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Citations de : Christian Bobin

Ce qui ne sert à rien sert à tellement de choses.

La part manquante

Il y a une beauté qui n’est atteinte que là, dans cette grande intelligence proposée à l’esprit par le temps vide et le ciel pur.

La part manquante

Celui qui commande aux autres se met en position de Dieu. Celui qui commande et rit de ses commandements se met en position de diable.

La part manquante

On pourrait recenser les livres suivant l’embarras d’en parler.

La part manquante

… le travail c’est d’être où l’on n’a pas choisi d’être, où l’on est contraint de demeurer – loin de soi et de tout.

La part manquante

… tout se donne à voir, sur le ciel d’un visage.

La part manquante

Ce qu’on apprend dans les livres, c’est la grammaire du silence, la leçon de lumière. Il faut du temps pour apprendre. Il faut tellement plus de temps pour s’atteindre.

La part manquante

La lecture c’est la vie sans contraire, c’est la vie épargnée.

La part manquante

Pour s’éprendre d’une femme, il faut qu’il y ait en elle un désert, une absence, quelque chose qui appelle la tourmente, la jouissance. Une zone de vie non entamée dans sa vie, une terre non brûlée, ignorée d’elle-même comme de vous.

La part manquante

Si on devait dessiner l’intelligence, la plus fine fleur de la pensée, on prendrait le visage d’une jeune mère, n’importe laquelle. De même si on devait dire la part souffrante de tout amour, la part manquante, arrachée.

La part manquante

Avec la fin de l’amour, apparaissent les rois mages: la mélancolie, le silence et la joie.

Une petite robe de fête

Qui n’a pas connu l’absence ne sait rien de l’amour. Qui a connu l’absence a pris connaissance de son néant – de cette connaissance lointaine qui fait trembler les bêtes à l’approche de leur mort.

Une petite robe de fête

Il n’y a pas de connaissance en dehors de l’amour. Il n’y a dans l’amour que de l’inconnaissable.

Une petite robe de fête

On lit comme on aime, on entre en lecture comme on tombe amoureux: par espérance, par impatience. … trouver le sommeil dans un seul corps, toucher au silence dans une seule phrase.

Une petite robe de fête

Devant les livres, la nature ou l’amour, vous êtes comme à vingt ans: au tout début du monde et de vous.

Une petite robe de fête

C’est difficile d’aller de l’inutile, la lecture, à l’utile, le mensonge.

Une petite robe de fête

Qu’est-ce que c’est, apprendre. Apprendre à jouer, apprendre à vivre. Qu’est-ce que c’est, sinon ça: toucher au plus élémentaire de soi. Au plus vif et rebelle.

Une petite robe de fête

Un grand livre commence longtemps avant le livre. Un livre est grand par la grandeur du désespoir dont il procède, par toute cette nuit qui pèse sur lui et le retient longtemps de naître.

Une petite robe de fête

Lire, sommeiller, marcher, ne penser à rien, laisser les lumières du ciel pâlir sur la tapisserie des murs.

Une petite robe de fête

Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque.

Une petite robe de fête

La joie va toujours avec la frayeur, les livres vont toujours avec le deuil.

Une petite robe de fête

Le mal de la télévision, ce n’est pas dans la télévision qu’il est, c’est dans le monde.

Vous reconnaissez vos amis à ce qu’ils ne vous empêchent pas d’être seul, à ce qu’ils éclairent votre solitude sans l’interrompre.

L'inespérée

Un tête-à-tête permanent avec Dieu, dans cette vie, serait accablant. Il faut à l’amour un peu d’absence.

Mozart et la pluie

Tristesse: la fatigue qui entre dans l’âme – Fatigue: la tristesse qui entre dans la chair.

L'autre visage

Toutes les mères sont impossibles – qu’elles aiment trop ou qu’elles n’aiment pas assez. Il n’y a pas en la matière de juste mesure.

La plus que vive

Sage, ce n’est pas une question de temps, c’est une question de coeur et le coeur n’est pas dans le temps.

La folle allure

Pour bien écrire le mot amour, il y faudrait plus d’encre qu’il n’y en a au monde.

Peu de livres changent une vie. Quand ils la changent c’est pour toujours.

Les enfants sont comme les marins: où que se portent leurs yeux, partout c’est l’immense.

La part manquante

Celle qu’on aime, on la voit s’avancer toute nue.

Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.

C’est un mot obscur que celui de l’amour. Il résonne dans nos coeurs comme le nom d’un pays lointain dont, depuis l’enfance, on a entendu vanter les cieux et les marbres.

Aimer c’est aimer ce qui est simple, et donc mystérieux. Ce qui est compliqué n’est jamais mystérieux.

La part manquante

«Infiniment plus que tout»: c’est le nom enfantin de l’amour, son petit nom, son nom secret.

Un rayon de soleil vaut tous les livres du monde.

Leçon ancestrale, coutume venue de la nuit des temps: attendre infiniment, mais sans rien attendre de personne.

Le huitième jour de la semaine

Le vrai père c’est celui qui ouvre les chemins par sa parole, pas celui qui retient dans les filets de sa rancoeur.

Le Très-Bas

Le renoncement est le fruit de tout apprentissage.

Lettres d'or

Le monde de l’esprit n’est que le monde matériel enfin remis d’aplomb.

Le Très-Bas

La vie en société c’est quand tout le monde est là et qu’il n’y a personne. La vie en société c’est quand tous obéissent à ce que personne ne veut.

L'inespérée

La vérité tient sa lumière en elle-même, non dans celui qui la dit.

Le Très-Bas

La pâtisserie et l’amour, c’est pareil – une question de fraîcheur et que tous les ingrédients, même les plus amers, tournent au délice.

La beauté des mères dépasse infiniment la gloire de la nature.

Le Très-Bas

Je t’aime – cette parole est la plus mystérieuse qui soit, la seule digne d’être commentée pendant des siècles.

La plus que vive

Impossible de parler de Dieu sans prononcer aussitôt une quantité invraisemblable de bêtises. On ne peut rien dire de Dieu, seulement parler avec lui, en lui.

… il n’y a pas de saints. Il n’y a que de la sainteté. La sainteté c’est la joie.

Le Très-Bas

Les hommes tiennent le monde. Les mères tiennent l’éternel qui tient le monde et les hommes.

Le Très-Bas

On n’est jamais contemporain de l’invisible.

Le Très-Bas

Très peu de vraies paroles s’échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler. Peut-être n’ouvre-t-on un livre que pour enfin commencer à entendre.

Le Très-Bas

Ce qu’on sait de quelqu’un empêche de le connaître.

Le Très-Bas

Les dos sont les vrais visages des gens, ce sont les visages qu’ils ne pensent pas à cacher, ce sont leurs visages quand ils nous quittent, quand ils s’éloignent de nous.

Isabelle Bruges

… hier j’étais heureuse. Aujourd’hui je suis amoureuse, et ce n’est pas pareil. Et c’est même tout le contraire.

Isabelle Bruges

Le bonheur c’est l’absence, c’est d’être enfin absente à soi, rendue à toutes choses alentour.

Isabelle Bruges

… ce qu’on emprisonne nous retient dans la prison. Ce qu’on détruit nous détruit à son tour.

Isabelle Bruges

Les parents, Isabelle, ne savent jamais ce qu’ils disent à leurs enfants. Jamais. Ils devraient se méfier de leurs rires, plus encore que de leurs colères.

Isabelle Bruges

Les bourgeois rêvent d’un pauvre conforme à leurs intérêts. Les prêtres rêvent d’un pauvre conforme à leurs espérances.

Le Très-Bas

On peut très bien faire une chose sans y être. On peut même passer le clair de sa vie, parler, travailler, aimer, sans y être jamais.

Le Très-Bas

Quelques mots pleins d’ombre peuvent changer une vie. Un rien peut vous donner à votre vie, un rien peut vous en enlever. Un rien décide de tout.

Le Très-Bas

Comment dire à ceux qui vous aiment qu’ils ne vous aiment pas.

Le Très-Bas

L’amour de soi est à l’amour de Dieu ce que le blé en herbe est au blé mûr.

Le Très-Bas

La beauté, voilà un vrai mystère, bien plus intéressant que celui de l’âme.

Le Très-Bas

La croissance de l’esprit est à l’inverse de la croissance de la chair. Le corps grandit en prenant de la taille. L’esprit grandit en perdant de la hauteur. La sainteté renverse les lois de maturité: l’homme y est la fleur, l’enfance y est le fruit.

Le Très-Bas

L’enfant est à l’adulte ce que la fleur est au fruit. La fleur n’est pas certitude du fruit.

Le Très-Bas

On voit à la mesure de son espérance.

Le Très-Bas

Une femme pour un homme, c’est ce qu’il y a de plus loin au monde.

Le Très-Bas

C’est une chose étrange que l’absence. Elle contient tout autant d’infini que la présence. J’ai appris cela dans l’attente, j’ai appris à aimer les heures creuses, les heures vides: c’est si beau d’attendre celle que l’on aime.

Lettres d'or

On peut s’éprendre d’une femme pour une manière de ramener ses cheveux sur sa nuque, pour la négligence dans sa voix, ou la lumière sur ses mains. Pour une raison aussi simple, on abandonne le tout de sa vie.

Lettres d'or

Il n’y a pas d’autre art que l’art amoureux. C’est l’art souverain de la lenteur et de la vitesse. C’est l’art de susciter un éclair, sans jamais l’arrêter en l’orientant vers nous.

Lettres d'or

L’amour est comme un peintre qui oublierait – chaque matin, dans son atelier – la vieille histoire du monde, pour saisir une fleur éternelle dans le tremblé de l’air.

Lettres d'or

… écrire, c’est avoir une très haute conscience de soi-même, et c’est avoir conscience que l’on n’est pas à la hauteur, que l’on n’y a jamais été.

Lettres d'or

Comment sortir de soi? Parfois cette chose arrive, qui fait que nous ne sommes plus enfermés: un amour sans mesure. Un silence sans contraire. La contemplation d’un visage infini, fait de ciel et de terre.

Lettres d'or

C’est même chose que d’aimer ou d’écrire. C’est toujours se soumettre à la claire nudité d’un silence. C’est toujours s’effacer.

Lettres d'or

Se taire: l’avancée en solitude, loin de dessiner une clôture, ouvre la seule et durable et réelle voie d’accès aux autres, à cette altérité qui est en nous et qui est dans les autres comme l’ombre portée d’un astre, solaire, bienveillant.

Souveraineté du vide

Si la vie est immédiate et verte au bord des étangs, pour la rejoindre, il nous faut d’abord rejoindre ce qui en nous est comme de l’eau, comme de l’air, comme du ciel.

Souveraineté du vide

Il y a plus de clarté dans les livres que dans le ciel. Il y a plus de clarté dans le sommeil des amants que dans les livres.

Souveraineté du vide

Dans la guerre, on n’a plus besoin de montres. La faim renseigne très bien sur l’heure. La peur fait sonner chaque seconde, mieux que des aiguilles.

Isabelle Bruges

Les maisons sont comme les gens, elles ont leur âge, leurs fatigues, leurs folies. Ou plutôt non: ce sont les gens qui sont comme des maisons, avec leur cave, leur grenier, leurs murs et, parfois, de si claires fenêtres donnant sur de si beaux jardins.

Isabelle Bruges

Tu es, mon amour, la joie qui me reste quand je n’ai plus de joie.

L'inespérée

… les médecins sont comme les adultes quand ils parlent aux enfants, ils vous parlent pour que vous n’entendiez pas, ce qui fait que vous entendez trop.

L'inespérée

… nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d’autre.

L'inespérée

L’intelligence est la force, solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi – vers l’autre là-bas, comme nous égaré dans le noir.

L'inespérée

Le mal de la télévision, ce n’est pas dans la télévision qu’il est, c’est dans le monde, et si on le confond c’est qu’ils ne font plus qu’une masse perdue, souffrante.

L'inespérée

C’est (la mélancolie) la maladie de celui qui, dépité de n’être pas tout, choisit, par un revers enfantin de l’orgueil, de n’être rien, ne gardant du monde que ce qui lui ressemble: le morne et le pluvieux.

L'inespérée

Etre vivant, c’est être vu, entrer dans la lumière d’un regard aimant.

L'inespérée

Elle (l’attente) nous apprend que l’amour est impossible et que, devant l’impossible, on ne peut réussir ni échouer, seulement maintenir le désir assez pur pour n’être défait par rien.

Lettres d'or

Cette inaliénable égalité devant le vide, l’horreur du vide, la souveraineté du vide. Que nous la reniions ou non, peu importe. C’est là que nous sommes. C’est là qu’adviennent les rencontres.

Souveraineté du vide

L’inachevé, l’incomplétude seraient essentiels à toute perfection.

Souveraineté du vide

Il y a beaucoup d’affinités, de connivences, entre la lecture et la prière: dans les deux cas, marmonnement. Dans les deux cas, silencieux commerce avec l’Autre.

Souveraineté du vide

Je ne peux rien sur ma vie. Surtout pas la mener.

Souveraineté du vide

La musique, ce qu’elle est: respiration. Marée. Longue caresse d’une main de sable.

Souveraineté du vide

Assez seul pour ne plus l’être jamais.

Souveraineté du vide

La rupture avec soi est le plus court chemin pour aller à soi.

La part manquante

C’est quoi, réussir sa vie, sinon cela, cet entêtement d’une enfance, cette fidélité simple: ne jamais aller plus loin que ce qui vous enchante à ce jour, à cette heure.

La part manquante

Vous mélangez tout. C’est votre façon à vous d’y voir clair: mélanger toutes sortes de lumières.

La part manquante

On n’apprend que d’une femme. On n’apprend que de l’ignorance où elle nous met quant à nos jours, quant à nos nuits.

La part manquante

La perfection est la petite soeur gâtée de la mort. La sainteté est le goût puissant de cette vie comme elle va – une capacité enfantine à se réjouir de ce qui est sans rien demander d’autre.

L'éloignement du monde

… pas plus qu’on ne raisonne le besoin de manger ou dormir, on ne doit justifier le besoin d’être seul.

L'éloignement du monde

… l’essentiel n’est rien d’autre que ce que l’on néglige.

L'éloignement du monde

Il nous manque d’aller dans notre vie comme si nous n’y étions plus …

L'éloignement du monde

Qu’espérer d’un amour pur sinon qu’il rende notre solitude pure?

L'éloignement du monde

Nous passons notre vie devant une porte sans voir qu’elle est déjà ouverte et que ce qui est derrière est déjà là, devant nos yeux.

L'éloignement du monde

L’amour ne vient que par grâce et sans tenir aucun compte de ce que nous sommes.

L'éloignement du monde

Légèreté de l’oiseau qui n’a pas besoin pour chanter de posséder la forêt, pas même un seul arbre.

L'éloignement du monde

Ceux qui savent nous aimer nous accompagnent jusqu’au seuil de notre solitude puis restent là, sans faire un pas de plus. Ceux qui prétendent aller plus loin dans notre compagnie restent en fait bien plus en arrière.

L'éloignement du monde

… la vie est parfois grave, souvent légère – jamais sérieuse.

L'éloignement du monde

Qui sait nous donner une joie aussi pure que celle prodiguée par la vue d’un petit nuage blanc dans le ciel bleu?

L'éloignement du monde

… l’amour – ce versant escarpé de la solitude.

L'éloignement du monde

… il ne faut jamais faire de littérature, il faut écrire et ce n’est pas pareil …

La plus que vive

… tu veux savoir qui tu es pour moi, eh bien voilà: tu es celle qui m’empêche de me suffire.

La plus que vive

Même les femmes libres ne sont jamais tout à fait libres. Elles vivent toujours entre deux guerres.

La plus que vive

La maladie n’est jamais une cause. La maladie est une réponse, une pauvre réponse que l’on invente à une souffrance.

La plus que vive

… si éclairants soient les grands textes, ils donnent moins de lumière que les premiers flocons de neige.

La plus que vive

… il y a quelque chose de calmant dans la philosophie, une manière de parler du vivant comme si on était déjà mort …

La plus que vive

A part les saints et quelques chiens errants, nous sommes tous plus ou moins contaminés par la maladie de la tristesse.

La plus que vive

Dans les choses que nous voulons il y a toujours plus que les choses elles-mêmes.

La plus que vive

Nous n’habitons pas des régions. Nous n’habitons même pas la terre. Le coeur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure.

La plus que vive

Les terres où nous vivons sont comme les personnes, identifiables à des riens, à telle couleur d’un ciel, tel accident d’un sol.

La plus que vive

Mon pays fait vingt et un centimètres de large, sur vingt-neuf de long: une feuille de papier blanc.

La plus que vive

… je n’aime que cette musique que je n’ai plus besoin d’entendre …

La plus que vive

… l’intelligence c’est proposer à l’autre ce qu’on a de plus précieux, en faisant tout pour qu’il puisse en disposer – s’il le souhaite, quand il le souhaite. L’intelligence, c’est l’amour avec la liberté.

La plus que vive

Avec le temps bien des gens lâchent. Ils disparaissent de leur vivant et ne désirent plus que des choses raisonnables.

La plus que vive

… le plus bel usage de cette vie c’est de n’en rien faire …

La plus que vive

Désespoir, amour, gaieté. Qui a ces trois roses enfoncées dans le coeur a la jeunesse pour lui, avec lui.

La plus que vive

Peu de livres changent une vie. Quand ils la changent c’est pour toujours, des portes s’ouvrent que l’on ne soupçonnait pas, on entre et on ne reviendra plus en arrière.

La plus que vive

La mort ne change pas une vie en destin. Mourir ne referme pas le livre à sa dernière page, texte enfin déchiffrable.

La plus que vive

… prier, parler au vide pour que le vide nettoie votre parole.

Le Très-Bas

Si l’on veut connaître un homme, il faut chercher celui vers lequel sa vie est secrètement tournée, celui à qui, de préférence à tout autre, il parle, même quand apparemment il s’adresse à nous.

Le Très-Bas

Les mariages usent l’amour, le fatiguent, le tirent vers le sérieux et le lourd qui est le lieu du monde.

Le Très-Bas

La parole qui adore comme celle qui maudit ignorent tout de ce qu’elles nomment, et d’ailleurs souvent se succèdent en une seconde sur les mêmes lèvres, à propos du même objet, de la même personne.

Le Très-Bas

… ce nom que toute les femmes pourraient donner à leur mari: le loin-près. Ni jamais là, ni jamais ailleurs. Ni vraiment absent, ni vraiment présent.

Le Très-Bas

… la vérité n’est jamais si grande que dans l’humiliation de celui qui l’annonce.

Le Très-Bas

N’importe quoi peut servir de Dieu quand Dieu manque.

Le Très-Bas

… tout a puissance de parole dans l’amour … tout est doué de sens dans l’amour insensé.

Le Très-Bas

Il est bon pour un enfant d’avoir ses deux parents, chacun le protégeant de l’autre: le père pour le garder d’une mère trop dévorante, la mère pour le garder d’un père trop souverain.

Le Très-Bas

Ce qu’on éloigne, l’éloignement le protège.

Le Très-Bas

… plus on s’approche de la lumière, plus on se connaît plein d’ombres.

La plus que vive

Les enfants, ce n’est pas sorcier, ça pousse à travers nos erreurs.

La plus que vive

… je cherche matière de louange partout, même dans le pire.

La plus que vive

… le génie est composé d’amour, d’enfance et encore d’amour …

La plus que vive

La joie c’est de n’être plus jamais chez soi, toujours dehors, affaibli de tout, affamé de tout, partout dans le dehors du monde comme au ventre de Dieu.

Le Très-Bas

… la mort, cette extase du sommeil.

Le Très-Bas

… ce qui est impossible à comprendre est tellement simple à vivre.

Le Très-Bas

La religion c’est ce qui relie et rien n’est plus religieux que la haine: elle rassemble les hommes en foule sous la puissance d’une idée ou d’un nom quand l’amour les délivre un à un par la faiblesse d’un visage ou d’une voix.

Le Très-Bas

Dieu c’est ce que savent les enfant, pas les adultes.

Le Très-Bas

Il n’y a pas d’amour adulte, mûr et raisonnable. Il n’y a devant l’amour aucun adulte, que des enfants, que cet esprit d’enfance qui est abandon, insouciance, esprit de la perte d’esprit.

Le Très-Bas

Celui qui donne la mort, c’est qu’il est déjà mort. Celui qui tue, c’est par manque d’air.

L'autre visage

… pour bien écrire le mot amour, il y faudrait plus d’encre qu’il n’y a au monde.

L'autre visage

Ce qui ne peut danser au bord des lèvres – s’en va hurler au fond de l’âme.

L'autre visage

Peut-être ne fait-on jamais une chose pour elle-même, mais pour se donner le temps d’en venir à une autre qui, seule, nous ressemblera.

La folle allure

Ceux qui nous aiment sont bien plus redoutables que ceux qui nous détestent. Il est bien plus difficile de leur résister, et je ne sais rien de mieux que des amis pour vous amener à faire le contraire de ce que vous souhaitez faire.

La folle allure

Le travail des mères, c’est de protéger les enfants de la noire humeur des pères. Et les pères? Leur travail est, je crois, de même nature: ils sont là pour garder les enfants de la trop vive folie des mères.

La folle allure

Il y a d’ailleurs quelque chose de commun à ces trois figures-là: celle du père, celle de l’enseignant et celle du mari. Mon Dieu, protégez-nous des examens et de ceux qui nous les font passer.

La folle allure

… mon Dieu qui n’êtes personne, donnez-moi chaque jour ma chanson quotidienne, mon Dieu qui êtes un clown, je vous salue, je ne pense jamais à vous, je pense à tout le reste, c’est déjà bien assez de travail, amen.

La folle allure

Ce qu’on pressent d’une chose est bien plus éprouvant que la chose elle-même.

La folle allure

… les rires ce sont les larmes qui se consolent toutes seules …

La folle allure

… tout ce qu’on vit vraiment est secret, clandestin et volé …

La folle allure

Le mariage est encore la meilleure façon pour une femme de devenir invisible.

La folle allure

Moins aimer, c’est ne plus aimer du tout.

La folle allure

… qu’avons-nous à nous dire dans la vie, sinon bonjour, bonsoir, je t’aime et je suis là encore, pour un peu de temps vivante sur la même terre que toi.

La folle allure

Passé un certain temps, l’enfant ne peut plus qu’en partir (de la famille): il lui est devenu impossible de s’y faire entendre – parce qu’on le connaît trop et parce qu’on ne le connaît plus.

La folle allure

… une seule chose compte … c’est la gaieté, ne laisse jamais personne te l’enlever.

La folle allure

Il y a très peu de gens qui savent rire de leur folie.

La folle allure

Ecouter c’est quand on aime.

La folle allure

L’enfant est celui auquel on annonce jour et nuit sa fin prochaine, certaine, voulue: grandis.

La folle allure

Ce qui est fait pour tout le monde n’est fait pour personne.

La folle allure

Mourir doit ressembler à ça: nager dans le noir et que personne ne vous appelle.

La folle allure

J’ai toujours craint ceux qui partent à l’assaut de leur vie comme si rien n’était plus important que de faire des choses, vite, beaucoup.

La folle allure

Le besoin de créer est dans l’âme comme le besoin de manger dans le corps.

La folle allure

… le droit élémentaire de toute personne vivant sur cette terre: disparaître sans rendre compte de sa disparition.

La folle allure

C’est fou ce qu’on peut dire comme bêtises pour retenir les gens – et c’est fou comme les gens croient aux bêtises qu’on leur dit.

La folle allure

… les dalles mortuaires ressemblent aux couvertures des livres. Même format rectangulaire. Même brièveté des informations données.

La folle allure

Le temps, j’en ai toujours eu besoin pour faire ce que j’avais à faire: rien.

La folle allure

Tu sais ce que c’est la mélancolie? Tu as déjà vu une éclipse? Eh bien c’est ça: la lune qui se glisse devant le coeur, et le coeur qui ne donne plus sa lumière.

La folle allure

… les gens on les aime tout de suite ou jamais.

La folle allure

Ce sont les noms qui font peur. Les choses sans les noms ce n’est rien, pas même des choses.

La folle allure

Le sommeil est un mystère et, en tant que tel, il touche la mort d’un côté, et l’amour de l’autre.

Le huitième jour de la semaine

Oui, c’est un pur miracle, que par des mots enterrés dans des livres, l’on puisse raviver une source, rafraîchir un jardin.

Le huitième jour de la semaine

Le solitaire est celui qui n’est plus jamais seul parce que toutes choses viennent à lui, trouver leur nom.

Le huitième jour de la semaine

Il y a une joie élémentaire de l’univers, que l’on assombrit chaque fois que l’on prétend être quelqu’un, ou savoir quelque chose.

Le huitième jour de la semaine

Dans le monde, on ne dit rien, avec beaucoup de mots. Dans les livres on n’en dit pas plus, mais avec d’autres mots.

Le huitième jour de la semaine

Il faut … vouloir ce que l’on aime, et il faut le vouloir d’une volonté profonde, pure de toute impatience, comme obscure à elle-même.

Le huitième jour de la semaine

Combien de mois, combien de vies faut-il pour écrire une phrase qui égale en puissance la beauté des choses?

Le huitième jour de la semaine

… c’est dans l’épuisement que l’on augmente ses forces. C’est dans l’abandon que l’on devient prince, et dans l’éclat de mourir que l’on découvre ce plus noble éclat de l’amour.

Le huitième jour de la semaine

(Aimer et mourir) sont deux lueurs qui ne font qu’un seul feu, et sans doute est-ce pour cela que nous aimons si peu, si mal: il nous faudrait consentir à notre propre défaite.

Le huitième jour de la semaine

… ce goût têtu de l’oisiveté – c’est-à-dire de l’amour – …

Le huitième jour de la semaine

Je lui parle en souriant, comme il convient de parler à ceux que l’on aime.

Le huitième jour de la semaine

Le silence est la plus haute forme de la pensée, et c’est en développant en nous cette attention muette au jour, que nous trouverons notre place dans l’absolu qui nous entoure.

Le huitième jour de la semaine

… cette plus haute forme de la connaissance: le rêve, l’adoration du silence.

Le huitième jour de la semaine

Il y a une pureté du mal, une lumière du noir.

Le huitième jour de la semaine

Celui qui parle est sans absence.

Le huitième jour de la semaine

… la musique rend bête, incomparablement. Elle enlève l’âme de la bouche. Elle se produit dans un temps blanchi, dévasté. Elle danse sur notre disposition, elle donne ses fêtes pour le jour où nous n’y sommes plus.

L'enchantement simple

Votre visage est unique: je peux le voir partout.

L'enchantement simple

Je crois qu’on ne peut rien faire de vous, sinon ça: passer outre à toute compréhension, à toute prévision, et vous aimer, inlassablement vous aimer.

L'enchantement simple

Lire: prier au désert.

L'enchantement simple

La beauté est une guérison de l’esprit par aggravation de son mal – du sel lancé sur une blessure franche.

L'éloignement du monde

Quand on aime quelqu’un, on a toujours quelque chose à lui dire ou à lui écrire, jusqu’à la fin des temps.

Geai

Mon Dieu, protégez-nous de ceux qui nous aiment.

Geai

Les secrets sont des piments sur le bout de la langue. Tôt ou tard ils mettent la bouche en feu.

Geai

Une seule femme quand elle est amoureuse suffit pour remplir le ciel et la terre … .

Geai

La vérité, vous la dites, et elle vous attire des claques ou des félicitations. Et le pire c’est que, dans un cas comme dans l’autre, personne ne vous croit. – La vérité, c’est incroyable.

Geai

Etre amoureux, c’est souvent l’être «vaguement».

Geai

Un sourire est comme une armée d’avant-garde, une modification de la chair qui survit à la chair, qui se sépare d’elle et vole très loin, bien plus loin que le visage d’où ce sourire est monté, où il s’est conçu.

Geai

Le désenchantement est plus à craindre que le désespoir. Le désenchantement est un rétrécissement de l’esprit, une maladie des artères de l’intelligence qui peu à peu s’obstruent, ne laissent plus passer la lumière.

Autoportrait au radiateur

L’écriture est la soeur cadette de la parole. L’écriture est la soeur tardive de la parole où un individu, voyageant de sa solitude à la solitude de l’autre, peuple l’espace entre les deux solitudes d’une Voie lactée de mots.

Autoportrait au radiateur

Le sentiment que j’ai de la vie est un sentiment musical – la musique, comme chacun sait, accomplissant ce prodige de disparaître dans le même temps où elle apparaît.

Autoportrait au radiateur

Le livre est la mère du lecteur.

Autoportrait au radiateur

Prouver est un désir de savant ou de policier. Accueillir est un désir d’amoureux.

Autoportrait au radiateur

La création, par l’invention d’une forme close, protège, recueille le réel. L’industrie – et la télévision n’est que cela – détruit, et avec elle grandit, non pas une civilisation, mais bien une barbarie de l’image.

Autoportrait au radiateur

L’art de la conversation est le plus grand art. Ceux qui aiment briller n’y entendent rien. Parler vraiment, c’est aimer, et aimer vraiment, ce n’est pas briller, c’est brûler.

Autoportrait au radiateur

L’angoisse suscite la beauté – comme la question réveille sa réponse.

Autoportrait au radiateur

Ce qu’on appelle le «charme» d’une personne, c’est la liberté dont elle use vis-à-vis d’elle-même, quelque chose qui, dans sa vie, est plus libre que sa vie.

Autoportrait au radiateur

La souffrance sécrète du noir, l’inconnu engendre la lumière.

Autoportrait au radiateur

Je n’aime pas ceux qui parlent de Dieu comme d’une valeur sûre. Je n’aime pas non plus ceux qui en parlent comme d’une infirmité de l’intelligence. Je n’aime pas ceux qui savent, j’aime ceux qui aiment.

Autoportrait au radiateur

Pour avoir un peu de cette vie, il faut commencer par en oublier beaucoup. C’est la règle: pas de vision sans point aveugle – à moins d’être saint, bien sûr.

Autoportrait au radiateur

Ce qui croit commencer ne fait que poursuivre.

Autoportrait au radiateur

La lecture, mes amis, c’est comme la parole d’amour ou comme Dieu le Père: jouissif en diable, charnel d’abord.

Autoportrait au radiateur

… penser n’est jamais qu’une manière un peu austère de raconter.

Autoportrait au radiateur

Ceux qui recueillent les faveurs de la foule sont comme des esclaves qui auraient des millions de maîtres.

Autoportrait au radiateur

Le mal, c’est ce à quoi je prends part. Le bien, c’est ce que je laisse venir.

Autoportrait au radiateur

… l’amour donné un jour, c’est pour toujours qu’il est donné.

Autoportrait au radiateur

La beauté est une manière de résister au monde, de tenir devant lui et d’opposer à sa fureur une patience active.

Autoportrait au radiateur

Un livre, un vrai livre, ce n’est pas quelqu’un qui nous parle, c’est quelqu’un qui nous entend, qui sait nous entendre.

Autoportrait au radiateur

Une des plus fines expériences de la vie est de cheminer avec quelqu’un dans la nature, parlant de tout et de rien.

Autoportrait au radiateur

Faire au moins une fois ce qu’on ne fait jamais. Suivre, ne serait-ce qu’un jour, une heure, un autre chemin que celui où le caractère nous a mis.

Autoportrait au radiateur

La merveille, c’est d’exister. Il n’y en a pas d’autre.

Autoportrait au radiateur

… mon Dieu, protégez-nous de la perfection, délivrez-nous d’un tel désir.

Mozart et la pluie

Entre moi et le monde, une vitre. Ecrire est une façon de la traverser sans la briser.

Mozart et la pluie

Le plus beau don que l’on puisse nous faire dans cette vie ténébreuse est celui de la clarté – quand bien même cette clarté nous tue.

Mozart et la pluie

Qu’il y ait, en cet instant où j’écris, deux personnes qui s’aiment dans une chambre, deux notes qui bavardent en riant, c’est assez pour me rendre la terre habitable.

Mozart et la pluie

Pour me détacher du monde, il me suffit de porter mon attention du côté de ce qui résonne – la vérité, la pluie sur le toit d’une voiture, les mots d’amour ou les pianos de Mozart.

Mozart et la pluie

L’enfance est ce que le monde abandonne pour continuer d’être monde.

Mozart et la pluie

… ce qui meurt ne méritait pas de durer.

L'autre visage

Qu’est-ce qui distingue les anges de nous? Leur très grand naturel. – Comment s’appelle le chien qui mord son maître? La gloire. – Qui rit après sa mort? La pluie dans le feuillage.

L'autre visage

Les tombes nous ont appris – tellement de marbre sur tant de vide.

L'autre visage

Car chez nous le contraire de la folie ce n’est pas la sagesse, mais la joie.

L'autre visage

Ce qui fait événement, c’est ce qui est vivant, et ce qui est vivant, c’est ce qui ne se protège pas de sa perte.

Autoportrait au radiateur

L’indifférence est une épreuve. Le succès est une épreuve que l’on réserve à ceux que l’indifférence n’a pas su tuer.

Un désordre de pétales rouges

Pour être dans une solitude absolue, il faut aimer d’un amour absolu.

Un désordre de pétales rouges

Je crois que c’est une infirmité d’époque, une infirmité profonde, une infirmité grave que de se croire supérieur à ce dont on parle.

Un désordre de pétales rouges

Un écrivain est grand non par lui-même mais par la grandeur de ce qu’il nomme, et je ne sais pas d’autre grandeur que celle de la vie faible, humiliée par le monde.

Un désordre de pétales rouges

Les heures silencieuses sont celles qui chantent le plus clair.

Mozart et la pluie

L’amour comme la mort simplifie. Le vrai nom de l’amour est la simplicité.

Mozart et la pluie

La beauté est l’antichambre de l’amour, la beauté est la lisière d’un amour dont je ne désespérerai jamais.

Mozart et la pluie

Il faut autant de génie – c’est-à-dire de courage, de songe, de patience et d’impatience, d’innocence et de ruse – pour trouver l’argent du loyer et de quoi vêtir des enfants que pour bâtir un chef-d’oeuvre.

Mozart et la pluie

Dieu descend à terre aussi naturellement que la musique de Mozart monte au ciel, mais il nous manque l’oreille pour l’entendre.

Mozart et la pluie

Un jaloux ne peut trouver la paix que dans la mort de ce qu’il aime: là, enfin, il est sûr de ce qu’il possède.

Tout le monde est occupé

Les mots sont comme les gens. Leur manière de venir à nous en dit long sur leurs intentions.

Tout le monde est occupé

L’amour est une guerre et un repos, une science et un artisanat. L’amour est tout, et même rien avec le tout. Innocence et ruse, innocence avec ruse. Apparaître et disparaître.

Tout le monde est occupé

Je trouve mes lectures dans la lumière du ciel. – C’est le livre le plus profond qui soit – et ce n’est pas moi qui en tourne les pages.

Tout le monde est occupé

Tout le monde est occupé. Tout le monde, partout, tout le temps, est occupé, et par une seule chose à la fois.

Tout le monde est occupé

Je n’avais jamais vu un aussi bel homme. Il était seul et la solitude fait beaucoup pour la beauté.

Tout le monde est occupé

Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles.

Tout le monde est occupé

Il est très difficile de soutenir le regard fixe d’un tout-petit – c’est comme si Dieu était en face de vous et vous dévisageait sans pudeur, en prenant tout son temps, un peu étonné de vous voir là.

Tout le monde est occupé

Il n’y a que du naturel dans ce monde. Ou si vous voulez, et c’est pareil: il n’y a que des miracles dans ce monde.

Tout le monde est occupé

Les vivants sont un peu durs d’oreille. Ils sont souvent remplis de bruit. Il n’y a que les morts et ceux qui vont naître qui peuvent absolument tout entendre.

Tout le monde est occupé

Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous-même – aussi naturellement que peut le faire la vue d’un cerisier en fleur ou d’un chaton jouant à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c’est leur présence.

Tout le monde est occupé

Il y a des fous tellement fous que rien ne pourra jamais leur enlever des yeux la jolie fièvre d’amour. Qu’ils soient bénis. C’est grâce à eux que la terre est ronde et que l’aube chaque fois se lève, se lève, se lève.

Tout le monde est occupé

Il n’y a pas d’autre attente que de vivre.

La femme à venir

Comment se quitter soi-même – ce qui serait la seule manière de tout quitter.

La femme à venir

Si vous voulez vous faire aimer des hommes, Albe, commencez donc par les quitter: vous verrez comme alors ils sont doux. De vrais agneaux, de grands enfants perdus.

La femme à venir

Ce grand charme de ne pas chercher à plaire.

La femme à venir

(L’ennui) est une douleur, la plus minutieuse. Elle se glisse au fond de l’âme, elle se niche entre les dents. On mange sans goût, on vit sans voir. … Expliquez-moi qui je suis. Donnez-moi de mes nouvelles.

La femme à venir

C’est facile de mener plusieurs vies. Il suffit de n’en avoir aucune à soi.

La femme à venir

La douleur comme l’amour sont de mauvais ouvriers. Ils ne savent jamais entrer dans l’âme jusqu’en son fond. Mais y a-t-il un fond.

La femme à venir

Il y a deux manières de mentir. On peut inventer. On peut dire aussi la vérité en passant, d’une voix menue, comme une chose parmi tant d’autres sans importance. C’est la plus élégante façon de mentir.

La femme à venir

… pas un seul éclat de rire dans les Evangiles.

L'épuisement

Lire pour se cultiver, c’est l’horreur. Lire pour rassembler son âme dans la perspective d’un nouvel élan, c’est la merveille.

L'épuisement

… être infidèle à soi-même pour mieux rester fidèle à la vie dans notre vie.

L'épuisement

Ecrire, c’est se découvrir hémophile, saigner de l’encre à la première écorchure, perdre ce qu’on est au profit de ce qu’on voit.

L'épuisement

… c’est bien trop peu d’être quelqu’un. Parce que c’est moins que rien. J’ai quarante-trois ans et je continue à vouloir être tout.

L'épuisement

Ne jamais exiger quoi que ce soit – attendre. – Ne jamais, à personne, rendre compte de ce que tu vis – rire. – Ne jamais t’imaginer cause d’un bien – rire, encore. – Ne jamais chercher une aide – attendre, encore.

L'épuisement

L’écriture c’est le coeur qui éclate en silence.

L'épuisement

La voix claire d’aucun ennui: la poésie c’est suivre son coeur en allant à la fête.

L'épuisement

L’ennui c’est de l’amour qui s’apprête en silence.

L'épuisement

Le travail c’est du temps transmué en argent, l’écriture c’est le même temps changé en or.

L'épuisement

Faire l’amour en cachette, c’est comme voler des bonbons à l’épicerie. C’est délicieux.

La femme à venir

Ce qui est vraiment dit, ce n’est jamais avec des mots que c’est dit. Et on l’entend quand même. Très bien.

La femme à venir

… c’est ce qu’elle est: indifférente, avec passion.

La femme à venir

C’est la voix qui donne l’âge vrai. C’est la flamme d’une parole qui renseigne le mieux sur l’âge des gens.

La femme à venir

Vers la mort, très chère, nous allons. Tous. En dansant ou en boitant, en riant ou en geignant, peu importe, puisque c’est là que nous allons.

La femme à venir

Il y a un don des larmes. Il y a un abîme du monde – et de soi – qui n’est donné que dans les larmes, qui brille au travers d’elles.

La femme à venir

C’est une chose fragile que la lumière du jour. On y grandit. On y marche. On y attend quelque chose, on se sait trop quoi. Oui, mais voilà: où trouver la force d’attendre, quand le visage aimé est recouvert de terre?

La femme à venir

On regarde, c’est difficile de regarder un nouveau-né, c’est comme un mort: on ne sait pas voir.

La femme à venir

Les livres qui échappent à la maîtrise de leur auteur sont les plus beaux des livres.

L'épuisement

Lire c’est faire l’épreuve de soi dans la parole d’un autre, faire venir de l’encre par voie de sang jusqu’au fond de l’âme et que cette âme en soit imprégnée, manger ce qu’on lit, le transformer en soi et se transformer en lui.

L'épuisement

… écrire c’est ne rien oublier de ce que le monde oublie.

L'épuisement

… toute vraie présence est épuisante.

L'épuisement

On croit aimer des gens. En vérité, on aime des mondes.

Geai

Il vaut mieux faire peu de choses et bien les savourer. On s’habitue si vite.

Geai

Le vrai bonheur, c’est ça: un visage inconnu, et comment la parole peu à peu l’éclaire, le fait devenir familier, proche, magnifique, pur.

Geai

Là où il n’y a qu’un fou, tout le monde est certain de ne pas l’être. Là où il y en a deux, trois, cinq, douze, plus personne n’est à l’abri, plus moyen de savoir qui est qui.

Geai

Oui, oui, oui. Je dis oui à qui veut entendre oui. Au début, ça les rassure, ensuite, ça les énerve. Ils me reprochent de dire oui et de ne tenir aucun compte de leurs conseils.

Geai

On ne transmet que ce qu’on aime.

Geai

Certaines choses et certains êtres ont besoin de la distance qui les sépare de nous, et que cette distance demeure infranchissable. Ils y puisent leur nourriture.

Geai

La vie ressemble à un film de Laurel et Hardy. Une chaîne de douleurs reçues et puis transmises.

Geai

La parole doit venir à certains moments, mais ce qui instruit et ce qui donne c’est la présence. C’est elle qui est silencieusement agissante.

Dans la mort le chemin devient d’un seul coup si étroit que, pour passer, on doit se laisser tout entier.

Une petite robe de fête

Dans le monde de l’esprit, c’est en faisant faillite qu’on fait fortune.

Le Très-Bas

Les jambes de vingt ans sont faites pour aller au bout du monde.

Le Très-Bas

Il y a plus de texte écrit sur un visage que sur un volume de la Pléiade, et quand je regarde un visage, j’essaie de tout lire.

La lumière du monde

Un des crimes de notre société, c’est d’avoir dénaturé le sourire jusqu’à en faire un argument de commerce. Le sourire est une chose sacrée, comme tout ce qui répond par une réponse plus grande que la question.

La lumière du monde

Les médecins ne supportent pas d’être pris en défaut. Ils jettent des noms sur tout, sur ce qu’ils savent et sur ce qu’ils ne savent pas. Les noms rassurent les médecins autant que les malades.

Autoportait au radiateur

La joie est en nous beaucoup plus profonde que la pensée, elle va beaucoup plus vite, beaucoup plus loin.

Autoportait au radiateur

L’humour, à l’inverse (de l’ironie), est une manifestation de la générosité: sourire de ce qu’on aime c’est l’aimer deux fois plus.

L'éloignement du monde

… ce qui me paraît être le plus proche d’un livre, jusque dans sa forme même, c’est une tombe. Sous la couverture du livre comme sous la pierre tombale, il y a une âme qui attend une résurrection.

La lumière du monde

Penser, c’est regarder au fond d’un puits et y laisser filer un seau relié à une chaîne, et avoir le plaisir de le ramener plein à ras bord d’une eau noire où se reflètent toutes les étoiles.

La lumière du monde

Voir un vrai visage, c’est voir quelqu’un qui a vu quelque chose de plus grand que lui.

La lumière du monde

Il y a un critère de la vérité, c’est qu’elle vous change: ça bouleverse comme un amour, la vérité.

La lumière du monde

Vouloir expliquer le monde, c’est comme vouloir faire entrer des roses dans un vase à coups de marteau. … Ce que j’attends d’une conversation, c’est de l’air.

La lumière du monde

… ce mélange de vouloir instruire et mépriser à la fois qui est si fréquent chez les intellectuels: on parle à quelqu’un qui est à un mètre de soi et on est envoyé à des années-lumières.

La lumière du monde

Quand la vérité éclaire partout, c’est l’amour.

La lumière du monde

Aimer quelqu’un, c’est le lire. C’est savoir lire toutes les phrases qui sont dans le coeur de l’autre, et en lisant le délivrer.

La lumière du monde

Un vrai livre, c’est toujours quelqu’un qui entre dans notre solitude.

La lumière du monde

Le courage n’est pas de peindre cette vie comme une enfer puisqu’elle en est si souvent une: c’est de la voir telle et de maintenir malgré tout l’espoir du paradis.

La lumière du monde

Marcher dans la nature, c’est comme se trouver dans une immense bibliothèque où chaque livre ne contiendrait que des phrases essentielles.

La lumière du monde

C’est attristant d’ignorer le nom de ce qu’on aime. C’est un rien de mélancolie pure.

La lumière du monde

Ce qui est douloureux, c’est qu’il est impossible d’expliquer quelque chose à quelqu’un qui ne l’a pas déjà compris. On peut seulement parler à quelqu’un qui en a le pressentiment et qui souffre de ne pas avoir de lumières là-dessus.

La lumière du monde

Ecrire et voir, c’est pareil, et pour voir il faut la lumière. Le paradoxe, c’est qu’on peut trouver la lumière dans le noir de l’encre. C’est comme de la nuit sur la page, et c’est pourtant là-dedans qu’on voit clair.

La lumière du monde

Par instants je pense que nous ne mourrons jamais. A d’autres instants je pense que nous sommes plus perdus que des jouets dont un enfant ne se sert plus. La vérité, qui peut la dire?

Ressusciter

Les écureuils, dit-on, amassent leur nourriture dans des cachettes qu’ensuite ils ne savent plus retrouver. Un tel oubli me semble lumineux et mystérieusement sage.

Ressusciter

… un intellectuel, c’est-à-dire quelqu’un que sa propre intelligence empêche de penser.

Ressusciter

La vérité est sur la terre comme un miroir brisé dont chaque éclat reflète la totalité du ciel.

Ressusciter

Devant ce que la vie a de plus cruel, toutes les pensées parfois s’effondrent, privées d’appui, et il ne nous reste plus qu’à demander aux arbres qui tremblent sous le vent de nous apprendre cette compassion que le monde ignore.

Ressusciter

On ne peut bien voir qu’à condition de ne pas chercher son intérêt dans ce qu’on voit.

Ressusciter

… personne ne flaire la sainteté aussi vite que le diable.

Ressusciter

Rien ne préserve mieux la fraîcheur de la vie que le calme d’un coeur brûlant.

Ressusciter

J’ai trouvé Dieu dans les flaques d’eau, dans le parfum du chèvrefeuille, dans la pureté de certains livres et même chez des athées. Je ne l’ai presque jamais trouvé chez ceux dont le métier est d’en parler.

Ressusciter

Le coeur des morts est une boîte à musique. A peine commence-t-on à penser à eux qu’il en sort un air léger et déchirant.

Ressusciter

Il n’y a pas de plus grand malheur sur cette terre que de n’y trouver personne à qui parler et nos bavardages, loin de remédier à ce silence, ne font la plupart du temps que l’alourdir.

Ressusciter

L’amour est le miracle d’être un jour entendu jusque dans nos silences, et d’entendre en retour avec la même délicatesse: la vie à l’état pur, aussi fine que l’air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse.

Ressusciter

Le jour où nous consentons à un peu de bonté est un jour que la mort ne pourra plus arracher au calendrier.

Ressusciter

Il y a une étoile mise dans le ciel pour chacun de nous, assez éloignée pour que nos erreurs ne viennent jamais la ternir.

Ressusciter

Ceux qui ont très peu de jours et ceux qui sont très vieux sont dans un autre monde que le nôtre. En se liant à nous ils nous font un présent inestimable.

La présence pure

La vérité est ce qui brûle. La vérité est moins dans la parole que dans les yeux, les mains et le silence. La vérité, ce sont des yeux et des mains qui brûlent en silence.

La présence pure

La maladie d’Alzheimer enlève ce que l’éducation a mis dans la personne et fait remonter le coeur en surface.

La présence pure

Il est impossible de protéger du malheur ceux qu’on aime: j’aurai mis longtemps pour apprendre une chose aussi simple. Apprendre est toujours amer, toujours à nos dépens. Je ne regrette pas cette amertume.

La présence pure

J’aime appuyer ma main sur le tronc d’un arbre devant lequel je passe, non pour m’assurer de l’existence de l’arbre – dont je ne doute pas – mais de la mienne.

La présence pure

Il y a une naissance simultanée de nos yeux et du monde, un sentiment de «première fois» où ce qui regarde et ce qui est regardé se donnent le jour.

La présence pure

Deux biens sont pour nous aussi précieux que l’eau ou la lumière pour les arbres: la solitude et les échanges.

La présence pure

Ce qui est blessé en nous demande asile aux plus petites choses de la terre et le trouve.

La présence pure

… soigner c’est aussi dévisager, parler – reconnaître par le regard et la parole la souveraineté intacte de ceux qui ont tout perdu.

La présence pure

Dieu, mon petit bonhomme, c’est aussi simple que le soleil. Le soleil ne nous demande pas de l’adorer. Il nous demande seulement de ne pas lui faire obstacle et de le laisser passer, laisser faire.

Tout le monde est occupé

Rien n’est plus contagieux que la liberté.

Tout le monde est occupé

Faire trop longtemps la même chose, au même endroit, à la même heure, cela rend vieux.

Tout le monde est occupé

Ce ne sont pas les histoires qui importent, mais le ton sur lequel elles sont racontées.

Tout le monde est occupé

Ce qui peut se passer de plus terrible entre deux personnes qui s’aiment, c’est que l’une des deux pense qu’elle a tout lu de l’autre et s’éloigne, d’autant qu’en lisant on écrit au fur et à mesure et dont les phrases peuvent s’enrichir avec le temps.

La lumière du monde (2001)

Il suffit d’avoir été regardé par un nouveau-né pour savoir que le petit d’homme sait tout de suite lire. Il est même comme les grands lecteurs: il dévore le visage de l’autre.

La lumière du monde (2001)

Peut-être que les fous sont des gens que personne n’a jamais lus, rendus furieux de contenir des phrases qu’aucun regard n’a jamais parcourues. Ils sont comme des livres fermés.

La lumière du monde (2001)

Il y a plus de texte écrit sur un visage que dans un volume de la Pléïade et, quand je regarde un visage, j’essaie de tout lire, même les notes en bas de page.

La lumière du monde (2001)

La bonté, c’est simple: par définition on n’en a pas. Elle n’a pas de place dans le monde. Donc, quand elle est là c’est toujours un miracle.

La lumière du monde (2001)

C’est le malheur qui fait les vrais peintres. La joie donne des couleurs bien trop pâles, à la rigueur des aquarelles, des papiers peints, mais certes pas de grands oeuvres.

La femme à venir (1990)

Contempler suppose d’être en retrait.

La plus que vive (1996)

Le malheur, comme la richesse, s’entasse sur plusieurs générations.

La plus que vive (1996)

Il y a quelque chose de puéril dans la mélancolie, on veut punir la vie parce qu’on estime qu’elle nous a punis, on est comme ces enfants qui boudent et bientôt ne savent plus sortir de leur bouderie.

La plus que vive (1996)

Le sang qui ne coule plus dans les veines des morts, ce sont les vivants alentour qui le perdent.

La plus que vive (1996)

Désespoir, amour, gaieté. Qui a ces trois roses enfoncées dans le coeur a la jeunesse pour lui, en lui, avec lui.

La plus que vive (1996)

Il ne faut jamais faire de littérature, il faut écrire et ce n’est pas pareil.

La plus que vive (1996)

Il y a quelque chose de calmant dans la philosophie, une manière de parler du vivant comme si on était mort.

La plus que vive (1996)

On peut se laisser dépérir dans le manque. On peut aussi y trouver un surcroît de vie.

La plus que vive (1996)

La maladie est une réponse, une pauvre réponse que l’on invente à une souffrance.

La plus que vive (1996)

Les imbéciles manquent d’amour pour voir et pour entendre, c’est à ce manque qu’on les reconnaît.

La plus que vive (1996)

On ne sait jamais ce que deviennent les paroles que l’on profère, les phrases que l’on écrit.

La plus que vive (1996)

Le mal s’insinue dans l’air du temps comme de l’eau sous une porte. D’abord presque rien. Un peu d’humidité. Quand l’inondation survient, il est trop tard.

La plus que vive (1996)

Je suis toujours étonné de voir le peu de liberté que chacun s’autorise, cette manière de coller sa respiration à la vitre des conventions.

La plus que vive (1996)

Le jaloux croit témoigner, par ses larmes et ses cris, de la grandeur de son amour. Il ne fait qu’exprimer cette préférence archaïque que chacun a pour soi-même.

La plus que vive (1996)

L’enfance est traversée par un cortège de grands éteigneurs qui portent leurs idées, leur opinions, leurs certitudes, leurs croyances reçues comme des cierges, solennellement.

La lumière du monde (2001)

La nature est un livre qui est ouvert en permanence, et c’est le vent qui en tourne les pages.

La lumière du monde (2001)

Je rêve de nommer la rose avec la langue qui est la sienne, et pas seulement avec les mots courants.

La lumière du monde (2001)

Le paradis, c’est peut-être être sans défense sans se sentir menacé.

La lumière du monde (2001)

Ecrire et voir, c’est pareil, et pour voir, il faut de la lumière. Le paradoxe, c’est qu’on peut trouver de la lumière dans le noir de l’encre.

La lumière du monde (2001)

Tous les bébés naissent en temps de guerre et dans des villes en ruine. Sitôt qu’on naît, on reçoit les éboulis de la vie.

La lumière du monde (2001)

L’autisme est un soleil inversé: ses rayons sont dirigés vers l’intérieur.

La lumière du monde (2001)

Ce n’est pas l’encre qui fait l’écriture, c’est la voix, la vérité solitaire de la voix, l’hémorragie de vérité au ventre de la voix.

L'inespérée (1994)

L’intelligence est la force, solitaire, d’extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi, vers l’autre là-bas, comme nous égaré dans le noir.

L'inespérée (1994)

La télévision c’est le monde à temps plein, à ras bord de souffrance, impossible à voir dans ces conditions, impossible à entendre.

L'inespérée (1994)

Je t’ai toujours su inaccessible même dans la plus claire proximité. Je t’ai aimée dans ce savoir.

La plus que vive (1996)

Avec le mariage, quelque chose finit pour les hommes. Pour les femmes, c’est l’inverse: quelque chose commence.

La plus que vive (1996)

Le génie est composé d’amour, d’enfance et encore d’amour.

La plus que vive (1996)

Ce qui m’échappe dans ta mort m’échappait déjà de ton vivant. La mort ne change pas une vie en destin.

La plus que vive (1996)

Décembre. Il fait froid et sec. J’entends les morts qui se rapprochent de nous, j’entends les os des feuilles mortes craquer sous leurs pieds de lumière. L’hiver fait le travail des grands maîtres: il simplifie.

Une Bibliotèque de nuages (2006)

Il y a parfois entre deux personnes un lien si profond qu’il continue de vivre même quand l’un des deux ne sait plus le voir.

Ressusciter (2001)

Dès qu’une femme rêve d’un enfant, Dieu crée un monde miniature à l’intérieur de son ventre: forêts, océans, étoiles, et un bébé au centre, en plein milieu, car à tout spectacle, il faut un spectateur.

Tout le monde est occupé (1999)

Les livres, pour les effacer, il suffit de ne jamais les ouvrir. Les gens, c’est pareil: pour les effacer, il suffit de ne jamais leur parler.

Tout le monde est occupé (1999)

Un peintre c’est quelqu’un qui essuie la vitre entre le monde et nous avec de la lumière, avec un chiffon de lumière imbibé de silence.

L'inespérée (1994)

La vraie littérature m’apparaît comme un village dans la nuit. Un village qu’on apercevrait d’un chemin de campagne surélevé. Il y a des feux qu’on voit briller, certaines maisons sont éclairées.

La lumière du monde (2001)

La télévision c’est le monde qui s’effondre sur le monde, une brute geignarde et avinée, incapable de donner une seule nouvelle claire, compréhensible.

L'inespérée (1994)

Personne ne peut tenir la vérité près de soi, fût-ce dans le cachot d’une formule. La vérité, on ne peut l’avoir, seulement la vivre.

L'inespérée (1994)

La télévision, contrairement à ce qu’elle dit d’elle-même, ne donne aucune nouvelle du monde. La télévision c’est le monde qui s’effondre sur le monde, une brute geignarde et avinée, incapable de donner une seule nouvelle claire, compréhensible.

L'inespérée (1994)

L’art de vivre consiste à garder intact le sentiment de la vie et à ne jamais déserter le point d’émerveillement et de sidération qui seul permet à l’âme de voir.

Les Ruines du ciel (2009)

Lire, c’est la seule intelligence, lire c’est contempler le sang que l’on perd, à chaque instant et combien il est sombre. C’est aller en aveugle dans le réel, échanger sa vie contre le tout de la vie.

L'Homme du désastre (1986)

Il y a toujours dans un livre même mauvais, une phrase qui bondit au visage du lecteur comme si elle n’attendait que lui.

Les Ruines du ciel (2009)

Ecrire comme on taille une branche pour en extraire la flèche qu’elle promettait.

Les Ruines du ciel (2009)

Pour lire un roman, il faut deux ou trois heures. Pour lire un poème, il faut une vie entière.

L'Equilibriste (1998)

Une vie sans lecture est une vie que l’on ne quitte jamais, une vie entassée, étouffée de tout ce qu’elle retient.

Une petite robe de fête (1991)

La parole et la mort sont comme deux personnes qui voudraient entrer dans une pièce en même temps et se gênent, demeurent bloquées sur le seuil

La plus que vive (1996)

Au lever de la vie, à l’aurore des yeux, on avale la vie par la bouche, par les mains, mais on ne tache pas encore ses yeux, avec de l’encre.

Une petite robe de fête (1991)

La terre se couvre d’une nouvelle race d’hommes à la fois instruits et analphabètes, maîtrisant les ordinateurs et ne comprenant plus rien aux âmes, oubliant même ce qu’un tel mot a pu jadis désigner.

Ressusciter (2001)

Dans les histoires d’amour il n’y a que des histoires, jamais d’amour. Si je regarde autour de moi, qu’est-ce que je vois: des morts ou des blessés. Des couples qui prennent leur retraite à trente ans ou des couples qui font carrière.

L'inespérée (1994)

Ecrire c’est affaire de musique plus que de sens, c’est affaire de silence plus que de musique. Mon vrai désir ce n’était pas écrire, c’était de me taire. Ce désir est un désir d’autiste ce désir est un désir d’artiste.

L'épuisement (1994)

Dans la vie on se nourrit les uns les autres et ensuite on se quitte.

L'épuisement (1994)

J’ai dans la poche un exemplaire des Pensées de Pascal. J’emporte parfois ce livre en cas d’attente, de famine ou de guerre trop longue quelque part.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Aucun homme ne s’aventure dans ces terres désolées de l’amour. Aucun homme ne sait répondre à la parole silencieuse.

La part manquante (1989)

L’esprit d’enfance est insupportable au monde. L’enfance est ce que le monde abandonne pour continuer à être monde.

Mozart et la pluie (2002)

Je continuerai à bénir cette vie où tu n’es plus, je continuerai à l’aimer, c’est en tournant le dos à ta tombe que je te vois.

La plus que vive (1996)

Dans les années soixante, l’usine à midi et à six heures, toutes sirènes hurlantes, relâchait ses esclaves.

Prisonnier au berceau (2005)

Une vie sans éclat et attentive au simple est semblable à ces coings à la peau duvetée et à l’apparence rugueuse qui, mûrissant dans l’ombre, embaument l’air du cellier – comme fait le corps d’un saint après sa mort.

Prisonnier au berceau (2005)

Le coeur, c’est une intelligence qui peut venir même aux imbéciles. L’amour, c’est quand toute la limaille de notre pensée est précipitée vers le coeur de l’autre comme vers un aimant.

La lumière du monde (2001)

Peut-être le meilleur de nous-mêmes ne nous appartient-il pas, peut-être ne sommes-nous que les gardiens d’une chose qui, lorsque nous disparaissons, demeure.

Geai (1998)

Et elle c’était quoi? Une libellule, je dirais. Toute d’envol et de transparence, se faufilant, gracieuse, entre les deux royaumes de la terre et du ciel, indemne, libre.

Autoportrait au radiateur (2000)

Finalement je n’aime pas la sagesse. Elle imite trop la mort. Je préfère la folie – pas celle que l’on subit, mais celle avec laquelle on danse.

Autoportrait au radiateur (2000)

Certains gestes ordinaires de la vie ordinaires font ainsi parfois plus que leur travail, dépassent l’utilitaire et réveillent une fée.

Autoportrait au radiateur (2000)

Le bonheur, ce n’est pas une note séparée, c’est la joie que deux notes ont à rebondir l’une contre l’autre.

La folle allure (1995)

Le bonheur va avec le malheur, la joie va avec la peine. Ce qui vous arrive ne va avec rien, ou bien avec tout.

Une petite robe de fête (1991)

Les livres sont des huttes pour les âmes, des mangeoires pour les oiseaux de l’éternel, des points de résistance. Je tends une main de papier à des êtres invisibles.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Un grand musicien est quelqu’un qui donne après plusieurs années de travail ce que donne le rossignol au premier jet de son chant. Il y aura toujours une pluie pour jouer du clavecin ou un merle pour composer une fugue.

Un assassin blanc comme neige (2011)

L’âme métallique du Creusot déchire tous les beaux habits qu’on veut lui faire porter. Plongé dans l’atmosphère de cette ville, le cristal devient aussi pesant que l’acier.

Prisonnier au berceau (2005)

Ma façon d’aimer, est une façon de laisser aller, laisser être.

Mozart et la pluie (2002)

J’ai toujours dû la vie à ce que je voyais de pur.

Prisonnier au berceau (2005)

Ecrire est une façon de répondre à la vie. On a toujours besoin de répondre à un don par un autre don, non pas pour être quitte, mais pour continuer à donner et recevoir, sans fin.

Mozart et la pluie (2002)

La poésie est une parole aimante: elle rassemble celui qui la prononce, elle le recueille dans la nudité de quelques mots. Ces mots – et avec eux le mystère de la présence humaine – sont offerts à celui qui les entend, qui les reçoit.

La merveille et l'obscur (1991)

La poésie, en ce sens, c’est la communication absolue d’une personne à une autre: un partage sans reste, un échange sans perte. On ne peut mentir en poésie.

La merveille et l'obscur (1991)

Par les livres on apprend l’éternel, l’immuable.

La part manquante (1989)

Ce qu’on gagne dans le monde, on le perd dans sa vie.

La part manquante (1989)

C’est toujours l’amour en nous qui est blessé, c’est toujours de l’amour que nous souffrons même quand nous croyons ne souffrir de rien.

L'inespérée (1994)

Mes maîtres à l’école m’ont pendant des années parlé en vain: je n’ai rien retenu de ce qu’ils m’enseignaient, peut-être parce qu’ils le tiraient de leur certitude et non de l’ignorance printanière de leurs âme.

Prisonnier au berceau (2005)

J’attends d’un poème qu’il me tranche la gorge et me ressuscite.

Un assassin blanc comme neige (2011)

L’amour clamé, le bien affiché, c’est toujours pour farder quelque chose de terrible. Dans mon cas, ce que j’ai voulu un temps comprimer, c’était ma tristesse qui menaçait d’exploser comme une grenade.

La lumière du monde (2001)

Evidemment, je ne me tiens pas pour modèle. Je me sens fait en dentelle et en plomb. Il y a en moi le monde et le ciel. La masse à dissoudre est énorme. Les bébés sont mes maîtres à penser, or ils ne sont jamais tristes.

La lumière du monde (2001)

Je pourrais parler nuit et jour avec un bébé: quelqu’un arrive qui est absolument indemne des fausses vérités et des habitudes. Les bébés ont quelque chose qui est comme fondé en sagesse, tels des Bouddhas.

La lumière du monde (2001)

Le coeur des morts est une boîte à musique. A peine commence-t-ton à penser à eux qu’il en sort un air léger et déchiran.

Ressusciter (2001)

L’ennui prépare l’émerveillement, comme on déploie une nappe blanche sur la table, les jours de fête.

Ressusciter (2001)

Nous devrions rendre grâce aux animaux pour leur innocence fabuleuse et leur savoir gré de poser sur nous la douceur de leurs yeux inquiets sans jamais nous condamner.

Ressusciter (2001)

Je n’aime que les écritures dont l’auteur a été arraché au monde, pour quelque raison que ce soit: une douleur infinie, une joie sans cause ou simplement le sentiment d’être un étranger sur la terre.

Ressusciter (2001)

Ce n’est pas sa beauté, sa force et son esprit que j’aime chez une personne, mais l’intelligence du lien qu’elle a su nouer avec la vie.

Ressusciter (2001)

Je n’ai jamais vu de personne plus libre que toi, plus libre, plus intelligente et plus aimante: puisqu’il s’agit trois fois du même mot, puisque chacun de ces mots, séparé des deux autres, est vide de nerf, de sens et de tout.

La plus que vive (1996)

On n’a pas toujours besoin des mots de l’amour pour parler de l’amour, on a besoin du grave et du léger, pas du sérieux, surtout pas du sérieux, grave et léger, larmes et rires.

La plus que vive (1996)

Le plus grand abandon est à l’orée de la plus vive douceur: c’est ce que disait la croix, comme un ange couché sur le cercueil.

Une bibliothèque de nuages (2006)

La présence vive de la personne, avec ses ombres et ses failles, c’est pour moi un jour de fête. L’absence mortelle de la personne, c’est le règne de la pensée bourgeoise.

La lumière du monde (2001)

Les professeurs sont des gens qui apprennent aux autres les mots qu’eux-mêmes ont trouvés dans les livres.

Le Très-Bas (1992)

Le chagrin est une soupe au sel.

Geai (1998)

Que deviennent les choses que personne ne voit? Elles grandissent. Tout ce qui grandit grandit dans l’invisible et prend, avec le temps, de plus en plus de force, de plus en plus de place.

Geai (1998)

Je pense que le grand art est l’art des distances: trop près on brûle, trop loin on gèle, il faut apprendre à trouver le point exact et s’y tenir, on ne peut l’apprendre qu’à ses dépens comme tout ce qu’on apprend vraiment, il faut payer pour savoir.

La folle allure (1995)

L’amour réside dans les détails, nulle part ailleurs.

La folle allure (1995)

Il y a toujours quelque chose à voir, partout. Une feuille qui descend, une fourmi qui grimpe, un nuage qui se déchire.

La folle allure (1995)

Tu sais ce que c’est la mélancolie? Tu as déjà vu une éclipse? Et bien, c’est ça: la lune qui se glisse devant le coeur, et le coeur qui ne donne plus sa lumière. La nuit en plein jour.

La folle allure (1995)

La lassitude est le seul péché mortel.

Les Ruines du ciel (2009)

Ne pas chercher son intérêt mais l’intérêt de ce qu’on voit est la formule de l’esprit.

Les Ruines du ciel (2009)

Mourir est une saveur que nous connaîtrons tous, un pain de lumière dont nous sommes les moineaux effrayés.

Les Ruines du ciel (2009)

Nous sommes des aveugles dans un palais de lumières. Des servitures dont nous ignorons le nom se précipitent devant nous, écartant les meubles pour nous éviter toute blessure grave.

Les Ruines du ciel (2009)

L’écriture est une mendiante qui donne une pièce en or à chaque passant.

Les Ruines du ciel (2009)

Tout ce qu’on fait en soupirant est taché de néant.

Les Ruines du ciel (2009)

Les poètes traversent la vie avec entre leurs doigts une lettre de feu. Leurs livres en sont la cendre.

Les Ruines du ciel (2009)

Toute notre vie n’est faite que d’échecs et ces échecs sont des carreaux cassés par où l’air passe.

Les Ruines du ciel (2009)

Il n’y a aucune différence entre croire et vivre.

Les Ruines du ciel (2009)

Le sens de cette vie c’est de voir s’effondrer les uns après les autres tous les sens qu’on avait cru trouver.

Les Ruines du ciel (2009)

Savoir vraiment quelque chose c’est savoir comme les nouveaux-nés et les vieillards, que nous baignons dans une lumière d’ignorance.

Les Ruines du ciel (2009)

Deux sortes de paradis: venir en aide à quelqu’un et lire un livre.

Les Ruines du ciel (2009)

Les hommes vont en aveugle dans leur vie. Les mots sont leur canne blanche.

Le Très-Bas (1992)

Il n’y a pas de plus grande joie que de connaître quelqu’un qui voit le même monde que nous. C’est apprendre que l’on n’était pas fou.

La Dame blanche (2007)

La mort est un clou en or dans le bois de la vie.

Une bibliothèque de nuages (2006)

Il y a une chose plus redoutable encore que la mort: une vie sans amour.

Le Christ aux coquelicots (2002)

Mourir, c’est comme tomber amoureux: on disparaît, et on ne donne plus de nouvelles à personne.

Le Christ aux coquelicots (2002)

Les rires ce sont les larmes qui se consolent toutes seules.

La folle allure (1995)

Aimer et mourir sont deux lueurs qui ne font qu’un seul feu, et sans doute est-ce pour cela que nous aimons si peu, si mal: il nous faudrait consentir à notre propre défaite.

Le huitième jour de la semaine (1988)

Celui qui attend est comme un arbre avec ses deux oiseaux, solitude et silence. Il ne commande pas à son attente. Il bouge au gré du vent, docile à ce qui s’approche, souriant à ce qui s’éloigne.

La plus que vive (1996)

Un fou c’est un homme sain d’esprit qui n’a plus les moyens de sa folie, qui perd les eaux de sa folie, d’un seul coup. Il fait faillite. Il lâche ce qui ne reposait que sur lui: la corvée du langage, la comédie du travail. Le monde entier.

Une petite robe de fête (1991)

Le bonheur va avec le malheur, la joie va avec la peine.

Une petite robe de fête (1991)

Pour bien voir une chose, il vous faut toucher à son contraire. Par l’ombre, vous allez à la lumière. Par l’indifférence vous atteignez à l’amour.

Une petite robe de fête (1991)

On peut fort bien vivre sans âme, il n’y a pas de quoi en faire une histoire, cela arrive très souvent. Le seul problème, c’est que les choses ne viennent plus vers vous, quand vous les appelez par leur nom.

Une petite robe de fête (1991)

L’art, le génie de l’art n’est qu’un reste de la vie amoureuse qui est la seule vie.

Une petite robe de fête (1991)

D’emblée dans la vie la fatigue touche aux deux portes sacrées: l’amour, le sommeil. L’amour qu’elle use comme de l’eau sur la pierre. Le sommeil qu’elle entasse comme de l’eau sur de l’eau.

Une petite robe de fête (1991)

C’est pour ça qu’on écrit. Ce ne peut être que pour ça, et quand c’est pour autre chose c’est sans intérêt: pour aller les uns vers les autres.

Une petite robe de fête (1991)

C’est cela l’état naturel de l’amour. C’est cela son état princier, la merveille de sa nature: attendre, attendre, attendre.

Une petite robe de fête (1991)

Il n’y a rien d’autre à apprendre que soi dans la vie. Il n’y a rien d’autre à connaître. On n’apprend pas tout seul, bien sûr. Il faut passer par quelqu’un pour atteindre au plus secret de soi. Par un amour, par une parole ou un visage.

Une petite robe de fête (1991)

On lit comme on aime, on entre en lecture comme on tombe amoureux: par espérance, par impatience. Sous l’effet d’un désir, sous l’erreur invincible d’un tel désir: trouver le sommeil dans un seul corps, toucher au silence dans une seule phrase.

Une petite robe de fête (1991)

Un homme sain d’esprit c’est un fou qui tient sa folie dans une poche de sang noir – entre le cerveau et le crâne, entre sa famille et son métier.

Une petite robe de fête (1991)

Dans le monde tout se mélange. Dans le monde tout va ensemble, sauf l’Amour. Il ne va avec rien. Il n’est nulle part. Il manque. Il manque.

Une petite robe de fête (1991)

La fatigue est une des choses au monde les plus intéressantes à penser. Elle est comme la jalousie, comme le mensonge ou comme la peur. Elle est comme ces choses impures que l’on tient loin de ses yeux. Comme ces choses elle nous fait toucher terre.

Une petite robe de fête (1991)

Au plus loin de toute crise. Attendre paisiblement. Attendre patiemment. L’amour – et la poésie qui est sa conscience aérienne, sa plus humble figure, son visage au réveil – est profondeur de l’attente, douceur de l’attente.

Une petite robe de fête (1991)

Le fou, c’est celui qui gagne les coulisses. La voix s’adresse dans le noir à ceux qui demeurent sur les planches. Voilà, elle dit, cette voix. Voilà ce qu’il en est de vos intelligences, de vos printemps, de vos croyances.

Une petite robe de fête (1991)

Celle qu’on aime, on la voit s’avancer toute nue. Elle est dans une robe claire, semblable à celles qui fleurissaient autrefois le dimanche sous le porche des églises, sur le parquet des bals. Et pourtant elle est nue – comme une étoile au point du jour.

Une petite robe de fête (1991)

La comète de l’amour ne frôle notre coeur qu’une fois par éternité. Il faut veiller pour la voir. Il faut attendre longtemps, longtemps, longtemps.

Une petite robe de fête (1991)

La grâce ne chasse pas nos maladresses. Elle les couronne.

Une petite robe de fête (1991)

La première connaissance de Dieu dans la vie est une connaissance amère et sucrée, engloutie avec les premiers aliments d’enfance.

Une petite robe de fête (1991)

L’amour commence là – dans les fonds du désert. Il est invisible dans ses débuts, indiscernable dans son visage.

Une petite robe de fête (1991)

Cette frontière-là, entre les lecteurs et les autres, est plus fermée encore que celle de l’argent. Celui qui est sans argent manque de tout. Celui qui est sans lecture manque du manque.

Une petite robe de fête (1991)

Un livre est grand par la grandeur du désespoir dont il procède, par toute cette nuit qui pèse sur lui et le retient longtemps de naître.

Une petite robe de fête (1991)

La lecture, c’est sans fin. C’est comme l’amour, c’est comme l’espoir, c’est sans espoir.

Une petite robe de fête (1991)

Pourquoi s’inquiéter de demain, aujourd’hui répondra bien à tout.

Une petite robe de fête (1991)

Il n’y a jamais plus de deux personnes dans une histoire. Il n’y a jamais plus d’un seul amour dans la vie.

Une petite robe de fête (1991)

Le couple c’est le lieu de la vie soustraite. La passion c’est le lieu de la vie divisée.

Une petite robe de fête (1991)

Avec le regard simple, revient la force pure.

Une petite robe de fête (1991)

Un grand livre commence longtemps avant le livre.

Une petite robe de fête (1991)

A quoi reconnaît-on les gens fatigués? A ce qu’ils font des choses sans arrêt.

Une petite robe de fête (1991)

La muraille entre les riches et les pauvres est visible. Elle peut se déplacer ou s’effondrer par endroits. La muraille entre les lecteurs et les autres est bien plus enfoncée dans la terre, sous les visages.

Une petite robe de fête (1991)

La vérité n’est pas dans la connaissance qu’on en prend mais dans la jouissance qu’elle nous donne.

Le Très-Bas (1992)

Il va là où le chant ne manque jamais de souffle, là où le monde n’est plus qu’une seule note élémentaire tenue infiniment, une seule corde de lumière vibrant éternellement en tout, partout. Il disparaît de la ville.

Le Très-Bas (1992)

On voit ce qu’on espère. On voit à la mesure de son espérance.

Le Très-Bas (1992)

Croire c’est donner son coeur. Ce Dieu des heures simples a pris le coeur de l’enfant au berceau. Il en joue à son gré. C’est une chose difficile à comprendre, au vingtième siècle comme au treizième siècle.

Le Très-Bas (1992)

La beauté vient de l’amour. L’amour vient de l’attention. L’attention simple au simple, l’attention humble aux humbles, l’attention vive à toutes vies.

Le Très-Bas (1992)

La beauté vient de l’amour comme le jour vient du soleil.

Le Très-Bas (1992)

La beauté, le Christ n’en parle jamais. Il ne fréquente qu’elle, dans son vrai nom: l’amour. La beauté vient de l’amour comme le jour vient du soleil, comme le soleil vient de Dieu, comme Dieu vient d’une femme épuisée par ses couches.

Le Très-Bas (1992)

Très peu de vraies paroles s’échangent chaque jour. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler.

Le Très-Bas (1992)

Chacun au fond du puits de son âme attend qu’un visage se penche à la margelle.

Les Ruines du ciel (2009)

A sainteté c’est juste de ne pas faire vivre le mal qu’on a en soi.

Les Ruines du ciel (2009)

La vie a une densité explosive. Un minuscule caillou contient tous les royaumes.

Les Ruines du ciel (2009)

Aucun lien ne demeure immobile, pas même celui que nous nouons avec les morts.

La Dame blanche (2007)

Les enfants ont un privilège: on ne leur demande pas de justifier leur existence. On ne demande pas à un enfant ce qu’il fait dans la vie. On le sait bien: il joue, il pleure, il rit. Il vit – et ça suffit pour vivre.

La merveille et l'obscur (1991)

Aimer c’est prendre soin de la solitude de l’autre – sans jamais prétendre la combler ni même la connaître.

La merveille et l'obscur (1991)

Qu’est-ce que c’est, aimer. Ce n’est pas s’enfermer dans la même maison, s’étouffer dans la même parole, s’assombrir dans la même histoire. Ce n’est pas remplir un vide, effacer une distance.

La merveille et l'obscur (1991)

Nous nous faisons beaucoup de tort les uns aux autres et puis un jour nous mourrons.

Ressusciter (2001)

Il y a deux sortes de personnes à qui il est impossible de faire un cadeau: celles qui ont déjà tous les biens de ce monde et celles qui en sont complètement détachées.

Louise Amour (2004)

Le coeur est un travailleur solaire. Le courage n’est pas de peindre cette vie comme un enfer puisqu’elle en est si souvent un: c’est de la voir telle et de maintenir malgré tout l’espoir du paradis.

La lumière du monde (2001)

Assis pendant des heures dans le couloir de la maison de long séjour, ils attendent la mort et l’heure du repas. Ils aiment toucher les mains qu’on leur tend, les garder longtemps dans leurs mains à eux, et les serrer. Ce langage-là est sans défaut.

La présence pure (1999)

Dans ce monde qui ne rêve que de beauté et de jeunesse, la mort ne peut plus venir qu’à la dérobée, comme un serviteur disgracieux que l’on ferait passer par l’office.

La présence pure (1999)

La maison de long séjour est appelée «maison de cure». Les infirmes, les vieillards et les agonisants qui la peuplent sont appelés des «résidents». Plus les choses sont dures, plus on leur donne des noms faibles.

La présence pure (1999)

Plus les choses sont dures, plus on leur donne des noms faibles.

La présence pure (1999)

Le vent a les yeux d’un voyou et les mains d’un ange.

La présence pure (1999)

Ces gens dont l’âme et la chair sont blessées ont une grandeur que n’auront jamais ceux qui portent leur vie en triomphe.

La présence pure (1999)

Je suis né dans un monde qui commençait à ne plus vouloir entendre parler de la mort et qui est aujourd’hui parvenu à ses fins, sans comprendre qu’il s’est du coup condamné à ne plus entendre parler de la grâce.

La présence pure (1999)

Même les plus beaux livres ne changent pas les gens, ils ne changent que leur auteur.

Le Christ aux coquelicots (2002)

C’est même chose que d’aimer ou d’écrire. C’est toujours se soumettre à la claire nudité du silence. C’est toujours s’effacer.

Lettres d'or (1987)

J’ai trouvé, mon amour, le nom le plus secret et le plus clair pour dire ce qu’est ta vie dedans ma vie: l’air.

Lettres d'or (1987)

Tu es celle par qui me vient le goût profond de vivre. Il ne faut pas craindre une telle phrase. Elle ne t’engage en rien. Le don que tu me fais est un vrai don – impossible à reprendre.

Lettres d'or (1987)

On lit en quelqu’un comme dans un livre, et ce livre s’éclaire d’être lu et vient nous éclairer en retour, comme ce que fait pour un lecteur une très belle page d’un livre rare. Quand un livre n’est pas lu, c’est comme s’il n’avait jamais existé.

La lumière du monde (2001)

Même en enfer il y a peut-être un ange.

Les Ruines du ciel (2009)

Un diable sort du coeur des enfants humiliés.

Les Ruines du ciel (2009)

Les mains des nouveaux-nés et celles des vieillards sont à un millimètre de l’infini.

Les Ruines du ciel (2009)

Quand je serai mort je serai chez moi.

Les Ruines du ciel (2009)

Toutes nos pensées reviennent à chercher la clé d’un paradis dont la porte est ouverte.

Les Ruines du ciel (2009)

J’ai fait des études scientifiques mais les sciences vous donnent une vérité de plus en plus petite et à la fin vous n’avez plus rien dans les mains.

Les Ruines du ciel (2009)

Il n’y a qu’une seule vie et elle est sans fin.

Les Ruines du ciel (2009)

Si l’arc-en-ciel qui succède à la pluie est splendide, celui qui naît de notre conscience de sa beauté est incomparable.

La lumière du monde (2001)

Parfois quelqu’un vous donne à manger en une seconde pour votre vie entière.

Les Ruines du ciel (2009)

Nous avons quelques secondes pour devenir des saints ou des diables, pas plus.

Les Ruines du ciel (2009)

Une mère lit dans les yeux de son enfant avant même qu’il sache s’exprimer. Il suffit d’avoir été regardé par un nouveau-né pour savoir que le petit d’homme sait tout de suite lire. Il est même comme les grands lecteurs: il dévore le visage de l’autre.

La lumière du monde (2001)

Nos attitudes devant l’amour sont enracinées dans l’enfance indéracinable, et nous attendons un amour éternel comme un enfant espère la neige qui ne vient pas, qui peut venir.

La part manquante (1989)

Dans le chant, la voix se quitte: c’est toujours une absence que l’on chante. Le temps de chanter est la claire confusion de ces deux saisons dans la vie: l’excès et le défaut. Le comble et la perte.

La part manquante (1989)

La joie n’a aucun antécédent, aucun poids, aucune profondeur. Elle est toute en commencements, en envols, en vibrations d’alouette.

La plus que vive (1996)

La parole poétique est une parole amoureuse. Elle invente – dans le temps de la dire et dans celui de l’entendre – une communauté invisible, une fraternité silencieuse.

Un livre inutile (1992)

La mort n’est pas la fin de la vie, mais la fin d’une vie.

Une bibliothèque de nuages (2006)

Il y a une manière de vivre – comme si on ne tenait plus à la vie – qui est le nom le plus secret de l’amour.

Une bibliothèque de nuages (2006)

La grâce se paie toujours au prix fort. Une joie infinie ne va pas sans un courage également infini. Dans tes rires c’est ton courage que j’entendais – un amour de la vie si puissant que même la vie ne pouvait plus l’assombrir.

La plus que vive (1996)

On lit sans ordre, sans raison. La lecture ne peut se commander. Personne ne peut en décider à votre place. Il en va de la lecture comme d’un amour ou du beau temps: personne ni vous n’y pouvez rien. On lit avec ce qu’on est. On lit ce qu’on est.

La part manquante (1989)

On lit sous les draps, on lit sous le jour, c’est comme une résistance, une lecture clandestine, une lecture de plein vent.

La part manquante (1989)

Vivre est un trapèze. Les dogmes et les savoirs sont des filets qui amortissent la chute. La grâce est plus grande sans eux.

La lenteur qui fleurit, Le Monde des religions, 1er septembre 2011.

Vivre, c’est aller faire ses courses et croiser un ange qui ne sait pas son nom, ouvrir un livre et se trouver soudain dans une forêt au pied de vitraux vert émeraude, regarder par la fenêtre et voir passer les disparus, les trop sensibles.

La lenteur qui fleurit, Le Monde des religions, 1er septembre 2011.

Vivre, c’est une poussière d’or au bout des doigts, une chanson bleue aux lèvres d’une nourrice, le livre du clavier tempéré de Bach qui s’ouvre à l’envers et toutes les notes qui roulent comme des billes dans la chambre.

La lenteur qui fleurit, Le Monde des religions, 1er septembre 2011.

On n’a qu’une faible idée de l’amour tant qu’on n’a pas atteint ce point où il est pur, c’est à dire non mélangé de demande, de plainte ou d’imagination.

Ressusciter (2001)

L’art de la conversation est le plus grand art. Ceux qui aiment briller n’y entendent rien. Parler vraiment, c’est aimer et aimer vraiment, ce n’est pas briller, c’est brûler.

Autoportrait au radiateur (2000)

L’humilité, c’est la clef d’or. Dès qu’on prétend la tenir dans sa main, elle s’évanouit.

Autoportrait au radiateur (2000)

On peut rester dix ans célibataire dans un mariage. On peut parler des heures sans dire un mot. On peut coucher avec la terre entière et rester vierge.

L'inespérée (1994)

Pas d’infini sans clôture.

Les Ruines du ciel (2009)

Une mère ne représente rien en face de son enfant. Elle n’est pas en face de lui mais autour, dedans, dehors, partout. Elle tient l’enfant levé au bout des bras et elle le présente à la vie éternelle.

Le Très-Bas (1992)

Un père c’est quelqu’un qui représente autre chose que lui-même en face de son enfant, et qui croit à ce qu’il représente: la loi, la raison, l’expérience. La société.

Le Très-Bas (1992)

Expliquer n’éclaire jamais. La vraie lumière ne vient que par illuminations, explosions intérieures, non décidables.

L'homme-joie (2012)

Aucune philosophie au monde n’arrive à la hauteur d’une seule marguerite, d’une seule ronce, d’un seul caillou discutant comme un moine rasé en tête à tête avec le soleil et riant, riant, riant.

L'homme-joie (2012)

Dans les cimetières, ce qu’on met en terre ce sont des sourires de toutes les couleurs.

Eclat du Solitaire (2011)

Un livre est voyant ou il n’est rien. Son travail est d’allumer la lumière dans les palais de nos cerveaux déserts.

L'homme-joie (2012)

Le silence est le cadeau des anges dont nous ne voulons plus, que nous ne cherchons plus à ouvrir.

L'homme-joie (2012)

La vraie lumière ne vient que par illuminations, explosions intérieures, non décidables.

L'homme-joie (2012)

Les fleurs sont les premières gouttes de pluie de l’éternel.

L'homme-joie (2012)

Les gitans, les chats errants et les roses trémières savent quelque chose sur l’éternel que nous ne savons plus.

L'homme-joie (2012)

Ecrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir.

L'homme-joie (2012)

Je vois le vide qu’il y a entre les hommes, plus grand que celui qui sépare une étoile d’une autre étoile. Chacun travaille, travaille, travaille à son sombre intérêt et ceux qui n’y travaillent pas sont broyés.

L'homme-joie (2012)

C’est curieux comme on est, avec les morts: d’abord on jette dessus plein de bruits, de prières et de cris, ensuite on les recouvre sous des pelletées de silence. Dans les deux cas on ne veut rien en voir.

Isabelle Bruges (1992)

Les enfants, c’est une maison de chair. On s’élève au plus haut de soi-même. On regarde ce qui se passe. On assiste à la croissance de cette maison d’âme de l’enfant, on n’en revient pas. C’est une énigme dans le plein jour.

La part manquante (1989)

Le futur n’existe pas dans l’enfance. Il n’existe pas plus dans l’enfance que dans le sommeil ou l’amour. Il n’y a ni futur ni passé dans la vie. Il n’y a que du présent, qu’une hémorragie éternelle du présent.

La part manquante (1989)

L’amour maternel est semblable à tout amour, injuste et secret.

La part manquante (1989)

Si un rien vous enchante, c’est aussi parce qu’un rien peut vous anéantir. La même lumière peut, selon les heures et la direction du songe, vous exalter ou vous ruiner.

La part manquante (1989)

Bien avant d’être une manière d’écrire, la poésie est une façon d’orienter sa vie, de la tourner vers le soleil levant de l’invisible.

La Dame blanche (2007)

Dieu nous regarde monter les châteaux de cartes de nos projets jusqu’au jour imprévisible où il tape du poing sur la table et fait tout s’effondrer: quelque chose, enfin, arrive.

Le Très-Bas (1992)

On ne sait pas ce qu’est la poésie. On sait juste que c’est donner son sang aux anges qui passent.

Une bibliothèque de nuages (2006)

Le poinçon du sourire aux lèvres des mères quand les forteresses des écoles laissent échapper à midi leurs minuscules otages.

Prisonnier au berceau (2005)

Un troubadour est un homme qui chante au monde entier la grâce d’une femme inaccessible, mariée à un autre que lui, mariée, pourrait-on dire, à tous sauf à lui.

Louise Amour (2004)

Le visage d’une mère est pour l’enfant son premier livre d’images.

Louise Amour (2004)

Un visage trop souvent photographié perd peu à peu son secret, et la gloire signe la disparition des personnes: triompher dans le monde, c’est avoir tout perdu.

Louise Amour (2004)

L’art suprême, ce qui manque à tant de petits maîtres, c’est de savoir donner sa langue au chat.

Le Christ aux coquelicots (2002)

Quand la vérité entre dans un coeur, elle est comme une petite fille qui, entrant dans une pièce, fait aussitôt paraître vieux tout ce qui s’y trouve.

Le Christ aux coquelicots (2002)

Le monde veut le sommeil. Le monde n’est que sommeil. Le monde veut la répétition ensommeillée du monde. Mais l’amour veut l’éveil. L’amour est l’éveil chaque fois réinventé.

Le Très-Bas (1992)

L’amour n’est rien d’original. L’amour n’est pas une invention d’auteur.

Le Très-Bas (1992)

Je veux passer tous jardins clos, sauter tous murs de pierre, aller partout en beau désordre.

Le Très-Bas (1992)

Je lis pour faire sa place à la douleur. Je lis pour voir, pour bien voir – mieux que dans la vie – l’étincelante douleur de vivre.

Une petite robe de fête (1991)

Humilité vient du latin: humus qui veut dire terre, la terre.

Le Très-Bas (1992)

La vérité est une jouissance telle que rien ne peut l’éteindre, un trésor que même la mort – cette pie voleuse – ne saura prendre.

Le Très-Bas (1992)

On dirait que les riches sont à un centime près.

Les Ruines du ciel (2009)

Les livres sont les bougies allumées que nous rapprochons de notre visage. La cire brûlante des mots coulant sur l’âme la tire du mortifère sommeil du monde.

Les Ruines du ciel (2009)

Il y a la mode et il y a le ciel, et, entre les deux, rien. Ce qui rend la lecture de la vie difficile, c’est qu’il y a des modes de tout, même du ciel.

Les Ruines du ciel (2009)

Ce n’est pas compliqué d’écrire: il suffit d’y donner chaque seconde de sa vie.

Les Ruines du ciel (2009)

Quelle que soit la personne que tu regardes, sache qu’elle a déjà plusieurs fois traversé l’enfer.

Les Ruines du ciel (2009)

Selon Giacometti, au musée, les gens sont bien plus extraordinaires que les tableaux qu’ils admirent.

Les Ruines du ciel (2009)

Je pris le poème des mains de mon ami. Pour lire un roman, il faut deux ou trois heures. Pour lire un poème, il faut une vie.

L'Equilibriste (1998)

L’arbre est devant la fenêtre du salon. Je l’interroge chaque matin: Quoi de neuf aujourd’hui? La réponse vient sans tarder, donnée par des centaines de feuilles: Tout.

La présence pure (1999)

Qu’est-ce que la neige? Un peu de froid, beaucoup d’enfance.

La présence pure (1999)

Deux choses nous éclairent, qui sont toutes les deux imprévisibles: un amour ou une mort. C’est par ces événements seuls qu’on peut devenir intelligents, parce qu’ils nous rendent ignorants.

La lumière du monde (2001)

Les enfants gitans semblent toujours plus âgés tant leurs chairs sont lourdes du sang divin de l’expérience.

L'homme-joie (2012)

Les gitans ont des pudeurs de violette.

L'homme-joie (2012)

Mozart écrit, à propos d’un de ses concertos : C’est brillant, mais cela manque de pauvreté.

Autoportrait au radiateur (2000)

Un adulte qui parle de son père, c’est un homme qui réchauffe une ombre.

L'Homme qui marche (1995)

Elle ne croyait qu’à l’amour et quand on ne croit qu’à l’amour, on n’a pas d’humeur matinale, on reste entre les draps parce que l’amour est là. Ou parce qu’il manque.

La folle allure (1995)

Plus vous êtes aimée et plus on vous aimera.

La folle allure (1995)

Le bon chemin pour les enfants n’est jamais le chemin des parents, jamais.

La folle allure (1995)

Avec un peu de patience, j’aurais fait un assez bon idiot du village. C’est un métier que plus personne n’exerce : trop difficile sans doute. Il est plus aisé de devenir médecin, ingénieur ou même écrivain. Plus aisé et gratifiant aux yeux du monde.

Ressusciter (2001)

La plus belle vie est celle qui exprime ce que la vie a de beau.

Prisonnier au berceau (2005)

Je viens de comprendre quelque chose, une chose capitale, une révélation si on veut. Je viens de comprendre que personne, jamais, ne me contraindra en rien.

La folle allure (1995)

La beauté a puissance de résurrection. Il suffit de voir et d’entendre. C’est par distraction que nous n’entrons pas au paradis de notre vivant, uniquement par distraction.

L'homme-joie (2012)

Pour qu’une chose soit vraie il faut qu’en plus d’être vraie elle entre dans notre vie.

L'inespérée (1994)

La vie est un cadeau dont je défais les ficelles chaque matin, au réveil.

Geai (1998)

Je rentre dans mon horloge suisse et m’endors en pensant comme chaque soir que le plus beau est à venir.

L'homme-joie (2012)

Toutes les fleurs se ruent vers nous en nous léguant de leur vivant leur couleur et leur innocence. Les contempler mène à la vie parfaite.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Un jour nous comprendrons que la poésie n’était pas un genre littéraire mal vieilli mais une affaire vitale, la dernière chance de respirer dans le bloc du réel.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Nous ne disposons que d’une seconde pour voler à la vie les bracelets de lumière qui tintent à ses poignets.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Aux enfants on apprenait jadis que Dieu est dans le ciel. Mais qui leur apprendra que le ciel est sur terre, partout étincelant dans les choses simples ?

Les Ruines du ciel (2009)

On lit avec les mains autant qu’avec les yeux. Le toucher d’une main calme sur la page d’un livre, c’est la plus belle image que je connaisse, l’image la plus apaisante qui soit : une main tendre sur une épaule d’encre.

La merveille et l'obscur (1991)

On presse de plus en plus les enfants de vieillir et les vieillards de rajeunir. On leur propose de rejoindre cette classe pour laquelle seule tout est fait, la classe des jeunes adultes consommateurs.

La merveille et l'obscur (1991)

La comète de l’Amour ne frôle notre coeur qu’une fois par éternité. Il faut veiller pour la voir.

Une petite robe de fête (1991)

Je t’aimais. Je t’aime. Je t’aimerai. Il ne suffit pas d’une chair pour naître. Il y faut aussi cette parole.

Le Très-Bas (1992)

J’ai enseigné dix ans, c’est suffisant. Faire trop longtemps la même chose, au même endroit, à la même heure, cela rend vieux.

Tout le monde est occupé (1999)

Nous souffrons tous de cela : de n’être pas assez volés. Nous souffrons des forces qui sont en nous et que personne ne sait piller, pour nous les faire découvrir.

Lettres d'or (1987)

C’est une manière sûre, pour reconnaître la vraie beauté, que de mesurer la haine qu’elle attire sur elle.

L'homme-joie (2012)

La tyrannie du visible fait de nous des aveugles. L’éclat du verbe perce la nuit du monde.

La Dame blanche (2007)

La croissance de l’esprit est à l’inverse de la croissance de la chair. Le corps grandit en prenant de la taille. L’esprit grandit en perdant de la hauteur. La sainteté renverse les lois de maturité : l’homme y est la fleur, l’enfant y est le fruit.

Le Très-Bas (1992)

Les mots sont en retard sur nos vies. Tu as toujours été en avance sur ce que j’espérais de toi. Tu as depuis toujours été l’inespérée.

L'inespérée (1994)

Quand ils voient un miracle la plupart ferment les yeux.

L'homme-joie (2012)

Le lien amoureux est lien de guerre et de commerce entre les sexes.

Le Très-Bas (1992)

L’ amour ce n’est pas le sacrifice, c’est le don. Et qu’aurez-vous à donner si vous n’avez aucune joie de vivre ?

La merveille et l'obscur (1991)

Les mères aiment leurs enfants de manière insensée. Les mères ne savent aimer sinon de cette manière insensée. Elles tiennent leurs enfants au centre du monde et tiennent le monde au centre de leur coeur.

Le Très-Bas (1992)

Toutes les mères ont cette grâce à rendre jaloux Dieu-même le solitaire dessous son arbre d’éternité. Oui, vous ne pouvez l’imaginer autrement que revêtue de cette robe de son amour. La beauté des mères dépasse infiniment la gloire de la nature.

Le Très-Bas (1992)

Elle est belle en mesure de cette fatigue qu’elle enjambe à chaque fois pour aller dans la chambre de l’enfant. Toutes les mères ont cette beauté. Toutes ont cette justesse, cette vérité, cette sainteté.

Le Très-Bas (1992)

La maternité est ce qui soutient le fond de tout. La maternité est la fatigue surmontée, la mort avalée dans laquelle aucune joie ne viendrait.

Le Très-Bas (1992)

D’ailleurs, il n’y a pas de saint, il n’y a que de la sainteté. La sainteté c’est la joie. Elle est le fond de tout.

Le Très-Bas (1992)

Lire, c’est ajouter au livre, découvrir, en s’y penchant, son propre visage dans la fontaine de papier blanc.

Un assassin blanc comme neige (2011)

La simple vie de chaque jour nous donne toute sa lumière puis s’en va, comme une invisible fiancée portant à son doigt une bague d’air, incrustée de silences scintillants.

Prisonnier au berceau (2005)

Plus la vie est simple – jusqu’à en être rude – et plus elle préserve sa beauté, comme une blessure dont les bords seraient francs.

Prisonnier au berceau (2005)

Tous les airs se démodent – pas les chants d’oiseaux.

Un assassin blanc comme neige (2011)

La main de l’ange a des ongles noirs à force de nous déterrer des gravats de nos projets.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Rencontrer quelqu’un, le rencontrer vraiment – et non simplement bavarder comme si personne ne devait mourir un jour -, est une chose infiniment rare. La substance inaltérable de l’amour est l’intelligence partagée de la vie.

La Dame blanche (2007)

Le néant et l’amour sont de la même race terrible. Notre âme est le lieu de leur empoignade indécise.

La Dame blanche (2007)

La mort n’éteint pas la musique, n’éteint pas les roses, n’éteint pas les livres, n’éteint rien.

Un assassin blanc comme neige (2011)

La beauté est de la digitaline pour le coeur.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Partout l’appel, partout l’impatience de la gloire d’être aimé, reconnu, partout cette langueur de l’exil et cette faim d’une vraie demeure – les yeux d’un autre.

Une petite robe de fête (1991)

Il n’y a rien d’autre à apprendre que soi dans la vie. Il n’y a rien d’autre à connaître. On n’apprend pas tout seul, bien sûr. Il faut passer par quelqu’un pour atteindre au plus secret de soi.

Une petite robe de fête (1991)

La vérité, on ne peut l’avoir, seulement la vivre.

L'inespérée (1994)

On ne peut bien voir que dans l’absence. On ne peut bien dire que dans le manque.

Une petite robe de fête (1991)

Il y a besoin de si peu pour écrire. Il n’y a besoin que d’une vie pauvre. Si pauvre que personne n’en veut et qu’elle trouve asile en dieu, ou dans les choses. Une abondance de rien.

Une petite robe de fête (1991)

Peut-être n’est-ce que cela le monde : ce mauvais silence imposé à nos vies.

Le huitième jour de la semaine (1988)

Tout ce qui nous arrive nous survit ainsi, en souffrance dans l’espace. En attente. Echappant aux mots comme à l’absence de mots.

Le huitième jour de la semaine (1988)

Disposant un nuage dans le ciel, une orange dans une assiette, les peintres éclairent ce qu’il reste de jour dans le soir, inventent la juste distance qui permet à l’espace de s’ouvrir, et à l’amour de danser.

Le huitième jour de la semaine (1988)

La beauté est l’ensemble de ces choses qui nous traversent et nous ignorent, aggravant soudain la légèreté de vivre.

Le huitième jour de la semaine (1988)

La vie est à peu près cent milliards de fois plus belle que nous l’imaginons.

L'homme-joie (2012)

L’âme un linge frais de soleil, amoureusement plié.

L'homme-joie (2012)

Ce qui compte, c’est la puissance de la joie qui éclate à la vitre de nos yeux. Une apparition, une seule, et tout est sauvé.

L'homme-joie (2012)

Très peu de choses méritent d’être crues, mais voir soudain la douleur et la bonté de quelqu’un, c’est comme trouver le nord quand on ne savait plus où on était.

La lumière du monde (2001)

Les mots Dieu ou amour ont traîné partout, et pourtant ils ont trop précieux pour qu’on les abandonne.

La lumière du monde (2001)

Si mes phrases sourient c’est parce qu’elles sortent du noir. J’ai passé ma vie à lutter contre la persuasive mélancolie. Mon sourire me coûte une fortune.

L'homme-joie (2012)

Les secrets sont des piments sur le bout de la langue. Tôt ou tard ils mettent la bouche en feu. Tôt ou tard on ouvre la bouche et on montre le petit diable qui faisait sa cuisine entre nos dents serrées.

Geai (1998)

Le malheur c’est que, si vous réussissez à attraper un solitaire, vous le perdez : il n’est plus seul.

Geai (1998)

Ecrire, ce serait parler à l’absent, à celui qui s’éloigne un peu plus chaque jour, nous libérant de tout, même de lui.

L'Homme du désastre (1986)

Rien ne ressemble plus à un père qu’une montagne.

Tout le monde est occupé (1999)

Le coeur est une petite maison, même pas une maison, une niche, même pas une niche, un abri pour les moineaux. Le coeur n’a qu’une contenance réduite. Une joie qui bat des ailes le remplit tout. Il n’y a plus de place pour autre chose.

Tout le monde est occupé (1999)

Dans le monde tout va ensemble, sauf l’amour. Il ne va avec rien. Il n’est nulle part. Il manque. Il manque comme manque le pain dans les périodes de guerre, comme le souffle dans la gorge des mourants. Il manque comme le temps dans les jeux de l’enfance.

Une petite robe de fête (1991)

Un lit de lumière, une chaise de silence, une table en bois d’espérance, rien d’autre : telle est la petite chambre dont l’âme est locataire.

Ressusciter (2001)

Les gens sont des miracles qui s’ignorent.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Je vois parfois des choses si belles que je me réjouis de ne pas les posséder.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Les tendres nuages que je vois ébréchés dans le ciel bleu n’ont pas connu mon père et pourtant par leur consentement au réel qui les broie, ils me parlent très bien de lui.

Carnet du soleil (2011)

Les parents voient leurs enfants, jamais leurs âmes.

La Dame blanche (2007)

Le verbe est un soleil impérissable.

La Dame blanche (2007)

Ce dont nous rêvons, en vérité, c’est d’être préférés-aimés, oui, mais un peu plus que les autres. Préférés.

Mozart et la pluie (2002)

Je suis vivant parce qu’on m’a parlé et aimé. Je suis vivant parce que, dès les premières heures, ma mère et le côté pluie de la neige m’ont parlé avec amour.

Mozart et la pluie (2002)

Les gens croient montrer leur profondeur quand ils brassent des opinions. Mais les opinions sont des branches mortes flottant sur l’eau croupie de l’époque.

Prisonnier au berceau (2005)

Devant la mort nous serons comme à notre naissance, radicalement privés de toute puissance.

Ressusciter (2001)

C’est une vieille loi du monde, une loi écrite : celui qui a quelque chose en plus a, dans le même temps, quelque chose en moins.

Geai (1998)

Le temps qui passe est un ami précieux qui nous dépouille du superflu.

Une bibliothèque de nuages (2006)

L’absence de vérité dans une voix est pire que la fin du monde.

L'homme-joie (2012)

Savoir qu’on est vivant est tout savoir.

Un assassin blanc comme neige (2011)

J’essaie de vous dire une chose si petite que je crains de la blesser en la disant. Il y a des papillons dont on ne peut effleurer les ailes sans qu’elles cassent comme du verre.

L'homme-joie (2012)

Il faut que la vie nous arrache le coeur, sinon ce n’est pas la vie.

Carnet du soleil (2011)

J’aime tant les livres que je ne peux passer un jour sans poser ma main sur le front d’une page imprimée pour sentir si elle a ou non de la fièvre.

Carnet du soleil (2011)

L’âme est le goût de l’absolu donc de la perte – la pelote de lumière lancée violemment contre le haut mur de la mort, et les rebonds qu’elle fait dans la pensée.

La Dame blanche (2007)

Le génie est une réponse à l’impossibilité de vivre, le bondissement du cerf au-dessus de la meute.

La Dame blanche (2007)

Ecrire est une manière d’apaiser la fièvre du premier matin du monde, qui revient chaque jour.

La Dame blanche (2007)

Tout mariage est un subtil alliage de mort et de résurrection.

La Dame blanche (2007)

Un poète, c’est joli quand un siècle a passé, que c’est mort dans la terre et vivant dans les textes.

La Dame blanche (2007)

Les poèmes serrés sur le papier diffusent la même lumière d’or que le blé rassemblé en meules dans le pré.

La Dame blanche (2007)

La poésie est la fille infirme du ciel, la silencieuse défaite du monde et de sa science.

La Dame blanche (2007)

Les mots n’ont pas si grande importance, qu’avons-nous à nous dire dans la vie, sinon bonjour, bonsoir, je t’aime et je suis là encore, pour un peu de temps vivante sur la même terre que toi.

La folle allure (1995)

Les mots de l’amour sont comme l’amour que l’on fait, ils demandent la nuit, l’éclat sans égal de la nuit. On aime. On écrit.

L'enchantement simple (1989)

Je sais que les morts ne sont pas dans la mort, je sais que les morts sont dans un monde qui n’est séparé du notre que par un mince filet de lumière.

La folle allure (1995)

A quoi reconnaît-on les gens fatigués. A ce qu’ils font des choses sans arrêt. A ce qu’ils rendent impossible l’entrée en eux d’un repos, d’un silence, d’un amour.

Une petite robe de fête (1991)

Ce que l’on aime est comme une Mère. Cela nous enfante et nous régénère.

Une petite robe de fête (1991)

Une jolie femme qui n’a aucun souci de plaire est d’emblée sans rivale, au sommet de toute beauté comme le sont les roses et les saintes.

Ressusciter (2001)

Vous étiez comme un moineau sautillant dans mon coeur. J’apprenais le langage des grands arbres. Le moindre écart et vous vous envoliez jusqu’à ce ciel en vous, inaccessible.

Une petite robe de fête (1991)

La vie est lumineuse d’être incompréhensible.

Prisonnier au berceau (2005)

Le monde va toujours vers le pire. Dès qu’on le laisse aller seul, le monde va vers la destruction du faible et du précieux en nous.

L'épuisement (1994)

Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit, c’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.

La part manquante (1989)

La bête qui ronge leur conscience leur en laisse assez pour qu’ils connaissent, par instants, l’horreur d’être là.

La présence pure (1999)

Pour Wadsworth, de même que le diamant n’est qu’un morceau de carbone tant qu’il ne s’est pas cristallisé, l’homme n’est que néant tant que la pensée n’a pas taillé son âme comme un joyau dont chaque facette célèbre la lumière éternelle.

La Dame blanche (2007)

Ah ne m’enlevez pas la poésie, elle m’est plus précieuse que la vie, elle est la vie même, révélée, sortie par deux mains d’or des eaux du néant, ruisselante au soleil.

La Grande Vie (2014)

L’expérience de l’humiliation est comme celle de l’amour, inoubliable.

La folle allure (1995)

La douceur de vivre est l’avancée d’une vie éternelle dans la vie aujourd’hui.

Le Très-Bas (1992)

Il n’y a dans une vie que quatre ou cinq évènements fondateurs, quatre ou cinq jaillissements de l’absolu. Ton sourire est un de ces évènements qui enflamment la nuit où je m’en vais confiant.

Carnet du soleil (2011)

Le chêne clair de ton cercueil est depuis quinze ans sur des tréteaux dans une allée de mon cerveau. Des anges lui jettent des pelletées de lumière.

Carnet du soleil (2011)

Ce qui s’enfuit du monde c’est la poésie. La poésie n’est pas un genre littéraire, elle est l’expérience spirituelle de la vie, la plus haute densité de précision, l’intuition aveuglante que la vie la plus frêle est une vie sans fin.

Carnet du soleil (2011)

Les calculs ont remplacé la grâce. La contemplation des chiffres épuise l’âme. Ils sont à plaindre, les yeux du monde.

Carnet du soleil (2011)

Il n’y a pas de passé. Il n’y a qu’aujourd’hui et, dans aujourd’hui, serrés et brûlants comme à l’intérieur d’une clochette de muguet, tous les morts que nous avons aimés.

Carnet du soleil (2011)

Les livres s’ouvrent comme des mains apaisées.

Carnet du soleil (2011)

L’amour de certaines mères est comme une corde passée au cou de l’enfant : au moindre mouvement de celui-ci vers la vie, le noeud coulant se resserre.

Ressusciter (2001)

Ce sourire, au début, personne pour le voir. Que deviennent les choses que personne ne voit ? Elles grandissent. Tout ce qui grandit, grandit dans l’invisible et prend, avec le temps, de plus en plus de force, de plus en plus de place.

Geai (1998)

Le coeur de ceux que nous aimons est notre vraie demeure.

La plus que vive (1996)

La mort, chaque fois qu’elle survient, détruit un livre d’images.

Autoportrait au radiateur (2000)

Ta mort fait comme une île noire dans un océan de lumière. Pour te rejoindre, aucune barque. Il faudrait pouvoir marcher sur la lumière. Cela doit s’apprendre. Cela s’apprend.

Autoportrait au radiateur (2000)

Le nom de famille vous tombe dessus à la naissance, de plus en plus lourd avec l’âge, comme la pluie qui bruine et s’infiltre sous les vêtements les plus épais.

La folle allure (1995)

Dans ce qui est on voit ce qui manque. Dans le rire on rejoint ce qui manque.

La part manquante (1989)

La maison ce n’est pas une question de pierres mais d’amour. Une cave peut-être merveilleuse.

La folle allure (1995)

Il a cinquante ans. C’est l’âge où un homme entreprend l’inventaire de ses biens. C’est quoi réussir sa vie. Ce qu’on gagne dans le monde, on le perd dans sa vie.

La part manquante (1989)

La durée amoureuse n’est pas une durée. Le temps passé dans l’amour n’est pas du temps, mais de la lumière, un roseau de lumière, un duvet de silence, une neige de chair douce.

La part manquante (1989)

L’émerveillement n’est pas l’oubli de la mort, mais la capacité de la contempler comme tout le reste, comme l’amer et le sombre : dans la brûlure d’une première fois, dans la fraîcheur d’une connaissance sans précédent.

La part manquante (1989)

Pourquoi faudrait-il un sens à nos jours ? Pour les sauver ? Mais ils n’ont pas besoin de l’être. Il n’y a pas de perte dans nos vies, puisque nos vies sont perdues d’avance, puisqu’elles passent un peu plus, chaque seconde.

Eloge du rien (1990)

Oui, on est un peu comme ça quand on est amoureux. On vide ses poches, on perd son nom. On découvre avec ravissement la certitude de n’être rien.

La Grande Vie (2014)

L’amour n’est rien que cette brûlure, comme au blanc d’une flamme. Une éclaircie dans le sang. Une lumière dans le souffle. Rien de plus. Et pourtant il me semble que toute une vie serait légère, penchée sur ce rien.

Eloge du rien (1990)

Tout ce qui n’est pas moi et qui m’éclaire. Tout ce que j’ignore et que j’attends. L’attente est une fleur simple. Elle pousse au bord du temps.

Eloge du rien (1990)

Ce qui fait un couple, c’est la nourriture : un couple c’est quand deux respirent le même air, avalent la même nourriture – la même amertume ou la même joie. Et ces deux-là, qu’est-ce qu’ils mangent ? Ils mangent de la souffrance, du malheur.

L'inespérée (1994)

Il y a cette pensée naïve que l’on ne peut retenir, la pensée d’un secret. Comme une nuit où toujours revenir. Le secret est banal, illimité : on a une photo, dans une enveloppe, sur soi. On ne la regarde jamais.

L'enchantement simple (1989)

Ce n’est pas qu’il y ait deux mondes, celui des riches et celui des pauvres. C’est bien plus fort que ça : il n’y a qu’un seul monde, celui des riches et, à côté ou en arrière, le bloc informe de ses déchets.

La folle allure (1995)

La floraison des cerisiers ne dure pas. L’essentiel on l’attrape en une seconde. Le reste est inutile.

La Grande Vie (2014)

Il y a parfois entre deux personnes un lien si profond qu’il continue à vivre même quand l’un des deux ne sait plus voir.

Ressusciter (2001)

Une intelligence sans bonté est comme un costume de soie porté par un cadavre.

Ressusciter (2001)

Aujourd’hui on n’écrit plus de lettres. C’est comme s’il n’y avait plus d’enfant pour jeter sa balle de l’autre côté du mur.

La Grande Vie (2014)

Le monde a tué la lenteur. Il ne sait plus où il l’a enterrée.

La Grande Vie (2014)

Les hommes regardent les femmes et ils en perdent la vue. Les femmes regardent les mots d’amour et elles y trouvent leur âme.

La Grande Vie (2014)

Pourquoi grandir puisque enfants nous touchions déjà le ciel de nos petites mains d’argile rose ?

La Grande Vie (2014)

Devant les livres, la nature ou l’amour, vous êtes comme à 20 ans : au tout début du monde et de vous.

Une petite robe de fête (1991)

Quand on parle, on campe dans sa parole. Quand on se tait, on campe dans son silence.

L'homme-joie (2012)

Quand on joue de la musique, on lève le camp, on replie sa tente et on s’éloigne dans le chant faible, délivré de la corvée de dire et de taire. On s’éloigne comme un jeune homme s’éloigne sans savoir vers quoi, car sinon ce ne serait pas s’éloigner.

L'homme-joie (2012)

Les mères par leurs soins élémentaires fleurissent les abîmes. Si il y a encore des lions, des étoiles et des saints c’est parce qu’une femme épuisée pose un plat sur la table à midi.

La Grande Vie (2014)

L’extrême sensibilité est la clé qui ouvre toutes les portes mais elle est chauffée à blanc et brûle la main qui la saisit.

La Grande Vie (2014)

Je ne maudis jamais la pluie, cette petite soeur déshéritée du soleil.

La Grande Vie (2014)

J’ai entrevu assez du paradis pour comprendre qu’il peut être partout.

La Grande Vie (2014)

On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir. Tu m’as donné le plus précieux de tout : le manque. Il m’était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore.

La plus que vive (1996)

L’art de la conversation est le plus grand art. Ceux qui aiment briller n’y entendent rien. Parler vraiment c’est aimer, et aimer vraiment, ce n’est pas briller, c’est brûler.

Autoportrait au radiateur (2000)

Tout visage est une porte et la même porte, selon l’instant où on la pousse, peut donner sur le paradis ou sur l’enfer.

Louise Amour (2004)

J’apprends chaque jour ainsi, il faut croire que j’oublie au fur et à mesure, nous, les vivants, sommes devant la mort de bien mauvais élèves, les jours, les semaines et les mois passent, et c’est toujours la même leçon au tableau noir.

La plus que vive (1996)

Ce qui fait évènement, c’est ce qui est vivant et ce qui est vivant, c’est ce qui ne se protège pas de sa perte.

Autoportrait au radiateur (2000)

Les ailes, c’est le réel qui les donne – le réel contemplé de face, en face, tel qu’il est, nécessairement non conforme à nos souhaits.

Autoportrait au radiateur (2000)

Le vrai bonheur, c’est çà : un visage inconnu, et comment la parole peu à peu l’éclaire, le fait devenir familier, proche, magnifique, pur.

Geai (1998)

La mélancolie se lève chaque matin une minute avant moi. Elle est comme quelqu’un qui me fait de l’ombre, debout entre le jour et moi. Je dois pour m’éveiller la repousser sans ménagement.

La présence pure (1999)

En écrivant, j’accomplis un travail que personne ne m’a demandé de faire – à part bien sûr quelques herbes folles et le sourire infailliblement lumineux de mon père disparu.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Très peu de vivants et beaucoup de morts dans cette vie – mort étant celui qui ne se lâche jamais et ne sait pas s’éloigner de soi dans un amour ou dans un rire.

L'éloignement du monde (1993)

On peut coucher avec la terre entière et cela ne change rien, tant que le coeur n’est pas atteint.

La folle allure (1995)

Un des plus beaux titres de poésie est celui d’Eluard : L’Amour la solitude. Ils ne sont même pas séparés par une virgule… C’est très juste car l’amour la solitude sont comme les deux yeux d’un même visage. Ce n’est pas séparé, et ce n’est pas séparable.

La Grâce de solitude (1998)

La solitude est une maladie dont on ne guérit qu’à condition de la laisser prendre ses aises et de ne surtout pas en chercher le remède nulle part.

L'épuisement (1994)

Quand on est amoureux on est ivre. On vide ses poches, on perd son nom. On découvre avec ravissement la certitude de n’être rien.

Eloge du rien (1990)

On ne peut pas penser quand on est amoureux. On est trop occupé à brûler sa maison. On ne garde aucune pensée pour soi. On les envoie toutes vers l’aimée, comme des colombes, comme des étoiles, comme des rivières.

Eloge du rien (1990)

Le sourire est la seule preuve de notre passage sur terre.

Noireclaire (2015)

C’est si beau ta façon de revenir du passé, d’enlever une brique au mur du temps et de montrer par l’ouverture un sourire léger. Le sourire est la seule preuve de notre passage sur terre.

Noireclaire (2015)

On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir. Tu m’as donné le plus précieux de tout : le manque.

La plus que vive (1996)

Il nous manque d’aller dans notre vie comme si nous n’y étions plus, avec cette souplesse du chat entre les hautes herbes, ou avec ce fin sourire de l’amoureuse devant son coeur cambriolé.

L'enchantement simple (1989)

Le visage amoureux est visage des hauteurs.

Souveraineté du vide (1985)

Le visage amoureux est visage du profond et du clair. Il revient du lointain, de ce temps où l’enfance était chassée de nos traits, comme on renvoie dans sa mansarde une servante malhabile. Il est fait de cette pureté en nous, que rien n’entame.

Souveraineté du vide (1985)

J’ai revé d’un livre qu’on ouvrirait comme on pousse la grille d’un jardin abandonné.

L'homme-joie (2012)

La maternité est ce qui soutient le fond de tout. La maternité est la fatigue surmontée, la mort avalée sans laquelle aucune joie ne viendrait.

Le Très-Bas (1992)

La beauté vient de l’amour. L’amour vient de l’attention. L’attention simple aux simples, l’attention humble aux humbles, l’attention vive à toute vie.

Le Très-Bas (1992)

Les mères grandissent dans la vie en même temps que leur enfant, et comme l’enfant est dès sa naissance l’égal de Dieu, les mères sont d’emblée au saint des saints, comblées de tout, ignorantes de tout ce qui les comble.

Le Très-Bas (1992)

L’homme livide c’est l’homme social, c’est l’homme utile, persuadé de son utilité. C’est l’homme de la plus faible identité – celle de maintenir les choses en état, celle du mensonge éternel de vivre en société.

Une petite robe de fête (1991)

Tu sais, petite, la pâtisserie et l’amour, c’est pareil – une question de fraîcheur et que tous les ingrédients, même les plus amers, tournent au délice.

La folle allure (1995)

On peut très bien, par temps clair, entrevoir Dieu sur le visage du premier venu. Voila, c’est aussi simple que ça. Et personne ne nous a dit que ce qui était simple n’était pas déchirant.

Autoportrait au radiateur (2000)

La poésie peut être une affaire vitale, l’apothéose de toutes lucidités, l’arrachement du bandeau que la vie met sur les yeux des vivants pour qu’ils n’aient pas trop peur à cet instant dernier qu’est chaque instant passant.

La Dame blanche (2007)

La vie me bouleverse comme un papier de soie si fin qu’un regard trop pesant parvient à déchirer. La vie me comble d’être aussi parfaitement menacée. Le déchirement me donne joie et rire.

L'épuisement (1994)

Choses qui viennent par défaut, à la place d’une autre : l’ambition. L’argent. Laver les vitres, classer des photos. La colère. Les voyages.

Autoportrait au radiateur (2000)

Choses qui remplissent toute leur place et en elles-mêmes leur propre suffisance : nouer les lacets d’un petit enfant. Lire un livre d’une traite, avec la nuit alentour. Changer l’eau des fleurs. L’empreinte d’un moineau sur la neige fraîche. L’amour.

Autoportrait au radiateur (2000)

C’est l’imprévu que j’espère, et lui seul. Partout, toujours. Dans les plis d’une conversation, dans le gué d’un livre, dans les subtilités d’un ciel. Ce à quoi je ne m’attends pas, c’est cela que j’attends.

Autoportrait au radiateur (2000)

Tant que tu crois à la toute-puissance de l’amour, tu ne crois qu’à la puissance et à rien d’autre. C’est vrai que l’amour est invincible. Mais il ne l’est que dans l’exacte mesure où il est sans puissance aucune devant ce qui le tue.

Autoportrait au radiateur (2000)

La mort en nous c’est le maître, celui qui sait. Le vif en nous c’est l’enfant, celui qui aime, qui joue à aimer.

L'épuisement (1994)

Oui les enfants ont raison : vivre c’est ne pas encore avoir décidé du sens de la vie, pas plus que de la forme achevée d’une phrase, essayer, risquer, recommencer, raturer, aller ici en même temps que là-bas.

L'épuisement (1994)

Ecrire c’est refuser les aliments proposés par le monde et rechercher, dans la maigreur affolante d’une phrase ou dans son développement boulimique, la vraie nourriture, celle qui fera grandir, et cette recherche par elle-même est déjà nourricière.

L'épuisement (1994)

Je ne cherche jamais l’écriture. C’est elle qui me vient. C’est quelque chose qui sort du monde et qui me blesse. Ecrire c’est se découvrir hémophile, saigner de l’encre à la première écorchure, perdre ce qu’on est au profit de ce qu’on voit.

L'épuisement (1994)

Ce qui se tient entre notre vie et nous comme un obstacle, c’est nous-mêmes, cet épaississement de nous-mêmes dans nous-mêmes que nous considérons comme une preuve de maturité, une certitude d’existence.

L'éloignement du monde (1993)

L’écriture, par le rythme d’une voix, le mouvement d’une phrase, calme la conscience ordinaire et réveille une conscience du dessous, plus fine, à vif : l’écrivain est à la fois anesthésiste et chirurgien. Il endort l’âme avant de l’ouvrir.

L'épuisement (1994)

Je voudrais arriver à la mort aussi frais qu’un bébé, et mourir avec cet étonnement des bébés qu’on sort de l’eau. L’émerveillement crée en nous un appel d’air. L’éternel s’y engouffre à la vitesse de la lumière dans un espace soudain vidé de tout.

La lumière du monde (2001)

Si je cherche à formuler ce que j’aime en toi, je dirai que c’est ta liberté – c’est à dire ce point de ton coeur où tu devenais à toi-même imprévisible.

La plus que vive (1996)

Il y a dans la douleur une pureté infatigable, la même que dans la joie, et cette pureté est en route dessous les tonnes d’imaginaire congelé.

L'inespérée (1994)

Si nous privilégions notre propre apparence, si nous nous prenons nous-même comme objet de contemplation ou de souci, nous nous condamnons à ne presque rien voir du monde et à en aimer très peu.

La merveille et l'obscur (1991)

Vous dire l’étrangeté de mes jours, si commune, si banale. Vous dire la lumière de ces jours d’hiver, si folle, si douce. Cette allure de printemps, soudain. Il semblerait que quelque chose ne puisse jamais finir…

Souveraineté du vide (1985)

On est comme ces enfants qui boudent et bientôt ne savent plus sortir de leur bouderie.

La plus que vive (1996)

Ce que j’appelle réfléchir : je dévisse ma tête, je la mets sur une étagère et je sors faire une promenade. A mon retour la tête s’est allumée. La promenade dure une heure ou un an.

La Grande Vie (2014)

Et c’est quoi, la fin d’un livre. C’est quand vous avez trouvé la nourriture qu’il vous fallait, à ce jour, à cette heure, à cette page.

L'épuisement (1994)

Ici, là, un peu partout : un passage entre le visible et l’invisible. Une fenêtre mal fermée, une porte entrouverte par où arrive un peu de lumière. Sans invisible, nous ne verrions rien, nous serions dans le noir complet.

Autoportrait au radiateur (2000)

Les gens assis le long du couloir menant au scanner, je les reconnais au premier regard : c’est le peuple gris du quai de gare d’Auschwitz. Les hôpitaux nous mènent si loin de chez nous que notre âme peine à nous suivre.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Tous les vivants sont dans mon coeur. L’auberge est vaste. Il y a même un lit et un repas chaud pour les criminels et les fous.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Le nouveau-né a devant lui une forêt en feu qu’il lui faudra traverser pieds nus.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Les livres sont des bougies allumées que nous rapprochons de notre visage. La cire brûlante des mots coulant sur l’âme la tire du mortifère sommeil du monde.

Les Ruines du ciel (2009)

Un seul soupir du chat défait tous les noeuds invisibles de l’air. Ce soupir plus léger que la pensée est tout ce que j’attends des livres.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Dans l’imaginaire, un écrivain est toujours mort, même quand il est vivant. Et les chanteurs, c’est l’inverse : même morts, ils sont vivants. Il me reste donc à écrire comme on chante.

Autoportrait au radiateur (2000)

On commence à écrire. Ce n’est pas pour devenir écrivain qu’on écrit. C’est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.

La part manquante (1989)

La bonté, c’est comme trouver un diamant dans de la verroterie : c’est incompréhensible. C’est impossible de savoir d’où elle vient, elle tombe du ciel et c’est cela qui est mystérieux.

La lumière du monde (2001)

L’ange qui nous a chassé du paradis a négligé de fermer quelques portes.

La Grande Vie (2014)

Nous avançons dans la vie avec des mains rougies de criminel. Le déluge de notre mort les blanchira.

L'homme-joie (2012)

On a besoin d’une seule chose pour connaître toutes choses. On a besoin d’un seul visage pour jouir de tous visages.

La part manquante (1989)

Dieu tenait au dix-septième siècle la place qu’aujourd’hui tient l’argent. Les dégâts étaient moindres.

Les Ruines du ciel (2009)

Les livres sont des chapelets d’encre noir, chaque grain roulant entre les doigts, mot après mot. Et c’est quoi, au juste, prier. C’est faire silence. C’est s’éloigner de soi dans le silence.

Une petite robe de fête (1991)

Les hommes ? Non, je ne les vois pas. Et les pères encore moins. Et les maris pas du tout. C’est comme ça : je ne sais voir que les femmes et les enfants. Pour voir un peu de cette vie, il faut commencer par en oublier beaucoup.

Autoportrait au radiateur (2000)

Je vais traverser cet hiver en silence, on ne peut s’approcher d’une rose rouge qu’en silence. J’ai au coeur un tourment de bois noir, je vais laisser tout ça virer au rouge et au clair.

La plus que vive (1996)

Je me suis fait écrivain ou plus exactement je me suis laissé faire écrivain pour disposer d’un temps pur, vidé de toute occupation sérieuse.

Autoportrait au radiateur (2000)

Lisant, non pas pour savoir, non pas pour apprendre, pour accumuler, pour entasser, pour acquérir. Non, rien de tout cela. Lisant bien plutôt pour oublier, pour se déprendre, pour perdre, pour se perdre. Redevenant seul, infiniment seul.

Souveraineté du vide (1985)

Il faut que le noir s’accentue pour que la première étoile apparaisse.

L'homme-joie (2012)

Les feuilles tombées du tilleul se recroquevillent comme un coeur se resserre autour du souvenir de ce qu’il a perdu.

Ressusciter (2001)

Il y a ces deux choses en nous : l’amour et la solitude. Elles sont entre elles comme deux chambres reliées par une porte étroite.

Souveraineté du vide (1985)

Il y a plusieurs durées dans votre vie. Il y a plusieurs eaux mélangées dans le temps. L’enfance fait comme un courant profond dans la rivière du jour. Vous y revenez souvent, comme on revient chez soi après beaucoup d’absence.

La part manquante (1989)

Votre suicide était réussi, comme tous les suicides ratés. Vous aviez perdu bien plus que la vie : la parole, le goût de le parole claire, l’amour de la parole vraie. Vous étiez devant la parole comme un enfant malade devant la nourriture.

Une petite robe de fête (1991)

Quand je vis, la vie me manque. Je la vois passer à ma fenêtre, elle tourne vers moi sa tête mais je n’entends pas ce qu’elle dit, elle passe trop vite. J’écris pour l’entendre.

La Grande Vie (2014)

Que reste-il de tous les livres lus ? Leurs cendres retombent sur le cerveau, un courant d’air les chasse.

Un assassin blanc comme neige (2011)

Car c’est être poète que regarder la vie et la mort en face, et réveiller les étoiles dans le néant des coeurs.

L' homme-joie (2012)

C’est curieux comme on est avec les morts : d’abord on jette dessus plein de bruits, de prières et de cris, ensuite on les recouvre sous des pelletées de silence.

Isabelle Bruges (1992)

L’ombre grandit dans la pièce. On n’éclaire pas, il y a assez de mots pour se voir.

La part manquante (1989)

Les livres d’hier étaient en peau. La Bible est le seul livre d’air – un déluge d’encre et de vent.

Le Très-Bas (1992)