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Citations de : Georges Duhamel

Je me méfie de la contagion des machines.

Scènes de la vie future (1930)

Avec les enfants, on fait comme on peut.

Le soir dans ma chambre d’hôtel, j’allume toutes les lumières.

Scènes de la vie future (1930)

Tout fait que j’étais alors aux fureurs de mon père, à ses éclats justiciers, à ses tonnantes algarades.

Le Temps de la recherche (1947)

Quand elle lui prenait le bras, elle se laissait aller à s’alanguir, à trébucher, pour lui mieux manifester sa confiance, son abandon, son amour.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Je songe à ce «d’ailleurs» qui s’efforce de lier ensemble, par un estimable et curieux souci d’ordre, des idées qui n’ont entre elle aucune relation normale.

Discours aux nuages

Suzanne mouilla le fil entre ses lèvres, prit l’aiguille et l’enfila.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Puis il revenait, agrippait Laurent par un des boutons de sa blouse.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Un de ces types impossibles qui se rongent les ongles, qui se grattent, qui remuent tout le temps, qui parlent tout haut, enfin un de ces agités …

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Faites hum! comme quelqu’un qui désire affermir sa voix.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Les illuminés, les partisans d’un armistice immédiat et sans conditions me faisaient hausser les épaules: le niais qui met bas les armes est armé de nouveau pour le service du vainqueur.

Lumières sur ma vie (1944-1953), La Pesée des âmes

Des armées de saucisses grillées succombaient dans la ripaille.

Le Temps de la recherche (1947)

Sans doute, n’avais-je pas, jusque-là, été à même de constater avec quelle autorité une suite de sons et d’accords peut s’approprier à l’état de notre âme.

Récits des temps de guerre

C’est une fonction très mal payée, mais qui me permettra d’approcher un des hommes les plus intelligents de ce temps.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

J’ai pendant mon enfance, appris beaucoup de choses par coeur: des vers, de la prose et des nombres. Je ne le regrette pas.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Inventaire de l'abîme

Jamais, vois-tu? mes petits-enfants ne pensent à m’embrasser. Ils ne doivent pas trouver les gens de notre âge très appétissants.

Le Voyage de Patrice Périot (1950)

Dès aujourd’hui, l’Amérique nous donne à mesurer ce que peut devenir l’effacement de l’individu, l’abnégation, l’anéantissement de l’individu.

Scènes de la vie future (1930)

Il touche du bois quand il redoute quelque éventualité fâcheuse. Il porte en breloque une amulette arabe dont il ne se séparerait pour rien au monde.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Quand les chirurgiens ont décidé l’amputation, ils n’attendent pas un mois pour prendre le couteau.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Presque toutes les parties du discours peuvent, dans une bouche malhabile, devenir l’occasion d’équivoques et d’amphibologies.

Discours aux nuages

Il était assis ou plutôt affalé dans un fauteuil, les bras pendants, les jambes mortes.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

En ce temps-là qui n’est pas fort lointain, on ne disait pas encore «les affaires» avec l’accent spécial qu’on y met aujourd’hui. On disait, de façon plus modeste et plus précise, «le commerce».

Chronique des Pasquier: I. Le Notaire du Havre (1933-1945)

Mais le langage est notre affaire à tous, quel que soit notre état.

Discours aux nuages

Je veux apprendre – c’est-à-dire prendre, saisir – je veux m’accroître, peut-être parce que j’appartiens à une famille en pleinne poussée de sève …

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Le jeune homme gémissait … «Acceptez-moi, aimez-moi, et je deviendrai un grand poète».

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Les acacias balançaient à la face des nues leur opulent plumage doré.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Si tu n’as jamais respiré la fauve et fade odeur de l’abattoir … ô mon ami, tu ne connais pas toutes les tristesses du monde.

Scènes de la vie future (1930)

On ne peut quand même pas l’abandonner dans cette situation tragique.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

La culture est ce qui fait d’une journée de travail une journée de vie.

J’aime beaucoup les personnages qui font des fortunes immenses. C’est drôle, mais ça me fait plaisir comme s’il s’agissait de moi.

Chronique des Pasquiers: VII. Cécile parmi nous (1933-1945)

Un peuple est grand quand il produit de grands hommes.

Les morts n’ont pas de voix, heureusement. Si les morts pouvaient se plaindre, quel cri, quelle clameur. On ne s’entendrait plus vivre.

L’ivresse des mots, plus redoutable que celle du vin.

L’avenir du vin est entre les mains des architectes.

Le vin est l’emblème de la civilisation… j’entends que durant le repas, on ne parle que des vins et des breuvages.

Je n’ai jamais trompé ma femme. Aucun mérite: je l’aime.

La nuit! Elle est si noire et si profonde, qu’elle ne finira jamais. Inconcevable éternité!

Les plaisirs et les jeux (1922)

Il n’y a de mauvais livres que pour les mauvais lecteurs. – La vie ne salit que les âmes basses!

Interview.

Il faut, à certaines heures, que l’homme soucieux, anxieux, tourmenté, se retire dans la solitude et qu’il ouvre un livre pour y chercher un principe d’intérêt, un thème de divertissement, une raison de réconfort et d’oubli.

Le Christ a parlé comme si le Monde n’était composé que de bons et de méchants; il a oublié les imbéciles.

La fiscalité moderne offre tous les caractères d’un expédient et produit tous les caractères d’un attentat.

Avec la moitié de Hugo, les Allemands auraient fait trois Goethe.

– Nous sommes parfaitement d’accord, répondit le vieil homme en élevant avec force les sourcils au-dessus de son binocle de magister, de son binocle à l’ancienne mode.

Chronique des Pasquiers: X. La passion de Joseph Pasquier (1933-1945)

Puisque je vais porter un sort, le mien, – Puisque je vais tenter mes forces, ma mesure, – Et jouer ce rôle qui m’appartient, – Que l’énergie me soit donnée, avec l’amour!

Selon ma Loi (1910)

Si la civilisation n’est pas dans le coeur de l’homme, eh bien! elle n’est nulle part.

Si j’étais Dieu, je ne souffrirais pas les arrivistes du Ciel.

Chronique des Pasquiers: VII. Cécile parmi nous (1933-1945)

On ne choisit pas ce qu’on voudrait.

Les sept dernières Plaies (1928)

Nombre d’actions humaines sont commandées par une sorte d’intérêt que l’on appelle, en propre terme, le désintéressement.

Positions françaises (1940)

Miracle n’est pas oeuvre.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Les plus grands tyrans du peuple sont presque toujours sortis du peuple.

Chronique des Pasquiers: VIII. Le Combat des ombres (1933-1945)

Le romancier est l’historien du présent, alors que l’historien est le romancier du passé.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Le passant qui vous arrête et qui vous demande du feu, laissez-le seulement parler: au bout de dix minutes, il vous demandera Dieu.

Défense des lettres (1937)

Le monde est créé pour être recréé.

Vie et aventures de Salavin: II. Deux Hommes (1920-1932)

Le moment est venu de rechercher en toutes choses les limites de la machine et de poser en principe que, si l’on écrit à Dieu, il faut écrire à la main.

Querelles de famille (1932)

Le désir d’ordre est le seul ordre du monde.

Chronique des Pasquiers: VII. Cécile parmi nous (1933-1945)

Le cul voudrait arriver avant la tête, mais la tête ne veut quand même pas.

Chronique des Pasquiers: V. Le Désert de Bièvres (1933-1945)

Le caractère, qui, parfois demeure étranger au talent, anime toujours le génie.

Défense des lettres (1937)

La science est comme une maladie, – une maladie qui progresse en transformant le monde et en le dévorant aussi.

Chronique des Pasquiers: VI. Les Maîtres (1933-1945)

L’homme est incapable de vivre seul, et il est incapable aussi de vivre en société.

Chronique des Pasquiers: V. Le Désert de Bièvres (1933-1945)

L’Etat est gouverné par le rebut de toutes les carrières honorables.

Chronique des Pasquiers: VI. Les Maîtres (1933-1945)

C’est la faute qui fait la vertu.

Vie et aventures de Salavin: V. Tel qu'en lui-même (1920-1932)

Ainsi que tous les gens sérieux, je ne crois pas à la vérité historique, mais je crois à la vérité légendaire.

Remarques sur les Mémoires imaginaires

L’erreur est la règle; la vérité est l’accident de l’erreur.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Je respecte trop l’idée de Dieu pour la rendre responsable d’un monde aussi absurde.

Chronique des Pasquiers: V. Le Désert de Bièvres (1933-1945)

Je ne me défie pas de la machine que je regarde avec curiosité sur son socle ou sous sa verrière. Je me défie de la machine qui est en moi.

Paroles de médecin (1944)

Il y a une folie organisatrice qui est l’ennemie jurée de l’ordre.

Vie des martyrs (1917)

Il y a toujours du courage à dire ce que tout le monde pense.

Chronique des Pasquiers: VIII. Le Combat des ombres (1933-1945)

Il faut tenir les promesses que l’on a pas faites.

Défense des lettres (1937)

Il arrive que l’erreur se trompe.

Défense des lettres (1937)

Dans un monde aussi incohérent, l’existence de Dieu ne serait pas une chose plus folle que la non-existence de Dieu.

Chronique des Pasquiers: V. Le Désert de Bièvres (1933-1945)

Chaque civilisation a les ordures qu’elle mérite.

Querelles de famille (1932)

Ce qu’il y a de plus utile pour former de jeunes esprits, ce sont les choses inutiles.

Querelles de famille (1932)

Au moyen d’un petit canif crasseux mais tranchant, il attaquait en outre les régions de l’ongle inaccessibles aux dents, s’éminçait l’épiderme, se sculptait la pulpe à vif.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Le bouton tourné, le poste émetteur repéré, l’appareil au point voulu, toute la société prête l’oreille.

Manuel du protestataire (1952)

J’ai, pendant la fin de mes études, suivi parfois la consultation de Doleris, accoucheur émérite.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Biographie de mes fantômes

J’ai pesé, prévu maintes choses. Je m’attends aux faux-pas, aux embûches, aux mécomptes.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Il avait, dans les entretiens publics et singuliers, une étonnante manière d’enrouler, d’embrouiller et d’entortiller la phrase.

Le Temps de la recherche (1947)

Nous trouvâmes Paris dans les affres d’un terrible hiver. La Seine était gelée, l’embâcle déjà parfait.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Inventaire de l'abîme

Il fallait coûte que coûte, éliminer ce redoutable acide urique.

Problèmes de civilisation (1961)

Les éleveurs ont fait de grands efforts pour conserver les caractères utiles ou rares et, ensuite pour mettre en évidence, par sélection, chez le plus grand nombre possible de sujets, certaines propriétés remarquables.

Manuel du protestataire (1952)

Chaque jour, le prix de tous les articles nécessaires à la vie s’élevait quelque peu.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Les Espoirs et les Epreuves

S’il souhaitait de s’élever et s’il le répétait sans cesse, il avait l’horreur des servitudes bureaucratiques et n’eût pas considéré comme une élévation de travailler à heures fixes, derrière des portes closes, même au prix d’un traitement princier.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

J’avais été raisonnable pendant plus de quatre années et je sentais, tout à coup, que j’allais devenir enragé.

Lumières sur ma vie (1944-1953), La Pesée des âmes

Mais non, mon petit gars, les ministres, je m’en sers quand j’en ai besoin. Et puis, je les enquiquine.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Moi, je n’étais pas mobilisable. J’ai voulu m’engager.

Récits des temps de guerre

Mon éminent confrère Elie Faure m’a, lors de ce dernier deuil, écrit une lettre admirable, de sa meilleure encre.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Les gens qui possèdent une encolure de taureau et une mandibule de dogue mettent tout leur personnage dans la nuque et dans la mâchoire.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Comme tous les Français, constructeurs d’enclos, nous avions un sens jaloux de notre particulier, le goût des murailles, des serrures.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Ce coup final, le monde va l’«encaisser», notre monde, boxeur exténué que la fatalité presse et harcèle sans répit.

Récits des temps de guerre

A ce point de mes réflexions, je sentis que l’inquiétude allait empoisonner ma joie.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

J’ai peur de quelque chose qui serait pire que la mort et qui serait l’endurcissement de notre coeur.

Récits des temps de guerre

Je fabrique un masque pour t’endormir à l’éther. – Je vous remercie, l’odeur du chloroforme m’est si pénible.

Récits des temps de guerre

Il n’était certes pas avare, mais strict dans ses dépenses.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Ma vérité personnelle ne m’a jamais intéressé que dans la mesure où je sens qu’elle me surmonte et me dépasse.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Inventaire de l'abîme

Elle aurait vu des amis, peut-être même été parfois au théâtre. Il n’en faut pas plus pour déliter une idée fixe.

Cri des profondeurs (1951)

C’est l’époque de la déhiscence, comme dirait M. Bonnier: le fruit s’ouvre et les graines sautent.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

La défensive, après les épreuves des deux guerres mondiales, semble tout à fait condamnée.

Lumières sur ma vie (1944-1953), La Pesée des âmes

J’étais fiévreux, bien que le mal fût dans le décours.

Lumières sur ma vie (1944-1953), La Pesée des âmes

Quand on ne peut se soustraire à la douleur, on fait en sorte de se cuirasser contre elle.

Récits des temps de guerre

En bien des points, tout croisement est difficile, voire impossible, au passage d’un car, même pour la plus étroite des voitures de tourisme.

Manuel du protestataire (1952)

Nous savons bien que presque tous ses collègues n’auront, au fond, qu’une pensée, celle de lui faire un croc-en-jambe, de s’emparer de sa place et de s’emparer de son titre.

Manuel du protestataire (1952)

Il faut sauver cette idée d’un dieu humain et charitable qui s’est cristallisée dans les âmes au prix de tant de souffrances.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

La jeune fille se mit à manger d’un air distrait, presque égaré.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Mais, que la médecine ne l’oublie pas, elle doit rester indépendante à peine de s’avilir et de perdre l’efficace en même temps que l’autorité.

Paroles de médecin (1944)

Nous avions rencontré par hasard un écriteau portant «Passage interdit». Mon père a tranquillement arraché l’écriteau. Il disait en souriant: «Ce passage n’est plus interdit, marchez mes enfants».

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Il y a souvent de longues périodes silencieuses qui sont, pour un peuple, comme des éclipses de génie.

Défense des lettres (1937)

L’animal qui vient de périr bascule dans l’échaudoir.

Scènes de la vie future (1930)

Justin écarquilla les doigts, puis écarta les bras du corps en signe d’incertitude et de détresse.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Les professionnels du sport ont acclimaté, chez nous, un jargon ébouriffant, presque intraduisible, farci de mots étrangers, employés hors de propos …

Scènes de la vie future (1930)

Nos discords n’étaient jamais envenimés et la colère elle-même, entre nous deux, gardait quelque chose de véniel et de tendre.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Le dimanche n’est pas un jour normal, physiologique, c’est un hiatus, une solution de continuité dans la trame des jours suivants.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Le plus grand danger des idées c’est de nous dérober souvent le spectacle des réalités, de nous en retirer le sens.

Défense des lettres (1937)

Petit à petit, mot à mot, mon père élevait la voix. C’était un crescendo bien contenu, une gradation savante.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Nous allons d’abord faire des risettes et des courbettes aux gens que nous voulons fuir justement parce qu’ils nous dégoûtent.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Je me couchais, le soir, heureux, courbatu, mort de saine lassitude.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Biographie de mes fantômes

Il a reçu un coup de vieux; il a eu, l’an dernier, une petite attaque.

Le Voyage de Patrice Périot (1950)

Se peut-il qu’il y ait, entre deux êtres, des correspondances aussi profondes?

Récits des temps de guerre

C’est cet homme-là qu’il faut chercher, découvrir et confondre. C’est lui qu’il faut convaincre de son crime et punir.

Récits des temps de guerre

Il avait passé toute sa vie à changer de but et de route. Il me fit, en trois points, l’éloge de la constance.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Il commençait de me faire connaître des dieux que j’ai, pour mon allégement et ma joie, confessés dans la suite des jours.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Nous tenions tous un composteur de la main gauche et nous faisions de notre mieux pour bien saisir, de la main droite, le caractère dans les cassetins, pour sentir ses encoches.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Eh bien! que l’homme se débrouille avec sa conscience, en ce qui touche certains problèmes.

Scènes de la vie future (1930)

Deux rides profondes se creusent de part et d’autre de sa bouche dont les commissures s’abaissent et se tordent.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Comme il était vigoureux, quand il apportait un paquet, même lourd et encombrant, il le coltinait tout seul.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

La passion colore et empoisonne les moindres mouvements de l’âme.

Entretiens dans le tumulte (1919)

Le sourire froid, détaché, railleur, le sourire qui m’a, si longtemps, donné du malaise, est soudain coloré d’une sorte de tendresse.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Papa se mit à sourire, son calme devint effrayant et nous comprîmes tous qu’il était parti, sans retour, pour une colère majuscule, une colère telle qu’un homme n’en fait pas trois d’aussi belles dans sa vie.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

La colère me rend malade, elle m’enpoisonne. Je respire mal, mon coeur bat au hasard, mes articulations sont pleines de sable, je me sens l’estomac houleux.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Le plus clair de nos pensées, aux instants de loisir, allait naturellement vers les choses de l’amour.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Biographie de mes fantômes

Tous les bons observateurs se demandent avec angoisse: «Où mettra-t-on ces voitures? Comment pourront-elles circuler?»

Manuel du protestataire (1952)

La chute du franc, commencée depuis 1916, devenait de mois en mois plus sensible. Chaque jour, le prix de tous les articles nécessaires à la vie s’élevait quelque peu.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Les Espoirs et les Epreuves

Cette petite victoire est de grand sens. Elle me montre que mon instrument est encore de bon service, à la condition, toutefois, qu’on ne le laisse pas chopper.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Inventaire de l'abîme

Je dispose de plusieurs chemins que j’aime également et que je choisis tour à tour selon la couleur du ciel ou la couleur de mon âme.

Le Temps de la recherche (1947)

Pour ses employés, pour ses domestiques, et ils sont nombreux, il les traite comme des chiens et les décourage toujours.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Tout ce monde vivait chichement et s’habillait à petits frais rue Daint-André-des-Arts, chez Latreille, fripier en renom.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Je peux me vanter d’avoir toujours persévéré dans le changement.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Ma santé, longtemps chancelante, sembalit s’affermir.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Biographie de mes fantômes

Elles avaient la passion des chambards domestiques et des déménagements.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Biographie de mes fantômes

Je refuse tout nouveau combat. Je cède, vous comprenez, je renonce. Je fais la paix.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Il cédait plus volontiers aux impulsions du coeur qu’aux remontrances de la raison.

Le Temps de la recherche (1947)

A la voir debout dans le métro parisien, le plus enragé butor lui céderait une place assise.

Scènes de la vie future (1930)

Il va falloir que je me lève. La misérable carcasse est là, qui fait sentir ses exigences.

Le Voyage de Patrice Périot (1950)

Les récits des captifs nous montrent l’horrible confusion qui régnait en Allemagne à la fin de la tragédie.

Manuel du protestataire (1952)

Nous allions par petites étapes, suivant un itinéraire capricieux, au gré de notre fantaisie.

Le Temps de la recherche (1947)

Le corps d’armée cantonnait sur la Marne, en attendant d’aller se goberger dans un secteur calme.

Récits des temps de guerre

En dehors de ces articles, on imprime, chaque jour, dans une foule de petits canards, des notes plus ou moins venimeuses, plus ou moins menaçantes.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

A tout instant, il tirait d’un étui en peau de serpent, une volumineuse paire de lunettes et il se la campait sur le nez.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

A tout instant, il tirait, d’un étui en peau de serpent, une volumineuse paire de lunettes et il se la campait sur le nez.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Dans le bas du domaine, séparé du parc par une haie d’arbustes, s’étendait le potager. Il était défiguré par la brousse.

Chronique des Pasquier: V. Le Désert de Bièvres (1933-1945)

C’est une vieille Ford toute bringuebalante. Elle tanguait et roulait.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Un escalier étroit, branchu comme une artère, s’élevait dans le milieu de la baraque et distribuait en tous sens des galeries tortueuses.

Chronique des Pasquier: III. Vue de la Terre promise (1933-1945)

Je fais connaissance avec ces étranges «bouillons» où l’on paye chaque plat au moyen de jetons préalablement achetés à la caisse et où l’on va soi-même quérir sa portion devant un long comptoir de marbre.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Biographie de mes fantômes

Les gens de cette sorte se soignent bien, ils rencontrent presque toujours une femme dévouée qui leur fait tiédir leur flanelle, les bouchonne et les dorlote.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Inventaire de l'abîme

Je n’attendais de Jean-Paul Sénac aucun mouvement de colère. Il se met rarement en colère. Il gronde, il gromelle, il bavote et se lamente.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

La certitude m’était venue que M. Chalgrin me battait froid, que j’avais dû faire une maladresse énorme et difficilement réparable.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Tous deux parlent très bas. Leur vie est un perpétuel chuchotement, un murmure étouffé dont on ne surprend presque rien.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

C’est fini. Voici le point d’orgue et la double barre. Les dernières vibrations s’élancent, gagnent le large.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Une quinzaine de ces ballons captifs que les troupiers appellent des «saucisses» formaient un demi-cercle aérien, et veillaient.

Récits des temps de guerre

Mon désir de connaissance n’en était pas apaisé, mais avivé.

Le Temps de la recherche (1947)

Un pédant avantageux, nanti de moins de lettres que de toupet.

Discours aux nuages

Il faut être jeune et vert. Il ne faut pas se laisser avachir.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Il n’y a d’autorité vraie que basée sur l’amour et le respect, le seul respect profond, le respect intérieur.

Récits des temps de guerre

L’auto est un levier qui grandit tous nos vices et n’exalte pas nos vertus.

Scènes de la vie future (1930)

Dans ce visage d’enfant, brûlait un regard attestant la maturité, l’autorité.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

(Il) ne fait pas plus attention à moi qu’à une muraille ou à une borne.

Le Voyage de Patrice Périot (1950)

Quand, la fourchette et le couteau en mains, il attaquait la nourriture, il avait l’air de monter à l’abordage.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

L’idée qu’il pouvait s’assouplir, plier, changer dans une mesure quelconque, cette idée me paraissait démente.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

A la moindre allusion, même incertaine, il s’assombrissait, ne sachant s’il devait subodorer ou l’hommage ou la raillerie.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Le rasoir au fourreau, mon père s’aspergeait d’eau froide, pour tonifier l’épiderme.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Notre artillerie répondant coup pour coup par salves furieuses, une sorte de muraille grondante s’éleva autour de nous, qui nous semblait comme un rempart.

Récits des temps de guerre

Sur une pelouse pâmée de plaisir, l’arroseur automatique répandait en tournoyant une pluie dans le nuage de laquelle on voyait naître et mourir les couleurs de l’arc-en-ciel.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

On restreint le nombre des nouveaux arrivants, on les trie sur le volet.

Scènes de la vie future (1930)

Oui, oui ! Je sais ce qu’être dieu, et ce n’est pas drôle tous les jours. Je parle du bon Dieu, cela va sans dire. Pour l’autre, celui qui n’est pas bon, il doit avoir une vie plus facile.

Les plaisirs et les jeux (1922)

Le roman est l’histoire des hommes, tandis que l’histoire est le roman du passé.

Essai sur le roman (1925)

Celui qui parvient à se représenter la souffrance des autres a déjà parcouru la première étape sur le difficile chemin de son devoir.

Paroles de médecin (1944)

La sympathie est une passion animale et même une passion égoïste ; mais c’est notre meilleure chance de nous évader de l’égoïsme.

Paroles de médecin (1944)

Le livre est l’ami de la solitude. Il nourrit l’individualisme libérateur. Dans la lecture solitaire, l’homme qui se cherche lui-même a quelque chance de se rencontrer.

Défense des lettres (1937)

Révolution ? Oui ! Mais entendez bien : il n’y a de vraie révolution que morale. Tout le reste est misère, sang gaspillé, larmes vaines.

Entretiens dans le tumulte (1919)

Ce qui donne à la civilisation humaine son caractère exceptionnel, son caractère unique dans l’ordre de la biologie, c’est qu’elle n’est pas inscrite dans la substance nucléaire et donc qu’elle n’est pas organiquement héréditaire.

Civilisation française (1944)

Le vieillard fit une grimace en serrant les lèvres l’une contre l’autre, puis il se prit à murmurer: – Si, si, je sais ce que je dis. Il y a toujours du courage à dire ce que tout le monde pense.

Chronique des Pasquier: VIII. Le Combat des ombres (1933-1945)

Entre tous les phénomènes remarquables qu’il nous est donné d’observer, à nous, hommes du XXe siècle, le plus frappant est sans doute l’unification de la civilisation.

Défense des lettres (1937), IV

Il tombait une de ces pluies dont on ne devrait pas dire qu’elles tombent, car elles semblent sourdre de l’air malade, du sol, des choses, des hommes.

Vie et aventures de Salavin: I. Confession de minuit (1920)

Les spécialistes ont tendance à s’enfermer dans leur spécialité, à vivre reclus en face de leurs difficultés ordinaires, et à se désintéresser du reste.

Manuel du protestataire (1952)

Une sonnerie, ce n’est pas un bruit comme les autres; c’est une vrille qui vous transperce soudain le corps, qui embroche vos pensées et qui arrête tout, jusqu’aux mouvements du coeur.

Vie et aventures de Salavin: I. Confession de minuit (1920)

C’était une de ces spacieuses sépultures familiales où, de lustre en lustre, les places sont âprement réclamées et prises. Une huitaine d’inscriptions couvraient la stèle.

Le Voyage de Patrice Périot (1950)

Il n’est pas dans la commune nature des êtres vivants de se sacrifier. Pourtant, des hommes ont pu se sacrifier à des idées, à de nobles causes, au salut de ceux qu’ils aimaient.

Récits des temps de guerre

Ce qu’il était, c’était – comment dire? – possessif. Il n’y a pas d’autre mot. Ce qu’il avait, c’était l’instinct – oh! très fort – de la propriété, de la chose personnelle.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Si Descartes est devenu Descartes c’est qu’il a passé tout un hiver déterminant pour le monde, à rêver seul et en silence dans cette chambre chauffée qu’on appelait le poêle.

Manuel du protestataire (1952)

Ils saluent une fois encore, par une large beuverie d’alcool, le très probable triomphe du champion de la prohibition.

Scènes de la vie future (1930)

Les coups qu’il m’est arrivé de porter à tels de nos aînés, me sont aujourd’hui rendus par tels de mes cadets.

Le Temps de la recherche (1947)

Le monde affectif, pour lui, se limite à sa personne qui est douillette, irritable, susceptible de certains sentiments et de certaines passions ou émotions comme la rancune, le mépris, la haine, la colère.

Chronique des Pasquier: VI. Les Maîtres (1933-1945)

La véritable grandeur n’est point affaire de dimensions absolues, c’est l’effet de proportions heureuses.

Scènes de la vie future (1930)

Barnabé me dit volontiers: «Vous êtes optimiste!» C’est bien possible. Et, cependant, les vrais optimistes n’écrivent pas: ils mangent, ils jouissent.

Les plaisirs et les jeux (1922)

Souvent, je disposais de deux tables, c’est-à-dire que j’opérais sur l’une pendant que, sur l’autre, on endormait un second patient.

Récits des temps de guerre, V, Le dernier

Tout à coup, issu du fond de l’espace, un miaulement nait, s’enfle, déchire l’air au-dessus de la baraque, et l’obus crève à quelques pas, avec le bruit d’un objet fêlé qui se casse.

Récits des temps de guerre

L’observation est active et volontaire. La contemplation involontaire et passive. Dans l’observation, le courant principal va de l’esprit à l’univers. Dans la contemplation, c’est le contraire.

Chronique des saisons amères (1944)

Tragique besoin de possession: «Mes études, mon régiment, mon juge, mon bourreau.»

Vie et aventures de Salavin: III. Journal de Salavin (1927), 20 juin

Précieuse, à vrai dire, m’apparaît la mémoire des lieux, des visages, des odeurs. Celle-là, je prends plaisir à l’exercer par des moyens indirects.

Les plaisirs et les jeux (1922)

Je me mis à fureter dans la pièce afin de trouver un vieux bout de cigarette: un mégot bien froid, voilà ce que j’aime. Je laisse des cigarettes inachevées, exprès pour les retrouver le lendemain.

Vie et aventures de Salavin: I. Confession de minuit (1920)

Vous me faites songer à Robinson Crusoé qui détruisait les sauvages à coups de mousquet pour les empêcher de se manger entre eux.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Les hommes qui font constamment abus du mot «mais» trahissent ainsi, le plus souvent, une certaine inaptitude à l’affirmation franche et paisible, un besoin de restriction et de compensation, un manque de confiance et de générosité.

Discours aux nuages

Après tout, quarante, quarante-deux, c’est la fleur de l’âge.

Chronique des Pasquier: I. Le Notaire du Havre (1933-1945)

La France est divisée en deux blocs adverses, et ceux qui, comme moi, se trouvent entre les deux n’ont plus qu’à choir dans le vide.

Chronique des Pasquier: VIII. Le Combat des ombres (1933-1945)

Je me suis juré mille fois d’accueillir avec sérénité peut-être même avec allégresse, en tous cas avec une vaillance lucide, ce qu’on nomme «les avertissements de l’âge».

Chronique des Pasquier: I. Le Notaire du Havre (1933-1945), Introduction

Sans un souffle de cette littérature, soeur de la politesse, la vie retombe assez vite à la goujaterie et à l’abjection.

Chronique des Pasquier: III. Vue de la Terre promise (1933-1945)

Chaque fois que revenait, dans nos entretiens, un mot ayant le moindre rapport avec l’affaire Dreyfus, il semblait qu’aussitôt un abîme s’ouvrit sous nos pas et divisât la famille.

Chronique des Pasquier: III. Vue de la Terre promise (1933-1945)

Vous avez remarqué que, lorsqu’on est très malheureux, on parle aux autres hommes en leur disant «mon pauvre ami», ou «mon pauvre monsieur», comme s’ils étaient eux-mêmes à plaindre.

Récits des temps de guerre

Mon cher, quel que soit le système politique, les hommes de pouvoir sont toujours des parleurs.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Fuis surtout les besognes paralittéraires ou juxtalittéraires qui te gâteront la main, épuiseront tes facultés d’invention, te forceront à des corvées pour lesquelles tu n’es pas fait.

Défense des lettres (1937)

Un préfet à qui je parlais, naguère, des excès de la paperasse me dit en levant les bras avec désespoir: «Vous, toute cette paperasse vous gêne. Mais moi, elle me paralyse!»

Manuel du protestataire (1952)

Quand tu t’adresses à quelqu’un, à un zèbre, à un palotin, enfin à un monsieur très bien, c’est-à-dire à un type quelconque, donne-lui toujours tous ses titres, et même ceux qu’il n’a pas.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Je respecte, j’admire le travail de l’historien. Dans la cohue des faits, dans le fatras des documents, il s’efforce de découvrir un principe d’ordonnance.

Lumières sur ma vie (1944-1953), La Pesée des âmes

Le but suprême du romancier est de nous rendre sensible l’âme humaine, de nous la faire connaître et aimer dans sa grandeur comme dans sa misère, dans ses victoires et dans ses défaites. Admiration et pitié, telle est la devise du roman.

Essai sur le roman (1925)

Au surplus, mon devoir est ici. Je suis irremplaçable, c’est bien évident.

Récits des temps de guerre

Tous ces gens qui ne veulent pas voir l’agonie de notre vieux monde ne sont pas des sages. Leur placide candeur s’évertue dans une irréalité qui ressemble au néant.

Récits des temps de guerre

Il se promène, lisant, récitant au besoin ce qu’il sait par coeur. Dans sa ferveur, il ne répugne pas à l’interpolation. Il prête aux grands hommes. Il ajoute aux textes illustres.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Ici, tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire.

Manuel du protestataire (1952)

Je songe à ce «peut-être» qui, dans le coeur de beaucoup d’hommes, infuse un subtil poison d’incertitude.

Discours aux nuages

Je sais maintenant, ce que je ne savais pas encore en ce temps-là, c’est que les hommes sont incorrigibles et qu’ils ne peuvent manquer à leur nature propre.

Cri des profondeurs (1951)

La culture et l’imprégnation sont évidemment deux choses différentes; mais la culture agonise et le temps de l’imprégnation est venu.

Manuel du protestataire (1952)

Ceux qui refusent les honneurs sont encore plus orgueilleux, les plus enragés de distinction. Ils réclament l’honneur de mépriser les honneurs.

Chronique des Pasquier: VI. Les Maîtres (1933-1945)

Comme une mécanique grondante et compliquée qui débite les produits de son activité intérieure, la stupide machine guerrière lâche, de minute en minute, des hommes sanglants.

Récits des temps de guerre

Il aurait pu prononcer un mot, un eul. Il n’a pas prononcé ce mot, je ne lui en fais pas grief. Il a femme, enfants, et une réputation avec laquelle il ne peut pas jouer.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

L’inconnu leva vers Loisel un visage empreint de gratitude, un visage où, sans aucune chance d’erreur, on pourrait lire cet aveu: «Vous êtes la courtoisie même, et je ne sais comment vous remercier de vos bons offices».

Vie et aventures de Salavin: III. Journal de Salavin (1920-1932)

Les héros homériques ont toujours assez de finesse et de présence d’esprit pour célébrer leurs adversaires. L’Angleterre les imitera, qui louera Napoléon pour se mieux grandir elle-même.

Refuges de la lecture (1954)

Il est impossible d’imaginer une grande civilisation sans une grande littérature.

Refuges de la lecture (1954)

Vous avez la bouche pleine de formules généreuses, mais votre coeur est souillé par toutes sortes de basses sottises.

Récits des temps de guerre

De temps en temps, il retire son binocle aveuglé de vapeur et l’essuie furtivement.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

A part les jours où je dois déjeuner rue du Pot-de-Fer, je compte prendre mes repas dans ma chambre: frugalité parfaite.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Le front de Champagne, calme alors, somnolait, sur notre gauche, du sommeil des cratères: un sommeil plein de cauchemars, de sursauts et d’éclairs.

Récits des temps de guerre

Il ne faut pas le heurter de front. Il est assez susceptible.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Ma mère nous avait appris à faire des boissons de tout. Oh ! pas seulement de la frênette, mais des boissons délicieuses avec toutes sortes de plantes.

Chronique des Pasquier: IX. Suzanne et les jeunes hommes (1933-1945)

Le bon sens populaire a fait, depuis longtemps, justice d’une expression malheureuse: on ne dit plus jamais fille de joie, on pense parfois fille de douleur.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Biographie de mes fantômes

Cher Justin, tu m’aimes assez pour, dans cet apparent désordre, trouver le fil conducteur, saisir le fil de ma vie.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Nous aimons les fictions dans la mesure même où la fable reste assez dépendante du monde réel pour que nous ne sentions jamais mourir en nous le sentiment du vrai.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932), Vie et mort d'un héros de roman

Je jouis d’un traitement de faveur, c’est-à-dire que je travaille dans un local spacieux.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

On nous a farci la cervelle d’une foule d’idées qui sont respectables, sans doute, mais passablement niaises.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Mme Henningsen tenait son face-à-main plié, les deux verres l’un sur l’autre, et le portrait à son oeil droit en fronçant fort le sourcil.

Chronique des Pasquier: III. Vue de la Terre promise (1933-1945)

Il avait le visage extasié, ensoleillé, fendu par un sourire de bonheur.

Le Voyage de Patrice Périot (1950)

La longue et démoralisante expectative, si bien calculée par les maîtres de l’Allemagne, avait somme toute relâché ces âmes françaises.

Lumières sur ma vie (1944-1953), La Pesée des âmes

A vrai dire, je suis un solitaire exilé dans la foule.

Le Voyage de Patrice Périot (1950)

Ainsi, pour toutes choses, c’est à la tête qu’il faut frapper. Les mains malheureuses et serviles qui ont «exécuté», elles nous font horreur, mais aussi pitié.

Récits des temps de guerre

Franchement, non, je ne pensais pas à vous, si je peux toutefois vous l’avouer sans discourtoisie.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Une longue après-midi durant, nous avons réduit des fractures et posé des appareils.

Récits des temps de guerre

Il a de longues jambes infatigables et, quand il se met en mouvement, il fait des foulées de chasseur et de paysan.

Récits des temps de guerre

Voilà bien de ces résolutions que, si j’étais raisonnable, je m’abstiendrais bien de former et surtout de formuler.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Inventaire de l'abîme

Il n’écoute que ses passions, ses désirs. Il fonce. C’est le règne du mufle.

Manuel du protestataire (1952)

Il était prévoyant avec témérité, avec folie.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Mais, fluide comme un filet d’eau pure, un chant de flûte ruisselait dans l’ombre.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Fouettés par le vent, les flocons se précipitent: obliques, rapides, soumis.

Vie et aventures de Salavin (1920-1932)

Vingt fois l’heure, Zazou prouve qu’il a le sens de l’humour, et du plus fin et du plus retors.

Les plaisirs et les jeux (1922)

Il y a les courageux qui estiment que l’on abuse d’eux et les embusqués qui cherchent toujours un filon.

Refuges de la lecture (1954)

Nul doute: l’erreur est la règle: la vérité est l’accident de l’erreur.

Chronique des Pasquier: I. Le Notaire du Havre (1933-1945)

J’étais plus souvent dans la rue, à rêver le long des trottoirs et c’est pendant ces errances que j’ai lentement conçu tous les ouvrages qu’il m’a été donné de composer par la suite.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Biographie de mes fantômes

Ah! voici l’équilibriste en habit noir. Il grimpe, à la force des poignets, jusqu’au sommet de la coupole, jusqu’au trapèze vertigineux. Il pose un des pieds d’une chaise sur un verre à boire qui craque, et il s’assied au-dessus du vide.

Les plaisirs et les jeux (1922)

La cervelle la mieux équilibrée est soumise, chaque jour, à tous les vertiges.

Manuel du protestataire (1952)

Qu’est donc l’équilibre d’un organisme en mouvement, sinon une lutte perpétuelle pour rétablir le jeu des forces contraires et pour créer un accord d’autant plus beau qu’il est instable et menacé.

Défense des lettres (1937)

On sait que l’épuration, quand elle frappe en haut, correspond à un changement de la classe dirigeante; quand elle frappe en bas, elle se manifeste par des règlements de comptes de l’ordre individuel.

Manuel du protestataire (1952)

Ma mère, qui avait perdu deux enfants en bas âge et que nos maladies de petits citadins tenaient en perpétuelles angoisses, ma mère voyait toujours avec épouvante venir la saison des vacances.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Inventaire de l'abîme

Depuis longtemps, ce Français cultivé que j’appelle l’homme d’Occident a renoncé à épeler laborieusement le texte grec.

Refuges de la lecture (1954)

C’est pourtant ainsi que m’apparut ma ville natale, jadis, quand je revins l’habiter environ ma quatrième année.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Inventaire de l'abîme

Regardez cette route, là-bas, qui s’enroule à la colline comme une plante grimpante.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Vraies ou fausses, les nouvelles propagées par cette immense rumeur, exaltaient beaucoup la population parisienne.

Cri des profondeurs (1951)

Ils ne dédaignent pas les livres qui donnent des chances d’évasion ou, mieux, de divertissement, au sens pascalien du mot.

Refuges de la lecture (1954)

Nous devions nous mouvoir dans une atmosphère d’étuve que je n’ai pas souvent retrouvée, même dans les pays équatoriaux.

Lumières sur ma vie (1944-1953), La Pesée des âmes

Je songe à ce «n’est-ce pas ?» qui revient sur les lèvres de tant de gens et traduit un si grand besoin d’adhésion.

Discours aux nuages

Soigneusement masqués, contenus, leurs défauts et leurs vices ne pouvaient se répandre librement que dans l’étouffante intimité.

Scènes de la vie future (1930)

La mémoire est comme les muscles: elle se fortifie dans le travail et s’étiole dans la paresse.

Lumières sur ma vie (1944-1953), Inventaire de l'abîme

Il balbutiait des mots d’enfant, des mots incohérents et tendres pour étancher cette douleur qu’il ne pouvait pas comprendre.

Chronique des Pasquier (1933-1945)

Il n’avait alors que trente-six ans peut-être, mais, célibataire, il ne détestait pas s’essayer dans les rôles de patriarche.

Cri des profondeurs (1951)

L’homme de la rue fait, de ces locutions, un usage non seulement intempérant mais encore vicieux. Il dit: «un espèce d’imbécile».

Défense des lettres (1937)

La plus grande beauté d’une ville n’est pas dans les édifices, elle est dans l’espace libre entre les édifices. Les grands artisans de villes sont des sculpteurs d’espace.

Chronique des Pasquier: VIII. Le Combat des ombres (1933-1945)