez votre nom dans un arbreQui poussera jusqu’au nadir.Un arbre vaut mieux que le marbreCar on y voit les noms grandir.

Vocabulaire (1922), Pièce de circonstance

Un poète est libre de ne pas suivre les rails de la science. De vaincre l’aquoibonisme.

Journal d'un inconnu (1953)

Trouvant déjà dans le mensonge une antichambre des aventures, Guillaume se vieillissait.

Thomas l'imposteur (1923)

Elisabeth, en échange, devenait une fanfaronne, une grotesque, une ânesse incapable de se rendre utile, de faire quoi que ce soit.

Les Enfants terribles (1929)

Un de ces peintres qui échappent à l’analyse. Auguste Renoir en est l’exemple …

Journal d'un inconnu (1953)

L’amitié entre homme et femme est délicate, c’est encore une manière d’amour. La jalousie s’y déguise.

La Difficulté d'être (1947), De l'amitié

L’amitié n’étant pas un instinct, mais un art, et un art qui réclame un contrôle continu, beaucoup d’incrédules lui cherchent des mobiles analogues à ceux qui les animent. Des intérêts sexuels ou des intérêts d’argent.

Journal d'un inconnu (1953)

Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort va et vient.

Orphée (1926)

Un artiste ne peut attendre aucune aide de ses pairs.

La Difficulté d'être (1947)

Que deviendrais-je sans le rire? Il me purge de mes dégoûts. Il m’aère.

La Difficulté d'être (1947)

Nul n’est poète que somnambule.

Ce que le lecteur veut, c’est se lire. En lisant ce qu’il approuve, il pense qu’il pourrait l’avoir écrit. Il peut même en vouloir au livre de prendre sa place.

La Difficulté d'être (1947)

Il admirait la force des couples qui visitent Venise avec une activité d’insectes.

Le Grand Ecart (1923)

L’innocent accusé d’espionnage se trouble. Toute son attitude l’accuse, et il tombe évanoui entre les gardes municipaux.

Discours du grand sommeil, prologue, 4

Méfions-nous des noyés qui s’accrochent et qui nous noient.

La Difficulté d'être (1947)

L’horreur d’un accident qu’on découvre sur sa route provient de ce qu’il est de la vitesse immobile, un cri changé en silence (et non pas du silence après un cri).

La Machine infernale (1934)

Il n’y pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour.

Les poètes trouvent d’abord et ne cherchent qu’après.

Il ne faut jamais prendre les voies autorisées.

On peut naître vieux, comme on peut mourir jeune.

Les rêves sont la littérature du sommeil. Même les plus étranges composent avec des souvenirs. Le meilleur d’un rêve s’évapore le matin. Il reste le sentiment d’un volume, le fantôme d’une péripétie, le souvenir d’un souvenir, l’ombre d’une ombre.

Essai de critique indirecte (1932), Le Mystère laïc

Quels sont mes vrais héros ? Des sentiments. Des figures abstraites qui n’en vivent pas moins et dont les exigences sont extrêmes.

La Difficulté d' être (1947)

De même que l’homme ne lit pas, mais se lit, il ne regarde pas, il se regarde.

Tapisseries d'Aubusson (1983)

Si je n’étais pas reine, je serais anarchiste. En somme je suis une reine anarchiste. C’est ce qui fait que la cour me dénigre et c’est ce qui fait que le peuple m’aime.

L'Aigle à deux têtes (1946)

Les privilèges de la beauté sont immenses. Ils agissent même sur ceux qui ne la constatent pas.

Les Enfants terribles (1929)

Surtout il fallait, coûte que coûte, revenir à cette réalité de l’enfance, réalité grave, héroïque, mystérieuse, que d’humbles détails alimentent et dont l’interrogatoire des grandes personnes dérange brutalement la féérie.

Les Enfants terribles (1929)

On doit croire en sa chance, sinon comment expliquer le succès de ceux qu’on n’aime pas.

Le Coq et l'Arlequin (1918)

Apprendrez-vous jamais à ne pas regarder en arrière ? A ce petit jeu, il y en a qui se changent en statues de sel.

Orphée (1926)

La France a toujours cru que l’égalité consistait à trancher tout ce qui dépasse.

Discours de réception à l'Académie française, 20 octobre 1955

Aimer, c’est d’être aimé. C’est remplir une existence d’inquiétude. Hélas ! n’être plus essentiel à l’autre, voilà notre torture.

Le Potomak (1919)

Un conseil : Laisse les princes s’arranger avec les princes, les fantômes avec les fantômes, et les soldats avec les soldats.

La Machine infernale (1934)

Célébrité : je me représente un buste avec des jambes pour courir partout.

Essai de critique indirecte (1932), Des beaux-arts considérés comme un assassinat

La vie des formes n’a rien à voir avec les formes de la vie.

Essai de critique indirecte (1932), Des beaux-arts considérés comme un assassinat

Un musée est une morgue. La seule chance de s’émouvoir est d’y reconnaître un ami. Un ami derrière le cadavre.

Essai de critique indirecte (1932), Le Mystère laïc

Si tu te rases le crâne, ne garde pas une mèche pour le dimanche.

Le Coq et l'Arlequin (1918)

Qu’il est laid le bonheur qu’on veut, Qu’il est beau le malheur qu’on a.

Opéra (1927), L'ange Heurtebise

Plus on est avide, plus il est indispensable de reculer coûte que coûte les bornes du merveilleux.

Opium (1930)

Ils dorment debout, et, malgré quelque signe d’intelligence et de politesse du destin, le sommeil les empêchera de voir la trappe qui se ferme sur eux pour toujours.

La Machine infernale (1934)

Les dieux ont voulu, pour le fonctionnement de leur machine infernale, que toutes les malchances surgissent sous le déguisement de la chance.

La Machine infernale (1934)

On peut voler à tout âge; Le cirque est un cerf-volant. Sur ses toiles, sur ses cordages, Volent les voleurs d’enfants. Volés, voleurs ont des ailes La nuit derrière les talus, Où les clameurs maternelles Ne s’entendent même plus.

Opéra (1927), Les voleurs d'enfants

Ces vols n’avaient que le vol pour mobile. Il ne s’y mêlait ni lucre ni goût du fruit défendu. Il suffisait de mourir de peur. Les enfants sortaient des magasins où ils entraient avec l’oncle, les poches pleines d’objets sans valeur.

Les Enfants terribles (1929)

Il roulait civils et militaires, tant il est vrai que, même fausse, la vérité sort de la bouche des enfants.

Thomas l'imposteur (1923)

Sur certaines femmes les plus belles perles deviennent fausses. Par contre sur d’autres, les perles fausses paraissent véritables.

Thomas l'imposteur (1923)

L’homme qui dort et ne rêve pas, ou rêve trop profondément pour se souvenir de ses rêves, m’émeut beaucoup.

Poésie critique (1959)

Les rêves sont la littérature du sommeil. Même les plus étranges composent avec des souvenirs. Le meilleur d’un rêve s’évapore le matin. Il reste le sentiment d’un volume, le fantôme d’une péripétie, le souvenir d’un souvenir.

Essai de critique indirecte (1932)

Lunettes noires et mélancolie éteignent les couleurs du monde. Mais, au travers, le soleil et la mort se peuvent regarder fixement.

Le Grand Ecart (1923)

Les polissons l’emportent toujours sur les forts en thème, pour peu qu’une circonstance empêche ces derniers de suivre aveuglément le plan qu’ils se sont fait.

Thomas l'imposteur (1923)

Comme le coeur et comme le sexe, le rire procède par érection. Rien ne l’enfle qui ne l’excite. Il ne se dresse pas à volonté.

La Difficulté d'être (1947), Du rire

Les miroirs sont les portes par lesquelles la mort vient et va.

Orphée (1926)

Narcisse s’aima. Pour ce crime les Dieux le changèrent en fleur. Cette fleur donne la migraine et son oignon ne fait même pas pleurer.

Le Grand Ecart (1923)

Offenbach, musicien de génie. Tout est inventé, neuf, aérien, inimitable.

Le Passé défini (1983), 2 novembre 1952

L’audace se forme en marge des audacieux. On trouve audacieux un homme qui prolonge une vieille audace.

Poésie critique (1959)