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Citations de : Guillaume Apollinaire

Ah Dieu! que la guerre est jolie Avec ses chants ses longs loisirs.

Calligrammes (1918), l'Adieu du Cavalier

J’aime l’art d’aujourd’hui parce que j’aime avant tout la lumière et tous les hommes aiment avant tout la lumière, ils ont inventé le feu.

Méditations esthétiques. Les Peintres cubistes (1913)

L’amour est libre il n’est jamais soumis au sort O Lou le mien est plus fort encor que la mort Un coeur le mien te suit dans ton voyage au Nord.

Ombre de mon amour (1947), Adieu

Ta mère fit un pet foireux Et tu naquis de sa colique.

Alcools (1913)

Les feuilles ô liberté végétale ô seule liberté terrestre.

Alcools (1913), Poème lu au mariage d'André Salmon

Et dans les champs les coquelicots se fanent en se violaçant Et en répandant une odeur opiacée.

Ombre de mon amour (1947), LV

Je ne veux jamais l’oublier Ma colombe ma blanche rade O marguerite exfoliée Mon île au loin ma Désirade.

Alcools (1913)

Paris comme une jeune fille S’éveille langoureusement Secoue sa longue chevelure Et chante sa belle chanson.

Calligrammes (1918), les Collines

Si je mourais là-bas sur le front de l’armée, Tu pleurerais un jour, ô Lou, ma bien-aimée, Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt Un obus éclatant sur le front de l’armée.

Ombre de mon amour (1947), XI

Un ange a exterminé pendant que je dormais Les agneaux les pasteurs des tristes bergeries De faux centurions emportaient le vinaigre Et les gueux mal blessés par l’épurge dansaient.

Alcools (1913), Les fiançailles

Que lentement passent les heures Comme passe un enterrement.

Alcools (1913), A la Santé

Sur les tréteaux l’arlequin blême Salue d’abord les spectateurs Des sorciers venus de Bohême Quelques fées et les enchanteurs.

Alcools (1913), Crépuscule

Et toi qui me suis en rampant Dieu de mes dieux morts en automne Tu mesures combien d’empans J’ai droit que la terre me donne O mon ombre ô mon vieux serpent.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Mars et Vénus sont revenusIls s’embrassent à bouches follesDevant des sites ingénus …

Alcools (1913)

Soirs de Paris ivres du ginFlambant de l’électricité.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Et toi que les fenêtres observent la honte te retientD’entrer dans une église et de t’y confesser ce matin …

Alcools (1913)

Incertitude, ô mes délicesVous et moi nous nous en allonsComme s’en vont les écrevissesA reculons, à reculons.

Le Bestiaire ou cortège d'Orphée (1911), L'écrevisse

Avec ses quatre dromadairesDon Pedro d’AlfaroubeiraCourut le monde et l’admira.Il fit ce que je voudrais faireSi j’avais quatre dromadaires.

Le Bestiaire ou cortège d'Orphée (1911), Le dromadaire

La grande force est le désirEt viens que je te baise au frontO légère comme une flammeDont tu as toute la souffranceToute l’ardeur et tout l’éclat.

Calligrammes (1918), Ondes, Les Collines

Je connais un autre conninQue tout vivant je voudrais prendre.Sa garenne est parmi le thymDes vallons du pays de Tendre.

Le Bestiaire ou cortège d'Orphée (1911), Le lapin

Je ne veux jamais l’oublierLa colombe ma blanche radeO marguerite exfoliéeMon île au loin ma DésiradeMa rose mon giroflier.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Le pré est vénéneux mais joli en automneLes vaches y paissantLentement s’empoisonnentLe colchique couleur de cerne et de lilasY fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là.

Alcools (1913), Les colchiques

Dans la plaine des baladinsS’éloignent au long des jardins…Ils ont des poids ronds ou carrés.Des tambours des cerceaux dorés.

Alcools (1913)

PuitsArbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes.

Calligrammes (1918), les Fenêtres

Et tu bois cet alcool brûlant comme ta vieTa vie que tu bois comme une eau-de-vie.

Alcools (1913), Zone

Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire.

Alcools (1913)

Dans la forêt avec sa bandeSchinderhannes s’est désarméLe brigand près de sa brigandeHennit d’amour au joli mai.

Alcools (1913), Schinderhannes

Les vieilles femmesTout en pleurant cheminentEt les bons ânesBraillent hi-han et se mettent à brouter les fleursDes couronnes mortuaires.

Alcools (1913), Rhénane d'automne

Ma bitte devint plus brune, mes poils formèrent une jolie barbiche, ma voix était devenue profonde.

Les Exploits d'un jeune Don Juan (1911)

Les sirènes laissant les périlleux détroitsArrivent en chantant bellement toutes trois.

Alcools (1913), Zone

Je suis ivre d’avoir bu tout l’universSur le quai d’où je voyais l’onde couler et dormir les bélandres.

Alcools (1913), Vendémiaire

Les becs de gaz pissaient leur flamme au clair de lune.

Alcools (1913)

Ecoutez la chanson lente d’un batelierQui raconte avoir vu sous la lune sept femmes.

Alcools (1913), Nuit rhénane

Dans la plaine les baladinsS’éloignent au long des jardins.

Alcools (1913), Saltimbanques

Le printemps clair l’avril léger.

Alcools (1913)

Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’été.

Alcools (1913), Automne

As-tu connu Guy au galopDu temps qu’il était militaireAs-tu connu Guy au galopDu temps qu’il était artiflotA la guerre.

Calligrammes (1918), Les saisons

L’arlequine s’est mise nueEt dans l’étang mire son corps.

Alcools (1913)

L’amour s’en vaComme cette eau couranteL’amour s’en vaComme la vie est lenteEt comme l’Espérance est violente.

Nous sommes l’Arc-en-terreSigne plus pur que l’Arc-en-ciel.

Calligrammes (1918)

Passeur passe jusqu’au trépasLes bacs toujours s’en vont et viennent …D’ahan les passeurs les déchaînentIl faut passer il faut passer …

Le Guetteur mélancolique (1952), Les bacs

Les satyres et les pyraustesLes égypans les feux folletsEt les destins damnés ou faustes …

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Allô, allô Mademoiselle – Je ne suis plus abonné au téléphone – Je me désabonne.

Les Mamelles de Tirésias (1918), II, 5

O mon ombre en deuil de moi-même.

Voici que vient l’été la saison violente – Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps – O soleil c’est le temps de la raison ardente.

Ma bouche aura des ardeurs de géhenne – Ma bouche te sera un enfer de douceur…

Poèmes à Madeleine: Le Quatrième poème secret

Mon cul s’éveille au souvenir – D’une inoubliable caresse – Que m’enseigna une négresse – Dans un hôtel rue d’Aboukir.

Poésies libres

Comme les hommes aiment avant tout la lumière, ils ont inventé le feu.

Dans Chroniques d'art d'Apollinaire.

Il vaut mieux être cocu qu’aveugle. Au moins, on voit les confrères.

Et ma vie pour tes yeux lentement s’empoisonne.

Les Colchiques

Et l’unique cordeau des trompettes marines.

Des feuilles – Qu’on foule, – Un train – Qui roule, – La vie – S’écoule.

L’univers tout entier concentré dans ce vin.

Mon verre est plein d’un vin trembleur comme une flamme.

Mon verre s’est brisé comme un éclair de rire.

Alcools (1913)

Et s’écrie en versant des larmes – Baquet plein de vin parfumé – Viennent aujourd’hui les gendarmes – Nous aurons bu le vin de mai – Allons Julia la mam’zelle – Bois avec nous ce clair bouillon – D’herbes et de vin de Moselle.

Douce poésie! le plus beau des arts! Toi qui suscitant en nous le pouvoir créateur nous met tout proches de la divinité.

La Femme assise

Je souhaite dans ma maison, – Une femme ayant sa raison, – Un chat passant parmi les livres, – Des amis en toute saison – Sans lesquels je ne peux pas vivre.

L’anémone et l’ancolie – Ont poussé dans le jardin – Où dort la mélancolie – Entre l’amour et le dédain.

Nous lirons le charmant poème – Des grâces de ton corps joli.

Elever la peinture au rang des émotions de la musique et de la poésie.

L'Intransigeant

Léger … n’est pas un mystique, il est peintre.

Décidément, le tableau de Delaunay est le plus important de ce Salon. «La ville de Paris» est plus qu’une manifestation artistique. Ce tableau marque l’avènement d’une conception d’art.

Le cubisme est l’art de peindre des ensembles nouveaux avec des éléments empruntés non à la réalité de vision, mais à la réalité de conception.

Les Peintres cubistes (1913)

Vous parlerez d’amour quand il aura mangé.

Voie lactée ô soeur lumineuse – Des blancs ruisseaux de Chanaan – Et des corps blancs des amoureuses…

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Vienne la nuit sonne l’heure – Les jours s’en vont je demeure.

Alcools (1913), le Pont Mirabeau

Une belle Minerve est l’enfant de ma tête – Une étoile de sang me couronne à jamais…

Calligrammes (1918), Tristesse d'une étoile

Tu pleureras l’heure où tu pleures – Qui passera trop vitement – Comme passent toutes les heures.

Alcools (1913), A la Santé

Rien n’est mort que ce qui n’existe pas encore – Près du passé luisant demain est incolore.

Alcools (1913), Cortège

Passons, passons, puisque tout passe, – Je me retournerai souvent. – Les souvenirs sont cors de chasse – Dont meurt le bruit parmi le vent.

Alcools (1913), Cors de chasse

La joie venait toujours après la peine.

Alcools (1913), le Pont Mirabeau

L’Honneur tient souvent à l’heure que marque la pendule.

Calligrammes (1918), Lundi rue Christine

Je passais au bord de la Seine – Un livre ancien sous le bras – Le fleuve est pareil à ma peine – Il s’écoule et ne tarit pas – Quand donc finira la semaine.

Alcools (1913), Marie

Je connais gens de toutes sortes – Ils n’égalent pas leurs destins.

Alcools (1913), Marizibill

Je chante la joie d’errer et le plaisir d’en mourir.

Calligrammes (1918), le Musicien de Saint-Merry

J’ai tout donné au soleil, tout, sauf mon ombre.

J’ai cueilli ce brin de bruyère – L’automne est morte souviens-t’en – Nous ne nous verrons plus sur terre – Odeur du temps brin de bruyère – Et souviens-toi que je t’attends. – Il y a un poème à faire sur l’oiseau qui n’a qu’une aile.

Alcools (1913), l'Adieu

Il y a un poème à faire sur l’oiseau qui n’a qu’une aile.

Calligrammes (1918), les Fenêtres

Il est grand temps de rallumer les étoiles.

Bergère ô tour Eiffel le troupeau des ponts bêle ce matin.

Alcools (1913), Zone

Passent les jours et passent les semaines – Ni temps passé – Ni les amours reviennent – Sous le pont Mirabeau coule la Seine.

Alcools (1913), le Pont Mirabeau

Ouvrez-moi cette porte où je frappe en pleurant.

Alcools (1913), le Voyageur

Où sont-ils ces beaux militaires – Soldats passés – Où sont les guerres – Où sont les guerres d’autrefois.

Calligrammes (1918), C'est Lou qu'on la nommait

On ne peut pas transporter partout avec soi le cadavre de son père.

Les Peintres cubistes (1913)

O ma jeunesse abandonnée – Comme une guirlande fanée – Voici que s’en vient la saison – Des regrets et de la raison.

Vitam impendere amori

Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait.

Calligrammes (1918), la Jolie Rousse

Mon beau navire ô ma mémoire – Avons-nous assez navigué – Dans une onde mauvaise à boire – Avons-nous assez divagué – De la belle aube au triste soir.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Mon Automne éternelle ô ma saison mentale – Les mains des amantes d’antan jonchent ton sol – Une épouse me suit c’est mon ombre fatale – Les colombes ce soir prennent leur dernier vol.

Alcools (1913), Signe

Moi qui sais des lais pour les reines – Les complaintes de mes années – Des hymnes d’esclave aux murènes – La romance du mal-aimé – Et des chansons pour les sirènes.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Les feuilles – Qu’on foule – Un train – Qui roule – La vie – S’écoule.

Alcools (1913), Automne malade

Ah! Dieu que la guerre est jolie – Avec ses chants ses longs loisirs.

Calligrammes (1918), l'Adieu du Cavalier

… L’hérésiarque était pareil à tous les hommes car tous sont à la fois pécheurs et saints quand ils ne sont pas criminels et martyrs.

L'Hérésiarque et Cie

Fondés en poésie nous avons des droits sur les paroles qui forment et défont l’Univers.

Alcools (1913), Poème lu au mariage d'André Salmon

Et je l’embrassai sur sa jolie bouche, rouge comme une cerise et ouverte sur de belles dents saines et appétissantes.

Les Exploits d'un jeune Don Juan (1911)

Nuit du 24 septembre Demain l’assaut Nuit violente ô nuit dont l’épouvantable cri profond devenait plus intense de minute en minute Nuit qui criait comme une femme qui accouche Nuit des hommes seulement.

Calligrammes (1918), Désir

Je suis la tristesse même, mais non la vilaine et pauvre tristesse qui assombrit tout. La mienne brille comme une étoile, elle illumine le chemin de l’Art à travers l’effroyable nuit de la vie.

Lettre, à Robert Delaunay

Tu m’as parlé de vice en ta lettre d’hier Le vice n’entre pas dans les amours sublimes Il n’est pas plus qu’un grain de sable dans la mer…

Poèmes à Lou (1955)

J’ai tout donné au soleil. Tout sauf mon ombre.

Alcools (1913), Les fiançailles

Les yeux dansants comme des anges Elle riait elle riait Elle avait un visage aux couleurs de France Les yeux bleus les dents blanches et les lèvres très rouges Elle avait un visage aux couleurs de France.

Alcools (1913), 1909

Le travail mène à la richesse. Pauvres poètes, travaillons ! La chenille en peinant sans cesse Devient le riche papillon.

Le Bestiaire ou cortège d'Orphée (1911), La chenille

Il me semble te voir déjà quand nous irons plus loin sur l’échelle de l’amour et que toutes les folies ouvriront leurs écluses pour nous entraîner au courant de la passion.

Lettre, à Lou, 9 janvier 1915

Oui, ma Lou, tu es ma Lou à moi, ma chose vivante que j’aime infiniment, mon bijou précieux, ma petite perle ronde comme ton derrière, comme tes deux petits seins infiniment jolis et si joliment fleuris de deux roses sans épines.

Lettre, à Lou, 9 janvier 1915

Tu es si à moi et si en moi que tu devines tout de moi.

Lettre, à Lou, 9 janvier 1915

Et puis chantez matin et soir Grattez-vous si ça vous démange Aimez le blanc ou bien le noir C’est bien plus drôle quand ça change Suffit de s’en apercevoir.

Les Mamelles de Tirésias (1918)

Car la pièce doit être un univers complet Avec son créateur C’est-à-dire la nature même Et non pas seulement La représentation d’un petit morceau De ce qui nous entoure ou de ce qui s’est jadis passé.

Les Mamelles de Tirésias (1918)

O public Soyez la torche inextinguible du feu nouveau.

Les Mamelles de Tirésias (1918)

L’amour est humain et ne vit qu’en nos vies L’amour cet éternel qui meurt inassouvi.

Nocturne

L’amour s’en va comme cette eau courante L’amour s’en va Comme la vie est lente Et comme l’Espérance est violente.

Alcools (1913), le Pont Mirabeau

Les mains dans les mains restons face à face Tandis que sous le pont de nos bras passe Des éternels regards l’onde si lasse

Alcools (1913), le Pont Mirabeau

Où sont-ils Braque et Max Jacob Derain aux yeux gris comme l’aube Où sont Raynal Billy Dalize Dont les noms se mélancolisent.

Calligrammes (1918), Le Jet d'eau

Passons passons puisque tout passe Je me retournerai souvent Les souvenirs sont cors de chasse Dont meurt le bruit parmi le vent.

Alcools (1913), Cors de chasse

Nous nous sommes rencontrés dans un caveau maudit Au temps de notre jeunesse.

Alcools (1913), Poème lu au mariage d'André Salmon

Pe passais au bord de la Seine Un livre ancien sous le bras Le fleuve est pareil à ma peine Il s’écoule et ne tarit pas Quand donc finira la semaine.

Alcools (1913), Marie

A Bacharach il y avait une sorcière blonde Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde.

Alcools (1913)

Les obus miaulaient un amour à mourir Un amour qui se meurt est plus doux que les autres Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir Les obus miaulaient. Entends chanter les nôtres Pourpre amour salué par ceux qui vont périr.

Calligrammes (1918), La Nuit d'avril 1915

Je souhaite dans ma maison: Une femme ayant sa raison, Un chat passant parmi les livres, Des amis en toute saison Sans lesquels je ne peux pas vivre.

Le Bestiaire ou cortège d'Orphée (1911)

Demandez voir à une chaise: qu’est-ce qu’un homme? – C’est un cul, paraît, dit-elle.

L'Hérésiarque et Cie (1910)

Un jour je m’attendais moi-même Je me disais Guillaume il est temps que tu viennes Et d’un lyrique pas s’avançaient ceux que j’aime Parmi lesquels je n’étais pas.

Alcools (1913)

Intercalées dans l’an c’étaient les journées veuves Les vendredis sanglants et lents d’enterrements De blancs et de tout noirs vaincus des cieux qui pleuvent Quand la femme du diable a battu son amant.

Alcools (1913), L'Emigrant de Landor Road

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux.

Alcools (1913), Automne

Et ceux-là qui sauront blanchir nos ossements Les bons vers immortels qui s’ennuient patiemment.

Alcools (1913), Vendémiaire

Entends battre mon coeur d’amant. Ce coeur en vaut bien plus de mille Puisque je t’aime éperdument.

Ombre de mon amour (1947), XII

Puis les temps sont venus les tombes se sont ouvertes Les fantômes des Esclaves toujours frémissants Se sont dressés en criant SUS AUX TUDESQUES Nous l’armée invisible aux cris éblouissants.

Calligrammes (1918), Obus couleur de lune, A l'Italie

Mais en vérité je l’attends Avec mon coeur avec mon âme Et sur le pont des Reviens-t’en Si jamais revient cette femme Je lui idrai Je suis content.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

De Chine sont venus les pihis longs et souples Qui n’ont qu’une seule aile et qui volent par couples.

Alcools (1913), Zone

Mon pauvre coeur est un hibou Qu’on cloue, qu’on décloue, qu’on recloue. De sang, d’ardeur, il est à bout. Tous ceux qui m’aiment, je les loue.

Le Bestiaire ou cortège d'Orphée (1911), Le Hibou

Automne malade et adoré Tu mourras quand l’ouragan soufflera dans les roseraies Quand il aura neigé dans les vergers Pauvre automne! Meures en blancheur Et en richesse de neige et fruits mûrs.

Alcools (1913), Automne malade

Je te désire encore ô paradis perdu Tous nos profonds baisers je me les remémore Il fait un vent tout doux comme un baiser mordu Après des souvenirs des souvenirs encore.

Poèmes à Lou (1955)

Connais-tu cette joie de voir des choses neuves?

Calligrammes (1918), la Victoire

A l’annulaire de la jeune morte Voici le gage de mon amour De nos fiançailles Ni le temps ni l’absence Ne nous feront oublier nos promesses.

Alcools (1913), La maison des morts

Je t’ai prise contre ma poitrine comme une colombe qu’une petite fille étouffe sans le savoir. Je t’ai prise avec toute ta beauté ta beauté plus riche que tous les placers de la Californie ne le furent au temps de la fièvre de l’or.

L'amour, le dédain et l'espérance

Je donne à mon espoir mon coeur en ex-voto. Je donne à mon espoir tout l’avenir qui tremble comme une petite lueur au loin dans la forêt.

Poèmes à Lou (1955)

Le matelot des mers lointaines Qui vers Cythère allait rêvant Chantait les rives incertaines Et l’écume au loin moutonnant Qui fut le sperme des sirènes.

Poésies libres

O gracieuse et callipyge Tous les culs sont de la Saint-Jean Le tien leur fait vraiment la pige Déesse aux collines d’argent D’argent qui serait de la crème Et des feuilles de rose aussi Aussi belle croupe je t’aime Et ta grâce est mon seul souci.

Poèmes à Lou (1955), A la partie la plus gracieuse

On ne se lassait point de l’interroger Il y eut des questions si extravagantes Et des réponses tellement pleines d’à-propos Que c’était à mourir de rire.

Alcools (1913), La maison des morts

L’amour a remué ma vie comme on remue la terre dans la zone des armées.

Calligrammes (1918), A l'Italie

Mais, Madame, écoutez-moi donc Vous perdez quelque chose – C’est mon coeur, pas grand-chose Ramassez-le donc.

Poèmes à Lou (1955), Les attentives

Et que j’aime ô saison que j’aime tes rumeurs Les fruits tombant sans qu’on les cueille Le vent et la forêt qui pleurent Toutes leurs larmes en automne feuille à feuille.

Alcools (1913), Automne malade

Un soir de demi-brume à Londres Un voyou qui ressemblait à Mon amour vint à ma rencontre Et le regard qu’il me jeta Me fit baisser les yeux de honte.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Et qui oserait dire que, pour ceux qui sont dignes de la joie, ce qui est nouveau ne soit pas beau? Les autres se chargeront vite d’avilir cette nouveauté sublime, après quoi elle pourra entrer dans le domaine de la raison.

Conférence, au Vieux Colombier, 26 novembre 1917.

Elle était si belle Que tu n’aurais pas osé l’aimer.

Alcools (1913), 1909

Je me souviens d’une autre année C’était l’aube d’un jour d’avril J’ai chanté ma joie bien-aimée Chanté l’amour à voix virile Au moment d’amour de l’année.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

L’amour est mort j’en suis tremblant J’adore de belles idoles Les souvenirs lui ressemblant Comme la femme de Mausole Je reste fidèle et dolent.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Sur le chemin du bord du fleuve lentement Un ours un singe un chien menés par des tziganes Suivaient une roulotte traînée par un âne.

Alcools (1913), Rhénanes, Mai

Ma Lou je coucherai ce soir dans les tranchées Qui près de nos canons ont été piochées.

Ombre de mon amour (1947), XXX

O bouches l’homme est à la recherche d’un nouveau langage Auquel le grammairien d’aucune langue n’aura rien à dire.

Calligrammes (1918), la Victoire

Après trois ans de mariage, il n’avait pas encore d’enfant. Dans l’espoir d’en obtenir un, il fit suivre à sa femme les prescriptions des plus grands médecins. Il la mena en vain aux sources réputées merveilleuses contre la stérilité.

L'Hérésiarque et Cie (1910)

On imagine difficilement A quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles.

Calligrammes (1918), la Victoire

Mon amour c’est seulement ton bonheur Et ton bonheur c’est seulement ma volonté.

Poèmes à Lou (1955), X

Ils se savent prédestinés A briller plus que des planètes A briller doucement changés En étoiles et enneigés Aux Noëls bienheureuses Fêtes des sapins ensongés Aux longues branches langoureuses.

Alcools (1913), Rhénanes, Les sapins

Sapins médecins divagants Ils vont offrant leurs bons onguents Quand la montagne accouche De temps en temps sous l’ouragan Un vieux sapin geint et se couche.

Alcools (1913), Rhénanes, Les sapins

Les sapins en bonnets pointus De longues robes revêtus Comme des astrologues Saluent leurs frères abattus Les bateaux qui sur le Rhin voguent.

Alcools (1913), Rhénanes, Les sapins

Quand l’homme a voulu imiter la marche, il a créé la roue qui ne ressemble pas à une jambe. Il a fait ainsi du surréalisme sans le savoir.

Les Mamelles de Tirésias (1918), Préface

Au soleil parce que tu l’aimes Je t’ai menée souviens-t’en bien Ténébreuse épouse que j’aime Tu es à moi en n’étant rien O mon ombre en deuil de moi-même.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Et la mer au soleil ne supporte que l’ombre Que jettent des oiseaux les ailes éployées.

Calligrammes (1918), la Victoire

Mon beau navire ô ma mémoire Avons-nous assez navigué Dans une onde mauvaise à boire.

Alcools (1913), la Chanson du Mal-Aimé

Puis les marmitons apportèrent les viandes Des rôtis de pensées mortes dans mon cerveau Mes beaux rêves mort-nés en tranches bien saignantes Et mes souvenirs faisandés en godiveaux.

Alcools (1913), Palais

Comme cette femme est mennonite Ses rosiers et ses vêtements n’ont pas de boutons Il en manque deux à mon veston La dame et moi suivons presque le même rite.

Alcools (1913), Annie

Maraudeur étranger malheureux malhabile Voleur voleur que ne demandais-tu ces fruits Mais puisque tu as faim que tu es en exil Il pleure il est barbare et bon pardonnez-lui.

Alcools (1913), Le larron

Je compris qu’il ne se vantait point, et qu’érudit et sanguinaire, l’homme à qui j’avais affaire était un maniaque du meurtre.

L'Hérésiarque et Cie (1910)

Les vers luisants brillent cette nuit autour de moi Comme si la prairie était le miroir du ciel Etoilé.

Ombre de mon amour (1947), XLVIII

Mon coeur devient si doux c’est mon amant qui vient Elle se penche alors et tombe dans le Rhin Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil.

Alcools (1913), la Loreley

Un Picasso étudie un objet comme un chirurgien dissèque un cadavre.

Les Peintres cubistes (1913)

On cueille des lilas Dernier lilas pareils à des baisers très las.

Poèmes à Lou (1955), L'attente

Les enfants des morts vont jouer Dans le cimetière Martin Gertrude Hans et Henri Nul coq n’a chanté aujourd’hui Kikiriki.

Alcools (1913), Rhénane d'automne

Puis les pâles amants joignant leurs mains démentes L’entrelacs de leurs doigts fut leur seul laps d’amour.

Alcools (1913), Merlin et la vieille femme

Je passerais ma vie touchant mon piano En écoutant l’ivoire ordonner l’harmonie Cet ivoire que choque parfois mon anneau L’harmonie des beaux airs de France et d’Italie.

Le Guetteur mélancolique (1952), Et je joue quelquefois

Le Rhin le Rhin est ivre où les vignes se mirent Tout l’or des nuits tombe en tremblant s’y refléter La voix chante toujours à en râle-mourir Ces fées aux cheveux verts qui incantent l’été.

Alcools (1913), Nuit rhénane

Et dans ce jour d’août 1915 le plus chaud de l’année Bien abrité dans l’hypogée que j’ai creusé moi-même C’est à toi que je songe Italie mère de mes pensées …

Calligrammes (1918), A l'Italie

Les enfants de l’école viennent avec fracas Vêtus de hoquetons et jouant de l’harmonica.

Alcools (1913), Les colchiques

As-tu sué du sang Christ dans Gethsémani Crucifié réponds Dis non Moi je le nie Car j’ai trop espéré en vain l’hématidrose.

Alcools (1913), L'ermite

Mais nous étions bien mal cachés Toutes les cloches à la ronde Nous ont vus du haut des clochers Et le disent à tout le monde.

Alcools (1913), Rhénanes, Les cloches