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Citations de : Emile Faguet

Quand vous vous donnez à vous-même, personnellement, la liberté de chercher ce que vous avez à faire, c’est probablement, non pas pour le chercher toujours, mais pour le trouver.

Politiques et moralistes du XIXe siècle (1891)

Le besoin de croire est une partie du besoin d’agir, parce qu’il en est la condition.

Etudes littéraires sur le XVIIe siècle (1890)

Les hommes d’action peuvent malaisément être sceptiques ou se retrancher dans un pessimisme tout négatif.

Etudes littéraires sur le XVIIe siècle (1890)

Les poésies d’Ancré Chénier sont comme des arrière-fleurs du classicisme.

Le socialisme est la forme aiguë de l’antilibéralisme. Il consiste en son fond, et en quelque variété ou sous-variété qu’on le considère, à désirer que tout soit fait par l’Etat, que tout soit réglé par l’Etat et qu’il n’y ait que l’Etat.

Un ami est un frère ; mais un frère que l’on se choisit. Comment se le choisit-on ? Comme on se choisirait un double, comme on se choisirait un reflet qu’on aimerait soi-même à refléter.

Les dix commandements (1926), De l'amitié

En latin legere signifie lire et signifie cueillir. Cette langue latine est charmante.

L'Art de lire (1912)

Bien souvent un livre est tel qu’on voudrait que quelqu’un, qui fût vous-même, car on ne peut s’en reposer que sur soi, en eût marqué les passages intéressants et signalé particulièrement les pages d’une incontestable inutilité.

L'Art de lire (1912)

Il faut s’armer de sagesse même contre les passions les plus innocentes, parce qu’il n’y a pas de passions innocentes, et même en parlant de la lecture il faut dire: Le sage qui la suit, prompt à se modérer, sait boire dans sa coupe et ne pas s’enivrer.

L'Art de lire (1912)

Un livre peut nous irriter par son bavardage, et en même temps nous empêcher de le fermer, parce qu’il est intéressant et qu’entre deux bavardages on peut s’attendre à quelque chose de très fin qu’il serait fâcheux d’avoir perdu.

L'Art de lire (1912)

Cléanthe et Spinoza étaient de très grands philosophes, mais ils étaient philosophes à leur loisir; et Cléanthe était porteur d’eau et Spinoza polisseur de lunettes astronomiques.

Les dix commandements (1926), De la profession

Les philosophes du XVIIIe siècle ont été tous et trop orgueilleux et trop affairés pour être sérieux.

Dix-huitième siècle (1890), Avant-propos

La Révolution française a été tout d’abord cosmopolite, et non française, a songé à «l’homme» plus qu’à la patrie, et n’est devenue «patriote» que quand le territoire a été envahi.

Dix-huitième siècle (1890), Avant-propos

Quelles qu’aient pu être les fautes politiques de cette illustre femme, il lui a été sans doute beaucoup pardonné, parce qu’elle a beaucoup aimé Dieu, les enfants et Athalie.

Les grands maîtres du XVIIe siècle (1885), Mme de Maintenon, 4

Des trois femmes supérieures du XVIIe siècle, Madame de Sévigné est certainement la plus aimable, Madame de la Fayette la plus touchante, Madame de Maintenon la plus intelligente.

Les grands maîtres du XVIIe siècle (1885), Mme de Maintenon, 4

La première lecture est au lecteur ce que l’improvisation est à l’orateur.

L'Art de lire

Je relis beaucoup; je crois comprendre beaucoup mieux. C’est une vieillesse qui n’est pas sans charme que celle que l’on consacre à corriger ses vieux contresens.

L'Art de lire

Lire est doux; relire est – quelquefois – plus doux encore.

L'Art de lire

Il y a deux éducations: la première que l’on reçoit au lycée, la seconde que l’on se donne à soi-même; la première est indispensable, mais il n’y a que la seconde qui vaille.

L'Art de lire

Qui est-ce qui a une personnalité? Ils sont rares qui en ont une. Presque personne n’est une personne. Et à seize ans, personne n’est une personne.

L'Art de lire

Le critique doit inviter à relire ou à repenser sa lecture.

L'Art de lire

Le lecteur aime celui qui lit et qui lui parle de lectures, et en vient même, par besoin de confidences intellectuelles à faire et à recevoir, à ne pouvoir plus se passer de lui.

L'Art de lire

Le mécontentement, c’est le désir de mécontenter.

L'Art de lire

Ce qui empêche de jouir de belles choses, c’est l’envie de les trouver mauvaises; il n’y a rien de plus incontestable.

L'Art de lire

Le plaisir de lire un livre suranné est toujours un peu languissant.

L'Art de lire

Un compliment, c’est un peu d’amour dans beaucoup d’esprit.

Etudes littéraires, XVIe s., Clément Marot

Le moyen infaillible de rajeunir une citation est de la faire exacte.

Ah! Monsieur Rostand, comme je vous suis reconnaissant d’exister.

Lire, c’est penser avec un autre, penser la pensée d’un autre, et penser la pensée, conforme ou contraire à la sienne, qu’il nous suggère.

L'Art de lire

C’est une grande marque, pour un livre, d’excellence ou de conformité avec notre caractère, que le désir que l’on a de le rouvrir.

L'Art de lire

Relire, c’est lire ses mémoires sans se donner la peine de les écrire.

L'Art de lire

Peu de romans lus avec ivresse à vingt ans plaisent à quarante. C’est un peu pour cela qu’il faut les relire, pour se relire, pour se rendre compte de soi, pour s’analyser, pour se connaître par comparaison et pour savoir ce qu’on a perdu.

L'Art de lire

Rencontrant une dame qu’il n’avait pas vue depuis très longtemps un homme d’âge hésitait: «Comment! dit la dame, vous ne me reconnaissez pas? – Hélas! madame; j’ai tant changé!».

L'Art de lire

Revoir les lieux autrefois visités, les amis autrefois fréquentés, les livres lus jadis, est une des passions du déclin. Or, c’est précisément se comparer à soi-même; c’est éprouver si l’on a toujours autant de facultés de sentir et si l’on a les mêmes.

L'Art de lire

Relire apprend l’art de lire.

L'Art de lire

La lecture est une victoire de l’ennui sur l’amour-propre.

L'Art de lire

Quand on peint son héros, on peint son idéal, et l’idéal que l’on a, on se croit toujours un peu, on se croit du moins par moments, de force à le réaliser. … Poser un héros, c’est un peu poser en héros.

L'Art de lire

Un auteur, de nos jours, est un moine qui écrit pour son couvent, isolé dans un petit monde isolé. La littérature est devenue conventuelle.

L'Art de lire

La haine d’un sot livre est un sentiment très inutile en soi; mais qui a son prix s’il ravive en nous l’amour et la soif de ceux qui sont bons.

L'Art de lire

… on est bien plus sot en contrariant sa nature qu’en la suivant.

L'Art de lire

S’exercer à la moquerie, c’est avoir déjà et se conférer la volonté d’impuissance.

L'Art de lire

Rien ne révèle la débilité et ne l’entretient comme la moquerie.

L'Art de lire

… le risque de se tromper aiguise le désir de voir juste et relève le plaisir d’avoir probablement raison, et il y a un plaisir, je ne dirai pas plus grand, mais plus piquant, à être à peu près certain qu’on a raison, qu’à en être pleinement sûr.

L'Art de lire

… la musique seule est tout à fait l’art qui permet qu’on échappe à la vie et qui aide à en sortir.

L'Art de lire

Chacun de nous est un petit monde où le monde entier se voit en raccourci et est véritablement comme en germe …

L'Art de lire

La lecture est ainsi faite de ce que nous savons, de ce que nous apprenons et de ce que nous n’apprenons que parce que nous le savions déjà et de ce que nous savons mieux maintenant parce que nous venons de le rapprendre.

L'Art de lire

En choses intellectuelles, il ne faut ni abdication ni triomphe. L’abdication est toujours un peu déprimante et le triomphe est toujours vain.

L'Art de lire

Il ne faut point … parce que nous avons trouvé contre un raisonnement un peu faible de l’auteur un raisonnement assez fort, croire toujours avoir raison contre lui.

L'Art de lire

Je ne souhaite pas que les auteurs abondent en contradictions; mais je souhaite que les lecteurs puissent en trouver.

L'Art de lire

Les contradictions sont les accidents de paysage d’un grand penseur.

L'Art de lire

… il y a des plaisirs d’infidélité et l’infidélité à l’égard d’un auteur est un innocent libertinage.

L'Art de lire

On ne connaît sans doute quelqu’un que quand on sait ce qu’il est et aussi ce qu’il pouvait être.

L'Art de lire

Lire un philosophe, c’est le relire si attentivement qu’on l’analyse.

L'Art de lire

Ce qu’on déteste le plus au monde, quand on a l’âme active et non pas seulement passive et soumise, c’est ce que l’on a vu autour de soi à vingt ans.

L'Art de lire

… Platon qui, comme tous les philosophes, écrit moins pour être admiré que pour être compris et même moins pour être compris que pour faire penser.

L'Art de lire

Lire lentement, c’est le premier principe et qui s’applique absolument à toute lecture. C’est l’art de lire comme en essence.

L'Art de lire

Pour apprendre à lire, il faut d’abord lire très lentement et ensuite il faut lire très lentement et, toujours, jusqu’au dernier livre qui aura l’honneur d’être lu par vous, il faudra lire très lentement.

L'Art de lire

J’apprends chaque jour pour enseigner le lendemain.

Un homme comme Montaigne est un Latin, de sentiments, de pensée et même de style; un homme comme Rabelais est un Grec, de sentiments et de pensée au moins; de langue parfois.

Etudes littéraires du seizième siècle

L’art de lire, c’est l’art de penser avec un peu d’aide.

L'Art de lire

L’absence de défauts n’est pas une qualité, en choses d’art, et les qualités moyennes même n’y sont presque comptées que comme absence de défauts.

Etudes littéraires du dix-septième siècle

Ce grand esprit, c’est un chaos d’idées claires.

Etudes littéraires du dix-huitième siècle

(Balzac) a des intuitions de génie, et des réflexions d’imbécile. C’est un chaos et un problème.

Etudes littéraires du dix-neuvième siècle

La Renaissance était la renaissance de l’antiquité; la Réforme était la renaissance du christianisme primitif.

Seizième siècle (1894)

Le monde a été découvert il y a un peu plus de trois cents ans. Il n’y a pas plus de temps que les hommes savent que la terre est ronde, qu’elle est petite et que le ciel est infini.

Seizième siècle (1894)

Deux états sociaux ruinent l’idée ou plutôt le sentiment de la patrie: la vie politique trop violente, et la vie politique nulle.

Etudes littéraires sur le XVIIIe siècle (1890)

Les farceurs vont ajouter qu’il n’est pas inutile d’être idiot pour être souverainement intelligent. Les farceurs diront là quelque chose de vrai avec la grossièreté qui leur est propre, mais, à les bien prendre, c’est exact.

Propos littéraires

Rien d’excellent comme la liberté de penser, de chercher, d’écrire, de parler, mais, évidemment, à la condition qu’elle aboutisse, et par conséquent qu’elle cesse.

Politiques et moralistes du XIXe siècle (1891)