Acceuil / Citation

Citations de : François René, vicomte de Chateaubriand

Il faut avoir le coeur placé haut pour verser certaines larmes: la source des grands fleuves se trouve sur le sommet des monts qui avoisinent le ciel.

Pensées et Premières Poésies

Les grandes afflictions semblent raccourcir les heures comme les grandes joies: tout ce qui préoccupe fortement l’âme empêche de compter les instants.

Pensées et Premières Poésies

Un charme est au fond des souffrances comme une douleur au fond des plaisirs: la nature de l’homme est la misère.

Pensées et Premières Poésies

On se réconcilie avec un ennemi qui nous est inférieur pour les qualités du coeur ou de l’esprit; on ne pardonne jamais à celui qui nous surpasse par l’âme et le génie.

Pensées et Premières Poésies

Les mendiants vivent de leurs plaies: il y a des hommes qui profitent de tout, même du mépris.

Pensées et Premières Poésies

En ces temps difficiles, il convient d’accorder notre mépris avec parcimonie, tant nombreux sont les nécessiteux.

Je ne suis point à la mode, je pense que sans la liberté il n’y a rien dans le monde.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Si tu pouvais par un seul désir tuer un homme à la Chine et hériter de sa fortune en Europe… – Consentirais-tu à former ce désir?

Le Génie du christianisme (1802)

Je ne connais rien de plus servile, de plus méprisable, de plus lâche, de plus borné qu’un terroriste.

Mémoires d'outre-tombe (1848), IV, 13

Toute révolution qui n’est pas accomplie dans les moeurs et dans les idées échoue.

Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes... (1797)

Tout me lasse: je remorque avec peine mon ennui avec mes jours, et je vais partout bâillant ma vie.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Tout arrive par les idées; elles produisent les faits, qui ne leur servent que d’enveloppe.

Histoire de France

Tous mes jours sont des adieux.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Tous les hommes ont un secret attrait pour les ruines. Ce sentiment tient à la fragilité de notre nature, à une conformité secrète entre ces monuments détruits et la rapidité de notre existence.

Le Génie du christianisme (1802)

Soyons justes pour être habiles.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Shakespeare est au nombre des cinq ou six écrivains qui ont suffi au besoin et à l’aliment de la pensée; ces génies-mères semblent avoir enfanté et allaité tous les autres.

Essai sur la littérature anglaise

Rompre avec les choses réelles, ce n’est rien; mais avec les souvenirs! le coeur se brise à la séparation des songes, tant il y a peu de réalité dans l’homme.

Vie de Rancé (1844)

Presque toujours, en politique, le résultat est contraire à la prévision.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Plus vous prétendez comprimer (la presse), plus l’explosion sera violente. Il faut donc vous résoudre à vivre avec elle.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Plus le visage est sérieux, plus le sourire est beau.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

On ne fait point sortir les autres de l’ordre sans avoir en soi quelque principe de désordre; et celui qui, même involontairement, est la cause de quelque malheur ou de quelque crime, n’est jamais innocent aux yeux de Dieu.

Les Natchez

On n’apprend pas à mourir en tuant les autres.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

On compte ses aïeux lorsqu’on ne compte plus.

Vie de Rancé (1844)

Moi, l’homme de toutes les chimères, j’ai la haine de la déraison, l’abomination du nébuleux et le dédain des jongleries; on n’est pas parfait.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Levez-vous vite, orages désirés, qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie!

René

Les idées, une fois nées, ne s’anéantissent plus; elles peuvent être accablées sous les chaînes, mais, prisonnières immortelles, elles usent les liens de leur captivité.

Histoire de France

Les hommes éclatants ont un penchant pour les lieux obscurs.

Vie de Rancé (1844)

Les danses s’établissent sur la poussière des morts, et les tombeaux poussent sous les pas de la joie.

Vie de Rancé (1844)

Les biens de la terre ne font que creuser l’âme et en augmenter le vide.

Le Génie du christianisme (1802)

L’homme qui attente à ses jours montre moins la vigueur de son âme que la défaillance de sa nature.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

L’amitié? Elle disparaît quand celui qui est aimé tombe dans le malheur, ou quand celui qui aime devient puissant.

Vie de Rancé (1844)

L’adversité est pour moi ce qu’était la terre pour Antée; je reprends des forces dans le sein de ma mère.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je vous fais voir l’envers des événements, que l’histoire ne montre pas.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je vois les reflets d’une aurore dont je ne verrai pas se lever le soleil. Il ne me reste qu’à m’asseoir au bord de ma fosse; après quoi, je descendrai hardiment, le crucifix à la main, dans l’éternité.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je suis vertueux sans plaisir; si j’étais criminel, je le serais sans remords.

Les Natchez

Je suis devenu chrétien. Je n’ai point cédé, j’en conviens, à de grandes lumières surnaturelles; ma conviction est sortie du coeur; j’ai pleuré et j’ai cru.

Le Génie du christianisme (1802)

Je parle éternellement de moi.

Itinéraire de Paris à Jérusalem

Je m’ennuie de la vie.

Les Natchez

J’ai souvent mené en main, avec une bride d’or, de vieilles rosses de souvenirs qui ne pouvaient se tenir debout, et que je prenais pour de jeunes et fringantes espérances.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Le vrai bonheur coûte peu; s’il est cher, il n’est pas d’une bonne espèce.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Le vice appuyé sur le bras du crime.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Le Moyen Age offre un tableau bizarre, qui semble être le produit d’une imagination puissante, mais déréglée.

Histoire de France

Le goût est le bon sens du génie.

Essai sur la littérature anglaise

La vieillesse est une voyageuse de nuit: la terre lui est cachée; elle ne découvre plus que le ciel.

Vie de Rancé (1844)

La mort ne révèle point les secrets de la vie.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La morale va au-devant de l’action; la loi l’attend.

Histoire de France

La menace du plus fort me fait toujours passer du côté du plus faible.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La mémoire est souvent la qualité de la sottise; elle appartient généralement aux esprits lourds, qu’elle rend plus pesants par le bagage dont elle les surcharge.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La liberté qui capitule, ou le pouvoir qui se dégrade, n’obtient point merci de ses ennemis.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

J’ai en moi une impossibilité d’obéir.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Il est des paroles qui ne devraient servir qu’une fois.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Il a fallu que le christianisme vînt chasser ce peuple de faunes, de satyres et de nymphes, pour rendre aux grottes leur silence et aux bois leur rêverie.

Le Génie du christianisme (1802)

Il (Saint-Simon) écrivait à la diable pour l’immortalité.

Vie de Rancé (1844)

Combien j’ai douce souvenance – Du joli lieu de ma naissance! – Ma soeur, qu’ils étaient beaux les jours – De France! – O mon pays, sois mes amours – Toujours!

Poésies diverses, Souvenir du Pays de France

Ce n’est pas de tuer l’innocent comme innocent qui perd la société, c’est de le tuer comme coupable.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

C’était une de ces nuits dont les ombres transparentes semblent craindre de cacher le beau ciel de la Grèce: ce n’étaient point des ténèbres, c’était seulement l’absence du jour.

Les Martyrs

C’est le devoir qui crée le droit et non le droit qui crée le devoir.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Bonaparte n’est plus le vrai Bonaparte, c’est une figure légendaire composée des lubies du poète, des devis du soldat et des contes du peuple.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Après le malheur de naître, je n’en connais pas de plus grand que celui de donner le jour à un homme.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Alexandre créait des villes partout où il courait: j’ai laissé des songes partout où j’ai traîné ma vie.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Admirable tremblement du temps! Souvent les hommes de génie ont annoncé leur fin par des chefs-d’oeuvre: c’est leur âme qui s’envole.

Vie de Rancé (1844)

Achille n’existe que par Homère.

Les Natchez

… la réhabilitation de ce pauvre corps, si calomnié par l’âme.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les hommes qui m’avaient été d’abord adverses sont devenus mes amis.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Est-il certain que j’ai un talent véritable et que ce talent ait valu la peine du sacrifice de ma vie? Dépasserai-je ma tombe?

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Ce n’est pas l’homme qui arrête le temps, c’est le temps qui arrête l’homme.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La fontaine printanière a renouvelé ses eaux sans vous rendre votre jouvence, et la vue de tout ce qui renaît, de tout ce qui est heureux, vous réduit à la douloureuse mémoire de vos plaisirs.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

J’ai toujours eu horreur d’obéir: les voyages me tentaient il est vrai, mais je sentais que je ne les aimerais que seul en suivant mes volontés et mes caprices.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Toute notre vie se passe à errer autour de notre tombe.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Gentilhomme et écrivain, j’ai été Bourboniste par honneur, Royaliste par raison et républicain par goût.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Une terre de liberté offrait un asile à ceux qui fuyaient la liberté: rien ne prouve mieux le haut prix des institutions généreuses que cet exil volontaire des partisans du pouvoir absolu dans une pure démocratie.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Moins de vingt ans après, le chef de la nouvelle armée française, Bonaparte, prit aussi congé des ses compagnons; tant les hommes et les empires passent vite! tant la renommée la plus extraordinaire ne sauve pas du destin le plus commun!

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Rien n’est plus beau que la gloire si ce n’est la vertu.

Itinéraire de Paris à Jérusalem

Ce moyen qui nous soustrait à la persécution des hommes.

Et ma vie solitaire et silencieuse marchait au travers du tumulte et du bruit avec les filles de mon imagination…

Mémoires d'outre-tombe (1848)

J’ai été un ami sincère, je resterai ennemi irréconciliable. Je suis malheureusement né: les blessures qu’on me fait ne se ferment jamais.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les ruines jettent une grande moralité au milieu des cènes de la nature.

Le Génie du christianisme (1802)

Il y a une vertu dans les regards d’un grand homme.

Voyage en Amérique

Démocrate par nature, aristocrate par moeurs, je ferais très volontiers l’abandon de ma fortune et de ma vie au peuple, pourvu que j’eusse peu de rapport avec la foule.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

C’est lorsque nous sommes éloignés de notre pays que nous sentons surtout l’instinct qui nous y attache.

Le Génie du christianisme (1802)

L’âme supérieure n’est pas celle qui pardonne, c’est celle qui n’a pas besoin de pardon.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La nue se déchire, et l’éclair trace un rapide losange de feu. Un vent impétueux, sorti du couchant, roule les nuages sur les nuages; les forêts plient; le ciel s’ouvre coup sur coup; et, à travers ces crevasses, on aperçoit de nouveaux cieux …

Atala

Lorsque, dans le silence de l’abjection, l’on n’entend plus retentir que la chaîne de l’esclave ou la croix du délateur; lorsque tout tremble devant le tyran …

Le peuple juif est un abrégé symbolique de la race humaine.

Le Génie du christianisme (1802)

Je m’abîmais dans des désespoirs inexplicables.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Cet homme (Napoléon), dont j’admire le génie et dont j’abhorre le despotisme.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je n’ai jamais abandonné une affaire quand elle a valu la peine d’être achevée, il y a telle chose que j’ai poursuivie quinze ans de ma vie …

Mémoires d'outre-tombe (1848)

J’allai, sans façon, offrir l’hommage de mon respect au roi abdicataire de Sardaigne.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Un vieil oiseau qui se sent abandonné de ses ailes vient s’abattre auprès d’un courant d’eau.

Le Génie du christianisme (1802), I, V, 6

Il y a une géométrie matérielle qui se contente de lignes, de points, d’A + B.

Le Génie du christianisme (1802)

Chaque homme renferme en soi un monde à part, étranger aux lois et aux destinées générales des siècles

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je me suis réfugié sous un hêtre: ses dernières feuilles tombaient comme mes années; sa cime se dépouillait comme ma tête; il était marqué au tronc d’un cercle rouge, pour être abattu comme moi.

Qui dira le sentiment qu’on éprouve en entrant dans ces forêts aussi vieilles que le monde, et qui seules donnent une idée de la création, telle qu’elle sortit des mains de Dieu?

Voyage en Amérique

Les forêts ont été les premiers temples de la Divinité, et les hommes ont pris dans les forêts la première idée de l’architecture. Cet art a dû varier selon les climats.

Le Génie du christianisme (1802)

Les reines ont été vues pleurant comme de simples femmes.

Mais quand un scélérat marche à l’échafaud, la pitié compte alors les souffrances, et non les crimes du coupable.

Essai sur les révolutions

Le soleil suspendu aux portes du couchant dans des draperies de pourpre et d’or.

Essai sur les révolutions

Dans les colonies nouvelles, les Espagnols commencent par bâtir une église, les Anglais une taverne et les Français un fort.

Itinéraire de Paris à Jérusalem

Religion à part, le bonheur est de s’ignorer et d’arriver à la mort sans avoir senti la vie.

L’invasion des idées a succédé à l’invasion des Barbares, la civilisation actuelle décomposée se perd en elle-même; le vase qui la contient n’a pas versé la liqueur dans un autre vase; c’est le vase qui s’est brisé.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

C’est une méchante manière de raisonner que de rejeter ce qu’on ne peut comprendre.

Le Génie du christianisme (1802)

Oh! argent que j’ai tant méprisé et que je ne puis aimer quoi que je fasse, je suis forcé d’avouer que tu as pourtant ton mérite: source de la liberté, tu arranges mille choses dans notre existence, et tout est difficile sans toi.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les nuages qui volent me donnent envie de fuir.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Tout nous ramène à quelque idée de la mort, parce que cette idée est au fond de la vie.

Voyage en Amérique

Quand l’homme a passé, les monuments de sa vie sont encore plus vains que ceux de sa mort: son mausolée est au moins utile à ses cendres; mais ses palais gardent-ils quelque chose de ses plaisirs?

Itinéraire de Paris à Jérusalem

C’est au malheur à juger du malheur.

Essai sur les révolutions

Si le ciel t’éprouve aujourd’hui, c’est pour te rendre plus compatissant aux maux des autres.

Le coeur grossier de la prospérité ne peut comprendre les sentiments délicats de l’infortune.

Essai sur les révolutions

Je me suis mêlé de paix et de guerre; j’ai signé des traités et des protocoles; j’ai assisté à des conclaves; à la réédification et à la démolition des trônes; j’ai fait de l’histoire, et je la pouvais écrire.

Un sceau mis sur les lèvres du désert.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Ne dédaignons pas trop la gloire: rien n’est plus beau qu’elle si ce n’est la vertu.

Itinéraire de Paris à Jérusalem

Ma soeur, qu’ils étaient beaux les jours – De France! – O mon pays, sois mes amours – Toujours.

Poésies

Sincère et véridique, je manque d’ouverture de coeur; mon âme tend incessament à se fermer.

Le péril s’évanouit quand on ose le regarder.

On finit par transformer en réalité les craintes de la tendresse: une mère voit sur le visage de son fils les marques d’une maladie qui n’y sont pas.

Pensées

A mon âge, on n’a plus que les impuissances de la vie.

Vie de Rancé (1844)

Le protestantisme n’est en religion qu’une hérésie illogique; en politique, qu’une révolution avortée.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Tout ce qui est fixe est fatal et tout ce qui est fatal est puissant.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les autres nous semblent toujours plus heureux que nous, et pourtant, ce qu’il y a d’étrange, c’est que l’homme qui changerait volontiers sa position ne consentirait presque jamais à changer sa personne.

Pensées, réflexions et maximes (1848)

Le purgatoire surpasse en poésie le ciel et l’enfer, en ce qu’il représente un avenir qui manque aux deux premiers.

Cité par Jacques Le Goff dans La Naissance du Purgatoire (1981).

Les diverses combinaisons abstraites ne font que substituer aux mystères chrétiens des mystères encore plus incompréhensibles.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La mort est belle, elle est notre amie; néanmoins, nous ne la reconnaissons pas, parce qu’elle se présente à nous masquée et que son masque nous épouvante.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La mort, selon les sauvages, est une grande femme fort belle, à laquelle il ne manque que le coeur.

Pensées, réflexions et maximes (1848)

On transmet son sang, on ne transmet pas son génie.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Le Français, si amoureux des femmes, se passe très bien d’elles dans une multitude de soins et de travaux; l’Allemand ne peut vivre sans sa compagne.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les excès de la liberté mènent au despotisme; mais les excès de la tyrannie ne mènent qu’à la tyrannie.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les forfaits n’inspirent d’horreur que dans les sociétés au repos.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Ma conviction religieuse, en grandissant, a dévoré mes autres convictions; il n’est ici-bas chrétien plus croyant et homme plus incrédule que moi.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Il paraît qu’on apprend pas à mourir en tuant les autres.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

A chaque sépulture, il y a un homme qui reçoit le fardeau de la main de l’homme qui va se reposer.

Réflexions politiques (1814)

Plus l’homme au pouvoir est petit, plus il convient à toutes les petitesses.

Réflexions politiques (1814)

Je n’ai point la perfection évangélique: si un homme me donnait un soufflet, je ne tendrais pas l’autre joue.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Il existe deux sortes de révolutionnaires; les uns désirent la Révolution avec la Liberté: c’est le très petit nombre; les autres veulent la Révolution avec le Pouvoir: c’est l’immense majorité.

Il est des temps où l’on ne doit dépenser le mépris qu’avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux.

L’écrivain original n’est pas celui qui n’imite personne, mais celui que personne ne peut imiter.

Le Génie du christianisme (1802)

Ces astres nouveaux pour nous, puisque nous venons de les découvrir, quelles destinées éclaireront-ils? La révélation de ces astres est-elle liée à quelque nouvelle phase de l’humanité? Vous le saurez, races à naîtres.

Il y a du temps où l’on ne doit dépenser le mépris qu’avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux.

Les Français vont instinctivement au pouvoir. Ils n’aiment pas la liberté; l’égalité seule est leur idole. Or l’égalité et le despotisme ont des liaisons secrètes.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je me suis retrouvé entre deux siècles comme au confluent de deux fleuves; j’ai plongé dans leurs eaux troublées, m’éloignant à regret du vieux rivage où je suis né, nageant avec espérance vers une rive inconnue.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les poètes sont des oiseaux: tout bruit les fait chanter.

Il ne faut dépenser le mépris qu’avec une grande économie, à cause du grand nombre de nécessiteux.

En vain on me dit: «Vous rajeunissez», croit-on me faire prendre pour ma dent de lait ma dent de sagesse?

L’amour décroît quand il cesse de croître.

La poésie n’a été pour moi que ce qu’est la prière, le plus beau et le plus intense des actes de la pensée, mais le plus court et celui qui dérobe le moins de temps au travail du jour. La poésie, c’est le chant intérieur.

Il est grand pour avoir fait renaître l’ordre du sein du chaos. Il est grand surtout pour être né de lui seul.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Mes livres ne sont pas des livres, mais des feuilles détachées et tombées presque au hasard sur la route de ma vie.

Il faut dépenser le mépris avec une grande économie, à cause du grand nombre de nécessiteux.

On tombe d’amour à ses pieds et l’on y est enchaîné par le respect.

Parlant de Madame Récamier.

Une grande âme doit contenir plus de douleur qu’une petite.

René

On croit avoir tout fait quand on a empêché un homme de mourir!

René

Le matin de la vie est comme le matin du jour, plein de pureté, d’images et d’harmonies.

René

Il vaut mieux ressembler un peu plus au commun des hommes, et avoir un peu moins de malheur.

René

On n’est point, monsieur, un homme supérieur parce qu’on aperçoit le monde sous un jour odieux.

René

Si quelques heures font une grande différence dans le coeur de l’homme, faut-il s’en étonner? il n’y a qu’une minute de la vie à la mort.

Pensées et Premières Poésies

Il est un âge où quelques mois ajoutés à la vie suffisent pour développer des facultés jusqu’alors ensevelies dans un coeur à demi fermé: on se couche enfant; on se réveille homme.

Pensées et Premières Poésies

Les plaisirs de notre jeunesse reproduits par notre mémoire ressemblent à des ruines vues au flambeau.

Pensées et Premières Poésies

Une passion dominante éteint les autres dans notre âme, comme le soleil fait disparaître les astres dans l’éclat de ses rayons.

Pensées et Premières Poésies

Quand on parle des vices d’un homme, si on vous dit: «Tout le monde le dit» ne le croyez pas; si l’on parle de ses vertus en vous disant encore: «Tout le monde le dit», croyez-le.

Pensées et Premières Poésies

La méchanceté est de tous les esprits le plus facile. Rien n’est si aisé que d’apercevoir un ridicule ou un vice et de s’en moquer: il faut des qualités supérieures pour comprendre le génie et la vertu.

Pensées et Premières Poésies

Aussitôt qu’une pensée vraie est entrée dans notre esprit, elle jette une lumière qui nous fait voir une foule d’autres objets que nous n’apercevions pas auparavant.

Pensées et Premières Poésies

Il y a des hommes qui ne sont point éloquents, parce que leur coeur parle trop haut et les empêche d’entendre ce qu’ils disent.

Pensées et Premières Poésies

La simplicité vient du coeur, la naïveté de l’esprit. Un homme simple est presque toujours un bon homme, un homme naïf peut être un fripon; et pourtant la naïveté est toujours naturelle, tandis que la simplicité peut être l’effet de l’art.

Pensées et Premières Poésies

L’âme de l’homme est transparente comme l’eau de fontaine, tant que les chagrins qui sont au fond n’ont point été remués.

Pensées et Premières Poésies

Agamemnon déclare brutalement qu’il aime autant Briséis que son épouse parce qu’elle fait d’aussi beaux ouvrages.

Le Génie du christianisme (1802)

Les pieds me brûlaient à Paris, je ne pouvais m’habituer au ciel gris et triste de la France, ma patrie; qu’aurais-je donc pensé du ciel de la Bretagne, ma matrie, pour parler grec?

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 31, Chapitre 1

«Doux Sicambre, incline le col, adore ce que tu as brûlé, brûle ce que tu as adoré», dit le prêtre qui administrait à Clovis le baptême d’eau.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 42, Chapitre 9

Ces pages agitées que je traçais le jour étaient des notes relatives aux événements du moment, lesquelles, réunies devinrent ma brochure: «De Bonaparte et des Bourbons».

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 22, Chapitre 9

Rien ne brise le coeur comme la simplicité des paroles dans les hautes positions de la société et les grandes catastrophes de la vie.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 37, Chapitre 1

La rivière qui coulait à mes pieds tour à tour se perdait dans le bois, tour à tour reparaissait brillante des constellations de la nuit, qu’elle répétait dans son sein.

Le Génie du christianisme (1802)

Autrefois on rencontrait à tout bout de champ des personnages dont les allures ressemblaient à celles de M. de Talleyrand, et l’on n’y prenait pas garde.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 42, Chapitre 8

L’homme n’a pas une seule et même vie; il en a plusieurs mises bout à bout, et c’est sa misère.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 3, Chapitre 16

Je raisonne ici, je le sais, en homme dont la vue bornée n’embrasse pas le vaste horizon humanitaire, en homme rétrograde, attaché à une morale qui fait rire …

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 42, Chapitre 7

Ce bazar est un mauvais marché pareil à ces halles que l’on voit dans nos petites villes de province.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

Au surplus, j’ai beau me battre les flancs pour arriver à l’exaltation alpine des écrivains de montagne, j’y perds ma peine.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 35, Chapitre 16

Les romains se formaient en bataille aux éclats de la trompette, de la corne et du lituus.

Les Martyrs (1809)

J’aperçus des bastringues où dansaient des hommes et des femmes; plus loin, le palais des Tuileries m’apparut dans l’enfoncement de ses deux grands massifs de marronniers.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 13, Chapitre 3

J’allai voir la cathédrale, vaisseau gothique à nef élevée. Les bas côtés se partagent en deux voûtes étroites soutenues par un seul rang de piliers, de manière que l’édifice intérieur tient à la fois de la cathédrale et de la basilique.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 36, Chapitre 6

Les sifflements du courlis et le cri de la barnacle perchée sur les framboisiers de la grotte, m’annoncèrent le retour du matin.

Les Natchez (1826)

Le Baptême est un bain qui rend à l’âme sa vigueur première.

Le Génie du christianisme (1802)

L’azur du ciel, traversé par des bandes verdâtres, sembla se décomposer dans une lumière louche.

Les Martyrs (1809)

A cette époque, mon père tenait table ouverte. On ballait pendant trois jours: les maîtres, dans la grand-salle, au raclement d’un violon; les vassaux, dans la Cour Verte, au nasillement d’une musette.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 2, Chapitre 2

Mademoiselle prenait dans ses deux mains son joli visage, les coudes presque appuyés sur mes genoux, et Henri perché sur un haut fauteuil remuait ses jambes ballantes.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 37, Chapitre 5

On voit accourir de savants artistes avec des sonates merveilleuses, de vagabonds troubadours qui ne savent chanter que des ballades à refrain, des pèlerins qui répètent mille fois les couplets de leurs longs cantiques.

Le Génie du christianisme (1802)

L’Assemblée législative, installée le 1er octobre 1791, roula dans le tourbillon qui allait balayer les vivants et les morts.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 9, Chapitre 3

Le magnolia n’a d’autre rival que le palmier, qui balance auprès de lui ses éventails de verdure.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801), Prologue

Les bains de sang ont-ils rendu l’impudicité d’un révolutionnaire plus chaste que les bains de lait ne rendaient virginale la souillure d’une Poppée?

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 34, Chapitre 12

Eh bien! toute monarchie nouvelle sera forcée, ou plus tôt ou plus tard, de bâillonner cette liberté.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 33, Chapitre 7

Il allait par monts et par vaux, cherchant périls et aventures; il traversait d’antiques forêts, de vastes bruyères, de profondes solitudes.

Le Génie du christianisme (1802)

Pendant la vie le bonheur peut avoir son mérite; après la mort il perd son prix: aux yeux de l’avenir il n’y a de beau que les existences malheureuses.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 40, Chapitre 2

M. de Villèle a déclaré qu’on ne pouvait gouverner ni avec moi ni sans moi. Avec moi, c’était une erreur; sans moi, à l’heure où M. de Villèle disait cela, il disait vrai, car les opinions les plus diverses me composaient une majorité.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 28, Chapitre 17

Un autre évêque savant et pieux, mais d’une telle avarice, que s’il avait eu le malheur de perdre son âme, il ne l’aurait jamais rachetée.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 11, Chapitre 2

Madame de Coislin, avare de même que beaucoup de gens d’esprit, entassait son argent dans des armoires. Elle vivait toute rongée d’une vermine d’écus qui s’attachait à sa peau: ses gens la soulageaient.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 17, Chapitre 2

Eveillé au bruit de la chute de la Bastille comme au bruit avant-coureur de la chute du trône, Versailles avait passé de la jactance à l’abattement.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 5, Chapitre 9

Aucun défaut ne me choque, excepté la moquerie et la suffisance que j’ai grand-peine à ne pas morguer; je trouve que les autres ont toujours sur moi une supériorité quelconque, et si je me sens par hasard un avantage, j’en suis tout embarrassé.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 2, Chapitre 1

Lorsqu’on avance que la légitimité arrivera forcément, qu’on ne saurait se passer d’elle, qu’il suffit d’attendre, pour que la France à genoux vienne lui crier merci, on avance une erreur.

Lettre à Madame la Dauphine

Faute de quelques pistoles, il faut qu’elles restent là en face l’une de l’autre à se bouder, à se maugréer, à s’aigrir l’humeur, à s’avaler la langue d’ennui, à se manger l’âme et le blanc des yeux …

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 34, Chapitre 8

Autre est de danser et de faire des festins; autre de connaître la nature des choses.

Le Génie du christianisme (1802)

Et ces autels chrétiens, modelés comme des tombeaux antiques, et ces images du soleil vivant renfermées dans nos tabernacles …

Le Génie du christianisme (1802)

S’il est des effets rétroactifs et symptomatiques des événements futurs, j’aurais pu augurer le mouvement et le fracas de l’ouvrage qui devait me faire un nom, aux bouillonnements de mes esprits.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 11, Chapitre 5

L’aube, dont le nom latin rappelle et le lever du jour et la blancheur virginale, offre de douces consonances avec les idées religieuses …

Le Génie du christianisme (1802)

Elle était régulièrement belle; l’on remarquait sur son visage je ne sais quoi de vertueux et de passionné dont l’attrait était irrésistible.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

La séduction du ciel empêche d’avoir besoin de plus de dignité humaine; une vertu attractive s’exhale de ces vestiges de grandeur, de ces traces des arts dont on est environné.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 39, Chapitre 4

Dieu même a parlé sur ces bords: les torrents desséchés, les rochers fendus, les tombeaux entrouverts, attestent le prodige.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 18, Chapitre 2

Le gouvernement provisoire formé depuis l’abdication de Bonaparte fut dissous par une espèce d’acte d’accusation contre la couronne: pierre d’attente sur laquelle on espérait bâtir un jour une nouvelle révolution.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 23, Chapitre 20

Je passai à Pergame, voulant d’abord aller à Troie, par piété poétique; une chute de cheval m’attendait au début de ma route; non pas que Pégase bronchât, mais je dormais.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 18, Chapitre 1

Les erreurs de la royauté n’attaquent pas la royauté seule; elles sont dommageables à la nation entière: un Roi bronche et s’en va, mais la nation s’en va-t-elle?

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 37, Chapitre 13

Je crus de bonne foi l’ouvrage tombé; la violence de l’attaque avait ébranlé ma conviction d’auteur.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 18, Chapitre 6

Il suffit que je reste invariable dans mes opinions, comme je reste attaché à mes souvenirs.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 14, Chapitre 8

Il n’y a de véritablement malheureux en quittant la terre que l’incrédule: pour l’homme sans foi, l’existence a cela d’affreux qu’elle fait sentir le néant … la vie de l’athée est un effrayant éclair qui ne sert qu’à découvrir un abîme.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 13, Chapitre 6

D’un autre côté, on tire de l’extrême jeunesse des raisons d’atermoiements: quand on a beaucoup de temps à dépenser, on se persuade qu’on peut attendre, on a des années à jouer devant les événements.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 42, Chapitre 9

C’est à l’instant que le gouvernement paraît le mieux assis qu’il s’écroule.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 39, Chapitre 1

Quoique la royauté actuelle ne semble pas viable, je crains toujours qu’elle ne vive au delà du terme qu’on pourrait lui assigner.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 39, Chapitre 1

Je pouvais être tenté du rôle qu’on m’assignait.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 39, Chapitre 1

Le canard s’assied sur son derrière et remue doucement la queue.

Voyage en Amérique (1827)

Certains jours de l’année, les habitants de la ville et de la campagne se rencontraient à des foires appelées assemblées.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 1, Chapitre 4

Il soutient des assauts terribles, il combat corps à corps avec ses passions.

Le Génie du christianisme (1802)

Cette tête, que ces cheveux qui tombent n’assagissent point, est tout aussi folle qu’elle l’était lorsque je te donnai l’être, fille aînée de mes illusions, doux fruit de mes mystérieuses amours avec ma première solitude!

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 35, Chapitre 11

Mais enfin il faudra que je sorte d’ici, je n’aspire plus qu’à rentrer dans ma solitude et à quitter la carrière politique.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 29, Chapitre 11

Ce qu’on dit d’un malheur, qu’il n’arrive jamais seul, on le peut dire des passions.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Ces ouvertures ne laissaient voir qu’un arrière-plan de rochers aussi arides que les premiers plans.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

Dans la progression des lumières croissantes, nous paraîtrons nous-mêmes des barbares à nos arrière-neveux.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Arrière ces éloges lâches, menteurs, criminels, qui faussent la conscience publique …

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Démocrate par nature, aristocrate par moeurs, je ferais très volontiers l’abandon de ma fortune et de ma vie au peuple.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Oh! argent que j’ai tant méprisé et que je ne puis aimer quoi que je fasse, je suis forcé d’avouer que tu as pourtant ton mérite: source de la liberté, tu arranges mille choses dans notre existence, où tout est difficile sans toi.

Mémoires d'outre-tombe (1848), IV, 1

Figurez-vous, seigneurs, des plages ablonneuses … Quelquefois seulement des nopals épineux couvrent une petite partie de l’arène sans bornes.

Les Martyrs (1809)

Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent.

La mort de nos amis ne compte pas du moment où ils meurent, mais de celui où nous cessons de vivre avec eux.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Livre IX à XII

Je tentai l’aventure, et il m’arriva ce qui arrive à quiconque marche sur l’objet de sa frayeur: le fantôme s’évanouit.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

En 1820, nommé ministre plénipotentiaire à Berlin, je déterrai dans les archives de l’ambassade une lettre du citoyen Laforest.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Il s’enchantait de l’idée qu’il était l’arbitre de la France, qu’il pouvait à son gré, en frappant du pied, faire sortir de terre une république ou une monarchie.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Le peu d’instants que la légalité avait reparu avait suffi pour rendre impossible le rétablissement de l’arbitraire.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Toutes les âmes n’ont pas une égale aptitude au bonheur, comme toutes les terres ne portent pas également des moissons.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

L’apathie est grande, l’égoïme presque général; on se ratatine pour se soustraire au danger, garder ce qu’on a, vivoter en paix.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La position défensive est antipathique au caractère français.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La vie nous oblige sans cesse à pleurer par anticipation ou par souvenir.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je retrouvais la laîche digitée, la belladone vulgaire, la silicaire commune, le millepertuis, le muguet vivace, le saule cendré: doux sujets de mes premières anthologies.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Pour une imagination vigoureuse, c’était pourtant une belle carrière à parcouriri qu’un monde antédiluvien.

Le Génie du christianisme (1802)

Tous les peuples ont fixé des anniversaires à la célébration de leurs triomphes, de leurs désordres, ou de leurs malheurs.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Quelques anneaux de la chaîne des événements étaient sautés ou rompus.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Le christianisme ne saurait pas moins animer le marbre que la toile.

Le Génie du christianisme (1802)

Je commençais à passer pour un vaurien, un révolté, un paresseux, un âne enfin.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les vaisseaux se mettent à l’abri derrière la jetée de La Goulette, en payant un droit d’ancrage considérable.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

En histoire comme en physique, ne prononçons que d’après les faits.

Etudes historiques sur la chute de l'Empire romain (1831)

Nous avons deux poids et deux mesures: nous approuvons, pour une idée, un système, un intérêt, un homme, ce que nous blâmons pour une autre idée, un autre système, un autre intérêt, un autre homme.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

A mesure qu’il approcha de moi, je fus frappé de l’altération de son visage …

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Maintenant on m’appréhende au corps, et l’on m’interroge sur un prétendu crime ou délit politique dont je me serais rendu coupable.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Un ouvrage qui peut seul apporter de l’adoucissement à mes peines: ce sont les Mémoires de ma vie.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Le grand chemin était neigeux et le givre appendu aux branches des pins.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Néanmoins les hommes, durant leur apparition éphémère sur ce globe, se persuadent qu’ils laissent d’eux quelque trace.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Ce triple rang de vieillards, de matrones, de guerriers; ces prêtres, ces nuages d’encens, ce sacrifice, tout sert à donner à se conseil un appareil imposant.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

On apercevait au loin dans la campagne l’incendie d’un village …

Mémoires d'outre-tombe (1848)

C’était un gros homme, d’une figure calme et apathique.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

Pour ne pas avouer l’amoindrissement de territoire et de puissance que nous devons à Bonaparte, la génération actuelle se console en se figurant que ce qu’il nous a retranché en force, il nous l’a rendu en illustration.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les vivants ne peuvent rien apprendre aux morts; les morts, au contraire, instruisent les vivants.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

L’amitié que la présence attiédit, que l’absence efface.

René (1802)

A mesure qu’il s’approcha de moi, je fus frappée de l’altération de son visage; ses joues étaient dévalées et livides, ses yeux âpres, son teint pâli et brouillé.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Les documents de la sagesse humaine étaient rangés par ordre alphabétique dans l’Encyclopédie.

Le Génie du christianisme (1802), I, 1

Vieux soldat discipliné, j’accourais donc pour m’aligner dans le rang, et marcher sous mes capitaines.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je trouvai en arrivant des alguazils et un commissaire de police qui instrumentaient.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Après eux parurent les Algonquins, reste d’une nation, autrefois si puissante, et qu’après trois siècles de guerre les Iroquois avoient presque exterminés.

Les Natchez (1826)

Des champs de genêts et d’ajoncs resplendissent de leurs fleurs qu’on prendrait pour des papillons d’or.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

L’église … a fini par déclarer empêchements dirimants de mariage tous les degrés d’affinité correspondant aux degrés de parenté où le mariage est défendu.

Le Génie du christianisme (1802)

L’adversité est pour moi ce qu’était la terre pour Antée: je reprends des forces dans le sein de ma mère.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Loin de moi surtout la pensée de jeter des semences de division dans la France, et c’est pourquoi j’ai refusé à mon discours l’accent des passions.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 33, Chapitre 7

Les juges se divisèrent sur la question de droit.

Les Natchez (1826)

Le 21 janvier avait appris qu’on pouvait disposer de la tête d’un roi; le 29 juillet a montré qu’on peut disposer d’une couronne.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 33, Chapitre 9

Je suppliai le dispensateur de toutes les grâces d’accorder à l’orphelin le bonheur, et de lui donner le dédain de la puissance.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 36, Chapitre 8

La vigueur du corps s’entretient par l’occupation physique; le labeur cessant, la force disparaît; nous deviendrions semblables à ces nations de l’Asie, proie du premier envahisseur, et qui ne se peuvent défendre contre une main qui porte le fer.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 43, Chapitre 3

Mais n’oublions pas que nos plus ardents révolutionnaires puisèrent leur haine de la société dans des disgrâces de nature ou dans des infériorités sociales.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 27, Chapitre 6

A onze heures et demie, on sonnait le dîner que l’on servait à midi. La grand’salle était à la fois salle à manger et salon: on dînait et l’on soupait à l’une de ses extrémités …

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 3, Chapitre 3

Il ne faut pas être difficile sur les repas, lorsqu’on est si près de Sparte.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

L’écorce variée des pastèques diaprait agréablement la campagne.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

La patience me manqua; je commençai à envoyer le douanier à tous les diables.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 36, Chapitre 9

En 1792, la fidélité au serment passait encore pour un devoir ; aujourd’hui, elle est devenue si rare qu’elle est regardée comme une vertu.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 9, Chapitre 8

La terre des allées, détrempée par la pluie, empêchait les chevaux d’avancer; la voiture versa.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 18, Chapitre 5

Il y a des moments où notre destinée, … se détourne soudain de sa ligne première, telle qu’un fleuve qui change son cours par une subite inflexion.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 11, Chapitre 2

L’homme aux ressources, Pelletier, me déterra ou plutôt me dénicha dans mon aire.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 10, Chapitre 7

Ses grandes qualités restèrent les mêmes, mais ses bonnes inclinations s’altérèrent et ne soutinrent plus ses grandes qualités; par la corruption de cette tache originelle sa nature se détériora.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 16, Chapitre 10

Partout les salles étaient détendues, et l’araignée filait sa toile dans les couches abandonnées.

René (1802)

Les condamnés relaxés ne savaient à quoi employer leur vie, les Jacobins désoeuvrés à quoi amuser leurs jours; de là des bals et des regrets de la Terreur.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 19, Chapitre 10

A quel désennui vont-elles? Les unes cherchent ce qu’elles ont déjà aimé, les autres ce qu’elles n’aiment pas encore.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 30, Chapitre 7

La mort fait ou défait un grand homme; elle l’arrête au pas qu’il allait descendre, ou au degré qu’il allait monter: c’est une destinée accomplie ou manquée …

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 16, Chapitre 1

A Tarbes j’aurais voulu héberger à l’hôtel de l’Etoile où Froissart descendit avec Messire Espaing de Lyon, «vaillant homme et sage et beau chevalier, et où il trouva de bon foin, de bonnes avoines et de belle rivière».

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 31, Chapitre 1

Mon désappointement politique me donna sans doute l’humeur qui me fit écrire la note satirique contre les quakers.

Voyage en Amérique (1827)

Ce n’est pas qu’elle parlât jamais de sa naissance; elle était trop supérieure pour tomber dans ce ridicule: elle savait très bien voir les petites gens sans déroger; mais enfin, elle était née du premier marquis de France.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 17, Chapitre 2

Dans les sapinières de la plaine, des déracinements laissaient des places vides; le sol avait été converti en prairies.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 35, Chapitre 5

On recommande de dépaver les rues, de monter les pavés au cinquième étage, pour les jeter sur les satellites du tyran: chacun se met à l’oeuvre.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 5, Chapitre 8

Le droit conquis, le devoir rempli, nulle inimitié comme nulle affection ne restait, l’un craignait que le droit ne l’entraînât trop loin, l’autre que le devoir ne dépassât les bornes.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 33, Chapitre 2

Comme je ne crois à rien excepté en religion, je me défie de tout: la malveillance et le dénigrement sont les deux caractères de l’esprit français; la moquerie et la calomnie, le résultat certain d’une confidence.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 11, Chapitre 1

Ma démone, comme un mauvais génie, se replongea dans l’abîme; elle attendit l’effet du temps pour renouveler ses apparitions.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 10, Chapitre 11

Chaque frémissement de l’airain portait à mon âme naïve la délectable mélancolie des souvenirs de ma première enfance.

René (1802)

Il est des degrés entre les pauvres comme entre les riches; on peut aller depuis l’homme qui se couvre l’hiver avec son chien, jusqu’à celui qui grelotte dans ses haillons tailladés.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 10, Chapitre 6

M. Ballanche, tout dégouttant de pluie, disait avec sa placidité inaltérable: «Je suis comme un poisson dans l’eau».

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 17, Chapitre 5

Les vivants sont pressés de jeter le défunt à l’Eternité et de se débarrasser de son cadavre.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 11, Chapitre 6

Depuis ce moment il porta au coeur une plaie secrète; il n’aborda plus avec assurance la pensée de la postérité; sa vie attristée et défleurie, n’a pas peu contribué à sa mort.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Digression philosophique

Si je pèche par excès ils pèchent par défaut; je comprends ce qu’ils comprennent, et ils ne comprennent pas ce que je comprends.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 43, Chapitre 6

Des vapeurs erraient dans les vallées, le jour défaillait, et le ciel, à l’ouest, était couleur de fleurs de pêcher; les horizons baissaient presque à toucher la terre.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 36, Chapitre 12

Mais on prend pour des conspirations ce qui n’est que le malaise de tous, le produit du siècle, la lutte de l’ancienne société avec la nouvelle, le combat de la décrépitude des vieilles institutions contre l’énergie des jeunes générations.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 30, Chapitre 6

Elle donnait cependant à dîner par hasard; mais elle déblatérait contre le café que personne n’aimait, suivant elle, et dont on n’usait que pour allonger le repas.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 17, Chapitre 2

Ces imitations n’ont produit que de petits pervers: tel qui se flatte d’être corrompu et voleur n’est que débauché et fripon. Tel qui se croit vicieux n’est que vil; tel qui se vante d’être criminel n’est qu’infâme.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 5, Chapitre 12

Elles versaient l’excellent vin du cru renfermé dans des dames-jeannes de la grandeur de trois bouteilles.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 17, Chapitre 4

Déjà il baissait sa visière et se recommandait à la dame de ses pensées, lorsque le son d’un cor se faisait entendre.

Le Génie du christianisme (1802)

On me dira: «Ne pouviez-vous exprimer les mêmes vérités en les énonçant avec moins de crudité?»

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 39, Chapitre 1

On ne triomphe du temps qu’en créant des choses immortelles; par des travaux sans avenir, par des distractions frivoles, on ne le tue pas: on le dépense.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 42, Chapitre 8

Il y a des familles dont les membres sont réduits à s’entortiller ensemble pendant la nuit faute de couverture pour se réchauffer.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 43, Chapitre 3

La fenêtre de mon donjon s’ouvrait sur la cour intérieure ; le jour, j’avais en perspective les créneaux de la courtine opposée, où végétaient des scolopendres et croissait un prunier sauvage.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 3, Chapitre 4

La cataracte se divise en deux branches et se courbe en fer à cheval.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Huit heures sonnèrent: la voix du baron de Damas coupa court à notre conversation, comme quand le marteau de l’horloge, en frappant dix heures, suspendait les pas de mon père dans la grande salle de Combourg.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 37, Chapitre 5

Nos ans et nos souvenirs sont étendus en couches régulières et parallèles, à différentes profondeurs de notre vie, déposés par les flots du temps qui passent successivement sur nous.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 38, Chapitre 10

Le style n’est pas, comme la pensée, cosmopolite: il a une terre natale, un ciel, un soleil à lui.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 12, Chapitre 3

Quand les constellations percent leur voûte bleue, je me souviens de ce firmament splendide que j’admirais du giron des forêts américaines, ou du sein de l’Océan.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 36, Chapitre 1

Du reste, c’est un supplice de conserver intact son être intellectuel, emprisonné dans une enveloppe matérielle usée.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 13, Chapitre 2

Je crois, la main sur la conscience, n’avoir rien exagéré et n’avoir exposé que des faits dans ce que je viens de dire sur la légitimité.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 37, Chapitre 14

Des soldats du dehors confluent au pied des murailles; les soldats du dedans se tiennent renfermés.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 21, Chapitre 6

La France, depuis la Révolution, a souvent changé de conducteurs, et n’a point encore vu une femme au timon de l’Etat.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 34, Chapitre 13

Les événements ne comptent que pour ceux qui en pâtissent ou qui en profitent; ils ne sont rien pour ceux qui les ignorent, ou qu’ils n’atteignent pas.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 36, Chapitre 11

Les lectures sont excellentes comme instruction, lorsqu’on ne prend pas pour argent comptant les flagorneries obligées.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 11, Chapitre 5

De gros caïeux de lis, déchaussés par les pluies, paraissaient à la surface de la terre.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

Un jour, j’étais de patrouille dans une vigne, j’avais à vingt pas de moi un vieux gentilhomme chasseur qui frappait avec le bout de son fusil sur les ceps, comme pour débusquer un lièvre.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 9, Chapitre 12

La monarchie sera débordée et emportée par le torrent des lois démocratiques, ou le monarque par le mouvement des factions.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 33, Chapitre 7

L’Orient commua ses institutions despotiques en des monarchies plus modérées.

Essai sur les révolutions

Venez vous réchauffer chez moi; vous n’y trouverez pas les commodités de la vie, mais vous y aurez un abri.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Je n’ai jamais vu un pareil regard: quand la colère y montait, la prunelle étincelante semblait se détacher et venir vous frapper comme une balle.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 1, Chapitre 1

Je n’ai plus deux jours de suite de bonne santé; cela me fait enrager, car je n’ai coeur à rien au milieu de mes souffrances.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 30, Chapitre 5

Cette vallée est une coche de deux mille pieds de profondeur entaillée dans un plein bloc de granit. Les parois du bloc forment des murs gigantesques surplombants.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 35, Chapitre 13

Le silence n’est interrompu autour de moi que par le tintement de la clochette de deux génisses restées dans l’étable voisine …

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 35, Chapitre 11

Si l’on m’eût dit que je passerais le reste de ma vie, ignoré au sein de cette famille solitaire, je serais mort de plaisir: il ne manque à l’amour que la durée, pour être à la fois l’Eden avant la chute et l’Hosanna sans fin.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 10, Chapitre 9

Pour jouir des arcs-en-ciel et des rejaillissements de la cascade, il se faut placer sur ce pont; mais quand on a vu la cataracte du Niagara, il n’y a plus de chute d’eau.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 35, Chapitre 13

Nous levâmes le camp, et nous cheminâmes pendant une heure et demie avec une peine excessive dans une arène blanche et fine.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 18, Chapitre 2

Ses manières, avec la princesse sa femme, sont un chef-d’oeuvre de convenance ni humbles, ni arrogantes, mélange respectueux de l’autorité du mari et de la soumission du sujet.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 40, Chapitre 4

Pourquoi ne conviendrais-je pas que ce jugement chatouille de mon coeur l’orgueilleuse faiblesse?

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 24, Chapitre 14

La Charte, pour la plus grande partie de la nation, avait l’inconvénient d’être octroyée: c’était remuer, par ce mot très inutile, la question brûlante de la souveraineté royale ou populaire.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 22, Chapitre 21

Il n’avait encore aucune charlatanerie dans le regard, rien de théâtral et d’affecté.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 14, Chapitre 4

Un marchand d’orviétan passa dans le village; mon père, qui ne croyait point aux médecins, croyait aux charlatans: il envoya chercher l’empirique, qui déclara me guérir en vingt-quatre heures.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 2, Chapitre 4

Sur les reliefs perpendiculaires du paysage, des pentes rases ou bouquetées de cépées de hêtres, des pics dardant la nue, des dômes coiffés de glace, des sommets chauves ou conservant quelques rayons de neige comme des mèches de cheveux blancs.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 35, Chapitre 12

Il y a toujours cent contre un à parier, en France, qu’une chose quelconque ne durera pas: c’est à l’instant que le gouvernement paraît le mieux assis qu’il s’écroule.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 39, Chapitre 1

Cent et cent fois j’avais fait, défait et refait la même page. De tous mes écrits, c’est celui où la langue est la plus correcte.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 18, Chapitre 6

Si les effets matériels de quelques actions sont pareils à diverses époques, les causes qui les ont produits sont différentes.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 37, Chapitre 13

Le Tibre sépare les deux gloires: assises dans la même poussière, Rome païenne s’enfonce de plus en plus dans ses tombeaux, et Rome chrétienne redescend peu à peu dans ses catacombes.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 14, Chapitre 7

Encore un certain nombres de faits, et il faudra briser les cases de la chimie moderne.

Le Génie du christianisme (1802)

Des cascades descendaient de tous côtés, bondissaient sur des lits de pierres, comme les gaves des Pyrénées. Le chemin passait dans des gorges à peine ouvertes à la voie de la calèche.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 41, Chapitre 1

Heureux de terminer une carrière politique qui m’était odieuse, je rentre avec amour dans le repos.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 34, Chapitre 1

Ces énormes batailles de Napoléon sont au delà de la gloire; l’oeil ne peut embrasser ces champs de carnage qui, en définitive, n’amènent aucun résultat proportionné à leurs calamités.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 20, Chapitre 10

Madame Roland avait du caractère plutôt que du génie: le premier peut donner le second, le second ne peut donner le premier.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 9, Chapitre 6

L’Esquimau va prendre des peaux de loup marin; il les étend avec des barbes de baleine; il en forme un long canot.

Les Natchez (1826)

Il n’y avait dans ce lieu qu’une calebasse pour puiser de l’eau.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Si l’on rapportait à l’échelle des événements publics les calamités d’une vie privée, ces calamités devraient à peine occuper un mot dans des Mémoires.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 15, Chapitre 6

Si une transformation s’opère dans les principes, dans les sociétés et les hommes ce qui était bon hier est périmé et caduc aujourd’hui.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 33, Chapitre 10

Les vieilles gens se plaisent aux cachotteries, n’ayant rien à montrer qui vaille.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 41, Chapitre 1

Des chevaux sautaient, caracolaient, se cabraient dans la foule comme des chiens qui caressent leurs maîtres.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 14, Chapitre 7

Le Lido est une zone de dunes irrégulières assez approchantes des buttes aréneuses du désert de Sabbah, qui confinent à la Mer Morte.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Sur Venise, Chapitre 17

La lune neige sa lumière sur la couronne gothique de la tour du tombeau de Metella et sur les festons de marbre enchaînés aux cornes des bucranes; pompe élégante qui nous invite à jouir de la vie, sitôt écoulée.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 38, Chapitre 5

Je suivis d’abord le cours de la rivière, mes recherches botaniques ne furent pas heureuses; les plantes étaient peu variées.

Voyage en Amérique (1827)

Je trouvais à la fois dans ma création merveilleuse toutes les blandices des sens et toutes les jouissances de l’âme.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 3, Chapitre 13

L’Angleterre publia des bills afin de défendre aux sujets de S.M. britannique de porter des secours aux Américains.

Voyage en Amérique (1827)

Les nations ne jettent pas à l’écart leurs antiques moeurs comme on se dépouille d’un vieil habit: il en résulte des lambeaux qui forment, avec les nouveaux vêtements, une effroyable bigarrure.

Le Génie du christianisme (1802)

La porte était fermée; à travers une fenêtre biaise on apercevait un autel avec une croix.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 36, Chapitre 11

Le mauvais goût est une fausseté de jugement, un biais naturel dans les idées.

Le Génie du christianisme (1802)

Tandis que la tragédie rougissait les rues, la bergerie florissait au théâtre; il n’était question que d’innocents pasteurs et de virginales pastourelles.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 9, Chapitre 2

Nous entrâmes dans l’église au moment où le prêtre donnait la bénédiction.

Le Génie du christianisme (1802)

Je n’étais pas seul à béer; les femmes en faisaient autant à toutes les fenêtres de leurs maisons. Je me suis souvent demandé en traversant des hameaux inconnus: «Voudrais-tu demeurer là?»

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 35, Chapitre 5

Ils chantaient la nature, la paix, la pitié, la bienfaisance, la candeur, les vertus domestiques; ces béats de philanthropie faisaient couper le cou à leurs voisins avec une extrême sensibilité, pour le plus grand bonheur de l’espèce humaine.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 9, Chapitre 2

Le jour, je m’égarais sur de grandes bruyères terminées par des forêts.

René (1802)

C’est une nécessité absolue pour l’homme de génie de sacrifier à la sottise.

Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes... (1797)

Après tout, ne dédaignons pas trop la gloire ; rien n’est plus beau qu’elle, si ce n’est la vertu. Le comble du bonheur serait de réunir l’une à l’autre dans cette vie.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

Quoi qu’on dise, les guerres civiles sont moins injustes, moins révoltantes et plus naturelles que les guerres étrangères quand celles-ci ne sont pas entreprises pour sauver l’indépendance nationale.

Essai sur les révolutions

Celui qui s’est longtemps occupé des principes dont la race humaine jouit en communauté, a des amis, des frères et des soeurs dans toutes les familles : car si l’homme est ingrat, l’humanité est reconnaissante.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Tous nous ramène à quelque idée de la mort, parce que cette idée est au fond de la vie.

Voyage en Amérique (1827)

Je recherchai surtout dans mes voyages les artistes et ces hommes divins qui chantent les Dieux sur la lyre, et la félicité des peuples qui honorent les lois, la religion et les tombeaux.

René (1802)

Ma mémoire est un panorama ; là viennent se peindre sur la même toile les sites et les cieux les plus divers avec leur soleil brûlant ou leur horizon brumeux.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Je sens fort bien que je ne suis qu’une machine à livres.

Lettre, à la duchesse de Duras, 3 juillet 1812

Quand nous rencontrions un fleuve, nous le passions sur un radeau ou à la nage. Atala appuyait une de ses mains sur mon épaule ; et, comme deux cygnes voyageurs, nous traversions ces ondes solitaires.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

On entendit, comme autrefois à Jérusalem, une voix qui disait: «Les dieux s’en vont.»

Les Martyrs (1809), XXIV

Pharamond! Pharamond! nous avons combattu avec l’épée.

Les Martyrs (1809), VI, Chant de guerre des Francs

Quiconque a reçu des forces, doit les consacrer au service de ses semblables.

René (1802)

Ainsi passe sur la terre tout ce qui fut bon, vertueux, sensible! Homme, tu n’es qu’un songe rapide, un rêve douloureux; tu n’existes que par le malheur; tu n’es quelque chose que par la tristesse de ton âme et l’éternelle mélancolie de ta pensée!

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Croyez-moi, mon fils, les douleurs ne sont point éternelles; il faut tôt ou tard qu’elles finissent, parce que le coeur de l’homme est fini; c’est une de nos grandes misères: nous ne sommes pas même capables d’être longtemps malheureux.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

La fortune? pourrait-on compter comme un bien cette frivolité?

Vie de Rancé (1844)

La renommée? Vous la partagez avec la médiocrité ou le crime.

Vie de Rancé (1844)

L’amour? il est trompé, fugitif ou coupable.

Vie de Rancé (1844)

Notre coeur est un instrument incomplet, une lyre où il manque des cordes et où nous sommes forcés de rendre les accents de la joie sur le ton consacré aux soupirs.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Les sentiments les plus merveilleux sont ceux qui nous agitent un peu confusément: la pudeur, l’amour chaste, l’amitié vertueuse, sont pleins de secrets. On dirait que les coeurs qui s’aiment s’entendent à demi-mot.

Le Génie du christianisme (1802)

On s’étonne du succès de la médiocrité ; on a tort. La médiocrité n’est pas forte par ce qu’elle est en elle-même, mais par les médiocrités qu’elle représente ; et dans ce sens sa puissance est formidable.

Pensées, réflexions et maximes (1848)

La vertu est quelquefois oubliée dans son passage ici-bas, mais elle revit tôt ou tard ; on la retire des tombeaux comme on retire du sein de la terre une statue antique qui fait l’admiration des hommes.

Pensées, réflexions et maximes (1848)

Je suis né gentilhomme. Selon moi, j’ai profité du hasard de mon berceau, j’ai gardé cet amour plus ferme de la liberté qui appartient principalement à l’aristocratie dont la dernière heure est sonnée.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1

Aujourd’hui que je regrette encore mes chimères sans les poursuivre, je veux remonter le penchant de mes belles années : ces Mémoires seront un temple de la mort élevé à la clarté de mes souvenirs.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1

Machiavel; rare génie qui, comme tous les hommes élevés d’esprit et bas de coeur, disait de grandes choses et en faisait de petites.

Congrès de Vérone (1838), Guerre d'Espagne de 1823

Les grandes scènes et les grandes causes ne se jugent ni ne se plaident devant les peuples sans que de nouvelles idées ne s’introduisent dans les masses, et que le cercle de l’esprit humain ne s’élargisse.

Histoire de France, Charles VII

Les forfaits n’inspirent d’horreur que dans les sociétés au repos; dans les révolutions, ils font partie de ces révolutions mêmes, desquelles ils sont le drame et le spectacle.

Histoire de France, Charles VI

C’est une grande erreur que d’attribuer l’innocence à l’état sauvage; tous les appétits de la nature se développent sans contrôle dans cet état: la civilisation seule enseigne les qualités morales.

Histoire de France, Moeurs générales des XIIe, XIIIe et XIVe siècles

L’histoire aura son Homère comme la poésie.

Etudes historiques sur la chute de l'Empire romain (1831), Préface

Il ne faut pas être plus royaliste que le roi.

De la Monarchie selon la charte (1816)

Il n’y a point d’âge légal pour le malheur.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 11, Chapitre 3

Peignons la nature, mais la belle nature: l’art ne doit pas s’occuper de l’imitation des monstres.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801), Préface

Une loi n’est pas toujours obligatoire; elle peut toujours être changée par une autre loi: contrairement à cela, la morale est permanente; elle a sa force en elle même, parce qu’elle vient de l’ordre immuable; elle seule peut donc donner la durée.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 13, Chapitre 11

Dans les jeux je ne prétendais mener personne, mais je ne voulais pas être mené: je n’étais bon ni pour tyran ni pour esclave, et tel je suis demeuré.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 2, Chapitre 1

O mon jeune amant! je t’aime comme l’ombre des bois au milieu du jour! Tu es beau comme le désert avec toutes ses fleurs et toutes ses brises. Si je me penche sur toi, je frémis; si ma main tombe sur la tienne, il me semble que je vais mourir.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Il ne faut pas demander à la lyre ce qu’elle pense, mais ce qu’elle chante.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 12, Chapitre 4

Celui qui voit Belle-Isle, voit son île; celui qui voit Groix, voit sa joie; celui qui voit Ouessant, voit son sang.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 8, Chapitre 7

Tout est usé aujourd’hui, même le malheur.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 14, Chapitre 2

Les souvenirs de l’amour dans le coeur d’un vieillard sont les feux du jour réfléchis par l’orbe paisible de la lune, lorsque le soleil est couché et que le silence plane sur les huttes des Sauvages.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Il y a des temps où l’on ne doit dépenser le mépris qu’avec économie, à cause du grand nombre de nécessiteux: je le leur plains pour cette heure, parce qu’ils en auront encore besoin pendant et après les Cent-Jours.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 22, Chapitre 16

Un voyageur est une espèce d’historien: son devoir est de raconter fidèlement ce qu’il a vu ou ce qu’il a entendu dire; il ne doit rien inventer, mais aussi il ne doit rien omettre.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

Le purgatoire surpasse en poésie le ciel et l’enfer, en ce qu’il présente un avenir qui manque aux deux premiers.

Le Génie du christianisme (1802),II, IV, 15

Le vrai bonheur coûte peu; s’il est cher, il n’est pas de bonne espèce.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 1, Chapitre 7

Caresser la vertu sans être capable de l’aimer, c’est presser les deux belles mains d’une jeune femme dans les mains ridées de la vieillesse.

Pensées, réflexions et maximes (1848)

J’avais compté dix heures, onze heures à l’horloge; le marteau qui se soulevait et retombait sur l’airain était le seul être vivant avec moi dans ces régions.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 10, Chapitre 5

Quitté de mes compagnes, je me reposai au bord d’un massif d’arbres: son obscurité, glacée de lumière, formait la pénombre où j’étais assis.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 8, Chapitre 4

Il n’est rien de beau, de doux, de grand dans la vie, que les choses mystérieuses.

Le Génie du christianisme (1802)

On habite avec un coeur plein, un monde vide et sans avoir usé de rien, on est abusé de tous.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Il faut des secrets pour réparer la beauté du corps: il n’en faut point pour maintenir celle de l’âme.

Pensées, réflexions et maximes (1848)

On n’est heureux dans l’objet de son a attachement que lorsqu’on a vécu beaucoup de jours, et surtout beaucoup de mauvais jours avec lui.

Le Génie du christianisme (1802)

Pourquoi faut-il que le plus grand crime et la plus grande gloire soient de verser le sang de l’homme?

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 2, Chapitre 2

L’aristocratie a trois âges successifs: l’âge des supériorités, l’âge des privilèges, l’âge des vanités; sortie du premier, elle dégénère dans le second et s’éteint dans le dernier.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 1, Chapitre 1

Les sciences sont un labyrinthe où l’on s’enfonce plus avant au moment même où l’on croyait en sortir.

Le Génie du christianisme (1802)

C’est une très méchante manière de raisonner que de rejeter ce qu’on ne peut comprendre.

Le Génie du christianisme (1802)

Nous ne sentons le prix de nos amis qu’au moment où nous sommes menacés de les perdre. Nous sommes même assez insensés quand tout va bien, pour croire que nous pouvons impunément nous éloigner d’eux …

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 15, Chapitre 2

Il suffit de jeter les yeux sur l’histoire à l’époque de l’institution de la chevalerie religieuse, pour reconnaître les importants services qu’elle a rendus à la société.

Le Génie du christianisme (1802)

L’indigence de notre nature est si profonde, que dans nos infirmités volages, pour exprimer nos affections récentes, nous ne pouvons employer que des mots déjà usés par nous dans nos anciens attachements.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 15, Chapitre 7

Son corps gît délaissé sur un grabat, d’où le juge est obligé de le faire enlever, non comme le corps d’un homme, mais comme une immondice dangereuse aux vivants.

Le Génie du christianisme (1802)

Que le passé d’un homme est étroit et court, à côté du vaste présent des peuples et de leur avenir immense!

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 2, Chapitre 5

Ils confondent les passions et les idées: les premières sont les mêmes dans tous les siècles, les secondes changent avec la succession des âges.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 37, Chapitre 13

La triste nécessité qui m’a toujours tenu le pied sur la gorge, m’a forcé de vendre mes Mémoires. Personne ne peut savoir ce que j’ai souffert d’avoir été obligé d’hypothéquer ma tombe…

Mémoires d'outre-tombe (1848), Avant-Propos, 14 avril 1846

Les femmes nous servirent un repas. L’hospitalité est la dernière vertu restée aux sauvages au milieu des vices de la civilisation européenne; on sait quelle était autrefois cette hospitalité; le foyer avait la puissance de l’autel.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 7, Chapitre 5

Chez les anciens, le cadavre du pauvre ou de l’esclave était abandonné presque sans honneurs; parmi nous, le ministre des autels est obligé de veiller au cercueil du villageois comme au catafalque du monarque.

Le Génie du christianisme (1802)

Pendant plusieurs jours, mes amis restèrent dans la crainte de me voir enlever par la police; ils se présentaient chez moi d’heure en heure, et toujours en frémissant, quand ils abordaient la loge du portier.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 16, Chapitre 1

L’hérédité enfante la légitimité, ou la permanence, ou la durée.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 42, Chapitre 9

Les droits de l’espèce humaine passent avant tout pour moi, la terre fût-elle un globe explosible, je n’hésiterais pas à y mettre le feu s’il s’agissait de délivrer mon pays.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 21, Chapitre 4

Le soir je m’embarquais sur l’étang, conduisant seul mon bateau au milieu des joncs et des larges feuilles flottantes du nénuphar. Là, se réunissaient les hirondelles prêtes à quitter nos climats.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 3, Chapitre 12

De temps en temps, la Révolution nous envoyait des émigrés d’une espèce et d’une opinion nouvelles; il se formait diverses couches d’éxilés: la terre renferme des lits de sable ou d’argile, déposés par les flots du déluge.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 11, Chapitre 3

Bruxelles était le quartier général de la haute émigration: les femmes les plus élégantes de Paris et les hommes les plus à la mode, ceux qui ne pouvaient marcher que comme aides-de-camp, attendaient dans les plaisirs le moment de la victoire.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 9, Chapitre 8

Fonder la société sur un devoir, c’est l’élever sur une fiction; la placer dans un intérêt, c’est l’établir dans une réalité.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 25, Chapitre 10

Bernadotte répétait sans cesse à madame Récamier qu’elle était faite pour électriser le monde et pour créer des séides.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Sur Madame Récamier, 7

La Dauphine faisait des efforts touchants, mais visibles, pour être gracieuse, elle adressait un mot à chacun.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 38, Chapitre 1

Une fresque du Dominiquin ou du Titien, qui s’efface; un palais de Michel-Ange ou de Palladio, qui s’écroule mettent en deuil le génie de tous les siècles.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 38, Chapitre 8

Quand les Hollandais essuient un coup de vent en haute mer, ils se retirent dans l’intérieur du navire, ferment les écoutilles et boivent du punch, laissant un chien sur le pont pour aboyer à la tempête.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 9, Chapitre 14

On ne l’avait point nommé; je fus frappé du langage d’un homme qui pérorait seul et se faisait écouter avec quelque droit comme un oracle. L’esprit de Rivarol nuisait à son talent, sa parole à sa plume.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 9, Chapitre 8

Un journal, composé dans le but avoué de renverser l’ancienne dynastie, vint échauffer les esprits.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 31, Chapitre 5

Elle trouvait au fond de mon regard quelque blessure, car elle me disait: You carry your heart in a sling (vous portez votre coeur en écharpe). Je portais mon coeur je ne sais comment.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 1, Livre 11, Chapitre 2

On a beau se torturer, faire des phrases et du bel esprit, le plus grand malheur des hommes, c’est d’avoir des lois et un gouvernement.

Essai sur les révolutions

Cette liberté esclave avait quelques avantages: ce qu’on perdait en franchises dans l’intérieur, on le gagnait au dehors en dominations: le Français était enchaîné, la France libre.

Vie de Rancé (1844)

Rien n’est comparable pour la beauté aux lignes de l’horizon romain, à la douce inclinaison des plans, aux contours suaves et fuyants des montagnes qui le terminent.

Lettre à M. de Fontanes, 10 janvier 1804

Des hommes indignes du nom de chrétiens égorgeaient les peuples du Nouveau-Monde, et la cour de Rome fulminait des bulles pour prévenir ces atrocités.

Le Génie du christianisme (1802)

Rancé fréquentait les églises, passant des heures à prier dans ces habitacles oubliés sur tant de collines célèbres.

Vie de Rancé (1844)

J’ai coûté la vie à ma mère en venant au monde; j’ai été tiré de son sein avec le fer.

René (1802)

Dans le langage de l’ancienne chevalerie, bailler sa foi était synonyme de tous les prodiges de l’honneur. Roland, Du Guesclin, Bayard, étaient de féaux chevaliers.

Le Génie du christianisme (1802), I, II, 2

Nous sommes donc aujourd’hui la fable et la risée d’Argos? Nous tâcherons de nous en consoler en songeant que depuis le temps de Clytemnestre on a tenu de bien mauvais propos dans cette ville.

Sur le voyage au Levant de M. le comte de Forbin

Le lendemain on cherchait les vieux voyageurs; mais ils s’étaient évanouis comme ces saintes apparitions qui visitent quelquefois l’homme de bien dans sa demeure.

Le Génie du christianisme (1802)

Le passé et le présent sont deux statues incomplètes: l’une a été retirée toute mutilée du débris des âges; l’autre n’a pas encore reçu sa perfection de l’avenir.

René (1802)

Les lâches courtisans se font une étude d’allumer le vice et d’éteindre la vertu.

Les Martyrs (1809)

Les vignes sauvages, les bignonias, les coloquintes, s’entrelacent au pied de ces arbres, escaladent leurs rameaux …

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Des querelles et des jalousies ensanglantèrent dans la suite la terre de l’hospitalité.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801), Prologue

L’aurore, paraissant derrière les montagnes, enflammait l’orient; tout était d’or ou de rose dans la solitude.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801), Les laboureurs

La nièce de Chactas empennait des flèches avec des plumes de faucon.

Les Natchez (1826)

Je trouvai quelques vieux canons de vingt-quatre, placés aux embrasures d’un bastion gothique.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

Il y avait un homme qui, à douze ans, avec des barres et des ronds, avait créé les mathématiques … cet effrayant génie se nommait Blaise Pascal.

Le Génie du christianisme (1802)

Il s’est plus écoulé d’exemplaires de mon dernier ouvrage, en quelques mois, qu’il ne s’est vendu d’exemplaires du Génie du Christianisme en plusieurs années.

Examen des Martyrs

Le duel, bien que supplément obligé aux lois qui ne connaissent pas des offenses faites à l’honneur, est affreux, surtout lorsqu’il détruit une vie pleine d’espérances …

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 42, Chapitre 4

Il ne s’occupait point de retraites; il allait droit devant lui comme ces voies romaines qui traversent sans se détourner les précipices et les montagnes.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 2, Livre 20, Chapitre 10

M. Desmortiers, le juge d’instruction, entra donc dans ma petite chambre; un air doucereux était étendu comme une couche de miel sur un visage contracté et violent.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 35, Chapitre 6

Voyez comme tout est calculé au Parthénon! L’ordre est dorique, et le peu de hauteur de la colonne dans cet ordre vous donne à l’instant l’idée de durée et de solidité …

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

Les Polonais trouvent le dialecte bohême efféminé; c’est la querelle du dorien et de l’ionique.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 37, Chapitre 11

Les anges célébrèrent les noces de ces femmes qui ont divorcé avec la terre pour s’unir avec le ciel …

Les Natchez (1826)

Mais quand les services sont si éminents qu’ils excèdent les bornes de la reconnaissance, ils ne sont payés que par l’ingratitude.

Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811)

Le poignard d’un Brutus peut être aisément forgé dans le sceptre de fer d’un César ; et les âmes énergiques, comme les volcans, jettent de grandes lumières et de grandes ténèbres.

Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes... (1797)

Comment trouver place sur une terre agrandie par la puissance d’ubiquité, et rétrécie par les petites proportions d’un globe souillé partout ? Il ne resterait qu’a la science le moyen de changer de planète.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

Le génie est un Christ ; méconnu persécuté, battu de verges, couronné d’épines, mis en croix pour et par les hommes, il meurt en leur laissant la lumière et ressuscite adoré.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 40, Chapitre 2

Les passions et les vices vous relèguent dans la classe des esclaves.

Mémoires d'outre-tombe (1848), Partie 3, Livre 33, Chapitre 9

Pour être un homme supérieur en affaires, il n’est pas question d’acquérir des qualités, il ne s’agit que d’en perdre.

Mémoires d'outre-tombe (1848)

La Gloire est née sans ailes ; il faut qu’elle emprunte celles des Muses quand elle veut s’envoler aux cieux.

Le Génie du christianisme (1802)

L’amour n’étend point son empire sur les vers du cercueil.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Il y a toujours quelques points par où deux coeurs ne se touchent pas, et ces points suffisent à la longue pour rendre la vie insupportable.

Atala, ou Les Amours de deux sauvages dans le désert (1801)

Il est bon de se prosterner dans la poussière quand on a commis une faute, mais il n’est pas bon d’y rester.

Pensées, réflexions et maximes (1848)

Chaque révolution est à la fois la conséquence et le principe d’une autre.

Essai historique, politique et moral sur les révolutions anciennes et modernes... (1797)