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Citations de : Charles Dollfus

Le juste équilibre à réaliser entre la délibération et l’action est la difficulté des gouvernements et des individus.

De la Nature humaine (1868)

Les étoiles, qui sont des soleils, sont moins nombreuses que les planètes: même chose dans l’univers moral, où les esprits éclairés par reflet peuplent le firmament de la pensée.

De la Nature humaine (1868)

Nous jugeons avec nos instincts et suivant nos goûts avant de juger par réflexion; la plupart en restent même là.

De la Nature humaine (1868)

Notre temps est affairé: il lit comme on mange à la buvette des chemins de fer, debout, entre deux trains. On lit «sur le pouce.» Tout s’improvise et se fait en hâte. Nous manquons d’àme, et nous sentons la fièvre.

De la Nature humaine (1868)

L’on manque le but de trois façons: en n’y atteignant pas, en le dépassant, en passant à côté. Peu d’hommes poursuivent un but qui mérite d’être atteint, très-peu atteignent le but qu’ils poursuivent.

De la Nature humaine (1868)

La sagesse est de toutes les sphères et de toutes les conditions: mais les sages partout sont rares.

De la Nature humaine (1868)

On n’est jamais sot ni ridicule quand on proportionne son ambition à ses capacités; on l’est toujours, lorsqu’on ne le fait pas.

De la Nature humaine (1868)

Le temps nous consume et nous rejette en fumée dans l’espace. La vie est un feu qui nous fait vivre en nous dévorant.

De la Nature humaine (1868)

Rien de difficile comme la pratique de ce précepte: usons, n’abusons pas.

De la Nature humaine (1868)

La sagesse consiste à n’aller jamais jusqu’au bout de rien.

De la Nature humaine (1868)

La révolte contre ce qui ne peut être changé est une faiblesse, la révolte contre ce qui peut être changé est un devoir.

De la Nature humaine (1868)

Comment se fait-il qu’une personne qui mourrait volontiers pour une autre, ne se puisse cependant dévouer jusqu’à lui épargner les coups d’épingle de la mauvaise humeur?

De la Nature humaine (1868)

Quel stoïcisme résiste à une rage de dents? Il faut presque être un héros pour ne pas se gratter là où cela vous démange.

De la Nature humaine (1868)

On peut aimer encore la blessure qu’une femme vous a faite, quelque souffrance qu’elle vous cause; un homme jamais ne chérit celle qu’il doit à un homme.

De la Nature humaine (1868)

La vie est triste et misérable. Ce qu’il y a de plus misérable et de plus triste, c’est que, dans ces conditions, nous tenions si fort à la vie.

De la Nature humaine (1868)

On ne regarde pas vers le passé, quand le présent vous suffit.

De la Nature humaine (1868)

Pour l’homme qu’entraîne le fleuve, les rives ont l’air de se mouvoir; qui est sur la rive voit couler le fleuve. Les contemporains sont sur la rive à l’égard du passé, ils sont dans le fleuve à l’égard du présent qui les emporte.

De la Nature humaine (1868)

L’homme souffre, parce qu’il aime; il a des joies, parce qu’il aime. Qui voudrait ne plus souffrir de rien, n’aurait qu’à s’abstenir de rien aimer. Quel homme, quel être vivant le pourra, et lequel le voudra jamais?

De la Nature humaine (1868)

L’instinct maternel traverse tous les êtres vivants: le coeur maternel, chaud de tendresse, est le nid où la nature abrite la jeune couvée.

De la Nature humaine (1868)

L’amour dit comme la passion: tout ce qui n’est pas toi m’est égal. Mais il n’est pas prêt à incendier le monde pour posséder ce qu’il désire.

De la Nature humaine (1868)

L’amour est un doux poison qui s’insinue dans nos veines par le regard, et qui de là gagne la tête pour l’emplir de songes; il nous enivre insensiblement comme un bouquet dont on respirerait, sans pouvoir l’abandonner, le doux vertige.

De la Nature humaine (1868)

L’amour est contemplatif. Il met du vague au coeur; il écoute, bien qu’il ne les suive guère, les conseils de la raison, mais il déplore de ne les pouvoir suivre: la passion d’un geste les écarte, d’un souffle les dissipe.

De la Nature humaine (1868)

Jamais deux amis ne se confondent, ils s’unissent. L’amitié se nourrit de services, elle en produit; l’amour veut des sacrifices qui vont jusqu’à tout abandonner, même la vie, pour l’être aimé.

De la Nature humaine (1868)

L’amour est la véritable communauté. Aimer, c’est s’enrichir. Qu’il est pauvre celui que personne n’aime; qu’il est pauvre aussi celui qui n’aime que lui!

Le Calvaire (1855)

Plus on aime, plus on vit. Celui qui jamais n’a aimé ne sait pas où est le véritable foyer de toute existence.

Le Calvaire (1855)

Aimer, c’est s’accroître de l’être auquel on se livre, c’est sentir, jouir, souffrir, vivre deux fois en un mot; rassembler en soi deux êtres; vivre deux en un seul.

Le Calvaire (1855)

Si j’avais plus de raison, j’aurais moins d’amour. Je t’accorde que l’amour est une folie; mais c’est une folie sublime.

Le Calvaire (1855)

S’aimer d’amour, c’est vivre l’un dans l’autre: c’est se confondre. Jamais deux amis ne se confondent, ils s’unissent. L’amitié se nourrit de services, elle en produit; l’amour veut des sacrifices qui vont jusqu’à tout abandonner.

De la Nature humaine (1868)

Ne nous inquiétons pas de l’opinion; faisons de notre mieux, et si l’opinion ne nous rend pas justice, tant pis pour l’opinion.

De la Nature humaine (1868)

Chacun a son point vulnérable, chacun porte en soi son séducteur. Sachez le découvrir, si vous voulez gagner un homme. Ils s’achètent tous, mais pas au même prix ni poulies mêmes objets.

De la Nature humaine (1868)

Tel est inaccessible aux séductions de l’argent, mais un ruban, une distinction honorifique le touche. Celui-ci résiste à l’argent et aux honneurs: une coquette et même une coquine en aura raison.

De la Nature humaine (1868)

Qui n’aime pas la supériorité la déteste. L’indifférence à son égard n’est pas possible dès qu’on l’a reconnue.

De la Nature humaine (1868)

L’homme n’échappe à la vanité qu’en tombant dans l’orgueil ou dans l’humilité. Ni humble, ni orgueilleux, ni modeste, ni vain: chose difficile.

De la Nature humaine (1868)

C’est un raffinement et un redoublement de vanité que de paraître modeste alors que tout le monde vous loue.

De la Nature humaine (1868)

Le vin et l’éloge se ressemblent. Un peu d’éloge encourage et fortifie, beaucoup d’éloge enivre. Prenons garde à l’ivrognerie.

De la Nature humaine (1868)

Demander conseil au prochain, c’est lui demander d’être de votre avis.

De la Nature humaine (1868)

Natures complimenteuses, natures équivoques. Le plus souvent, faire des compliments aux autres c’est en mendier pour soi-même.

De la Nature humaine (1868)

La flatterie gâte l’esprit comme le sucre gâte les dents.

De la Nature humaine (1868)

Lequel est le pire de flatter ou d’être flatté? Qui flatte se corrompt, qui flatte corrompt.

De la Nature humaine (1868)

Qui se règle sur l’idée qu’il a du devoir, est un homme libre jusque dans ses erreurs.

De la Nature humaine (1868)

Un titre est presque un ridicule aujourd’hui. Ce qu’il y a de plus ridicule qu’un titre neuf, c’est l’idée que plus on s’éloigne de l’ancêtre qui mérita d’être anobli, et plus on est noble.

De la Nature humaine (1868)

Ce que le monde exige, c’est qu’on soit correct. Correct! c’est son orthodoxie, c’est sa foi, c’est son existence. Soyez tout ce qu’il vous plaira, mais soyez correct.

De la Nature humaine (1868)

Les proverbes sont l’expérience des générations condensée en aphorismes: ce sont des cristallisations du sens commun.

De la Nature humaine (1868)

On reconnaît qu’un esprit commence à vieillir, lorsqu’il commence à se reproduire: signe qu’il a cessé de produire. Ceux qui jamais ne produisent rien, reproduisent toujours les autres.

De la Nature humaine (1868)

Certaines personnes qui ont perdu le naturel veulent le rattraper: elles l’affectent et le perdent encore davantage.

De la Nature humaine (1868)

Les hommes qui ont toujours commandé n’ont pas appris à connaître les hommes, car ils n’en ont pas rencontré. Le commandement ne forme pas à la connaissance des hommes, parce que l’obéissance ne forme pas d’hommes.

De la Nature humaine (1868)

Certaine peinture ne vaut que par le cadre; ainsi les médiocrités encadrées dans de brillantes positions. Que d’hommes à la recherche d’un cadre, et qui se rendent ainsi justice!

De la Nature humaine (1868)

Etre du côté des honneurs, ce n’est pas toujours être du côté de l’honneur. L’honneur est plus rare au singulier qu’au pluriel.

De la Nature humaine (1868)

Nous cessons d’être intéressants quand nous cessons d’être nous-mêmes.

De la Nature humaine (1868)

C’est par amour-propre que nous manquons le plus souvent de sincérité, ensuite par intérêt; toujours par faiblesse.

De la Nature humaine (1868)

Ne dites pas: je suis franc; soyez-le. Ne dites pas: je n’ai pas de vanité; montrez-le.

De la Nature humaine (1868)

On ne combat efficacement une chose que par son contraire: l’erreur par la vérité, le mensonge par la sincérité.

De la Nature humaine (1868)

L’homme fier ne ment pas de peur de se manquer à lui-même; l’homme sincère de peur de manquer à la vérité.

De la Nature humaine (1868)

Un homme fier et digne est au-dessus des faveurs et des revers de la fortune: qui se laisse enivrer par les unes, abattre par les autres, manque de fierté.

De la Nature humaine (1868)

La fierté commande d’être honnête, bien qu’elle ne soit pas l’honnêteté.

De la Nature humaine (1868)

Nos vertus ne sont fort souvent, à les bien considérer, que nos impuissances ou nos défauts maximes en sentences.

De la Nature humaine (1868)

On éprouve la beauté: elle n’est visible que pour le coeur; les yeux ne la voient jamais.

De la Nature humaine (1868)

La plus belle chose du monde, après la beauté, c’est la lumière.

De la Nature humaine (1868)

Avoir connu l’amour partagé, un amour plein, fort, fécond et noble, avoir fait un chef-d’oeuvre pour la postérité: quel homme après semblable fortune pourrait se plaindre de la destinée et réclamer des dieux une autre vie?

De la Nature humaine (1868)

L’homme se précipite vers l’avenir; l’animal n’est qu’au présent.

De la Nature humaine (1868)

Ne demandez pas d’équité au public, il n’a pas le temps. Le public d’ailleurs est condamné à ne juger que sur les apparences: autrement il ne serait plus le public.

De la Nature humaine (1868)

Entre le bien et le mal, entre l’erreur et la vérité le monde avance en festonnant.

De la Nature humaine (1868)

Les hommes font leur chemin entre l’enthousiasme et le dénigrement, les idées et les choses entre les optimistes et les pessimistes.

De la Nature humaine (1868)

L’enthousiasme et l’indignation se tiennent de près; on ne s’indigne que lorsqu’on est susceptible de s’enthousiasmer.

De la Nature humaine (1868)

Rien ne pèse aux honnêtes gens comme d’être obligés de mépriser; ils ne s’y résignent qu’à la dernière extrémité.

De la Nature humaine (1868)

Un homme qui ne se sent pas estimé à sa valeur est bien près de s’estimer trop. Le désir de justice fait qu’il s’accorde ce qu’on lui refuse, et qu’il pousse souvent sa revanche trop loin.

De la Nature humaine (1868)

Tenir à l’estime de quelqu’un, c’est l’estimer; et c’est le témoignage le plus délicat qu’on puisse lui donner de son estime.

De la Nature humaine (1868)

L’expérience généreuse de la jeunesse s’indigne contre la bassesse; l’expérience de l’âge mûr, quand elle n’a pas tourné elle-même à la bassesse ou à la corruption, méprise avec tolérance.

De la Nature humaine (1868)

Mieux vaut calomnier les hommes que les exploiter.

De la Nature humaine (1868)

Qui s’indigne contre les hommes, au fond les respecte encore: Alceste, le misanthrope, aime l’homme, et c’est pour cela qu’il déteste les hommes.

De la Nature humaine (1868)

Pour être tolérant envers les hommes, il faut les aimer beaucoup ou beaucoup les mépriser.

De la Nature humaine (1868)

L’intolérance n’est de droit que pour l’infaillibilité. Les hommes ont le devoir d’être mutuellement tolérants, parce qu’ils sont tous faillibles.

De la Nature humaine (1868)

Qui aime ne demande plus si la vie a un but.

De la Nature humaine (1868)

Il y a deux sortes de mauvais, le mauvais prétentieux et celui qui est sans prétention: le premier est beaucoup plus mauvais que le second.

De la Nature humaine (1868)

La force des choses est la discipline de l’esprit et l’école de la volonté.

De la Nature humaine (1868)

Savoir, c’est voir. Croire, c’est désirer. On ne voit pas toujours ce qu’on désire, ou on ne désire pas toujours ce que l’on voit.

De la Nature humaine (1868)

Le public c’est tout le monde, et tout le monde est du public. Des gens de beaucoup de sens, en tant qu’ils sont du public et agissent comme public, en public, deviennent des sots, ils appartiennent alors au troupeau.

De la Nature humaine (1868)

Dans les discussions, il n’y a pas seulement en présence l’erreur et la vérité, il y a des amours-propres. Très peu d’hommes quand ils discutent ont le courage d’être entièrement de bonne foi, s’il existe de ces esprits-là.

De la Nature humaine (1868)

L’ennui et l’impatience nous font sentir chaque minute, en y mettant leur poids.

De la Nature humaine (1868)

La vertu des femmes est surtout faite de deux choses: l’absence de tempérament et l’absence d’occasion. Ajoutons-y une troisième: la crainte de l’opinion. Après, vient la vertu – quand elle vient.

De la Nature humaine (1868)

Les hommes ont des principes quand ils ne peuvent pas faire autrement.

De la Nature humaine (1868)

En somme, il n’y a peut-être pas de bons mariages, il n’y en a que de moins mauvais: la médiocrité est la règle en tout.

De la Nature humaine (1868)

Tous les animaux sont monogames pendant qu’ils ont des jeunes à élever; dès que les jeunes peuvent se passer d’eux, ils retournent à la liberté de l’amour.

De la Nature humaine (1868)

La musique, les femmes, les enfants, la nature et la méditation sont la passion des âmes tendres.

De la Nature humaine (1868)

Pour une coquette, un adorateur est une parure de plus.

De la Nature humaine (1868)

A combien d’hommes déplairait-il d’apprendre qu’une femme est morte d’amour pour eux? A combien de femmes que par amour pour elles un homme s’est tué?

De la Nature humaine (1868)

Les femmes élèvent souvent les petites choses, les hommes souvent abaissent les grandes.

De la Nature humaine (1868)

On trouve toujours une femme sur le chemin du ciel ou sur celui de l’enfer.

De la Nature humaine (1868)

Il n’y a que la femme qui cultive l’homme, il, n’y a que l’homme qui la cultive; ils se dépravent ou s’améliorent l’un par l’autre.

De la Nature humaine (1868)

Beaucoup savent rire, mais le sourire est rare. Ne sourit pas qui veut.

De la Nature humaine (1868)

Les femmes qui ont de belles dents sont également vouées au sourire, et cela n’est pas sans influence sur leur caractère: avoir de belles dents rend agréable.

De la Nature humaine (1868)

Un médecin, un notaire, un prêtre qui trahissent le secret de leurs clients, commettent un abus de confiance. Des bavards, en de pareilles professions, deviennent presque criminels.

De la Nature humaine (1868)

Nous pouvons confier nos secrets, car ils nous appartiennent: ceux des autres, qui nous sont confiés, sont un dépôt dont nous n’avons pas l’usage.

De la Nature humaine (1868)

Tout indiscret est superficiel et vulgaire: le médisant ajoute la malveillance à la vulgarité.

De la Nature humaine (1868)

Rien n’offense les esprits délicats et les coeurs profonds comme l’indiscrétion et le bavardage.

De la Nature humaine (1868)

La discrétion est la pudeur de l’âme.

De la Nature humaine (1868)

Il existe une manière de ne pas dire les choses qui les dit. Savoir user du silence est une force.

De la Nature humaine (1868)

Le bavardage est l’infaillible indice de la vacuité de l’esprit.

De la Nature humaine (1868)

Toute grosse caisse et tout tambour sont faits de peau d’âne.

De la Nature humaine (1868)

Il semble que les prétentions augmentent dans le monde à mesure que les hommes diminuent.

De la Nature humaine (1868)

Le désir et la crainte sont des verres grossissants; la nature en a fait les yeux de l’homme.

De la Nature humaine (1868)

Le plus grand courage consiste quelquefois à passer pour un homme qui manque de courage.

De la Nature humaine (1868)

L’homme de vrai courage a fait une fois pour toutes le sacrifice de sa vie, mais il ne l’expose pas: s’il est prêt à l’appel de la destinée, il ne la provoque point inutilement; le courage est opposé à la témérité.

De la Nature humaine (1868)

Les honneurs sont des échasses qui vous élèvent sans vous grandir.

De la Nature humaine (1868)

Les personnes les plus spirituelles sont celles qui donnent de l’esprit aux autres, les personnes les moins spirituelles celles qui enlèvent leur esprit à ceux qui en possèdent.

De la Nature humaine (1868)

Pour les trois quarts du public un poète est un homme qui sait rimer: mais s’il ne rime avec rien lui-même?

De la Nature humaine (1868)

Nombre de gens, au moral, ont une peau de rhinocéros; d’autres sentent vivement la moindre piqûre.

De la Nature humaine (1868)

Certaines personnes écoutent et n’entendent pas, elles ne suivent que leur propre idée. Il y en a qui sont au milieu de la société à l’état de monologue incessant de l’esprit et de la parole. Ce sont les pestes de la conversation.

De la Nature humaine (1868)

Les gens qui savent écouter ont une grande supériorité sur les autres. Ceux qui savent observer une plus grande encore; mais, en général, ce sont les mêmes.

De la Nature humaine (1868)

Ne jamais douter de soi est quelquefois la moitié du succès, l’autre moitié c’est de ne point douter de la bêtise d’autrui.

De la Nature humaine (1868)

L’aumône et la misère sont deux infirmes qui cheminent appuyés l’un sur l’autre,.

De la Nature humaine (1868)

La misère engendre la charité, les maladies engendrent les médecins; la charité nourrit la misère, les médecins souvent entretiennent les maladies.

De la Nature humaine (1868)

Guérir d’une maladie, c’est en même temps guérir du médecin.

De la Nature humaine (1868)

Les médecins nomment toutes les maladies, ils en guérissent peu. Beaucoup croient qu’ils les ont guéries parce qu’ils les ont nommées.

De la Nature humaine (1868)

Le moi n’est pas seulement haïssable, il est criard.

De la Nature humaine (1868)

Un acte d’ostentation est toujours une faute de goût; le luxe où l’on met de l’ostentation pèche contre lui. Cela vient de ce que le Moi s’étale dans toute chose d’ostentation, et qu’il n’y a rien de plus mauvais goût que le moi.

De la Nature humaine (1868)

Le luxe commence où finit le nécessaire. Mais le nécessaire des uns est le superflu des autres.

De la Nature humaine (1868)

L’ignorance vient du dehors, elle est un manque: quelque chose de négatif. L’imbécillité vient de l’homme même, elle est positive.

De la Nature humaine (1868)

Croire des bêtises par procuration d’autrui ou les croire de son chef, ce n’est pas même chose. Qui est bête par procuration l’est deux fois.

De la Nature humaine (1868)

On n’augmente pas la valeur du zéro en plaçant n’importe quel chiffre après: c’est là pourtant l’arithmétique du monde.

De la Nature humaine (1868)

La bêtise est souvent susceptible, l’esprit rarement.

De la Nature humaine (1868)

La sottise alliée à la méchanceté, la méchanceté et la sottise à la vulgarité, cela se trouve quelquefois dans une seule personne, et c’est ce que le monde renferme de pire.

De la Nature humaine (1868)

La bêtise vient de l’esprit, la sottise du caractère; l’une se traduit en paroles, l’autre en actes.

De la Nature humaine (1868)

L’ennui est comme la rouille, il ronge les facultés.

De la Nature humaine (1868)

La vérité seule est de bon goût. Un homme de goût mentira plus difficilement qu’un autre; s’il dit la vérité, il la dira sans blesser.

De la Nature humaine (1868)

La politesse de la vertu consiste à ne point s’afficher, à ne point faire montre de ses mépris ou de son blâme. Son blâme, c’est l’exemple qu’elle donne: les discours ne signifient rien; on ne peut méconnaître les actions.

De la Nature humaine (1868)

Il y a des gens qui deviennent d’autant plus impolis envers vous que vous êtes plus polis envers eux. Ils croient que vous reconnaissez leur supériorité, et que vous faites acte de soumission en faisant acte de savoir-vivre.

De la Nature humaine (1868)

La politesse est un mensonge convenu, qui n’en est plus un, parce qu’il ne trompe personne. Et cependant, qui voudrait s’en passer? il trompe donc encore.

De la Nature humaine (1868)

Un avocat qui a un procès fait bien de le confier à un confrère; un médecin qui est malade, d’appeler un médecin. Nous sommes toujours mauvais juges dans notre cause, et nous voyons mal ce qui nous touche de près.

De la Nature humaine (1868)

Entre voir et regarder, il y a la même différence qu’entre penser et réfléchir.

De la Nature humaine (1868)

Les dents tourmentent les enfants jusqu’à ce qu’elles soient sorties: ainsi des idées. L’homme a ses dentitions qui le travaillent.

De la Nature humaine (1868)

On ne sent le prix des choses que lorsqu’on en prend possession, ou lorsqu’elles vous quittent.

De la Nature humaine (1868)

Qui rencontre un aveugle comprend le bienfait de la vue. Les muets parlent éloquemment en faveur de la parole.

De la Nature humaine (1868)

L’homme éloquent est celui qui persuade. Cependant, on persuade par l’exemple plus que par la parole, et bien agir est plus éloquent que bien parler.

De la Nature humaine (1868)

La charité consiste moins à donner, qu’à se donner: en donnant de coeur, l’on se donne.

De la Nature humaine (1868)

L’aumône peut être détestable, l’intention excellente, et c’est alors l’intention qui vaut.

De la Nature humaine (1868)

A force d’être victime, on devient bourreau.

De la Nature humaine (1868)

Soyons enclume, mais seulement quand nous ne pouvons être marteau; soyons marteaux seulement pour forger le bien.

De la Nature humaine (1868)

Nombre de personnes croient qu’elles agissent alors qu’elles ne font que s’agiter.

De la Nature humaine (1868)

L’homme d’expérience est celui qui a pris la mesure des choses, l’homme sans expérience celui qui les mesure sur ses illusions.

De la Nature humaine (1868)

Il en est des livres comme des nez: la plupart sont ou trop longs ou trop courts.

De la Nature humaine (1868)

Répéter une chose c’est l’affaiblir.

De la Nature humaine (1868)

Ne rions que de ce qui est risible, n’admirons que ce qui est admirable.

De la Nature humaine (1868)

Des vivants l’on voit plus volontiers les défauts, des morts plus volontiers les qualités. Un mort n’est plus à redouter, il a ce grand mérite aux yeux des vivants.

De la Nature humaine (1868)

Se développer c’est agir sur soi, et se préparer de la meilleure façon à agir sur les autres.

De la Nature humaine (1868)

Le rêve est l’élément de la jeunesse, l’action celui de la virilité. Qui ne peut plus rêver doit agir.

De la Nature humaine (1868)

L’habileté sans honnêteté finit toujours par se retourner contre qui l’emploie. Qui n’est qu’habile ne l’est pas assez.

De la Nature humaine (1868)

Lequel est le plus faible, de l’homme qui se laisse abattre par le malheur ou de celui que le succès enivre?

De la Nature humaine (1868)

Le rossignol est gris et chétif, le ver à soie n’a pas d’aspect. Le paon est superbe, mais quel ramage! le papillon est éclatant, mais il n’est l’ouvrier de rien: un arc-en-ciel qui voltige de fleur en fleur, et qu’est-ce que l’arc-en-ciel?

De la Nature humaine (1868)

Toute femme qui enfante, accouche d’une destinée: l’homme et la femme dans leurs enfants engendrent le commun devoir, l’éducation.

De la Nature humaine (1868)

Les hommes hardis avec les femmes ne sont pas ceux qui les aiment le plus, et surtout ceux qui les aiment le mieux.

De la Nature humaine (1868)

La pudeur et la timidité n’ont qu’une ressemblance extétérieure; on est quelquefois timide par manque de pudeur.

De la Nature humaine (1868)

Le désir de volupté nous rend très timides ou très osés.

De la Nature humaine (1868)

Que la plus séduisante femme du monde mette des lunettes, elle perd son charme, – pourquoi?

De la Nature humaine (1868)

Certaines femmes, parmi de grandes qualités, ont un grand défaut: elles adorent leur mari.

De la Nature humaine (1868)

Plus d’une honnête femme désire in petto, sans oser se l’avouer, qu’on lui fasse une déclaration d’amour, ne fût-ce que pour avoir l’occasion de se prouver à elle-même sa vertu.

De la Nature humaine (1868)

Qui a failli se cherche des complices. La faute en veut à l’innocence, comme le crime à la vertu, comme la laideur à la beauté.

De la Nature humaine (1868)

Ah! si j’étais sûr que jamais personne ne le saura! Cette phrase, combien de consciences l’ont tout bas murmurée!

De la Nature humaine (1868)

On peut n’avoir point failli et n’être pas vertueux; on peut être tombé et l’être resté. Il y a le chapitre des surprises.

De la Nature humaine (1868)

Comme l’alouette, la coquette se prend au miroir.

De la Nature humaine (1868)

Les hommes qui ne sont pas sûrs de leur noblesse en parlent constamment. Ainsi, les femmes peu sûres de leur vertu: ce sont celles qui, dans leur jugement sur les autres, se montrent d’ordinaire les plus rigides.

De la Nature humaine (1868)

L’art de se modérer est celui du riche, l’art de se résigner celui du pauvre. La médiocrité seule peut vivre sans art, et presque sans vertu.

De la Nature humaine (1868)

La nature tend à l’équilibre: elle fait sortir l’endurcissement de la misère, la satiété de la richesse. Lequel est le plus à plaindre, du misérable endurci dans sa misère ou du riche qui ne sent plus sa richesse?

De la Nature humaine (1868)

Otez du monde la peur et la vanité, il y restera la sensualité, l’argent et la paresse.

De la Nature humaine (1868)

Les deux puissances qui gouvernent le monde, la fortune et l’amour, sont aveugles.

De la Nature humaine (1868)

Le coeur est un cimetière: le souvenir une épitaphe.

De la Nature humaine (1868)

L’honneur et la virginité ne se perdent qu’une fois: la naïveté aussi.

De la Nature humaine (1868)

A Sparte on immolait les enfants mal constitués; on les soutient chez nous pour une vie débile et misérable, et sans réussir à les faire vivre, on réussit à les empêcher de mourir.

De la Nature humaine (1868)

Le sauvage qui assomme son vieux père pour lui épargner les infirmités de la vieillesse est philanthrope à sa façon. Lequel vaut mieux, de tuer les vieillards ou de leur bâtir des hospices?

De la Nature humaine (1868)

La femme est une inspiratrice – ou la ruine de toute inspiration dans l’homme.

De la Nature humaine (1868)

Coeur de femme, forteresse. Il y a toujours dans la place quelque traître prêt a la vendre.

De la Nature humaine (1868)

La femme est parfaite, les femmes ne le sont pas. Dieu a pensé la femme, la nature et l’homme font les femmes.

De la Nature humaine (1868)

Le coeur des femmes toujours s’élance, delà le grand nombre de points d’exclamation dans leurs lettres.

De la Nature humaine (1868)

Les femmes ont plus d’abnégation que de justice.

De la Nature humaine (1868)

Le bouleau est féminin, le chêne est viril. Il y a quelqu’un de plus intrigant que l’intrigant; c’est l’intrigante.

De la Nature humaine (1868)

Grâce, douceur, tendresse, souplesse, rondeur; on retrouve tout cela dans la nature, et c’est son côté féminin. Force, fermeté, saillie, angle, précision; c’est le côté masculin.

De la Nature humaine (1868)

Les hommes méprisent aisément une femme infidèle, ils envient l’homme qui la séduit.

De la Nature humaine (1868)

Depuis que l’homme et la femme existent, on aperçoit dans la nature des qualités féminines et des qualités masculines. Le féminin et le masculin sont éternels.

De la Nature humaine (1868)

Un amoureux et un criminel finissent toujours par se trahir, ne fût ce que par le soin qu’ils mettent à se dissimuler.

De la Nature humaine (1868)

Le plus grand effort que l’homme puisse faire, c’est de garder le silence lorsque son coeur est plein.

De la Nature humaine (1868)

Ne frappons pas l’adversaire que nous avons terrassé, et quand nous avons raison n’insistons pas. Laissons l’insistance à ceux qui ont tort, qui le savent, mais qui ne veulent pas que nous le sachions.

De la Nature humaine (1868)

Connaître l’homme et connaître les hommes, ce n’est pas la même chose, et souvent qui connaît le mieux l’un connaît le moins les autres. On n’apprend qu’en les fréquentant à connaître les hommes, on approfondit l’homme surtout en soi et dans la solitude.

De la Nature humaine (1868)

On ne peut dire des choses fines à un sourd.

De la Nature humaine (1868)

Obliger avec mauvaise grâce, c’est obliger eu désobligeant. Obliger avec bonne grâce, c’est obliger deux fois.

De la Nature humaine (1868)

Qui regrette un bienfait le perd, et qui exige de la reconnaissance n’en mérite point.

De la Nature humaine (1868)

La symétrie est l’ordre apparent, souvent confondu avec l’ordre réel; ainsi l’uniformité n’est que le masque de l’unité.

De la Nature humaine (1868)

Le doute est le crépuscule de l’esprit; mais il y a le crépuscule qui annonce le jour et la lumière, et celui qui n’est que le jour s’évanouissant dans les ténèbres.

De la Nature humaine (1868)

L’obscurité n’est pas la profondeur. La clarté n’est pas la vérité.

De la Nature humaine (1868)

La vieillesse est l’hôtel des Invalides.

De la Nature humaine (1868)

Il est indispensable de prévoir pour prévenir; mais prévoir n’est pas toujours prévenir.

De la Nature humaine (1868)

J’aperçois trois sortes de plaisirs: les plaisirs nobles, les plaisirs ignobles, les plaisirs frivoles.

De la Nature humaine (1868)

Marcher est plus difficile que sauter.

De la Nature humaine (1868)

Ne te plains jamais d’une injustice, si elle ne regarde que toi: tâche d’être juste, c’est ta revanche.

De la Nature humaine (1868)

Souhaiter la mort de quelqu’un, c’est l’assassiner en idée. Si la pensée tuait, que de meurtriers et que de victimes!

De la Nature humaine (1868)

L’impatience et l’inquiétude sont soeurs.

De la Nature humaine (1868)

Bien des gens s’imaginent qu’en avançant l’aiguille sur le cadran de leur montre ils changent le Cours du soleil; j’entends cela au moral.

De la Nature humaine (1868)

Il est toujours difficile de discerner, dans la défaite comme dans le succès, ce qui appartient aux circonstances et ce qui est de l’homme. Presque toujours, des deux côtés, nous donnons trop ou trop peu.

De la Nature humaine (1868)