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Citations de : Emile-Auguste Chartier, dit Alain

L’erreur propre aux artistes est de croire qu’ils trouveront mieux en méditant qu’en essayant… Ce qu’on voulait faire, c’est en le faisant qu’on le découvre.

Avec Balzac

L’erreur de Descartes est de meilleure qualité que la vérité d’un pédant.

Propos d'un Normand

L’enseignement doit être résolument retardataire.

Propos sur l'éducation (1932)

L’ennui est une sorte de jugement d’avance.

Minerve ou De la sagesse

Il y a une forte raison de ne pas dire au premier arrivant ce qui vient à l’esprit, c’est qu’on ne le pense point.

Eléments de philosophie (1941)

Il y a du supplice dans la passion, le mot l’indique.

Les Arts et les Dieux (1958)

Il n’y a qu’une méthode pour inventer, qui est d’imiter. Il n’y a qu’une méthode pour bien penser, qui est de continuer quelque pensée ancienne et éprouvée.

Propos sur l'éducation (1932)

Il n’y a guère que le sublime qui puisse nous aider dans l’ordinaire de la vie.

Préliminaires à l'esthétique (1940)

Il n’y a de paix qu’entre esprit et esprit.

Mars ou la Guerre jugée (1921)

Il n’y a de bonheur possible pour personne sans le soutien du courage.

Minerve ou De la sagesse

Il n’est pas difficile d’avoir une idée. Le difficile, c’est de les avoir toutes.

Propos

Il est bien vrai que nous devons penser au bonheur d’autrui; mais on ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux.

Propos sur le bonheur (1928)

Idéal: modèle qu’on se compose, en vue de l’admirer et de l’imiter. L’idéal est toujours nettoyé d’un peu de réalité qui ferait tache.

Fondez une Société des honnêtes gens, tous les voleurs en seront.

Propos d'un Normand

Faire et non subir, tel est le fond de l’agréable.

Propos sur le bonheur (1928)

Exister, c’est dépendre, c’est être battu du flot extérieur.

Entretiens au bord de la mer (1931)

Est bourgeois tout ce qui vit de persuader.

Les idées et les âges (1927)

En toute oeuvre d’art, la pensée sort de l’oeuvre, et jamais une oeuvre ne sort d’une pensée.

Les Arts et les Dieux (1958), La Visite au musicien

Désordre dans le corps, erreur dans l’esprit, l’un nourrissant l’autre, voilà le réel de l’imagination.

Système des beaux-arts (1920)

Cette autre vie qu’est cette vie dès qu’on se soucie de son âme.

Histoire de mes pensées (1936)

Ce sont les passions et non les intérêts qui mènent le monde.

Mars ou la Guerre jugée (1921)

Ce qui est aisé à croire ne vaut pas la peine de croire.

Minerve ou De la sagesse

Ce qui console d’un travail difficile, c’est qu’il est «difficile».

Ce que j’appelle République, c’est plutôt une énergique résistance à l’esprit monarchique, d’ailleurs nécessaire partout.

Avec Balzac

C’est par l’esprit que l’homme se sauve, mais c’est par l’esprit que l’homme se perd.

Mars ou la Guerre jugée (1921)

C’est la foi même qui est Dieu.

Eléments de philosophie (1941)

Aucun possible n’est beau; le réel seul est beau.

Système des beaux-arts (1920)

Apprendre à ne plus penser, c’est une partie, et non la moindre, de l’art de penser.

Esquisses de l'homme

Aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi.

Eléments de philosophie (1941)

Un sage se distingue des autres hommes, non par moins de folie, mais par plus de raison.

Idées (1932), Etude sur Descartes

… Les idées, même les plus sublimes, ne sont jamais à inventer, et elles se trouvent inscrites dans le vocabulaire consacré par l’usage.

Histoire de mes pensées (1936)

Je ne sais ce que c’est que vouloir sans faire.

Entretiens au bord de la mer (1931)

Il est de nécessité que tout homme apprenne à lire et à écrire avant d’apprendre à penser. Tout langage est d’abord ramage et gazouillement, comme des oiseaux.

Propos de littérature (1934)

L’esprit humain se forme non à choisir, mais à accepter; non à décider si une oeuvre est belle, mais à réfléchir sur l’oeuvre belle. Ainsi, en dépit de lieux communs trop évidents, il y a imprudence à vouloir juger par soi. C’est l’humanité qui pense.

Propos de littérature (1934)

L’erreur du critique est de chercher l’essence, et de nier l’existence.

Propos de littérature (1934)

C’est le propre du beau qu’il ne nous renvoie jamais à quelque autre chose, ni à quelque idée extérieure.

Propos de littérature (1934)

J’ai le sentiment quelquefois de parler à des penseurs fatigués depuis leur naissance, et qui ne savent ni dormir, ni ajourner les pensées, ni rire.

Propos de littérature (1934)

Qui n’a jamais été ridicule ne sait point rire.

Propos de littérature (1934)

Si le juge suprême tuait de sa propre main, comme au temps des sacrifices, nous pourrions juger le juge d’après ses mains et son visage.

Propos de littérature (1934)

La République de Platon est le livre des livres.

Propos de littérature (1934)

La Bible est le plus beau succès de librairie que l’on avait vu; et cela prouve que les hommes ne sont pas difficiles.

Propos de littérature (1934)

Le vrai désespoir est sans réflexion.

Propos de littérature (1934)

Plus d’un homme instruit en est à ignorer que le seul moyen de changer d’idée est de changer d’action. Tous les passionnés exorcisent d’abord les pensées par des pensées, et bien vainement. L’ancien exorcisme, par le geste, était le plus sage.

Propos de littérature (1934)

On ne discute point de grammaire sans menace.

Propos de littérature (1934)

Le propre de la poésie est que les mots éclairent selon leur place.

Propos de littérature (1934)

Le beau nous somme de penser.

Propos de littérature (1934)

L’oeuvre peinte nous avertit mieux que la chose; elle nous arrête; elle nous ramène. Elle finit par nous apprendre qu’il vaut mieux voir un même tableau cent fois qu’en voir cent une fois; mais il faut aider l’oeuvre, mettre de soi, jurer de soi.

Propos de littérature (1934)

L’aiguille de la boussole, si bien protégée et toujours tremblante.

Propos de littérature (1934)

L’inspiration ne se dit point; c’est l’oeuvre qui la dit.

Propos de littérature (1934)

Le génie n’est sans doute qu’un long refus.

Propos de littérature (1934)

Quand un poète vous semble obscur, cherchez bien, et ne cherchez pas loin. Il n’y a d’obscur ici que la merveilleuse rencontre du corps et de l’idée, qui opère la résurrection du langage.

Propos de littérature (1934)

L’ennui se nourrit de ces signes qui n’ont qu’un sens et qui, par cela même, n’ont plus de sens.

Propos de littérature (1934)

Ecrire est toujours un art plein de rencontres. La lettre la plus simple suppose un choix entre des milliers de mots, dont la plupart sont étrangers à ce que vous voulez dire.

Propos de littérature (1934)

Nous sommes ainsi bâtis que presque toutes nos émotions sont des malheurs …

Propos de littérature (1934)

Comprendre Platon, ce n’est pas beaucoup; il faut être soi-même Platon et penser difficilement.

Propos de littérature (1934)

L’individu n’est que la moitié d’un homme.

Propos de littérature (1934)

Toute douleur veut être contemplée, ou bien elle n’est pas sentie du tout.

Propos sur le bonheur (1928)

Tout pouvoir sans contrôle rend fou.

Propos de politique (1934)

Tout homme est sensible quand il est spectateur. Tout homme est insensible quand il agit.

Vigiles de l'esprit (1942)

Tous les moyens de l’esprit sont enfermés dans le langage; et qui n’a point réfléchi sur le langage n’a point réfléchi du tout.

Propos sur l'éducation (1932)

Si on ne suppose pas que les hommes ont tous la même intelligence, et l’ont toute, il n’y a plus ni vérité ni erreur.

Cahiers de Lorient (1964)

Si les locomotives étaient conduites comme l’Etat, le machiniste aurait une femme sur les genoux.

Propos II, 5 janvier 1914

Se réveiller, c’est se mettre à la recherche du monde.

Vigiles de l'esprit (1942)

Rien n’est plus dangereux qu’une idée, quand on n’a qu’une idée.

Propos sur la religion (1938)

Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l’obéissance il assure l’ordre; par la résistance il assure la liberté.

Propos d'un Normand

Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit.

Propos sur la religion (1938)

(En parlant des larmes) – – Cette sueur des yeux …

Propos de littérature (1934)

Une oeuvre qui n’apporte point quelque chose d’invisible et de neuf, on la laisse.

Propos de littérature (1934)

Celui qui ne lit que ce qui lui plaît, je le vois bien seul. Toujours en compagnie de ses chétives idées personnelles, comme on dit; mais il ne sortira pas de l’enfance.

Propos de littérature (1934)

Ce qui va de soi c’est ce qui va mal.

L’imagination est pire qu’un bourreau chinois; elle dose la peur; elle nous la fait goûter en gourmets.

Propos

Vouloir à partir de ce qu’on a fait sans le vouloir, c’est le vouloir même.

Vingt Leçons sur les beaux-arts

Une preuve de la liberté tuerait la liberté.

Une idée que j’ai, il faut que je la nie: c’est ma manière de l’essayer.

Histoire de mes pensées (1936)

Un fou qui dit par hasard le vrai n’a pas la vérité.

Propos d'un Normand

Toutes les passions, comme le nom l’indique, viennent de ce que l’on subit au lieu de gouverner.

Minerve ou De la sagesse

Qui serre toujours serre mal.

Minerve ou De la sagesse

Qui est mécontent des autres est toujours mécontent de soi; nos flèches rebondissent sur nous.

Propos d'un Normand

Penser c’est dire non.

Propos sur la religion (1938)

Penser (peser) est fonction de peseur, non fonction de balance.

Histoire de mes pensées (1936)

On peut défaire n’importe quel bonheur par la mauvaise volonté.

Minerve ou De la sagesse

On doit appeler machine, dans le sens le plus étendu, toute idée sans penseur.

Propos sur la religion (1938)

On dit que les nouvelles générations seront difficiles à gouverner. Je l’espère bien.

Propos sur l'éducation (1932)

Nul ne pense pour soi; cela ne peut aller… L’universel est le lieu des pensées.

Propos de littérature (1934)

Nous respectons la raison, mais nous aimons nos passions.

Propos

Nous n’avons pas toujours assez de force pour supporter les maux d’autrui.

Propos sur le bonheur (1928)

Nous n’aurons jamais trop de ces fiers esprits qui jugent, critiquent et résistent. Ils sont le sel de la cité.

Propos d'un Normand

Ma grande objection à l’argent, c’est que l’argent est bête.

Propos d'économique (1934)

Les nations étant inévitablement plus bêtes que les individus, toute pensée a le devoir de se sentir en révolte.

Correspondance avec Romain Rolland

Les morts ne sont pas morts, c’est assez clair puisque nous vivons.

Propos sur le bonheur (1928)

Les grands hommes sont plus grands que nature dans le souvenir. Ce que nous voyons en eux, c’est à la fois le meilleur d’eux et le meilleur de nous.

Préliminaires à la mythologie (1943)

Les confidences … sont toujours de fausses confidences.

Histoire de mes pensées (1936)

Le vrai poète est celui qui trouve l’idée en forgeant le vers.

Préliminaires à l'esthétique (1940)

Le symbole est au sentiment ce que l’allégorie est à la pensée.

Le style est la poésie dans la prose, je veux dire une manière d’exprimer que la pensée n’explique pas.

Avec Balzac

Le Prolétariat tient pour l’Humanité contre les Pouvoirs.

Mars ou la Guerre jugée (1921)

Le plus difficile au monde est de dire en y pensant ce que tout le monde dit sans y penser.

Histoire de mes pensées (1936)

Le plus bel amour ne va pas loin si on le regarde courir. Mais plutôt il faut le porter à bras comme un enfant chéri.

Esquisses de l'homme

Le petit mot «Je ferai» a perdu des empires. Le futur n’a de sens qu’à la pointe de l’outil. Prendre une résolution n’est rien; c’est l’outil qu’il faut prendre.

Minerve ou De la sagesse

Le pessimisme est d’humeur; l’optimisme est de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste…

Propos sur le bonheur (1928)

Le langage absolu se retrouve en tous les arts, qui, en ce sens, sont comme des énigmes, signifiant impérieusement et beaucoup sans qu’on puisse dire quoi.

Vingt Leçons sur les beaux-arts

Le corps humain est le tombeau des dieux.

Système des beaux-arts (1920)

La vraie méthode pour former la notion de philosophie, c’est de penser qu’il y eut des philosophes.

Eléments de philosophie (1941)

La vie privée est toujours triste, si chacun attend le bonheur comme quelque chose qui lui est dû.

La vie est un travail qu’il faut faire debout.

Propos d'un Normand

La raison est virile devant l’objet, puérile devant le récit.

Système des beaux-arts (1920)

La psychologie de notre temps ne se relèvera point de son erreur principale qui est d’avoir trop cru les fous et les malades.

Système des beaux-arts (1920)

La Prose va sans Dieu.

Préliminaires à l'esthétique (1940)

La pensée ne respecte rien d’elle-même.

Propos de littérature (1934)

La morale consiste à se savoir esprit et, à ce titre, obligé, absolument; car noblesse oblige.

Lettres sur la philosophie de Kant

La loi suprême de l’invention humaine est que l’on invente qu’en travaillant.

Système des beaux-arts (1920)

La loi du juste avenir se trouve dans les consciences solitaires et libres et ne se trouve nulle part ailleurs.

Correspondance avec Romain Rolland

La connaissance craque, aussi bien que l’amour, aux hommes sans courage.

Sentiments, passions et signes (1926)

La bonne opinion que j’ai de mes semblables sans exception est corrigée par cette idée qu’ils sont bien capables de faire les imbéciles, et longtemps, s’ils en font seulement le stupide pari.

Histoire de mes pensées (1936)

L’individu qui pense contre la société qui dort, voilà l’histoire éternelle, et le printemps aura toujours le même hiver à vaincre.

Propos de politique (1934)

L’idée n’est pas au ciel de l’abstraction: mais plutôt elle monte des terres et des travaux.

Propos d'économique (1934)

L’égoïste est triste parce qu’il attend le bonheur.

L’art et la religion ne sont pas deux choses, mais plutôt l’envers et l’endroit d’une même étoffe.

Préliminaires à la mythologie (1943)

L’art d’écrire précède la pensée.

Propos de littérature (1934)

L’âme, c’est ce qui refuse le corps.

Définitions (1954)

Je voyais donc l’imagination à sa naissance, l’imagination qui n’est que naissance, car elle n’est que le premier état de toutes nos idées. C’est pourquoi tous les dieux sont au passé.

Histoire de mes pensées (1936)

Je sus toujours mieux louer que blâmer.

Histoire de mes pensées (1936)

Je ne me suis proposé rien d’autre que de savoir ce que je disais quand je parlais comme tout le monde.

Propos d'un Normand

Je hais sottise encore plus que méchanceté; mais réellement je ne crois ni à l’une ni à l’autre.

Propos de littérature (1934)

Jamais un orateur n’a pensé en parlant; jamais un auditeur n’a pensé en écoutant.

Propos sur l'éducation (1932)

J’aime mieux une pensée fausse qu’une routine vraie.

Propos d'un Normand

L’homme pense son propre chant, et ne pense rien d’autre.

Propos de littérature (1934)

Je plains ceux qui ont l’air intelligent; c’est une promesse qu’on ne peut tenir.

Propos sur l'esthétique (1923)

L’homme n’est heureux que de vouloir et d’inventer.

Propos sur le bonheur (1928)

L’homme juste produit la justice hors de lui parce qu’il porte la justice en lui.

Cent un propos

L’histoire est un grand présent, et pas seulement un passé.

Les Aventures du coeur

L’histoire est composée de ce que les hommes font contre leur propre génie.

Correspondance avec Romain Rolland

Ce qui intéresse n’instruit jamais.

Propos sur l'éducation (1932)

J’en viens à ceci, que les travaux d’écolier sont des épreuves pour le caractère, et non point pour l’intelligence. Que ce soit orthographe, version ou calcul, il s’agit de surmonter l’humeur, il s’agit d’apprendre à vouloir.

Propos sur l'éducation (1932)

Les vices ne sont que des vertus à mi-chemin.

Propos sur l'éducation (1932)

La vertu d’un homme ressemble bien plus à ses propres vices qu’à la vertu du voisin.

Propos sur l'éducation (1932)

… le bonheur de lire est tellement imprévisible qu’un lecteur exercé s’en étonne lui-même.

Propos sur le bonheur (1928)

Il y a de ces visages qui portent affiché comme un blâme universel.

Propos sur le bonheur (1928)

Les nigauds de moralistes disent qu’aimer c’est s’oublier; vue trop simple; plus on sort de soi-même et plus on est soi-même; mieux aussi on se sent vivre.

Propos sur le bonheur (1928)

C’est presque tout que de savoir lire.

Propos sur le bonheur (1928)

Mais le propre des hommes passionnés est de ne pas croire un seul mot de ce que l’on écrit sur les passions.

Propos sur le bonheur (1928)

… dans la conversation ainsi que dans la danse, chacun est le miroir de l’autre.

Propos sur le bonheur (1928)

Il y a l’avenir qui se fait et l’avenir qu’on fait. L’avenir réel se compose des deux.

Propos sur le bonheur (1928)

… il faut s’appliquer à se consoler, au lieu de se jeter au malheur comme au gouffre. Et ceux qui s’y appliqueront de bonne foi seront bien plus vite consolés qu’ils ne pensent.

Propos sur le bonheur (1928)

Exister c’est répondre aux chocs du monde environnant; c’est, plus d’une fois par jour, et plus d’une fois par heure, oublier ce qu’on a juré d’être.

Propos sur le bonheur (1928)

Nous sommes trop faibles et trop inconstants à nos propres yeux; nous sommes trop près de nous; il n’est pas facile de trouver une bonne perspective de soi, qui laisse tout en vraie proportion.

Propos sur le bonheur (1928)

Le doute est le signe de la certitude.

Propos sur l'éducation (1932)

Remarquez qu’il y a bien moins de différence entre un homme courageux dans une rencontre, et le même, poltron en une autre, qu’entre deux héros ou deux poltrons.

Propos sur l'éducation (1932)

A s’informer de tout, on ne sait jamais rien.

Propos sur l'éducation (1932)

Il n’y a de progrès, pour nul écolier au monde, ni en ce qu’il entend, ni en ce qu’il voit, mais seulement en ce qu’il fait.

Propos sur l'éducation (1932), VI

Le travail a des exigences étonnantes, et que l’on ne comprend jamais assez. Il ne souffre point que l’esprit considère des fins lointaines; il veut toute l’attention. Le faucheur ne regarde pas au bout du champ.

Propos sur l'éducation (1932)

Toute l’enfance se passe à oublier l’enfant qu’on était la veille.

Propos sur l'éducation (1932)

Les vrais problèmes sont d’abord amers à goûter; le plaisir viendra à ceux qui auront vaincu l’amertume.

Propos sur l'éducation (1932)

Tout homme et toute femme devraient penser continuellement à ceci que le bonheur, j’entends celui que l’on conquiert pour soi, est l’offrande la plus belle et la plus généreuse.

Propos sur le bonheur (1928)

Quelle chose merveilleuse serait la société des hommes, si chacun mettait du bois au feu, au lieu de pleurnicher sur des cendres!

Propos sur le bonheur (1928)

C’est peu de prendre les êtres comme ils sont, et il faut toujours en venir là; mais les vouloir comme ils sont, voilà l’amour vrai.

Propos sur le bonheur (1928)

Il est bon d’avoir un peu de mal à vivre et de ne pas suivre une route tout unie.

Propos sur le bonheur (1928)

L’oisiveté est mère de tous les vices, mais de toutes les vertus aussi.

Propos sur le bonheur (1928)

… tout bonheur est poésie essentiellement, et poésie veut dire action; l’on n’aime guère un bonheur qui vous tombe; on veut l’avoir fait. … Imaginez-vous un collectionneur qui n’aurait pas fait sa collection?

Propos sur le bonheur (1928)

Le mépris des richesses et des honneurs est facile en somme; ce qui est proprement difficile, c’est, une fois qu’on les méprise bien, de ne pas trop s’ennuyer.

Propos sur le bonheur (1928)

L’amour n’est pas naturel; et le désir lui-même ne l’est pas longtemps. Mais les sentiments vrais sont des oeuvres.

Propos sur le bonheur (1928)

Une femme qui a du monde et qui interrompt sa colère pour recevoir une visite imprévue, cela ne me fait point dire: «Quelle hypocrisie!» mais: «Quel remède parfait contre la colère!»

Propos sur le bonheur (1928)

Il y a deux espèces d’hommes, ceux qui s’habituent au bruit et ceux qui essaient de faire taire les autres.

Propos sur le bonheur (1928)

Espérer ce n’est pas vouloir.

Propos sur le bonheur (1928)

«Comme je voudrais aimer la musique», dit le sot; mais il faut faire la musique; elle n’est point.

Propos sur le bonheur (1928)

J’ai remarqué que tout ce qui arrive d’important à n’importe qui était imprévu et imprévisible.

Propos sur le bonheur (1928)

… on ne donne aux gens que l’espoir que l’on a.

Propos sur le bonheur (1928)

… l’homme le plus intelligent est souvent celui qui se dupe le mieux lui-même, parce que ses déclamations ont une suite et un air de raison.

Propos sur le bonheur (1928)

Il n’est pas difficile d’être malheureux; ce qui est difficile c’est d’être heureux; ce n’est pas une raison pour ne pas essayer; au contraire; le proverbe dit que toutes les belles choses sont difficiles.

Propos sur le bonheur (1928)

Nous nous donnons bien du mal pour fabriquer nos regrets et nos craintes.

Propos sur le bonheur (1928)

Pour mon goût, voyager c’est faire à la fois un mètre ou deux, s’arrêter et regarder de nouveau un nouvel aspect des mêmes choses.

Propos sur le bonheur (1928)

Le vrai savoir ne revient jamais à quelque petite chose tout près des yeux; car savoir c’est comprendre comment la moindre chose est liée au tout.

Propos sur le bonheur (1928)

… la foi est la première vertu, et l’espérance n’est que la seconde; car il faut commencer sans aucune espérance, et l’espérance vient de l’accroissement et progrès. Les projets réels ne poussent que sur l’oeuvre.

Propos sur le bonheur (1928)

Plus on sait, et plus on est capable d’apprendre.

Propos sur le bonheur (1928)

L’homme qui ne fait rien n’aime rien.

Propos sur le bonheur (1928)

Le bonheur suppose sans doute toujours quelque inquiétude, quelque passion, une pointe de douleur qui nous éveille à nous-même.

Propos sur le bonheur (1928)

Un homme vieux, ce n’est pas un homme jeune qui souffre de vieillesse; un homme qui meurt ce n’est pas un vivant qui meurt.

Propos sur le bonheur (1928)

Je vois que la crainte nous conduit à combattre la maladie par le régime et les remèdes; mais quel régime et quels remèdes nous guériront de craindre?

Propos sur le bonheur (1928)

C’est un grand art quelquefois de vouloir ce que l’on est assuré de désirer.

Propos sur le bonheur (1928)

Et il y a plus de volonté qu’on ne croit dans le bonheur.

Propos sur le bonheur (1928)

… l’effort qu’on fait pour être heureux n’est jamais perdu.

Propos sur le bonheur (1928)

Quand un homme a peur la colère n’est pas loin; l’irritation suit l’excitation.

Propos sur le bonheur (1928)

Et je crois que le commencement de la folie est une manière irritée de prendre tout, même les choses indifférentes.

Propos sur le bonheur (1928)

Les hypocrites ne sont pas des menteurs délibérés … . C’est qu’ils croient que penser n’est que penser.

Propos de littérature (1934)

Il vaut mieux ne pas penser que penser hors de soi.

Propos de littérature (1934)

Et que faisons-nous d’autre, sinon d’aller toujours de trop penser à trop peu penser?

Propos de littérature (1934)

«Las, que n’ai-je estudié?» C’est l’excuse du paresseux. Etudie donc. Je ne crois pas qu’avoir étudié soit une si grand chose, si l’on n’étudie plus.

Propos sur le bonheur (1928)

Faire de nécessité vertu est le beau et grand travail.

Propos sur le bonheur (1928)

… on peut affirmer que certaines maladies ont disparu ou presque par l’incrédulité des médecins.

Propos sur le bonheur (1928)

Ainsi, chacun promène son humeur pensée, disant: «Je suis ainsi.» C’est toujours dire plus qu’on ne sait.

Propos sur le bonheur (1928)

Ce n’est point parce que j’ai réussi que je suis content; mais c’est parce que j’étais content que j’ai réussi.

Propos sur le bonheur (1928)

Chose remarquable et trop peu remarquée, ce n’est point la pensée qui nous délivre des passions, mais c’est plutôt l’action qui nous délivre.

Propos sur le bonheur (1928)

Le plus vulgaire des hommes est un grand artiste dès qu’il mime ses malheurs.

Propos sur le bonheur (1928)

Sentir, c’est réfléchir, c’est se souvenir.

Propos sur le bonheur (1928)

Celui qui s’ennuie a une manière de s’asseoir, de se lever, de parler, qui est propre à entretenir l’ennui.

Propos sur le bonheur (1928)

… il est sage de ne pas d’abord accuser les êtres et choses autour de nous, et de prendre garde premièrement à nous-même.

Propos sur le bonheur (1928)

Le peintre est donc tenu par l’apparence; et c’est son affaire d’enfermer tout le vrai qu’il pourra dans une seule apparence.

Propos de littérature (1934)

Lorsque l’énoncé d’un problème est exactement connu, le problème est résolu; ou bien c’est qu’il est impossible. La solution n’est donc autre chose que le problème bien éclairé.

Propos de littérature (1934)

Les passions sont ainsi faites, peut-être, qu’elles périssent dès qu’elles n’ont plus à attendre.

Propos de littérature (1934)

Autant que je sais, nul n’est bon juge, ni pour les romans, ni pour la peinture, ni pour aucun genre d’oeuvres. Mais, pris ensemble, les hommes sont de bons juges.

Propos de littérature (1934)

Ce n’est pas un petit travail d’accorder sagesse et musique.

Propos de littérature (1934)

Le tyran n’aime pas qu’on raisonne; et c’est qu’il craint en lui-même un raisonneur, qui se tournerait contre lui.

Propos de littérature (1934)

Nul ne pense par soi seul. Penser librement, c’est chercher l’accord, et l’accord par liberté.

Propos de littérature (1934)

Il arrive que, de se croire aimé, on vienne à aimer moins.

Propos de littérature (1934)

Qu’est-ce qu’un poème, sinon l’insoutenable soutenu ?

Propos de littérature (1934)

Ceux qui sont en passions, c’est-à-dire en difficulté avec eux-mêmes …

Propos de littérature (1934)

Je me défie de la prose qui dit des choses vraies. Il n’est pas difficile de dire des vérités; il s’ouvre un désert de vérités.

Propos de littérature (1934)

Séparer la vérité de l’erreur, c’est l’affaire de ceux qui pensent en société.

Propos de littérature (1934)

Se souvenir, c’est nier la présence.

Propos de littérature (1934)

La religion conduit à l’irréductible irréligion.

Propos de littérature (1934)

Gardez-vous des gens d’esprit; ils feront tenir en trois lignes l’avenir de vos pensées.

Propos de littérature (1934)

L’action d’écrire me paraît la plus favorable de toutes pour régler nos folles pensées et leur donner consistance.

Propos de littérature (1934)

Nos vertus ressemblent de bien plus près à nos vices qu’elles ne ressemblent aux vertus d’un autre, et comment nos vérités s’établissent si bien dans le nid de nos erreurs.

Propos de littérature (1934)

Tous les vices ressemblent à la guerre, toujours menaçante, toujours évitable.

Propos de littérature (1934)

L’historien n’est pas romancier du tout; l’historien n’a point de jeunesse; à chaque moment il nous dit tout ce qu’il sait.

Propos de littérature (1934)

Tout l’art du roman vise sans doute à nous tirer d’impatience et à nous composer un plaisir d’attendre qui ne s’use point. Par cette précaution, un vrai roman est toujours trop court.

Propos de littérature (1934)

Le paradoxe humain c’est que tout est dit et que rien n’est compris.

Propos de littérature (1934)

Qui n’imite point n’invente point.

Propos de littérature (1934)

Nous cédons tous à cette manie de deviner ce qui est, au lieu de constater.

Propos de littérature (1934)

Le besoin d’écrire est une curiosité de savoir ce qu’on trouvera.

Propos de littérature (1934)

Ce n’est pas communiquer que communiquer seulement ce qui est clair.

Propos de littérature (1934)

Selon mon opinion, une pensée juste est comme un bon dessin. Elle naît d’une profonde paix, et d’un travail tranquille à côté d’elle, comme lire, copier, calculer.

Propos de littérature (1934)

Donner légèrement un fort coup de marteau, c’est déjà un secret assez caché.

Propos de littérature (1934)

Comme la religion va de la statue à la théologie, ainsi la pensée va de poésie à prose.

Propos de littérature (1934)

On peut chanter très bien et ne rien dire; on peut très bien dire et ne pas chanter.

Propos de littérature (1934)

Il n’y a rien au monde que nous sentions aussi précisément et délicatement que le courage et son contraire; et peut-être, en toutes les nuances du sentiment, ne sentons-nous jamais que cela.

Propos de littérature (1934)

Quand Balzac est ennuyeux, c’est alors qu’il est inimitable.

Propos de littérature (1934)

Un charme est ce qui subjugue, plutôt que ce qui plaît.

Propos de littérature (1934)

Ce qui est remarquable dans le beau, c’est qu’il a importance par lui-même; et cela nous jette hors de nos mesures.

Propos de littérature (1934)

Il faut qu’une vérité soit révélée; non pas une vérité neuve, mais au contraire vieille comme les rues, et cent fois prouvée.

Propos de littérature (1934)

Réfuter est sans style.

Propos de littérature (1934)

On demande pourquoi la facilité ne plaît pas; c’est qu’elle persuade trop; et, surtout, c’est qu’elle ne persuade que la partie souple. Il est trop ordinaire que le comprendre ne change rien à l’homme, et n’y remue rien.

Propos de littérature (1934)

Mais, si l’architecture doit aux cérémonies l’amphithéâtre, qui est la pyramide renversée, ou presque, c’est au tombeau, signe ancien et naturel entre tous, qu’elle doit la pyramide …

Les idées et les âges (1927)

La mort est une maladie de l’imagination.

Propos

La société est une merveilleuse machine qui permet aux bonnes gens d’être cruelles sans le savoir.

Propos

Le bonheur n’est pas le fruit de la paix, le bonheur, c’est la paix même.

Propos sur le bonheur (1928)

Affection: Tout ce qui, dans nos pensées, dans nos projets, dans nos résolutions est marqué d’un degré quelconque d’amour ou de haine, de joie ou de tristesse.

Les Arts et les Dieux (1958), Définitions

Tel est l’art de l’aède, qui est comme la mémoire des guerriers. L’orateur et le poète sont soumis à cette condition de se conformer à une sorte de modèle de leur parole; sans quoi on entend mal se qu’ils disent.

Propos, 1923

Ce léger brouillard des jeunes feuilles, ils admiraient de le découvrir un beau matin …

Propos, 1929

L’ordre abstrait ne saisit rien et ne range rien que ses propres symboles. C’est ainsi que l’administration conduit ses folies raisonnables.

Propos, 1933

Celui qui ne lit que ce qui lui plaît, je le vois bien seul. Toujours en compagnie de ses chétives idées personnelles, comme on dit, mais il ne sortira jamais de l’enfance.

Les idées et les âges (1927)

L’action théâtrale … doit être annoncée et en quelque sorte étalée pour les spectateurs; et cela n’a point lieu pour les événements réels, que nul, peut-on dire, ne voit jamais.

Propos, 24 novembre 1923, La tragédie

L’action dévore la pensée.

Propos, 25 mars 1922

Accord: C’est une entente et une paix de nature, qui ne doit rien à la volonté.

Les Arts et les Dieux (1958)

Le spectacle des montagnes donne quelque idée du fait accompli.

Propos, 1926

Car toute cruche, comme dit le sage, a deux anses, et de même tout événement a deux aspects, toujours accablant si l’on veut, toujours réconfortant et consolant si l’on veut …

Propos sur le bonheur (1928)

Bah! me dit l’autre, qui est un fantassin lettré … la place d’un vrai poète est-elle à l’Académie? L’Académie n’est-elle pas une association pour le semblant et pour le faire croire? Si l’esprit entre là, c’est comme s’il mourrait.

Propos, 7 mars 1931

Quelquefois on a réuni trois généraux pour en juger un; le résultat était toujours l’absolution majeure.

Propos, 3 février 1934

Si les pédagogues ne sont pas détournés vers d’autres proies, il arrivera que les instituteurs sauront beaucoup de choses, et que les écoliers ne sauront plus rien du tout.

Propos sur l'éducation (1932)

Toutes les personnes sont respectables, mais aucune croyance n’est respectable.

Dans La Dépêche de Lorient, 14 juin 1900.

Le doute est le sel de l’esprit, sans la pointe de doute, toutes les connaissances sont bientot pourries.

Si le maître se tait, et si les enfants lisent, tout va bien.

Propos sur l'éducation (1932), XXV

Le défaut de ce qui est intéressant par soi, c’est qu’on n’a pas de peine à s’y intéresser, c’est qu’on n’apprend pas à s’y intéresser par volonté.

Propos sur l'éducation (1932), II

La grande affaire est de donner à l’enfant une haute idée de sa puissance, et de la soutenir par des victoires; mais il n’est pas moins important que ces victoires soient pénibles, et remportées sans aucun secours étranger.

L’effet de l’ivresse est d’abolir les scrupules du sentiment.

Les Aventures du coeur

Si tu veux concevoir la paix, pose d’abord les armes.

Propos sur la religion (1938), Le signe de croix, 31 janvier 1914

Plus l’existence est difficile, mieux on supporte les peines et mieux on jouit des plaisirs.

Propos sur le bonheur (1928)

Faire plaisir, n’est-ce pas être menteur, flatteur, courtisan?

Propos sur le bonheur (1928)

Certes Dieu n’a pas besoin de l’existence; c’est bien plutôt l’existence qui a besoin de Dieu.

Portrait de famille

L’adolescent est l’être qui blâme, qui s’indigne, qui méprise.

Hegel

La bonne humeur a quelque chose de généreux: elle donne plutôt qu’elle ne reçoit.

Propos

Un fou, c’est un homme qui croit tout ce qui lui vient à l’esprit.

Propos

Les temps sont courts à celui qui pense, et interminables à celui qui désire.

Histoire de mes pensées (1936)

On prouve tout ce qu’on veut, la vraie difficulté est de savoir ce que l’on veut prouver.

L’homme s’ennuie du plaisir reçu et préfère de bien loin le plaisir conquis.

Propos sur le bonheur (1928)

Le sourire est la perfection du rire.

Hâte toi de bien vivre et songe que chaque jour est une vie.

Toute idée claire que nous formons diminue notre esclavage et augmente notre liberté.

L’argent va à ceux qui l’honorent.

Propos sur le bonheur (1928)

Depuis que l’avion s’est envolé sans la permission des théoriciens, les techniciens se moquent des théoriciens.

C’est un devoir aussi envers les autres que d’être heureux.

Un travail réglé et des victoires après des victoires, voilà sans doute la formule du bonheur.

Autrefois le rite voulait qu’on ne plantât aucune borne sans la présence d’un jeune enfant à qui on appliquait soudain un grand soufflet; c’était s’assurer d’un bon témoin; c’était fixer un souvenir.

Les Arts et les Dieux (1958)

Une bonne règle est de ne pas faire faire par d’autres ce qu’on aurait honte de faire soi-même.

Définitions (1954)

La vraie difficulté est de savoir ce qu’on veut prouver.

Oeuvres complètes

Le conteur, qui veut faire paraître des choses absentes, y réussit bien mieux par le frisson de la peur que par une suite raisonnable de causes et d’effets.

Les idées et les âges (1927)

Une idée est fausse dès l’instant où on s’en contente.

Ne vouloir faire société qu’avec ceux qu’on approuve en tout, c’est chimérique, et c’est le fanatisme même.

Propos

Il n’est pas difficile d’être malheureux ou mécontent; il suffit de s’asseoir, comme fait un prince qui attend qu’on l’amuse … Refais chaque jour le serment d’être heureux.

Propos sur le bonheur (1928)

Refuser en donnant des raisons, ce n’est point refuser.

Il n’y a point d’homme qui apprenne plus promptement que le peintre à se défier de ses pensées.

Il y a des pédagogues qui rendraient les enfants paresseux pour toute la vie, simplement parce qu’ils veulent que tout le temps soit occupé.

Propos sur le bonheur (1928)

Le plus grand plaisir humain est sans doute dans un travail difficile et libre fait en coopération, comme les jeux le font assez voir.

Propos sur le bonheur (1928)

Tous les arts sont comme des miroirs où l’homme connaît et reconnaît quelquechose delui-même qu’il ignorait.

Vingt Leçons sur les beaux-arts

Chacun sait qu’une certaine espèce de fous font ce qu’on leur suggère, et qu’ils veulent aussi ce qu’ils font, ce qui fait qu’ils croient faire ce qu’ils veulent. Prouvez que nous ne sommes pas tous ainsi.

81 chapitres sur l'esprit et les passions

Les proverbes ne sont point d’entendement, mais de raison. Ils ne concernent jamais la nature des choses, mais ils visent à régler la nature humaine, et vont toujours à contre-pente, contre les glissements qui nous sont naturels.

Propos I, 20 juin 1933

J’ai souvent envie de demander aux femmes par quoi elles remplacent l’intelligence.

Au professeur Mondor.

Quand on voit les choses en courant, elles se ressemblent beaucoup. La vraie richesse des spectacles est dans le détail.

Propos sur le bonheur (1928)

La haine est triste. La joie tuera les passions et la haine. … La tristesse n’est jamais ni noble, ni belle, ni utile.

Propos sur le bonheur (1928)

Le philosophe est le marchand de sommeil des mots.

La fonction de penser ne se délègue pas.

Histoire de mes pensées (1936)

Je donnerais comme règle d’hygiène: «N’aie jamais deux fois la même pensée.»

Propos sur le bonheur (1928), Hygiène de l'esprit

Méditez sur ce mot d’un avocat: «Les intérêts transigent toujours; les passions ne transigent jamais.»

Mars ou la Guerre jugée (1921)

Je lisais hier un article sur une espèce de fous à opinions, qui, à force de voir les choses toujours sous le même angle, finissent par se croire persécutés, et sont bientôt dangereux et bons à enfermer.

Propos, II

Le mariage, depuis le moment ou il est conclu et scellé, est une chose à faire, non une chose faite.

L’intelligence, c’est ce qui dans un homme reste toujours jeune.

L’union fait la force. Oui, mais la force de qui?

Propos I, 10 décembre 1925

Le signe «oui» est d’un homme qui s’endort; au contraire, le réveil secoue la tête et dit non.

Tout pouvoir est méchant dès qu’on le laisse faire; tout pouvoir est sage dès qu’il se sent jugé.

Propos I, 25 janvier 1930

Ce n’est pas peu de chose que de méditer sur un livre; cela dépasse de bien loin la conversation la plus étudiée, où l’objet change aussitôt par la réflexion. Le livre ne change point, et ramène toujours. Il faut que la pensée creuse là.

Les idées et les âges (1927)

Une amitié qui ne peut pas résister aux actes condamnables de l’ami n’est pas une amitié.

Ce qui est nuisible, dans les classements scolaires, c’est la mauvaise place, non la bonne. La mauvaise place qualifie et pèse le médiocre, et le scelle sur lui-même.

Propos sur l'éducation (1932)

Savoir, et ne point faire usage de ce qu’on sait, c’est pire qu’ignorer.

Propos sur l'éducation (1932)

L’algèbre ressemble à un tunnel; vous passez sous la montagne, sans vous occuper des villages et des chemins tournants; vous êtes de l’autre côté, et vous n’avez rien vu.

Propos sur l'éducation (1932)

Le doute n’est pas au-dessous du savoir, mais au-dessus.

Propos sur l'éducation (1932)

Il n’est pas bon que le pouvoir d’observer se développe plus vite que l’art d’interpréter.

Propos sur l'éducation (1932)

La gloire, en politique, est le salaire de l’injustice.

Propos II, 7 avril 1913

Les grandes pensées ont quelque chose d’enfantin, qui fait que les beaux esprits passeront toujours à côté sans les voir.

Propos I, 20 mai 1922

Les métiers sans ennuis sont les métiers qu’on ne fait pas.

Propos I, 15 octobre 1935

Chacun se redresse aux maximes et aux proverbes; chacun en sent le prix. Penser sur des maximes c’est se reconnaître et reprendre le gouvernement de soi.

Les idées et les âges (1927)

Le maître ne nous apprend rien d’autre que ceci, qu’il faut que chacun soit son propre maître, ce qui fait tous les hommes égaux.

Propos I, 24 juin 1933

L’esprit ne doit jamais obéissance. Une preuve de géométrie suffit à le montrer; car si vous la croyez sur parole, vous êtes un sot; vous trahissez l’esprit.

Propos I, 12 juillet 1930

La loterie plaît, parce qu’elle tire l’inégalité de l’égalité; l’assurance déplait parce qu’elle fait justement le contraire.

Propos I, 16 juillet 1912

Le principe du vrai courage, c’est le doute. L’idée de secouer une pensée à laquelle on se fiait est une idée brave. Tout inventeur a mis en doute ce dont personne ne doutait. C’était l’impiété essentielle.

Propos I, 12 octobre 1935

Qu’il est difficile d’être courageux sans se faire méchant!

Propos II, 4 mai 1913

Les maximes générales sont surtout bonnes contre les peines et les erreurs du voisin. Mais contre une fureur d’amour trompé ou d’ambition, ou d’envie, que pourrait une maxime? Autant vaudrait, contre la fièvre, lire l’ordonnance du médecin.

Propos I, 19 décembre 1910

Dès qu’un enfant comprend quelque chose, il se produit en lui un mouvement admirable. S’il est délivré de la crainte et du respect, vous le voyez se lever, dessiner l’idée à grands gestes, et soudain rire de tout son coeur, comme au plus beau des jeux.

Propos sur l'éducation (1932)

Ce n’est pas grand-chose d’avoir des idées, le tout est de les appliquer, c’est-à-dire de penser par elles les dernières différences.

Propos sur l'éducation (1932)

L’erreur est facile à tous; plus facile peut-être à celui qui croit savoir beaucoup.

Propos sur l'éducation (1932)

Nous ne nous instruisons que par des fautes inexcusables.

Propos sur l'éducation (1932)

Cet ennui du paresseux, qui attend toujours que le plaisir lui vienne comme par magie.

Propos sur l'éducation (1932)

On n’observe jamais qu’à travers les idées qu’on a, ou, autrement dit, que les moyens d’expression règnent tyranniquement sur les opinions.

Propos sur l'éducation (1932)

L’orthographe est de respect; c’est une sorte de politesse.

Propos sur l'éducation (1932)

Etre cultivé c’est, en chaque ordre, remonter à la source et boire dans le creux de sa main, non point dans une coupe empruntée.

Propos sur l'éducation (1932)

Dès que nous tenons une opinion, elle nous tient.

Propos sur l'éducation (1932)

Il arrive que les maîtres, surtout jeunes, se plaisent à discourir; et les élèves ne se plaisent pas moins à écouter; c’est la ruse de la paresse. Mais nul ne s’instruit en écoutant; c’est en lisant qu’on s’instruit.

Propos sur l'éducation (1932)

Le métier de surveiller rend stupide et ignorant; cela est sans exception.

Propos sur l'éducation (1932)

Le maître écoute et surveille bien plus qu’il ne parle. Ce sont les grands livres qui parlent, et quoi de mieux?

Propos sur l'éducation (1932)

Dès que l’on s’instruit en vue d’enseigner, on s’instruit mal.

Propos sur l'éducation (1932)

Et il faut remarquer qu’une grandeur redoutable de l’homme est en ceci qu’il peut se résigner, et même trouver une sorte de consolation à prédire son propre malheur.

Propos sur l'éducation (1932)

Le souvenir commence avec la cicatrice.

Propos sur l'éducation (1932)

Ces théorèmes sévères ne sont pas intéressants par eux-mêmes; c’est que par eux-mêmes ils ne sont pas; il faut les faire et les soutenir. Mais cette lumière, alors, qu’ils montrent, est plus belle que l’aurore; c’est l’aurore de l’esprit.

Propos sur l'éducation (1932)

Chacun sait, au moins par ouï-dire, qu’il y a des perceptions trompeuses, et des illusions que l’on explique par la fabrique du corps humain.

Propos, 20 août 1921

C’est un sentiment de dignité, un refus de s’abaisser et de craindre, mais non sans un vif mouvement de colère qui fait qu’on dépasse le but.

Définitions (1954), Orgueil

En tout c’est l’opportunisme qui est vil, et le pire de tout est d’adorer l’opportunisme, et d’en faire une doctrine.

Propos, 1er avril 1914, La vraie République

La sorcière peut bien enchaîner le prince Charmant sans aucun lien visible, et même le changer en Oiseau Bleu; elle ne peut faire qu’il n’aime pas celle qu’il a choisie; en Oiseau Bleu encore il vient chanter à la fenêtre de la bien-aimée.

Propos, 10 septembre 1921, Les contes

Le langage est un être sociologique; il est même le lien des sociétés véritables, qui ne tiennent que par les monuments du passé.

Histoire de mes pensées (1936), Retour

La justice est la puissance établie de la partie raisonnable sur la partie rapace, avide, cupide, voleuse, ce qui conduit à résoudre ces problèmes du tien et du mien comme un arbitre ou par l’arbitre.

Les Arts et les Dieux (1958), Définitions

Chacun sait bien que le juste n’attend pas que les autres soient justes. Nous ne sommes chargés que de notre part de justice.

Propos, 6 août 1927

Il est à supposer que les jurons, qui sont des exclamations entièrement dépourvues de sens, ont été inventés comme instinctivement pour donner issue à la colère, sans rien dire de blessant ni d’irréparable.

Propos, 17 novembre 1913, Injures

Quand un homme jure après ses bottes, ou après son bouton de col, ce discours ne vaut pas qu’on l’écoute.

Propos, 6 novembre 1913

Il n’y a qu’une chose qu’on veuille avoir réellement, et non pas seulement en apparence, c’est un bon jugement; seulement chacun croit qu’il a le jugement bon.

Propos

Ce qui fait le jésuite, c’est qu’ayant pesé les moyens extérieurs de persuader, éducation, imitation, opinion unanime, il les juge suffisants, par un profond mépris de la sagesse individuelle, qui examine sans fin et ne fait rien.

Propos, 20 juillet 1927

Quand un jardinier veut faire un jardin, il commence par arracher les herbes folles, les prunelliers sauvages, les ronces recourbées; il met les oiseaux en fuite; il défonce la terre; il poursuit les racines, il les extirpe, il les jette au feu.

Propos, 28 février 1908

C’est la puissance oblique qui nous récompense de nos lâchetés. Le diable, c’est que la vertu est régulièrement punie. Ainsi va le monde des forces, et l’ironie est le langage du diable.

Les Arts et les Dieux (1958), Définitions

Un petit garçon demandait: «Pourquoi le couteau coupe-t-il la table, et pourquoi mon doigt ne coupe-t-il pas la table?» On peut hausser les épaules, et dire qu’il y a une manie d’interroger, chez les enfants.

Propos, 16 avril 1911, Pourquoi le couteau coupe-t-il?

L’homme isolé est un homme vaincu; pour avoir voulu être tout à fait libre, il est tout à fait esclave.

Propos

L’infatuation d’un homme instruit, loué, célébré partout, est une des sources de la sottise sans mesure.

Propos, 9 septembre 1921

J’ai remarqué que tout ce qui arrive d’important à n’importe qui était imprévu et imprévisible. Lorsqu’on s’est guéri de la curiosité, il reste sans doute à se guérir aussi de la prudence.

Propos, 14 avril 1908

Si j’avais, par aventure, à écrire un traité de morale, je mettrais la bonne humeur au premier rang des devoirs.

Propos, 1909

Le poème est un miracle, le seul miracle humain. La poésie, c’est le son qui donne le sens; c’est le son avant le sens.

Propos de littérature (1934)

Espérer, c’est être heureux.

Propos sur le bonheur (1928)

Espionnage: C’est l’abus de confiance mis au service de la patrie.

Définitions (1954)

L’histoire de l’art est ainsi une esquisse de l’histoire de la religion. Mais ce n’est pas la religion même qui écrit cette double histoire.

Les Passions et la Sagesse (1960), Hegel

Le comique défait les passions et même les sentiments; la frivolité les guette à leur naissance et les dissout dans son tourbillon.

Les Aventures du coeur

L’épine du rosier ne griffe point, mais c’est l’imprudent qui se griffe par une manière violente de fuir.

Propos, 15 août 1926, Douleurs et malheurs

Toujours donc revenir aux grands textes, n’en point vouloir d’extraits; les extraits ne peuvent servir qu’a nous renvoyer à l’oeuvre.

Propos, 18 mai 1921

Ce mouvement des mains, si naturel, qui explore les reliefs, fut l’école du naïf sculpteur.

Système des beaux-arts (1920)

Quand un homme a peur, la colère n’est pas loin; l’irritation suit l’excitation.

Propos sur le bonheur (1928)

Nous choisissons quelques génies et un certain nombre de talents supérieurs; nous les décrassons, nous les estampillons, nous les marions confortablement, et nous faisons d’eux une aristocratie d’esprit.

Propos, 1er juillet 1910

La maladresse est la loi de tout essai, dans n’importe quel genre.

Propos sur le bonheur (1928)

Le mot de passion nous avertit fortement ici, car il désigne un esclavage et un malheur.

Les Aventures du coeur

Cet énorme événement, la guerre, est fait de milliers d’acceptations.

Propos

J’ai trop peu d’ouvriers. Comment atteindront-ils les hautes branches? Il faudrait des émondeurs. Je n’en connais que deux dans le pays.

Propos, 5 mai 1909

Ici le graveur voudrait peindre; il ne le peut point. Rien ne peut effacer la ligne; et l’embrouillement des lignes n’offre qu’incertitude et dénonce l’insuffisance de l’idée.

Propos, 13 mars 1924

Il est beau de voir Descartes voyageur cherchant sa patrie d’élection.

Propos, 1er août 1927

On pourrait bien dire, si l’on voulait, que chacune de ces graines avait sa destinée, qui était de germer, de pousser, de devenir arbre à son tour, et que cela n’arrive peut-être pas à une, pour un million de graines qui pourrissent.

Propos, 1er avril 1908, Aimer ce qui existe

Partout où est logé quelque grand amour il faut attendre quelque grande colère, car l’amour nie le droit et compte comme néant ce qu’il reçoit en regard de ce qu’on lui refuse.

Esquisses de l'homme (1927)

L’amour est sans patience. Peut être il espère trop, peut être la moindre négligence lui apparaît elle comme une sorte d’insulte.

Propos sur l'éducation (1932)

Le droit qu’aurait chacun à toutes les parties des fortunes n’est contesté que parce qu’il n’est pas formidable.

De la guerre

Devant le feu follet, l’un dit âme des morts, et l’autre dit hydrogène sulfuré.

Les idées et les âges (1927)

Foi: Volonté de croire, sans preuve et contre les preuves, que l’homme peut faire son destn, et que la morale n’est donc pas un vain mot.

Les Arts et les Dieux (1958), Définitions

Je rêve que j’entends crier au feu; je me réveille et j’entends que l’on crie au feu.

Les Songes

Et le fétichisme qui adore tout objet utile ou nuisible comme un dieu, d’après les relations sociales les plus simples, est la forme la plus naïve de la prévision et de l’action réglée, fondée sur l’observation et le souvenir.

Les Passions et la Sagesse, Abrégés pour les aveugles

Le fanatisme n’est sans doute pas autre chose que le sentiment d’une fatalité effrayante qui se réalise par l’homme.

Mars ou la Guerre jugée (1921)

De l’homme le plus sage faites un tyran; aussitôt il extravague.

Propos, 1925

La pensée est une espèce de jeu qui n’est pas toujours très sain.

Propos sur le bonheur (1928)

Douter, c’est examiner, c’est démonter et remonter les idées comme des rouages, sans prévention et sans précipitation.

Propos

«Qu’ils me haïssent, pourvu qu’ils me craignent!» c’est bien un mot d’ambitieux

Les Aventures du coeur

Le courage nourrit les guerres, mais c’est la peur qui les fait naître.

Propos

Les corpuscules, quels qu’ils soient, qui passent des aliments dans nos muscles et dans nos nerfs, sont certainement séparés et recomposés, formant des édifices fort complexes, et différents selon les organes.

Les Passions et la Sagesse, Descartes

La colère peut être prise comme une ivresse, en ce sens qu’on se plaît à s’y jeter par un semblant, en comptant bien qu’elle dépassera ce semblant.

Les Aventures du coeur

Il faut voir clair dans cette boîte à surprises qu’est le coeur humain. Et la première chose à voir, c’est que le coeur humain est un coeur, c’est-à-dire un muscle irritable. Matérialisme.

Propos, 23 septembre 1933

Les femmes, j’entends celles qui sont occupées à chiffonner et à pouponner, ne comprendront sans doute jamais bien pourquoi les hommes vont au café et jouent aux cartes.

Propos, 29 janvier 1909

Rien n’est plus attristant que de voir des gens mécontents d’eux et de tout, qui se chatouillent les uns les autres pour se faire rire.

Propos, 27 décembre 1907

La société a à sa charge tous ceux qui ne peuvent pas travailler; cela est de consentement universel; personne ne propose de laisser à la rue un vieillard, un malade, un enfant.

Propos, 20 février 1906

L’égalité est un état de droit, qui exclut la comparaison des forces lorsqu’il sagit de juger d’un vol, d’un abus de pouvoir, d’une injure, et des choses semblables qui sont toujours les effets d’une inégalité de forces.

Définitions (1954), Egalité

L’écriture, de même que le dessin, fait connaître à la fois le modèle et l’homme. Seulement, parce que le modèle d’écriture est commun à tous, ici c’est la nature de l’écrivant qui saute aux yeux en quelque sorte.

Propos, 20 octobre 1923

Le duelliste habile n’a point peur parce qu’il voit clairement ce qu’il fait et ce que fait l’autre; mais s’il se livre au destin, le regard noir qui le guette le perce avant l’épée; et cette peur est pire que le mal.

Propos, Epictète, 10 décembre 1910

Douter, c’est examiner, c’est démonter et remonter les idées comme des rouages, sans prévention et sans précipitation …

Propos

Avant de dormir soi-même, il faut faire dormir ses pensées. Mais cela ne va pas bien, car vouloir endormir une pensée, c’est penser; et penser c’est s’éveiller.

Propos, 19 octobre 1927, Faire dormir ses pensées

Si on veut l’esprit libre, il faut lui permettre de se tromper. Un dogme est bête, même vrai.

Propos, 25 octobre 1933

L’induction, l’analogie, le syllogisme hypothétique et disjonctif, marquent les degrés du raisonnement selon l’essence.

Hegel

Il n’est pas difficile d’être malheureux! ce qui est difficile c’est d’être heureux; ce n’est pas une raison pour ne pas essayer; au contraire; le proverbe dit que toutes les belles choses sont difficiles.

Propos sur le bonheur (1928)

Diable: C’est la puissance oblique qui nous récompense de nos lâchetés. Le diable, c’est que la vertu est régulièrement punie. Ainsi va le monde des forces, et l’ironie est le langage du diable.

Les Arts et les Dieux (1958), Définitions

Le signe oui est d’un homme qui s’endort, au contraire, le réveil secoue la tête et dit non.

Propos sur le bonheur (1928)

Tout cela est calculable, mesurable par des raisonnement rigoureux et par des mesures précises.

Propos, novembre 1928

Je définis le bourgeois comme un homme qui profite des résultats sans penser au travail.

Les Arts et les Dieux (1958)

«Peut-on être bête à ce point?» Voilà ce que le plus simple des hommes pense de lui-même trois fois par jour. Cette morale tout à fait commune signifie donc que l’on se trompe sur soi-même pour commencer.

Propos, 2 septembre 1933

Il n’est pas évident que le culte des belles-lettres ne coûte rien à la justice; toujours est-il qu’on en reçoit une coutume de se plaire aux mythes et de s’y attarder.

Les idées et les âges (1927)

Les esprits bègues, toujours en emportement devant la difficulté de penser.

Propos, 22 septembre 1930

Le père Grandet, comme on voit dans Balzac, bégayait exprès quand il traitait une affaire; c’est un bon moyen de cacher sa propre pensée et de faire sortir celle de l’autre, par la furieuse envie qu’il a bientôt de finir les phrases du bègue.

Propos, 18 février 1911

Il faut appeler bavardage ce genre de conversation vide et agréable où les sympathies, les antipathies, les mouvements du coeur humain, les singularités du caractère et de l’humeur, sont l’objet principal.

Les Passions et la Sagesse, les Sentiments familiaux

Le bateau est un admirable outil, à la fois poisson et oiseau; par le bateau, l’homme sent l’eau et le vent sur ses paumes; mais enfin le bateau n’est pas lui. Il le répare, il l’arme, il le nomme; mais il l’use et le laisse.

Propos, Chapeaux bretons, 1er octobre 1930

L’ombre d’un arbre exprime aussi l’azimuth et la hauteur du soleil …

Les Passions et la Sagesse

M’est avis, donc, que le bonheur intime et propre n’est point contraire à la vertu.

Propos sur le bonheur (1928)

Quelle est l’erreur que nous devons premièrement secouer de nous, si nous voulons savoir plus avant.

Platon

Il n’y a point d’ivresse égale à celle d’un homme qui a gagné un million et qui se prépare à le perdre. Celui qui arrivera à cette ataraxie en mouvement peut se vanter d’être au-dessus du sort.

Les Aventures du coeur

Toi donc qui veux savoir, sois astronome d’abord … Et autant que tu peux, considère toutes choses astronomiquement; tel est l’ancien sens du mot considérer; oui, astronomiquement, ces hommes, cette guerre et cette paix; et même ton chien …

Propos, 30 avril 1922

Tous concourent à réparer pour chacun une perte de hasard, par exemple une mort prématurée, une longue maladie, un accident de route, un vol, un incendie. L’assurance fait que personne ne perd à la loterie du malheur.

Les Arts et les Dieux (1958), Définitions

Il y a une bonté qui assombrit la vie, une bonté qui est tristesse, que l’on appelle communément pitié.

Propos sur le bonheur (1928)

Lorsque la sculpture bavarde, je m’en détourne. Lorsque la musique décrit, je m’en détourne … Je veux que chacun des arts parle le langage qui lui est propre, au lieu de bégayer dans une langue étrangère.

Propos

La philosophie de Hegel est un aristotélisme.

Hegel

Le sage est sage, non par moins de folie, mais par plus de sagesse.

Savoir, c’est comprendre comme la moindre chose est liée au tout.

Beaucoup ont pu observer que, dans les discours suivis, ce qui est improvisé est toujours le meilleur, comme si la préparation émoussait le coupant et le piquant. Seulement il faut oser, et savoir ne penser à rien.

Propos

L’ambitieux prend les pouvoirs comme fin, et les adore en tous ses actes.

Mars ou la Guerre jugée (1921)

L’ambitieux court toujours après quelque chose ou il croit qu’il trouvera un bonheur rare …

Propos sur le bonheur (1928)

Le travail de réflexion amaigrit les idées.

Propos

Les sentiments altruistes, toujours naturels, et source de plaisirs pour tous quand ils sont satisfaits, sont aussi naturellement faibles.

Petit Traité d'Harmonie pour les aveugles (1918)

Il y a deux expériences, l’une qui alourdit et l’autre qui allège.

Propos sur le bonheur (1928)

Sur l’alarme, état violent, moins supportable que la guerre en action, repose toute l’ancienne politique qui réclame toujours, plus ou moins ouvertement, un mandat en blanc et le secret d’Etat.

Mars ou la Guerre jugée (1921), Deux politiques

Socrate ajournait. Montaigne ajournait. Descartes ajournait. En Descartes la méthode enfin se montre.

Propos, 24 janvier 1928

Il suffit d’avoir découpé un perdreau ou un faisan pour savoir que le moteur de l’aile n’est pas peu de chose. Tout l’oiseau est aile.

Propos, 20 février 1929

Le nez en bec d’aigle, et bien coupant, exprime toujours quelque dureté impérieuse …

Propos, 1912

Ce qui plait surtout au citadin dans la campagne, c’est qu’il y va; l’agir porte le désirer.

Propos, 1923

Toutefois ici on fatigue l’adversaire en même temps que soi; du moins on le croit; mais lui, s’il sait le métier, il se laisse manier comme un paquet inerte, et soudainement se réveille, et dépense le plus promptement possible toutes ses forces.

Propos

Or, si vous voulez sauter un fossé un peu au delà de ce que vous avez coutume de faire, c’est le premier essai qui est le bon. Pour la prise de lutte aussi; il faut vaincre au premier effort.

Propos

Je pense souvent que la lutte anticléricale a mal visé. On a réfuté des légendes et des contes, au lieu de les prendre comme des images populaires pleines de sens.

Propos, 30 mars 1935

La mécanique annule l’homme.

Propos

L’émotion qui annonce l’amour est une sorte d’ivresse où se trouvent mêlés la crainte et l’espoir du plaisir.

Les Aventures du coeur

Je dirai que, par la prépondérance des causes accidentelles, la guerre est essentiellement anecdotique. Aussi n’écrit-elle par elle-même rien de durable.

Mars ou la Guerre jugée (1921)

Exister est bon, non pas meilleur qu’autre chose ; car exister est tout et ne pas exister n’est rien.

Propos d'un Normand (1906)

Le soleil est bon, la pluie est bonne, tout bruit est musique. Voir, entendre, flairer, goûter, toucher, ce n’est qu’une suite de bonheurs. Même les peines, même les douleurs, même la fatigue, tout cela a une saveur de vie.

Propos d'un Normand (1906)

Comme la fraise à le goût de fraise, ainsi la vie a le goût de bonheur.

Propos d'un Normand (1906)

La vie est bonne par-dessus tout, le raisonnement n’y fait rien. On n’est pas heureux par voyage, richesse, succès, plaisir. On est heureux parce qu’on est heureux. Le bonheur, c’est la saveur même de la vie.

Propos d'un Normand (1906)

Il n’existe point d’architecte qui puisse dire : Je vais oublier tout ce que les hommes ont construit.

Propos sur l'esthétique (1923)

Aussi je tiens qu’un caractère fort est celui qui se dit à lui-même où il en est, quels sont les faits, quel est au juste l’irréparable, et qui part de là vers l’avenir.

Propos sur le bonheur (1928)

L’amour maternel est le plus éminent des sentiments égoïstes, ou, pour dire autrement, le plus énergique des sentiments altruistes.

Propos (1906-1951)

Toutes les passions, comme le nom l’indique, viennent de ce que l’on subit, au lieu de gouverner.

Mars ou la Guerre jugée (1921)

Le seul intérêt de la pensée est de donner un sens à la religion.

Préliminaires à la mythologie (1943), La mythologie humaine

Tous les maux humains, sans excepter la guerre, viennent de ce que l’on croit trop vite et avec bonheur.

Minerve ou De la sagesse (1939), LXXXIII, Prudence d'esprit

Dès qu’on change ses pensées d’après l’événement, l’intelligence n’est plus qu’une fille.

Histoire de mes pensées (1936)

Il suffit de se croire esclave pour l’être en effet.

Quatre-vingt-un Chapitres sur l'esprit et les passions (1917)

La rançon de la pensée, c’est qu’il faut bien penser.

Quatre-vingt-un Chapitres sur l'esprit et les passions (1917)

En l’animal la nature environnante s’exprime directement par des actions; remarquez que les êtres humains qui ont conservé cette puissance de prédire ne font jamais voir des pensées fortes. Il faut choisir. L’humanité règne par des erreurs hardies.

Esquisses de l'homme (1927)

C’est une erreur admirable que d’imaginer la sphère céleste tournant autour du pôle immobile; erreur difficile à redresser; mais toute l’astronomie est sortie.

Esquisses de l'homme (1927)

Je doute qu’on puisse citer un beau visage où l’on ne lise cette absence de préjugé, ce pardon à toutes choses et à soi, cette jeunesse enfin toujours jeune, qui vient de ce qu’on ne joue aucun personnage.

Système des beaux-arts (1920)

La justice est une idée d’avare.

Propos d'économique (1934), 1er juin 1932

On peut se moquer de tout et rire de tout. Je dis d’un rire sain et libre, sans aigreur, sans tristesse, sans la moindre trace de méchanceté.

Les Arts et les Dieux (1958)

La musique est peut-être de tous les arts celui qui a le plus de puissance sur nos passions; c’est pourquoi ceux qui aiment trop leurs passions n’aiment point la musique.

Les Arts et les Dieux (1958)

Vivre avec soi et méditer sur soi, cela ne vaut rien.

Propos

Réfléchir, c’est nier ce que l’on croit. Qui croit ne sait même plus ce qu’il croit. Qui se contente de sa pensée ne pense plus rien.

Propos sur la religion (1938), LXIV

Selon l’idéal démocratique, une élite qui n’instruit pas le peuple est plus évidemment injuste qu’un riche qui touche ses loyers et ses coupons.

Propos sur l'éducation (1932)

On ne dit pas assez que ce que nous pouvons faire de mieux pour ceux qui nous aiment, c’est encore d’être heureux.

Propos sur le bonheur (1928)

Gagner sa vie, cela ne fait point peine, et même fait plaisir. Ce qui irrite, c’est l’idée que ce salaire bien gagné ne vienne pas par le travail seul, comme un lièvre pris à la chasse, mais dépende encore de la volonté et du jugement de quelqu’un.

Esquisses de l'homme (1927)

Un enfant qui joue est déjà un petit homme; il use d’industrie quand il bâtit des remparts de sable contre la mer, ou quand il essaie de ramener à lui son ballon accroché dans l’arbre.

Esquisses de l'homme (1927)

Plus on sort de soi-même et plus on est soi-même, mieux, ainsi on se sent vivre.

Propos sur le bonheur (1928)

L’homme content, s’il est seul, oublie bientôt qu’il est content, toute sa joie est bientôt endormie; il en arrive à une espèce de stupidité et presque d’insensibilité. Le sentiment intérieur a besoin de mouvements extérieurs.

Propos sur le bonheur (1928)

Etre bon avec les autres et avec soi. Les aider à vivre, s’aider soi-même à vivre; voilà la vraie charité. La bonté est joie. L’amour est joie.

Propos sur le bonheur (1928)

Un homme n’a guère d’autres ennuis que lui-même. Il est toujours à lui-même son plus grand ennemi, par ses faux jugements, par ses vaines craintes, par son désespoir, par les discours déprimants qu’il se tient à lui-même.

Propos sur le bonheur (1928)

Un des secrets du bonheur est d’être indifférent à sa propre humeur; ainsi méprisée, l’homme retombe dans la vie animale, comme un chien rentre dans sa niche.

Propos sur le bonheur (1928)

Un caractère fort est celui qui se dit à lui-même où il en est, quels sont les faits, quel est au juste l’irréparable, et qui part de là vers l’avenir. Mais ce n’est pas facile et il faut s’y exercer.

Propos sur le bonheur (1928)

Mieux on remplit sa vie, moins on craint de la perdre.

Propos sur le bonheur (1928)

Le sourire est l’arme du sage, contre ses propres passions et contre celles d’autrui. Il les touche là dans leur centre et dans leur force, qui n’est jamais dans les idées ni dans les événements, mais dans cette colère armée qui ne peut sourire.

Les Passions et la Sagesse (1960)

Le sourire ne fait pas attention; les yeux embrassent tout autour de leur centre.

Les Passions et la Sagesse (1960)

Mais dans tout sourire il y a de l’enfance; c’est un oubli et un recommencement.

Les Passions et la Sagesse (1960)

Le sourire est la perfection du rire. Car il y a toujours de l’inquiétude dans le rire, quoique aussitôt calmée; mais dans le sourire tout se détend.

Les Passions et la Sagesse (1960)

Dans la religion, tout est vrai, excepté le sermon: tout est bon, excepté le prêtre.

Propos d'un Normand (1906)

Le saint est l’homme qui se passe de Dieu.

Propos sur la religion (1938)

Penser c’est dire non. Remarquez que le signe du oui est d’un homme qui s’endort. Au contraire le réveil secoue la tête et dit non.

Propos sur la religion (1938)

Le premier fruit de la sagesse est le travail.

Eléments de philosophie (1941)

La poésie est un milieu entre le chant religieux et le cri.

Définitions (1954)

Toutes les autres passions agissent sur les hommes et sur les choses; l’amour fait naître l’amour; la haine, la haine; la colère, la colère.

Quatre-vingt-un Chapitres sur l'esprit et les passions (1917)

L’homme se forme par la peine; ses vrais plaisirs, il doit les gagner, il doit les mériter. Il doit donner avant de recevoir. C’est la loi.

Propos sur l'éducation (1932)

Penser, c’est aller d’erreur en erreur. Rien n’est tout à fait vrai.

Propos sur l'éducation (1932)

Maintenant, on n’explique plus; on se contente de comparer les différentes éditions d’un même ouvrage, et on nous montre les variantes comme on nous montrerait une collection de papillons.

Propos, 1 juin 1908

Ainsi la condition humaine est telle que si on ne se donne pas comme règle des règles un optimisme invincible, aussitôt le plus noir pessimisme est le vrai.

Propos sur le bonheur (1928)

Il faut croire, espérer et sourire; et avec cela travailler.

Propos sur le bonheur (1928)

Je pense à tant de conciliateurs qui appliquaient une pauvre méthode trop connue: «Retenons ce qui nous unit; oublions ce qui nous divise».

Propos, 7 décembre 1921

On sait que la terre tourne sur elle-même et autour du soleil; on sait que la lune tourne autour de la terre. Mais c’est un savoir abstrait.

Propos, 8 juillet 1911

La souffrance volontairement employée, soit pour se venger, soit pour obtenir l’aveu. Le tyran arrive nécessairement à torturer celui qui le brave; car c’est le seul moyen de l’humilier.

Définitions (1954), Torture

La superstition consiste toujours, sans doute, à expliquer des effets véritables par des causes surnaturelles.

Propos, 24 décembre 1913

Les grands succès rendent modeste, s’ils ne rendent sot.

Propos, 9 septembre 1921

Le subalterne est courtisan; le subalterne ne dit jamais ce qui est, mais seulement ce qui plait; cette règle est suivie ingénument.

Propos, 19 décembre 1921, Maîtres et esclaves

Je tiens que, pour l’ordinaire, c’est notre nature sincère qui s’exprime dans les songes; et songe n’est point mensonge, sinon en ce sens qu’il représente ce qu’on voudrait, non ce qui est.

Propos, 3 décembre 1921, Persuasion

L’acclamation a fait tous les maux de tous les peuples. Le citoyen se trouve porté au-delà de son propre jugement, le pouvoir acclamé se croit aimé et infaillible; toute liberté est perdue.

Propos (1906-1951)

Une femme est belle à seize ans, mais veut plaire à trente. La voilette est un moyen simple. Tout décor, tout dessin considéré derrière un grillage ou un filet prend du style… La voilette produit le même effet.

Propos, 2 septembre 1913, L'anneau dans le nez

Dans la sonnerie à toute volée, chaque cloche se balance suivant sa grandeur, et le battant de même; de là des entrelacements de rythmes que le fondeur n’a pas prévus et que le sonneur ne peut changer.

Propos, 12 septembre 1913, L'esprit des cloches

C’est un genre de force, mais passionnée, et qui vise à briser la résistance par la terreur.

Définitions (1954), Violence

Aimer c’est trouver sa richesse hors de soi, je dis sa richesse intime.

Eléments de philosophie (1941)

Les quatre vices principaux correspondent aux quatre vertus. Ce sont la lâcheté, l’intempérance, l’injustice et la sottise.

Définitions (1954)

Le vertige qui nous prend sur les hauteurs est une maladie véritable, qui vient de ce que nous mimons la chute et les mouvements désespérés d’un homme qui tombe.

Propos, 5 mars 1922, La fin des oracles

Cette épaisseur de matière dans les vers rimés ne peut être égalée. Voilà comment je comprends que les vers réguliers sont les plus beaux, et que, parmi les vers réguliers sont les plus beaux, s’ils sont beaux.

Propos, 1er septembre 1936

Dans les livres d’images qui ont amusé mes premières années, on voyait passer le père Fouettard, avec son paquet de verges sous le bras; mais ce n’était à mes yeux qu’une métaphore.

Propos, 28 octobre 1921, Fausses perspectives du progrès

Caractère d’une faute qui est jugée et méprisée, ce qui la renvoie au diable extérieur. C’est ce qu’on sait se pardonner. Et qui donc n’a pas besoin d’absolution? Est mortel le remords qui tranche la vie; par exemple un vice qui se juge incurable.

Définitions (1954), Véniel

Toute forme signifie; et la forme humaine, vivante et en agitation, envoie dans l’espace autour, des milliers de télégrammes.

Propos, 17 juillet 1922, Signes ambigus

Tout peuple qui s’endort en liberté se réveillera en servitude.

Propos de politique (1934)

Le vrai poète est celui qui trouve l’idée en forgeant le vers. Il faut que la rime soit raison.

Propos, 24 août 1921, Matière et forme

Réprobation: C’est un blâme assuré et public où domine l’idée de preuve, c’est-à-dire d’une pensée publique qu’il faut seulement réveiller.

Définitions (1954)

Bref, cette tristesse qui naît de la contemplation du passé ne sert à rien et est même très nuisible, parce qu’elle vous fait réfléchir vainement et chercher vainement. Spinoza dit que le repentir est une seconde faute.

Propos, 31 octobre 1911, Du désespoir

Il y a une odeur de réfectoire, que l’on retrouve la même dans tous les réfectoires. Que ce soient des Chartreux qui y mangent, ou des séminaristes, ou des lycéens, ou de tendres jeunes filles, un réfectoire a toujours son odeur de réfectoire.

Propos, 11 octobre 1907, Odeur de réfectoire

On ne peut raisonner avec les fanatiques, il faut être plus forts qu’eux.

Propos, 19 juin 1922, Le nouveau dieu

Il y a des raisons pour tout. Si la guerre vient, on dira qu’on avait donc raison de la préparer; si la paix suit, on dira que c’est en préparant la guerre qu’on assure la paix.

Propos, 16 mai 1922, Conditions de l'expérience

Il y a toujours de la bonne foi dans les querelles; et c’est par la qu’elles sont difficiles à apaiser.

Propos, 21 juin 1930

J’arrive à me prouver à moi-même, de la façon la plus satisfaisante, que deux et deux font quatre; et c’est bien quelque chose à prouver, car deux et deux ne sont point la définition de quatre; quatre c’est trois plus un.

Propos, 3 février 1934

L’art de persuader ne repose pas premièrement sur les preuves. C’est naïveté d’arriver avec de fortes preuves pour se faire ouvrir la citadelle; c’est faire sommation à coups de canon. L’esprit qui se voit ainsi assiégé coupe d’abord les ponts.

Propos, septembre 1927

Vous riez d’une prédiction sinistre et invraisemblable; vous rirez moins si cette prédiction s’accomplit en partie; le plus courageux des hommes attendra alors la suite.

Propos, 14 avril 1908

«Comment vous portez-vous?» Qui pense à cette forte expression «se porter», qui exprime si bien notre travail de tous les instants, ce paquet que nous ne pouvons point séparer de nous?

Propos, 20 mars 1929

La poésie est le plus ancien récit, et je croirais bien que c’est la poésie qui nous a d’abord consolés du langage.

Propos, 1 septembre 1936

La bonne humeur a quelque chose de généreux; elle donne plutôt qu’elle ne reçoit.

Propos

Au moment où j’écris, la pluie tombe; les tuiles sonnent; mille petites rigoles bavardent; l’air est lavé et comme filtré; les nuées ressemblent à des haillons magnifiques. Il faut apprendre à saisir ces beautés-là.

Propos, 8 septembre 1910, L'art d'être heureux

Le plaisir est une affection que l’on voudrait prolonger, que l’on recherche, et qui dépend de certaines choses et de certaines situations bien déterminées qui le procurent aussitôt.

Les Arts et les Dieux (1958), Définitions

Le bonheur est une récompense qui vient à ceux qui ne l’ont pas cherchée.

Propos sur le bonheur (1928)

L’action guérit cette sorte d’humeur, que nous appelons, selon les cas, impatience, timidité ou peur.

Les Aventures du coeur

Car toute cruche, comme dit le sage, a deux anses, et de même tout événement a deux aspects, toujours accablant si l’on veut, toujours réconfortant et consolant si l’on veut; et l’effort qu’on fait pour être heureux n’est jamais perdu.

Propos sur le bonheur (1928)

L’expérience, c’est-à-dire le simple fait d’être au monde, nous met en présence d’apparences vraies, mais qui peuvent être la source des connaissances les plus fausses.

Préliminaires à la mythologie (1943)

Négligence: Effet ordinaire de la grandeur d’âme, qui en effet ne s’occupe guère des petites choses. Et la négligence peut-être naturelle, sans aucune grandeur d’âme, ou affectée, par imitation de la grandeur d’âme.

Les Arts et les Dieux (1958), Définitions

Les paroles et les actes d’un ministre sont pour le citoyen spectateur comme les roulades d’un ténor.

Propos, 11 janvier 1908

Dans cette salle où tournent les volants et les bobines, des hommes vont passer toute la nuit, l’un rôti par un terrible feu, l’autre menacé à chaque instant par des étincelles, par des courroies, par des engrenages.

Propos, 9 janvier 1908

La marée est une grande vague, dont les pentes s’étendent à proportion, et qui vient déferler sur nos côtes à la manière de toutes les vagues.

Propos, 20 novembre 1927

Le bonheur dépend des petites choses, quoiqu’il dépende aussi des grandes.

Propos sur le bonheur (1928)

Pascal disait que la maladie est insupportable pour celui qui se porte bien, justement parce qu’il se porte bien. Une maladie grave nous accable sans doute pour que nous n’en sentions plus enfin que l’action présente.

Propos, 12 décembre 1910, Maux d'esprit

La race des maîtres existe; je la connais au pas, et à un certain air de gouvernement. Je ne la hais point; car ce sont de pauvres hommes.

Propos, 22 septembre 1930, L'esclave dormant

Qu’apprend-on à l’école primaire? On apprend à lire. Qu’apprend-on à la Sorbonne des Lettres? On apprend à lire. Voilà l’essentiel de la culture littéraire.

Propos, II

La lecture qui ânonne ne sert à rien. Tant que l’esprit est occupé à former les mots, il laisse échapper l’idée.

Propos, II, septembre 1931

Le travail est la meilleure et la pire des choses: la meilleure, s’il est libre; la pire, s’il est serf.

Propos

Les corsaires étaient de rudes garçons, qui ne différaient pas beaucoup des pirates. C’est au retour, quand ils rapportaient au roi une belle part de leurs prises, c’est au retour que s’établissait la différence.

Propos, 3 décembre 1927

C’est une disposition de l’âme qui d’abord se met en garde contre les déceptions et humiliations, par la considération de la vanité de presque tous les biens et de presque tous les désirs.

Définitions (1954), Philosophie

On n’a jamais dit, ni écrit, ni pensé qu’à rester peuple on perd son âme.

Propos, 1er décembre 1935

Il y a chez les femmes une vanité d’apparence qui est réellement de nécessité pour elles. Il faut qu’elles soient considérées, maquillées, parées.

Propos, 9 mars 1912

Paillardise: C’est le désir gai. C’est une précaution du rire contre les passions.

Les Arts et les Dieux (1958), Définitions

Il faut se tenir entre deux folies, l’une de croire que l’on peut tout, et l’autre de croire qu’on ne peut rien.

Propos

Toutes les belles choses sont difficiles, comme dit le proverbe ; et celui-là ne saura jamais le violon, qui n’a su que s’y amuser.

Propos

L’intelligence, c’est ce qui, dans un homme, reste toujours jeune.

Propos

Car vous n’entendez ici et là que de faux sages qui vous disent : «J’en suis revenu de tout cela» ; voilà la marque du temps et la première ride de l’intelligence.

Histoire de mes pensées (1936)

Et je remarquais d’abord que l’amour sans liberté n’est pas l’amour. Sans liberté, j’entends qui ne se croit pas libre, et qui ne croit pas non plus l’autre libre.

Histoire de mes pensées (1936)

Un des malheurs du jaloux est qu’il se rend haïssable, et qu’il le sait, et que ses résolutions n’y changent rien.

Propos

Car la vraie cause des guerres publiques et privées, ce n’est pas que les deux hommes n’emploient pas les mêmes mots ; c’est qu’en prononçant les mêmes mots, ils ne pensent pas aux mêmes choses.

Propos

Les inventeurs sont de grands travailleurs. Les illuminations sont la récompense du travail.

Propos

Penser est une aventure.

Propos

Comme on vit mal avec ceux que l’on connaît trop. Comme on vit mal avec ceux qu’on ne connaît pas du tout. Comme on vit bien avec ceux que l’on ne connaît pas trop.

Propos sur le bonheur (1928)

On prouve tout ce qu’on veut, et la vraie difficulté est de savoir ce qu’on veut prouver.

Système des beaux-arts (1920)

On devrait bien enseigner aux enfants l’art d’être heureux.

Propos sur le bonheur (1928)

L’homme le plus intelligent est souvent celui qui se dupe le mieux lui-même, parce que ses déclarations ont une suite et un air de raison.

Propos d'un Normand (1906)

La force des méchants, c’est qu’ils se croient bons, et victimes des caprices d’autrui.

Sentiments, passions et signes (1926)

Noël, c’est le printemps de l’esprit ; c’est tout promesse.

Les Saisons de l'esprit (1937)

Le beau étant le signe du vrai, et la première existence du vrai en chacun, c’est donc dans Molière, Shakespeare, Balzac que je connaîtrai l’homme, et non point dans quelque résumé de psychologie.

Propos sur l'éducation (1932)