Acceuil / Citation

Citations de : Hervé Guibert

Un séjour à l’hôpital, c’est comme un très long voyage en un défilé ininterrompu de gens, de distribution ou de rituels, pour remplir le temps. Il n’y a même plus de nuit. L’hôpital, c’est l’enfer.

Cytomégalovirus: journal d'hospitalisation (1992)

A un moment où presque tout de son être, son sperme, sa salive, ses larmes, sa sueur, on ne le savait pas trop à l’époque, était devenu hautement contaminant.

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie (1990)

J’ai cherché un bon angle en posant le caméscope sur son pied, j’ai appuyé sur le bouton rouge, vérifié qu’il y avait bien «record» dans le viseur.

Le Protocole compassionnel (1991)

J’étais déjà fou à quarante ans, j’étais déjà fou à dix ans.

Mon valet et moi (1991)

J’entreprends un nouveau livre pour avoir un compagnon, un interlocuteur, quelqu’un avec qui manger et dormir, auprès duquel rêver et cauchemarder, le seul ami présentement tenable.

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie (1990)

Ce livre qui raconte ma fatigue me la fait oublier, et en même temps chaque phrase arrachée à mon cerveau, menacé par l’intrusion du virus dès que la petite ceinture lymphatique aura cédé, ne me donne que davantage envie de fermer les paupières.

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie (1990)

Mais moi je planais complètement : je savais déjà que chaque année des dizaines de gens curieux, des amoureux, des jeunes filles, des exégètes tarabiscotés et pointilleux feraient le pèlerinage sur l’île d’Elbe pour se recueillir sur ma tombe vide.

Le Protocole compassionnel (1991)

A. Est-ce que je pense, en écrivant ce nom, à toi ? Donc la première lettre était une lettre d’amour.

Les Aventures singulières (1982)

Les efforts étaient la pire des chose à infliger à des amis, j’étais comme j’étais et on en avait pris son parti puisqu’on m’aimait bien comme ça.

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie (1990)

Je connaissais son corps par coeur. Il s’était imprimé à l’intérieur de mes doigts, je n’en avais plus besoin pour de vrai.

Le Protocole compassionnel (1991)

Pendant ces quelques jours, dans ce vide, dans ce temps passé à ne rien faire, sans écrire, sans rien, je croyais qu’il avait volé mon âme, mais il était devenu mon inspiration.

Les Aventures singulières (1982)

La poussée amoureuse correspond toujours à une poussée d’écriture, ou de parole (j’ai envie de parler de lui, de l’évoquer, ça me brûle), je ne sais pas laquelle provoque l’autre.

Les Aventures singulières (1982)

L’image est l’essence du désir, et désexualiser l’image, ce serait la réduire à la théorie…

L'Image fantôme (1981)

Marine me disait avec extase que le docteur Lérisson était un saint, sacrifiant toute vie personnelle, et même sa pauvre épouse qu’elle était bien contente de voir passer à l’as, pour l’exercice de son art.

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie (1990)

Si les virus qui circulent par le monde entier depuis la mode des charters étaient tous mortels, tu crois bien qu’il n’y aurait plus grand monde sur cette planète.

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie (1990)

A quoi bon écrire un livre si ce n’est pas un chef-d’oeuvre ?

Le Paradis (1992)

A l’envoûtement de l’écriture succède un désenvoûtement, le vide. Quand je n’écris plus je me meurs.

Le Paradis (1992)

On n’entend que ça ici: «Bon appétit», «Bonne journée», «Bon week-end», «Bon repos», «Bonnes vacances», jamais «Bon décès».

Cytomégalovirus: journal d'hospitalisation (1992)

La chambre d’hôpital est un cocon insidieux qui, petit à petit, rend effrayant l’espace réel de l’extérieur, même le couloir.

Cytomégalovirus: journal d'hospitalisation (1992)

Mon corps est un laboratoire que j’offre en exhibition, l’unique acteur, l’unique instrument de mes délires organiques. Partitions sur tissus de chair, de folie, de douleur. Observer comme il fonctionne, recueillir ses prestations.

La Mort propagande (1977)

Le tout petit homme blanchâtre et translucide s’accroupit à mes pieds et se mit à faire ricocher sur mes orteils, mes chevilles et mes genoux, comme le marteau léger d’un cymbalum, le maillet qui les parcourut de frissonnements.

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie (1990)

Il est étrange de fêter la bonne année à quelqu’un dont on sait qu’il risque de ne pas la passer entièrement, il n’y a guère de situation plus limite que celle-ci.

A l'ami qui ne m'a pas sauvé la vie (1990)