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Citations de : Henri Frédéric Amiel

Au-delà de ce que l’homme sait à chaque époque, il y a le domaine inconnu où se meut la croyance. La croyance ne se prouve pas, elle se propose. Elle naît spontanément dans certaines âmes initiatrices; elle se répand par imitation.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Ils ne font grâce qu’à la force et ne tolèrent que le parfait naturel. Pourtant dix hommes d’esprit ne valent pas un homme de talent, ni dix hommes de talent un homme de génie.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Chez les peuples très sociables, l’individu craint par-dessus tout le ridicule, et le ridicule c’est d’être trouvé original. Nul ne veut faire bande à part, chacun veut être avec tout le monde.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

La gentillesse, c’est l’art de plaire, sans prétention ni coquetterie, c’est le naturel joint à l’agrément, l’enjouement dans le tact, la fraîcheur dans la grâce.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Dès qu’on ne s’accorde pas le droit de couper court au jeu, il vaut mieux regarder la réalité par ses côtés supportables et cultiver soigneusement sa bonne humeur.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Les gens superficiels sont bien heureux: le liège ne se noie pas.

Grains de mil (1854)

Au fond, il n’y a qu’un objet d’études: les formes et les métamorphoses de l’esprit. Tous les autres objets reviennent à celui-là; toutes les autres études ramènent à cette étude.

Grains de mil (1854)

La valeur sociale de chacun, c’est sa valeur utile. Demande-toi à qui et à quoi tu sers et vraisemblablement tu t’irriteras moins.

Grains de mil (1854)

Parlez-moi de l’ignorance pour délier la langue, et de la sottise pour faciliter le jugement! On n’est jamais plus affirmatif que lorsqu’on a moins le droit de l’être; et si les riches d’esprit sont économes, les pauvres sont toujours prodigues.

Grains de mil (1854)

Il en est du journal intime comme de la prière et de la vie intérieure: plus on le néglige, moins il est attrayant; moins on en use, moins on en peut user; plus on le pratique, plus on l’aime.

Grains de mil (1854)

Dans les livres, je ne trouve presque rien de neuf; mais je retrouve et c’est charmant.

Grains de mil (1854)

Le bonheur est forcément réciproque et ne se trouve guère qu’en se donnant.

Grains de mil (1854)

La poésie vaut infiniment mieux que la réalité.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 6 octobre 1860

L’homme n’est que ce qu’il devient, vérité profonde; l’homme ne devient que ce qu’il est, vérité plus profonde encore.

Grains de mil (1854)

D’ordinaire, la médiocrité règne: c’est son droit; la supériorité se connaît et se suffit: c’est sa récompense.

Grains de mil (1854)

Repousser sa croix, c’est l’appesantir; s’agiter dans son supplice, c’est l’exaspérer.

Grains de mil (1854)

Entre partout et ne t’enferme nulle part.

Grains de mil (1854)

Le sommeil de la mémoire n’est pas sa mort; les études oubliées sont des aptitudes rendormies.

Grains de mil (1854)

On ne peut se faire que peu d’amis, même en y mettant beaucoup de soin, tandis qu’on peut se faire infiniment d’ennemis presque sans y prendre garde.

Grains de mil (1854)

La plus jolie et la plus insidieuse question que vous puissiez faire à un inconnu que vous désirez connaître est celle-ci: Qu’admirez-vous!

Grains de mil (1854)

L’illusion peut avoir raison contre l’expérience; car l’illusion est le pressentiment d’une grande vérité, et l’expérience la possession d’une petite.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

En littérature, qui dit imitation dit abdication. L’imitateur est un quidam qui rappelle quelqu’un, voilà tout. C’est la fiction d’un être et non un être; la grammaire dirait: un pronom, et pas un nom.

Grains de mil (1854)

Aucun bon n’est sans mal, aucun coupable sans bien. Conséquences: Plus une âme est profonde, plus elle est tentée, et ses plus petites fautes prennent une gravité proportionnelle à sa propre grandeur.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Etre patient, sympathique, bienveillant; épier la fleur qui naît et le coeur qui s’ouvre; toujours espérer, toujours aimer, c’est là le devoir.

Grains de mil (1854), XV - Une croix

Etre méconnu même par ceux qu’on aime, c’est la coupe d’amertume et la croix de la vie; c’est là ce qui met sur les lèvres des hommes supérieurs ce sourire douloureux et triste dont on s’étonne; …

Grains de mil (1854), XV - Une croix

Le respect mutuel implique la discrétion et la réserve dans la tendresse même, le soin de sauvegarder la plus grande part possible de liberté chez ceux dont on partage la vie.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Il faut aimer du même amour, penser de la même pensée pour échapper à la solitude.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

La littérature n’est que l’élargissement de la vie individuelle, La communication avec plus d’esprits et plus d’âmes.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Il faut rentrer en communication avec le public, avec les vivants; être aussi objectif, simple, clair, vivant que possible.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Les femmes aussi ne sont sensibles qu’à la communication orale, qu’à la poésie ou à la vérité devenues vivantes et transmises par une personnalité sympathique.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

L’amitié, par une sorte d’harmonie préétablie, ou de communication instantanée et mystérieuse, éveille la même pensée dans deux personnes éloignées de 50 lieux et plongées dans des sphères d’occupation toutes différentes.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 27 octobre 1855

Le désir de communiquer par l’âme est encore une exigence du coeur.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 1852-1856

On comprend les femmes comme la langue des oiseaux, d’intuition ou pas du tout. La peine, l’étude, l’effort ne servent de rien ici: c’est un don et une grâce. Pour comprendre ces énigmes vivantes, il faut les aimer.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Il y a une manière laborieuse de n’être rien, c’est d’être tout; de ne rien vouloir, c’est de tout vouloir.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 3 mars 1857

Je l’ai toujours dit; les poètes célibataires sont une peste publique; ils troublent, sans le savoir et le vouloir, tous les coeurs féminins sans emploi.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

L’outrance est un manque de bon sens.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Temporiser, c’est l’art de la défense; saisir le moment, l’art de l’attaque.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

L’erreur de l’ange est le crime du séraphin.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 19 août 1852

L’amitié c’est l’amour sans sexe.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), juin 1860

L’admiration doit être réservée pour la grandeur sublime, non pour l’opiniâtreté maniaque.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 30 mai 1877

La foi est trop souvent le contraire de la bonne foi, et l’homme de foi ressemble alors à s’y méprendre, à l’homme sans foi.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

On comprend les femmes comme la langue des oiseaux, d’instinct ou pas du tout.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Le coeur préfère rester concentré sur son sentiment qu’il réchauffe et protège – son bonheur est méditatif, silencieux -, il s’écoute palpiter, il se déguste religieusement lui-même.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Il y a une diététique de l’esprit, et une hygiène de l’âme.

Journal, 1866

L’étude constante de soi-même, l’auto-critique de ses impressions mobiles augmente cette sensitivité.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 1866

Le mariage doit être une éducation mutuelle et infinie.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Je suis, quand j’écris, dans la situation d’un enfantement interminable, d’un travail puerpéral qui se contrarierait obstinément lui-même, et ne garderait que la souffrance de l’accouchement sans s’accorder la délivrance finale.

Fragments d'un journal intime (1884)

Le monde est à la volonté bien plus qu’à la sagesse.

La rêverie est le dimanche de la pensée.

Fragments d'un journal intime (1884)

L’indifférence morale est la maladie des gens très cultivés.

Journal intime, 26 octobre 1870

Qu’est-ce qu’un esprit cultivé? C’est celui qui peut regarder d’un grand nombre de points de vue.

Ce n’est pas ce qu’il a, ni même ce qu’il fait, qui exprime directement la valeur d’un homme: c’est ce qu’il est.

Fragment d'un journal intime

La foi est trop souvent le contraire de la bonne foi, et l’homme de foi ressemble alors, à s’y méprendre, à l’homme sans foi.

Journal intime

Mille choses avancent; neuf cent quatre-vingt-dix-huit reculent: c’est là le progrès.

Journal intime

Rien n’est plus caché à nos yeux que l’illusion dans laquelle nous vivons au jour le jour.

Soyons vrais, … c’est la plus haute maxime de l’art et de la vie.

Fragments d'un journal intime (1884)

Celui qui redoute trop d’être dupe ne pourra plus être magnanime.

Fragments d'un journal intime (1884)

Le fait est corrupteur, c’est nous qui le corrigeons, en persistant dans notre idéal.

Fragments d'un journal intime (1884)

J’entends distinctement tomber les gouttes de ma vie dans le gouffre dévorant de l’éternité.

Fragments d'un journal intime (1884)

Le doute sur l’amour finit par faire douter de tout.

Fragments d'un journal intime (1884)

Le nombre fait la loi, mais le bien n’a rien à faire avec le chiffre.

Fragments d'un journal intime (1884)

Du point de vue du bonheur, la question de la vie est insoluble, car ce sont nos plus hautes aspirations qui nous empêchent d’être heureux.

Fragments d'un journal intime (1884)

A force d’art, revenir à la nature.

Fragments d'un journal intime (1884)

On estime beaucoup les femmes bonnes, mais sans esprit, … mais on finit par bâiller auprès d’elles.

Journal intime, 10 février 1846

On devient charlatan sans le savoir, et comédien sans le vouloir.

Journal intime, 10 février 1846

Nous ne sommes jamais plus mécontents des autres que lorsque nous sommes mécontents de nous. La conscience d’un tort nous rend impatients, et notre coeur rusé querelle au-dehors pour s’étourdir au-dedans.

Journal intime, 10 février 1846

Les vilains caractères aiment à déprimer le prochain et s’en font un devoir, presque une vocation.

Journal intime, 10 février 1846

Les poètes célibataires sont une peste publique; ils troublent, sans le savoir et le vouloir, tous les coeurs féminins sans emploi.

Journal intime, 10 février 1846

Le mariage tel qu’il est est une singulière chose, mais après tout, on n’a encore rien trouvé de mieux.

Journal intime, 10 février 1846

Le devoir est la nécessité volontaire.

Journal intime, 10 février 1846

Le dégoût est une chose curieuse. Il fait prendre en grippe jusqu’à la raison et au bon sens, par antipathie pour la vulgarité.

Journal intime, 10 février 1846

Le beau est supérieur au sublime parce qu’il est permanent et ne rassasie pas; tandis que le sublime est relatif, passager et violent.

Journal intime, 10 février 1846

La plus légère économie de mauvaise humeur a son prix.

Journal intime, 10 février 1846

Apparu, disparu, c’est toute l’histoire d’un homme, comme celle d’un monde et celle d’un infusoire.

Fragments d'un journal intime (1884)

Faire aisément ce que d’autres trouvent difficile à réaliser, c’est le talent; faire ce qui est impossible au talent, c’est le génie.

Journal, Décembre 1856

Une erreur est d’autant plus dangereuse qu’elle contient plus de vérité.

Journal intime, 10 février 1846

Un paysage quelconque est un état de l’âme.

Journal intime, 10 février 1846

Si nationalité, c’est contentement, Etat, c’est contrainte.

Journal intime, 10 février 1846

Revois deux fois pour voir juste, ne vois qu’une pour voir beau.

Journal intime, 10 février 1846

Respecter dans chaque homme l’homme, sinon celui qu’il est, au moins celui qu’il pourrait être, qu’il devrait être.

Journal intime, 10 février 1846

Que vivre est difficile, ô mon coeur fatigué!

Journal intime, 10 février 1846

Plus on aime, plus on souffre. La somme des douleurs possibles pour chaque âme est proportionnelle à son degré de perfection.

Journal intime, 10 février 1846

On se lasse d’être quarante ans dans sa propre compagnie; on finit par se subir comme un ennui et se traîner comme un boulet.

Journal intime, 20 septembre 1866

Ce que l’homme redoute le plus, c’est ce qui lui convient.

Journal intime, 10 février 1846

(La France) a toujours cru qu’une chose dite était une chose faite.

Journal intime, 10 février 1846

La misère me fait plus peur que la solitude, parce qu’elle est l’humiliation et l’abaissement, et que celle-ci est seulement l’ennui ou la tristesse.

Journal intime, 10 février 1846

La femme nue est belle une fois sur vingt, et trois ans sur soixante et dix. C’est-à-dire qu’il y a quatre cent soixante-dix à parier contre un qu’en photographiant une femme sans voile on fait une indécence, sans arriver à un effet esthétique.

Journal intime, 10 février 1846

L’inconstance perd tout, en ne laissant mûrir aucune semence.

Journal intime, 10 février 1846

L’inachevé n’est rien.

Journal intime, 10 février 1846

L’honnête homme est celui qui ne se pique de rien.

Journal intime, 10 février 1846

L’héroïsme est un luxe qui n’est pas à la portée des faibles et des gens de petite foi.

Journal intime, 10 février 1846

Il y a deux degrés d’orgueil: l’un où l’on s’approuve soi-même; l’autre où l’on ne peut s’accepter. Celui-ci est probablement le plus raffiné.

Journal intime, 10 février 1846

Il est dangereux de se laisser aller à la volupté des larmes; elle ôte le courage et même la volonté de guérir.

Journal intime, 10 février 1846

Dis-moi de quoi tu te piques et je te dirai ce que tu n’es pas.

Journal intime, 10 février 1846

Chaque vie se fait son destin.

Journal intime, 10 février 1846

La confiance ne se commande pas, et la bonté ne se présume pas.

Fragments d' un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), mai 1870

Adore secrètement la sympathie, mais aguerris-toi toujours davantage à t’en passer.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Contente-toi de mériter l’estime et ne tiens point à l’obtenir.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Le vrai nom du bonheur est la sérénité.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

La force la plus haute est celle d’équilibre.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

L’homme cultivé peut tout apprendre ; l’homme instruit a déjà des provisions accumulées.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Nous voulons toujours sauter hors de notre ombre.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Ce qui me manque, c’est l’abandon filial en Dieu et une compagne selon mon coeur ; ce qui me dévore, c’est la solitude du coeur et le vide de l’âme.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 9 août 1864

Mille choses avancent, neuf cent quatre-vingt dix-huit reculent ; c’est là le progrès.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Il regarde la vie comme on la voit du lit de mort, quand on la juge sans amertume et sans vains regrets.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Le vide produit le froid et le froid me hérisse de glaçons. Le souffle du printemps, la chaleur des affections, redonnerait à mon sang la circulation, à mon âme l’espérance, à mon imagination la verve, à tout mon être l’élan.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 22 février 1853

Embaumons l’année naissante avec les étrennes du coeur.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 1 janvier 1880

Pour vivre, il faut mettre beaucoup d’eau dans son vin, et savoir avaler beaucoup de couleuvres. Trop de fierté est une condamnation à mort.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Vivre c’est être utile ; à qui ou à quoi ai-je été utile ? Vivre c’est reconnaître sa place, se fixer un but, travailler à une tâche.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Vouloir est une habitude Qu’on prolonge tant qu’on peut ; Je ne suis que lassitude, Mon vouloir plus rien ne veut.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Un ami vaut vingt parents et une amie vaut trois amis.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Rendre heureux est encor le plus sûr des bonheurs. Là où l’on apporte la joie, il est à peu près sûr qu’on la trouve. Le mérite est petit, la récompense est grande.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Le monde regarde tes bévues par le gros bout du microscope, et les siennes par le petit bout, ce qui fait de singulières comparaisons.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), juillet 1879 - avril 1881

Quand on a goûté de la vie partagée, de l’esprit conjugal, ce qui fait encore le plus peur, c’est la solitude.

Philine (1927)

Ainsi le coeur craint son bien, et il aime son mal. Il préfère l’amour qui fait souffrir, à l’indifférence qui laisse isolé.

Philine (1927)

L’indifférence est ce que le beau sexe pardonne le moins aux hommes.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), janvier 1852-mars 1856

Rendre heureux est encore le plus sûr des bonheurs.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Si les goûts ne réussissent pas à se mettre à l’unisson, le mécontentement se glisse jusqu’au sein de la fidélité, et la vie à deux est une tolérance, non une allégresse.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), septembre 1863

Un fou qui se sent fou est déjà raisonnable et à moitié guéri.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

L’égalité engendre l’uniformité et c’est en sacrifiant l’excellent, le remarquable, l’extraordinaire que l’on se débarrasse du mauvais.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Les âmes tranquilles sont comme le vaisseau d’Ulysse: à fond de cale, elles renferment des outres pleines de tous les autans furieux; qu’un accident en crève une, et le vaisseau tournoie et des abîmes s’entr’ouvrent.

Grains de mil (1854)

La coquetterie la plus maîtresse de ses ressources, la flatterie la plus accomplie, ne sont pas aussi ingénieuses qu’un coeur aimant; comme il n’a qu’une pensée, il n’a aucune distraction; l’esprit parfois sommeille, l’amour jamais.

Grains de mil (1854)

C’est du fond des puits immenses que dans le jour on voit les étoiles; c’est dans le profond des âmes que, pendant le tumulte de la vie, on entend la voix de Dieu.

Grains de mil (1854)

La logique de l’erreur est plus parfaite que celle de la vérité: aussi les mauvaises doctrines sont-elles toujours plus fécondes que les bonnes.

Grains de mil (1854)

Il n’y a de repos pour l’esprit que dans l’absolu, pour le sentiment que dans l’infini, pour l’âme que dans le divin, et pour la conscience que dans le parfait.

Grains de mil (1854)

Une erreur est d’autant plus dangereuse qu’elle contient plus de vérité. Le sophisme est plus vrai que l’absurdité; aussi l’absurdité est-elle innocente et le sophisme redoutable.

Grains de mil (1854)

La rime, devenue riche, n’est point ingrate; elle paie presque toujours ce qu’on a fait pour elle.

Grains de mil (1854)

La pensée sans poésie et la vie sans infini, c’est comme un paysage sans ciel: on y étouffe.

Grains de mil (1854)

Mieux vaut presque la défiance de soi qui rend faible, que l’estime de soi qui rend ridicule: mais toutes deux sont mauvaises.

Grains de mil (1854)

Ne demandez pas des oeillets au rosier ni à la pêche le goût de la fraise. Acceptez la lune avec son hémisphère caché. Regardez le mauvais côté de la pomme à acquérir, et mordez le bon de la pomme acquise. Qui ne le sait? mais qui le fait?

Grains de mil (1854)

Effleurer et parcourir ne sont pas la même chose; l’habitude de feuilleter est nuisible, l’art de feuilleter précieux; l’une disperse, l’autre étend.

Grains de mil (1854)

La grâce protège: en lissant son aile, le cygne s’en fait une cuirasse.

Grains de mil (1854)

Etouffer un sentiment pénible, c’est comprimer la vapeur: mieux vaut une fissure qu’une explosion; mieux vaut une soupape qu’une fissure.

Grains de mil (1854)

C’est par leurs erreurs que les doctrines se repoussent et par leurs vérités qu’elles s’attirent. Exemple: catholicisme et protestantisme.

Grains de mil (1854)

Le coup d’oeil c’est la moitié la plus évidente du génie, si la patience, selon Buffon, est l’autre moitié.

Grains de mil (1854)

Une faute, qui se paie par une souffrance, pèse moins à la conscience délicate que celle qui paraît impunie; comme la clémence touche souvent plus profondément le coupable que le châtiment.

Grains de mil (1854)

Le dégoût de la banalité et du plagiat peut avoir une conséquence fâcheuse; il risque de vous ôter le goût à vos propres idées, quand vous les voyez reprises et défendues par d’autres.

Grains de mil (1854)

Le devoir a la double vertu de nous faire sentir la réalité du monde positif, tout en nous en détachant: c’est donc bien la vraie boussole de l’homme et son palladium.

Grains de mil (1854)

Quand le regard ou la voix parle, alors la parole se tait; quand le discours accorde, le chant refuse; quand le sentiment est le plus puissant, le geste est souvent le plus contenu. La timidité a ses oublis et la témérité ses regrets.

Grains de mil (1854)

La Nuit est la mère du monde. Tout ce qui est sort d’elle, et ses flancs contiennent les germes de tout ce qui sera.

Grains de mil (1854)

Pour comprendre et pour être heureux, oublie-toi.

Grains de mil (1854)

Le possible d’aujourd’hui est l’impossible de demain.

Grains de mil (1854)

La douceur résignée émeut et captive plus encore que la grâce brillante, et qui ne préfère cent fois à la splendeur de la Vénus la langueur de la Madone.

Grains de mil (1854)

Les yeux humides et le teint recueilli exercent la plus pénétrante des séductions, ils touchent.

Grains de mil (1854)

Persuader est plus divin que terrasser. Etre bon est plus humain qu’être juste.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Se sentir libre dans les fers est plus grand que de briser ses chaînes ou d’y jeter à leur tour ses bourreaux.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Le coeur féminin veut tout ou rien, c’est sa loi.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

L’hypothèse est chose fragile, le fait est un meilleur soutien.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Le politique est celui qui ne s’abuse pas sur la réalité, et qui perce les apparences creuses.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Tout blâme ne fait qu’appesantir mon découragement et ma langueur. Le seul service que mes amis puissent me rendre, c’est d’amorcer mon désir et de me donner le sentiment d’une force.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Etre bon est plus humain qu’être juste. La suprême bonté doit embrasser non seulement la faiblesse de l’esprit ou du coeur, mais leur résistance; patienter avec la sottise comme avec le vice, avec l’amour-propre comme avec le péché.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 1857

L’intérêt personnel n’est que la prolongation en nous de l’animalité; l’humanité ne commence dans l’homme qu’avec le désintéressement.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 27 octobre 1856

Nous avons aboli l’esclavage, mais sans avoir résolu la question du travail. En droit, il n’y a plus d’esclaves, en fait il y en a. Et tant que la majorité des hommes n’est pas libre, on ne peut concevoir l’homme libre, on ne peut même bien le réaliser.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927), 10 novembre 1852

Avant de donner un conseil il faut l’avoir fait accepter, ou mieux l’avoir fait désirer; autrement l’amour-propre d’autrui le rend inutile.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Donner du bonheur et faire du bien, voilà notre loi, notre ancre de salut, notre raison d’être, notre phare. Toutes les religions peuvent s’écrouler; tant que celle-là subsiste, nous avons encore un idéal et il vaut la peine de vivre.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Mille choses avancent, neuf cent quatre-vingt dix-huit reculent; c’est là le progrès. Il n’y a pas là de quoi rendre fier, mais bien de quoi consoler.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Je vois donc toujours la même loi: la libération croissante de l’individu, l’ascension de l’être vers la vie, vers le bonheur, vers la justice, vers la sagesse.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Tout disparaît, mais rien ne se perd, et la civilisation ou cité de l’homme n’est que l’immense pyramide spirituelle construite avec les oeuvres de tout ce qui a vécu sous la forme d’être moral.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Il faut avoir foi en la vérité, et se faire un devoir de montrer cette foi par l’action. Il faut chercher le vrai et le répandre. Il faut aimer les hommes et les servir, sans espoir de justice et de gratitude.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Le grand ressort de la vie est dans le coeur. La joie est l’air vital de notre âme. La tristesse est un asthme compliqué d’atonie.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Poésie et philosophie ont même source, l’identification, l’assimilation, la consubstantialité de l’esprit et de l’objet.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

La vraie poésie est plus vraie que la science, parce qu’elle est synthétique et saisit dès l’abord ce que la combinaison de toutes les sciences pourra tout au plus atteindre une fois comme résultat.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

La vie sans poésie et la vie sans infini, c’est comme un paysage sans ciel: on y étouffe.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Je conviens donc que l’hésitation énerve et débilite; mais loin de se guérir par la réflexion elle s’augmente, et l’on ne peut recommander l’irréflexion. Cercle vicieux. Peut-on vouloir vouloir?

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Il ne faut blesser que ce qu’on peut tuer.

Grains de mil (1854)

La vie est courte et l’on n’a jamais trop de temps pour réjouir le coeur de ceux qui font avec nous la sombre traversée. Hâtons-nous d’être bons.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Convertir les amertumes en bénignité, le fiel des expériences humaines en mansuétude, les ingratitudes en bienfaits, les insultes en pardon, n’est-ce pas la sainte alchimie des belles âmes?

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Pour les timides, le succès est nécessaire, l’éloge est moralisant, l’admiration est un élixir roboratif.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

La foi bornée a beaucoup plus d’énergie que la foi éclairée; le monde est à la volonté, bien plus qu’à la sagesse: il n’est donc pas sûr que la liberté triomphe du fanatisme.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Les âmes les plus éminentes sont celles qui ont conscience de la symphonie universelle, et qui collaborent de plein gré à ce concert si vaste et si compliqué qu’on appelle la civilisation.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

L’individu doit se contenter d’être une pierre de l’édifice, un rouage de l’immense machine, un mot du poème.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)

Pour désarmer en nous la foi de ses crocs venimeux, il nous faut la subordonner à l’amour de la vérité. Le culte suprême du vrai est le moyen d’épurer toutes les religions, toutes les confession, toutes les sectes.

Fragments d'un journal intime (1884, 1887, 1923, 1927)