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Citations de : Henri Bosco

Je parie que tu as encore un trou à ta culotte. C’est toujours à recommencer! je raccommode et monsieur troue! Il troue en haut, il troue en bas, il troue au genou, il troue sur la cuisse, il troue au derrière!

L'Ane Culotte (1937)

La prudence consiste à voir où est la tentation, et dès qu’on l’a vue, à la fuir. Seuls les Saints peuvent l’affronter, la désirer peut-être.

Un rameau de la nuit (1950)

De honte, je serais rentré sous terre, si Cassius n’y eût été. Car je prenais l’expression à la lettre, et désirais me fondre au sol, pour échapper à ce Barnabé malveillant et sarcastique dont la présence et le mutisme me paralysaient la langue.

Antonin (1952)

Il était vraissemblablement un peu plus de midi. Tout indiquait la proximité de cette heure parfaite: la hauteur du jour, le silence, et ce je ne sais quoi de précis et de simple qui partage le monde en deux parts radieuses.

Antonin (1952)

Je regardais, par contenance, le marbre de la table. Un vieux marbre roux, onctueux, où les sirops et les liqueurs avaient lentement pénétré, et que veinaient de grandes branches minérales.

Le Jardin d'Hyacinthe (1945)

Tout ce que sa mémoire enflammée par l’alcool contenait de grossièretés, d’obscénités, d’insultes, il le vomissait sur les deux bossus.

Antonin (1952)

Cette année-là, elle avait enrichi sa vitrine d’un globe terrestre de verre, éclairé intérieurement et qui tournait avec lenteur de façon à montrer les couleurs différentes des cinq parties du monde.

Un rameau de la nuit (1950)

Sur le pas de la porte, deux chaises vides, celles du boulanger et de sa femme: ils allaient sans doute venir prendre le frais.

Un rameau de la nuit (1950)

Mon foyer … ne brûlait pas tout bonnement, comme les autres, pour satisfaire par quelque cuisine aux besoins de mon corps. Il était aussi le feu saint, sur lequel … mijote le repas du voyageur.

Le Jardin d'Hyacinthe (1945)

Pas un regard, pas un soupir, mais le pur mouvement au service de la matière.

Malicroix (1948)

Alors des profondeurs du sol, où l’argile se cuit à feu couvert, jusqu’aux hauteurs du ciel où montent, aspirées, les molécules flamboyantes des poussières, s’élève l’édifice immense de l’été.

Le Mas Théotime (1945)

On ne s’étonne pas assez de vivre. Il m’a répondu : – Vous avez raison, et le plus étrange, c’est qu’on s’étonne ensuite de mourir.

L'Ane Culotte (1937)

La race tient à son pays comme le bras tient à l’épaule. L’en séparer, c’est arracher la chair et l’os.

Sylvius (1948)

La terre est le corps du voyage, le vent en est l’âme… J’aime la terre et l’air d’un amour égal, et, en moi, leurs puissances s’accordent.

Un rameau de la nuit (1950)

Mon adolescence d’abord, puis ma jeunesse ont pris à marcher des plaisirs dont je n’ai qu’à chercher, dans ma mémoire, l’image fraîche encore, pour me sentir de nouveau jeune et prêt à partir.

Un rameau de la nuit (1950)

Au fond, voilà pourquoi j’ai voyagé à pied: par simple amour du vent et de la terre.

Un rameau de la nuit (1950)

On n’atteint à la paix du coeur, si elle est de ce monde, que par le travail inlassable, la déception fréquente, et le sentiment d’une juste humilité.

Le Mas Théotime (1945)

L’été s’enfonce dans Septembre avec ses grandes poussières, ses buées du matin et, le soir, ses parfums immenses d’herbes sèches, de pins, de rocailles brûlantes et de bois calciné.

Le Mas Théotime (1945)

Je vais raconter de bonne foi la jeunesse d’une fille de la campagne qui a peut-être traversé le paradis, sans le savoir, car elle en a gardé sur elle une odeur de jardin, de fleurs, de fruits, que ne porte aucune autre fille de la terre.

Le Jardin d'Hyacinthe (1945), Introduction

D’un écartèlement de la terre surgit un arbre de feu, un tronc et des branches éblouissantes. Dans un rapide fracas de tonnerre il creva la terre, le ciel, et tout s’embrasa. La foudre flamboyait de tous côtés.

Hyacinthe (1940)

Au fond, sous un hangar, il y avait l’enclume, la forge, le grand soufflet noir.

Le Jardin d'Hyacinthe (1945)

Tout devenait flou, incertain, mais il en émanait comme un brouillard animé d’une faible vie, dont il semblait qu’on pût attendre quelque apparition.

Un rameau de la nuit (1950)

Malgré le froid, je ne pouvais plus m’en aller. Je restais là, fasciné par ce feu comme une bête. Car je suis aussi une bête sauvage. Sinon subirais-je cette fascination?

Hyacinthe (1940)

C’était ce qu’on appelle un joli garçon de village, faraud, mais bien planté, grand, mince et, naturellement, un peu fat.

Le Sanglier (1932)

L’étoilement du ciel se faisait peu à peu, étoile par étoile, et leurs feux, lointains, semblaient calmes.

Un rameau de la nuit (1950)

Or, cette nuit étincelait. Une immense pluie sidérale criblait d’astres brillants le ciel profond de février.

Le Jardin d'Hyacinthe (1945)

Les êtres et les choses, à l’affût, s’épiaient. J’épiais aussi, animalement, sans dessein, et prêt à bondir dans les ténèbres.

Un rameau de la nuit (1950)

Quand ils se trouvent ensemble dans la chambre, ils ne se parlent pas.

Hyacinthe (1940)

Mes doigts s’engluaient dans la gomme.

L'Ane Culotte (1937)

Je compris tout à coup qu’elle ne pouvait pas s’échapper. Il l’avait enchantée comme une bête.

L'Ane Culotte (1937)

On voyait Mus, un peu plus bas, qui émondait une vigne grimpante. Choisissant avec soin le rejet nuisible, le sarment fatigué, il faisait claquer son gros sécateur d’un air compétent et sans hâte.

Un rameau de la nuit (1950)

En août, dans nos pays, un peu avant le soir, une puissante chaleur embrase les champs.

Le Mas Théotime (1945)

A la plus haute période du banquet, il était de rigueur, chez nous … d’échanger les coupes et de s’embrasser, garçons et filles.

Le Mas Théotime (1945)

Un temps doux. Le vent, faible et chaud, nous venait du Sud. Il amollissait l’air.

Un rameau de la nuit (1950)

Si elle avait deviné que j’étais là, pourquoi s’obstinait-elle à me tourner le dos?

Hyacinthe (1940)

Comme le bâtiment donnait de la bande à bâbord, sa paroi se penchait sur nous, menaçante.

Un rameau de la nuit (1950)

Des rideaux de velours, assortis au grenat du canapé, modéraient le jour, qui n’éclairait bien qu’un diplôme encadré de noir.

Un rameau de la nuit (1950)

Nous ne sommes que demi-frères. Chacun n’a qu’une moitié de l’âme que nous sommes.

Un rameau de la nuit (1950)

Des celliers aux mansardes, elle avait exploré, pièce par pièce, les profondeurs de la vieille demeure.

Le Mas Théotime (1945)

Les derniers corbeaux de l’hiver, juchés sur des mottes de boue, ricanaient à mon passage, puis s’envolaient lourdement pour se poser un peu plus loin sur un buisson. C’étaient des bêtes voraces, lustrées, au ventre robuste.

Hyacinthe (1940)

Il pouvait encore, à soixante-dix ans et plus, vous écraser une amande à la coque dure, sous son pouce plat, sans le moindre effort.

Un rameau de la nuit (1950)

Je me conduisis à peu près convenablement, pendant cette journée où ne cessèrent visites, congratulations, transports de cadeaux et de voeux.

Le Mas Théotime (1945)

Je suppose que, latiniste, ce notaire en avait quelque peu restitué le sens, là où les abréviations et les lettres effacées rendaient difficile le déchiffrement.

Un rameau de la nuit (1950)

De midi à une heure c’est le coeur du jour.

Un rameau de la nuit (1950)

Je me reculai vers la porte qui donnait directement sur le palier. Mais elle était fermée à clef.

Hyacinthe (1940)

Je renonçai à mes courses et me confinai à la Commanderie. Cette claustration ne me pesait point, au contraire.

Hyacinthe (1940)

Je débouchai sur le bord d’une clairière éblouissante creusée dans un affaissement du sol et tout entière entourée d’arbres.

L'Ane Culotte (1937)

Quand il se trouvent ensemble dans la chambre, ils ne se parlent pas. Avant d’entrer, ils chuchotent parfois derrière la porte.

Le Jardin d'Hyacinthe (1945)

C’était un grand chien des hautes terres, à longs poils, avec des crocs durs et un air de franchise au combat qui rassurait.

L'Ane Culotte (1937)

Au bout de six jours de déluge, la pluie diminua d’intensité et le ciel lentement souleva ses nuages au-dessus du plat pays.

Malicroix (1948)

A cette heure-là, en été, manger des mûres est un délice.

Un rameau de la nuit (1950)

J’essayai d’approcher du trou par où j’étais tombé. La neige l’avait obstrué. J’y mis les mains pour en déblayer l’orifice.

Hyacinthe (1940)

Bien au fond du couloir, un débarras … où malles, valises, sacs de cuir, vêtements, souliers et cantines étaient disposés méthodiquement en vue d’un usage commode.

Un rameau de la nuit (1950)

Un curé y vieillit aussi qu’on a oublié là vers la fin de sa vie, y élève des abeilles. Il s’appelle l’abbé Vergélian. C’est un bon prêtre; mais il a peu de paroissiens à sa messe du dimanche.

Le Jardin d'Hyacinthe (1945)

Au Sud, la campagne bleuâtre, délicatement accidentée: fermes, coteaux, cyprès, cultures, routes étroites, et lointainement un ou deux villages.

Un rameau de la nuit (1950)

Une petite cuisine, à gauche. D’une merveilleuse propreté: toute peinte, ripolinée; le fourneau à gaz en émail, des placards rangés; sur chaque porte et sur chaque tiroir, une étiquette.

Un rameau de la nuit (1950)

Depuis huit jours il court les bois et les collines, pour la cueillette de ses plantes. Ce soir, il est rentré, chargé d’herbes, de fleurs.

Le Jardin d'Hyacinthe (1945)

Une flamme rougeâtre éclaira les étangs. Un coup de feu partit, un coup long chargé d’étincelles, et qui fusa avec une détonation sourde. Des plombs crépitèrent sur l’eau et fouettèrent les feuilles … L’air sentait la poudre

Hyacinthe (1940)

Le boulanger déposa trois énormes pains bis et un sac de son dans le couffin de droite.

L'Ane Culotte (1937)

L’homme ne disait mot, mais son regard ne bougeait pas.

L'Ane Culotte (1937)

Débouté sans recours sur la question de l’eau, il en conçoit un sourd dépit qui le pousse à m’intenter un procès de bornage.

Le Mas Théotime (1945)

Les communiantes, le nez en l’air, la bouche grande ouverte, envoyaient vers Dieu des cantiques, et une fillette habillée de blanc distribuait des petits pains chauds à la porte de l’église.

L'Ane Culotte (1937)

Ne sommes-nous pas, comme le fond des mers, peuplés de monstres insolites?

Le Récif (1971)

Les bêtes savent trop de choses, et ne sont pas heureuses.

L'Ane Culotte

Il n’y a pas deux temps pareils de solitude car on n’est jamais seul de la même façon.

Malicroix (1948)

Il est d’un esprit économique de l’âme de réserver une part de désir jusqu’à la fin.

L'Ane Culotte

Il arrive que les grandes décisions ne se prennent pas, mais se forment d’elles-mêmes.

Malicroix (1948)

Ce qui reste finit par nous rendre ce qu’on a perdu.

Un oubli moins profond

Ce qu’on doit être, on l’est. On l’est avant le fruit, avant la fleur, avant même la graine close.

Un oubli moins profond

Mais ils cèdent à ma présence. Ma présence tient lieu des charmes que j’ignore, et c’est parce que je suis là, sans aucune vertu magique, mais porteur d’une double vie, qu’ils sont revenus et qu’ils s’apprivoisent.

Un rameau de la nuit (1950)

Du cellier qui sentait le bois et la futaille émanaient des coulées d’air. Il restait dans cette retraite des réserves d’ombre et de fraîcheur.

Le Mas Théotime (1945)

J’étais dans une sorte de cave, éclairée par un petit soupirail. Il s’ouvrait, en haut, dans une voûte.

Hyacinthe (1940)

A ma gauche, troué dans le vif de quelque haie compacte, s’ouvrait un assez long couloir, au bout duquel on apercevait un carré de lune.

Un rameau de la nuit (1950)

L’émotion l’étouffait un peu, il ramena ses mains sur les bras du fauteuil et, appuyé sur elles, il redressa le buste.

Un rameau de la nuit (1950)

La buée qui sortait de sa bouche peu à peu effaçait sa figure bonasse, en se déposant sur la vitre. Et alors, de sa grosse main, il essuyait cette vapeur sur le carreau, pour continuer à me regarder.

Le Jardin d'Hyacinthe (1945)

Alors tout le monde se dressa et on leva les verres. A la plus haute période du banquet, il était de rigueur, chez nous, de brinder en faisant un voeu, puis d’échanger les coupes et de s’embrasser, garçons et filles.

Le Mas Théotime (1945)

Si M. Cyprien, j’avais appris, par bribes, soit à l’école, soit même à la maison, pas mal de choses.

L'Ane Culotte (1937)

C’étaient de beaux pantalons de velours brun, côtelé, luisant, attachés au poitrail et au cou par des bretelles de cuir bien astiquées.

L'Ane Culotte (1937)

Là, avec nous, vivaient patriarcalement encore, deux braves serviteurs, comme hélas! on n’en rencontre plus guère aujourd’hui.

L'Ane Culotte (1937)

… des mots bien usés, des mots utiles qui sentaient l’assiette, le pain, l’huile, le linge et le feu de bois.

Le Jardin d'Hyacinthe

Il y avait sous mes fenêtres un grand voilier de Norvège aux mâts blancs, à la coque de chêne peinte en bleu, qui débarquait paisiblement des bois du Nord.

Un rameau de la nuit (1950)