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Citations de : Henri Calet

La politique c’est la bouteille à l’encre.

Le Tout sur le tout (1948)

Il a dit, au moins cent fois: «Vache de temps» et: «Temps de chien!» parce que la vache du temps lui pissait sur la figure et que le chien le mordillait partout.

La Belle Lurette (1935)

Petit idiot larmoyait. – Pleure, tu pisseras moins, lui disait sa soeur, fatiguée et de ses larmes et de ses pipis.

La Belle Lurette (1935)

Pour se déplacer, le métro est un moyen bien commode. Que ferions-nous sans lui? On peut circuler sous la ville en tous sens, on a le droit de parcourir un nombre à peu près illimité de kilomètres. En plus, il y fait frais en été, chaud l’hiver.

Le Tout sur le tout (1948)

C’étaient des manifestants; les mêmes qui, dans les temps qui suivirent, allaient pourrir la gueule ouverte, trente-deux dents au soleil d’une campagne inconnue, avec des tripes sanguinolentes entre les jambes.

La Belle Lurette (1935)

J’te l’avais dit, mon p’tit, qu’il gagnerait en pétant. Ou, en d’autres termes, qu’il eût gagné la queue en trompette, ou dans un fauteuil.

La Belle Lurette (1935)

Mon père me déposait sur un banc, s’asseyait à mon côté et toussait pour fendre les âmes. Avec moi, avec son allure intéressante de type qui ne fera pas de vieux os, il appâtait. Le coup était immanquable. La bonne âme, fendue, venait, souriante…

La Belle Lurette (1935)

Pour m’apaiser et pour ne rien dire, ma mère savait trouver des phrases toutes faites: «il faut que l’église reste au milieu du village».

La Belle Lurette (1935)

Au lit! Pas de sortie! Pas de dimanche! En Belgique, le «dimanche» est la petite somme d’argent qui est donnée aux enfants pour passer agréablement ce jour.

La Belle Lurette (1935)

Mon père, sur l’instant, se fit tatouer un coeur allégorique, traversé d’une flèche, sous le biceps gauche, parce qu’il était amoureux. Ils se sont mis «à la colle», c’est l’expression de ce temps, je suis venu, et on est parti tous les trois.

La Belle Lurette (1935)

Il joua aux boules – pendant qu’elle, sans retenue, brodait – et se mit tant en nage qu’il eut trop chaud, un soir d’été, et puis trop froid: un chaud et froid qui le tua.

La Belle Lurette (1935)

Le samedi soir, nous ne manquions jamais le café-concert. Le troupier, la divette, le fin diseur passaient sous un feuillage raide d’arbres de printemps.

La Belle Lurette (1935)

Jusqu’au coup de cloche qui annonçait le dîner, nous nous montrions mutuellement nos petites boutiques et nous égayions en tripotages et intromissions impossibles.

La Belle Lurette (1935)

Par-dessus ce marché, j’ai eu une orchite, tout comme un grand, à la suite d’une chute sur mes petites boules qui se mirent à grossir énormément et gardèrent par la suite, une allure bien laide.

La Belle Lurette (1935)

Et tu demanderas à madame Jules qu’elle te fasse un bon petit bouillon de légumes dont tu ne boiras que le jus… N’est-ce pas, madame Jules, que vous lui ferez un bon petit bouillon de légumes?

La Belle Lurette (1935)

Au sujet de ma berdouillette, comme elle disait en bêtifiant inutilement, maman m’avait donné des ordres sévères: «…si tu y touches, elle grossira…»

La Belle Lurette (1935)

Quelque temps encore j’ai joué à «Tu me tiens, je te tiens par la barbichette», la main serrée sur le bouc paternel …

La Belle Lurette (1935)

C’est une nouveauté, cela ressemble à un petit nuage, c’est sucré, cela se mange, oui, imaginez que vous mordez dans un petit nuage sucré. C’est bon et cela s’appelle, paraît-il, de la «barbe à papa».

Contre l'oubli (1956)

Là, les lieux d’aisances étaient à la turque. Un as de pique décorait la porte; un as de pique tout pareil à celui de notre rideau de fer au temps – l’bon temps – où, nous aussi avions pignon sur rue.

La Belle Lurette (1935)

C’était le coeur de l’été quand, sur les toits chauds, les chats faisaient l’amour sur leurs femelles tremblantes comme des femmes. L’amour avec des cris d’amour.

La Belle Lurette (1935)

L’offensive de décembre est heureusement enrayée. Nous en remercions les soldats alliés qui nous ont fait un rempart en chair et en os, dans quoi le canon a creusé de grands trous.

Contre l'oubli (1956), L'offensive de décembre (décembre 1944)

J’aime ça la vie, j’en suis fou. Et d’autant plus que nous n’avons rien d’autre.

Propos rapporté par François Bott dans Le Monde du 20 février 1981.

Pour que je travaille, il me faut m’enfermer à double tour dans l’ennui.

Acteur et témoin

On vit très bien sans avenir.

Peau d'ours

On ne se demande rien, de peur d’entendre ses propres réponses.

Acteur et témoin

Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes.

Peau d'ours

Ma vie est difficile parce que j’ai horreur du mensonge.

Peau d'ours

Je n’ai pas peur des mots, ce sont les mots qui ont peur de moi.

Acteur et témoin

Elle sentait rudement bon marché.

Peau d'ours

Ce n’est pas ma faute, si, en écrivant, mon style se transforme en scalpel.

Peau d'ours