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Citations de : Gustave Flaubert

Plus une idée est belle, plus la phrase est sonore.

Correspondance

Plus il y a de chantres à une église, plus il est à présumer que les paroissiens ne sont pas dévots.

Correspondance

Les prairies étaient vides, le vent agitait la rivière; au fond, de grandes herbes s’y penchaient, comme des chevelures de cadavres flottant dans l’eau.

Un coeur simple

… avec l’imagination que donnent les vraies tendresses …

Un coeur simple

Il est si doux, parmi les désenchantements de la vie, de pouvoir se reporter en idée sur de nobles caractères, des affections pures et des tableaux de bonheur.

Madame Bovary (1857)

Le plus haut dans l’art, ce n’est ni de faire rire, ni de faire pleurer, ni de nous mettre en rut ou en fureur, mais d’agir à la façon de la nature, c’est-à-dire de faire rêver.

Lisez pour vivre.

Vieillard: A propos d’une inondation, d’un orage, etc., les vieillards du pays ne se rappellent jamais en avoir vu un semblable.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Une sottise ou une infamie, en se renforçant d’une autre, peut devenir respectable. Collez la peau d’un âne sur un pot de chambre, et vous en faites un tambour.

Carnets

Tout amuse quand on y met de la persévérance: l’homme qui apprendrait par coeur un dictionnaire finirait par y trouver du plaisir.

Correspondance

Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de m… qu’il est temps de n’en plus avoir du tout.

Correspondance, à George Sand, 1869

Tabac: Cause de toutes les maladies du cerveau et des maladies de la moelle épinière.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Les coeurs des femmes sont comme ces petits meubles à secret, pleins de tiroirs emboîtés les uns dans les autres.

Les affections profondes ressemblent aux honnêtes femmes; elles ont peur d’être découvertes, et passent dans la vie les yeux baissés.

L'Education sentimentale (1869)

Le vice est toujours puni. La vertu aussi.

Le superflu est le premier des besoins.

Le style est autant sous les mots que dans les mots.

Correspondance, à Ernest Feydeau, 1860

Le souvenir est l’espérance renversée. On regarde le fond du puits comme on a regardé le sommet de la tour.

Mémoires d'un fou (1836)

Le mot ne manque jamais quand on possède l’idée.

Le meilleur de la vie se passe à dire «il est trop tôt», puis «il est trop tard».

Le meilleur (des gouvernements) pour moi, c’est celui qui agonise, parce qu’il va faire place à un autre.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 1857

Le génie, c’est Dieu qui le donne, mais le talent nous regarde.

Correspondance, à Louise Colet, 1853

Pédantisme: Doit être bafoué, si ce n’est quand il s’applique à des choses légères.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Par cela même que je connais les choses, les choses n’existent plus.

L'Education sentimentale (1869)

On ne fait rien de grand sans le fanatisme.

Correspondance, à Louise Colet, 1853

On ne choisit pas son sujet. Voilà ce que le public et les critiques ne comprennent pas. Le secret des chefs-d’oeuvre est là, dans la concordance du sujet et du tempérament de l’auteur.

Correspondance, à Mme Roger des Genettes, 1861

On fait de la critique quand on ne peut pas faire de l’art, de même qu’on se met mouchard quand on ne peut pas être soldat.

Correspondance, à Louise Colet, 1846

Ne pouvoir se passer de Paris, marque de bêtise; ne plus l’aimer, signe de décadence.

Carnets

Moustique: plus dangereux que n’importe quelle bête féroce.

Les passions s’étiolent quand on les dépayse.

Les héros ne sentent pas bon!

L'Education sentimentale (1869)

Les femmes des uns font le bonheur des autres.

Le difficile en littérature, c’est de savoir quoi ne pas dire.

Le crétin diffère moins de l’homme ordinaire que celui-ci ne diffère de l’homme de génie.

Carnets

Le comble de l’orgueil, c’est de se mépriser soi-même.

Carnets

Le bonheur est comme la vérole: pris trop tôt, il peut gâter complètement la constitution.

Correspondance, à Louise Colet, 1853

La presse est une école d’aboutissement parce qu’elle dispense de penser.

La parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles.

Madame Bovary (1857), II, 12

La parole est un laminoir qui allonge toujours les sentiments.

Madame Bovary (1857)

La mort n’a peut être pas plus de secrets à nous révéler que la vie?

La manière la plus profonde de sentir quelque chose est d’en souffrir.

Carnets

La Critique est la dixième Muse et la Beauté la quatrième Grâce.

Carnets

La courtisane est un mythe. Jamais une femme n’a inventé une débauche.

Correspondance, à Mme X, 1852

La colère n’a pas de force, c’est un colosse dont les genoux chancellent et qui se blesse lui-même encore plus que les autres.

La censure, quelle qu’elle soit, me paraît une monstruosité, une chose pire que l’homicide; l’attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme. La mort de Socrate pèse encore sur le genre humain.

Correspondance, à Louise Colet, 9 décembre 1852

La bêtise consiste à vouloir conclure.

Correspondance, à Louis Bouilhet, 1850

L’excès est une preuve d’idéalité: aller au-delà du besoin.

Carnets

L’été est une saison qui prête au comique. Pourquoi? Je n’en sais rien. Mais cela est.

Correspondance

L’égalité, c’est l’esclavage. Voilà pourquoi j’aime l’art. C’est que là, au moins, tout est liberté dans ce monde des fictions.

Correspondance

L’auteur dans son oeuvre doit être comme Dieu dans l’univers, présent partout et visible nulle part.

L’artiste doit s’arranger de façon à faire croire à la postérité qu’il n’a pas vécu.

Correspondance

L’art est la recherche de l’inutile; il est dans la spéculation ce qu’est l’héroïsme dans la morale.

Carnets

Je regarde comme un des bonheurs de ma vie de ne pas écrire dans les journaux. Il en coûte à ma bourse – mais ma conscience s’en trouve bien.

Correspondance, à la princesse Mathilde, 1866

Je dors comme un caillou, je mange comme un ogre et je bois comme une éponge.

J’estime par-dessus tout d’abord le style, et ensuite le vrai.

Correspondance, à Louis Bonenfant, 1856

J’appelle bourgeois quiconque pense bassement.

Rapporté par Guy de Maupassant dans son Etude sur Gustave Flaubert.

J’ai toujours tâché de vivre dans une tour d’ivoire; mais une marée de merde en bat les murs, à la faire crouler…

Correspondance, à Tourgueniev, 1872

Imbéciles: Ceux qui ne pensent pas comme nous.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Il y a des outrages qui vous vengent de tous les triomphes, des sifflets qui sont plus doux pour l’orgueil que des bravos.

Correspondance

Il y a des hommes n’ayant pour mission parmi les autres que de servir d’intermédiaires; on les franchit comme des ponts, et l’on va plus loin.

L'Education sentimentale (1869)

Il y a de par le monde une conjuration générale et permanente contre deux choses, à savoir, la poésie et la liberté; les gens de goût se chargent d’exterminer l’une, comme les gens d’ordre de poursuivre l’autre.

Correspondance

Il ne faut pas toucher aux idoles: la dorure en reste aux mains.

Madame Bovary (1857)

Il ne faut jamais penser au bonheur; cela attire le diable, car c’est lui qui a inventé cette idée-là pour faire enrager le genre humain.

Correspondance, à Louise Colet, 1842

Il me semble qu’une Académie est tout ce qu’il y a de plus antipathique au monde à la constitution même de l’Esprit, qui n’a ni règle, ni loi, ni uniforme.

Correspondance

Il faut une vanité peu commune pour qu’on ne s’aperçoive pas que vous en avez.

Il faut que les endroits faibles d’un livre soient mieux écrits que les autres.

Il faut être assez fort pour se griser avec un verre d’eau et résister à une bouteille de rhum.

Carnets

Extirper: Ce verbe ne s’emploie que pour les hérésies et les cors aux pieds.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Eté: Toujours exceptionnel.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Erection: Ne se dit qu’en parlant des monuments.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Egoïsme: Se plaindre de celui des autres, et ne pas s’apercevoir du sien.

Ecrit, bien écrit: Mot de portiers pour désigner les romans-feuilletons qui les amusent.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

De la forme naît l’idée.

Dans l’adolescence on aime les autres femmes parce qu’elles ressemblent plus ou moins à la première; plus tard on les aime parce qu’elles diffèrent entre elles.

Carnets

Chambre à coucher: Dans un vieux château: – Henri IV y a toujours passé une nuit.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chacun de nous a dans le coeur une chambre royale; je l’ai murée, mais elle n’est pas détruite.

Correspondance, à Amélie Bosquet, 1859

Censure: Utile! on a beau dire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ce qu’ils admirèrent du cèdre, c’est qu’on l’eût rapporté dans un chapeau.

Bouvard et Pécuchet (1881)

C’est la faute de la fatalité!

Madame Bovary (1857)

Bien des choses s’éclaireraient si nous connaissions notre propre généalogie.

Ah! la faim! la faim! ce mot-là, ou plutôt cette chose-là, a fait les révolutions; elle en fera bien d’autres!

Agonies

A un certain âge, les deux bras d’un fauteuil vous attirent plus que les deux bras d’une femme.

A moins d’être un crétin, on meurt toujours dans l’incertitude de sa propre valeur et de celle de ses oeuvres.

Correspondance, à Louise Colet, 1842

… Soixante et quinze francs en pièces de quarante sous …

Madame Bovary (1857)

L’amour, après tout, n’est qu’une curiosité supérieure, un appétit de l’inconnu qui vous pousse dans l’orage, poitrine ouverte et tête en avant.

Lettre à Louise Colet, le 18 septembre 1846.

La femme est un produit de l’homme. Dieu a crée la femelle, et l’homme a fait la femme; elle est le résultat de la civilisation, une oeuvre factice.

Fusillade: Seule manière de faire taire les Parisiens.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Faites des grimaces dans mon dos tant que vous voulez, mon cul vous contemple.

Chateaubriand: Connu surtout par le beefsteak qui porte son nom.

L’avenir nous tourmente, le passé nous retient, c’est pour ça que le présent nous échappe.

Lettre à Louise Colet

Il faut toujours être raide, autant qu’on peut – et si on vous donne un soufflet, en rendre quatre. Ce n’est pas évangélique, mais c’est pratique.

Axiome: le superflu est le premier des besoins.

Vous vous plaignez du cul des femmes qui est «monotone». Il y a un remède bien simple, c’est de ne pas vous en servir.

Je m’attends à une condamnation car je ne la mérite pas.

Qu’est-ce donc que le mauvais goût? C’est invariablement le goût de l’époque qui nous a précédés. Tous les enfants ne trouvent-ils pas leur père ridicule?

Le génie, comme un fort cheval, traîne à son cul l’humanité sur les routes de l’idée.

Tout le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est maintenant en partie accompli.

Correspondance à George Sand (1871)

Tous les gens de lettres sont constipés.

Pour moi, la plus belle fille du monde ne vaut pas une virgule mise à sa place.

Les femmes se défient trop des hommes en général et pas assez en particulier.

Il se demanda sérieusement s’il serait un grand peintre ou un grand poète.

Homère était célèbre par sa façon de rire.

C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardini d’Hamilcar.

L’érection ne se dit qu’en parlant des monuments.

Pour ne pas vivre, je me plonge dans l’art en désespéré.

Le grand art est scientifique, impersonnel.

Dieu (s’il y a un Dieu) est dans ma conscience (si j’ai une conscience).

L’éditeur Charpentier, trouvant que sa femme le faisait trop cocu, s’écriait: «Est-il possible de traiter ainsi un homme qui a tant fait pour la librairie!»

Echafaud: S’arranger quand y monte pour prononcer quelques mots éloquents avant de mourir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

La contemplation d’une femme me fait songer à son squelette.

Si les morts songent à quelque chose dans leur tombeau, c’est a gagner sous terre la tombe qui est proche, pour soulever le suaire de la trépassée et se mêler à son sommeil.

Ce qui me console de la vie, c’est la mort, ce qui me console de la mort, c’est la vie.

Il est doux de songer que je servirai un jour à faire croître des tulipes.

Vin: sujet de conversation entre hommes. Le meilleur est le Bordeaux puisque les médecins l’ordonnent. Plus il est mauvais, plus il est naturel.

Bonheur: as-tu réfléchi combien cet horrible mot a fait couler de larmes? Sans ce mot-là, on dormirait plus tranquille et on vivrait à l’aise.

Il y a toujours après la mort de quelqu’un, comme une stupéfaction qui se dégage, tant il est difficile de comprendre cette survenue du néant et de s’y résigner à y croire.

Aimons-nous en art comme les mystiques s’aiment en Dieu et que tout pâlisse devant ce grand amour.

On ne peut plus écrire quand on ne s’estime plus.

Mais il n’y a pas en littérature de bonnes intentions: le style est tout.

Tout le talent d’écrire ne consiste après tout que dans le choix des mots.

Où la Forme, en effet, manque, l’Idée n’est plus. Chercher l’un, c’est chercher l’autre.

L’art, au bout du compte, n’est peut-être pas plus sérieux que le jeu de quilles? Tout n’est peut-être qu’une immense blague, j’en ai peur …

… il n’y a ni beaux, ni vilains sujets et … on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses.

Madame Bovary, c’est moi.

La race des gladiateurs n’est pas morte, tout artiste en est un. Il amuse le public avec ses agonies.

Correspondance, à Ernest Feydeau, 1859.

Où est la limite de l’inspiration à la folie, de la stupidité à l’extase? Ne faut-il pas pour être artiste voir tout d’une façon différente de celle des autres hommes.

La morale de l’Art consiste dans sa beauté même.

Fusiller est plus noble que guillotiner. – Ah! Il faut voir la joie de celui à qui on accorde cette faveur.

L’ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son coeur.

Madame Bovary (1857)

La conversation de Charles était plate comme un trottoir de rue.

Madame Bovary (1857)

Le monde, ce grand idiot, qui tourne depuis tant de siècles dans l’espace sans faire un pas, et qui hurle, et qui bave, et qui se déchire lui-même?

Mémoires d'un fou (1836)

Alors il y aura un rire immense de désespoir quand les hommes verront ce vide, quand il faudra quitter la vie pour la mort … pour la mort qui mange, qui a faim toujours.

Mémoires d'un fou (1836)

Badaud: Tous les Parisiens sont des badauds quoique sur dix habitants de Paris il y ait neuf provinciaux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Illisible: Une ordonnance de médecin doit l’être. Toute signature idem. Cela indique qu’on est accablé de correspondance.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

On dirait que l’infini prend alors plaisir à nous bercer nous-mêmes dans cette immensité du doute.

Mémoires d'un fou (1836)

Je m’étais moqué de Dieu; je pouvais bien rire des hommes.

Mémoires d'un fou (1836)

Jeunesse: âge de folie et de rêves, de poésie et de bêtise, synonymes dans la bouche des gens qui jugent le monde sainement.

Mémoires d'un fou (1836)

Ambitieux. En province, tout homme qui fait parler de lui. «Je ne suis pas ambitieux, moi» veut dire égoïste ou incapable. Ambition. Toujours précédé de folle quand elle n’est pas noble.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Baiser. Dire embrasser, plus décent. Doux larcin. Le baiser se dépose sur le front d’une jeune fille, la joue d’une maman, la main d’une jolie femme, le cou d’un enfant, les lèvres d’une maîtresse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dans l’art, au moins, tout est liberté dans ce monde des fictions.

Correspondance

Décoration de la Légion d’honneur: La blaguer mais la convoiter. Quand on l’obtient, toujours dire qu’on ne l’a pas demandée.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Treize: Eviter d’être treize à table, ça porte malheur. Les esprits forts ne devront jamais manquer de plaisanter: «Qu’est-ce que ça fait? Je mangerai pour deux.» Ou bien, s’il y a des dames, de demander si l’une d’elles n’est pas enceinte.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

On n’arrive au style qu’avec un labeur atroce, avec une opiniâtreté fanatique et dévouée. Le mot de Buffon est un grand blasphème: le génie n’est pas une longue patience, mais il a du vrai et plus qu’on ne le croit de nos jours surtout.

Correspondance I, A Louise Colet, 15 août 1846

Affaires (les): Passent avant tout. Une femme doit éviter de parler des siennes. Sont dans la vie ce qu’il y a de plus important. Tout est là.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

A mesure que j’avance, je perds en verve, en originalité ce que j’acquiers peut-être en critique et en goût. J’arriverai, j’en ai peur, à ne plus oser écrire une ligne. La passion de la perfection vous fait détester même ce qui en approche.

Correspondance I, A Louise Colet, 17 septembre 1846

Haleine: L’avoir forte donne l’air distingué. Eviter les allusions sur les mouches et affirmer que ça vient de l’estomac.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Matinal: L’être, preuve de moralité. Si l’on se couche à 4 heures du matin et qu’on se lève à 8, on est paresseux, mais si l’on se met au lit à 9 heures du soir pour en sortir le lendemain à 5, on est actif.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ma cohabitation passionnée avec les mathématiques m’a laissé un amour fou pour les bonnes définitions, sans lesquelles il n’y a que des à-peu-près.

Vie de Henry Brulard

Malade: Pour remonter le moral d’un malade, rire de son affection et nier ses souffrances.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hostilités: Les hostilités sont comme les huîtres, on les ouvre. «Les hostilités sont ouvertes.» Il semble qu’il n’y a plus qu’à se mettre à table.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fonds Secrets: Sommes incalculables avec lesquelles les ministres achètent les consciences. S’indigner contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

M. de Faverges déclara son dévouement pour Chambord. «Les abeilles prouvent la monarchie.» – «Mais les fourmilières la République!» Du reste, le médecin n’y tenait plus.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Jeune Fille: Articuler ce mot timidement. Toutes les jeunes filles sont pâles et frêles, toujours pures. Eviter pour elles toute espèce de livres, les visites dans les musées, les théâtres et surtout le Jardin des Plantes, côté singes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

L’égoïsme intellectuel est peut-être l’héroïsme de la pensée.

Correspondance I, A Emmanuel Vasse de Saint-Ouen, 4 juin 1846

Exception: Dites qu’elle confirme la règle. Ne vous risquez pas à expliquer comment.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Il faut mettre son coeur dans l’art, son esprit dans le commun du monde, son corps où il se trouve bien, sa bourse dans sa poche, son espoir nulle part.

Correspondance I, A Louise Colet, 20 décembre 1846

L’avenir est ce qu’il y a de pire dans le présent.

Qu’est-ce qu’un mot? rien; c’est comme la réalité, une durée.

Agonies

Et qu’est-ce que c’est qu’un siècle? une minute dans la nuit.

Agonies

Et qu’est-ce que c’est qu’une révolution? un souffle d’air qui ride l’océan, s’en va et laisse la mer agitée.

Agonies

Eh bien! oui, c’est cela, que l’habit aille à la taille de chacun: la misère aux peuples, le malheur aux rois.

Agonies

Oh! oui, l’homme est un voyageur qui a soif; il demande de l’eau pour boire, on la lui refuse, et il meurt.

Agonies

Quelle chose grandement niaise et cruellement bouffonne que ce mot qu’on appelle Dieu!

Agonies

Oh! la pensée! autre océan sans limites; c’est le déluge d’Ovide, une mer sans bornes, où la tempête est la vie et l’existence.

Agonies

Rien de plus sot que la prétention du corps à la vie éternelle.

Hérodias

Les mouvements de son coeur se ralentirent un à un, plus vagues chaque fois, plus doux, comme une fontaine s’épuise, comme un écho disparaît.

Un coeur simple

Quand on a un peu d’humanité on ne peut pas s’empêcher de souhaiter la mort à ceux qu’on aime; et on dira que j’ai le coeur dur!

Correspondance I, A Louise Colet, 15 février 1847

Evidence: Vous aveugle, quand elle ne crève pas les yeux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Heureux: En parlant d’un homme heureux: «Il est né coiffé.» On ne sait pas ce que ça signifie, et l’interlocuteur non plus.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Le bonheur est un mensonge dont la recherche cause toutes les calamités de la vie, mais il y a des paix sereines qui l’imitent, et qui sont supérieures peut-être.

Correspondance I, A Louise Colet, octobre 1847

L’Art n’est grand que parce qu’il grandit.

Correspondance I, à Louise Colet, 30 janvier 1847

Et puis suffit-il d’être possédé d’un sentiment pour l’exprimer? Y a-t-il une chanson de table qui ait été écrite par un homme ivre? Il ne faut pas toujours croire que le sentiment soit tout, dans les arts, il n’est rien sans la forme.

Correspondance I, à Louise Colet, 12 août 1846

Quelle plate bêtise de toujours vanter le mensonge et de dire: la poésie vit d’illusions: comme si la désillusion n’était pas cent fois plus poétique par elle-même! Ce sont du reste deux mots d’une riche ineptie.

Correspondance I, A Alfred Le Poittevin, 2 avril 1845

Compas: On voit juste quand on l’a dans l’oeil.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

L’habit d’un arlequin n’est pas plus varié dans ces nuances que l’esprit humain ne l’est dans ses folies.

Il tournait dans son désir, comme un prisonnier dans son cachot.

Service: C’est rendre service aux enfants que de les calotter; aux animaux, que de les battre; aux domestiques, que de les chasser; aux malfaiteurs, que de les punir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Rien n’est humiliant comme de voir les sots réussir dans les entreprises où l’on échoue.

L'Education sentimentale (1869)

Quel homme aurait été Balzac s’il eût su écrire!

Correspondance

Que nous sommes sots de toujours nous plaindre. Et d’ailleurs c’est si commun que ceux qui se piquent de quelque distinction devraient s’en abstenir.

Quand le peuple ne croira plus à l’Immaculée Conception, il croira aux tables tournantes.

Correspondance, à Melle Leroyer de Chantepie, 23 janvier 1866

Prenez garde à la tristesse. C’est un vice.

Correspondance, à Guy de Maupassant, 1878

Pour que la matière ait tant de pouvoir, il faut qu’elle contienne un esprit.

La Tentation de saint Antoine

Police: A toujours tort.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Les vins de palme et de Tamaris, ceux de Safet et de Byblos, coulaient des amphores dans les cratères.

Hérodias (1877)

Malgré l’épargne où vivait Bovary, il était loin de pouvoir amortir ses anciennes dettes.

Madame Bovary (1857)

Ils s’amoncelaient au couchant, du côté de Rouen, et roulaient vite leurs volutes noires.

Madame Bovary (1857)

Sa robe noire dont les draperies s’élargissaient en éventail, l’amincissait, la rendait plus grande.

Madame Bovary (1857)

Cela parut drôle, et l’on pensa définitivement qu’elle devait être sa bonne amie.

Madame Bovary (1857)

Ils étaient sur la limite d’un champ soigneusement ameubli.

Bouvard et Pécuchet (1881)

La coupe d’amertume était remplie.

Bouvard et Pécuchet (1881)

J’ai vu ça, moi, du premier coup, en entrant. J’ai l’oeil américain.

Madame Bovary (1857)

Le bonheur n’est pas de chercher le bonheur, mais d’éviter l’ennui. C’est faisable avec de l’entêtement.

Lettre à Louise Colet, 31 août 1846.

Il avait brigué le titre de roi, qu’ils ambitionnaient comme lui.

Hérodias (1877)

Toute mon ambition maintenant est de fuir les embêtements.

Correspondance, 28 octobre 1872

Il faut, quand on est en bonne santé, amasser du courage pour les défaillances futures.

Correspondance, 20 juin 1858

Je vous écris dans tout l’ahurissement d’une première lecture. Pardonnez-moi mes bêtises si elles sont trop fortes.

Correspondance, 1861

C’est mon but (secret): ahurir tellement le lecteur qu’il en devienne fou.

Correspondance, 1878

Ses pauvres mains se traînaient sur les draps, avec ce geste hideux et doux des agonisants qui semblent vouloir déjà se recouvrir du suaire.

Madame Bovary (1857)

Des oppressions, de la toux, une fièvre continuelle et des marbrures aux pommettes décelaient quelque affection profonde.

Un coeur simple (1877)

Un homme continuellment affamé d’un idéal qu’il n’atteint jamais.

Correspondance, 14 décembre 1853

Comme tes lettres sont gentilles! Je les ai dévorées comme un affamé.

Correspondance, 18 mai 1850

Un maître y démontrait à son élève l’art de dresser les chiens et d’affiter les faucons.

La légende de Saint Julien l'Hospitalier (1877)

Elle s’affaissa, plus assommée qu’elle n’eût été par un coup de massue.

Madame Bovary (1857)

Il considérait avidement toutes ces affaires de femme étalées autour de lui: les jupons de basin, les fichus, les collerettes, et les pantalons à coulisse.

Madame Bovary (1857)

Toute l’amertume de l’existence lui semblait servie sur son assiette, et, à la fumée du bouilli, il montait du fond de son âme comme d’autres bouffées d’affadissement.

Madame Bovary (1857)

Un plateau où alternaient des pâturages et des champs en labour.

Un coeur simple (1877)

Des alternatives de colère et d’espoir, d’exaltation et d’abattement.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Il y avait quatre femmes danseuses et chanteuses almées (le mot almée veut dire savante, bas-bleu …).

Correspondance, 13 mars 1850

J’ai vu le moment où le traité allait être signé séance tenante.

Correspondance, 7 décembre 1869

La vie est en soi quelque chose de si triste, qu’elle n’est pas supportable sans de grands allègements.

Correspondance, 28 octobre 1870

Contre le lambris, peint en blanc, s’alignaient huit chaises d’acajou.

Un coeur simple (1877)

La façade de briques était juste à l’alignement de la rue, ou de la route plutôt.

Madame Bovary (1857)

L’argent est bon, mais l’aise meilleure. Et l’aise en voyage, c’est tout.

Correspondance, 15 décembre 1850

Ils aspiraient à pleins poumons la fraîcheur de l’air.

Salammbô (1862)

La poussière blonde s’envolait de son outil, comme une aigrette d’étincelles sous les fers d’un cheval au galop.

Madame Bovary (1857)

Ils se firent un ennemi de l’épicier, en lui soutenant qu’il adultérait ses chocolats.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Emma retrouvait dans l’adultère toutes les platitudes du mariage.

Madame Bovary (1857)

Elle se rappela les héroïnes des livres qu’elle avait lus, et la légion lyrique de ces femmes adultères se mit à chanter dans sa mémoire …

Madame Bovary (1857)

Elle voulait un grand amour, elle se mit à le combler d’adulations et de caresses.

L'Education sentimentale (1869)

Denys l’Alexandrin reçut du Ciel l’ordre de lire tous les livres.

La Tentation de Saint Antoine (1874)

On ne se rencontre qu’en se heurtant et chacun portant dans ses mains ses entrailles déchirées accuse l’autre qui ramasse les siennes.

Ah! les hommes d’action! les actifs! comme ils se fatiguent pour ne rien faire et quelle bête de vanité que celle que l’on tire d’une turbulence stérile.

Correspondance, 5-6 mars 1853

Matho était acharné; chaque obstacle renforçait sa colère.

Salammbô (1862)

Ils perfectionnèrent les achars … de Mme Bordin, en épiçant le vinaigre avec du poivre …

Bouvard et Pécuchet (1881)

Ils allaient se trouver acculés au bord de la mer; et toutes ces forces réunies les écraseraient.

Salammbô (1862)

Le taureau avait acculé Félicité contre une claire-voie.

Un coeur simple (1877)

Savez-vous le pire de tout cela? C’est qu’on s’y habitue. Oui! on s’y fait. On s’accoutume à se passer de Paris.

Correspondance, 24 avril 1871

… si la fureur de ton impudicité te poussait, tu devais faire au moins comme les bêtes fauves qui se cachent dans leurs accouplements, et ne pas étaler ta honte jusque sous les yeux de ton père!

Salammbô (1862)

Quand on a quelque chose dans le ventre on ne meurt pas avant d’avoir accouché.

Correspondance

Il accomplissait sa petite tâche quotidienne à la manière du cheval de manège.

Madame Bovary (1857)

Habituée aux aspects calmes, elle se tournait au contraire vers les accidentés.

Madame Bovary (1857)

C’était comme l’initiation au monde, l’accès de plaisirs défendus.

Madame Bovary (1857)

Quatre chevaux qu’il ne pouvait retenir accéléraient leur train.

Un coeur simple (1877)

D’abord, le pouvoir dépendait de tous sans qu’aucun fût assez fort pour l’accaparer.

Salammbô (1862)

Voilà trois mois que je lis exclusivement de la métaphysique! Après tant d’abstractions, vous pouvez penser s’il m’a été doux de me désaltérer dans le réel.

Correspondance, 19 mars 1879

Ses forces subitement l’abandonnèrent.

Madame Bovary (1857)

Philosophie: on doit toujours en ricaner.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Le succès est une conséquence et non un but.

Suffrage universel: La honte de l’esprit humain.

Correspondance

Elle était triste, si triste, qu’à la voir sur le seuil de sa maison, elle vous faisait l’effet d’un drap d’enterrement tendu devant la porte.

Madame Bovary (1857)

Les sociétés avancées exhalent comme une odeur de foule, des miasmes écoeurants, et les duchesses ne sont pas les seules à s’en évanouir.

Par les champs et par les grèves

Orgueil! ton goût d’absinthe remonte donc dans toutes les bouches et tous les coeurs te ruminent!

Par les champs et par les grèves

L’autorité le ménage et l’opinion publique le protège.

Madame Bovary (1857)

Ne croyez pas les mains sans gants plus robustes que les autres.

Par les champs et par les grèves

Le mauvais goût du temps de Ronsard, c’était Marot; du temps de Boileau, c’était Ronsard; du temps de Voltaire, c’était Corneille, et c’était Voltaire du temps de Chateaubriand que beaucoup de gens, à cette heure, commencent à trouver un peu faible.

Par les champs et par les grèves

Rien ne m’a plus donné un absolu mépris du succès que de considérer à quel prix on l’obtient.

Correspondance

Et Charles lui semblait aussi détaché de sa vie, aussi absent pour toujours, aussi impossible et anéanti, que s’il allait mourir et qu’il eût agonisé sous ses yeux.

Madame Bovary (1857)

La presse est une école d’abrutissement, parce qu’elle dispense de penser.

Correspondance, 8 septembre 1871

Les chiens de garde à la niche aboyaient en tirant sur leur chaîne.

Madame Bovary (1857)

En de certains jours, elle bavardait avec une abondance fébrile.

Madame Bovary (1857)

Ils mangeaient abondamment. Chacun s’en donnait pour sa quote-part.

Madame Bovary (1857)

Elle se sentait perdue, roulant au hasard dans des abîmes indéfinissables.

Madame Bovary (1857)

Gouy, le lendemain, eut une douleur dans l’abdomen.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Ce qui l’effrayait le plus, c’était l’abattement d’Emma; car elle ne parlait pas, n’entendait rien et même semblait ne point souffrir …

Madame Bovary (1857), II, 13

Défaillante, tout en pleurs, avec un long frémissement et se cachant la figure, elle s’abandonna.

Madame Bovary (1857), II, 9

On se met mouchard quand on ne peut être soldat.

La seule chose raisonnable, c’est un gouvernement de mandarins, pourvu que les mandarins sachent quelque chose et même qu’ils sachent beaucoup de choses.

Correspondance

On peut être las de tout sans rien connaître, fatigué de traîner sa casaque sans avoir lu Werther ni René, et il n’y a pas besoin d’être reçu bachelier pour se brûler la cervelle.

Par les champs et par les grèves

Un sexagénaire est toujours robuste – Un septuagénaire est toujours robuste – Un octogénaire est toujours robuste – Un nonagénaire est toujours robuste – Un centenaire est toujours bulgare.

L’amour, croyait-elle, devait arriver tout à coup, avec de grands éclats et des fulgurations, ouragan des cieux qui tombe sur la vie, la bouleverse, arrache les volontés comme des feuilles et emporte à l’abîme le coeur entier.

Madame Bovary (1857)

Académie française: La dénigrer mais tâcher d’en faire partie, si l’on peut.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pour avoir du talent, il faut être convaincu qu’on en possède.

Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps.

La fenêtre, en province, remplace le théâtre et les promenades.

L’organe génital est le fond des tendresses humaines.

Correspondance (1830-1851)

Les ministres le nomment traitement, les notaires: émoluments, les médecins: honoraires, les employés: appointements, les ouvriers: salaires, les domestiques: gages. L’argent ne fait pas le bonheur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Le succès appartient aux apathiques.

Correspondance

Du moment que vous prouvez, vous mentez.

Lettre à Louise Colet

C’est bien la peine de ne pas être tout à fait des imbéciles pour vivre comme des fous!

Correspondance, à Louise Colet, 27 février 1847

C’est un livre d’amour, de passion, mais de passion telle qu’elle peut exister maintenant, c’est-à-dire inactive.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 6 octobre 1864.

Pauvre petite femme! Ca bâille après l’amour, comme une carpe après l’eau sur une table de cuisine.

Correspondance (à propos de Madame Bovary).

Le sens du grotesque m’a retenu sur la pente des désordres. Je maintiens que le cynisme confine à la chasteté.

Correspondance à George Sand, 1866.

Il réconforte le patient avec toutes sortes de bons mots, caresses chirurgicales qui sont comme l’huile dont on graisse les bistouris.

Madame Bovary (1857)

Le problème n’est pas de chercher le bonheur, mais d’éviter l’ennui. C’est faisable avec de l’entêtement.

Lettre à Louise Colet, 31 août 1846.

Les dieux n’étant plus et le Christ n’étant pas encore, il y a eu de Cicéron à Marc Aurèle un moment unique où l’homme seul a été.

Correspondance (1887-1893)

L’amour, après tout, n’est qu’une curiosité supérieure, un appétit de l’inconnu qui vous pousse dans l’orage, poitrine ouverte en tête en avant.

Correspondance à Louise Colet, 18 septembre 1846.

Pour moi, l’amour n’est pas et ne doit pas être au premier plan de la vie: il doit rester dans l’arrière-boutique.

Correspondance à Louise Colet (1887)

Une âme se mesure à la dimension de son désir.

Correspondance

Une lecture m’émeut plus qu’un malheur réel.

Minuit: Limite du bonheur et des plaisirs honnêtes; tout ce qu’on fait au-delà est immoral.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mieux vaut être fripon que dupe.

Maxime: Jamais neuve mais toujours consolante.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Le peuple est un éternel mineur.

Les joncs sifflaient à ras de terre et les feuilles des hêtres bruissaient en un frisson rapide, tandis que les cimes, se balançant toujours, continuaient leur grand murmure.

Madame Bovary (1857), I, 7

Sur le sein des mères, le moutard à la broquette pointue éprouve des érections précoces.

Lettre à Louis Bouilhet, 10 février 1851

A moins, ajouta-t-il en se tournant vers sa femme, que tu ne veuilles rester seule, mon petit chat?

Madame Bovary (1857), II, 15

Les murs des jardins, garnis à leur chaperon de morceaux de bouteilles, étaient chauds comme le vitrage d’une serre.

Madame Bovary (1857), II, 3

Il défit, en champ clos, tous ceux qui se proposèrent. Plus de vingt fois on le crut mort.

La légende de Saint Julien l'Hospitalier (1877)

Cerumen – «Cire humaine»: Se garder de l’ôter parce qu’elle empêche les insectes d’entrer dans les oreilles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Il la toucha légèrement sur le haut de sa poitrine; la chair un peu froide céda avec une résistance élastique.

Salammbô (1862)

Lucie entama d’un air brave sa cavatine en sol majeur; elle se plaignait d’amour, elle demandait des ailes.

Madame Bovary (1857), II, 15

Pour éblouir le peuple, Hamilcar, dès le lendemain de la victoire, avait envoyé à Carthage les deux mille captifs faits sur le champ de bataille.

Salammbô (1862)

Te voilà donc devenue une canotière. La voile fait une peur abominable à ta grand-mère.

Correspondance, 1864

Les canges ont toutes deux grandes voiles croisées qui font ressembler le bateau à une hirondelle volant avec deux immenses ailes.

Correspondance, 4 octobre 1849

Un candélabre tout couvert de fleurs ciselées brûlait au fond et chacune de ses huit branches en or portait dans un calice de diamants une mèche de byssus.

Salammbô (1862)

Ah! c’est qu’il y avait là-bas une personne, quelqu’un qui savait causer, une brodeuse, un bel esprit.

Madame Bovary (1857), I, 2

Chaque lundi matin, le brocanteur qui logeait sous l’allée étalait par terre ses ferrailles.

Un coeur simple (1877)

J’ai vu il y a 8 jours un singe dans la rue se précipiter sur un âne et vouloir le branler de force.

Lettre à Louis Bouilhet, 15 janvier 1850

Toutes les femmes musulmanes allaient le voir et le polluaient, si bien qu’il en est crevé d’épuisement. Du matin au soir c’était une branlade perpétuelle.

Lettre à Louis Bouilhet, 4 décembre 1849

Le faon, tout de suite, fut tué. Alors sa mère, en regardant le ciel, brama d’une voix profonde, déchirante, humaine.

La légende de Saint Julien l'Hospitalier (1877)

Oh! comme il faut se monter le bourrichon pour faire de la littérature! Et que bienheureux sont les épiciers!

Correspondance, 20 avril 1860

La prairie s’allonge sous un bourrelet de collines basses pour se rattacher par derrière aux pâturages du pays de Bray, tandis que, du côté de l’est, la plaine, montant doucement, va s’élargissant et étale à perte de vue ses blondes pièces de blé.

Madame Bovary (1857), II, 1

Leurs habitudes changèrent et, quittant leur pension bourgeoise, ils finirent par dîner ensemble tous les jours.

Bouvard et Pécuchet (1881)

La musique du bal bourdonnait encore à ses oreilles, et elle faisait des efforts pour se tenir éveillée, afin de prolonger l’illusion de cette vie luxueuse qu’il lui faudrait tout à l’heure abandonner.

Madame Bovary (1857), I, 8

Sur le secrétaire, près de la fenêtre, il y avait, dans une carafe, un bouquet de fleurs d’oranger, noué par des rubans de satin blanc. C’était un bouquet de mariée.

Madame Bovary (1857), I, 5

Ils apprirent comment on clarifie le sucre et les différentes sortes de cuites, le grand et le petit perlé, le soufflé, le boulé, le morve et le caramel.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Tous les bâtiments, depuis la charretterie jusqu’à la bouillerie, avaient besoin de réparations.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Pauvre cher bougre, j’ai bien envie de t’embrasser.

Lettre à Louis Bouilhet, 15 janvier 1850

Dans un de ces amas qui bosselaient irrégulièrement la plaine, quelque chose de plus vague qu’un spectre se leva.

Salammbô (1862)

Je compte être à Venise vers le commencement de juin et je m’en fais une fête. Je m’y foutrai une bosse de peinture vénitienne dont je suis amoureux.

Correspondance, 9 avril 1851

La vue est bornée à droite et à gauche par l’enceinte des roches.

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Puis elle tourna sur ses talons, tout d’un bloc, comme une statue sur un pivot, et prit le chemin de sa maison.

Madame Bovary (1857), II, 6

Des brutaux vociféraient des blasphèmes. Julien les reprenait avec douceur; et ils ripostaient par des injures.

La légende de Saint Julien l'Hospitalier (1877)

On ne blanchit pas les nègres et on ne change pas le sang d’un livre. On peut l’appauvrir, voilà tout.

Correspondance, décembre 1856

Déjà ils se voyaient en manches de chemise, au bord d’une plate-bande, émondant des rosiers, et bêchant, binant, maniant la terre.

Bouvard et Pécuchet (1881)

En dépit des chaulages pernicieux, des binages épargnés et des échardonnages intempestifs, Bouvard, l’année suivante, avait devant lui une belle récolte de froment.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Bien que la place fût médiocre, Sénécal, sans elle, serait mort de faim.

L'Education sentimentale (1869)

L’ineptie consiste à couloir conclure. Nous sommes un fil et nous voulons savoir la trame.

Lettre à Louis Bouilhet, 4 septembre 1850

La bêtise est quelque chose d’inébranlable; rien ne l’attaque sans se briser contre elle.

Correspondance, 6 octobre 1850

Je me suis déjà adressé à pas mal de personnes et on ne m’a pas répondu; je reste le bec dans l’eau avec trois pages blanches.

Correspondance, 27 octobre 1868

Tout le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de la bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli.

Lettre à George Sand, 1871

C’était une béatitude indéfinie, un tel enivrement, qu’il en oubliait jusqu’à la possibilité d’un bonheur absolu.

L'Education sentimentale (1869)

Les arbres des boulevards, les vespasiennes, les bancs, les grilles, les becs de gaz, tout fut arraché, renversé; Paris, le matin, était couvert de barricades.

L'Education sentimentale (1869)

Puisque nous causons de bardaches, voici ce que j’en sais. On avoue sa sodomie et on en parle à table d’hôte. Quelquefois on nie un petit peu, tout le monde alors vous engueule et cela finit par s’avouer.

Correspondance, 15 janvier 1850

Des femmes passèrent dans la cour avec un bard d’où dégouttelait du linge.

Un coeur simple (1877)

Je voudrais faire un civilisé qui se barbarise et un barbare qui se civilise, développer ce contraste des deux mondes finissant par se mêler.

Correspondance, 10 novembre 1877

J’entends très bien l’italien; il y a du moins peu de choses qui m’échappent quand on ne le parle pas trop vite; pour ce qui est de le parler, je baragouine quelques mots.

Correspondance, 4 décembre 1850

Il accomplissait sa petite tâche quotidienne à la manière du cheval de manège qui tourne en place, les yeux bandés, ignorant de la besogne qu’il broie.

Madame Bovary (1857), I, 1

La banalité de la vie est à faire vomir de tristesse, quand on la considère de près.

Correspondance, 9 février 1851

Quand Rodolphe, le soir, arriva dans le jardin, il trouva sa maîtresse qui l’attendait au bas du perron, sur la première marche. Ils s’étreignirent, et toute leur rancune se fondit comme une neige sous la chaleur de ce baiser.

Madame Bovary (1857), II, 11

Quand tu iras à Paris va chez ce brave Pradier. Passe aussi rue de la Paix, n° 2. Tu donneras de mes nouvelles et tu baiseras la dame du logis. Ca te fera plaisir et à moi aussi.

Lettre à Louis Bouilhet, 2 juin 1850

Mais voilà quatre ans que je patiente et que je souffre!… Un amour comme le nôtre devrait s’avouer à la face du ciel! Ils sont à me torturer. Je n’y tiens plus! Sauve-moi!

Madame Bovary (1857), II, 12

Nous allons bien tous les deux et l’humeur est à l’avenant.

Correspondance, 31 octobre 1849

Il faisait, en avalant sa soupe, un gloussement à chaque gorgée, et, comme il commençait d’engraisser, ses yeux, déjà petits, semblaient remontés vers les tempes par la bouffissure de ses pommettes.

Madame Bovary (1857), I, 9

Ce qu’il ne comprenait pas, c’était tout ce trouble dans une chose aussi simple que l’amour. Elle avait un motif, une raison, et comme un auxiliaire à son attachement.

Madame Bovary (1857), II, 12

La langueur mystique qui s’exhale des parfums de l’autel, de la fraîcheur des bénitiers et du rayonnement des cierges.

Madame Bovary (1857), I, 6

Il suivait les laboureurs, et chassait, à coups de motte de terre, les corbeaux qui s’envolaient.

Madame Bovary (1857), I, 1

Nous ne sommes pas aussi fortes que vous, nous autres femmes.

L'Education sentimentale (1869)

Ils sentaient comme une aurore se lever dans leur âme.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Emma tâtonnait en clignant des yeux, tandis que les gouttes de rosée suspendues à ses bandeaux faisaient comme une auréole de topazes tout autour de sa figure.

Madame Bovary (1857), II, 9

Ah! mon Dieu, oui! n’ai-je pas ma maison à tenir, mon mari à soigner, mille choses enfin, bien des devoirs qui passent auparavant!

Madame Bovary (1857), II, 5

Vers neuf heures, les attroupements formés à la Bastille et au Châtelet refluèrent sur le boulevard.

L'Education sentimentale (1869)

La joie m’attriste quand elle est passée, les jours de fêtes ont toujours pour moi de tristes lendemains.

Correspondance

Emma se mit à rire d’un rire strident, éclatant, continu: elle avait une attaque de nerfs.

Madame Bovary (1857), III, 5

Le vrai n’est jamais dans le présent. Si l’on s’y attache, on y périt.

Correspondance, 26-27 avril 1853

Mon intellect en est demeuré atrophié.

Correspondance, 1862

Il reconnut alors ce qu’il s’était caché, la désillusion de ses sens. Cette atrophie sentimentale lui laissait la tête entièrement libre.

L'Education sentimentale (1869)

Il arriva en toilette des dimanches, mal à son aise dans cette atmosphère lugubre.

Un coeur simple (1877)

Il faut avoir une fière santé morale, je vous assure, pour vivre à Paris, maintenant.

Correspondance, mars 1857

Elle étudia, dans Eugène Sue, des descriptions d’ameublements; elle lut Balzac et George Sand, y cherchant des assouvissements imaginaires pour ses convoitises personnelles.

Madame Bovary (1857), I, 9

D’autres se défendirent à outrance; on les assomma de loin, sous des cailloux, comme des chiens enragés.

Salammbô (1862)

Quand on est jeune, on associe la réalisation future de ses rêves aux existences qui vous entourent.

Correspondance, 9 juin 1852

Il la croyait heureuse; et elle lui en voulait de ce calme si bien assis, de cette pesanteur sereine, du bonheur même qu’elle lui donnait.

Madame Bovary (1857), I, 7

Le ciel n’est-il pas assez vaste, cet amour n’est-il pas assez doux?

L'Education sentimentale (1869)

Le nouveau articula d’une voix bredouillante, un nom inintelligible.

Madame Bovary (1857)

Comme à Paris on plantait des arbres de la Liberté, le conseil municipal décida qu’il en fallait à Chavignolles.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Elle était attelée de trois chevaux, dont le premier en arbalète.

Madame Bovary (1857)

Un matin d’hiver, il partit avant le jour, bien équipé, une arbalète sur l’épaule et un trousseau de flèches à l’arçon de la selle.

La légende de Saint Julien l'Hospitalier (1877)

Les dames, ensuite, montèrent dans leurs chambres s’apprêter pour le bal.

Madame Bovary (1857)

A force de s’appliquer, il se maintint toujours vers le milieu de la classe.

Madame Bovary (1857)

Une pareille bonne fortune à son âge était inespérée. Elle se jeta dessus avec un appétit d’ogresse.

L'Education sentimentale (1869)

Ils se regardaient face à face, avec des rires de volupté et des appellations de tendresse.

Madame Bovary (1857)

L’aplomb de ses braves gens-là, leur sécurité dans la bêtise.

Correspondance, 21 mai 1853

La lueur des grands bûchers apâlissait les figures exsangues …

Salammbô (1862)

Et leurs pensées, orageuses tout à l’heure, se faisaient douces, comme des vagues qui s’apaisent.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Elle resta perdue de stupeur, et n’ayant plus conscience d’elle-même que par le battement de ses artères, qu’elle croyait entendre s’échapper comme une assourdissante musique qui emplissait la campagne.

Madame Bovary (1857)

Il reste toujours dans la conscience quelque chose des sophismes qu’on y a versés; elle en garde l’arrière-goût, comme d’une liqueur mauvaise.

L'Education sentimentale (1869)

Un arrêté préfectoral ayant interdit la chasse aux canards autrement qu’en bateau, M. Binet, malgré son respect pour les lois, se trouvait en contravention.

Madame Bovary (1857)

Ils rabâchaient ainsi les mêmes arguments, chacun méprisant l’opinion de l’autre, sans le convaincre de la sienne.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Derrière les Tuileries, le ciel prenait la teinte des ardoises.

L'Education sentimentale (1869)

Il ne restera pas de Lamartine de quoi faire un demi-volume de pièces détachées. C’est un esprit eunuque, la couille lui manque, il n’a jamais pissé que de l’eau claire.

Correspondance, à Louise Colet

Il me prend envie de me casser la gueule quand je songe que je n’écrirai jamais comme je veux, ni le quart de ce que je rêve.

Correspondance, à Louise Colet

Il n’y a en fait d’infini que le ciel qui le soit à cause de ses étoiles, la mer à cause de ses gouttes d’eau, et le coeur à cause de ses larmes.

Correspondances

Deux longs portiques, dont les architraves reposaient sur des piliers trapus, flanquaient une tour quadrangulaire.

Salammbô (1862)

Elle se laissait aller au bercement des mélodies et se sentait elle-même vibrer de tout son être comme si les archets des violons se fussent promenés sur ses nerfs.

Madame Bovary (1857)

L’apothicaire certifia qu’il le guérirait lui-même, avec une pommade antiphlogistique de sa composition.

Madame Bovary (1857)

L’action (quand elle n’est pas forcenée) me devient de plus en plus antipathique.

Correspondance, 4 septembre 1850

Il s’agit seulement d’administrer quelque puissant antidote. Quel est le poison?

Madame Bovary (1857)

L’anormalité est aussi légitime que la règle.

Correspondance, 26 octobre 1852

Il exposa son système relativement aux fourrages; on retournait les andains sans les éparpiller; les meules devaient être coniques.

Bouvard et Pécuchet (1881)

La ferme avait, comme eux, un caractère d’ancienneté.

Un coeur simple (1877)

Un rien les abat, comme peu de chose les amuse.

Correspondance, 22 avril 1850

Un de ces bonheurs complets, n’appartenant sans doute qu’aux occupations médiocres, qui amusent l’intelligence par des difficultés faciles.

Madame Bovary (1857)

Il y avait une quantité de valets et de porteurs d’eau, hâves, jaunis par les fièvres et tout sales de vermine, écume de la plèbe carthaginoise, qui s’attachait aux Barbares.

Salammbô (1862)

Les battants des portes éclatent. Des pans de murs s’écroulent. Des architraves tombent.

La Tentation de Saint Antoine (1874)

C’est un de mes principes: qu’il ne faut pas s’écrire.

Correspondance, 18 mars 1857

Mlle Vatnaz mangea presque à elle seule le buisson d’écrevisses, et les carapaces sonnaient sous ses longues dents.

L'Education sentimentale (1869)

Je suis à moitié des Confessions de J.-J. Rousseau; c’est admirable. Voilà la vraie école de style.

Correspondance, 1838

L’écoeurement que la lâcheté publique me causait s’apaise.

Correspondance, 1867

Au milieu du jour, le soleil, tombant d’aplomb sur les larges verdures, les éclaboussait, suspendait des gouttes argentines à la pointe des branches … jetait des taches d’or sur les couches de feuilles mortes.

L'Education sentimentale (1869)

La critique est au dernier échelon de la littérature, comme forme presque toujours et comme valeur morale, incontestablement elle passe après le bout rimé et l’acrostiche, lesquels demandent au moins un travail d’invention quelconque.

Correspondance

Méfions-nous de cette espèce d’échauffement qu’on appelle l’inspiration et où il entre souvent plus d’émotion nerveuse que de force musculaire.

Correspondance

Leurs longues jupes, bouffant autour d’elles, semblaient des flots d’où leur taille émergeait, et les seins s’offraient aux regards dans l’échancrure des corsages.

L'Education sentimentale (1869)

A mesure que le râle devenait plus fort, l’ecclésiastique précipitait les oraisons.

Madame Bovary (1857), III, 8

Leur charpente se montrait sous les écaillures du plâtre.

L'Education sentimentale (1869)

Quelquefois une charrette lourde passait, en ébranlant les pavés.

L'Education sentimentale (1869)

Le capitaine est un farceur. Un homme comme lui ne s’ébouriffe pas de deux ou trois mots grossiers que j’aurais pu dire.

Correspondance, 1 septembre 1852

Il passèrent avec ébahissement devant les quadrupèdes empaillés.

Bouvard et Pécuchet (1881)

J’aimerais mieux avoir peint la chapelle Sixtine que gagné bien des batailles même celle de Marengo. Ca durera plus longtemps et c’était peut-être plus difficile.

Correspondance

Il manda les maîtres mires les plus fameux, lesquels ordonnèrent des quantités de drogues.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Dans une cour à part, grondaient, en secouant leur chaîne et roulant leurs prunelles, huit dogues alains, bêtes formidables qui sautent au ventre des cavaliers et n’ont pas peur des lions.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

J’ai distribué aux pauvres et à ma famille tout mon bien, sans retenir une obole.

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Tout ce qui est étranger au travail en distrait.

Correspondance

Les kilomètres qui se déroulent entre nous et nous distancent.

Correspondance

Il ne distinguait pas, cet homme si plein de pratique, la dissemblance des sentiments sous la parité des expressions.

Madame Bovary (1857), II, 12

Il faut que les phrases s’gitent dans un livre comme les feuilles dans une forêt, toutes dissemblables en leur ressemblance.

Correspondance

«Moloch, tu me brûles!» et les baisers du soldat, plus dévorateurs que des flammes, la parcouraient …

Salammbô (1862)

Vous êtes heureux, vous autres, les poètes, vous avez un déversoir dans vos vers.

Correspondance

Je suis, par devers moi, tout triste, en songeant que je vais passer encore un bon mois et demi sans la voir.

Correspondance

Alors les ailes carthaginoises se développèrent pour les saisir; les éléphants les suivaient.

Salammbô (1862)

Le terrain dévale, en cet endroit, par une pente abrupte.

L'Education sentimentale (1869)

On peut calculer la valeur d’un homme d’après le nombre de ses ennemis et l’importance d’une oeuvre d’après le mal que l’on en dit. Les critiques sont comme les puces, qui vont toujours sauter sur le linge blanc et adorent la dentelle.

Lettre à Louise Colet

Mais, à mesure que se serrait davantage l’intimité de leur vie, un détachement intérieur se faisait qui la déliait de lui.

Madame Bovary (1857), I, 7

Félicité lui en fut reconnaissante comme d’un bienfait, et désormais la chérit avec un dévouement bestial et une vénération religieuse.

Trois contes (1877), Un coeur simple

Alors commencèrent trois mois d’ennui. Comme il n’avait aucun travail, son désoeuvrement renforçait sa tristesse.

L'Education sentimentale (1869)

J’ai rarement éprouvé des désillusions, ayant eu peu d’illusions.

Correspondance, 2 avril 1845

Je l’ai reçu carrément et dans tout le déshabillé franc de ma pensée.

Correspondance

N’avez-vous donc pas compris quelle immense amitié il fallait que j’eusse pour vous pour me permettre de vous dire tout cela, pour me montrer à vous si nu, si déshabillé, si faible, vous qui m’accusez d’orgueil?

Correspondance, 31 décembre 1851

Quant à la propreté, le poli de ses casseroles faisait le désespoir des autres servantes.

Trois contes (1877), Un coeur simple

Tu sais que les belles choses ne souffrent pas de description.

Correspondance

Nous partons demain de Nogent, et nous descendons rapidement jusqu’à Arles et Marseille.

Correspondance, 2 avril 1845

De temps à autre, elle se dérangeait pour recevoir celles qui entraient.

L'Education sentimentale (1869)

Le don de faire des êtres humains manque à ce génie. S’il avait eu ce don-là, Hugo aurait dépassé Shakespeare.

Correspondance

M. de Cisy, enfant de grande famille et qui semblait une demoiselle, à la gentillesse de ses manières.

L'Education sentimentale (1869)

Mais quel piètre coco que le sieur Musset! Ce livre Lui, fait pour le réhabiliter, le démode encore plus que Elle et Lui!

Correspondance, 1860

D’Acharamoth sortit le Démiurge, fabricateur des mondes, des cieux et du Diable.

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Nier l’existence des sentiments tièdes parce qu’ils sont tièdes, c’est nier le soleil tant qu’il n’est pas à midi. La vérité est tout autant dans les demi-teintes que dans les tons tranchés.

Correspondance, 1846

L’art n’a rien à démêler avec l’artiste, tant pis s’il n’aime pas le rouge, le vert ou le jaune, toutes les couleurs sont belles, il s’agît de les peindre.

Correspondance

Quelquefois, se posant comme expérimentée, elle disait du mal de l’amour avec un rire sceptique qui donnait des démangeaisons de la gifler.

L'Education sentimentale (1869)

Mais, à mesure que se serrait davantage l’intimité de leur vie; un détachement intérieur se faisait qui la déliait de lui.

Madame Bovary (1857), I, 7

Quand on arrivait du dehors, la fraîcheur de l’escalier délassait.

L'Education sentimentale (1869)

Mais ses rares cheveux blancs, ses membres débiles et surtout la pâleur extraordinaire de son visage accusaient un tempérament délabré.

L'Education sentimentale (1869)

Félicité invariablement déjouait leurs astuces; et ils s’en allaient pleins de considération pour elle.

Trois contes (1877), Un coeur simple

Comme c’est triste de voir les êtres qu’on chérit se dégrader peu à peu!

Correspondance

Elle était aussi dégoûtée de lui qu’il était fatigué d’elle.

Madame Bovary (1857), III, 6

La fureur d’Hérodias dégorgea en un torrent d’injures populacières et sanglantes.

Trois contes (1877), Hérodias

On dégobille l’un devant l’autre et le matin on se revoit avec des figures de déterrés.

Correspondance

Et ils s’imaginaient une vie exclusivement amoureuse, assez féconde pour remplir les plus vastes solitudes, excédant toutes joies, défiant toutes les misères.

L'Education sentimentale (1869)

Il défit, en champ clos, tous ceux qui se proposèrent.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Le drap de sa robe s’accrochait au velours de l’habit. Elle renversa son cou blanc, qui se gonflait d’un soupir; et, défaillante, tout en pleurs, avec un long frémissement et se cachant la figure, elle s’abandonna.

Madame Bovary (1857), II, 9

Il y eut un rire éclatant des écoliers qui décontenança le pauvre garçon, si bien qu’il ne savait s’il fallait garder sa casquette à la main, la laisser par terre ou la mettre sur sa tête. Il se rassit et la posa sur ses genoux.

Madame Bovary (1857), I, 1

La poésie n’est point une débilité de l’esprit.

Correspondance

En tournant sa masse d’armes, il se débarrassa de quatorze cavaliers.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Julien darda contre eux ses flèches.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Cette grêle de balles, de dards et de feux passait par-dessus les premiers rangs et faisait une courbe qui retombait derrière les murs.

Salammbô (1862)

Puis elle se mit à danser. Ses pieds passaient l’un devant l’autre, au rythme de la flûte et d’une paire de crotales. Ses bras arrondis appelaient quelqu’un, qui s’enfuyait toujours.

Trois contes (1877), Hérodias

Carthage exténuait ces peuples. Elle en tirait des impôts exorbitants; et les fers, la hache ou la croix punissaient les retards jusqu’aux murmures.

Salammbô (1862)

Il resta pendant la messe, à plat ventre au milieu du portail, les bras en croix, et le front dans la poussière.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Sa robe de taffetas lilas avait des manches à crevés, d’où s’échappaient des bouillons de mousseline.

L'Education sentimentale (1869)

Le feu central avait brisé la croûte du globe, soulevé des terrains, fait des crevasses.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Un matin, comme il s’en retournait par la courtine, il vit sur la crête du rempart un gros pigeon qui se rengorgeait au soleil.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Un intolérable mioche de quatre ans jouait avec une crécelle sur les marches du comptoir.

L'Education sentimentale (1869)

Enfin, pour se tenir au courant, il prit un abonnement à la Ruche médicale, journal nouveau dont il avait reçu le prospectus.

Madame Bovary (1857), I, 9

On entendait, dans la basse-cour, crier les volailles que la servante poursuivait pour leur couper le cou.

Madame Bovary (1857), II, 1

Je suis effrayé, épouvanté, scandalisé par la couillonnade transcendante qui règne sur les humains.

Correspondance, 1859

Mme Aubain étudia ses comptes, et ne tarda pas à connaître la kyrielle de ses noirceurs: détournements d’arrérages, ventes de bois dissimulées, fausses quittances, etc.

Trois contes (1877), Un coeur simple

Quand on aime complètement, on aime ce que l’on aime tel qu’il est.

Correspondance

Puis elle songea que sa maîtresse, peut-être, avait raison. Ces choses dépassaient sa compétence.

Trois contes (1877), Un coeur simple

J’aime mieux la Correspondance de Voltaire. L’ouverture du compas y est autrement large!

Correspondance, 1876

Il se torturait à découvrir par quel moyen lui faire sa déclaration; et, toujours hésitant entre la crainte de lui déplaire et la honte d’être si pusillanime, il en pleurait de découragement et de désirs.

Madame Bovary (1857), II, 4

Souvent elle le priait de lui lire des vers; Léon les déclamait d’une voix traînante et qu’il faisait expirer soigneusement aux passages d’amour.

Madame Bovary (1857), II, 4

D’autres fois, pour débucher les lièvres, on battait du tambour.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Les oeuvres les plus belles sont celles où il y a le moins de matières; plus l’expression se rapproche de la pensée, plus le mot colle dessus et disparaît, plus c’est beau.

Correspondance

Elle frappait sur les touches avec aplomb, et parcourait du haut en bas tout le clavier sans s’interrompre.

Madame Bovary (1857), I, 7

Il se fit un cilice avec des pointes de fer. Il monta sur les deux genoux toutes le collines ayant une chapelle à leur sommet.

La légende de Saint Julien l'Hospitalier (1877)

Quoiqu’elle fût laide, sèche comme un cotret, et bourgeonnée comme un printemps, certes madame Dubuc ne manquait pas de partis à choisir.

Madame Bovary (1857), I, 1

Le cortège, d’abord uni comme une seule écharpe de couleur, qui ondulait dans la campagne … s’allongea bientôt et se coupa en groupes différents qui s’attardaient à causer.

Madame Bovary (1857), I, 4

La convenance de ses manières le faisait rêver à d’autres attitudes; pendant qu’elle causait d’un ton froid, il se rappelait ses mots d’amour balbutiés.

L'Education sentimentale (1869)

Le plaisir que j’ai à recevoir vos lettres, chère demoiselle, est contrebalancé par le chagrin qui s’y étale.

Correspondance

Se douterait-il de quelque chose? se demandait Léon. Il avait des battements de coeur et se perdait en conjectures.

Madame Bovary (1857), II, 6

Quelle épouvantable catastrophe! s’écria l’apothicaire, qui avait toujours des expressions congruantes à toutes les circonstances imaginables.

Madame Bovary (1857), II, 8

Alors il y eut un silence. Ils se regardèrent; et leurs pensées, confondues dans la même angoisse, s’étreignaient étroitement, comme deux poitrines palpitantes.

Madame Bovary (1857), II, 6

Au milieu des confidences les plus intimes, il y a toujours des restrictions, par fausse honte, délicatesse, pitié.

L'Education sentimentale (1869)

Mademoiselle Rouault s’occupa de son trousseau. Une partie en fut commandée à Rouen, et elle se confectionna des chemises et des bonnets de nuit, d’après des dessins de modes qu’elle emprunta.

Madame Bovary (1857), I, 3

La rage de vouloir conclure est une des manies les plus funestes et les plus stériles qui appartiennent à l’humanité.

Correspondance

Au loin, les marteaux de calfat tamponnaient des carènes, et une brise lourde apportait la senteur du goudron.

Un coeur simple (1877)

Ses tempes étroites dénotaient un entêtement de bélier, un intraitable orgueil. Jamais il ne calerait.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Un moine en cagoule rabattue suivit le cortège, loin de tous les autres, sans que personne osât lui parler.

La légende de Saint Julien l'Hospitalier (1877)

Les oiseaux en cage me font tout autant de pitié que les peuples en esclavage.

Correspondance, 1846

Charles, ayant peur de la voir s’évanouir, courut à la buvette lui chercher un verre d’orgeat.

Madame Bovary (1857), II, 15

Ce fut moins par vanité que dans le seul but de lui complaire. Il ne discutait pas ses idées; il acceptait tous ses goûts; il devenait sa maîtresse plutôt qu’elle n’était la sienne.

Madame Bovary (1857), III, 5

On reproche aux gens qui écrivent en bon style de négliger l’idée, le but moral, comme si le but du médecin n’était pas de guérir, le but du peintre de peindre, le but du rossignol de chanter, comme si le but de l’Art n’était pas le Beau avant tout.

Correspondance

J’avais la tête bruissante comme après un long voyage en diligence.

Correspondance, 27 juin 1850

Puis, s’adressant à Emma qui portait une robe de soie bleue à quatre falbalas: – Je vous trouve jolie comme un amour!

Madame Bovary (1857), II, 14

Ses expansions étaient devenues régulières; il l’embrassait à de certaines heures. C’était une habitude parmi les autres, et comme un dessert prévu d’avance, après la monotonie du dîner.

Madame Bovary (1857), I, 7

Elle venait de partir exaspérée. Elle le détestait maintenant. Ce manque de parole au rendez-vous lui semblait un outrage, et elle cherchait encore d’autres raisons pour s’en détacher.

Madame Bovary (1857), III, 6

Ils s’étreignirent, et toute leur rancune se fondit comme une neige sous la chaleur de ce baiser.

Madame Bovary (1857), II, 11

Par peur d’être vue, elle ne prenait pas ordinairement le chemin le plus court. Elle s’engouffrait dans les ruelles sombres.

Madame Bovary (1857), III, 5

Dépêchez-vous! Lagardy ne donnera qu’une seule représentation; il est engagé en Angleterre à des appointements considérables.

Madame Bovary (1857), II, 14

Puis elle prenait à travers des champs en labour, où elle enfonçait, trébuchait et empêtrait ses bottines minces.

Madame Bovary (1857), II, 9

Toutes ces nourritures épicées finissent par vous échauffer le sang et ne valent pas, quoi qu’on en dise, un bon pot-au-feu.

Madame Bovary (1857), II, 6

J’ai fait marché avec un gargotier du quartier pour qu’il me nourrisse. J’ai devant moi, et payés, trente dîners, si l’on peut appeler cela des dîners.

Correspondance, 16 novembre 1842

Ils frissonnèrent quand on les aspergea de galbanum et d’encens, composition réservée aux usages du Temple.

Trois contes (1877), Hérodias

Charles n’était point de complexion facétieuse, il n’avait pas brillé pendant la noce. Il répondit médiocrement aux pointes, calembours, mots à double entente, compliments et gaillardises que l’on se fit un devoir de lui décocher dès le potage.

Madame Bovary (1857), I, 4

Soigne-toi toujours bien afin que, dans un mois … je te trouve plus florissante et plus gaillarde que jamais.

Correspondance, Fin janvier 1843

Mais ce que je veux moi c’est t’aimer, t’aimer mille fois plus. Oh! si tu pouvais lire dans mon coeur tu verrais la place où je t’ai mise!

Correspondance

Je crois que le dogme d’une vie future a été inventé par la peur de la mort ou l’envie de lui rattraper quelque chose.

Correspondance, 7 avril 1846

Charles se mit à fumer. Il fumait en avançant les lèvres, crachant à toute minute, se reculant à chaque bouffée.

Madame Bovary (1857), I, 8

La pipe et la plume sont les deux sauvegardes de ma moralité, vertu qui se résout en fumée par les deux tubes.

Correspondance, 15 juillet 1853

Ces images fulguraient, comme des phares, à l’horizon de sa vie.

L'Education sentimentale (1869)

Fruit sec des concours, il regrettait Paris, et c’était la conscience de sa vie manquée qui lui donnait un air morose.

Bouvard et Pécuchet (1881)

A la droite et à la gauche des éléphants, voltigeaient des frondeurs, une fronde autour des reins, une seconde sur la tête, une troisième à la main droite.

Salammbô (1862)

Et il la regardait d’une façon si perspicace et si terrible, qu’elle en frissonna jusqu’aux entrailles.

Madame Bovary (1857), III, 6

Il ne faut jamais laisser en friche les facultés de la nature.

Madame Bovary (1857), III, 4

Blême et les poings crispés, il frémissait comme une harpe dont les cordes vont éclater.

Salammbô (1862)

La fraternité est une des plus belles inventions de l’hypocrisie sociale. On crie contre les jésuites. O candeur ! nous en sommes tous !

Correspondance, 22 avril 1853

La franchise fait partie de la loyauté; pourquoi serait-elle moins entière dans le blâme que dans l’éloge ?

Correspondance, 28 janvier 1872

Travaille, médite surtout, condense ta pensée, tu sais que les beaux fragments ne font rien; l’unité, l’unité, tout est là.

Correspondance, 14 octobre 1846

Je suis dans un foutu état; à la moindre sensation, tous mes nerfs tressaillent comme des cordes à violon, mes genoux, mes épaules et mon ventre tremblent comme une feuille.

Correspondance, fin janvier, début février 1844

J’ai foutu trois femmes et tiré quatre coups … J’ai même proposé à la maquerelle de l’y faire passer, à la fin.

Correspondance, 22 août 1850

Ce que j’aime par-dessus tout, c’est la forme, pourvu qu’elle soit belle, et rien au delà.

Correspondance, 8 août 1846

Je crois que le plus grand caractère du génie est, avant tout, la force.

Correspondance, 15 juillet 1853

C’est parfait, votre discours ! Et il en vanta beaucoup la forme, pour n’avoir pas à s’exprimer sur le fond.

L'Education sentimentale (1869)

Est-ce qu’elle ne faisait pas comme la substance de son coeur, le fond même de sa vie ?

L'Education sentimentale (1869)

Invariablement le fond de l’air est en contradiction avec la température: si elle est chaude, il est froid, et l’inverse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ma vie n’est pas douloureuse comme la vôtre, mais n’est pas précisément folichonne.

Correspondance, 6 octobre 1871

Et comme les honneurs foisonnent quand l’honneur manque !

Correspondance, 15 janvier 1853

Je crois notre jeune garçon un peu flâneur et médiocrement âpre au travail.

Correspondance, 23 février 1873

Elle allait donc posséder enfin ces joies de l’amour, cette fièvre du bonheur dont elle avait désespéré.

Madame Bovary (1857), II, 9

Souvent le châtelain festoyait ses vieux compagnons d’armes.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Si ma vie est douce, elle n’est pas fertile en facéties.

Correspondance, 15 juin 1845

Maudit ! maudit ! maudit ! Un jour, coeur féroce, tu assassineras ton père et ta mère !

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Elle a tant sonné, ma sensibilité, que j’ai mis du mastic aux fêlures; c’est ce qui fait qu’elle vibre moins clair.

Correspondance, 27 mars 1852

Le vice n’est pas plus fécondant que la vertu.

Correspondance, 1852

Fataliste comme un Turc, je crois que tout ce que nous pouvons faire pour le progrès de l’humanité, ou rien, c’est exactement la même chose.

Correspondance, 8 août 1846

Infect: Doit se dire de toute oeuvre artistique ou littéraire que le Figaro n’a pas permis d’admirer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Inféodé: Injure très grave et de grand style à jeter à la tête d’un adversaire politique: «Môssieu ! Vous êtes inféodé à la camarilla de l’Elysée !» Ne s’emploie qu’à la tribune.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Agent: Terme lubrique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jouissance: Mot obscène.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Foutre: N’employer ce mot que pour jurer, et encore ! (v. Docteur).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dictionnaire: En dire: «N’est fait que pour les ignorants.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Parties: Sont honteuses pour les uns, naturelles pour les autres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chaque notaire porte en soi les débris d’un poète.

Madame Bovary (1857)

Un infini de passions peut tenir dans une minute.

Madame Bovary (1857)

Ce qui me semble beau, ce que je voudrai faire, c’est un livre sur rien qui se tiendrait par la force intérieure de son style.

Correspondance, à Louise Colet

Ce brave général néglige la tenue diplomatique: dans l’intimité, il donne de grands coups de poing dans le dos de Maxime en l’appelant sacré farceur.

Correspondance, 15 décembre 1850

Nous menons une vie de fainéantise et de rêvasserie; toute la journée vautrés sur notre tapis, nous fumons des chibouks et des narguilehs, en absorbant de la limonade et en regardant les rives du fleuve.

Correspondance, 3 mars 1850

Elle n’était pas innocente à la manière des demoiselles, – les animaux l’avaient instruite; – mais la raison et l’instinct de l’honneur l’empêchèrent de faillir.

Trois contes (1877), Un coeur simple

J’aime les gens tranchants et énergumènes, on ne fait rien de grand sans le fanatisme. Le fanatisme est la religion.

Correspondance

Un nom propre est une chose extrêmement importante dans un roman.

Correspondance

Extinction: – Ne s’emploie qu’avec paupérisme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cependant les autres, comme des conquérants qui se délectent dans leur extermination, renversaient, écrasaient, piétinaient, s’acharnaient aux cadavres, aux débris.

Salammbô (1862), VIII

Aux murs, il y avait des gravures tendres, et les scènes de la vie d’Héloïse et d’Abélard avec un texte explicatif en français et en espagnol.

Correspondance, 19 décembre 1850

Parfois se posant comme expérimentée, elle disait du mal de l’amour avec un rire sceptique.

L'Education sentimentale (1869)

Je vous expectore mon sentiment, sans la moindre préparation.

Correspondance, novembre 1867

Mon existence que j’avais rêvée si belle, si poétique, si large, si amoureuse, sera comme les autres, monotone, sensée, bête.

Correspondance, 24 février 1839

Le soleil se couchait, et le parfum des citronniers rendait encore plus lourde l’exhalaison de cette foule en sueur.

Salammbô (1862)

Les gens qui vont aux exécutions capitales participent à l’action du bourreau.

Correspondance, 18 juin 1873

Les boeufs mangeaient, attachés à des chaînettes, et leurs corps exhalaient une chaleur que le plafond bas rabattait.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Qui sait à quels sucs d’excréments nous devons le parfum des roses et la saveur des melons?

Correspondance, 23 décembre 1853

Je suis le frère en Dieu de tout ce qui vit, de la girafe et du crocodile, comme de l’homme et le concitoyen de tout ce qui habite le grand hôtel garni de l’univers.

Lettre à Madame X

Tout à vous, cher et excellent ami.

Correspondance, 18 janvier 1850

Il ne restera pas de Lamartine de quoi faire un demi-volume de pièces détachées: c’est un esprit eunuque.

Correspondance, 6 avril 1853

Je viens de passer une bonne semaine seul comme un ermite et tranquille comme un dieu.

Correspondance, 18 août 1854

Je suis doué d’une sensibilité absurde, ce qui érafle les autres me déchire.

Correspondance, 1876

Ils avaient peur de se perdre et d’atteindre le désert, la contrée des sables et des épouvantements.

Salammbô (1862)

Me voilà devenu assez vieux pour envier la gaieté des autres.

Correspondance

Par des temps pareils, on devait s’entr’aider, et, si Frédéric avait besoin de quelque chose, lui, ou ses amis…

L'Education sentimentale (1869)

Entracte: Toujours trop long.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ma maladie aura toujours eu l’avantage qu’on me laisse m’occuper comme je l’entends.

Correspondance, janvier 1845

Quelle belle invention que l’Ecole de Droit pour vous emmerder! C’est à coup sûr la plus enkikinante … de la création!

Correspondance, 7 juin 1844

Un livre peut être plein d’énormités et de bévues, et n’en être pas moins fort beau.

Correspondance, fin juillet-début août 1857

Incapable de résister à une envie, elle s’engouait d’un bibelot qu’elle avait vu, n’en dormait pas, courait l’acheter.

L'Education sentimentale (1869)

C’est aux bains que cela se pratique. On retient le bain pour soi (5 francs, y compris les masseurs, la pipe, le café, le linge) et on enfile son gamin dans une des salles.

Correspondance, 15 janvier 1850

Le seul moyen de n’être pas malheureux c’est de t’enfermer dans l’Art et de compter pour rien tout le reste.

Correspondance, 13 mai 1845

Mais, en route, le bercement du fiacre et la chaleur du soleil matinal l’énervèrent. Son énergie était retombée.

L'Education sentimentale (1869)

Que dis-tu de ceci: des brigands grecs ont un jour une riotte avec la gendarmerie. Ils s’emparent de l’officier et de trois gendarmes, les enculent à outrance et les renvoient ensuite sans leur avoir fait autre chose. Quelle ironie de l’ordre!

Correspondance, à Louis Bouilhet, 1851

Ma vanité n’est pas encore résignée à n’avoir que des prix d’encouragement.

Correspondance, 14 novembre 1850

Et puis à quoi bon s’encombrer de tant de souvenirs, le passé nous mange trop, nous ne sommes jamais au présent qui seul est important dans la vie.

Correspondance, 23 août 1853

Des bols de café au lait encombraient un guéridon auprès du feu.

L'Education sentimentale (1869)

Il venait de subir sans encombre son dernier examen.

L'Education sentimentale (1869)

Le Prêtre gravit lentement les marches, et posa sur la dentelle son grand soleil d’or qui rayonnait. Tous s’agenouillèrent. Il se fit un grand silence. Et les encensoirs, allant à pleine volée, glissaient sur leurs chaînettes.

Trois contes (1877), Un coeur simple

Quand j’écrivais l’empoisonnement d’Emma Bovary, j’avais si bien le goût d’arsenic dans la bouche, j’étais si bien empoisonné moi-même que je me suis donné deux indigestions … très réelles, car j’ai vomi tout mon dîner.

Lettre à Taine, 1868

Mais vois-tu mon emmerdement si un des deux était crevé avant que l’épreuve n’eût eu lieu.

Lettre à Louis Bouilhet, 20 août 1850

Il ne faut pas s’endormir sur le fricot comme eût dit ce bon Pradier.

Correspondance, 29-30 janvier 1853

Puis, en attendant les voitures, on s’embobelina dans les capelines et les manteaux.

L'Education sentimentale (1869)

Il ouvrait les narines pour mieux humer le parfum s’exhalant de sa personne. C’était une émanation indéfinissable, fraîche, et cependant qui étourdissait comme la fumée d’une cassolette.

Salammbô (1862)

Je m’en rappelle une, à cheveux noirs crépus, qui avait une branche de jasmin dans les cheveux et qui m’a semblé sentir bien bon (de ces odeurs qui portent au coeur) au moment où j’éjaculai en elle.

Lettre à Louis Bouilhet, 20 août 1850

Nous n’avons plus l’âge des folies, n’est-ce pas, Monsieur Bouvard? – Eh! Eh! moi, je ne dis pas ça.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Nous lui avons mis deux linceuls. Quand il a été ainsi arrangé, il ressemblait à une momie égyptienne serrée dans ses bandelettes.

Correspondance, 7 avril 1848

Je deviens fou de désirs «effrénés» (j’écris le mot et le souligne).

Correspondance, 9 avril 1851

Je me trouve assez grand garçon maintenant pour me considérer comme éduqué.

Correspondance, 13 janvier 1854

Le poète Mallarmé (l’auteur du Faune) m’a cadeauté d’un livre qu’il édite: Vatek, conte oriental.

Correspondance, 25 juin 1876

A mesure que l’objet de nos souhaits approche, la volupté qu’on avait entrevue dans leurs accomplissement diminue, il semble que nous soyons destinés à n’attraper que des ombres sur la muraille.

Correspondance, à Ernest Chevalier, 19 novembre 1839

J’aime mieux le néant que le mal, et la poussière que la pourriture.

Correspondance, à Louise Colet, 28 décembre 1853

Le bourgeois se rassure à la vue d’un gendarme, et l’homme d’esprit se délecte à celle d’un critique. Les chevaux hongres sont applaudis par les mulets.

Correspondance, à Louise Colet, 9 décembre 1852

Les momies qu’on a dans le coeur ne tombent jamais en poussière et, quand on penche la tête par le soupirail, on les voit en bas, qui vous regardent avec leurs yeux ouverts, immobiles.

Correspondance, à Louise Colet, 16 janvier 1852

Il faut se placer au-dessus de tout, et placer son esprit au-dessus de soi-même, j’entends la liberté de l’idée, dont je déclare impie toute limite.

Correspondance, à Louise Colet, 27 mars 1852

Nous dansons non pas sur un volcan, mais sur la planche d’une latrine qui m’a l’air passablement pourrie.

Correspondance, à Louis Bouilhet, 14 novembre 1850

L’ignoble me plaît. C’est le sublime d’en bas. Quand il est vrai, il est aussi rare à trouver que celui d’en haut. Le cynisme est une merveilleuse chose, en cela qu’étant la charge du vice il en est en même temps le correctif et l’annihilation.

Correspondance, à Louise Colet, 4 septembre 1846

Enfin ce n’est pas parce qu’un imbécile a deux pieds comme moi, au lieu d’en avoir quatre comme un âne, que je me crois obligé de l’aimer, ou tout au moins de dire que je l’aime, et qu’il m’intéresse.

Correspondance, à Louise Colet, 26 mai 1853

La générosité à l’encontre des gredins est presque une indélicatesse à l’encontre du bien.

Correspondance, à Louise Colet, 26 septembre 1853

Dans les grands vases, une goutte d’eau n’est rien. Et elle emplit les petites bouteilles.

Correspondance, à Louise Colet, 5 mars 1853

Il ne faut pas regarder le gouffre car il y a au fond un charme inexplicable qui nous attire.

Correspondance, à Ernest Chevalier, 21 avril 1840

Voir les choses en farce est le seul moyen de ne pas les voir en noir. Rions pour ne pas pleurer.

Correspondance, à Louise Colet, 22 juillet 1852

En fait d’injures, de sottises, de bêtises, etc, je trouve qu’il ne faut se fâcher que lorsqu’on vous les dit en face. Faites-moi des grimaces dans le dos tant que vous voudrez; mon cul vous contemple.

Correspondance, à Louise Colet, 28 juin 1853

Les estomacs qui trouvent en la ratatouille humaine leur assouvissance ne sont pas larges.

Correspondance, à Louise Colet, 1er juin 1853

L’humanité a la rage de l’abaissement moral. Et je lui en veux, de ce que je fais partie d’elle.

Correspondance, à Louise Colet, 22 septembre 1853

Tous les drapeaux ont été tellement souillés de sang et de merde qu’il est temps de n’en plus avoir, du tout!

Correspondance, à George Sand, 5 juillet 1869

Quel être que on! En voilà un que je méprise profondément! Il faut tout faire en vue de sa propre considération à soi et pisser sur la tête de on.

Correspondance, à sa nièce Caroline, 8 septembre 1872

Le doute absolu me paraît être si nettement démontré que vouloir le formuler serait presque une niaiserie.

Correspondance, à Louise Colet, 26 avril 1953

Il n’y a de défaites que celles que l’on a tout seul, devant sa glace, dans sa conscience.

Correspondance, à Louise Colet, 22 avril 1853

L’excès de critique engendre l’inintelligence.

Correspondance, à Louis Bouilhet, 23 mai 1855

Toi aussi tu comprendras, en vieillissant, que les bois les plus durs sont ceux qui pourrissent le moins vite.

Correspondance, à Louise Colet, 25 février 1854

Tout homme médiocre considérant le blâme comme quelque chose de désagréable, il s’ensuit que l’on doit prendre pour baume toute la merde qu’on nous prodigue.

Correspondance, à Louise Colet, 8 décembre 1853

Et nous crevons par la blague, par l’ignorance, par l’outrecuidance, par le mépris de la grandeur, par l’amour de la banalité, et le bavardage imbécile.

Correspondance, à George Sand, 26 septembre 1874

Notre âme est une bête féroce; toujours affamée, il faut la gorger jusqu’à la gueule pour qu’elle ne se jette pas sur nous.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 1er mars 1858

Une âme se mesure à la dimension de son désir, comme l’on juge d’avance des cathédrales à la hauteur de leurs clochers.

Correspondance, à Louise Colet, 21 mai 1853

L’action m’a toujours dégoûté au suprême degré. Elle me semble appartenir au côté animal de l’existence.

Correspondance, à Louise Colet, 5 mars 1853

L’Art est un luxe.

Correspondance, à Ernest Feydau, 26 octobre 1959

Ne nous plaignons pas. Nous sommes des privilégiés. Nous avons dans la cervelle des éclairages au gaz! Et il y a tant de gens qui grelottent dans une mansarde sans chandelles.

Correspondance, à Louise Colet, 29 novembre 1853

Dans l’Art aussi, c’est le fanatisme de l’art qui est le sentiment artistique.

Correspondance, à Louise Colet, 31 mars 1853

Les gens de lettres sont des putains qui finissent par ne plus jouir. Ils traitent l’art, comme celles-ci les hommes, lui sourient tant qu’ils peuvent, mais ne l’aiment plus. Et tout s’avachit ensemble. Ame et style, poitrine et coeur.

Correspondance, à Louise Colet, 13 juin 1852

On publie pour les amis inconnus. L’imprimerie n’a que cela de beau.

Correspondance, à Louise Colet, 18 décembre 1853

On peut juger de la bonté d’un livre à la vigueur des coups de poing qu’il vous a donnés et à la longueur de temps qu’on est ensuite à en revenir.

Correspondance, à Louise Colet, 15 juillet 1853

Il faut écrire pour soi, avant tout. C’est la seule chance de faire beau.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 11 juillet 1858

Il faut donc faire de l’art pour soi, pour soi seul, comme on joue du violon.

Correspondance, à Louise Colet, 29 mai 1852

La censure, quelle qu’elle soit, me paraît une monstruosité, une pire chose que l’homicide. L’attentat contre la pensée est un crime de lèse-âme.

Correspondance, à Louise Colet, 9 décembre 1852

Un livre est un organisme. Or, toute amputation, tout changement pratiqué par un tiers le dénature. Il pourra être moins mauvais, n’importe, cela ne sera plus lui.

Correspondance, à Charles-Edmond Chojecki, 26 août 1873

Etourdissons-nous avec le bruit de la plume et buvons de l’encre. Cela grise mieux que le vin.

Correspondance, à Ernest Feydau, 15 juillet 1861

Le seul moyen de supporter l’existence, c’est de s’étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle. Le vin de l’Art cause une longue ivresse et il est inépuisable. C’est de penser à soi qui rend malheureux.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 4 septembre 1858

Les écumes du coeur ne se répandent pas sur le papier. On n’y verse que de l’encre, et à peine sortie de notre bouche la tristesse criée nous rentre à l’âme par les oreilles et plus ronflante, plus profonde.

Correspondance, à Louise Colet, 25 novembre 1853

Il est beau d’être un grand écrivain, de tenir les hommes dans la poêle à frire de sa phrase et de les y faire sauter comme des marrons.

Correspondance, à Louise Colet, 3 novembre 1851

Ne négligez rien, travaillez, refaites et ne laissez l’oeuvre que lorsque vous aurez la conviction de l’avoir amenée à tout le point de perfection qu’il vous était possible de lui donner.

Correspondance, à Louise Colet, novembre 1847

Tu n’admires pas assez, tu ne respectes pas assez. Tu as bien l’amour de l’art, mais tu n’en as pas la religion.

Correspondance, à Louise Colet, 11 janvier 1847

La passion de la perfection vous fait détester même ce qui en approche.

Correspondance, à Louise Colet, 17 septembre 1846

Plus une idée est belle, plus la phrase est sonore; soyez-en sûre. La précision de la pensée fait (et est elle-même) celle du mot.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 12 décembre 1857

Le mot surcharge la pensée, l’exagère, l’empêche même.

Correspondance, à Louise Colet, 19 septembre 1852

Je ne dis pas de retrancher les idées, mais d’adoucir comme ton celles qui sont secondaires. Pour cela, il faut les reculer, c’est-à-dire les rendre plus courtes et les écrire au style indirect.

Correspondance, à Ernest Feydau, 28 décembre 1858

Ficelons nos phrases, serrons les comme des andouilles et des carottes de tabac. Masturbons le vieil art jusque dans le plus profond de ses jointures. Il faut que tout en pète, Monsieur.

Correspondance, à Ernest Feydau, 3 décembre 1858

Il faut que les phrases s’agitent dans un livre comme les feuilles dans une forêt, toutes dissemblables en leur ressemblance.

Correspondance, à Louise Colet, 7 avril 1854

Il faut avant tout, dans une narration, être dramatique, toujours peindre ou émouvoir, et jamais déclamer.

Correspondance, à Louise Colet, 15 janvier 1854

Le relief vient d’une vue profonde, d’une pénétration, de l’objectif; car il faut que la réalité extérieure entre en nous, à nous en faire presque crier, pour bien la reproduire.

Correspondance, à Louise Colet, 7 juillet 1853

Il faut se refermer, et continuer tête baissée dans son oeuvre, comme une taupe.

Correspondance, à Louise Colet, 22 septembre 1853

La prose doit se tenir droite d’un bout à l’autre, comme un mur portant son ornementation jusque dans ses fondements et que, dans la perspective, ça fasse une grande ligne unie. Oh! si j’écrivais comme je sais qu’il faut écrire, que j’écrirais bien.

Correspondance, à Louise Colet, 2 juillet 1853

Tout le talent d’écrire ne consiste après tout que dans le choix des mots. C’est la précision qui fait la force. Il en est en style comme en musique: ce qu’il y a de plus beau et de plus rare c’est la pureté du son.

Correspondance, à Louise Colet, 22 juillet 1852

On n’est idéal qu’à la condition d’être réel et on n’est vrai qu’à force de généraliser.

Correspondance, à Ernest Chesneau, 27 septembre 1868

Il n’y a pas en littérature de bonnes intentions: le style est tout.

Correspondance, à Louise Colet, 15 janvier 1854

Tous les perruquiers sont d’accord à dire que plus les chevelures sont peignées, plus elle sont luisantes. Il en est de même du style, la correction fait son éclat.

Correspondance, à Louise Colet, 22 novembre 1852

La forme sort du fond, comme la chaleur du feu.

Correspondance, à Louise Colet, 29 mai 1852

La méthode est tout ce qu’il y a de plus haut dans la critique, puisqu’elle donne le moyen de créer.

Correspondance, à George Sand, 28 janvier 1872

Adore l’Idée. Elle seule est vraie parce qu’elle seule est éternelle.

Correspondance, à Louise Colet, 2 septembre 1846

Le roman, selon moi, doit être scientifique, c’est-à-dire rester dans les généralités probables.

Correspondance, à Flavie Vasse de Saint-Ouen, 27 décembre 1864

La première qualité de l’Art et son but est l’illusion. L’émotion, laquelle s’obtient souvent par certains sacrifices de détails poétiques, est une tout autre chose et d’un ordre inférieur.

Correspondance, à Louise Colet, 16 septembre 1853

Il faut, par un effort d’esprit, se transporter dans les personnages et non les attirer à soi.

Correspondance, à George Sand, 15 décembre 1866

L’auteur, dans son oeuvre, doit être comme Dieu dans l’univers, présent partout, et visible nulle part.

Correspondance, à Louise Colet, 9 décembre 1852

C’est avec la tête qu’on écrit. Si le coeur la chauffe, tant mieux, mais il ne faut pas le dire. Ce doit être un four invisible.

Correspondance, à Louise Colet, 16 novembre 1852

L’Art n’a rien à démêler avec l’artiste. Tant pis s’il n’aime pas le rouge, le vert ou le jaune; toutes les couleurs sont belles, ils s’agit de les peindre.

Correspondance, à Louise Colet, 26 juillet 1852

L’intuition artistique ressemble en effet aux hallucinations hypnagogiques par son caractère de fugacité, ça vous passe devant les yeux, c’est alors qu’il faut se jeter dessus, avidement.

Correspondance, à Hippolyte Taine, 20 novembre 1866

Plutôt ne rien écrire que de se mettre à l’oeuvre à demi préparé.

Correspondance, à Louise Colet, 14 juillet 1847

Il faut savoir les maîtres par coeur, les idolâtrer, tâcher de penser comme eux, et puis s’en séparer pour toujours. Comme instruction technique, on trouve plus de profit à tirer des génies savants et habiles.

Correspondance, à Louise Colet, 25 septembre 1852

Maintenant par combien d’étude il faut passer pour se dégager des livres! et qu’il faut en lire! Il faut boire des océans et les repisser.

Correspondance, à Louise Colet, 8 mai 1852

C’est une triste chose que la critique, que l’étude, que de descendre au fond de la science pour n’y trouver que la vanité, d’analyser le coeur humain pour y trouver l’égoïsme, et de ne comprendre le monde que pour n’y voir que malheur.

Correspondance, à Ernest Chevalier, 24 juin 1837

L’artiste doit tout élever; il est comme une pompe, il a en lui un grand tuyau qui descend aux entrailles des choses, dans les couches profondes. Il aspire et fait jaillir au soleil en gerbes géantes ce qui était plat sous terre et qu’on ne voyait pas.

Correspondance, à Louise Colet, 25 juin 1853

Il n’y a ni beaux ni vilains sujets et on pourrait presque établir comme axiome, en se posant au point de vue de l’Art pur, qu’il n’y en a aucun, le style étant à lui tout seul une manière absolue de voir les choses.

Correspondance, à Louise Colet, 16 janvier 1852

Il y a des idées tellement lourdes d’elles-mêmes qu’elles écrasent quiconque essaie de les soulever. Les beaux sujets font les oeuvres médiocres.

Correspondance, à Louise Colet, novembre 1847

Cette question que je n’ai pas résolue: y-a-t-il des idées bêtes et des idées grandes? Cela ne dépend-il pas de leur exécution?

Correspondance, à Louise Colet, 14 juillet 1847

Un sujet à traiter est pour moi comme une femme dont on est amoureux; quand elle va vous céder on tremble et on a peur, c’est un effroi voluptueux.

Correspondance, à Louise Colet, 14 octobre 1846

La bonne et la mauvaise société doivent être étudiées. La vérité est dans tout.

Correspondance, à Ernest Chevalier, 24 février 1842

Le soir même, il fut pris d’une grande chaleur dans la poitrine, avec une oppression à ne pouvoir se tenir couché. Des sangsues amenèrent un soulagement immédiat.

L'Education sentimentale (1869)

Le bonheur est un mensonge dont la recherche cause toutes les calamités de la vie. Mais il y a des paix sereines qui l’imitent et qui sont supérieures peut-être.

Correspondance, octobre 1847

Il y a quelques jours, j’ai rencontré trois pauvres idiotes qui m’ont demandé l’aumône. Elles étaient affreuses, dégoûtantes de laideur et de crétinisme, elles ne pouvaient pas parler; à peine si elles marchaient.

Correspondance, 26 mai 1845

Pour que la matière est tant de pouvoir, il faut qu’elle contienne un esprit.

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Quel chien d’hiver! J’ai vu la Seine à Rouen complètement prise; c’est la troisième fois seulement que, de ma longue carrière, je jouis de ce spectacle hyperboréen.

Correspondance, A Jules Duplan

Il y avait bien une trentaine de plats à table, pour quatre personnes que nous étions. Afin de faire honneur à tant d’honneurs, j’ai mangé de telle sorte que si je n’ai pas eu d’indigestion le soir, c’est que j’ai un rude estomac.

Correspondance, 6 octobre 1850

Cadeau: Ce n’est pas la valeur qui en fait le prix, ou bien ce n’est pas le prix qui en fait la valeur. Le cadeau n’est rien, c’est l’intention qui compte.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Je veux faire l’histoire morale des hommes de ma génération; «sentimentale» serait plus vrai.

Correspondance, 6 octobre 1864

Des hirondelles passaient en poussant de petits cris, coupaient l’air au tranchant de leur vol, et rentraient vite dans leurs nids jaunes, sous les tuiles du larmier.

Madame Bovary (1857), II, 6

Etre bête, égoïste, et avoir une bonne santé, voilà les trois conditions voulues pour être heureux; mais si la première nous manque, tout est perdu.

Correspondance, 6 août 1846

Les heures passent vite quand nous sommes ensemble; j’ai tant de choses à vous dire, et vous m’écoutez si bien!

Correspondance, 22 janvier 1842

Plongez-vous dans de longues études; il n’y a de continuellement bon que l’habitude d’un travail entêté. Il s’en dégage un opium qui engourdit l’âme.

Correspondance, 26 juillet 1851

Je suis d’une gaieté folle, sans motifs, et je gueule tout seul de par les appartements de mon logis, à me casser la poitrine.

Correspondance, décembre 1858

Le seul moyen de guérir, c’est de se considérer comme guéri.

Correspondance, 18 décembre 1859

Je suis dévoré de comparaisons, comme on l’est de poux, et je ne passe mon temps qu’à les écraser; mes phrases en grouillent.

Correspondance, 27 décembre 1852

De sorte que, pour ne pas vivre, je me plonge dans l’Art, en désespéré; je me grise avec de l’encre comme d’autres avec du vin.

Correspondance, 18 décembre 1859

Ne venez pas, ma belle amie. Je suis infect, et je vous empoisonnerais de mon haleine. J’ai une belle grippe avec accompagnement de fièvre et sueurs. Je crache, je tousse, je mouche, etc.

Correspondance, 24 janvier 1873

Et ce qui me le fait chérir, c’est le dégoût que m’inspirent les voltairiens, des gens qui rient sur les grandes choses! Est-ce qu’il riait, lui? Il grinçait!

Correspondance 1859-1860

La fin de Candide est ainsi pour moi la preuve criante d’un génie de premier ordre. La griffe du lion est marquée dans cette conclusion tranquille, bête comme la vie.

Correspondance, 24 avril 1852

La littérature est un vésicatoire qui me démange. Je me gratte par là jusqu’au sang.

Correspondance, 21-22 septembre 1853

Je me suis remis à travailler, mais ça ne va pas du tout! J’ai peur de n’avoir plus de talent et d’être devenu un pur crétin, un goitreux des Alpes.

Correspondance, 14 avril 1864

Moi, à cause du froid (car il ne fait pas chaud du tout, le temps est sec) et par précaution, j’ai dès maintenant endossé la chemise de flanelle. Me voilà donc condamné au gilet de santé.

Correspondance, 3 novembre 1849

Rien de triste ou d’attendri n’amollissait ce regard pâle. Dans la fréquentation des animaux, elle avait pris leur mutisme et leur placidité.

Madame Bovary (1857), II, 8

Enfin, au fond de la Place, parut un grand landau de louage, traîné par deux chevaux maigres, que fouettait à tour de bras un cocher en chapeau blanc.

Madame Bovary (1857), II, 8

Lion: Est généreux. Jour toujours avec une boule. Bien rugi, Lion ! Et dire que le lion et le tigre sont des chats !

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Reconnaissance: N’a pas besoin d’être exprimée.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gallophobe: Se servir de cette expression en parlant des journalistes allemands.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Instruction: Laisser croire qu’on en a reçu beaucoup. Le peuple n’en a pas besoin pour gagner sa vie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Genovefain: On ne sait pas ce que c’est.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Notre âme, bête féroce et toujours affamée, il faut la gorger jusqu’à la gueule pour qu’elle ne se jette pas sur nous. Rien n’apaise plus qu’un long travail.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 1er mars 1858

Main: Avoir une belle main, c’est écrire bien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chartreux: Passent leur temps à faire de la chartreuse, à creuser leur tombe et à dire: «Frère, il faut mourir.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gendarmerie: Dites: force publique ou maréchaussée.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Figure: Une figure agréable est le plus sûr des passeports.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chasse: Excellent exercice que l’on doit feindre d’adorer. Fait partie de la pompe des souverains. Sujet de délire pour la magistrature.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cidre: Gâte les dents.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Les honneurs déshonorent, le titre dégrade, la fonction abrutit.

Correspondance

Il faut rire et pleurer, aimer, travailler, jouir et souffrir, enfin vibrer autant que possible dans toute son étendue. Voilà, je crois, le vrai humain.

Correspondance, 27 novembre 1866

Le vers est la forme par exellence des littératures anciennes. Toutes les combinaisons prosodiques ont été faites; mais celles de la prose, tant s’en faut.

Correspondance, 24 avril 1852

Qu’avait-il besoin du baptême s’il était le Verbe? Comment le Diable pouvait-il le tenter, lui, Dieu? Est-ce que ces pensées-là ne te sont jamais venues?

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Toutes les affections proviennent des vers. Ils gâtent les dents, creusent les poumons, dilatent le foie, ravagent les intestins, et y causent des bruits.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Le soir, pendant le souper, son père déclara que l’on devait à son âge apprendre la vénerie; et il alla chercher un vieux cahier d’écriture contenant, par demandes et réponses, tout le déduit des chasses.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

Il avait un pied faisant avec la jambe une ligne presque droite, ce qui ne l’empêchait pas d’être tourné en dedans, de sorte que c’était un équin mêlé d’un peu de varus, ou bien un léger varus fortement accusé d’équin.

Madame Bovary (1857), II, 11

Elle n’aimait la mer qu’à cause de ses tempêtes, et la verdure seulement lorsqu’elle était clairsemée parmi les ruines.

Madame Bovary (1857)

La poésie n’est qu’une manière de percevoir les objets extérieurs, un organe spécial qui tamise la matière et qui, sans la changer, la transfigure.

Correspondance, 31 mars 1853

Il y a pour les touristes des magasins pleins de pierres du forum arrangées en presse-papiers pour mettre sur les bureaux. On a fait des porte-plume avec les marbres du temple. Tout cela agace bougrement les nerfs.

Correspondance, à Louis Bouilhet, 4 mai 1851

Nous allons la semaine prochaine commencer nos courses aux Thermopyles, Sparte, Argos, Mycènes, Corinthe, etc. Ce ne sera guère qu’un voyage de touriste (oh!!): il ne nous reste ni temps, ni argent.

Correspondance, à Louis Bouilhet, 19 décembre 1850

Ainsi leur rencontre avait eu l’importance d’une aventure. Ils s’étaient, tout de suite, accrochés par des fibres secrètes. D’ailleurs, comment expliquer les sympathies?

Bouvard et Pécuchet (1881)

Je crois, si le bonheur est quelque part, qu’il est dans la stagnation. Les étangs n’ont pas de tempêtes.

Correspondance, 13 août 1845

Histoire de l’esprit humain, histoire de la sottise humaine! comme dit M. de Voltaire.

Correspondance, 17 octobre 1868

L’amour est une plante de printemps qui parfume tout de son espoir, même les ruines où il s’accroche.

Correspondance, à Louise Colet, 7 octobre 1846

Il y a deux verbes: saisir signifie prendre tout d’un coup, empoigner, et se saisir de veut dire s’emparer, se rendre maître.

Correspondance, 22 novembre 1852

L’horizon perçu par les yeux humains n’est jamais le rivage, parce qu’au delà de cet horizon, il y en a un autre, et toujours!

Correspondance, 18 mai 1857

Et voilà comme la vertu est toujours récompensée. Si elle était récompensée, elle ne serait pas la vertu.

Correspondance, 1872

– Laissez-moi tranquille avec votre hideuse réalité! Qu’est-ce que cela veut dire, la réalité? Les uns voient noir, d’autres bleu, la multitude voit bête. Rien de moins naturel que Michel-Ange, rien de plus fort!

L'Education sentimentale (1869)

Pour qu’une punition soit bonne, dit Bentham, elle doit être proportionnée à la faute, sa conséquence naturelle.

Bouvard et Pécuchet (1881), X

Qui m’expliquera pourquoi cette lettre m’a causé au coeur une sorte de priapisme sentimental? L’exhibition de la plus luxueuse nudité ne procure pas à la chair plus d’attirement que le récit de tout cela n’en a fait à ma pensée.

Correspondance, 12 juin 1853

Les serments, les larmes, les désespoirs, tout cela coule comme une poignée de sable dans la main.

Correspondance, 9 février 1851

Ces mêmes gens qui disent «poésie des lacs» etc., détestent fort toute cette poésie, toute espèce de nature, toute espèce de lac, si ce n’est leur pot de chambre qu’ils prennent pour un océan.

Correspondance, 20 juin 1853

Célibataires: Tous égoïstes et débauchés; on devrait les imposer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

J’ai eu dans mon enfance et ma jeunesse un amour effréné des planches. J’aurais été peut-être un grand acteur, si le ciel m’avait fait naître plus pauvre.

Correspondance, 8 août 1846

Pour qu’on se plaise quelque part, il faut qu’on y vive depuis longtemps. Ce n’est pas en un jour qu’on échauffe son nid et qu’on s’y trouve bien.

Correspondance, avril 1843

Tous les deux ne trouvaient plus rien à se dire. Il y a un moment dans les séparations, où la personne aimée n’est déjà plus avec nous.

L'Education sentimentale (1869)

L’acquisivité englobe le tact des filous et l’ardeur des commerçants.

Bouvard et Pécuchet (1881)

A mesure que l’objet de nos souhaits approche, la volupté qu’on avait entrevue dans leur accomplissement diminue.

Correspondance

Autant je me sens expansif, fluide, abondant et débordant dans les douleurs fictives, autant les vraies restent dans mon coeur âcres et dures.

Correspondance

Il n’y a pas de belles pensées sans belles formes, et réciproquement.

Correspondance, 18 septembre 1846

Tu peindras le vin, l’amour, les femmes, la gloire, à condition, mon bonhomme, que tu ne seras ni ivrogne, ni amant, ni mari, ni tourlourou.

Correspondance, 15 décembre 1850

Enfin, je tâche de bien penser pour bien écrire. Mais c’est bien écrire qui est mon but, je ne le cache pas.

Correspondance, décembre 1875

Ce qui fait, moi, que je suis si long, c’est que je ne peux penser le style que la plume à la main et je patauge dans un gâchis continuel que je déblaye à mesure qu’il s’augmente.

Correspondance, 26 juin 1852

Les satires personnelles passent, comme les personnes. Pour durer, il faut s’attaquer au durable.

Correspondance, 2 juillet 1853

Je ne pardonne point aux hommes d’action de ne pas réussir, puisque le succès est la seule mesure de leur mérite.

Correspondance, 26 septembre 1853

Ses bras arrondis appelaient quelqu’un, qui s’enfuyait toujours. Elle le poursuivait, plus légère qu’un papillon, comme une Psyché curieuse, comme une âme vagabonde, et semblait prête à s’envoler.

Trois contes (1877), Hérodias

L’auteur, dans son oeuvre, doit-être comme Dieu dans l’univers, présent partout, et visible nulle part.

Correspondance, 9 décembre 1852

Hume bien l’air des bois cette semaine, et regarde les feuilles pour elles-mêmes; pour comprendre la nature, il faut être calme comme elle.

Correspondance, 4 septembre 1852

Il est permis de tout faire, si ce n’est faire souffrir les autres: voilà toute ma morale.

Correspondance

J’attire les fous et les animaux. Est-ce parce qu’ils devinent que je les comprends, parce qu’ils sentent que j’entre dans leur monde?

Correspondance, 26 mai 1845

Et il n’était si mince goujat qui ne sût corriger les fautes d’Hamilcar.

Salammbô (1862)

Ah! misère de moi! est-ce que ça ne finira pas! Mais la mort vaudrait mieux!

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Après tout, merde! Voilà, avec ce grand mot on se console de toutes les misères humaines; aussi je me plais à le répéter: merde, merde!

Correspondance, 15 juin 1845

Il ne dit pas de mensonges, mais il ne dit pas toute la vérité, ce qui est une façon de mentir.

Correspondance, 9 juillet 1878

A partir de ce moment, son existence ne fut plus qu’un assemblage de mensonges, où elle enveloppait son amour comme dans des voiles, pour le cacher.

Madame Bovary (1857), III, 5

L’étude du Droit m’aigrit le caractère au plus haut point: je bougonne toujours, je rognonne, je maugrée, je grogne même contre moi-même et tout seul.

Correspondance, 26 juillet 1842

Matérialisme: prononcer ce mot avec horreur en appuyant sur chaque syllabe.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

La vie n’est tolérable qu’avec une marotte, un travail quelconque. Dès qu’on abandonne sa chimère, on meurt de tristesse.

Correspondance, 22 juin 1863

Vous êtes pleine de mansuétude. Moi, il y a des jours où la colère m’étouffe.

Correspondance, 14 novembre 1871

Madame Bovary mère ne trouvait rien à blâmer, sauf peut-être cette manie de tricoter des camisoles pour les orphelins, au lieu de raccommoder ses torchons.

Madame Bovary (1857), II, 14

Des esclaves en fuite, des manants révoltés, des bâtards sans fortune, toutes sortes d’intrépides affluèrent sous son drapeau, et il se composa une armée.

Trois contes (1877), La légende de Saint Julien l'Hospitalier

L’amour tel que le concevaient les anciens n’était-il pas une folie, une malédiction, une maladie envoyée par les dieux?

Correspondance, 23-24 décembre 1862

C’était la lune qui l’avait rendue si pâle, et quelque chose des Dieux l’enveloppait comme une vapeur subtile.

Salammbô (1862)

Oh! si tu pouvais lire dans mon coeur, tu verrais la place où je t’ai mise!

Correspondance, 6 août 1846

Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement. Comme les matelots en détresse, elle promenait sur la solitude de sa vie des yeux désespérés, cherchant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l’horizon.

Madame Bovary (1857), I, 9

La mort n’a peut-être pas plus de secrets à nous révéler que la vie?

Correspondance, à Georges Sand

La terre a des limites, mais la bêtise humaine est infinie.

Correspondance

Que de choses flottent encore dans les limbes de la pensée humaine.

Correspondance, janvier 1854

Libre-échange: Cause des souffrances du commerce.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Il se lança dans une digression ethnographique: l’Allemande était vaporeuse, la Française libertine, l’Italienne passionnée.

Madame Bovary (1857), III, 6

Il faut de chaque malheur tirer une leçon et rebondir après les chutes.

Correspondance, 23 mai 1852

Les jurandes, au moins, en limitant le nombre des apprentis, empêchaient l’encombrement des travailleurs, et le sentiment de la fraternité se trouvait entretenu par les fêtes, les bannières.

L'Education sentimentale (1869)

Décidément j’enlaidis; j’en suis affligé. Ah! je ne suis plus ce magnifique jouvencel d’il y a dix ans. Dans onze mois, j’aurai 30 ans. 30 ans, c’est l’âge de raison. Je n’en ai guère pourtant.

Lettre à sa mère, 20 janvier 1851.

Les jockeys, en casaque de soie, tâchaient d’aligner leurs chevaux et les retenaient à deux mains. Quelqu’un abaissa un drapeau rouge. Alors, tous les cinq, se penchant sur les crinières, partirent.

L'Education sentimentale (1869)

La volonté individuelle de qui que ce soit n’a pas plus d’influence sur l’existence ou la destruction de la civilisation qu’elle n’en a sur la pousse des arbres ou la composition de l’atmosphère.

Correspondance, 9 décembre 1852

C’est surtout quand on voyage que l’on sent profondément la mélancolie de la matière, qui n’est que celle de notre âme projetée sur les objets.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 18 février 1859

J’ai la vie en haine, le mot est parti, qu’il reste, oui, la vie, et tout ce qui me rappelle qu’il faut la subir.

Correspondance, à Maxime Du Camp, 21 octobre 1851

Après ne pas vivre avec ceux qu’on aime, le plus grand supplice est de vivre avec ceux que l’on n’aime pas. C’est-à-dire avec plus des trois quarts du genre humain.

Correspondance, à Louise Colet, novembre 1947

Mieux vaut deux verres de vinaigre et un verre de vin qu’un verre d’eau rougie.

Correspondance, à Alfred Le Poittevin, 16 septembre 1845

La vie est une chose tellement hideuse que le seul moyen de la supporter, c’est de l’éviter.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 18 mai 1857

Chaque jour je m’aperçois du peu que j’ai et la profondeur de mon vide n’est égale qu’à la patience que je mets à la contempler.

Correspondance, à Louise Colet, 20 mars 1847

La vérité n’est pas faite pour consoler comme une tartine de confitures qu’on donne aux enfants qui pleurent. Il faut la rechercher, voilà tout, et écarter de soi ce qui n’est pas elle.

Correspondance, à Mme Roger des Genettes, 1860

Ce qui m’a gardé de la débauche, ce n’est pas la vertu, mais l’ironie. La bêtise du vice me fait encore plus rire de pitié que la turpitude ne me dégoûte.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie, 30 mars 1857

Le travail se subdivisant, il se fait donc, à côté des machines, quantité d’hommes-machines.

Correspondance, à Louise Colet, 14 août 1853

Montons au plus haut de notre tour d’ivoire, sur la dernière marche, le plus près du ciel. Il y fait froid quelquefois, n’est-ce pas? Mais qu’importe! On voit les étoiles briller claire, et l’on n’entend plus les dindons.

Correspondance, à Louise Colet, 22 novembre 1852

On voudrait crever, puisqu’on ne peut faire crever les autres, et tout suicide est peut-être un assassinat rentré.

Correspondance, à Louise Colet, 20 juin 1853

Le succès me parait être un résultat, et non le but.

Correspondance, à Maxime Du Camp, 26 juin 1852

Mais la société n’est-elle pas l’infini tissu de toutes ces petitesses, de ces finasseries, de ces hypocrisies, de ces misères? L’humanité pullule ainsi sur le globe comme une sale poignée de morpions sur une vaste motte.

Correspondance, à Louise Colet, 25 juin 1853

Il fallait, comme pour beaucoup de choses de ce monde, se contenter de rester sur le seuil.

Correspondance, à Louis Bouilhet, 19 décembre 1850

Il y a bien des chemins sans voyageur. Il y a encore plus de voyageurs qui n’ont pas leur sentier.

Correspondance, à Louise Colet, 30 janvier 1847

Ce qui n’a pas de sens à un sens supérieur à ce qui en a.

Correspondance, à Alfred Le Poittevin, juillet 1845

C’est quelque chose, le rire: c’est le dédain et la compréhension mêlés, et en somme la plus haute manière de voir la vie.

Correspondance, à Louise Colet, 2 mars 1854

Il ne faut rien regretter, car n’est-ce pas reconnaître qu’il y a au monde quelque chose de bon?

Correspondance, à Louis Bouilhet, 5 juillet 1854

La médiocrité chérit la règle; moi je la hais. Je me sens contre elle et contre toute restriction, corporation, caste, hiérarchie, niveau, troupeau, une exécration qui m’emplit l’âme, et c’est par ce côté-là peut-être que je comprends le martyre.

Correspondance, à Louise Colet, 7 septembre 1853

Tout n’est peut-être qu’une immense blague, j’en ai peur, et quand nous serons de l’autre côté de la page, nous serons peut-être fort étonnés d’apprendre que le mot du rébus était si simple.

Correspondance, à Louise Colet, 3 novembre 1851

La conception du paradis est au fond plus infernale que celle de l’enfer. L’hypothèse d’une félicité parfaite est plus désespérante que celle d’un tourment sans relâche, puisque nous sommes destinés à n’y jamais atteindre.

Correspondance, à Louise Colet, 21 mai 1953

Demander des oranges aux pommiers est une maladie commune.

Correspondance, à Louise Colet, 24 avril 1852

Accouchement: Mot à éviter; le remplacer par événement. «Pour quelle époque attendez-vous l’événement?»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Constipation: Tous les gens de lettres sont constipés. Influe sur les convictions politiques.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cérumen: «Cire humaine». Se garder de l’ôter parce qu’elle empêche les insectes d’entrer dans les oreilles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Musicien: Le propre du véritable musicien, c’est de ne composer aucune musique, de ne jouer d’aucun instrument, et de mépriser les virtuoses.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Goddam: «C’est le fond de la langue anglaise» , comme disait Beaumarchais, et là-dessus on ricane de pitié.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bâton: Plus redoutable que l’épée.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Exaspération: Constamment à son comble.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Copahu: Feindre d’en ignorer l’usage.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Verres: On ne lui a pas encore pardonné.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Corset: Empêche d’avoir des enfants.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Feu (subst.): Purifie tout. Quand on entend crier «au feu !» on doit commencer par perdre la tête.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Académie française: La dénigrer, mais tâcher d’en faire partie si on peut.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dentistes: Tous menteurs. Se servent du baume d’acier. On les croit aussi pédicures. Se disent chirurgiens comme les opticiens se disent ingénieurs.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Navire: On ne les construit bien qu’à Bayonne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Exécutions capitales: Se plaindre des femmes qui vont les voir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Drap: Tous les draps viennent d’Elbeuf.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Poésie (la): Est tout à fait inutile: passée de mode.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Etoile: Chacun a la sienne, comme l’Empereur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ecrit, bien écrit: Mots de portier, pour désigner les romans-feuilletons qui les amusent.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gants: Donnent l’air comme il faut.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Thème: Au collège, prouve l’application, comme la version prouve l’intelligence. Mais dans le monde il faut rire des forts en thème.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Anglaises: S’étonner de ce qu’elles ont de jolis enfants.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ebéniste: Ouvrier qui travaille surtout l’acajou.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Absinthe: Poison extra-violent: un verre et vous êtes mort. Les journalistes en boivent pendant qu’ils écrivent leurs articles. A tué plus de soldats que les Bédouins.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Christianisme: A affranchi les esclaves.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Knout: Mot qui vexe les Russes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jarretière: Doit toujours se porter au-dessus du genou quand on appartient au grand monde, au-dessous pour les femmes du peuple. Une femme ne doit jamais négliger ce détail de toilette, il y a tant d’impertinents en ce monde.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fabrique: Voisinage dangereux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hémicycle: Ne connaître que celui des Beaux-Arts.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Phaéton: Inventeur des voitures de ce nom.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ediles: Tonner contre à propos du pavage des rues. «A quoi songent nos édiles ?»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Concupiscence: Mot de curé pour exprimer les désirs charnels.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mameluks: Ancien peuple de l’Orient (Egypte).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Elle se répétait: «J’ai un amant ! un amant !» se délectant à cette idée comme celle d’une autre puberté qui lui serait survenue. Elle allait donc posséder enfin ces joies de l’amour, cette fièvre du bonheur dont elle avait désespéré.

Madame Bovary (1857)

Lancette: En avoir toujours une dans sa poche, mais craindre de s’en servir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mal de Saint-Fiacre: Les hémorroïdes sont un signe de santé, il ne faut donc pas les faire passer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Croisades: Ont été bienfaisantes pour le commerce de Venise.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Orfèvre: Toujours l’appeler M. Josse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Eternuement: Après qu’on a dit: «Dieu vous bénisse» , engager une discussion sur l’origine de cet usage.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Grammairiens: Tous pédants.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Conjuré: Les conjurés ont toujours la manie de s’inscrire sur une liste.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Coït, copulation: Mots à éviter. Dire: «Ils avaient des rapports…».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Philosophie: Toujours en ricaner.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Inauguration: Sujet de joie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mobilier: Tout craindre pour son mobilier.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Publicité: Source de fortune.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ukase: Appeler ukase tout décret autoritaire, ça vexe le gouvernement.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Escroc: Toujours du grand monde (v. espion).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Oeuf: Point de départ pour une dissertation philosophique sur la genèse des êtres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Orthographe: Y croire comme aux mathématiques. N’est pas nécessaire quand on a du style.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Créole: Vit dans un hamac.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Corps: Si nous savions comment notre corps est fait, nous n’oserions pas faire un mouvement.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hôtes: Exemples à donner à son fils.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hermaphrodite: Excite la curiosité malsaine. Chercher à en voir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jonc: Une canne doit être en jonc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Inquisition: On a bien exagéré ses crimes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Original: Rire de tout ce qui est original, le haïr, le bafouer, et l’exterminer si l’on peut.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mouches: Puer abige muscas.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

John Bull: Quand on ne sait pas le nom d’un Anglais, on l’appelle John Bull.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Indolence: Résultat des pays chauds.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cercle: On doit toujours faire partie d’un cercle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Extinction: Ne s’emploie qu’avec paupérisme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Accident: Toujours déplorable ou fâcheux (comme si on devait jamais trouver un malheur une chose réjouissante…).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hérostrate: A employer dans toute conversation sur les incendies de la Commune.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Défaite: S’essuie, et elle est tellement complète qu’il n’en reste personne pour en porter la nouvelle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Université: Alma mater.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ronsard: Ridicule avec ses mots grecs et latins.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lune: Inspire la mélancolie. Est peut-être habitée ?

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Débauche: Cause de toutes les maladies des célibataires.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Machiavélisme: Mot qu’on ne doit prononcer qu’en frémissant.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Etudiant: Portent tous des bérets rouges, des pantalons à la hussarde, fumant la pipe dans la rue et n’étudie pas.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Peinture sur verre: Le secret en est perdu.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Nègre: Il faut parler nègre pour se faire comprendre d’un étranger, quelle que soit sa nationalité. S’emploie aussi dans le style télégraphique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Inspiration poétique: Choses qui la provoquent: la vue de la mer, l’amour, la femme, etc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Couteau: Est catalan quand la lame est longue. S’appelle poignard quand il a servi à commettre un crime.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Budget: Jamais en équilibre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Providence: Que deviendrons-nous sans elle ?

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hoquet: Pour le guérir, une clef dans le dos ou une peur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jambage (droit de): Ne pas y croire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Eclectisme: Tonner contre comme étant une philosophie immorale.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Astronomie: Belle science. N’est utile que pour la marine. A ce propos, rire de l’astrologie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Masque: Donne de l’esprit.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Iliade: Toujours suivie de l’Odyssée.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chapeau: Protester contre la forme des chapeaux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Défilé: Toujours citer les Thermopyles. Le défilé des Vosges sont les Thermopyles de la France (s’est beaucoup dit en 1870).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Campagne: Les gens de la campagne meilleurs que ceux des villes: envier leur sort. A la campagne tout est permis; habits bas, farces, etc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Désert: Produit des dattes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Erudition: La mépriser comme étant la marque d’un esprit étroit.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Habitude: Est une seconde nature. Les habitudes de collège sont de mauvaises habitudes. Avec de l’habitude on peut jouer du violon comme Paganini.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Divorce: Si Napoléon n’avait pas divorcé, il serait encore sur le trône.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Economie: Toujours précédé de «ordre» . Mène à la fortune. Citer l’anecdote de Laffitte ramassant une épingle dans la cour du banquier Perrégaux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Brunes: Plus chaudes que les blondes (v. blondes).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bière: Il ne faut pas en boire, ça enrhume.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Monstres: On n’en voit plus.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pauvres: S’en occuper tient lieu de toutes les vertus.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mandoline: Indispensable pour séduire les Espagnoles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ils se passeront donc de mes lumières. Je leur demande en revanche qu’ils ne m’empoisonnent pas de leurs chandelles.

Correspondance, à Maxime Du Camp, juillet 1852

Ambitieux: En province, tout homme qui fait parler de lui. «Je ne suis pas ambitieux, moi !» veut dire égoïste ou incapable.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Descartes: Cogito, ergo sum.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Célibataires: Tous égoïstes et débauchés. On devrait les imposer. Se préparent une triste vieillesse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Nourritures: Toujours saine et abondante dans les collèges.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mécanique: Partie inférieure des mathématiques.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dos: Une tape dans le dos peut rendre poitrinaire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Loutre: Sert à faire des casquettes et des gilets.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Planètes: Toutes découvertes par M. Leverrier.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Juif: Fils d’Israël. Les Juifs sont tous des marchands de lorgnettes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Propriété: Une des bases de la société. Plus sacrée que la religion.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Champagne: Caractérise le dîner de cérémonie. Faire semblant de le détester, en disant que «ce n’est pas du vin» . Provoque l’enthousiasme chez les petites gens. La Russie en consomme plus que la France.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Clocher de village: Fait battre le coeur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Champignons: Ne doivent être achetés qu’au marché.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Adolescent: Ne jamais commencer un discours de distribution des prix autrement que par «Jeunes adolescents» (ce qui est un pléonasme).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Parents: Toujours désagréables. Cacher ceux qui ne sont pas riches.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Député: L’être, comble de la gloire. Tonner contre la Chambre des députés. Trop de bavards à le Chambre. Ne font rien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Eunuque: N’a jamais d’enfants… Fulminer contre les castrats de la chapelle Sixtine.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Incapacité: Toujours notoire. Plus on est incapable, plus on doit être ambitieux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Obus: Servent à faire des pendules et des encriers.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cataplasme: Doit toujours être mis en attendant l’arrivée du médecin.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Boulet: Le vent du boulet rend aveugle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Allemands: Peuple de rêveurs (vieux). Ce n’est pas étonnant qu’ils nous aient battus, nous n’étions pas prêts!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Yvetot: Voir Yvetot et mourir! (v. Naples et Séville)

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Emir: Ne se dit qu’en parlant d’Abd-el-Kader.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Orchestre: Image de la société: chacun fait sa partie et il y a un chef.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Diamant: On finira par en faire! Et dire que ce n’est que du charbon! Si nous en trouvions un dans son état naturel, nous ne le ramasserions pas!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mémoire: Se plaindre de la sienne, et même se vanter de n’en pas avoir. Mais rugir si on vous dit que vous n’avez pas de jugement.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Matérialisme: Prononcer ce mot avec horreur en appuyant chaque syllabe.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bouchers: Sont terribles en temps de révolution.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mathématiques: Dessèchent le coeur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Libertinage: Ne se voit que dans les grandes villes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ecrire: Currente calamo, c’est l’excuse pour les fautes de style ou d’orthographe.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chaleur: Toujours insupportable. Ne pas boire quand il fait chaud.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Epoque (la nôtre): Tonner contre elle. Se plaindre de ce qu’elle n’est pas poétique. L’appeler époque de transition, de décadence.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Incognito: Costumes des princes en voyage.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fièvre: Preuve de la force du sang. Est causée par les prunes, le melon, le soleil d’avril, etc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Darwin: Celui qui dit que nous descendons du singe.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Instinct: Supplée à l’intelligence.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Diva: Toutes les cantatrices doivent être appelées Diva.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Arsenic: Se trouve partout (rappeler Mme Lafarge). Cependant, il y a des peuples qui en mangent.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Promenade: Toujours faire une promenade après dîner, ça facilite la digestion.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Doute: Pire que la négation.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fusiller: Plus noble que guillotiner. Joie de l’individu à qui on accorde cette faveur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Navigateur: Toujours hardi.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Inventeurs: Meurent tous à l’hôpital. Un autre profite de leur découverte, ce n’est pas juste.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Métallurgie: Très chic.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Evangiles: Livres divins, sublimes, etc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Peur: Donne des ailes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jeu: S’indigner contre cette fatale passion.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lauriers: Empêchent de dormir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Voyageur: Toujours intrépide.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pain: On ne sait pas toutes les saletés qu’il y a dans le pain.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jésuites: Ont la main dans toutes les révolutions. On ne se doute pas du nombre qu’il y en a. Ne point parler de la «bataille des Jésuites».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lynx: Animal célèbre pour son oeil.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Flagrant délit: Prononcer flagrante delicto. Ne s’emploie que pour les cas d’adultère.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cygne: Chante avant de mourir. Avec son aile peut casser la cuisse d’un homme. Le cygne de Cambrai n’était pas un oiseau, mais un homme nommé Fénélon. Le cygne de Mantoue, c’est Virgile. Le cygne de Pesaro, c’est Rossini.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hirondelle: Ne jamais les appeler autrement que messagères du printemps. Comme on ignore d’où elles viennent, dire qu’elles arrivent «des bords lointains» (poétique).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Economie politique: Science sans entrailles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Crucifix: Fait bien dans une alcôve et à la guillotine.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Homo: Dire Ecce homo! en voyant entrer l’individu qu’on attend.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Grog: Pas comme il faut.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Valse: S’indigner contre. Danse lascive et impure qui ne devrait être dansée que par les vieilles femmes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pigeon: Ne doit se manger qu’avec des petits pois.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Blondes: Plus chaudes que les brunes (v. brunes).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Monopole: Tonner contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Magnétisme: Joli sujet de conversation et qui sert à «faire des femmes».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Antiquité et tout ce qui s’y rapporte: Poncif, embêtant.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Insurrection: Le plus saint des devoirs (Blanqui).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Immoralité: Ce mot bien prononcé rehausse celui qui l’emploie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Furie française: Toujours prononcer furia francese.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gothique: Style d’architecture portant plus à la religion que les autres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Assassin: Toujours lâche, même quand il a été intrépide et audacieux. Moins coupable qu’un incendiaire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Drôle: Doit s’employer à tout propos: «C’est drôle.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Noblesse: La mépriser et l’envier.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Exposition: Sujet de délire du XIXe siècle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fanfare: Toujours joyeuse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Optimiste: Equivalent d’imbécile.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bourreau: Toujours de père en fils.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dissection: Outrage à la majesté de la mort.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Orchite: Maladie de Monsieur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chat: Les chats sont traîtres. Les appeler tigres de salon. Leur couper la queue pour empêcher le vertigo.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Toilette (des dames): Trouble l’imagination.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Japon: Tout y est en porcelaine.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fusion des branches royales: L’espérer toujours.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pruneaux: Tiennent le ventre libre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Punch: Convient à une soirée de garçons. Source de délire. Eteindre les lumières quand on l’allume. Et ça produit des flammes fantastiques!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Choléra: Le melon donne le choléra. On s’en guérit en prenant beaucoup de thé avec du rhum.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lacustres (les villes): Nier leur existence, parce qu’on ne peut pas vivre sous l’eau.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Eté: Toujours exceptionnel (v. hiver).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Oasis: Auberge dans le désert.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Epée: On ne connaît que celle de Damoclès. Regretter le temps où on en portait. «Brave comme une épée.» Quelquefois elle n’a jamais servi.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Octogénaire: Se dit de tout vieillard.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Embonpoint: Signe de richesse et de fainéantise.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Déjeuner des garçons: Exige des huîtres, du vin blanc et des gaudrioles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Paraphe: Plus il est compliqué, plus il est beau.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Domicile: Toujours inviolable. Cependant la Justice, la Police, y pénètrent quand elles veulent. Je regagne mes pénates. Je rentre dans mes lares.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bouddhisme: «Fausse religion de l’Inde» (Définition du Dictionnaire Bouillet, 1ère édition).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lumière: Toujours dire: Fiat lux! quand on allume une bougie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Escrime: Les maîtres d’escrime savent des bottes secrètes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Palmyre: Une reine d’Egypte? Des ruines? On ne sait pas.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Agriculture: Une des mamelles de l’Etat (l’Etat est du genre masculin, mais ça ne fait rien). On devrait l’encourager. Manque de bras.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hamac: Propre aux créoles. Indispensable dans un jardin. Se persuader qu’on y est mieux que dans un lit.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Plante: Guérit toujours les parties du corps humain auxquelles elle ressemble.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Etrennes: S’indigner contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Matelas: Plus il est dur, plus il est hygiénique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hypothèse: Souvent dangereuse, toujours hardie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bandits: Toujours féroces.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gourmé: Toujours précédé de raide.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Faisceaux: A former, est le comble de la difficulté dans la garde nationale.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Démosthène: Ne prononçait pas de discours sans avoir un galet dans la bouche.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Méthode: Ne sert à rien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Badaud: Tous les Parisiens sont des badauds quoique sur dix habitants de Paris il y ait neuf provinciaux. A Paris on ne travaille pas.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Aplomb: Toujours suivi de infernal ou précédé de rude.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Déchaîner: On déchaîne ses chiens et les mauvaises passions.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hospitalité: Doit toujours être écossaise. Citer les vers: Chez les montagnards écossais, L’hospitalité se donne Mais ne se vend jamais.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bataille: Toujours sanglante. Il y a toujours deux vainqueurs, le battant et le battu.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Kaléïdoscope: Ne s’emploie qu’à propos des salons de peinture.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Horizons: Trouver beaux ceux de la nature et sombres ceux de la politique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Palmier: Donne de la couleur locale.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Transpiration des pieds: Signe de santé.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Magie: S’en moquer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Narines: Relevées, signe de lubricité.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cheminée: Fume toujours. Sujet de discussion à propos du chauffage.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bergers: Tous sorciers. Ont la spécialité de causer avec la Sainte Vierge.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Glaces: Il est dangereux d’en prendre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Oméga: Deuxième lettre de l’alphabet grec, puisqu’on dit toujours l’alpha et l’oméga.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Grammaire: L’apprendre aux enfants dès le plus bas âge comme étant une chose claire et facile.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Grisettes: Il n’y a plus de grisettes. Cela doit être dit avec l’air déconfit du chasseur qui se plaint qu’il n’y a plus de gibier.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Feu (adj.): Feu mon père, et on soulève son chapeau.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Démêloir: Fait tomber les cheveux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Grenier: On y est bien à vingt ans!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Abricots: Nous n’en aurons pas encore cette année.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dolmen: A rapport aux anciens Français. Pierre qui servait au sacrifice des druides. Il n’y en a qu’en Bretagne. On n’en sait pas plus.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Contralto: On ne sait pas ce que c’est.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bagnolet: Pays célèbre par ses aveugles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Francs-tireurs: Plus terribles que l’ennemi.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Directoire (le): Les hontes du Directoire. «Dans ce temps-là l’honneur s’était réfugié aux armées.» Les femmes, à Paris, se promenaient toutes nues.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Candeur: Toujours adorable. On en est rempli ou on n’en a pas du tout.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Vente: Vendre et acheter, but de la vie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jeunesse: Ah! C’est beau la jeunesse. Toujours citer ces vers italiens, même sans les comprendre: O Primavera! Gioventù dell’anno! O Gioventù! Primavera della vita!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Imbéciles: Ceux qui ne pensent pas comme vous.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gomme élastique: Est faite avec le scrotum de cheval.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pyramide: Ouvrage inutile.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dictionnaire de rimes: S’en servir? Honteux!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ere (des révolutions): Toujours ouverte puisque chaque nouveau gouvernement promet de la fermer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Haras: La question des haras, beau sujet de discussion parlementaire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hiver: Toujours exceptionnel (v. été). Est plus sain que les autres saisons.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jansénisme: On ne sait pas ce que c’est, mais il est chic d’en parler.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Méphistophélique: Doit se dire de tout rire amer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Charcutier: Anecdote des pâtés faits avec de la chair humaine. Toutes les charcutières sont jolies.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chanteur: Avalent tous les matins un oeuf frais pour s’éclaircir la voix. Le ténor a toujours une voix charmante et tendre, le baryton un organe sympathique et bien timbré, et la basse une émission puissante.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jardins anglais: Plus naturels que les jardins à la française.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fricassée: Ne se fait bien qu’à la campagne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Moustaches: Donnent l’air martial.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Devoirs: Les exiger de la part des autres, s’en affranchir. Les autres en ont envers nous, mais on n’en a pas envers eux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Eperons: Font bien à une paire de bottes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fidèle: Inséparable d’ami et de chien. Ne pas manquer de citer les deux vers: Oui puisque je retrouve un ami si fidèle, Ma fortune, etc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hernie: Tout le monde en a sans le savoir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Boutons: Au visage ou ailleurs, signe de santé et de force du sang. Ne point les faire passer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Liberté: O liberté! que de crimes on commet en ton nom! Nous avons toutes celles qui sont nécessaires. La liberté n’est pas la licence (phrase de conservateur).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gulf-stream: Ville célèbre de Norvège, nouvellement découverte.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Force: Toujours herculéenne. La force prime le droit (Bismarck).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Message: Plus noble que lettre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jeune homme: Toujours farceur. Il doit l’être. S’étonner quand il ne l’est pas.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Echecs (jeu des): Image de la tactique militaire. Tous les grands capitaines y étaient forts. Trop sérieux pour un jeu, trop futile pour une science.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lorgnon: Insolent et distingué.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Comédie: En vers, ne convient plus à notre époque. On doit cependant respecter la haute comédie. Castigat ridendo mores.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Clair-obscur: On ne sait pas ce que c’est.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Parrain: Toujours le père du filleul.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Introduction: Mot obscène.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Laconisme: Langue qu’on ne parle plus.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cor aux pieds: Indique le changement de temps mieux qu’un baromètre. Très dangereux quand il est mal coupé: citer des exemples d’accidents terribles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fermé: Toujours précédé de hermétiquement.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Célébrité: Les célébrités: s’inquiéter du moindre détail de leur vie privée, afin de pouvoir les dénigrer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Genre épistolaire: Genre de style exclusivement réservé aux femmes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Numismatique: A rapport aux hautes sciences, inspire un immense respect.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Buffon: Mettait des manchettes pour écrire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Diderot: Toujours suivi de d’Alembert.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Moulin: Fait bien dans un paysage.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pérou: Pays où tout est en or.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Imagination: Toujours vive. S’en défier. Quand on n’en a pas, la dénigrer chez les autres. Pour écrire des romans, il suffit d’avoir de l’imagination.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Commerce: Discuter pour savoir lequel est le plus noble, du commerce ou de l’industrie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cèdre: Celui du Jardin des Plantes a été rapporté dans un chapeau.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Troubadour: Beau sujet de pendule.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Popilius: Inventeur d’une espèce de cercle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jour: Il y a les jours de Monsieur, le jour de barbe, le jour de médecine, etc. Il y a ceux de Madame, qu’elle appelle critiques à certaines époques du mois.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Institut (l’): Les membres de l’Institut sont tous des vieillards et portent des abat-jour en taffetas vert.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Maladie des nerfs: Toujours des grimaces.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Anglais: Tous riches.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Phénix: Beau nom pour une compagnie d’assurances contre l’incendie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Principes: Toujours indiscutables; on ne peut en dire ni la nature, ni le nombre; n’importe, sont sacrés.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cachot: Toujours affreux. La paille y est toujours humide. On n’en a pas encore rencontré de délicieux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Diane: Déesse de la chasse-teté.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Badigeon dans les églises: Tonner contre. Cette colère artistique est extrêmement bien portée.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Epuisement: Toujours prématuré.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Douleur: A toujours un résultat favorable. La véritable est toujours contenue.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Laboureurs: Que serions-nous sans eux?

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Architecture: Il n’y a que quatre ordre d’architecture. Bien entendu qu’on ne compte pas l’égyptien, le cyclopéen, l’assyrien, l’indien, le chinois, le gothique, le roman, etc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Moutarde: Il n’y a de bonne moutarde qu’à Dijon. Ruine l’estomac.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Barbier: Aller chez le frater, chez Figaro. Le barbier de Louis XI. Autrefois saignait.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Taupe: Aveugle comme une taupe. Et cependant elle a des yeux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Doge: Epousait la mer. On n’en connaît qu’un: Marino Faliero.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Classiques (les): On est censé les connaître.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Facture: Toujours trop élevé.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Harengs: Fortune de la Hollande.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Images: Il y en a toujours trop dans la poésie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Critique: Toujours éminent. Est censé tout connaître, tout savoir, avoir tout lu, tout vu. Quand il vous déplaît, l’appeler Aristarque, ou eunuque.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Romances: Le chanteur de romances plaît aux dames.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Nègresses: Poussière tombée d’un livre dans un crâne vide.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chien: Spécialement créé pour sauver la vie à son maître. Le chien est l’ami de l’homme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Coq: Un homme maigre doit toujours dire qu’un bon coq n’est jamais gras.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Café: Donne de l’esprit. N’est bon qu’en venant du Havre. Dans un grand dîner, doit se prendre debout. L’avaler sans sucre, très chic, donne l’air d’avoir vécu en Orient.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Air: Toujours se méfier des courants d’air. Invariablement le fond de l’air est en contradiction avec la température; si elle est chaude, il est froid, et l’inverse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Prêtres: On devrait les châtrer. Couchent avec leurs bonnes et en ont des enfants qu’ils appellent leurs neveux. C’est égal, il y en a de bons tout de même.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Intrigue: Mène à tout.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hystérie: La confondre avec la nymphomanie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dompteurs de bêtes féroces: Emploient des pratiques obscènes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Communion: La première communion: le plus beau jour de la vie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dortoirs: Toujours spacieux et bien aérés. Préférables aux chambres pour la moralité des élèves.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Opéra (coulisses de l’): Paradis de Mahomet sur la terre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pourpre: Mot plus noble que rouge.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Louis XVI: Toujours dire: «Cet infortuné monarque…»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jarnac (coup de): S’indigner contre ce coup, qui, du reste était fort loyal.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Wagner: Ricaner quand on entend son nom, et faire des plaisanteries sur la musique de l’avenir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Franc-maçonnerie: Encore une des causes de la Révolution! Les épreuves de l’initiation sont terribles. Cause de dispute dans les ménages. Mal vue des ecclésiastiques. Quel peut bien être son secret?

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Voisins: Tâcher de se faire rendre par eux des services sans qu’il en coûte rien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Baudruche: Ne sert qu’à faire des ballons.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Keepsake: Doit se trouver sur la table d’un salon.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Vins: Sujet de conversation entre hommes. Le meilleurs est le bordeaux, puisque les médecins l’ordonnent. Plus il est mauvais, plus il est naturel.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cavernes: Habitation ordinaire des voleurs. Sont toujours remplies de serpents.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Martyrs: Tous les premiers chrétiens l’ont été.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Foulard: Il est «comme il faut» de se moucher dedans.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hannetons: Fils du printemps. Beau sujet d’opuscule. Leur destruction radicale est le rêve de tout préfet; quand on parle de leurs ravages dans un discours de comice agricole, il faut les traiter de «funestes coléoptères».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Crapaud: Mâle de la grenouille. Possède un venin fort dangereux. Habite l’intérieur des pierres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dessin (l’art du): Se compose de trois choses: la ligne, le grain, et le grainé fin; de plus, le trait de force. Mais le trait de force, il n’y a que le maître seul qui le donne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cordonnier: Ne sutor ultra crepidam.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Calvitie: Toujours précoce, est causée par des excès de jeunesse ou la conception de grande pensée.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pélican: Se perce les flancs pour nourrir ses petits. Emblème du père de famille.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Colonies (nos): S’attrister quand on en parle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Félicité: Toujours parfaite. Votre bonne se nomme Félicité, alors elle est parfaite.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Basilique: Synonyme pompeux d’église. Est toujours imposante.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Conservatoire: Il est indispensable d’être abonné au Conservatoire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hiéroglyphes: Ancienne langue des Egyptiens, inventée par les prêtres pour cacher leurs secrets criminels. Et dire qu’il y a des gens qui les comprennent! Après tout, c’est peut-être une blague?

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dévouement: Se plaindre de ce que les autres en manquent. «Nous sommes bien inférieurs au chien, sous ce rapport!»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Javelot: Vaut bien un fusil, quand on sait s’en servir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pipe: Pas comme il faut, sauf aux bains de mer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ecume de mer: Se trouve dans la terre. On en fait des pipes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Empire: «L’Empire c’est la paix.» (Napoléon III).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Maestro: Mot italien qui veut dire pianiste.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bayadère: Mot qui entraîne l’imagination. Toutes les femmes de l’Orient sont des bayadères (v. odalisques).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hérode: Etre vieux comme Hérode.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cigares: Ceux de la Régie, «tous infects». Les seuls bons viennent par contrebande.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Tartane: Viens dans ma tartane, Belle Grecque à l’oeil noir (Romance).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ouvrier: Toujours honnête, quand il ne fait pas d’émeutes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ingénieur: La première carrière pour un jeune homme. Connaît les sciences.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Paganini: N’accordait jamais son violon. Célèbre par la longueur de ses doigts.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fruste: Tout ce qui antique est fruste, et tout ce qui est fruste est antique. Bien se le rappeler quand on achète des antiquités.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Laboratoire: On doit en avoir un à la campagne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Néologisme: La perte de la langue française.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Voltaire: Célèbre par son «rictus» épouvantable. Science superficielle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ligueurs: Précurseurs du libéralisme en France.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Coffres-forts: Leurs complications sont très faciles à déjouer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cognac: Très funeste. Excellent dans plusieurs maladies. Un bon verre de cognac ne fait jamais de mal. Pris à jeun tue le ver de l’estomac.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Robe: Inspire le respect.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Octroi: On doit le frauder (v. douane).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hébreu: Est hébreu tout ce qu’on ne comprend pas.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Orientaliste: Homme qui a beaucoup voyagé.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Art: Ca mène à l’hôpital. A quoi ça sert, puisqu’on le remplace par la mécanique qui fait mieux et plus vite.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Feuilletons: Cause de démoralisation. Se disputer sur le dénouement probable. Ecrire à l’auteur pour lui fournir des idées. Fureur quand on y trouve un nom pareil au sien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pucelle: Ne s’emploie que pour Jeanne d’Arc, et avec «d’Orléans».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Muscles: Les muscles des hommes forts sont toujours en acier.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Autruche: Digère les pierres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fourrure: Signe de richesse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Racine: Polisson!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Epargne (Caisse d’): Occasion de vol pour les domestiques.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Midi (cuisine du): Toujours à l’ail. Tonner contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Haquenée: Animal blanc du Moyen Age dont la race est disparue.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cor de chasse: Dans les bois fait bon effet, et le soir sur l’eau.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Illusions: Affecter d’en avoir beaucoup, se plaindre de ce qu’on les a perdues.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Nacelle: Tout batelet qui porte une femme. «Viens dans ma nacelle!».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Témoin: Il faut toujours refuser d’être témoin en justice, on ne sait pas où ça peut mener.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Livre: Quel qu’il soit, toujours trop long.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Heiduque: Le confondre avec eunuque.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Broche: Doit toujours encadrer une mèche de cheveux ou une photographie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Collège, lycée: Plus noble qu’une pension.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Conversation: La politique et la religion doivent en être exclues.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Injure: Doit toujours se laver dans le sang.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Musée: De Versailles: retrace les hauts faits de la gloire nationale; belle idée de Louis-Philippe. Du Louvre: à éviter pour les jeunes filles. Dupuytren: très utile à montrer aux jeunes gens.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Inhumation: Trop souvent précipitée: raconter des histoires de cadavres qui s’étaient dévoré le bras pour apaiser leur faim.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Innées (idées): Les blaguer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Banquet: La plus franche des cordialités ne cesse d’y régner. On en emporte le meilleur souvenir et on ne se sépare jamais sans s’être donné rendez-vous pour l’année prochaine. Un farceur doit dire: «Au banquet de la vie, infortuné convive…», etc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Moules: Toujours indigestes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dieu: Voltaire lui-même l’a dit: «Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer» .

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Etalon: Toujours vigoureux. Une femme doit ignorer la différence qu’il y a entre un étalon et un cheval.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Appartement de garçon: Toujours en désordre, avec des colifichets de femme traînant ça et là. Odeur de cigarettes. On doit y trouver des choses extraordinaires.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Foule: A toujours de bons instincts. Turba ruit ou ruunt. La vile multitude (Thiers.).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hercule: Les Hercules sont du Nord.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Félicitations: Toujours sincères, empressées, cordiales, etc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Clown: A été disloqué dès l’enfance.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Manteau: Toujours couleur de muraille pour les équipées galantes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

L’air est si doux qu’il empêche de mourir.

Salammbô (1862)

Médecine: S’en moquer quand on se porte bien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Auteur: On doit «connaître des auteurs»; inutile de savoir leur nom.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Architectes: Tous imbéciles. Oublient toujours l’escalier des maisons.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Braconniers: Tous forçats libérés. Auteurs de tous les crimes commis dans les campagnes. Doivent exciter une colère frénétique: «Pas de pitié, monsieur, pas de pitié!»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Comètes: Rire des gens qui en avaient peur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bas-bleu: Terme de mépris pour désigner toute femme qui s’intéresse aux choses intellectuelles. Citer Molière à l’appui: «Quand la capacité de son esprit se hausse…», etc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Richesse: Tient lieu de tout, même de considération.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Groupe: Convient sur une cheminée et en politique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pudeur: Le plus bel ornement de la femme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Diogène: «Je cherche un homme… Retire-toi de mon soleil.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gares de chemin de fer: S’extasier devant elles et les donner comme modèles d’architecture.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Marbre: Toute statue est en marbre de Paros.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Frauder: Frauder l’octroi n’est pas tromper, c’est une preuve d’esprit et d’indépendance politique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Imprimé: On doit croire tout ce qui est imprimé. Voir son nom imprimé! Il y en a qui commettent des crimes rien que pour ça.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ministre: Dernier terme de la gloire humaine.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Château fort: A toujours subi un siège sous Philippe Auguste.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Rêvasserie: Les idées élevées qu’on ne comprend pas.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Billard: Noble jeu. Indispensable à la campagne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jouets: Devraient toujours être scientifiques.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Français: Le premier peuple de l’univers. «Il n’y a qu’un Français de plus», a dit le comte d’Artois. Ah! qu’on est fier d’être Français, – Quand on regarde la colonne!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dominos: On y joue d’autant mieux qu’on est gris.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jockey: Déplorer la race des jockeys.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fonctionnaire: Inspire le respect quelle que soit la fonction qu’il remplisse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dessert: Regretter qu’on n’y chante plus. Les gens vertueux le méprisent: «Non! non! pas de pâtisseries! Jamais de dessert!»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hippocrate: On doit toujours le citer en latin parce qu’il écrivait en grec, excepté dans cette phrase: «Hippocrate dit oui, mais Galien dis non.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dartre: Signe de santé (v. boutons).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hygiène: Doit toujours être bien entretenue. Elle préserve des maladies, quand elle n’en est pas la cause.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fugue: On ignore en quoi cela consiste, mais il faut affirmer que c’est fort difficile et très ennuyeux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lavement: Ne se dit qu’en parlant de la cérémonie du lavement des pieds.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pensionnat: Dites Boarding school, quand c’est un pensionnat de jeunes filles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Clarinette: En jouer rend aveugle. Ex.: Tous les aveugles jouent de la clarinette.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ilotes: Exemple à donner à son fils, mais on ne sait où les trouver.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Notaires: Maintenant, ne pas s’y fier.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Macadam: A supprimé les révolutions: plus moyen de faire des barricades. Est néanmoins bien incommode.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cavalerie: Plus noble que l’infanterie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Concessions: N’en faire jamais. Elles ont perdu Louis XVI.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Melon: Joli sujet de conversation à table. Est-ce un légume? Est-ce un fruit? Les Anglais les mangent au dessert, ce qui étonne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cirage: N’est bon que si on le fait soi-même.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lord: Anglais riche.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Diplôme: Signe de science. Ne prouve rien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ecriture: Une belle écriture mène à tout. Indéchiffrable: signe de science. Ex.: les ordonnances des médecins.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Génération spontanée: Idée de socialiste.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ventre: Dire abdomen quand il y a des dames.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Giberne: Etui pour bâton de maréchal de France.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Derby: Mot de courses. Très chic.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Léthargies: On en a vu qui duraient des années.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Oreiller: Ne jamais s’en servir, ça rend bossu.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bonnet grec: Indispensable à l’homme de cabinet. Donne de la majesté au visage.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Eternuer: C’est une raillerie spirituelle de dire: le russe et le polonais ne se parlent pas, ça s’éternue.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Photographie: Détrônera la peinture (v. daguerréotype).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Baccalauréat: Tonner contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mexique: «La guerre du Mexique est la plus grande pensée du règne.» (Rouher.)

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Emigrés: Gagnaient leur vie à donner des leçons de guitare et à faire la salade.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Homère: N’a jamais existé. Célèbre par sa façon de rire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Folliculaires: Les journalistes. Quand on ajoute de bas étage, c’est le comble du mépris.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fossiles: Preuve du déluge. Plaisanterie de bon goût, en parlant d’un académicien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Rousseau: Croire que J. -J. Rousseau et J. -B. Rousseau sont les deux frères, comme l’étaient les deux Corneille.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Visage: Miroir de l’âme. Alors il y a des gens qui ont l’âme bien laide.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bretons: Tous braves gens, mais entêtés.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Temps: Eternel sujet de conversation. Cause universelle des maladies. Toujours s’en plaindre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Humeur: Se réjouir quand elle sort, et s’étonner que le corps humain puisse en contenir de si grandes quantités.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Evacuations: Les évacuations sont souvent copieuses et toujours de mauvaise nature.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gibelotte: Toujours faite avec du chat.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Actrices: La perte des fils de famille. Sont d’une lubricité effrayante, se livrent à des orgies, avalent des millions, finissent à l’hôpital. Pardon! il y en a qui sont bonnes mères de famille!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Etrusque: Tous les vases anciens sont étrusques.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Harem: Comparer toujours un coq au milieu de ses poules à un sultan dans son harem. Rêve de tous les collégiens.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ourse (la): Thermomètre de l’opinion publique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Encyclopédie: En rire de pitié, comme étant un ouvrage rococo, et même tonner contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gymnase (le): Succursale de la Comédie-Française.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

On se sauve de tout par l’orgueil.

Correspondance, à Louise Colet

Marseillais: Tous gens d’esprit.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Club: Sujet d’exaspération pour les conservateurs. Embarras et discussion sur la prononciation de ce mot.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Enceinte: Fait bien dans les discours officiels: «Messieurs, dans cette enceinte…»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bâillement: Il faut dire: «Excusez-moi, ça ne vient pas de l’ennui, mais de l’estomac.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Colère: Fouette le sang; hygiénique de s’y mettre de temps en temps.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Avocats: Ont le jugement faussé à force de plaider le pour et le contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Imprésario: Mot d’artiste qui signifie directeur. Toujours précédé d’habile.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Importation: Ver rongeur du commerce.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Noir: Toujours suivi d’ébène. Comme un geai (pour jais).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fourchette: Doit toujours être en argent, c’est moins dangereux. On doit s’en servir avec la main gauche, c’est plus commode et plus distingué.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ivresse: Toujours précédée de folle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ponsard: Seul poète qui ait eu du bon sens.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Normands: Croire qu’ils prononcent des hâvresâcs, et les blaguer sur le bonnet de coton.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Alcibiade: Célèbre par la queue de son chien. Type de débauché. Fréquentait Aspasie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Galant homme: Suivant les circonstances prononcer galantuomo ou gentleman.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Italiens: Tous musiciens. Tous traîtres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Girafe: Mot poli pour ne pas appeler une femme chameau.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hachisch: Ne pas confondre avec le hachis, qui ne provoque aucune extase voluptueuse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fossettes: On doit toujours dire à une jolie fille qu’elle a des amours nichés dans ses fossettes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Métaphysique: En rire: c’est une preuve d’esprit supérieur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Talleyrand (Prince de): S’indigner contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hallier: Toujours sombre et impénétrable.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cosaques: Mangent de la chandelle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Rire: Toujours homérique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Radeau: Toujours de la Méduse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bible: Le plus ancien livre du monde.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Piano: Indispensable dans un salon.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chacal: Singulier de shakos (vieux, mais fait toujours rire).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Rate: Autrefois, on l’enlevait au coureur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Exercice: Préserve de toutes les maladies: toujours conseiller d’en faire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Odéon: Plaisanteries sur son éloignement.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Joli: S’emploie pour tout ce qui est beau. C’est joliment joli! est le comble de l’admiration.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Treize: Eviter d’être treize à table, ça porte malheur. Les esprits forts ne devront jamais manquer de plaisanter: «Qu’est-ce que ça fait, je mangerai pour deux.» Ou bien s’il y a des dames, de demander si l’une d’elles n’est pas enceinte.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Basques: Le peuple qui court le mieux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Feuille de vigne: Emblème de la virilité dans l’art de la sculpture.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Amiral: Toujours brave. Ne jure que par «mille sabords!»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Idolâtres: Sont cannibales.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gamin: Toujours de Paris. Ne jamais laisser sa femme dire: «Quand je suis gaie, j’aime à faire le gamin.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Terre: Dire les quatre coins de la terre, puisqu’elle est ronde.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Métaphores: Il y en a toujours trop dans le style.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bras: Pour gouverner la France, il faut un bras de fer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Tour: Indispensable à avoir dans son grenier, à la campagne, pour les jours de pluie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Droit (le): On ne sait pas ce que c’est.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fornarina: C’était une belle femme; inutile d’en savoir plus long.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Donjon: Eveille des idées lugubres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cochon: L’intérieur de son corps étant «tout pareil à celui d’un homme», on devrait s’en servir dans les hôpitaux pour apprendre l’anatomie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Doigt: Le doigt de Dieu se fourre partout.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Nain: Raconter l’histoire du général Tom Pouce et, si on lui a serré la main, le dire avec orgueil.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ours: S’appelle généralement Martin. Citer l’anecdote de l’invalide qui, voyant une montre tombée dans sa fosse, y est descendu et a été dévoré.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Armée: Le rempart de la Société.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Inscription: Toujours cunéiforme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Furoncle: V. boutons.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lagune: Ville de l’Adriatique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Paradoxe: Se dit toujours sur le boulevards des Italiens, entre deux bouffées de cigarette.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Vizir: tremble à la vue d’un cordon.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gagne-petit: Belle enseigne pour une boutique, comme inspirant la confiance.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Congréganiste: Chevalier d’Onan.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Airain: Métal de l’antiquité.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Envergure: Se disputer sur la prononciation du mot.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Panthéisme: Tonner contre, absurde.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bouilli (le): C’est sain. Inséparable du mot soupe: la soupe et le bouilli.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ratelier: Troisième dentition. Prendre garde de l’avaler en dormant.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Glaciers: Tous Napolitains.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Faisan: Très chic dans un dîner.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Confiseurs: Tous les Rouennais sont confiseurs.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pradon: Ne pas lui pardonner d’avoir été l’émule de Racine.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Glèbe (la): S’apitoyer sur la glèbe.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Enfants: Affecter pour eux une tendresse lyrique, quand il y a du monde.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Document: Toujours de la plus haute importance.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Drapeau national: Sa vue fait battre le coeur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Diligences: Regretter le temps des diligences.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Paysages de peintres: Toujours des plats d’épinards.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Quadrature du cercle: On ne sait pas ce que c’est mais il faut lever les épaules quand on en parle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Propriétaire: Les humains se divisent en deux classes: les propriétaires et les locataires.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hémorroïdes: Vient de s’asseoir sur les poêles et sur les bancs de pierre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Equitation: Bon exercice pour faire maigrir. Ex.: tous les soldats de cavalerie sont maigres. Bon exercice pour engraisser. Ex.: tous les officiers de cavalerie ont un gros ventre. «Il monte à cheval comme un vrai centaure.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mazarinades: Les mépriser. Inutile d’en connaître une seule.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Damas: Seul endroit où l’on sache faire les sabres. Toute bonne lame est de Damas.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Incendie: Un spectacle à voir.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Allemagne: Toujours précédé de blonde, rêveuse. Mais quelle organisation militaire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Maillot: Très excitant.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fard: Abîme la peau.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Clou: V. boutons.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Priapisme: Culte de l’antiquité.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Girondins: Plus à plaindre qu’à blâmer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Voitures: Plus commode d’en louer une que d’en posséder: de cette manière, on n’a pas le tracas des domestiques, ni des chevaux qui sont toujours malades.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Médaille: On n’en faisait que dans l’antiquité.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Nerveux: Se dit à chaque fois qu’on ne comprend rien à une maladie; cette explication satisfait l’auditeur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hiatus: Ne pas le tolérer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Oiseau: Désirer en être un, et dire en soupirant: «Des ailes! Des ailes!» Marque une âme poétique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Langouste: Femelle du homard.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Orgue: Elève l’âme vers Dieu.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cheval: S’il connaissait sa force, ne se laisserait pas conduire. Viande de cheval: beau sujet de brochure pour un homme qui désire se poser en personnage sérieux. Cheval de course: le mépriser. A quoi sert-il?

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ambition: Toujours précédé de folle quand elle n’est pas noble.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Linge: On n’en montre jamais trop, jamais assez.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Impie: Tonner contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Grêlé: Les femmes grêlées sont toutes lascives.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ferme (adjectif): Toujours suivi de «comme un roc».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hobereaux de campagne: Avoir pour eux le plus souverain mépris.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Garde-côte: Ne jamais employer cette expression au pluriel en parlant des seins d’une femme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bêtes: Ah! si les bêtes pouvaient parler! Il y en a qui sont plus intelligentes que des hommes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Horreur: Des horreurs! en parlant d’expressions lubriques. On peut en faire mais on ne doit pas en dire. C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hugo (Victor): A eu bien tort, vraiment, de s’occuper de politique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Estomac: Toutes les maladies viennent de l’estomac.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Certificat: Garantie pour les familles et pour les parents. Est toujours favorable.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gaieté: Toujours accompagnée de folle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jujube: On ne sait pas avec quoi c’est fait.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lait: Dissout les huîtres. Attire les serpents. Blanchit la peau; des femmes à Paris prennent un bain de lait tous les matins.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Conservateur: Homme politique à gros ventre. «Conservateur borné»! – Oui, monsieur, les bornes servent de garde-fou.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Nègres: S’étonner que leur salive soit blanche et de ce qu’ils parlent français.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Epicure: Le mépriser.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Antéchrist: Voltaire, Renan…

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dupuytren: Célèbre par sa pommade et son musée.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Place: Toujours en demander une.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Faïence: Plus chic que la porcelaine.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hostilités: Les hostilités sont comme les huîtres, on les ouvre. «Les hostilités sont ouvertes» . Il semble qu’il n’y a plus qu’à se mettre à table.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Friser, frisure: Ne convient pas à un homme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Inondés: Toujours de la Loire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Légalité: La légalité nous tue. Avec elle aucun gouvernement n’est possible.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Canonade: Change le temps.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Garde: La garde meurt et ne se rend pas! Huit mots pour remplacer cinq lettres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Palladium: Forteresse de l’Antiquité.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dix (Conseil des): On ne sait pas ce que c’est, mais c’est formidable! Délibérait masqué. En trembler encore.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Habit noir: Il faut dire frac, excepté dans le proverbe «l’habit ne fait pas le moine», auquel cas il faut dire froc. En province, est le dernier terme de la cérémonie et du dérangement.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Eau: L’eau de Paris donne des coliques. L’eau de mer soutient pour nager. L’eau de Cologne sent bon.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mendicité: Devrait être interdite et ne l’est jamais.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Front: Large et chauve, signe de génie ou d’aplomb.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Nature: Que c’est beau la nature! A dire chaque fois qu’on se trouve à la campagne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Froid: Plus sain que la chaleur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Athée: Un peuple d’athée ne saurait subsister.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Général: Est toujours brave. Fait généralement ce qui ne concerne pas son état, comme être ambassadeur, conseiller municipal ou chef de gouvernement.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jambon: Toujours de Mayence. S’en méfier, à cause des trichines.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Industrie: V. commerce.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Concurrence: L’âme du commerce.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gloria: Un gloria ne marche jamais sans sa consolation.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Djinn: Nom d’une danse orientale.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fourmis: Bel exemple à citer devant un dissipateur. Ont donné l’idée des caisses d’épargne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Macaroni: Doit se servir avec les doigts quand il est à l’italienne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Naples: Si vous causez avec des savants, dire Parthénope. Voir Naples et mourir! (v. Yvetot).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Histrion: Toujours précédé de vil.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Génie (le): Inutile de l’admirer, c’est une «névrose».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hippolyte: La mort d’Hippolyte, le plus beau sujet de narration que l’on puisse donner. Tout le monde devrait savoir ce morceau par coeur.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dormir: Trop dormir épaissit le sang.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Libellé: On n’en fait plus.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Major: Ne se trouve plus que dans les tables d’hôte.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dupe: Mieux vaut être fripon que dupe.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jalousie: Toujours suivie de effrénée. Passion terrible. Les sourcils qui se rejoignent, preuve de jalousie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Humidité: Cause de toute les maladies.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Echo: Citer ceux du Panthéon et du pont de Neuilly.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Esprit: Toujours suivi d’étincelant. Court les rues. Les beaux esprits se rencontrent.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Boursiers: Tous voleurs.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gendarme: Rempart de la société.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Flegme: Bon genre, et puis ça donne l’air anglais. Toujours suivi de imperturbable.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cauchemar: Vient de l’estomac.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Professeur: Toujours savant.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dilettante: Homme riche, abonné à l’Opéra.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Confortable: Précieuse découverte moderne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Encrier: Se donne en cadeau à un médecin.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Doctrinaires: Les mépriser. Pourquoi? On n’en sait rien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lieue: On fait plus vite une lieue que quatre kilomètres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Figaro (Le Mariage de): Encore une des causes de la Révolution!

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cuir: Tous les cuirs viennent de Russie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Rousses: V. blondes, brunes et négresses.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gauchers: Terribles à l’escrime. Plus adroits que ceux qui se servent de la main droite.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Curaçao: Le meilleur est de Hollande parce qu’il se fabrique à Curaçao, une des Antilles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Giaour: Expression farouche, d’une signification inconnue, mais on sait que ça se rapporte à l’Orient.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ferme (subst.): Lorsqu’on visite une ferme, on ne doit y manger que du pain bis et ne boire que du lait. Si on ajoute des oeufs, s’écrier: «Dieu! comme ils sont frais! Il n’y a pas de danger pour qu’on en trouve de comme ça à la ville.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Lac: Avoir une femme près de soi quand on se promène dessus.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Progrès: Toujours mal entendu et trop hâtif.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Malthus: «L’infâme Malthus».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Czar: Prononcer tzar et de temps en temps autocrate.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jockey-club: Ses membres sont tous des jeunes gens farceurs et très riches. Dire simplement «le Jockey»: très chic, donne à croire qu’on en fait partie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hôtels: Ne sont bons qu’en Suisse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Egoïsme: Se plaindre de celui des autres et ne pas s’apercevoir du sien.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cachet: Toujours suivi de «tout particulier».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Forçats: Ont toujours une figure patibulaire. Tous très adroits de leurs mains. Au bagne, il y a des hommes de génie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Littérature: Occupation des oisifs.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Koran: Livre de Mahomet, où il n’est question que de femmes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Vieillard: A propos d’une inondation, d’un orage, etc., les vieillard du pays ne se rappellent jamais en avoir vu un de semblable.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Absalon: S’il eût porté perruque, Joab n’aurait pu le tuer. Nom facétieux à donner à un ami chauve.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Réveillon: C’est le boudin qui constitue le réveillon.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Faubourgs: Terribles dans les révolutions.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Crocodile: Imite le cri des enfants pour attirer l’homme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Velours: Sur les habits, distinction et richesse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Magistrature: Belle carrière pour se marier. Magistrats tous pédérastes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ange: Fait bien en amour et en littérature.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dauphin: Porte les enfants sur son dos.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Canards: Viennent tous de Rouen.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Innovation: Toujours dangereuse.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Jaspe: Tous les vases des musées sont en jaspe.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Grottes à stalactites: Il y a eu dedans une fête célèbre, bal ou souper, donné par un grand personnage. On y voit «comme des tuyaux d’orgue». On y a dit la messe pendant la Révolution.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bossus: Ont beaucoup d’esprit. Sont très recherchés par des femmes lascives.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Malédiction: Toujours donné par un père.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Guerre: Tonner contre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Eléphants: Se distinguent par leur mémoire, et adorent le soleil.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Enthousiasme: Ne peut être provoqué que par le retour des cendres de l’Empereur. Toujours impossible à décrire, et pendant deux colonnes le journal ne parle que de ça.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Odeur des pieds: Signe de santé.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Androclès: Citer le lion d’Androclès à propos de dompteurs.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Etagère: Indispensable chez une jolie femme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Boudin: Signe de gaieté dans les maisons. Indispensable la nuit de Noël.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gibier: N’est bon que faisandé.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Echarpe: Poétique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Impératrices: Toutes belles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hydre de l’anarchie, du socialisme et ainsi de suite pour tous les systèmes qui font peur: Tâcher de la vaincre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Prose: Plus facile à faire que les vers.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Enterrement: A propos du défunt: «Et dire que je dînais avec lui il y a huit jours!» S’appelle obsèques quand il s’agit d’un général, enfouissement quand c’est celui d’un philosophe.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Etymologie: Rien de plus facile à trouver avec le latin et un peu de réflexion.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Innocence: L’impassibilité la prouve.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mouchards: Tous de la police.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Républicains: Les républicains ne sont pas tous des voleurs, mais les voleurs sont tous républicains.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Arbalète: Belle occasion pour raconter l’histoire de Guillaume Tell.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Corde: On ne connaît pas la force d’une corde. Est plus solide que le fer.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Portefeuille: En avoir un sous le bras donne l’air d’un ministre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Henri III, Henri IV: A propos de ces deux rois ne pas manquer de dire: «Tous les Henri ont été malheureux.»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pratique: Supérieure à la théorie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Infinitésimal: On ne sait pas ce que c’est, mais a rapport à l’homéopathie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Minute: On ne se doute pas comme c’est long, une minute.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Daguerreotype: Remplacera la peinture (v. photographie).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cuisine: De restaurant: toujours échauffante. Bourgeoise: toujours saine. Du Midi: trop épicée ou toute à l’huile.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gog: Toujours suivi de Magog.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hameau: Substantif attendrissant. Fait bien en poésie.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Musique: Fait penser à un tas de choses. Adoucit les moeurs. Ex.: la Marseillaise.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fermier: Toujours lui dire: Maître un tel. Les fermiers sont tous à leur aise.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bague: Il est très distingué de la porter au doigt indicateur. La mettre au pouce est trop oriental. Porter des bagues déforme les doigts.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Penser: Pénible; les choses qui nous y forcent sont généralement délaissées.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fortune: Audaces fortuna juvat. Ils sont heureux les riches, ils ont de la fortune. Quand on vous parle d’une grande fortune, ne pas manquer de dire: «Oui, mais est-elle bien sûre?»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hélice: Avenir de la mécanique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Epacte, nombre d’or, lettre dominicale: Sur les calendriers, on ne sait pas ce que c’est.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Fatalité: Mot exclusivement romantique. Homme fatal se dit de celui qui a le mauvais oeil.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Joie: La mère des jeux et des ris: on ne doit pas parler de ses filles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Beethoven: Ne prononcez pas Bitovan. Se pâmer quand même lorsqu’on exécute une de se oeuvres.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Censure: Utile, on a beau dire.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

La vie est un éternel problème, et l’histoire aussi, et tout. Il s’ajoute sans cesse des chiffres à l’addition. D’une roue qui tourne, comment pouvez-vous compter les rayons ?

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie

Aucun grand génie n’a conclu et aucun grand livre ne conclut, parce que l’humanité elle-même est toujours en marche et qu’elle ne conclut pas. Homère ne conclut pas, ni Shakespeare, ni Goethe, ni la Bible elle-même.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie

Il faut, si l’on veut vivre, renoncer à avoir une idée nette de quoi que ce soit. L’humanité est ainsi, il ne s’agit pas de la changer, mais de la connaître.

Correspondance, à Mlle Leroyer de Chantepie

Rien n’est plus humiliant comme de voir les sots réussir dans les entreprises où l’on échoue.

L'Education sentimentale (1869)

Tout bourgeois, dans l’échauffement de sa jeunesse, ne fût-ce qu’un jour, une minute, s’est cru capable d’immenses passions, de hautes entreprises. Le plus médiocre libertin a rêvé des sultanes ; chaque notaire porte en soi les débris d’un poète.

Madame Bovary (1857)

Chercher la meilleure des religions, ou le meilleur des gouvernements, me semble une folie niaise. Le meilleur, pour moi, c’est celui qui agonise, parce qu’il va faire place à un autre.

Correspondance, à mademoiselle Leroyer de Chantepie, 18 mai 1857

Le comique arrivé à l’extrême, le comique qui ne fait pas rire, le lyrisme dans la blague, est pour moi tout ce qui me fait le plus envie comme écrivain.

Lettre, à Louise Colet, 8 mai 1852

Nous étions à l’Etude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail.

Madame Bovary (1857)

Prenez garde à la tristesse. C’est un vice. On prend plaisir à être chagrin et, quand le chagrin est passé, comme on y a usé des forces précieuses, on en reste abruti. Alors on a des regrets, mais il n’est plus temps.

Lettre, à Guy de Maupassant, 15 août 1878

Parmi tous les rêves du passé, les souvenirs d’autrefois et mes réminiscences de jeunesse, j’en ai conservé un bien petit nombre, avec quoi je m’amuse aux heures d’ennui.

Mémoires d'un fou (1836)

Mon coeur, comme de la poussière, se soulevait derrière vos pas.

L'Education sentimentale (1869)

Quelle admirable invention du Diable que les rapports sociaux !

Lettre, à Louise Colet, 22 juillet 1852

Cette lâche docilité qui est pour bien des femmes comme le châtiment tout à la fois la rançon de l’adultère.

Madame Bovary (1857)

Les choses ne sont jamais ni aussi mauvaises ni aussi bonnes qu’on croit.

Lettre, à Guy de Maupassant, 18 décembre 1878

La poésie est une plante libre ; elle croit là où on ne la sème pas. Le poète n’est pas autre chose que le botaniste patient qui gravit les montagnes pour aller la cueillir.

Lettre, à Louise Colet, 26 août 1846

Pourquoi déclamer contre les passions ? Ne sont elles pas la seule belles choses qu’il y ait sur la terre, la source de l’héroïsme, de l’enthousiasme, de la poésie, de la musique, des arts, de tout enfin ?

Madame Bovary (1857)

Il y a en moi, littérairement parlant, deux bonshommes distincts : un qui est épris de gueulades, de lyrisme, de grands vols d’aigles, de toutes les sonorités de la phrase et des sommets de l’idée ; un autre qui creuse et fouille le vrai tant qu’il peut.

Madame Bovary (1857), Incipit

Quand on songe que le christianisme a pour base une pomme !

Bouvard et Pécuchet (1881)

Dans les grands vases, une goutte d’eau n’est rien et elle emplit les petites bouteilles.

Correspondance, à Louise Colet, 6 mars 1853

Les coeurs des femmes sont comme ces petits meubles à secret, pleins de tiroirs emboîtés les uns dans les autres ; on se donne du mal, on se casse les ongles, et on trouve au fond quelque fleur desséchée, des brins de poussière – ou le vide !

L'Education sentimentale (1869)

Le dénigrement de ceux que nous aimons toujours nous en détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles : la dorure en reste aux mains.

Madame Bovary (1857)

Il ne faut pas grande malice pour faire de la critique ! On peut juger de la bonté d’un livre à la vigueur des coups de poing qu’il vous a donnés et à la longueur du temps qu’on est ensuite à en revenir.

Correspondance

Donner au public des détails sur soi-même est une tentation de bourgeois à laquelle j’ai toujours résisté.

Correspondance, à Edma Roger des Genettes

J’aime les gens tranchants et énergumènes, on ne fait rien de grand sans le fanatisme.

Correspondance

C’est par là que nous valons quelque chose, l’aspiration. Une âme se mesure à la dimensions de ses désirs, comme l’on juge d’avance des cathédrales à la hauteur de leurs cloches.

Correspondance

Les faits extérieurs ne sont pas tout. Il faut les compléter par la psychologie. Sans l’imagination, l’Histoire est défectueuse.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Sans l’imagination, l’Histoire est défectueuse.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Quelle meilleure chose, en effet, que d’être le soir au coin du feu avec un livre, pendant que le vent bat les carreaux, que la lampe brûle.

Madame Bovary (1857)

Dans l’adolescence, on aime les autres femmes parce qu’elles ressemblent plus ou moins à la première ; plus tard on les aime parce qu’elles diffèrent entre elles.

Notes de voyages

Quelle plate bêtise de toujours vanter le mensonge et de dire : la poésie vit d’illusions ; comme si la désillusion n’était pas cent fois plus poétique par elle-même !

Correspondance, à Alfred Le Poittevin, 2 avril 1845

Et d’ailleurs, le coeur de l’homme n’est-il pas une énorme solitude où nul ne pénètre ? les passions qui y viennent sont comme les voyageurs dans le désert du Sahara, elles y meurent étouffées, et leurs cris ne sont point entendus au-delà.

Novembre (1928)

Que faire ici-bas ? qu’y rêver ? qu’y bâtir ? dites-le moi donc, vous que la vie amuse, qui marchez vers un but et vous tourmentez pour quelque chose !

Novembre (1928)

La jeunesse a l’esprit tragique et n’admet pas les nuances.

L'Education sentimentale (1869)

Les bonheurs futurs, comme les rivages des tropiques, projettent sur l’immensité qui les précède leurs mollesses natales, une brise parfumée, et l’on s’assoupit dans cet environnement, sans même s’inquiéter de l’horizon que l’on n’aperçoit pas.

Madame Bovary (1857)

Le monde est l’oeuvre d’un Dieu en délire.

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Je suis né avec le désir de mourir.

Novembre (1928)

Leurs pensées, confondues dans la même angoisse, s’étreignaient étroitement, comme deux poitrines palpitantes.

Madame Bovary (1857)

Son coeur, comme les gens qui ne peuvent endurer qu’une certaine dose de musique, s’assoupissait d’indifférence au vacarme d’un amour dont il ne distinguait plus les délicatesses.

Madame Bovary (1857)

On se réfugie dans le médiocre, par désespoir du beau qu’on a rêvé!

L'Education sentimentale (1869)

Le devoir, c’est de sentir ce qui est grand, de chérir ce qui est beau, et non pas d’accepter toutes les conventions de la société, avec les ignominies qu’elle nous impose.

Madame Bovary (1857)

Les coeurs de femmes sont comme ces petits meubles à secret, pleins de tiroirs emboîtés les uns dans les autres; on se donne du mal, on se casse les ongles, et on trouve au fond quelque fleur desséchée, des brins de poussière ou le vide!

L'Education sentimentale (1869)

L’amour, croyait-elle, devait arriver tout à coup, avec de grands éclats et des fulgurations, ouragan des cieux qui tombe sur la vie, la bouleverse, arrache les volonté comme des feuilles et emporte à l’abîme le coeur entier.

Madame Bovary (1857)

On a beau dire, un coeur est une richesse qui ne se vend pas, qui ne s’achète, mais qui se donne.

Correspondance, à Ernest Chevalier, 19 janvier 1840

Un infini de passion peut tenir dans une minute, comme une foule dans un petit espace.

Madame Bovary (1857)

L’existence après tout n’est-elle pas comme le lièvre quelque chose de cursif qui fait un bond dans la plaine, qui sort d’un bois plein de ténèbres pour se jeter dans une marnière, dans un grand trou creux ?

Correspondance, à Ernest Chevalier, 20 janvier 1840

Les érections de la pensée sont comme celles du corps; elles ne viennent pas à volonté ! Et puis je suis une si lourde machine à remuer ! Il me faut tant de préparations et de temps pour me remettre en train !

Correspondance, à Louise Colet, 17 février 1853

Mais bientôt ils s’ennuyèrent, leur esprit ayant besoin d’un travail, leur existence d’un but.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Il ne faut pas rétrécir sa vie, ni son coeur non plus. Acceptons tout! Absorbons tout!

Correspondance, à Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 6 avril 1858

Tu n’es pas assez convaincu de cet axiome: qui se contient, s’accroît.

Correspondance, à Ernest Feydeau, 1858

Enfin, mon conseil permanent est celui-ci: Voulez! En avez-vous essayé? Prenez donc un parti! Ne soyez pas lâche envers vous! Mais non, vous caressez votre douleur comme un petit enfant chéri que l’on allaite et qui vous mord la mamelle.

Correspondance, à Mademoiselle Leroyer de Chantepie, 11 juillet 1858

Lourdes m’a l’air d’enfoncer la Salette, parce qu’il est plus nouveau: Lourdes est le Deauville de la dévotion moderne, la Salette en serait le Dieppe. L’excès est une preuve d’idéalité: aller au delà du besoin.

Carnets

L’Art, en de certaines occasion, ébranle les esprits médiocres; et des mondes peuvent êtres révélés par ses interprètes les plus lourds.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Etre bête, égoïste, et avoir une bonne santé, voilà les trois conditions voulues pour être heureux. Mais si la première vous manque, tout est perdu.

Correspondance, à Louise Colet, 4 août 1846

J’aurais fait quelque chose avec une femme qui m’eût aimé. Pourquoi ris-tu? L’amour est la pâture et comme l’atmosphère du génie. Les émotions extraordinaires produisent les oeuvres sublimes.

L'Education sentimentale (1869)

Un infini de passions peut tenir dans une minute, comme une foule dans un petit espace.

Madame Bovary (1857)

Sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l’ennui, araignée silencieuse filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son coeur.

Madame Bovary (1857)

Et le charme de la nouveauté, peu à peu tombant comme un vêtement, laissait voir à nu l’éternelle monotonie de la passion, qui a toujours les mêmes formes et le même langage.

Madame Bovary (1857)

Il y a toujours après la mort de quelqu’un comme une stupéfaction qui se dégage, tant il est difficile de comprendre cette survenue du néant et de se résigner à y croire.

Madame Bovary (1857)

As-tu lu la légende des Siècles du père Hugo? Je trouve cela tout bonnement énorme.

Correspondance, à Jules Duplan, 1859

Ce que j’entreprends est insensé et n’aura aucun succès dans le public. N’importe, il faut écrire pour soi, avant tout. C’est la seule chance de faire beau.

Correspondance, à Melle Leroyer de Chantepie, 11 juillet 1858

L’académie française subsistera encore longtemps quoiqu’elle soit fort en arrière de tout le reste; elle puise sa force dans la rage qu’ont les Français pour les distinctions, chacun espère en être plus tard; je m’excepte.

Correspondance, à Mme X, mai 1852

Non, je ne méprise pas la gloire, on ne méprise pas ce qu’on ne peut atteindre.

Correspondance, à Louise Colet, 22 octobre 1846

Mon Dieu à moi, c’est le Dieu de Socrate, de Franklin, de Voltaire et de Béranger. Je suis pour la Profession de foi du vicaire savoyard et les immortels principes de 89.

Madame Bovary (1857), II, 1, M. Homais

Il faut pourtant que la critique se mêle toujours à l’éloge, le serpent aux fleurs, l’épine aux roses et la vérole au cul.

Lettre à Louise Colet

Ah! il était parti, le seul charme de sa vie, le seul espoir possible d’une félicité! Comment n’avait-elle pas saisi ce bonheur-là, quand il se présentait! Pourquoi ne l’avoir pas retenu à deux mains, à deux genoux, quand il voulait s’enfuir?

Madame Bovary (1857)

La Nature n’est belle que pour qui sait la voir, preuve que tout dépend du subjectif.

Carnets

Le bonheur est un mythe inventé par le diable pour nous désespérer.

Correspondance, à Louise Colet, 18 décembre 1953

Espion: Toujours du grand monde (v. escroc).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Foetus: Toute pièce anatomique conservée dans l’esprit de vin.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Douane: On doit se révolter contre et la frauder (v. octroi).

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Albâtre: Sert à décrire les plus belles parties du corps de la femme.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Italie: Doit se voir immédiatement après le mariage. Donne bien des déceptions, n’est pas si belle qu’on dit.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Coton: Est surtout utile pour les oreilles.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Imperméable (un): Très avantageux comme vêtement. Très nuisible à cause de la transpiration empêchée.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Décorum: Donne du prestige. Frappe l’imagination des masses. «Il en faut! Il en faut!»

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Expirer: Ne se conjugue qu’à propos des abonnements de journaux.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Chirurgiens: Ont le coeur dur: les appeler bouchers.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Philippe d’Orléans – Egalité: Tonner contre. Encore une des causes de la Révolution. A commis tous les crimes de cette époque néfaste.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Botte: Par les grandes chaleurs, ne jamais oublier les allusions sur les bottes de gendarmes ou les souliers des facteurs (n’est permis qu’à la campagne, au grand air). On n’est bien chaussé qu’avec des bottes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Esplanade: Ne se voit qu’aux Invalides.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Permuter: Le seul verbe conjugué par les militaires.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Goût: Ce qui est simple est toujours de bon goût. Doit toujours se dire à une femme qui s’excuse de la modestie de sa toilette.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ménage: En parler toujours avec respect.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

La Fayette: Général célèbre par son cheval blanc.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Ramoneur: Hirondelle de l’hiver.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Infanticide: Ne se commet que dans le peuple.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Mélancolie: Signe de distinction du coeur et d’élévation de l’esprit.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Impérialistes: Tous gens honnêtes, polis, paisibles, distingués.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Taureau: Le père du veau. Le boeuf n’est que l’oncle.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Cousin: Conseiller aux maris de se méfier du petit cousin.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Concert: Passe-temps comme il faut.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Gymnastique: On ne saurait trop en faire. Exténue les enfants.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hydrothérapie: Enlève toutes les maladies et les procure.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Hospodar: Fait bien dans une phrase, à propos de «la question d’Orient».

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Adieux: Mettre des larmes dans sa voix en parlant des adieux de Fontainebleau.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Pédérastie: Maladie dont tous les hommes sont affectés à un certain âge.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Bibliothèque: Toujours en avoir une chez soi, principalement quand on habite la campagne.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Décor de théâtre: N’est pas de la peinture: il suffit de jeter en vrac sur la toile un seau de couleurs; puis on l’étend avec un balai; et l’éloignement avec la lumière fait l’illusion.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Question: La poser c’est la résoudre.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Dur: Ajouter invariablement comme du fer. Il y a bien dur comme la pierre, mas c’est moins énergique.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

La presse est une école d’abrutissement parce qu’elle dispense de penser.

Par les champs et par les grèves (1910)

Quand l’ambroisie défaille, les Immortels s’en vont !

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Mais il ne faut jamais penser au bonheur cela attire le diable, car c’est lui qui a inventé cette idée-là pour faire enrager le genre humain.

L'Education sentimentale (1869)

Nous étions à l’Etude, quand le Proviseur entra, suivi d’un nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon de classe qui portait un grand pupitre.

Madame Bovary (1857)

Ce qui me navre, c’est : 1° la férocité des hommes; 2° la conviction que nous allons entrer dans une ère stupide. On sera utilitaire, militaire, américain et catholique, très catholique ! vous verrez !

Correspondance, à George Sand, dimanche 30 octobre 1870

C’est une chose étrange, pensait Emma, comme cette enfant est laide !

Madame Bovary (1857)

Par une concentration plus forte, j’aurai des poèmes sublimes, des monuments éternels et toute la matière sera pénétrée des vibrations de ma cithare !

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Ils se regardèrent et leurs pensées, confondues dans la même angoisse, s’étreignaient étroitement, comme deux poitrines palpitantes.

Madame Bovary (1857)

Elle se répétait : J’ai un amant ! un amant ! se délectant à cette idée comme à celle d’une autre puberté qui lui serait survenue. Elle allait donc posséder enfin ces joies de l’amour, cette fièvre du bonheur dont elle avait désespéré.

Madame Bovary (1857)

Bêtes : – Ah ! si les bêtes pouvaient parler ! Il y en a qui sont plus intelligentes que les hommes.

Dictionnaire des idées reçues (1913)

Tout le monde, par excès de terreur, devenait brave.

Salammbô (1862)

Le meilleur de la vie se passe à dire il est trop tôt, puis il est trop tard.

Correspondance

La femme est un produit de l’homme. Dieu a créé la femelle, et l’homme a fait la femme elle est le résultat de la civilisation, une oeuvre factice.

La Tentation de Saint Antoine (1874)

Je demande, au nom de l’humanité, à ce qu’on broie la Pierre-Noire, pour en jeter les cendres au vent, à ce qu’on détruise la Mecque, et que l’on souille la tombe de Mahomet. Ce serait le moyen de démoraliser le Fanatisme.

Correspondance

Elle était l’amoureuse de tous les romans, l’héroïne de tous les drames, le vague elle de tous les volumes de vers.

Madame Bovary (1857)

Il faut mettre son coeur dans l’art, son esprit dans le commerce du monde, son corps où il se trouve bien, sa bourse dans sa poche et son espoir nulle part.

Lettre à Louise Colet

Quelle meilleure chose, en effet, que d’être le soir au coin du feu avec un livre, pendant que le vent bat les carreaux.

Madame Bovary (1857)

Alors elle s’était tue, avalant sa rage dans un stoïcisme muet, qu’elle garda jusqu’à sa mort.

Madame Bovary (1857)

Une convulsion la rabattit sur le matelas. Tous s’approchèrent. Elle n’existait plus.

Madame Bovary (1857)

L’objet d’un raisonnement a moins de valeur que la manière de raisonner. Qu’importe la croyance ! Le principal est de croire.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Vous est-il arrivé parfois, de rencontrer dans un livre une idée vague que l’on a eue, quelque image obscurcie qui revient de loin, et comme l’exposition entière de votre sentiment le plus délié ?

Madame Bovary (1857)

La foule marchait lentement. Il y avait des groupes d’hommes causant au milieu du trottoir et des femmes passaient, avec une mollesse dans les yeux et ce teint de camélia que donne aux chairs féminines la lassitude des grandes chaleurs.

L'Education sentimentale (1869)

L’art est la recherche de l’inutile il est dans la spéculation ce qu’est l’héroïsme dans la morale.

L'Education sentimentale (1869)

L’irrévérence est parallèle à l’esprit de critique, la ruse à la circonspection.

Bouvard et Pécuchet (1881)

Pourquoi déclamer contre les passions ? Ne sont elles pas la seule belles choses qu’il y ai sur la terre, la source de l’héroïsme, de l’enthousiasme, de la poésie, de la musique, des arts, de tout enfin ?

Madame Bovary (1857)

A l’horloge d’une église, une heure sonna, lentement, pareille à une voix qui l’eût appelé.

L'Education sentimentale (1869)

Vous profitez impudemment de ma détresse, monsieur Je suis à plaindre, mais pas à vendre.

Madame Bovary (1857)

J’aurais pu être attaché à la colonne près de la tienne, face à face, sous tes yeux, répondant à tes cris par mes soupirs et nos douleurs se seraient confondues, nos âmes se seraient mêlées.

La Tentation de Saint Antoine (1874)

On chantait, on s’agenouillait, on se relevait, cela n’en finissait pas !

Madame Bovary (1857)

Comment n’avait-elle pas saisi ce bonheur là, quand il se présentait ! Pour ne l’avoir pas retenu à deux mains, à deux genoux, quand il voulait s’enfuir ?

Madame Bovary (1857)

Pharisiens, hypocrites, sépulcres blanchis, race de vipères !

La Tentation de Saint Antoine (1874)

En attendant, je vais me mettre à écrire la légende de Saint Julien l’Hospitalier, uniquement pour m’occuper à quelque chose, pour voir si je peux faire encore une phrase, ce dont je doute. Ce sera très court, une trentaine de pages peut-être.

Trois contes (1877)

Il n’y a pas d’idée vraie dont l’idée contraire ne soit également vraie : c’est qu’elle ne la contredit peut-être pas, mais lui fait simplement parallèle.

Notes de voyages

Vous ferez comprendre plus facilement la géométrie à une huître qu’une idée aux trois quarts des gens de ma connaissance.

Notes de voyages

Le changement continuel des loyers est une des marques de l’inconsistance moderne, du trouble foncier où l’on vit ; la vie n’est posée nulle part.

Notes de voyages

Ce qu’elle a produit, la Philosophie ? rien du tout ; elle a fait grandir Dieu de siècle en siècle.

Notes de voyages

Quand le goût se raffine, il se pervertit, comme les femmes qui, trop aimables, deviennent coquettes et pires.

Notes de voyages

Celui qui ne dit pas de mal des femmes ne les aime point, puisque la manière la plus profonde de sentir quelque chose est d’en souffrir.

Notes de voyages

Le goût est comme la voix, souvent il perd en justesse et en ductilité ce qu’il gagne en hauteur.

Notes de voyages

L’idée commune que l’humanité se fait de Dieu ne dépasse point celle d’un monarque oriental entouré de sa cour ; la pensée religieuse est donc en retard de plusieurs siècles, nous sommes toujours à brouter l’herbe, malgré les ballons.

Notes de voyages

Il y a des gens qui peignent l’infini en bleu, d’autres en noir.

Notes de voyages

Quel est l’imbécile qui a dit ceci : Il y a quelqu’un qui a plus d’esprit que Voltaire, c’est tout le monde ? – Pas du tout ! il y a quelqu’un de plus bête qu’un idiot, c’est tout le monde.

Notes de voyages

Puissance des mots, ignorance française. – Après la perte du Canada, on dit : que nous font quelques arpents de neige ? Ils étaient peuplés de 2 millions d’habitants et produisaient par an 500 millions !

Notes de voyages

Le dernier refuge, la suprême consolation, c’est de savoir qu’on appartient au Cosmos, qu’on fait partie de l’ordre.

Notes de voyages

Elle aurait voulu ne plus vivre, ou continuellement dormir.

Madame Bovary (1857)

Ecrire, oh écrire, c’est s’emparer du monde, de ses préjugés, de ses vertus et le résumer dans un livre ; c’est sentir sa pensée naître, grandir, se dresser debout sur son piédestal et y rester toujours.

Un parfum à sentir (1836)

La vie est une chose tellement hideuse que le seul moyen de la supporter, c’est de l’éviter. Et on l’évite en vivant dans l’Art, dans la recherche incessante du Vrai rendu par le Beau.

Correspondances

Rien ne dure ici-bas ; et c’est une raison pour qu’il fasse beau demain s’il a plu aujourd’hui.

Correspondances