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Citations de : Charles Cros

J’allume du feu dans l’été, Dans l’usine je suis poète; Pour les pitres je fais la quête. Qu’importe! J’aime la beauté.

Le Coffret de santal (1879)

Le long des peupliers je marche, le front nu, Poitrine au vent, les yeux flagellés par la pluie. Je m’avance hagard vers le but inconnu.

Le Coffret de santal (1879), Le But

Le printemps a des fleurs dont le parfum m’ennuie, L’été promet, l’automne offre ses fruits, d’aspects Irritants; l’hiver blanc, même, est sali de suie.

Le Coffret de santal (1879), Le But

Que les corbeaux, trouant mon ventre de leurs becs, Mangent mon foie, où sont tant de colères folles, Que l’air et le soleil blanchissent mes os secs, Et, surtout, que le vent emporte mes paroles!

Le Coffret de santal (1879), Le But

Musc, myrrhe, élémi,Chants de toute sorte,Je m’endors parmiVotre âcre cohorte.

Le Coffret de santal (1879)

Elle avait de beaux cheveux, blonds – Comme une moisson d’août, si longs – Qu’ils lui tombaient jusqu’aux talons.

Et la chambre drapée en tulle vaporeux – Rose de la lueur des veilleuses voilées, – Où ne sonnent jamais les heures désolées!… – Parfums persuadeurs qui montent du lit creux!…

Le Coffret de santal

Car le Beau – Que je rêve, avant le tombeau, – M’aura fait des heures sereines.

Il est loin le temps des aveux – Naïfs, des téméraires voeux!

Le Coffret de santal

Sidonie a plus d’un amant – C’est une chose bien connue – Qu’elle avoue, elle, fièrement.

Le Coffret de santal

L’automne fait les bruits froissés – De nos tumultueux baisers…

Je n’ai d’argent qu’en mes cheveux.

O lecteurs à venir, qui vivez dans la joie – Des seize ans, des lilas et des premiers baisers, – Vos amours font jouir mes os décomposés.

Le Coffret de santal

La lettre jaunie où mon aïeul respectable – A mon aïeule fit des serments surannés.

Le Coffret de santal

Le vin qui coule des pressoirs – Est moins traître que ces yeux noirs.

Et dans l’écrin du souvenir – Précieusement enfermée, – Perle que rien ne peut ternir, – Tu demeures la plus aimée.

Souvenirs d'Avril

Vivre tranquille en sa maison, – Vertueux, ayant bien raison, – Vaut autant boire du poison.

Le Collier de griffes

Tout cela vaut bien mieux que d’aller au café.

Le Coffret de santal, Morale

Rien ne vient. Notre cerveau bout – Dans l’Idéal, feu qui nous tente, – Et nous mourons. Restent debout, – Ceux qui font le cours de la rente.

Le Collier de griffes, Banalité

Proclamons les princip’s de l’art! – Que tout l’ mond’ s’entende! – Les contours des femm’s, c’est du lard, – La chair, c’est d’la viande.

Le Coffret de santal, Chanson des sculpteurs

On meurt d’avoir dormi longtemps – Avec les fleurs, avec les femmes.

Le Coffret de santal, Lendemain

Mais il vient des mots étouffants; – On laissera les chers enfants – Livrés à de vagues désastres.

Le Collier de griffes, Almanach

Le temps veut fuir, je le soumets.

Le Collier de griffes, Inscription

L’oubliance est douce.

Le Collier de griffes, A la plus belle

L’art est long et le temps est court.

Le Collier de griffes, Insoumission

Je suis un homme mort depuis plusieurs années; – Mes os sont recouverts par les roses fanées.

Le Collier de griffes, Fantaisies tragiques

J’ai composé cette histoire – simple, simple, simple, – Pour mettre en fureur les gens – graves, graves, graves – Et amuser les enfants – petits, petits, petits.

Le Collier de griffes, Le Hareng saur

Elles ne sont vraiment pas belles – Les personnes qui ont raison.

Le Collier de griffes, Ballade des mauvaises personnes

J’ai voulu tout voir, tout avoir. Je me suis trop hâté de vivre.

Mes souvenirs sont si nombreux – Que ma raison n’y peut suffire.

Le Coffret de santal

Et l’on songerait, parmi ces parfums – De bras, d’éventails, de fleurs, de peignoirs, – De fins cheveux blonds, de lourds cheveux noirs, – Aux pays lointains, aux siècles défunts.

Le Coffret de santal

J’ai pénétré bien des mystères – Dont les humains sont ébahis: – Grimoires de tous les pays, – Etres et lois élémentaires.

Le pouvoir magique à mes mains – Se dérobe encore. Aux jasmins – Les chardons ont mêlé leurs haines.

Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses – Danse, aime, bleu laquais, ris d’oser des mots roses.

Sidonie a plus d’un amant – Qu’on le lui reproche ou l’en loue – Elle s’en moque également.

Le Coffret de santal

Les mots morts, les nombres austères – Laissaient mes espoirs engourdis.

L’amour m’ouvrit ses paradis – Et l’étreinte de ses panthères.

Elle vient et se livre à mes bras, toute fraîche – D’avoir senti passer l’air solennel du soir – Sur son corps opulent, sous les plis du peignoir. – A bas peignoir! le lit embaume. O fleur de pêche – Des épaules, des seins frissonnants et peureux!…

Le rhythme argentin de ta voix Dans mes rêves gazouille et tinte. Chant d’oiseau, bruit de source au bois, Qui réveillent ma joie éteinte.

Le Coffret de santal (1879), Souvenir d'Avril

Puis les baisers perdent leurs charmes, Ayant duré quelques saisons. Les réciproques trahisons font qu’on se quitte un jour, sans larmes.

Le Coffret de santal (1879), Lendemain

Je veux ensevelir au linceul de la rime Ce souvenir, malaise immense qui m’opprime. Quand j’aurai fait ces vers, quand tous les auront lus Mon mal vulgarisé ne me poursuivra plus.

Le Coffret de santal (1879), Lento

Les hommes seraient tous de bonne race, Dompteurs familiers des Muses hautaines, Et les femmes, sans cancans et sans haines, Illumineraient les soirs de leur grâce.

Le Coffret de santal (1879), La Vie idéale

Au printemps lilas, roses et muguets, En été jasmins, oeillets et tilleuls Rempliraient la nuit du grand parc où, seuls Parfois, les rêveurs fuiraient les bruits gais.

Le Coffret de santal (1879), La Vie idéale