Acceuil / Citation

Citations de : Charles Baudelaire

Ce qui est créé par l’esprit est plus vivant que la matière.

Journaux intimes 1887), Fusées I

Car c’est enfin, Seigneur, le meilleur témoignage – Que nous puissions donner de notre dignité, – Que cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge – Et vient mourir au bord de votre éternité!

Les Fleurs du Mal (1857), les Phares

C’était l’heure où l’essaim des rêves malfaisants – Tord sur leurs oreillers les bruns adolescents.

Les Fleurs du Mal (1857), le Crépuscule du matin

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres; – Adieu, vive clarté de nos étés trop courts!

Les Fleurs du Mal (1857), Chant d'automne

Beauté forte à genoux devant la beauté frêle!

Les Fleurs du Mal (1857), Femmes damnées

Avant tout, être un grand homme et un saint pour soi-même.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Amis de la science et de la volupté, – Ils cherchent le silence et l’horreur des ténèbres.

Les Fleurs du Mal (1857), les Chats

Amer savoir, celui qu’on tire du voyage!

Les Fleurs du Mal (1857), le Voyage

Alors, ô ma beauté! dites à la vermine – Qui vous mangera de baisers, – Que j’ai gardé la forme et l’essence divine – De mes amours décomposés!

Les Fleurs du Mal (1857), Une charogne

Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste.

Journaux intimes (1887), Fusées, VI

Robespierre, dans son style de glace ardente, recuit et congelé comme l’abstraction …

Les Paradis artificiels (1860)

Pour entendre un de ces concerts riches de cuivre – Dont les soldats parfois inondent nos jardins – Et qui, dans ces soirs d’or où l’on se sent revivre, – Versent quelque héroïsme au coeur des citadins.

Les Fleurs du Mal (1857), les Petites Vieilles

L’Angoisse, atroce, despotique, – Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Les Fleurs du Mal (1857), Spleen

– Certes, je sortirai quant à moi satisfait – D’un monde où l’action n’est pas la soeur du rêve…

Les Fleurs du Mal (1857), le Reniement de Saint-Pierre

– Ah! Seigneur! donnez-moi la force et le courage – De contempler mon coeur et mon corps sans dégoût!

Les Fleurs du Mal (1857), Un voyage à Cythère

(Goya) Nul n’a osé plus que lui dans le sens de l’absurde possible.

Curiosités esthétiques (1868)

Le mal se fait sans effort, naturellement, par fatalité; le bien est toujours le produit d’un art.

Curiosités esthétiques (1868)

Le génie n’est que l’enfance nettement formulée, douée maintenant, pour s’exprimer, d’organes virils et puissants.

Les Paradis artificiels (1860)

Le diable, je suis bien obligé d’y croire, car je le sens en moi!

Le charme inattendu d’un bijou rose et noir.

Les Fleurs du Mal (1857), Lola de Valence

Le beau est toujours bizarre. … Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve, non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement Beau.C’est son immatriculation, sa caractéristique.

Curiosités esthétiques (1868)

Mon enfant, ma soeur, – Songe à la douceur – D’aller là-bas vivre ensemble! – Aimer à loisir, – Aimer et mourir – Au pays qui te ressemble! – – Là tout n’est qu’ordre et beauté, – Luxe, calme et volupté.

Les Fleurs du Mal (1857), l'Invitation au voyage

La volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l’homme et la femme savent, de naissance, que dans le mal se trouve toute volupté.

Journaux intimes (1887), Fusées, III

La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse …

Les Fleurs du Mal (1857), la Servante au grand coeur

La Révolution a été faite par des voluptueux.

Notes sur "les Liaisons dangereuses"

La plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Le Joueur généreux

La Nature est un temple où de vivants piliers – Laissent parfois sortir de confuses paroles; – L’homme y passe à travers des forêts de symboles – Qui l’observent avec des regards familiers.

Les Fleurs du Mal (1857), Correspondances

La Musique creuse le ciel.

Journaux intimes (1887), Fusées

La jeune fille, ce qu’elle est en réalité. Une petite sotte et une petite salope; la plus grande imbécillité unie à la plus grande dépravation.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

La femme ne sait pas séparer l’âme du corps. Elle est simpliste, comme les animaux. Un satirique dirait que c’est parce qu’elle n’a que le corps.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

La femme est naturelle, c’est-à-dire abominable.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

La faculté de rêverie est une faculté divine et mystérieuse; car c’est par le rêve que l’homme communique avec le monde ténébreux dont il est environné.

La Bêtise au front de taureau.

Les Fleurs du Mal (1857), l'Examen de minuit

L’imagination est la reine du vrai, et le possible est une des provinces du vrai.

Curiosités esthétiques (1868)

L’aurore grelottante en robe rose et verte – S’avançait lentement sur la Seine déserte, – Et le sombre Paris, en se frottant les yeux, – Empoignait ses outils, vieillard laborieux.

Les Fleurs du Mal (1857), le Crépuscule du matin

Je veux dormir! dormir plutôt que vivre!

Les Fleurs du Mal (1857), le Léthé

Je suis la plaie et le couteau! – Je suis le soufflet et la joue! – Je suis les membres et la roue, – Et la victime et le bourreau.

Les Fleurs du Mal (1857), l'Héautontimorouménos

Je sais l’art d’évoquer les minutes heureuses, – Et revis mon passé blotti dans tes genoux.

Les Fleurs du Mal (1857), le Balcon

Je hais le mouvement qui déplace les lignes …

Les Fleurs du Mal (1857), la Beauté

Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger? – J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages!

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), L'Etranger

J’ai toujours été étonné qu’on laissât les femmes entrer dans les églises. Quelle conversation peuvent-elles tenir avec Dieu?

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

J’ai plus de souvenirs que si j’avais mille ans.

Les Fleurs du Mal (1857), Spleen

J’ai maintes fois été étonné que la grande gloire de Balzac fût de passer pour un observateur; il m’avait toujours semblé que son principal mérite était d’être visionnaire, et visionnaire passionné.

L'Art romantique (1852)

J’ai longtemps habité sous de vastes portiques – Que les soleils marins teignaient de mille feux.

Les Fleurs du Mal (1857), la Vie antérieure

Il y a des moments dans l’existence où le temps et l’étendue sont plus profonds, et le sentiment de l’existence intensément augmente.

Journaux intimes (1887), Fusées

Il y a dans tout homme, à toute heure, deux postulations simultanées, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. L’invocation à Dieu, ou spiritualité, est un désir de monter en grade; celle de Satan, ou animalité, est une joie de descendre.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Il y a dans l’acte de l’amour une grande ressemblance avec la torture ou avec une opération chirurgicale.

Journaux intimes (1887), Fusées

Il serait peut-être doux d’être alternativement victime et bourreau.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Il n’existe que trois êtres respectables: le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer et créer.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Il n’est pas de plaisir plus doux que de surprendre un homme en lui donnant plus qu’il n’espère.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir, puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s’amuser.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Il faut être toujours ivre. Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve, mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous!

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Enivrez-vous

Il est une chose mille fois plus dangereuse que le bourgeois, c’est l’artiste bourgeois.

Curiosités esthétiques (1868)

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants, – Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, – – Et d’autres, corrompus, riches et triomphants, – Ayant l’expansion des choses infinies, – Comme l’ambre, le musc, le benjoin et l’encens …

Les Fleurs du Mal (1857), Correspondances

Hypocrite lecteur, – mon semblable, – mon frère!

Les Fleurs du Mal (1857), Au lecteur

Homme libre, toujours tu chériras la mer.

Les Fleurs du Mal (1857), l'Homme et la Mer

Grands bois, vous m’effrayez comme des cathédrales; – Vous hurlez comme l’orgue; et dans vos coeurs maudits, – Chambres d’éternel deuil où vibrent de vieux râles, – Répondent les échos de vos De Profondis.

Les Fleurs du Mal (1857), Obsession

Goya, cauchemar plein de choses inconnues…

Les Fleurs du Mal (1857), les Phares

Glorifier le culte des images (ma grande, mon unique, ma primitive passion).

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Faire son devoir tous les jours, et se fier à Dieu pour le lendemain.

Journaux intimes (1887), Fusées

Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Les Fleurs du Mal (1857), Recueillement

En matière d’art, j’avoue que je ne hais pas l’outrance; la modération ne m’a jamais semblé le signe d’une nature artistique vigoureuse.

L'Art romantique (1852)

Dieu serait injuste si nous n’étions pas coupables.

Dieu est le seul être qui, pour régner, n’ait même pas besoin d’exister.

Journaux intimes 1887), Fusées I

Delacroix, lac de sang hanté des mauvais anges…

Les Fleurs du Mal (1857), les Phares

Chacun, chez Balzac, même les portières, a du génie.

L'Art romantique (1852)

Ce qu’il y a d’ennuyeux dans l’amour, c’est que c’est un crime où l’on ne peut pas se passer d’un complice.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu, XXXV

Beaucoup d’amis, beaucoup de gants, – de peur de la gale.

Journaux intimes (1887), Fusées

Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes! – Aux yeux du souvenir que le monde est petit!

Les Fleurs du Mal (1857)

Je vais parler tout à l’heure d’une substance mise à la mode depuis quelques années, espèce de drogue délicieuse pour une certaine catégorie dilettantistes, dont les effets sont bien autrement foudroyans et puissans que ceux du vin.

Paradis artificiels (1860)

La bêtise est souvent l’ornement de la beauté; c’est elle qui donne aux yeux cette limpidité morne des étangs noirâtres, et ce calme huileux des mers tropicales.

Journaux intimes (1887)

– Dieu a fait l’homme à son image, disait un abbé. – – Oh! l’homme le lui a bien rendu, répliqua Fontenelle. – Les nations n’ont de grands hommes que malgré elles.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Jouir de la foule est un art.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

L’étude du beau est un duel où l’artiste crie de frayeur avant d’être vaincu.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Le Confiteor de l'artiste

Il est de certaines sensations délicieuses dont le vague n’exclut pas l’intensité; et il n’est pas de pointe plus acérée que celle de l’Infini.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Image, ma seule, mon unique passion.

Car j’eusse avec ferveur, baisé ton noble corps, – Et depuis tes pieds frais jusqu’à tes noires tresses – Déroulé le trésor des profondes caresses.

Les Fleurs du Mal (1857), XXXI

La musique souvent me prend comme une mer.

Volontiers je n’écrirais que pour les morts.

Les Paradis artificiels (1860)

Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles.

Les Fleurs du Mal (1857), l'Ame du vin

Un éclectique est un navire qui voudrait marcher avec quatre vents.

Curiosités esthétiques (1868)

Toute débauche parfaite a besoin d’un parfait loisir.

Les Paradis artificiels (1860)

Tout homme bien portant peut se passer de manger pendant deux jours – de poésie, jamais.

L'Art romantique (1852)

Tous les grands poètes deviennent naturellement, fatalement, critiques.

L'Art romantique (1852)

Soyez béni, mon Dieu, qui donnez la souffrance – Comme un divin remède à nos impuretés.

Les Fleurs du Mal (1857), Bénédiction

Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille. – Tu réclamais le soir; il descend, le voici: – Une atmosphère obscure enveloppe la ville, – Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Les Fleurs du Mal (1857), Recueillement

Sois charmante et tais-toi!

Les Fleurs du Mal (1857), Sonnet d'automne

Seigneur, ayez pitié, ayez pitié des fous et des folles! O Créateur! peut-il exister des monstres aux yeux de Celui-là seul qui sait pourquoi ils existent, comment ils se sont faits et comment ils auraient pu ne pas se faire?

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Mademoiselle Bistouri

Rubens, fleuve d’oubli, jardin de la paresse…

Les Fleurs du Mal (1857), les Phares

Rembrandt, triste hôpital tout rempli de murmures…

Les Fleurs du Mal (1857), les Phares

Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse, – Qu’accompagne l’immense orgue des vents grondeurs, – De cette fonction sublime de berceuse?

Les Fleurs du Mal (1857), Moesta et errabunda

Pour l’enfant, amoureux de cartes et d’estampes, – L’univers est égal à son vaste appétit. – Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes! – Aux yeux du souvenir que le monde est petit!

Les Fleurs du Mal (1857), le Voyage

Plus on veut, mieux on veut.

Journaux intimes (1887), Fusées

On ne peut oublier le temps qu’en s’en servant.

O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

Les Fleurs du Mal (1857), A une passante

O Satan, prends pitié de ma longue misère!

Les Fleurs du Mal (1857), les Litanies de Satan

O mort, vieux capitaine, il est temps! levons l’ancre. – Ce pays nous ennuie, ô mort! Appareillons! – Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre, – Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons!

Les Fleurs du Mal (1857), le Voyage

O femme dangereuse, ô séduisants climats!

Les Fleurs du Mal (1857), Ciel brouillé

Nous aurons des lits pleins d’odeurs légères, – Des divans profonds comme des tombeaux, – Et d’étranges fleurs sur des étagères, – Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Les Fleurs du Mal (1857), la Mort des amants

Ne pouvant pas supprimer l’amour, l’Eglise a voulu au moins le désinfecter, et elle a fait le mariage.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Mon âme voyage sur le parfum comme l’âme des autres hommes sur la musique.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Un Hémisphère dans une chevelure

Michel-Ange, lieu vague où l’on voit des Hercules …

Les Fleurs du Mal (1857), les Phares

Même quand elle marche on croirait qu’elle danse.

Les Fleurs du Mal (1857), Avec ses vêtements ondoyants et nacrés

Maudit soit à jamais le rêveur inutile – Qui voulut le premier, dans sa stupidité, – S’éprenant d’un problème insoluble et stérile, – Aux choses de l’amour mêler l’honnêteté!

Les Fleurs du Mal (1857), Femmes damnées

Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.

L'Art romantique (1852)

Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance!

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent – Pour partir; coeurs légers, semblables aux ballons, – De leur fatalité jamais ils ne s’écartent, – Et, sans savoir pourquoi, disent toujours: Allons.

Les Fleurs du Mal (1857), le Voyage

Mais le vert paradis des amours enfantines, – Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets, – Les violons vibrant derrière les collines, – Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets …

Les Fleurs du Mal (1857), Moesta et errabunda

Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage, – Traversé çà et là par de brillants soleils.

Les Fleurs du Mal (1857), l'Ennemi

Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Les Fleurs du Mal (1857), Correspondances

Les nations n’ont de grands hommes que malgré elles, – comme les familles.

Journaux intimes (1887), Fusées

Les morts, les pauvres morts ont de grandes douleurs.

Les Fleurs du Mal (1857), la Servante au grand coeur

Les gens qui ne boivent jamais de vin sont des imbéciles ou des hypocrites. Un homme qui ne boit que de l’eau a un secret à cacher à ses semblables

Du vin et du haschich (1851)

Les charmes de l’horreur n’enivrent que les forts.

Les Fleurs du Mal (1857), Danse macabre

Léonard de Vinci, miroir profond et sombre …

Les Fleurs du Mal (1857), les Phares

Le vieux Paris n’est plus (la forme d’une ville change plus vite, hélas! que le coeur d’un mortel).

Les Fleurs du Mal (1857), le Cygne

Aux gens du monde, M. Ingres s’imposait par un emphatique amour de l’Antiquité et de la tradition. Aux excentriques, aux blasés, à mille esprits délicats toujours en quête de nouveautés, même de nouveautés amères, il plaisait par la bizarrerie.

La nature n’est qu’un dictionnaire.

L'oeuvre et la vie d'Eugène Delacroix (1863)

Cette peinture jette sa pensée à distance.

Ecrits sur l'art, à propos de Delacroix

Ce n’est pas précisément de la caricature, c’est de l’histoire, de la triviale et terrible réalité.

Quelques Caricaturistes français (1857)

Le transitoire, le fugitif, le contingent: la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable.

Une des choses … qui distingue surtout le talent d’Ingres est l’amour de la femme.

Le Salon de 1846 (1846)

C’est le propre des oeuvres vraiment artistiques d’être une source inépuisable de suggestions.

L'Art romantique (1852)

L’artiste, le vrai artiste, le vrai poète, ne doit peindre que selon qu’il voit et qu’il sent. Il doit être réellement fidèle à sa propre nature.

Il n’y a pas de hasard dans l’art non plus qu’en mécanique.

Qu’est ce que l’art? Prostitution.

Journaux intimes 1887), Fusées I

L’artiste n’est artiste qu’à condition d’être double et de n’ignorer aucun phénomène de sa double nature.

Qu’est-ce que l’art pur suivant la conception moderne? C’est créer une magie suggestive contenant à la fois l’objet et le sujet, le monde extérieur à l’artiste et l’artiste lui-même.

L’art moderne a une tendance essentiellement démoniaque.

Ne méprisez la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c’est son génie.

Journaux intimes (1887), XVIII

Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie: «N’importe où! n’importe où! pourvu que ce soit hors de ce monde!»

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Any where out of the World

Des rêves! toujours des rêves! et plus l’âme est ambitieuse et délicate, plus les rêves l’éloignent du possible.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), L'Invitation au voyage

Un bon tableau … doit être produit comme un monde.

Bien qu’on ai du coeur à l’ouvrage – L’Art est long et le Temps est court.

Les Fleurs du Mal (1857)

(L’artiste moderne) tire l’éternel du transitoire.

Vous n’êtes que le premier dans la décrépitude de votre art.

A Manet.

… l’imagination apparentée avec l’infini …

L’artiste ne relève que lui-même. Il ne promet aux siècles à venir que ses propres oeuvres. Il ne cautionne que lui-même. Il meurt sans enfants. Il a été son roi, son prêtre et son Dieu.

… tout le monde conçoit sans peine que, si les hommes chargés d’exprimer le beau se conformaient aux règles des professeurs-jurés, le beau lui-même disparaîtrait de la terre.

Toute littérature dérive du péché.

Il y a dans le mot, dans le verbe, quelque chose de sacré qui nous défend d’en faire un jeu de hasard. Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.

Théophile Gautier

C’est un cri répété par mille sentinelles.

Les Fleurs du Mal (1857)

Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant – Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve.

Les Fleurs du Mal (1857), le Gouffre

Partout l’homme subit la terreur du mystère, – Et ne regarde en haut qu’avec un oeil tremblant.

Les Fleurs du Mal (1857), le Couvercle

Le vin est semblable à l’homme: on ne saura jamais jusqu’à quel point on peut l’estimer et le mépriser, l’aimer et le haïr, ni de combien d’actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable.

Du vin et du haschich (1851)

Un pareil homme avait-il réellement le nez au milieu du visage et était-il tout à fait conforme comme le reste de ses semblables?

La Fanfarlo (1847)

Les formes s’effaçaient et n’étaient plus qu’un rêve, – Une ébauche lente à venir, – Sur la toile oubliée, et que l’artiste achète – Seulement par le souvenir.

Les Fleurs du Mal (1857)

Les hommes pris au trébuchet de leurs fautes n’aiment pas faire à la clémence une offrande de leurs remords.

La Fanfarlo (1847)

C’est un des privilèges prodigieux de l’Art que l’horrible, artistement exprimé, devienne beauté, et que la douleur rythmée et cadencée remplisse l’esprit d’une joie calme.

Théophile Gautier

Travail immédiat, même mauvais, vaut mieux que la rêverie.

Hygiène

Multitude, solitude: termes égaux et convertibles pour le poète actif et fécond. Qui ne sait pas peupler sa solitude, ne sait pas non plus être seul dans une foule affairée.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Foutre, c’est aspirer à entrer dans un autre, et l’artiste ne sort jamais de lui-même.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Toute forme créée, même par l’homme, est immortelle. Car la forme est indépendante de la matière, et ce ne sont pas les molécules qui constituent la forme.

Journaux intimes (1887), CII

Pour être juste, c’est-à-dire pour avoir sa raison d’être, la critique doit être partiale, passionnée, politique, c’est-à-dire faite à un point de vue exclusif, mais au point de vue qui ouvre le plus d’horizons.

Ils prennent, en songeant, les nobles attitudes – Des grands sphinx allongés au fond des solitudes – Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin.

Les Chats

Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

J’aime passionnément le mystère, parce que j’ai toujours l’espoir de le débrouiller.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Pour n’être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

On n’est jamais excusable d’être méchant, mais il y a quelque mérite à savoir qu’on l’est; et le plus irréparable des vices est de faire le mal par bêtise.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Et à quoi bon exécuter des projets, puisque le projet est en lui-même une jouissance suffisante?

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Il est bon d’apprendre quelquefois aux heureux de ce monde, ne fût-ce que pour humilier leur sot orgueil, qu’il est des bonheurs supérieurs au leur, plus vastes et plus raffinés.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Le poète jouit de cet incomparable privilège, qu’il peut à sa guise être lui-même et autrui.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Plus l’homme cultive les arts, moins il bande. – Il se fait un divorce de plus en plus sensible entre l’esprit et la brute. – La brute seule bande bien, et la fouterie est le lyrisme du peuple.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Il y a toujours dans le deuil du pauvre quelque chose qui manque, une absence d’harmonie qui le rend plus navrant. Il est contraint de lésiner sur sa douleur. Le riche porte la sienne au grand complet.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Il n’y a que deux endroits où l’on paye pour avoir le droit de dépenser, les latrines publiques et les femmes.

Journaux intimes (1887), Fusées

Qu’est-ce que l’amour? – Le besoin de sortir de soi. – L’homme est un animal adorateur. – Adorer, c’est se sacrifier et se prostituer. – Aussi tout amour est-il prostitution.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Moi, je dis: la volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal.

Essais et Notes

Dieu seul sait comment les fous auraient pu ne pas l’être.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Tes nobles jambes, sous les volants qu’elles chassent, – Tourmentent les désirs obscurs et les agacent, – Comme deux sorcières qui font – Tourner un philtre noir dans un vase profond.

Les Fleurs du Mal (1857), Spleen et Idéal

Ne cherchez plus mon coeur, les bêtes l’ont mangé.

Les Fleurs du Mal (1857)

La bêtise est toujours la conservation de la beauté; elle éloigne les rides.

Essais et Notes

Faut-il qu’un homme soit tombé bas pour se croire heureux.

Projets de lettre à Jules Janin

Au détour d’un sentier une charogne infâme – Sur un lit semé de cailloux, – Les jambes en l’air, comme une femme lubrique, – Brûlante et suant les poisons, – Ouvrait d’une façon nonchalante et cynique – Son ventre plein d’exhalaisons.

Les Fleurs du Mal (1857)

Longtemps! Toujours! ma main dans ta crinière lourde – Sèmera le rubis, la perle et le saphir, – Afin qu’à mon désir tu ne sois jamais sourde.

O toison, moutonnant jusque sur l’encolure! – O boucles! O parfum chargé de nonchaloir! – Extase! Pour peupler ce soir l’alcôve obscure – Des souvenirs dormant dans cette chevelure, – Je la veux agiter dans l’air comme un mouchoir!

Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées, – Où gît tout un fouillis de modes surannées, – Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher, – Seuls, respirent l’odeur d’un flacon débouché.

Les Fleurs du Mal (1857)

Elle n’avait gardé que ses bijoux sonores, – Dont le riche attirail lui donnait l’air vainqueur – Qu’ont dans leurs jours heureux les esclaves des Mores.

Les Fleurs du Mal (1857)

Un bas rosâtre, orné de coins d’or, à la jambe, – Comme un souvenir est resté; – La jarretière, ainsi qu’un oeil secret qui flambe, – Darde un regard diamanté.

Les Fleurs du Mal (1857)

Toutes les âmes sont des âmes, chargées de volontés jusqu’à la gueule.

L'Art romantique (1852)

Goûter, en regrettant l’été blanc et torride, – De l’arrière-saison le rayon jaune et doux!

Les Fleurs du Mal (1857)

Et les agonisants dans le fond des hospices – Poussaient leur dernier râle en hoquets inégaux.

Les Fleurs du Mal (1857)

Allons au fond de l’inconnu pour trouver du nouveau.

Souviens-toi que le Temps est un joueur avide – Qui gagne sans tricher, à tout coup! c’est la loi, – Le jour décroît; la nuit augmente; souviens-toi! – La gouffre a toujours soif; la clepsydre se vide.

Les Fleurs du Mal (1857), L'horloge

Et pourtant vous serez semblable à cette ordure, – A cette horrible infection, – Etoile de mes yeux, soleil de ma nature, – Vous, mon ange et ma passion!

Les Fleurs du Mal (1857), Une charogne

Dans ta simplicité tu priais à genoux – Celui qui dans son ciel riait au bruit des clous.

Les Fleurs du Mal (1857), le Reniement de Saint-Pierre

Une suite de petites volontés fait un gros résultat.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux, – Qui réfléchiront leurs doubles lumières – Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

Les Fleurs du Mal (1857)

Rien n’égale la joie de l’homme qui boit, si ce n’est la joie du vin d’être bu.

En toi, je tomberai, végétale ambroisie, – Grain précieux jeté par l’Eternel Semeur, – Pour que de notre amour naisse la poésie – Qui jaillira vers Dieu comme une rare fleur!

La simplicité absolue est la meilleure manière de se distinguer.

L’amour peut dériver d’un sentiment généreux: le goût de la prostitution; mais il est bientôt corrompu par le goût de la propriété.

Journaux intimes 1887), Fusées I

Ange plein de beauté, connaissez vous les rides, – Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment, – De lire la secrète horreur du dévouement, – Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avides? – Ange plein de beauté, connaissez vous les rides?

Les Fleurs du Mal (1857), Réversibilité

Plus encore que la vie – La mort nous tient souvent par des liens subtils.

Heureusement qu’il y a le malentendu, car sans le malentendu on ne s’entendrait jamais.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins – Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse, – Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse – S’élancer vers les champs lumineux et sereins.

Les Fleurs du Mal (1857), Elevation

La pendule sonnant minuit, – Ironiquement nous engage – A nous rappeler quel usage – Nous fîmes du jour qui s’enfuit.

Les Fleurs du Mal (1857), l'Examen de minuit

Horloge! – Dieu sinistre, effrayant, impassible, – Dont le doigt nous menace et nous dit: «Souviens-toi! – … – que le Temps est un joueur avide – Qui gagne sans tricher, à tout coup! C’est la loi».

Les Fleurs du Mal (1857), L'horloge

Rien n’égale en longueur les boiteuses journées, – Quand sous les lourds flocons des neigeuses années – L’Ennui, fruit de la morne incuriosité, – Prend les proportions de l’immortalité.

Les Fleurs du Mal (1857), Spleen

Un boucher qui se drogue fait des rêves de boucher.

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige – Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir; – Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir; – Valse mélancolique et langoureux vertige!

Les Fleurs du Mal (1857), Harmonie du soir

C’est la mort qui console, hélas et qui fait vivre; – C’est le but de la vie, et c’est le seul espoir – Qui, comme un élixir, nous monte et nous enivre – Et nous donne le coeur de marcher jusqu’au soir.

Les Fleurs du Mal (1857), La Mort des pauvres

Il n’y a de long ouvrage que celui qu’on n’ose pas commencer. Il devient cauchemar.

L’étrangeté est le condiment nécessaire de toute beauté.

Harpagon, qui veillait son père agonisant, – Se dit, rêveur, devant ces lèvres déjà blanches: – Nous avons au grenier un nombre suffisant, – Ce me semble, de vieilles planches?

Les Fleurs du Mal (1857), l'Imprévu

N’est-il pas raisonnable de penser que les gens qui ne boivent jamais de vin sont des imbéciles ou des hypocrites? Des hypocrites, c’est-à-dire ne connaissant ni la nature, ni l’homme…

Si le vin disparaissait de la production humaine, je crois qu’il se ferait dans la santé et dans l’intelligence de planète un vide, une absence encore plus affreuse que tous les excès dont on le rend coupable.

L’homme ajouta le vin, fils sacré du soleil.

Le vin changeait la taupe en aigle.

Profondes joies du vin, qui ne vous a connues? Quiconque a un remords à apaiser, un souvenir à évoquer, une douleur à noyer, un château en Espagne à bâtir, tous, vous ont invoqué, dieu mystérieux caché dans les fibres de la vigne!

Sans mors, sans éperon, sans bride – Partons à cheval sur le vin – Pour un ciel féerique et divin – Nous fuirons sans repos ni trêves – Vers le paradis de mes rêves.

Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!

Les Fleurs du Mal (1857)

Quand même Dieu n’existerait pas, la religion serait encore sainte et divine.

Journaux intimes 1887), Fusées I

Pour que la loi du progrès existât, il faudrait que chacun voulût la créer; c’est-à-dire que, quand tous les individus s’appliqueront à progresser, alors, l’humanité sera en progrès.

Journaux intimes (1887)

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l’odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l’eau d’une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l’air.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Un Hémisphère dans une chevelure

Je comprends qu’on déserte une cause pour savoir ce qu’on éprouvera à en servir une autre.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Ce qu’il y a d’enivrant dans le mauvais goût, c’est le plaisir aristocratique de déplaire.

Le son de la trompette est si délicieux – Dans ces soirs solennels de célestes vendanges – Qu’il s’infiltre comme une extase dans tous ceux – Dont elle chante les louanges.

Les Fleurs du Mal (1857)

Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse, – Au fond d’un monument construit en marbre noir, – Et lorsque tu n’auras pour alcôve et manoir – Q’un caveau pluvieux et qu’une fosse creuse…

O douleur! ô douleur! Le – Temps mange la vie, – Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le coeur – Du sang que nous perdons croît et se fortifie!

Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées! – Que l’espace est profond! que le coeur est puissant!

Les Fleurs du Mal (1857)

Les soirs illuminés par l’ardeur du charbon, – Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.

Les Fleurs du Mal (1857)

Ces serments, ces parfums, ces baisers infinis, – Renaîtront-ils d’un gouffre interdit à nos sondes, – Comme montent au ciel les soleils rajeunis – Après s’être lavés au fond des mers profondes? – – O serments! ô parfums! ô baisers infinis!

Les Fleurs du Mal (1857)

Que ton sein m’était doux! – Que ton coeur m’était bon!

Les Fleurs du Mal (1857)

Quand, les deux yeux fermés, en un chaud soir d’automne, – Je respire l’odeur de ton sein chaleureux, – Je vois se dérouler des rivages heureux – Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone.

Les Fleurs du Mal (1857)

Que des noeuds mal attachés – Dévoilent pour nos péchés – Tes deux beaux seins, radieux – Comme des yeux.

Les Fleurs du Mal (1857)

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Les Fleurs du Mal (1857)

Et le ver rongera ta peau comme un remords.

Vois se pencher les défuntes Années, – Sur les balcons du ciel, en robes surannées; – Surgir du fond des eaux le – Regret souriant.

Les Fleurs du Mal (1857)

Allume ta prunelle à la flamme des lustres; – Allume le défi dans le regard des rustres.

Les Fleurs du Mal (1857)

Je vois un port rempli de voiles et de mâts – Encor tout fatigués par la vague marine.

Les Fleurs du Mal (1857)

Le Poète est semblable au prince des nuées – Qui hante la tempête et se rit de l’archer; – Exilé sur le sol au milieu des huées, – Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Les Fleurs du Mal (1857), l'Albatros

Tout de toi m’est plaisir morbide ou pétulant.

Les pauvresses, traînant leurs seins maigres et froids, – Soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts.

Les Fleurs du Mal (1857)

Du haut en bas, avec grand soin, – Sa peau délicate est frottée – D’huile odorante et de benjoin.

Pendant que le parfum des verts tamariniers, – Qui circule dans l’air et m’enfle la narine, – Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

Mais le vert paradis des amours enfantines, – L’innocent paradis plein de plaisirs furtifs, – Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine?

Les Fleurs du Mal (1857), Moesta et errabunda

N’es-tu pas l’oasis où je rêve, et la gourde – Où je hume à longs traits le vin du souvenir?

Les Fleurs du Mal (1857)

Le Soleil moribond s’endormir sous une arche, – Et, comme un long linceul traînant à l’Orient, – Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique, – Piétinant dans la boue, et cherchant, l’oeil hagard, – Les cocotiers absents de la superbe Afrique, – Derrière la muraille immense du brouillard.

Les Fleurs du Mal (1857)

Le navire roulait sous un ciel sans nuages, – Comme un ange enivré de soleil radieux.

Les Fleurs du Mal (1857)

Moi, je buvais, crispé comme un extravagant, – Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan, – La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Les Fleurs du Mal (1857)

Quelquefois, pour apaiser – Ta rage mystérieuse, – Tu prodigues, sérieuse, – La morsure et le baiser.

Les Fleurs du Mal (1857)

Inutile de s’étonner si les nations n’ont de grands hommes que malgré elles, puisque seuls connaissent la gloire ceux qui savent adapter leur esprit avec la sottise nationale.

L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient.

Les Fleurs du Mal (1857)

Mainte fleur épanche à regret – Son parfum doux comme un secret – Dans les solitudes profondes.

La diane chantait dans les cours des casernes, – Et le vent du matin soufflait sur les lanternes.

Les Fleurs du Mal (1857)

Les soleils couchants – Revêtent les champs, – Les canaux, la ville entière, – D’hyacinthe et d’or.

Un de ces concerts, riches de cuivre, – Dont les soldats parfois inondent nos jardins, – Et qui, dans ces soirs d’or où l’on se sent revivre, – Versent quelque héroïsme au coeur des citadins.

Les Fleurs du Mal (1857)

Il me semble, bercé par ce choc monotone, – Qu’on cloue en grande hâte un cercueil quelque part…

Les Fleurs du Mal (1857)

Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir; – Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Les Fleurs du Mal (1857)

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle.

Les Fleurs du Mal (1857)

Les amoureux fervents et les savants austères – Aiment également, dans leur mûre saison, – Les chats puissants et doux, orgueils de la maison, – Qui comme eux sont frileux, et comme eux sédentaires.

Les Fleurs du Mal (1857)

Des meubles luisants, – Polis par les ans, – Décoreraient notre chambre.

Les Fleurs du Mal (1857)

Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses, – O toi, tous mes plaisirs! ô toi, tous mes devoirs! – Tu te rappelleras la beauté des caresses, – La douceur du foyer et le charme des soirs, – Mère des souvenirs, maîtresse des maîtresses.

Les Fleurs du Mal (1857)

La mer, la vaste mer, console nos labeurs! – Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse – Qu’accompagne l’immense orgue des vents grondeurs, – De cette fonction sublime de berceuse? – La mer, la vaste mer, console nos labeurs!

Les Fleurs du Mal (1857)

Laissez, laissez mon coeur s’enivrer d’un mensonge, – Plonger dans vos beaux yeux comme dans un beau songe, – Et sommeiller longtemps à l’ombre de vos cils.

Je connais un poète, d’une nature toujours orageuse et vibrante, qu’un vers de Malherbe, symétrique et carré de mélodie, jette dans de longues extases.

Tout journal, de la première ligne à la dernière, n’est qu’un tissu d’horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicité, tortures, crimes de princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d’atrocité universelle.

Une île paresseuse où la nature donne – Des arbres singuliers et des fruits savoureux; – Des hommes dont le corps est mince et vigoureux, – Et des femmes dont l’oeil par sa franchise étonne.

Courons vers l’horizon, il est tard, courons vite, – Pour attraper au moins un oblique rayon.

Tout l’hiver va rentrer dans mon être: colère, – Haine, frissons, horreur, labeur dur et forcé, – Et, comme le soleil dans son enfer polaire, – Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

Les Fleurs du Mal (1857)

Les Chinois voient l’heure dans l’oeil des chats.

Le plaisir d’être dans les foules est une expression mystérieuse de la jouissance de la multiplication du nombre. Tout est nombre. Le nombre est dans tout. Le nombre est dans l’individu. L’ivresse est dans le nombre.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Le goût frénétique de l’homme pour toutes les substances saines ou dangereuses, qui exaltent sa personnalité, témoigne de sa grandeur. Il aspire toujours à réchauffer ses espérances et à s’élever vers l’infini.

Du vin et du haschich (1851)

Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Le dandy doit aspirer à être sublime, sans interruption. Il doit vivre et dormir devant un miroir.

Essais et Notes

Glorifier le vagabondage et ce qu’on peut appeler le Bohémianisme, culte de la sensation multipliée, s’exprimant par la musique.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Mais on voit scintiller en Lola de ValenceLe charme inattendu d’un bijou rose et noir.

Les Epaves (1866)

Les préceptes qu’on va lire sont le fruit de l’expérience; l’expérience implique une certaine somme de bévues; chacun les ayant commises – toutes ou peu s’en faut -, j’espère que mon expérience sera vérifiée par celle de chacun.

Curiosités esthétiques (1868)

Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l’abîme,O Beauté! ton regard, infernal et divin,Verse confusément le bienfait et le crime,Et l’on peut pour cela te comparer au vin.

Les Fleurs du Mal (1857), XXI - Hymne à la beauté

Un esprit positif, qui lui non plus n’avait pas goûté de la drogue béatifique, propose de la limonade et des acides. Le malade, l’extase dans les yeux, le regarde avec le plus indicible mépris.

Les Paradis artificiels (1860)

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large,Chargé de toile, et va roulantSuivant un rythme doux, et paresseux, et lent.

Les Fleurs du Mal (1857), LII - Le beau navire

C’est le Diable qui tient les fils qui nous remuent!Aux objets répugnants nous trouvons des appas …

Les Fleurs du Mal (1857), Au lecteur

Un bon portrait m’apparaît toujours comme une biographie dramatisée.

Curiosités esthétiques (1868)

D’autres veulent considérer Wagner comme un théoricien qui n’aurait produit des opéras que pour vérifier a posteriori la valeur de ses propres théories.

L'Art romantique (1852)

Moi, j’ai la lèvre humide, et je sais la scienceDe perdre au fond d’un lit l’antique conscience …

Les Fleurs du Mal (1857), Les métamorphoses du vampire

Le sein martyrisé d’une antique catin.

Les Fleurs du Mal (1857)

Quand la nature, grande en ses desseins cachés,De toi se sert, ô femme, ô reine des péchés,- De toi, vil animal, – pour pétrir un génie?

Les Fleurs du Mal (1857), XXV

Et de longs corbillards, sans tambours ni musique,Défilent lentement dans mon âme, l’Espoir,Vaincu, pleure, et l’Angoisse atroce, despotique,Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

Les Fleurs du Mal (1857), Spleen

Dans la brute assoupie un ange se réveille.

Les Fleurs du Mal (1857)

La vraie musique suggère des idées analogues dans des cerveaux différents.

L'Art romantique (1852)

Mais le vert paradis des amours enfantines,L’innocent paradis, plein de plaisirs furtifs.Est-il déjà plus loin que l’Inde et que la Chine?

Les Fleurs du Mal (1857), Moesta et errabunda

L’Américain est un être positif, vain de sa force industrielle, et un peu jaloux de l’ancien continent.

Edgar Allan Poe, sa vie et ses ouvrages

La débauche et la mort ont deux aimables filles, prodigues de baisers et riches de santé, dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles sous l’éternel labeur n’a jamais enfanté.

Les Fleurs du Mal (1857)

Pourtant, sous la tutelle invisible d’un Ange,L’Enfant déshérité s’enivre de soleil,Et dans tout ce qu’il boit et dans tout ce qu’il mangeRetrouve l’ambroisie et le nectar vermeil.

Les Fleurs du Mal (1857)

L’amateur de la vie fait du monde sa famille, comme l’amateur du beau sexe compose sa famille de toutes les beautés … comme l’amateur de tableaux vit dans une société enchantée de rêves peints sur toile.

Curiosités esthétiques (1868)

Souvent pour s’amuser, les hommes d’équipagePrennent des albatros, vastes oiseaux de mer …

Les Fleurs du Mal (1857), l'Albatros

Elle était donc couchée et se laissait aimerEt du haut du divan elle souriait d’aise.

Les Fleurs du Mal (1857)

Ce pauvre Socrate n’avait qu’un démon prohibiteur; le mien est un grand affirmateur, le mien est un démon d’action …

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Comment Wagner ne comprendrait-il pas admirablement le caractère sacré, divin du mythe, lui qui est à la fois poète et critique?

L'Art romantique (1852)

M. Cogniet ignore les caprices hardis de la fantaisie et le parti pris des absolutistes.

Curiosités esthétiques (1868)

Il avait renoncé, il avait abdiqué. – Sa destinée était faite.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Mme Desbordes-Valmore fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme: mais elle fut à un degré extraordinaire l’expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme…

A propos de Marceline Desbordes-Valmore.

Le premier venu, pourvu qu’il sache amuser, a le droit de parler de lui-même.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

De la vaporisation et de la centralisation du Moi. Tout est là. D’une certaine jouissance sensuelle dans la société des extravagants.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Les prêtres sont les serviteurs et les secrétaires de l’imagination.

Journaux intimes (1887), Fusées II

Les peuples adorent l’autorité.

Journaux intimes (1887), Fusées II

Que l’Eglise veuille tout faire et tout être, c’est une loi de l’esprit humain.

Journaux intimes (1887), Fusées II

Le prêtre est immense parce qu’il fait croire à une foule de choses étonnantes.

Journaux intimes (1887), Fusées II

De la couleur violette (amour contenu, mystérieux voilé, couleur de chanoinesse).

Journaux intimes (1887), Fusées II

De la féminéité de l’Eglise, comme raison de son omnipuissance.

Journaux intimes (1887), Fusées II

Anecdote du chasseur, relative à la liaison intime de la férocité de l’amour.

Journaux intimes 1887), Fusées I

Profondeur immense de la pensée dans les locutions vulgaires, tous creusés par des générations de fourmis.

Journaux intimes 1887), Fusées I

Les ténèbres vertes dans les soirs humides de la belle saison.

Journaux intimes 1887), Fusées I

Les voluptés de l’entrepreneur tiennent à la fois de l’ange et du propriétaire. Charité et férocité. Elles sont même indépendantes du sexe, de la beauté et du genre animal.

Journaux intimes 1887), Fusées I

L’amour veut sortir de soi, se confondre avec sa victime, comme le vainqueur avec le vaincu, et cependant conserver des privilèges de conquérant.

Journaux intimes 1887), Fusées I

Le goût de la concentration productive doit remplacer, chez un homme mûr, le goût de la déperdition.

Journaux intimes 1887), Fusées I

Dans un spectacle, dans un bal, chacun jouit de tous.

Journaux intimes 1887), Fusées I

– Ah! Jésus, souviens-toi du Jardin des Olives! – Dans ta simplicité tu priais à genoux – Celui qui dans son ciel riait au bruit des clous.

Les Fleurs du Mal (1857), le Reniement de Saint-Pierre

Toute phrase doit être en soi un monument bien coordonné, l’ensemble de tous ces monuments formant la ville qui est le Livre.

L'Esprit et le style de M. Villemain

Après un échec, tout n’est pas fini. C’est un cycle qui commence en beauté.

Tes beaux yeux sont las, pauvre amante! – Reste longtemps, sans les rouvrir, – Dans cette pose nonchalante – Où ta surprise le plaisir.

Les Fleurs du Mal (1857)

Je sais qu’il est des yeux, des plus mélancoliques, – Qui ne recèlent point de secrets précieux; – Beaux écrins sans joyaux, médaillons sans reliques, – Plus vides, plus profonds que vous-mêmes, ô Cieux!

Les Fleurs du Mal (1857)

Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige; – Valse mélancolique et langoureux vertige.

Je hume à longs traits le vin du souvenir.

Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire, – Nul ne vous reconnaît! un ivrogne incivil – Vous insulte en passant d’un amour dérisoire; – Sur vos talons gambade un enfant lâche et vil.

Tous les hommes, disait celui-ci, ont eu l’âge de Chérubin: c’est l’époque où, faute de dryades, on embrasse sans dégoût le tronc des chênes.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Portraits de maîtresses

Elle a avoué le lendemain avoir éprouvé quelque chose de singulier pendant plusieurs heures, avoir été toute drôle, toute je ne sais comment. Cependant elle n’avait pas pris de hachisch.

Les Paradis artificiels (1860), Du vin et du hachisch

Et hue donc! bourriique! Sue donc, esclave! Vis donc! Damné!

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), La Chambre double

C’était grande assemblée des Fées, pour procéder à la répartitiondes dons parmi tous les nouveau-nés, arrivés à la vie depuis vingt-quatre heures.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Les Dons des fées

Je sais que vous gardez une place au PoèteDans les rangs bienheureux des saintes Légions,Et que vou l’invitez à l’éternelle fêteDes Trônes, des Vertus, des Dominations.

Les Fleurs du Mal (1857), I - Bénédiction

Le jour tombe. Un grand apaisement se fait dans les pauvres esprits fatigués du labeur de la journée; et leurs pensées prennent maintenant les couleurs tendres et indécises du crépuscule.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Le Crépuscule du soir

Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Un Hémisphère dans une chevelure

Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d’un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Un Hémisphère dans une chevelure

L’enfant est turbulent, égoïste, sans douceur et sans patience; et il ne peut même pas, comme le pur animal, comme le chien et le chat, servir de confident aux douleurs solitaires.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Les Veuves

Qui ne sait pas peupler sa solitude, ne sait pas non plus être seul dans une foule affairée.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Les Foules

Il y a des natures purement contemplatives et tout à fait impropres à l’action qui cependant, sous une impulsion mystérieuse et inconnue, agissent quelquefois avec une rapidité dont elles se seraient crues elles-mêmes incapables.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Le Mauvais Vitrier

Indigne compagnon de ma triste vie, vous ressemblez au public, à qui il ne faut jamais présenter des parfums délicats qui l’exaspèrent, mais des ordures soigneusement choisies.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Le Chien et le flacon

Qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance?

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Le Mauvais Vitrier

Le beau est fait d’un élément éternel, invariable, dont la quantité est excessivement difficile à déterminer, et d’un élément relatif, circonstanciel, qui sera, si l’on veut, tour à tour ou tout ensemble, l’époque, la mode, la morale, la passion.

Le Peintre de la vie moderne (1863)

Le mot dandy implique une quintessence de caractère et une intelligence subtile de tout le mécanisme moral de ce monde.

Le Peintre de la vie moderne (1863)

Vous avez disséminé votre personnalité aux quatre vents du ciel.

Les Paradis artificiels (1860)

La dualité, qui est la contradiction de l’unité, en est aussi la conséquence.

Curiosités esthétiques (1868), De l'idéal et du modèle

Il y a peu de temps encore, on peut s’en souvenir, régnaient sans contestation la peinture proprette, le joli, le niais, l’entortillé.

Curiosités esthétiques (1868)

Je préfère au constance, à l’opium, au nuits,L’élixir de ta bouche où l’amour se pavane;Quand vers toi mes désirs partent en caravane,Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis.

Les Fleurs du Mal (1857), XXVI - Sed non satiata

Sachons dire la vérité: la France n’est pas poète; elle éprouve même, pour tout dire, une horreur congéniale de la poésie.

L'Art romantique (1852)

Congédier la passion et la raison, c’est tuer la littérature.

Curiosités esthétiques (1868), L'école païenne

J’aime passionnément le mystère, parce que que j’ai toujours l’espoir de le débrouiller.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Mademoiselle Bistouri

Le commissaire, à qui, naturellement, je dus déclarer l’accident, me regarde de travers, et me dit: «Voilà qui est louche!»

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Le comique, la puissance du rire est dans le rieur, nullement dans l’objet du rire.

Curiosités esthétiques (1868)

Quand un chanteur met la main sur son coeur, cela veut dire d’ordinaire: je t’aimerai toujours!

Curiosités esthétiques (1868)

Les amoureux fervents et les savants austèresAiment également, dans leur mûre saison,Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

Les Fleurs du Mal (1857), LXVI - Les chats

De Quincey est essentillement digressif.

Les Paradis artificiels (1860)

Ah! Pourquoi suis-je né dans un siècle de prose! Catalogue de produits. Carte de restaurant. Magister. Didactisme en poésie et en peinture.

Curiosités esthétiques (1868), Notes

Tant l’écheveau du temps lentement se dévide!

Spleen et idéal

Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Tu réclamais le Soir; il descend; le voici:Une atmosphère obscure enveloppe la ville,Aux uns portant la paix, aux autres le souci.

Les Fleurs du Mal (1857), XIII - Recueillement

Le beau valet de coeur et la dame de piqueCausent sinistrement de leurs amours défunts.

Les Fleurs du Mal (1857), LXXV - Spleen

Que les gens du monde et les ignorants, curieux de connaître des jouissances exceptionnelles, sachent donc bien qu’ils ne trouveront dans le hachisch rien de miraculeux.

Les Paradis artificiels (1860)

Il avait souvent singé la passion; il fut contraint de la connaître; mais ce ne fut point l’amour tranquille, calme, et fort qu’inspirent les honnêtes filles, ce fut l’amour terrible, désolant et honteux, l’amour maladif des courtisanes.

La Fanfarlo (1847)

Et tu seras aimée de mes amants, courtisée par mes courtisans.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

L’inspiration est décidément la soeur du travail journalier. Ces deux contraires ne s’excluent pas plus que tous les contraires qui constituent la nature.

Curiosités esthétiques (1868), Du travail journalier et de l'inspiration

Ces robes folles sont l’emblèmeDe ton esprit bariolé;Folle dont je suis affolé,Je te hais autant que je t’aime!

Les Fleurs du Mal (1857), III - A celle qui est trop gaie

Ils prennent en songeant les nobles attitudesDes grands sphinx allongés au fond des solitudes,Qui semblent s’endormir dans un rêve sans fin; …

Les Fleurs du Mal (1857), LXVI - Les chats

Morne esprit, autrefois amoureux de la lutte,L’Espoir, dont l’éperon attisait ton ardeur,Ne veut plus t’enfourcher! Couche-toi sans pudeur,Vieux cheval dont le pied à chaque obstacle butte.

Les Fleurs du Mal (1857), LXXX - Le goût du néant

Mollement balancés sur l’aileDu tourbillon intelligent,Dans un délire parallèle,Ma soeur, côte à côte nageant,Nous fuirons sans repos ni trêvesVers le paradis de mes rêves!

Les Fleurs du Mal (1857), CVIII - Le vin des amants

C’est un des privilèges prodigieux de l’Art que l’horrible, artistement exprimé, devienne beauté.

L'Art romantique (1852)

J’ai déjà remarqué que le souvenir était le grand critérium de l’art; l’art est une mnémotechnique du beau; or, l’imitation gâte le souvenir.

Curiosités esthétiques (1868)

Bien qu’on ait du coeur à l’ouvrageL’Art est long et le Temps est court.

Les Fleurs du Mal (1857), Spleen et Idéal

Est-il vrai que parfois le triste coeur d’Agathe Dise:«Loin des remords, des crimes, des douleurs,Emporte-moi, wagon, enlève-moi frégate?»

Les Fleurs du Mal (1857)

Toutes les beautés contiennent quelque chose de transitoire, d’absolu et de particulier.

Le dessin arabesque est le plus spiritualiste des dessins.

Journaux intimes (1887), Fusées

Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants,Doux comme les hautbois, verts comme les prairies, …

Les Fleurs du Mal (1857), IV - Correspondances

Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches;Nous nous faisons payer grassement nos aveux,Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux,Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches.

Les Fleurs du Mal (1857), Au lecteur

O toison, moutonnant jusque sur l’encolure!O boucles! O parfum chargé de nonchaloir!

Les Fleurs du Mal (1857), XXIII - La chevelure

Sous le fardeau de ta paresseTa tête d’enfantSe balance avec la mollesseD’un jeune éléphant,Et ton corps se penche et s’allongeComme un fin vaisseauQui roule bord sur bord et plongeSes vergues dans l’eau.

Les Fleurs du Mal (1857), XXVIII - Le serpent qui danse

L’extase universelle des choses ne s’exprime par aucun bruit; les eaux elles-mêmes sont comme endormies.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

C’est à cause de cette qualité toute moderne et toute nouvelle que Delacroix est la dernière expression du progrès dans l’art.

Curiosités esthétiques (1868)

Parmi les différentes expressions de l’art plastique, l’eau-forte est celle qui se rapproche le plus de l’expression littéraire et qui est la mieux faite pour trahir l’homme spontané.

Curiosités esthétiques (1868)

Wagner avait été audacieux: le programme de son concert ne comprenait ni solos d’instruments, ni chansons, ni aucune des exhibitions si chères à un public amoureux des virtuoses et de leurs tours de force.

L'Art romantique (1852)

Il résulte des conditions barbares dans lesquelles la sculptureest enfermée, qu’elle réclame, en même temps qu’une exécution très parfaite, une spiritualité très élevée.

Curiosités esthétiques (1868)

C’est un animal de race latine; l’ordure ne lui déplaît pas, dans son domicile, et en littérature, il est scatophage. Il raffole des excréments. Les littérateurs d’estaminet appellent cela le sel gaulois.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu, LXIII

Mes baisers sont légers comme ces éphémères Qui caressent le soir les grands lacs transparents.

Les Epaves (1866), Femmes damnées

La nuit s’épaississait ainsi qu’une cloison, Et mes yeux dans le noir devinaient tes prunelles.

Les Fleurs du Mal (1857), XXXVI - Le balcon

Parbleu! tes larges mains sont deux grands entonnoirs Par où, comme en un philtre où l’eau perce une route, A tous les cabarets l’argent fuit goutte à goutte.

Premiers poèmes, Manoël

Maint joyau dort enseveli Dans les ténèbres et l’oubli, Bien loin des pioches et des sondes …

Les Fleurs du Mal (1857), XI - Le guignon

J’entendis une voix rauque et charmante, une voix hystérique et comme enrouée par l’eau-de-vie.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Quant à elle, elle engraisse tous les jours; elle est devenue une beauté grasse, propre, lustrée et rusée …

La Fanfarlo (1847)

Beaux yeux de mon enfant, par où filtre et s’enfuit Je ne sais quoi de bon, de doux comme la Nuit!

Les Epaves (1866)

Suis-je tellement changé que vous ne puissiez reconnaître en moi un camarade d’enfance, avec qui vous avec daigné jouer à cache-cache et faire l’école buissonnière?

La Fanfarlo (1847)

L’orgie n’est plus la soeur de l’inspiration: nous avons cassé cette parenté adultère. L’énervation rapide et la faiblesse de quelques belles natures témoignent assez contre cet odieux préjugé.

L'Art romantique (1852)

S’il existait un gouvernement qui eût intérêt à corrompre ses gouvernés, il n’aurait qu’à encourager l’usage du hachisch.

Les Paradis artificiels (1860), Du vin et du hachisch

Le respect de ma part et l’indulgence de la sienne n’excluaient pas la confiance et la familiarité réciproques.

Curiosités esthétiques (1868)

Les viandes niaises, les poissons fades étaient exclus des soupers de cette sirène.

La Fanfarlo (1847)

L’enfant pauvre montrait à l’enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Ainsi nous avons déjà vu à Paris l’évolution romantique favorisée par la monarchie, pendant que les libéraux et les républicains restaient opiniâtrement attachés aux routines de la littérature dite classique.

L'Art romantique (1852), Richard Wagner et Tannhäuser

Il y a dans le mot, dans le verbe, quelque chose de sacré … Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire.

L'Art romantique (1852), Théophile Gautier

L’harmonie, le balancement des lignes, l’eurythmie dans les mouvements apparaissent au rêveur comme des nécessités…

Les Paradis artificiels (1860)

Les ombres se déplacent lentement, et font fuir devant elles ou éteignent les tons à mesure que la lumière, déplacée elle-même, en veut faire résonner de nouveaux.

Curiosités esthétiques (1868)

La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide Sans rire s’adorant et s’aimant sans dégoût; L’homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide, Esclave de l’esclave et ruisseau dans l’égout.

Les Fleurs du Mal (1857), CXXVI - Le voyage

Oui, ces gens harcelés de chagrins de ménage, Moulus par le travail et tourmentés par l’âge, Ereintés et pliant sous un tas de débris.

Les Fleurs du Mal (1857), CV - Le vin des chiffonniers

L’ouverture, dis-je, résume donc la pensée du drame par deux chants, le chant religieux et le chant voluptueux, qui, pour me servir de l’expression de Liszt, «sont ici posés comme deux termes, et qui, dans le finale, trouvent leur équation».

L'Art romantique (1852), Wagner et Tannhäuser à Paris

Nous nous attendions tous les deux, très naturellement, à voir le docteur s’élancer hors de sa chambre; car généralement, s’il entendait remuer une souris, il bondissait comme un mâtin hors de sa niche.

Les Paradis artificiels (1860)

Ne pouvant pas supprimer l’amour, l’Eglise a voulu au moins le désinfecter et elle a fait le mariage.

Journaux intimes (1887)

Les domestiques sont roides et perpendiculaires, inertes et se ressemblant tous; c’est toujours l’effigie monotone et sans relief de la servilité ponctuelle, disciplinée …

Curiosités esthétiques (1868)

Quand tu vas balayant l’air de ta jupe large,Tu fais l’effet d’un beau vaisseau qui prend le large.

Spleen et idéal

La nuit voluptueuse monte,Apaisant tout, même la faimEffaçant tout, même la honte.

Les Fleurs du Mal (1857), CXXIV - La mort, La fin de la journée

Il manque à ces malheureuses victimes, qu’on nomme filles à marier, une honteuse éducation, je veux dire la connaissance des vices d’un homme.

La Fanfarlo (1847)

Sa robe exagérée, en sa royale ampleur,S’écroule abondamment sur un pied sec que pinceUn soulier pomponné, joli comme une fleur.

Tableaux Parisiens, Danse macabre

Pour écrire vite, il faut avoir beaucoup pensé, – avoir trimbalé un sujet avec soi, à la promenade, au bain, au restaurant, et presque chez sa maîtresse.

L'Art romantique (1852), IV, 5

Heureusement l’économie politique lui restait encore … Bien qu’elle doive être considérée comme une science, c’est-à-dire comme un tout organique, cependant quelques-unes de ses parties intégrantes en peuvent être détachées isolément.

Les Paradis artificiels (1860), Un mangeur d'opium

C’était l’esprit le plus ouvert à toutes les notions et à toutes les impressions, le jouisseur le plus éclectique et le plus impartial.

Curiosités esthétiques (1868)

Mais toutes les divinités mythologiques me regardaient avec un charmant sourire, comme pour m’encourager à supporter patiemment le sortilège.

Les Paradis artificiels (1860)

L’homme qui, s’étant livré longtemps à l’opium ou au hachisch, a pu trouver, affaibli comme il l’était par l’habitude de son servage, l’énergie nécessaire pour se délivrer, m’apparaît comme un prisonnier évadé.

Les Paradis artificiels (1860)

Expliquerai-je comment, sous l’empire du poison, mon homme se fait bientôt centre de l’univers?

Les Paradis artificiels (1860)

Quand la pierre, opprimant ta poitrine peureuse Et tes flancs qu’assouplit un charmant nonchaloir, Empêchera ton coeur de battre et de vouloir, Et tes pieds de courir leur course aventureuse.

Spleen et idéal

L’âge était venu du travail et des distractions forcées. Il lui fallait endosser le premier harnais de la vie et se préparer aux études classiques.

Les Paradis artificiels (1860)

Aimons-nous doucement. L’Amour dans sa guérite,Ténébreux, embusqué, bande son arc fatal.

Les Fleurs du Mal (1857), LXIV - Sonnet d'automne

C’est la Mort qui console, hélas! et qui fait vivre;C’est le but de la vie, et c’est le seul espoirQui, comme un élixir, nous monte et nous enivreEt nous donne le coeur de marcher jusqu’au soir.

Les Fleurs du Mal (1857), CXXII - La mort des pauvres

Enfin, j’aimais ma mère pour son élégance. J’étais donc un dandy précoce.

Journaux intimes (1887)

Lorsque mes doigts caressent à loisirTa tête et ton dos élastiqueEt que ma main s’enivre du plaisirDe palper ton corps électrique …

Les Fleurs du Mal (1857), XXXIV - Le chat

Impitoyable dictature que celle de l’opinion dans les sociétés démocratiques; n’implorez d’elle ni charité, ni indulgence, ni élasticité quelconque dans l’application de ses lois.

Edgar Poe

On conte une histoire touchante, le Belge éclate de rire pour faire croire qu’il a compris.

Argument du livre sur la Belgique

Tel, un magnifique tyran italien du bon temps offrait au divin Arétin soit une dague enrichie de pierreries, soit un manteau de cour, en échange d’un précieux sonnet ou d’un curieux poème satirique.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Les bons Chiens

Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève!Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêveDe voiles, de rameurs, de flammes et de mâts:Un port retentissant où mon âme peut boireA grands flots le parfum, le son et la couleur.

Les Fleurs du Mal (1857), XXIII - La chevelure

Sur les rivages duvetés de ta chevelure, je m’enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l’huile de coco.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Un Hémisphère dans une chevelure

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres; Adieu, vive clarté de nos étés trop courts !

Les Fleurs du Mal (1857), LVI - Chant d'automne

Tel mythe peut être considéré comme frère d’un autre, de la même façon que le Nègre est dit le frère du Blanc.

L'Art romantique (1852), Richard Wagner

Emporte-moi, wagon ! enlève-moi, frégate ! Loin ! loin ! ici la boue est faite de nos pleurs !

Les Fleurs du Mal (1857), LXII - Moesta et errabunda

Tout le jour, où tu veux, tu mènes tes pieds nus, Et fredonnes tout bas de vieux airs inconnus …

Les Epaves (1866)

Et tes pieds s’endormaient dans mes mains fraternelles.

Les Fleurs du Mal (1857), XXXVI - Le balcon

L’homme est aveugle, sourd, fragile, comme un mur Qu’habite et ronge un insecte !

Les Epaves (1866), XVIII

De sa fourrure blonde et brune Sort un parfum si doux, qu’un soir J’en fus embaumé, pour l’avoir Caressée une fois, rien qu’une.

Les Fleurs du Mal (1857), LI - Spleen et idéal

Le fou prend le sage en pitié, et dès lors l’idée de sa supériorité commence à poindre à l’horizon de son intellect.

Les Paradis artificiels (1860)

C’est cet admirable, cet immortel instinct du beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du Ciel.

Notes nouvelles sur Edgar Poe

Le remords, singulier ingrédient du plaisir, est bientôt noyé dans la délicieuse contemplation du remords.

Les Paradis artificiels (1860), Le poème du hachisch

La lutte et la révolte impliquent toujours une certaine quantité d’espérance, tandis que le désespoir est muet.

Les Paradis artificiels (1860), Un mangeur d'opium

Le vin est semblable à l’homme: on ne saura jamais jusqu’à quel point on peut l’estimer et le mépriser, l’aimer et le haïr.

Du vin et du hachisch (1851)

La haine est une liqueur précieuse, un poison plus cher que celui des Borgia, car il est fait avec notre sang, notre santé, notre sommeil et les deux tiers de notre amour! Il faut en être avare!

L'Art romantique (1852)

Pour guérir de tout, de la misère, de la maladie et de la mélancolie, il ne manque absolument que le goût du travail.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Les Prix portent malheur, prix académiques, prix de vertu, décorations, toutes les inventions du diable encouragent l’hypocrisie et glacent les élans spontanés d’un coeur libre.

L'Art romantique (1852)

On sait que les grands génies ne se trompent jamais à demi, et qu’ils ont le privilège de l’énormité dans tous les sens.

Curiosités esthétiques (1868), Salon de 1846

Le style et le sentiment dans la couleur viennent du choix, et le choix vient du tempérament. Il y a des tons gais et folâtres, folâtres et tristes, riches et gais, riches et tristes, de communs et d’originaux.

Curiosités esthétiques (1868), Salon de 1846

La clarté de la lampe se jouait dans un fouillis de dentelles et d’étoffes d’un ton violent, mais équivoque.

La Fanfarlo (1847)

Le plaisir nous use. Le travail nous fortifie.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Après cette première et redoutable épreuve, elles pourraient se livrer avec moins de danger aux chances terribles du mariage, connaissant le fort et le faible de leurs futurs tyrans.

La Fanfarlo (1847)

On peut fonder des empires glorieux sur le crime, et de nobles religions sur l’imposture.

Journaux intimes (1887)

Se figure-t-on le sort affreux d’un homme dont l’imagination paralysée ne saurait plus fonctionner sans le secours du hachisch ou de l’opium ?

Le Poème du haschich (1858)

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote: Souviens-toi !

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), L'Horloge

Les sens deviennent d’une finesse et d’une acuité extraordinaires. Les yeux percent l’infini. L’oreille perçoit les sons les plus insaisissables au milieu des bruits les plus aigus.

Les Paradis artificiels (1860), Du vin et du hachisch

Il y a là-dedans une férocité et une brutalité de manière assez bien appropriées au sujet, et qui rappellent les violentes ébauches de Goya.

Curiosités esthétiques (1868)

Et quand viendra l’hiver aux neiges monotones, Je fermerai partout portières et volets.

Tableaux Parisiens, Paysage

Nous aimons les femmes à proportion qu’elles nous sont plus étrangères. Aimer les femmes intelligentes est un plaisir de pédéraste.

Journaux intimes (1887), Fusées

– Aujourd’hui, date fatidique, Vendredi, treize, nous avons, Malgré tout ce que nous savons, Mené le train d’un hérétique.

Les Fleurs du Mal (1857), II - L'examen de minuit

Car j’ai, pour fasciner ces dociles amants, De purs miroirs qui font toutes choses plus belles: Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles !

Les Fleurs du Mal (1857), XVII - La beauté

Celui-ci était une espèce d’entrepreneur de sépultures, un marbrier fabricant de tombeaux.

Les Paradis artificiels (1860), Du vin et du hachisch

Accent, non pas surnaturel, mais presque étranger à l’humanité, moitié terrestre et moitié extra-terrestre.

Les Paradis artificiels (1860)

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile! Faites, pour égayer l’ennui de nos prisons, Passer sur nos esprits, tendus comme une toile, Vos souvenirs avec leurs cadres d’horizons.

Les Fleurs du Mal (1857), CXXVI - Le voyage

Je jalouse le sort des plus vils animaux Qui peuvent se plonger dans un sommeil stupide, Tant l’écheveau du temps lentement se dévide!

Les Fleurs du Mal (1857), XXX - De profundis clamavi

Le cri du sentiment est toujours absurde; mais il est sublime, parce qu’il est absurde.

Du vin et du hachisch (1851)

La troisième phase, séparée de la seconde par un redoublement de crise, une ivresse vertigineuse suivie d’un nouveau malaise, est quelque chose d’indescriptible. C’est ce que les Orientaux appellent le kief; c’est le bonheur absolu.

Du vin et du hachisch (1851)

La joie existe par elle-même, mais elle a des manifestations diverses. Quelquefois elle est presque invisible; d’autres fois, elle s’exprime par les pleurs.

Curiosités esthétiques (1868), VI

Ce Je, accusé justement d’impertinence dans beaucoup de cas, implique cependant une grande modestie; il enferme l’écrivain dans les limites les plus strictes de la sincérité. En réduisant sa tâche, il la rend plus facile.

L'Art romantique (1852)

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets; Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes; O mer, nul ne connaît tes richesses intimes, Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets!

Les Fleurs du Mal (1857), XIV - L'homme et la mer

Tu te plais à plonger au sein de ton image; Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton coeur Se distrait quelquefois de sa propre rumeur Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Les Fleurs du Mal (1857), XIV - L'homme et la mer

Mécontent de tous et mécontent de moi, je voudrais bien me racheter et m’enorgueillir un peu dans le silence et la solitude de la nuit.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Je dirai qu’il est mort à la manière des chats ou des bêtes sauvages qui cherchent une tanière secrète pour abriter les dernières convulsions de leur vie.

Curiosités esthétiques (1868), L'oeuvre et la vie d'Eugène Delacroix

Si l’Eglise condamne la magie et la sorcellerie, c’est qu’elles militent contre les intentions de Dieu, qu’elles suppriment le travail du temps.

Les Paradis artificiels (1860), Le poème du hachisch

Tout poète lyrique, en vertu de sa nature, opère fatalement un retour vers l’Eden perdu. Tout, hommes, paysages, palais, dans le monde lyrique, est pour ainsi dire apothéose.

L'Art romantique (1852), XXII, 7

Tu compterais dans tes lits Plus de baisers que de lis Et rangerais sous tes lois Plus d’un Valois!

Les Fleurs du Mal (1857), LXXXVIII - A une mendiante rousse

Mon coeur, comme un oiseau, voltigeait tout joyeux Et planait librement à l’entour des cordages; Le navire roulait sous un ciel sans nuages; Comme un ange enivré d’un soleil radieux.

Les Fleurs du Mal (1857), CXVI - Un voyage à Cythère

Il n’y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l’homme qui chante, l’homme qui bénit, l’homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est fait pour le fouet.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

La vue d’une femme belge me donne une vague envie de m’évanouir. Le Dieu Eros lui-même, s’il voulait glacer immédiatement tous ses feux, n’aurait qu’à contempler le visage d’une Belge.

Correspondance, 1865

La terre est un gâteau plein de douceur.

Les Epaves (1866)

Et le vent furibond de la concupiscence Fait claquer votre chair ainsi qu’un vieux drapeau.

Les Epaves (1866), Femmes damnées

Comme un visage en pleurs que les brises essuient, L’air est plein du frisson des choses qui s’enfuient.

Tableaux Parisiens, Le crépuscule du matin

Les polissons sont «amoureux», mais les poètes sont «idolâtres».

Lettre, à Madame Sabatier, 18 août 1857

La femme est fatalement suggestive; elle vit d’une autre vie que la sienne propre, elle vit spirituellement dans les imaginations.

Les Paradis artificiels (1860)

La femme est l’être qui projette la plus grande ombre ou la plus grande lumière dans nos rêves.

Les Paradis artificiels (1860)

Peu d’hommes ont le droit de régner, car peu d’hommes ont une grande passion. Et comme aujourd’hui chacun veut régner, personne ne sait se gouverner.

Curiosités esthétiques (1868)

La Civilisation s’est peut-être réfugiée chez quelque petite tribu non encore découverte.

L'Art romantique (1852)

Parce que le Beau est toujours étonnant, il serait absurde de supposer que ce qui est étonnant est toujours beau.

Curiosités esthétiques (1868)

Il y a autant de beautés qu’il y a de manières habituelles de chercher le bonheur.

Le Salon de 1846 (1846)

Je suis belle, ô mortels! comme un rêve de pierre, Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour, Est fait pour inspirer au poète un amour.

Les Fleurs du Mal (1857), XVII - La beauté

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir? Peut-on déchirer des ténèbres. Plus denses que la poix, sans matin et sans soir, Sans astres, sans éclairs funèbres? Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir?

Les Fleurs du Mal (1857), LIV - L'irréparable

Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore. Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Les Fleurs du Mal (1857), XXI - Hymne à la beauté

Tu contiens dans ton oeil le couchant et l’aurore; Tu répands des parfums comme un soir orageux; Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore Qui font le héros lâche et l’enfant courageux.

Les Fleurs du Mal (1857), XXI - Hymne à la beauté

Tout l’univers visible n’est qu’un magasin d’images et de signes auxquels l’imagination donnera une place et une valeur relative; c’est une espèce de pâture que l’imagination doit digérer et transformer.

Curiosités esthétiques (1868), IX

Viens, mon beau chat, sur mon coeur amoureux; Retiens les griffes de ta patte, Et laisse-moi plonger dans tes beaux yeux, Mêlés de métal et d’agate.

Les Fleurs du Mal (1857), XXXIV - Le chat

Le beau est toujours bizarre. Je ne veux pas dire qu’il soit volontairement, froidement bizarre, car dans ce cas il serait un monstre sorti des rails de la vie. Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie naïve.

Curiosités esthétiques (1868)

J’irai là-bas où l’arbre et l’homme, pleins de sève, Se pâment longuement sous l’ardeur des climats; Fortes tresses, soyez la houle qui m’enlève! Tu contiens, mer d’ébène, un éblouissant rêve De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts.

Les Fleurs du Mal (1857), XXIII - La chevelure

Moins l’ouvrier se laisse voir dans une oeuvre et plus l’intention en est pure et claire, plus nous sommes charmés.

Curiosités esthétiques (1868), Salon de 1845

Nos sympathies ne sont généralement pas dangereuses; la nature, en cuisine comme en amour, nous donne rarement le goût de ce qui nous est mauvais.

Le Salon de 1846 (1846)

Et, comme le soleil dans son enfer polaire, Mon coeur ne sera plus qu’un bloc rouge et glacé.

Les Fleurs du Mal (1857), LVI - Chant d'automne

Ainsi, toujours vainqueur, ton fantôme est pareil Ame resplendissante, à l’immortel soleil!

Les Fleurs du Mal (1857), XLVI - L'aube spirituelle

Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes.

Les Fleurs du Mal (1857), LIII - L'invitation au voyage

Et plus tard un Ange, entr’ouvrant les portes, Viendra ranimer, fidèle et joyeux, Les miroirs ternis et les flammes mortes.

Les Fleurs du Mal (1857), CXXI - La Mort des Amants

Il n’existe que trois êtres respectables: le prêtre, le guerrier, le poète. Savoir, tuer, créer. Les autres hommes sont taillables et corvéables, faits pour l’écurie, c’est-à-dire pour exercer ce qu’on appelle des professions.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu, XXII

De féroces oiseaux perchés sur leur pâture Détruisaient avec rage un pendu déjà mûr, Chacun plantant, comme un outil, son bec impur Dans tous les coins saignants de cette pourriture.

Les Fleurs du Mal (1857), CXVI - Un voyage à Cythère

Mon chat sur le carreau cherchant une litière Agite sans repos son corps maigre et galeux; L’âme d’un vieux poète erre dans la gouttière Avec la triste voix d’un fantôme frileux.

Les Fleurs du Mal (1857), LXXV - Spleen

Pluviôse, irrité contre la ville entière, De son urne à grands flots verse un froid ténébreux Aux pâles habitants du voisin cimetière Et la mortalité sur les faubourgs brumeux.

Les Fleurs du Mal (1857), LXXV - Spleen

Point de chagrins de famille; point de douleurs d’amour.

Les Paradis artificiels (1860), le Théâtre de Séraphin

Il vous semble que vous sortez d’un monde merveilleux et fantastique. Vous gardez, il est vrai, la faculté de vous observer vous-même, et demain vous aurez conservé le souvenir de quelques-unes de vos sensations.

Du vin et du hachisch (1851)

Mon enfant a des yeux obscurs, profonds et vastes, Comme toi, Nuit immense, éclairés comme toi!

Les épaves (1866), Galanteries

Comme tu me plairais, ô nuit! sans ces étoiles Dont la lumière parle un langage connu! Car je cherche le vide, et le noir, et le nu!

Les Fleurs du Mal (1857), LXXIX - Obsession

Tes beaux yeux sont las, pauvre amante! Reste longtemps, sans les rouvrir, Dans cette pose nonchalante Où t’a surprise le plaisir.

Les Epaves (1866), Le jet d'eau

Si le ciel et la mer sont noirs comme de l’encre, Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons!

Les Fleurs du Mal (1857), CXXVI - Le voyage

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis.

Les Fleurs du Mal (1857), LXXVIII - Spleen

Sois belle! et sois triste! Les pleurs Ajoutent un charme au visage, Comme le fleuve au paysage.

Madrigal triste

Je trône dans l’azur comme un sphinx incompris; J’unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes; Je hais le mouvement qui déplace les lignes Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

Les Fleurs du Mal (1857), XVII - La beauté

Voilà bien ces yeux dont la flamme traverse le crépuscule; ces subtiles et terribles mirettes, que je reconnais à leur effrayante malice!

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Et cependant voilà des siècles innombrables Que vous vous combattez sans pitié ni remord, Tellement vous aimez le carnage et la mort, O lutteurs éternels, O frères implacables!

Les Fleurs du Mal (1857), XIV - L'homme et la mer

En matière d’art, j’avoue que je ne hais pas l’outrance; la modération ne m’a jamais semblé le signe d’une nature artistique.

L'Art romantique (1852), XXI

J’ai cherché dans l’amour un sommeil oublieux; Mais l’amour n’est pour moi qu’un matelas d’aiguilles Fait pour donner à boire à ces cruelles filles!

Les Fleurs du Mal (1857), CXIII - La fontaine de sang

Oui! telle vous serez, ô la reine des grâces, Apres les derniers sacrements, Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses, Moisir parmi les ossements.

Les Fleurs du Mal (1857), XXIX - Une charogne

Et son crâne, de fleurs artistement coiffé Oscille mollement sur ses frêles vertèbres.

Les Fleurs du Mal (1857), XCVII - Danse macabre

Ses yeux profonds sont faits de vide et de ténèbres, Et son crâne, de fleurs artistement coiffé, Oscille mollement sur ses frêles vertèbres. O charme d’un néant follement attifé.

Les Fleurs du Mal (1857), XCVII - Danse macabre

Dans une terre grasse et pleine d’escargots Je veux creuser moi-même une fosse profonde, Où je puisse à loisir étaler mes vieux os Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Les Fleurs du Mal (1857), LXXII - Le Mort joyeux

Va donc, sans autre ornement, Parfum, perles, diamant, Que ta maigre nudité, O ma beauté!

Les Fleurs du Mal (1857), LXXXVIII - A une mendiante rousse

Et comme un long linceul traînant à l’Orient, Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.

Les Nouvelles Fleurs du mal (1866)

Sombres ou lumineux, je vis vos jours perdus; Mon coeur multiplié jouit de tous vos vices! Mon âme resplendit de toutes vos vertus!

Les Fleurs du Mal (1857), XCI - Les petites vieilles

Comme vous êtes loin, paradis parfumé, Où sous un clair azur tout n’est qu’amour et joie, Où tout ce que l’on aime est digne d’être aimé, Où dans la volupté pure le coeur se noie! Comme vous êtes loin, paradis parfumé!

Les Fleurs du Mal (1857), LXII - Moesta et errabunda

La sottise, l’erreur, le péché, la lésine, Occupent nos esprits et travaillent nos corps, Et nous alimentons nos aimables remords, Comme les mendiants nourrissent leur vermine.

Les Fleurs du Mal (1857), Au lecteur

Que son petit cerveau soit actif ou soit lent, Partout l’homme subit la terreur du mystère.

Les Nouvelles Fleurs du mal (1866)

L’homme ivre d’une ombre qui passe Porte toujours le châtiment D’avoir voulu changer de place.

Les Fleurs du Mal (1857), LXVII - Les Hiboux

Sous les ifs noirs qui les abritent, Les hiboux se tiennent rangés, Ainsi que des dieux étrangers, Dardant leur oeil rouge. Ils méditent.

Les Fleurs du Mal (1857), LXVII - Les Hiboux

Je crois sincèrement que la meilleure critique est celle qui est amusante et poétique; non pas celle-ci, froide et algébrique, qui, sous prétexte de tout expliquer, n’a ni haine ni amour, et se dépouille volontairement de toute espèce de tempérament.

Curiosités esthétiques (1868), A quoi bon la critique?

Quand Jésus-Christ dit: Heureux ceux qui sont affamés, car ils seront rassasiés! Jésus-Christ fait un calcul de probabilités.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Molière. – Mon opinion sur Tartuffe est que ce n’est pas une comédie, mais un pamphlet. Un athée, s’il est simplement un homme bien élevé, pensera, à propos de cette pièce, qu’il ne faut jamais livrer certaines questions graves à la canaille.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

De la haine de la jeunesse contre les citateurs. Le citateur est pour eux un ennemi. Je mettrais l’orthographe même sous la main du bourreau.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Le Français est un animal de basse-cour si bien domestiqué qu’il n’ose franchir aucune palissade.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Avis aux non-communistes: Tout est commun, même Dieu.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Le jour où le jeune écrivain corrige sa première épreuve, il est fier comme un écolier qui vient de gagner sa première vérole.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

J’ai toujours été étonné qu’on laissât les femmes entrer dans les églises. Quelle conversation peuvent-elles avoir avec Dieu? L’éternelle Vénus (caprice, hystérie, fantaisie) est une des formes séduisantes du diable.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

L’être le plus prostitué, c’est l’être par excellence, c’est Dieu, puisqu’il est l’ami suprême pour chaque individu, puisqu’il est le réservoir commun, inépuisable, de l’amour.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

L’homme aime tant l’homme que, quand il fuit la ville, c’est encore pour chercher la foule, c’est-à-dire pour refaire la ville à la campagne.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Mes opinions sur le théâtre. Ce que j’ai toujours trouvé de plus beau dans un théâtre, dans mon enfance, et encore maintenant c’est le lustre, – un bel objet lumineux, cristallin, compliqué, circulaire et symétrique.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

La Révolution, par le sacrifice, confirme la Superstition.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Il y a dans tout changement quelque chose d’infâme et d’agréable à la fois, quelque chose qui tient de l’infidélité et du déménagement. Cela suffit à expliquer la Révolution française.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Tout enfant, j’ai senti dans mon coeur deux sentiments contradictoires: l’horreur de la vie et l’extase de la vie.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

La volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l’homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté.

Journaux intimes (1887), Fusées

Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or!

Les Fleurs du Mal (1857), LXXXV - L'horloge

Quoi de plus absurde que le Progrès, puisque l’homme, comme cela est prouvé par le fait journalier, est toujours semblable et égal à l’homme, c’est-à-dire toujours à l’état sauvage.

Journaux intimes (1887), Fusées

Dieu est un scandale, un scandale qui rapporte.

Journaux intimes (1887), Fusées

J’ai trouvé la définition du Beau, de mon Beau. C’est quelque chose d’ardent et de triste, quelque chose d’un peu vague, laissant carrière à la conjecture.

Journaux intimes (1887), Fusées

La poésie n’a pas d’autre but qu’elle-même.

L'Art romantique (1852)

Je sucerai, pour noyer ma rancoeur, Le népenthès et la bonne ciguë Aux bouts charmants de cette gorge aiguë Qui n’a jamais emprisonné de coeur.

Les Fleurs du Mal (1857), XXX - Le Léthé

Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l’humeur est vagabonde; C’est pour assouvir Ton moindre désir Qu’ils viennent du bout du monde.

Les Fleurs du Mal (1857), LIII - L'invitation au voyage

Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues Vous me rendez l’azur du ciel immense et rond; Sur les bords duvetés de vos mèches tordues Je m’enivre ardemment des senteurs confondues De l’huile de coco, du musc et du goudron.

Les Fleurs du Mal (1857), XXIII - La chevelure

Le sage ne rit qu’en tremblant.

Curiosités esthétiques (1868), VI, De l'essence du rire

Que c’est un dur métier que d’être belle femme, Et que c’est le travail banal De la danseuse folle et froide qui se pâme Dans son sourire machinal.

Les Fleurs du Mal (1857), XLV - Confession

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir; Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige; Valse mélancolique et langoureux vertige ! Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Les Fleurs du Mal (1857), XLVII - Harmonie du soir

La passion frénétique de l’art est un chancre qui dévore le reste.

L'Art romantique (1852)

Il est une science d’aimer son prochain et de le trouver aimable, comme il est un savoir bien vivre.

La Fanfarlo (1847)

Comme il n’est pas de trahison qu’on ne pardonne, il n’est pas de faute dont on ne puisse se faire absoudre, pas d’oubli qu’on ne puisse combler.

La Fanfarlo (1847)

Mais ne suffit-il pas que tu sois l’apparence, Pour réjouir un coeur qui fuit la vérité? Qu’importe ta bêtise ou ton indifférence? Masque ou décor. salut! T’adore ta beauté.

Les Fleurs du Mal (1857), XCVIII - L'amour du mensonge

Je t’adore à l’égal de la voûte nocturne.

Les Fleurs du Mal (1857), XXIV

La première personne que j’aperçus dans la rue, ce fut un vitrier dont le cri perçant, discordant, monta jusqu’à moi à travers la lourde et sale atmosphère parisienne.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), IX

Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige, Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir! Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir; Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Les Fleurs du Mal (1857), XLVII - Harmonie du soir

L’amour, c’est le goût de la prostitution. Il n’est même pas de plaisir noble qui ne puisse être ramené à la prostitution. Dans un spectacle, dans un bal, chacun jouit de tous.

Journaux intimes (1887), Fusées

Avez-vous quelquefois aperçu des veuves sur ces bancs solitaires, des veuves pauvres? Qu’elles soient en deuil ou non, il est facile de les reconnaître.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), XIII

Je m’avance à l’attaque, et je grimpe aux assauts, Comme après un cadavre un choeur de vermisseaux, Et je chéris, ô bête implacable et cruelle! Jusqu’à cette froideur par où tu m’es plus belle!

Les Fleurs du Mal (1857), XXIV

Pouvons-nous étouffer le vieux, le long Remords, Qui vit, s’agite et se tortille Et se nourrit de nous comme le ver des morts, Comme du chêne la chenille? Pouvons-nous étouffer l’implacable Remords?

Les Fleurs du Mal (1857), LIV - L'irréparable

Et le coeur transpercé, que la douleur allèche, Expire chaue jour en bénissant sa flèche.

Premiers poèmes, XXIX

Certes, je sortirai quant à moi satisfait D’un monde où l’action n’est pas la soeur du rêve. Puissé-je user du glaive et périr par le glaive. Saint Pierre a renié Jésus: il a bien fait.

Les Fleurs du Mal (1857), CXVIII - Le reniement de saint pierre

Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres; Adieu, vive clarté de nos étés trop courts! J’entends déjà tomber avec des chocs funèbres Le bois retentissant sur le pavé des cours.

Les Fleurs du Mal (1857), LVI - Chant d'automne, I

Toute bonne sculpture, toute bonne peinture, toute bonne musique, suggère les sentiments qu’elle veut suggérer.

Curiosités esthétiques (1868), XIX

Il y en a qui en veulent à leurs maîtresses d’être prodigues. Ce sont des fesse-mathieu, ou des républicains qui ignorent les premiers principes d’économie politique. Les vices d’une grande nation sont sa plus grande richesse.

Choix de maximes consolantes sur l'amour (1846)

Comme j’entends le mot amour dans le sens le plus complet, je suis obligé d’exprimer quelques maximes particulières sur des questions délicates.

Choix de maximes consolantes sur l'amour (1846)

De même que pour les théologiens la liberté consiste à fuir les occasions de tentations plutôt qu’à y résister, de même, en amour, la liberté consiste à éviter les catégories de femmes dangereuses, c’est-à-dire dangereuses pour vous.

Choix de maximes consolantes sur l'amour (1846)

Vous pour qui la nature est cruelle et le temps précieux, que l’amour vous soit un cordial animique et brûlant.

Choix de maximes consolantes sur l'amour (1846)

Si je commence par l’amour, c’est que l’amour est pour tous, – ils ont beau le nier, – la grande chose de la vie!

Choix de maximes consolantes sur l'amour (1846)

Le monde, ce vaste système de contradiction, – ayant toute caducité en grande estime, – vite, charbonnons-nous des rides; – le sentiment étant généralement bien porté, enrubannons notre coeur comme un frontispice.

Choix de maximes consolantes sur l'amour (1846)

Quiconque écrit des maximes aime charger son caractère; – les jeunes se griment, – les vieux s’adonisent.

Choix de maximes consolantes sur l'amour (1846)

Etre un homme utile m’a toujours paru quelque chose de bien hideux.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

La mythologie est un dictionnaire d’hiéroglyphes vivants, hiéroglyphes connus de tout le monde.

L'Art romantique (1852)

La croyance au progrès est un doctrine de paresseux, une doctrine de Belges. C’est l’individu qui compte sur ses voisins pour faire sa besogne.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Celui qui n’a égard en écrivant qu’au goût de son siècle songe plus à sa personne qu’à ses écrits : il faut toujours tendre à la perfection, et alors cette justice qui nous est quelquefois refusée par nos contemporains, la postérité sait nous la rendre.

Les Caractères (1696), 67, I, Des ouvrages de l'esprit

Je ne suis jamais bien nulle part, et il me semble toujours que je serais mieux ailleurs que la où je suis.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Je fus pris subitement d’une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l’esprit de la France.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Un plaisant

Oui, vous avez raison ; il n’est pas de plaisir plus doux que de surprendre un homme en lui donnant plus qu’il n’espère.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), La Fausse Monnaie

Le commerce est, par son essence, satanique. Le commerce, c’est le prêté-rendu, c’est le prêt avec le sous-entendu : Rends-moi plus que je ne te donne.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Rêver magnifiquement n’est pas un don accordé à tous les hommes, et, même chez ceux qui le possèdent, il risque fort d’être de plus en plus diminué par la dissipation moderne toujours croissante et par la turbulence du progrès matériel.

Les Paradis artificiels (1860), Un mangeur d'opium

A mesure que l’être humain avance dans la vie, le roman qui, jeune homme, l’éblouissait, la légende fabuleuse qui, enfant, le séduisait, se fanent et s’obscurcissent d’eux-mêmes.

Les Paradis artificiels (1860)

Qu’est-ce que le cerveau humain, sinon un palimpseste immense et naturel ?

Les Paradis artificiels (1860)

Ne me parlez plus jamais des diseurs de rien.

Correspondance

C’est l’imagination qui a enseigné à l’homme le sens moral de la couleur, du contour, du son et du parfum. Elle a créé, au commencement du monde, l’analogie et la métaphore.

Ecrits sur l'art

La seule manière de gagner de l’argent est de travailler d’une manière désintéressée.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

De Satan ou de Dieu, qu’importe ? Ange ou Sirène, Qu’importe, si tu rends, – fée aux yeux de velours, Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! – L’univers moins hideux et les instants moins lourds ?

Les Fleurs du Mal (1857), XXI - Hymne à la beauté

Dans le sommeil, ce voyage aventureux de tous les soirs, il y a quelque chose de positivement miraculeux c’est un miracle dont la ponctualité a émoussé le mystère.

Les Paradis artificiels (1860)

Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862)

Etre un grand homme et un saint pour soi-même, voilà l’unique chose importante.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Il est malheureusement bien vrai que, sans le loisir et l’argent, l’amour ne peut être qu’une orgie de roturier ou l’accomplissement d’un devoir conjugal.

L'Art romantique (1852)

Il était tard ; ainsi qu’une médaille neuve La pleine lune s’étalait, Et la solennité de la nuit, comme un fleuve, Sur Paris dormant ruisselait.

Les Fleurs du Mal (1857), XLV - Confession

La superstition est le réservoir de toutes les vérités.

Journaux intimes (1887), Fusées

Les enfants témoignent par leurs jeux de leur grande faculté d’abstraction et de leur haute puissance imaginative. Ils jouent sans joujoux.

La Fanfarlo (1847)

Rien ne ressemble plus à ce qu’on appelle l’inspiration, que la joie avec laquelle l’enfant absorbe la forme et la couleur.

Le Peintre de la vie moderne (1863)

Le rire est satanique, il est donc profondément humain.

Curiosités esthétiques (1868), VI, De l'essence du rire

Les soleils couchants Revêtent les champs, Les canaux, la ville entière, D’hyacinthe et d’or ; Le monde s’endort Dans une chaude lumière. Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Les Fleurs du Mal (1857), LIII - L'invitation au voyage

Quand mes yeux, vers ce chat que j’aime Tirés comme par un aimant, Se retournent docilement Et que je regarde en moi-même.

Les Fleurs du Mal (1857), LI - Le Chat

Que ta voix, chat mystérieux, Chat séraphique, chat étrange, En qui tout est, comme en un ange, Aussi subtil qu’harmonieux !

Les Fleurs du Mal (1857), LI - Le Chat

Les plus riches cités, les plus grands paysages, Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux De ceux que le hasard fait avec les nuages. Et toujours le désir nous rendait soucieux !

Les Fleurs du Mal (1857), CXXVI - Le voyage

Pour soulever un poids si lourd, Sisyphe, il faudrait ton courage ! Bien qu’on ait du coeur à l’ouvrage, L’Art est long et le Temps est court.

Les Fleurs du Mal (1857), XI - Le guignon

Tes yeux, où rien ne se révèle De doux ni d’amer, Sont deux bijoux froids où se mêle L’or avec le fer.

Les Fleurs du Mal (1857), XXVIII - Le serpent qui danse

Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote Souviens-toi ! – Rapide, avec sa voix D’insecte, Maintenant dit Je suis Autrefois, Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde !

Les Fleurs du Mal (1857), LXXXV - L'horloge

Bien qu’on ait du coeur à l’ouvrage, L’Art est long et le Temps est court.

Les Fleurs du Mal (1857), XI - Le guignon

Mes chers frères, n’oubliez jamais quand vous entendrez vanter le progrès des lumières, que la plus belle ruse du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Un prédicateur cité par le diable

Ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte prostitution de l’âme qui se donne tout entière, poésie et charité, à l’imprévu qui se montre, à l’inconnu qui passe.

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), Les Foules

Il me semble parfois que mon sang coule à flots, Ainsi qu’une fontaine aux rythmiques sanglots. Je l’entends bien qui coule avec un long murmure, Mais je me tâte en vain pour trouver la blessure.

Les Fleurs du Mal (1857), CXIII - La fontaine de sang

J’ai cherché dans l’amour un sommeil oublieux ; Mais l’amour n’est pour moi qu’un matelas d’aiguilles.

Les Fleurs du Mal (1857), CXIII - La fontaine de sang

J’ai demandé souvent à des vins capiteux D’endormir pour un jour la terreur qui me mine ; Le vin rend l’oeil plus clair et l’oreille plus fine !

Les Fleurs du Mal (1857), CXIII - La fontaine de sang

Le poète sait descendre dans la vie ; mais croyez que s’il y consent, ce n’est pas sans but, et qu’il saura tirer profit de son voyage. De la laideur et de la sottise il fera naître un nouveau genre d’enchantements.

L'Art romantique (1852)

Tout recul de la volonté est une parcelle de substance perdue. Combien donc l’hésitation est prodigue ! Et qu’on juge de l’immensité de l’effort final nécessaire pour réparer tant de pertes !

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

J’ai demandé souvent à des vins captieux D’endormir pour un jour la terreur qui me mine ; Le vin rend l’oeil plus clair et l’oreille plus fine !

Les Fleurs du Mal (1857), CXIII - La fontaine de sang

Toutes les modes sont charmantes, c’est-à-dire relativement charmantes, chacune étant un effort nouveau, plus ou moins heureux, vers le beau, une approximation quelconque d’un idéal dont le désir titille sans cesse l’esprit humain non satisfait.

Le Peintre de la vie moderne (1863)

Le génie n’est que l’enfance retrouvée à volonté, l’enfance douée maintenant, pour s’exprimer, d’organes virils et de l’esprit analytique qui lui permet d’ordonner la somme de matériaux involontairement amassée.

Le Peintre de la vie moderne (1863)

Pour que la loi du progrès existât, il faudrait que chacun voulut la créer ; c’est à dire que quand tous les individus s’appliqueront à progresser, alors, et seulement alors, l’humanité sera en progrès.

Journaux intimes (1887), Mon coeur mis à nu

Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ? – J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… les merveilleux nuages !

Petits poèmes en prose ou Le Spleen de Paris (1862), L'Etranger

Je suis comme un peintre qu’un Dieu moqueur Condamne à peindre, hélas ! sur les ténèbres ; Où, cuisinier aux appétits funèbres, Je fais bouillir et je mange mon coeur.

Les Fleurs du Mal (1857), XXXVIII - Un Fantôme, I - Les Ténèbres

La modernité, c’est le transitoire, le fugitif, le contingent, la moitié de l’art, dont l’autre moitié est l’éternel et l’immuable. Il y a eu une modernité pour chaque peintre ancien.

Le Peintre de la vie moderne (1863)