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Citations de : Denys Caton

Fuis le mal dont souvent tu blâmes la pratique! Fais le bien dont tu veux être le défenseur. Quelle honte pour toi, docteur, dans ta critique, Si le vice était ton censeur!

Distiques de Caton, Livre premier, XXX

Tiens pour vil chose chère, et prise comme rare Ce qui par le vulgaire est le moins recherché: Par l’un, tu fuis le nom d’avare; Par l’autre, des faux biens ton coeur est détaché.

Distiques de Caton, Livre premier, XXIX

Ayant nombre d’enfants avec peu de richesse, Fais leur apprendre un art qui puisse les nourrir, Afin qu’au moins par leur adresse Ils évitent la faim qu’ils auraient à souffrir.

Distiques de Caton, Livre premier, XXVIII

Fuis ces discours flatteurs qui tendent à séduire; On ne flatte que pour duper. Aux doux sons de la flûte un oiseleur attire L’oiseau que dans le piège il tâche d’attraper.

Distiques de Caton, Livre premier, XXVII

Lorsque quelqu’un te jure une amitié fidèle, Portant la haine dans le coeur, Ne le rebute point, montre-lui même zélé: L’artifice est permis pour tromper le trompeur.

Distiques de Caton, Livre premier, XXVI

Oblige promptement dès que tu peux le faire, Sans promettre deux fois un bienfait trop vanté; On passe pour vain d’ordinaire En faisant trop valoir sa générosité.

Distiques de Caton, Livre premier, XXV

Contre la pauvreté le plus sûr des remèdes Est d’user sobrement du bien qu’on t’a laissé. Pour garder ce que tu possèdes, Pense à tous les besoins dont l’homme est menacé.

Distiques de Caton, Livre premier, XXIV

Ce qu’on t’aura promis d’un air de certitude, Ne vas pas le promettre avant de l’obtenir. Combien dans leur parole ont peu d’exactitude Beaucoup savent promettre, et peu savent tenir.

Distiques de Caton, Livre premier, XIII

Ne prends point part aux bruits que sème le vulgaire De crainte de passer pour en être l’auteur. On ne risque rien à se taire, Et souvent pour parler on cause son malheur.

Distiques de Caton, Livre premier, XII

Aime-toi le premier, ton amitié féconde Peut se prêter ensuite en faveur d’un égal; Mais pour faire du bien, fais tel choix de ton monde, Qu’il ne t’en arrive aucun mal.

Distiques de Caton, Livre premier, XI

Avec un grand parleur n’entre point en matière: Pour l’emporter sur lui tu perdrais ton repos. Tous ont pour la parole un talent ordinaire, Mais peu pour parler à propos.

Distiques de Caton, Livre premier, X

Tu crois devoir donner quelque avis salutaire, Qu’un indocile ami ne veut pas recevoir. Ne te rebute point; et d’un amour sincère Montre-lui toujours son devoir.

Distiques de Caton, Livre premier, IX

Ne sois pas trop crédule à tout ce que déclame Contre tes serviteurs une épouse en courroux. On déplaît souvent à la femme Pour avoir le malheur de trop plaire à l’époux.

Distiques de Caton, Livre premier, VIII

Cède, lorsqu’il convient d’user de complaisance: Sache aussi te montrer ferme en tes sentiments. C’est un effet de la prudence De changer quand il faut s’accoutumer au temps.

Distiques de Caton, Livre premier, VII

Aux objets les plus chers, lorsqu’ils peuvent te nuire, Renonce avec facilité L’amour même des biens, pour ne pas nous séduire, Doit céder à son tour à notre utilité.

Distiques de Caton, Livre premier, VI

Si tu veux observer la conduite des hommes Déréglés, soumis à leurs sens, Avant de les blâmer, pense à ce que nous sommes; Pense qu’il n’en est point qui vivent innocents.

Distiques de Caton, Livre premier, V

D’esprit toujours égal, jamais ne t’abandonne A dire ou faire rien qui soit contraire à toi: Un homme ne saurait s’entendre avec personne Qui n’est pas d’accord avec soi.

Distiques de Caton, Livre premier, IV

Si tes bienfaits et tes services N’ont pu te procurer un ami comme il faut, Ne t’en prends point au Ciel, l’accusant d’injustices, Et ne blâme que ton défaut.

Distiques de Caton, Livre premier, XXIII

Tu vois que la nature au jour de ta naissance T’a mis au monde pauvre et dans la nudité: Souffre donc sans impatience Les rigueurs de la pauvreté.

Distiques de Caton, Livre premier, XXII

Pense sans t’effrayer à cette dernière heure Où tu dois terminer ton cours. Trembler incessamment de crainte qu’on ne meure, C’est renoncer à vivre, et mourir tous les jours.

Distiques de Caton, Livre premier, XXI

Le présent qu’un ami t’offre en son indigence, Quelque petit qu’il soit, reçois-le avec bonté; Et pour premier effet de ta reconnaissance, Vante sa libéralité.

Distiques de Caton, Livre premier, XX

La vie étant fragile et peu sûre à tout âge, Quelque bonne santé dont tu puisses jouir, Ne compte point sur l’héritage Qu’à la mort d’un parent tu pourrais obtenir.

Distiques de Caton, Livre premier, XIX

Quand pour toi la fortune est la plus libérale, Redoute en ses faveurs quelque revers fatal; Elle change souvent, et sa course inégale Commençant bien, peut finir mal.

Distiques de Caton, Livre premier, XVIII

Ne t’inquiète point lorsque tu verras dire Quelque chose en secret à l’oreille d’autrui: Celui dont la conduite offre Le plus à rire, croit toujours qu’on parle de lui.

Distiques de Caton, Livre premier, XVII

Lorsque ton souvenir rappelle en ta vieillesse Des faits que tu veux raconter, Pense à ce que tu fis dans ta jeunesse, Et du bien et du mal, tâche de profiter.

Distiques de Caton, Livre premier, XVI

Ne dissimule point le bien qu’on t’a su faire; En public nommes-en l’auteur: Celui que tu feras, sois habile à le taire; Fais sentir le bienfait, cache le bienfaiteur.

Distiques de Caton, Livre premier, XV

Lorsqu’on parle à ton avantage Sache alors te juger toi-même à la rigueur: Au sentiment d’autrui n’en crois pas davantage. Qu’au témoignage de ton coeur.

Distiques de Caton, Livre premier, XIV

La première vertu de l’homme raisonnable Est de mettre à sa langue un frein judicieux. Il n’est rien de plus estimable: L’homme qui sait se taire est presque égal aux Dieux.

Distiques de Caton, Livre premier, III

Veille autant que tu peux; et, fuyant la mollesse, Des douceurs du repos n’use que sobrement; Car le trop long sommeil engendre la paresse, Qui sert au vice d’aliment.

Distiques de Caton, Livre premier, II

Si c’est un pur esprit que le souverain Etre, Ainsi que dans ses vers le poète l’écrit, Que ton soin principal soit de le reconnaître; L’adorant de coeur et d’esprit.

Distiques de Caton, Livre premier, I

Dès que l’occasion devant toi se présente, Apporte tous tes soins pour pouvoir la saisir; Quelquefois vainement on tente Ce qu’on a négligé de faire réussir.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XLV

Commandant aux valets qui soignent ton ménage, Epargne-les dans leur emploi: Pense, quand tu les vois gémir dans l’esclavage, Qu’ils sont tes serviteurs, mais hommes comme toi.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XLIV

Ne sois point d’une humeur soupçonneuse et timide, Les hommes les plus malheureux Sont ceux en qui la crainte et le soupçon réside; La mort, en quelque sorte, est moins triste pour eux.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XLIII

Montre-toi vivement sensible aux bons offices Que dans l’occasion quelqu’un t’aura rendus, Et n’imite pas ceux près de qui les services Et les plus grands soins sont perdus.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XLII

Ne vas pas en public censurer la conduite D’un homme qui longtemps fut un de tes amis; Bien qu’il ait changé dans la suite, Pense toujours aux noeuds qui vous avaient unis.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XLI

As-tu fais quelque faute, en juge inexorable Toi-même tu dois te punir: Ainsi que le malade, il faut que le coupable Prenne un remède amer, et souffre pour guérir.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XL

Cède à la force ouverte, et supporte l’empire D’un grand que tu dois ménager: S’il a le pouvoir de te nuire. Peut-être dans la suite il saura t’obliger.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXXIX

Loue avec retenue, évitant de paraître Du mérite d’autrui follement entêté Peut-être un jour viendra qui te fera connaître Quel est cet ami tant vanté.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXVIII

Jour et nuit ne cesse d’apprendre: La sagesse ne croit que par des soins constants; Et la rare prudence, à laquelle on doit tendre, N’est que le fruit tardif du travail et du temps.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXVII

Quand tu te vois tranquille au milieu des richesses, Prends tes précautions contre l’adversité Et dans les plus grandes détresses, Espère le retour de la prospérité.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXVI

As-tu sur certain fait donné quelque louange, Qui, dans le monde, ait éclaté, Prends garde qu’aussitôt ton langage ne change Par esprit de légèreté.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXV

Ne bois du vin qu’autant que le besoin l’exige. Si tu veux prudemment conserver la santé: Souvent le mal qui nous afflige Est l’enfant de la volupté.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXIV

D’un plus savant que toi ne cesse point d’apprendre; Toi-même instruis les ignorants. La science est un bien qu’il faut partout répandre, Et qu’on doit préférer aux trésors les plus grands.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXIII

Ne t’abandonne point à la funeste envie De savoir le moment décisif de ton sort: Quiconque s’accoutume à mépriser la vie, Voit sans crainte approcher la mort.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXII

L’étude en chaque état n’est pas sans avantage: De quelque art que tu soie sache en tirer du fruit; De même que la main se forme par l’usage, Par l’étude on forme l’esprit.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXI

Pèse au dedans de toi, sans le faire paraître, Ce que pense un chacun, en l’entendant parler: Souvent son discours fait connaître Ses moeurs, ce qu’il veut dire, et ce qu’il veut celer.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XX

Bien que tu sois dans l’opulence, A cultiver les arts donne ton premier soin. De la fortune un jour si tu sens l’inconstance, L’art te reste, et jamais ne te manque au besoin.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XIX

Si tu prétends au nom de sage, Respecte la vieillesse en son infirmité: L’enfance est son triste apanage, C’est un tribut qu’on doit à la caducité.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XVIII

Veux-tu par ta conduite acquérir quelque estime, Et parmi les méchants n’être point confondu, Evite la tache du crime Et l’appât dangereux du plaisir défendu.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XVII

Fais de tes revenus un honorable usage; De l’infâme avarice abhorre les liens. De ton or quel est l’avantage, Lorsque tu restes pauvre au milieu de tes biens?

Distiques de Caton, Livre quatrième, XVI

Cherchant un compagnon fidèle, Et qui de l’amitié sache écouter tes lois, Ce n’est pas de ses biens l’estime criminelle, Mais sa seule vertu qui doit fixer ton choix.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XV

Pourquoi teindre l’autel du sang de tes victimes? L’animal innocent doit-il pour toi mourir? Sa mort n’efface pas tes crimes: Celui qui fait le mal doit lui-même périr.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XIV

Une peine d’esprit, un sujet de tristesse T’oblige à rechercher un salutaire avis: Pense qu’aux maux de cette espèce Les médecins sont les meilleurs amis.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XIII

Etant doué d’un corps vigoureux et robuste, Fais pour devenir sage un généreux effort: C’est alors qu’on parlera juste, Lorsqu’on te donnera le titre d’homme fort.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XII

Sur la timidité ne pouvant te contraindre, Si tu crains tous les animaux Considère que l’homme est beaucoup plus à craindre, Et capable lui seul de causer tous les maux.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XI

Combattu par l’incontinence, Dans ses honteux liens crains-tu d’être arrêté, Observe en tes repas la juste tempérance; La crapule est unie avec la volupté.

Distiques de Caton, Livre quatrième, X

As-tu sur quelque point la moindre défiance? Attentif à t’instruire, examine d’abord: La plus légère négligence Souvent gâte une affaire, et cause bien du tort.

Distiques de Caton, Livre quatrième, IX

Prête à qui la réclame une main généreuse Donne sans exiger aucun retour de lui: Aux yeux de l’âme vertueuse, C’est travailler pour toi que d’obliger autrui.

Distiques de Caton, Livre quatrième, VIII

Tâche en tout de tendre à l’utile; Prends garde que l’erreur n’y glisse son venin: Si le travail est difficile, Soutiens-le par l’espoir d’un salaire certain.

Distiques de Caton, Livre quatrième, VII

Confié dans l’enfance aux soins d’un maître austère. Tu sus te soumettre à ses coups: Soumets-toi donc sans peine à l’empire qu’un père Veut exercer sur toi, lorsqu’il gronde en courroux.

Distiques de Caton, Livre quatrième, VI

Pense dans l’opulence à jouir de la vie, Ne te refusant rien pour la santé du corps: Le riche a des écus; mais, par la maladie, Il perd le plus grand des trésors.

Distiques de Caton, Livre quatrième, V

N’aime l’argent que pour l’usage, Et de son vain éclat ne sois jamais épris: A ce trait on connaît le sage, Qui pour le métal seul ne sent que du mépris.

Distiques de Caton, Livre quatrième, IV

Sans soins, et dépourvu de la raison commune, Si tu réussis mal à conserver tes biens, D’aucun aveuglement n’accuse la fortune; Ses yeux sont meilleurs que les tiens.

Distiques de Caton, Livre quatrième, III

Ce qui sert aux besoins dans l’usage ordinaire Ne te manquera pas, si tu sais en tout temps T’en tenir au seul nécessaire: Peu de chose suffit pour nous rendre contents.

Distiques de Caton, Livre quatrième, II

Si tu veux vivre heureux, méprise l’opulence, Garde-toi de courir après l’or et l’argent: Au sein même de l’abondance L’avare des mortels est le plus indigent.

Distiques de Caton, Livre quatrième, I

Montre envers père et mère une piété tendre, Rends à tous deux même devoir: Que l’amour paternel n’empêche point de rendre Les soins que pour sa mère un bon fils doit avoir.

Distiques de Caton, Livre troisième, XXIV

Supporte les discours d’une femme en colère, Si d’ailleurs par ses soins tu vois tout réussir: C’est un défaut bien grand de ne pouvoir te taire, Et de ne vouloir rien souffrir.

Distiques de Caton, Livre troisième, XXIII

Si tu veux de la mort ne point craindre l’image, Pense qu’elle doit mettre un terme à tes travaux: Si nul bien ne vient d’elle, elle a cet avantage, Qu’elle est au moins la fin des maux.

Distiques de Caton, Livre troisième, XXII

Placé par la fortune au sein de l’abondance, Use des biens, mais sans abus, Pour n’être pas contraint, par ta folle dépense, D’en chercher chez autrui quand tu n’en auras plus.

Distiques de Caton, Livre troisième, XXI

Ne crains point les transports du courroux d’une femme Qui fait par ses discours éclater ses fureurs; Mais crains quelque secrète trame, Lorsque pour te fléchir elle a recours aux pleurs.

Distiques de Caton, Livre troisième, XX

Parmi les conviés, étant assis à table, Ne t’y montre point trop joyeux, De crainte qu’affectant de paraître agréable, Tu ne passes plutôt pour causeur ennuyeux.

Distiques de Caton, Livre troisième, XIX

Lis beaucoup, lis sans fin; mais cherchant à t’instruire, A tout auteur sans choix ne vas pas te livrer: Souvent en vers on ose dire Des choses que l’on doit moins croire qu’admirer.

Distiques de Caton, Livre troisième, XVIII

Supporte sans impatience Le mal que tu connais avoir bien mérité: Te sentant criminel, ta propre conscience Doit décerner la peine avec sévérité.

Distiques de Caton, Livre troisième, XVII

Si l’abus d’une loi t’est préjudiciable Va d’un juge éclairé rechercher la faveur: Les lois veulent souvent qu’un droit plus équitable Règle de leurs décrets la trop grande rigueur.

Distiques de Caton, Livre troisième, XVI

Si quelqu’un pèche en ta présence, Reprends-le ouvertement, bien loin de le flatter, On pourrait croire à ton silence Que tu souffres un mal que tu veux imiter.

Distiques de Caton, Livre troisième, XV

Consulte ton pouvoir plutôt que ton courage, Lorsqu’à quelque travail tu prétends t’adonner; De peur de succomber sous le poids de l’ouvrage, Contraint de tout abandonner.

Distiques de Caton, Livre troisième, XIV

D’autrui l’exemple est nécessaire, Pour voir ce qui convient dans les occasions, Ignorant ce qu’il faut ou faire ou ne pas faire, De ce maître savant suis les instructions.

Distiques de Caton, Livre troisième, XIII

Cherche dans une femme un esprit sociable, Et ne l’épouse pas pour de vils intérêts; Ou si, d’humeur insupportable, Elle veut te quitter, ne la retiens jamais.

Distiques de Caton, Livre troisième, XII

Lorsque la fortune inconstante Te retire ses dons par un bizarre jeu, Reçois de chaque jour le peu qu’il te présente, Et vis satisfait de ce peu.

Distiques de Caton, Livre troisième, XI

Reçois les bons conseils qu’un serviteur te donne, Sans t’armer contre lui d’une sotte fierté; Et ne méprise dans personne Les avis dont tu peux sentir l’utilité.

Distiques de Caton, Livre troisième, X

Te voyant opulent dans l’extrême vieillesse, Qui t’annonce un trépas prochain, A tes meilleurs amis fais part de ta richesse; Et jouis de la vie en attendant la fin.

Distiques de Caton, Livre troisième, IX

Ayant reçu du ciel une fortune aisée, De tes biens par écrit suppute le montant: Peur de ne pas du public essuyer la risée, Garde-les en les augmentant.

Distiques de Caton, Livre troisième, VIII

Par un faux esprit de critique, Des actions d’autrui ne sois point le censeur, De peur qu’à ton exemple un autre satirique Ne t’accable à ton tour, en raillant le railleur.

Distiques de Caton, Livre troisième, VII

Interromps pour un temps, par un plaisir utile, Le soin d’un travail assidu; L’esprit, par ce repos, plus libre et plus tranquille, Saura mettre à profit ce qu’il aura perdu.

Distiques de Caton, Livre troisième, VI

Evite avec soin la paresse, Qui d’une vie heureuse épuise les trésors: Il n’est pas de poison pareil à la mollesse; L’oisiveté de l’âme est la perte du corps.

Distiques de Caton, Livre troisième, V

Crains les adulateurs, dont l’âme peu sincère Ne vise qu’à tromper par un air imposteur. Le vrai ne sait se contrefaire, Mais le déguisement suit partout le flatteur.

Distiques de Caton, Livre troisième, IV

Pour servir de témoins contre un de tes intimes, Devant tes tribunaux si tu te vois cité, Cache autant que tu peux ses crimes, Mais sans donner atteinte aux droits de l’équité.

Distiques de Caton, Livre troisième, III

Vivant bien, de la médisance Laisse voler les traits sans t’en inquiéter: Des discours du public l’indomptable licence Est un torrent fougueux qu’on ne peut arrêter.

Distiques de Caton, Livre troisième, II

Nourris bien ton esprit de ces sages sentences, Et pour les retenir fais un louable effort: La vie oisive et sans sciences, Qu’offre-t-elle, sinon l’image de la mort?

Distiques de Caton, Livre troisième, I

Des songes de la nuit ne t’embarrasse guère; Ne fonde point sur eux d’espoir à ton réveil. Ce que l’homme désire et tout ce qu’il espère, Il croit le voir dans le sommeil.

Distiques de Caton, Livre second, XXXI

Pense par-dessus tout à conserver ta vie, C’est là le trésor principal Si quelque excès t’entraîne en quelque maladie, N’accuse point le temps quand tu causes ton mal.

Distiques de Caton, Livre second, XXX

Respecte un sentiment reçu de tout le monde; Ne sois pas seul de ton avis: Un esprit orgueilleux, qui dans son sens abonde, Méprisant le public, attire ses mépris.

Distiques de Caton, Livre second, XXIX

Si tu veux conserver une vigueur parfaite, Tu dois user de tout avec sobriété, Le plus souvent faire diète, Peu donner aux plaisirs, beaucoup à la santé.

Distiques de Caton, Livre second, XXVIII

Aye une prévoyance sage, Et des faits importants garde le souvenir, Semblable au dieu Janus, dont le double visage, Voit derrière et devant, le passé, l’avenir.

Distiques de Caton, Livre second, XXVII

Lorsque l’occasion s’offre à toi la première, Ne la laisse point échapper: Chevelue en devant, et chauve par derrière, Ce n’est que par le front qu’on la peut attraper.

Distiques de Caton, Livre second, XXVI

Lorsque la fortune t’outrage, Ne cède point aux coups du plus rigoureux sort D’un espoir généreux relevé ton courage: L’espoir seul suit partout, même jusqu’à la mort.

Distiques de Caton, Livre second, XXV

Il est certains malheurs que l’humaine prudence Ne peut éviter par ses soins; Mais pour les supporter, use de prévoyance: Le trait qu’on voit partir, s’il frappe, blesse moins.

Distiques de Caton, Livre second, XXIV

Ton esprit trop sensible au malheur qui l’accable Contre son triste sort veut-il se dépiter? Songe que la fortune élève le coupable Afin de le précipiter.

Distiques de Caton, Livre second, XXIII

Un ami qu’un vrai zèle enflamme, Un médecin prudent, sont deux riches trésors; L’un pour lui confier les secrets de ton âme, L’autre pour conserver la santé de ton corps.

Distiques de Caton, Livre second, XXII

Ne t’en prends qu’à toi seul quand tu te sens coupable Des excès où le vin conduit en sa chaleur. Le vin est innocent, la faute inexcusable N’est que de la part du buveur.

Distiques de Caton, Livre second, XXI

Ne sois pas d’une prompte et facile croyance A tout ce qui t’est raconté. Des grands parleurs surtout prends de la défiance; Car qui parle beaucoup dit peu de vérité.

Distiques de Caton, Livre second, XX

Entre tous les défauts les plus dignes de blâme, Evite l’avarice et fuis la volupté: Un homme passe pour infâme, Sur ces vices honteux sitôt qu’il est noté.

Distiques de Caton, Livre second, XIX

Prends quelquefois d’un fou le ton et l’apparence, Lorsqu’il est dangereux d’user de ta raison; C’est un trait de grande prudence De paraître insensé quand il est de saison.

Distiques de Caton, Livre second, XVIII

Ayant acquis du bien, songe dans l’abondance Qu’il en faut user sobrement; Aussitôt qu’on se livre à la folle dépense, Le fruit d’un long travail échappe en un moment.

Distiques de Caton, Livre second, XVII

Ne vas pas te louer toi-même, N’en montre point non plus un mépris, affecté: Le premier est l’effet d’une folie extrême, Le second marque un coeur rempli de vanité.

Distiques de Caton, Livre second, XVI

Un différend t’a-t-il attiré quelque injure, Tu ne dois pas la publier: S’en souvenir après, c’est avoir l’âme dure; La dispute finie, on la doit oublier.

Distiques de Caton, Livre second, XV

Supporte constamment l’arrêt que le caprice D’un juge prévenu prononce contre toi: Nul ne jouit longtemps d’un bien que l’injustice Lui vend aux dépens de la loi.

Distiques de Caton, Livre second, XIV

Par des airs de grandeur n’irrite point l’envie, Qui ne voit cet éclat qu’avec un oeil jaloux; Si son venin ne cause aucun tort à ta vie, Il est toujours fâcheux d’être en butte à ses coups.

Distiques de Caton, Livre second, XIII

N’use jamais de sortilège Pour percer les secrets de la Divinité: Celui dont dépend l’homme, use du privilège De disposer de lui sans qu’il soit consulté.

Distiques de Caton, Livre second, XII

Fuis dans les entretiens ces disputes frivoles Qui peuvent s’élever entre amis et parents: Quelquefois les moindres paroles Font naître pour des riens les plus grands différends.

Distiques de Caton, Livre second, XI

Pouvant vaincre ton adversaire N’use point de tes droits avec trop de rigueur: On a vu bien souvent, aidé de sa colère, Le vaincu, s’élever au dessus du vainqueur.

Distiques de Caton, Livre second, X

Un homme est-il petit et de mince figure? Ne le méprise point sur ces simples dehors: Souvent l’Auteur de la nature Dédommage l’esprit de ce qu’il ôte au corps.

Distiques de Caton, Livre second, IX

Ne crois pas qu’un mortel coupable d’injustice Tire profit de son péché; S’il couvre pour un temps son crime et sa malice, Un jour rendra public ce qu’il avait caché.

Distiques de Caton, Livre second, VIII

Ne révèle à personne une action infâme, Dont tu rougis toi même, et que tu peux cacher. Quelle nécessité qu’un confident te blâme D’un vice que ton coeur doit seul te reprocher?

Distiques de Caton, Livre second, VII

Fuis tant que tu pourras la dépense inutile; Contente-toi de peu, lorsqu’il faut ménager: Plus le fleuve est petit, plus la barque fragile Vogue sur l’onde sans danger.

Distiques de Caton, Livre second, VI

Contraint de te mettre en dépense, Fais-le de bonne grâce et selon ton pouvoir: Certaines lois de bienséance Paraissent dans les temps exiger ce devoir.

Distiques de Caton, Livre second, V

Ne soutiens jamais par colère Quelque fait que ce soit, surtout s’il est douteux: La raison vainement t’offrira sa lumière, Lorsque la passion te fermera les yeux.

Distiques de Caton, Livre second, IV

Trop craindre la mort, c’est folie; Fais pour vaincre ce faible un généreux effort: On ne saurait goûter les plaisirs de la vie, En se livrant sans cesse aux frayeurs de la mort.

Distiques de Caton, Livre second, III

Sur des secrets cachés par le souverain Etre, Garde-toi de porter des regards curieux: Vain mortel, pense à te connaître, Non pas à découvrir ce qui se passe aux cieux.

Distiques de Caton, Livre second, II

Oblige tout le monde, et les inconnus même, Autant qu’il te sera permis; Et sache qu’il n’est rien, fût-ce le diadème, Qu’on puisse comparer au grand nombre d’amis.

Distiques de Caton, Livre second, I

Tu fais goûter les fruits d’une largesse extrême A tous ceux que tu mets au rang de tes amis: Sois encore meilleur à toi-même Dans l’état d’opulence où le destin t’a mis.

Distiques de Caton, Livre premier, XL

As-tu des biens en abondance, Garde-les pour le temps où cessent les travaux: Où le travail finit, la pauvreté commence, Et devient le plus grand des maux.

Distiques de Caton, Livre premier, XXXIX

Si tu peux vaincre autrui, cède par complaisance, Rien n’est plus glorieux que de vaincre en cédant Car, entre les vertus, c’est à la patience Qu’on doit donner le premier rang.

Distiques de Caton, Livre premier, XXXVIII

Ton domestique a-t-il mérité quelque blâme? Modère le courroux qui t’aigrit contre lui: Ce n’est qu’en possédant ton âme, Que tu peux compatir aux faiblesses d’autrui.

Distiques de Caton, Livre premier, XXXVII

Prends soin que du procès la fureur ne t’entraîne A diviser un tout dont tu fais la moitié: La colère engendre la haine, Et par l’esprit de paix on nourrit l’amitié.

Distiques de Caton, Livre premier, XXXVI

Ne refuse jamais de donner peu de chose. A ceux dont tu prétends beaucoup plus obtenir, Un don fait à propos dispose, Et fournit à deux coeurs les moyens de s’unir.

Distiques de Caton, Livre premier, XXXV

Pouvant sur tes amis remporter l’avantage, Mets ton honneur à leur céder: Un peu de complaisance ainsi mis en usage Te soumettra les coeurs que tu veux posséder.

Distiques de Caton, Livre premier, XXXIV

Voyant qu’au cours de cette vie De fâcheux accidents se mêlent tour à tour, Pour compenser les maux dont le ciel l’a remplie, Estime un très grand bien le don de chaque jour.

Distiques de Caton, Livre premier, XXXIII

Des choses que tu sais, parle avec assurance: Quand tu doutes, sois retenu. On juge en sûreté quand on a connaissance; On décide au hasard sur un fait inconnu.

Distiques de Caton, Livre premier, XXXII

Ne demande jamais que ce que la justice Ou bien l’honnêteté peuvent autoriser: Le sage ne doit point demander par caprice Tout ce que la raison a droit de refuser.

Distiques de Caton, Livre premier, XXXI

Viens offrir à ton Dieu l’encens et la prière; Laisse pour le travail croître les animaux, Et ne crois pas du Ciel apaiser la colère, En versant le sang des taureaux.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXXVIII

N’étant point assuré du temps que tu dois vivre, Envisage de près le moment du trépas: Comme vois ton ombre attachée à te suivre, La mort te suit à chaque pas.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXXVII

Souvent il arrive des pertes Qu’on ne peut supporter d’un esprit bien soumis, Mais qui par point d’honneur doivent être souffertes, Lorsqu’il faut ménager quelqu’un de ses amis.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXXVI

Si la perte des biens te met dans la détresse, En ton affliction sois sage et retenu; Mais montre une juste allégresse, Si tu vois par hasard grossir ton revenu.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXXV

Par l’effet d’une haine injuste et criminelle, N’entre point en procès contre un homme de bien: Le ciel, en semblable querelle, Du juste qu’on opprime est toujours le soutien.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXXIV

Mesure à ton pouvoir la grandeur de l’ouvrage: Le plus sûr, à qui veut fendre les flots amers, Est de ramer près du rivage, Plutôt que de cingler vers le plus haut des mers.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXXIII

Peu satisfait du train que prennent tes affaires, Considère l’état où sont celles d’autrui; S’il a des revers moins contraires, Si tu dois l’estimer plus malheureux que lui.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXXII

Sur l’homme taciturne et d’humeur nonchalante, Pour la société ne fais jamais de fonds: C’est où l’onde paraît dormante Qu’elle cache souvent des abymes profonds.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXXI

Vénus avec Bacchus a souvent des querelles, Qui troublent les plaisirs des sens: Crains de pareils débats les suites criminelles; Ne te livre jamais qu’aux plaisirs innocents.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXX

Fais-toi gloire d’apprendre, étant dans l’ignorance; Et pour croître en savoir, ne néglige aucun soin; C’est vertu d’aimer la science, Et vice de rougir de s’instruire au besoin.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XXIX

Quelque instruit que tu sois, pense que la science Doit augmenter chez toi de toutes les façons: Fuis cette vaine suffisance Qui ne veut pas d’autrui recevoir les leçons.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XLVIII

Ton destin malheureux t’a fait prendre une femme Qui n’a ni grand bien, ni pudeur: D’ami de tes amants fuis le surnom infâme. De crainte d’ajouter le crime au déshonneur.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XLVII

Ne fais point éclater ta joie Quand tu vois les méchants surpris par le trépas. Heureux qui vit sans crime, et dans la douce voie Termine sa course ici-bas.

Distiques de Caton, Livre quatrième, XLVI