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Citations de : André Gide

Le meilleur moyen pour apprendre à se connaître, c’est de chercher à comprendre autrui.

Journal, 10 février 1922

Ma propre position dans le ciel par rapport au soleil ne doit pas me faire trouver l’aurore moins belle.

Ainsi soit-il (Dernières lignes écrites par Gide)

Les rapports de l’homme avec Dieu m’ont de tous temps paru beaucoup plus importants et intéressants que les rapports des hommes entre eux.

Ainsi soit-il

Les plus douteux égarements de la chair m’ont laissé l’âme plus tranquille que la moindre incorrection de mon esprit.

Le Journal des Faux-Monnayeurs (1926)

Les plus détestables mensonges sont ceux qui se rapprochent le plus de la vérité.

Si le grain ne meurt

Les fautes des autres, c’est toujours réjouissant.

Les extrêmes me touchent.

Morceaux choisis, Epigraphe

Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu’écrit la raison.

Journal, 1894

Les bourgeois honnêtes ne comprennent pas qu’on puisse être honnête autrement qu’eux.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Le seul mot de passe pour n’être pas dévoré par le sphinx, c’est – l’Homme.

Oedipe

Dans la vie, il faut peindre dans le frais, la rature y est défendue.

Entre le «to be» et le «not to be» pas assez de distance pour glisser le monologue de Hamlet.

Correspondance, Gide - Martin du Gard

En art, comme partout, la pureté seule m’importe.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Dès l’instant que j’eus compris que Dieu n’était pas encore mais qu’il devenait, et qu’il dépendait de chacun de nous qu’il devînt, la morale en moi fut restaurée.

Journal

De combien d’hommes ne peut-on penser que c’est par médiocrité qu’ils sont sages?

Journal

Vas-y, mais passe outre.

Thésée

Un bon formateur a ce souci constant: enseigner à se passer de lui.

Journal

Toutes choses sont dites déjà; mais comme personne n’écoute, il faut toujours recommencer.

Traité du Narcisse (1892)

Toute théorie n’est bonne qu’à condition de s’en servir pour passer outre.

Toute recherche oblige.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Toute connaissance que n’a pas précédé une sensation m’est inutile.

Les Nourritures terrestres (1897)

Tout grand homme n’a qu’un souci: devenir banal.

Tout coup vaille.

Thésée

Si ce que tu manges ne te grise pas, c’est que tu n’avais pas assez faim.

Les Nourritures terrestres (1897)

Rien d’excellent ne se fait qu’à loisir.

Journal

Dans le domaine des sentiments, le réel ne se distingue pas de l’imaginaire.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Ce qui n’est pas, c’est ce qui ne pouvait pas être.

Journal

Ce que je sens divers, c’est toujours moi.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

C’est une vaine ambition que de tâcher de ressembler à tout le monde, puisque tout le monde est composé de chacun et que chacun ne ressemble à personne.

Le Prométhée mal enchaîné

C’est une extraordinaire chose que le théâtre. Des gens comme vous et moi s’assemblent le soir dans une salle pour voir feindre par d’autres des passions qu’eux n’ont pas le droit d’avoir – parce que les lois et les moeurs s’y opposent.

C’est par nous que Dieu s’obtient.

Journal

C’est le propre de l’amour … d’être forcé de croître, sous peine de diminuer.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Avec qui l’homme se consolerait-il d’une déchéance, sinon avec ce qui l’a déchu?

Saül

Ah! jeunesse – l’homme ne la possède qu’un temps et le reste du temps la rappelle.

Les Nourritures terrestres (1897)

«Le moi est haïssable», dites-vous. Pas le mien.

Journal

Que n’obtient-on pas de soi, par amour!

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Que l’importance soit dans ton regard, non dans la chose regardée.

Les Nourritures terrestres (1897)

Quand nous sommes jeunes, nous souhaitons de chastes épouses, sans savoir tout ce que nous coûtera leur vertu.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Quand les gens intelligents se piquent de ne pas comprendre, il est tout naturel qu’ils y réussissent mieux que les sots.

Journal, 1889-1939

Quand je cesserai de m’indigner, j’aurai commencé ma vieillesse.

Journal, 1889-1939

Qu’on rencontre peu de gens dont on souhaiterait fouiller les valises!

Les Caves du Vatican (1914)

Pour moi, être aimé n’est rien, c’est être préféré que je désire.

Correspondance, Gide - Valéry

Où tu ne peux pas dire tant mieux, dis: tant pis, Nathanaël. Il y a là de grandes promesses de bonheur.

Les Nourritures terrestres (1897)

On ne triomphe que de ce que l’on s’assimile.

Journal

On ne peut à la fois être sincère et le paraître.

L'Immoraliste (1902)

On appelle «bonheur» un concours de circonstances qui permette la joie. Mais on appelle joie cet état de l’être qui n’a besoin de rien pour se sentir heureux.

Divers

Nous sommes responsables d’à peu près tous les maux dont nous souffrons.

Nous entrons dans une époque où le libéralisme va devenir la plus suspecte et la plus impraticable des vertus.

Journal

Nos actes les plus sincères sont aussi les plus calculés.

Si le grain ne meurt

Non s’efforcer vers le plaisir mais trouver son plaisir dans l’effort même, c’est le secret de mon bonheur.

Journal, 1889-1939

Ne peut rien pour le bonheur d’autrui celui qui ne sait être heureux lui-même.

Les Nourritures terrestres (1897)

Ne distingue pas Dieu du bonheur et place tout ton bonheur dans l’instant.

Les Nourritures terrestres (1897)

Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre.

Les Nourritures terrestres (1897)

Nathanaël, jette mon livre.

Les Nourritures terrestres (1897)

Nathanaël, je t’enseignerai la ferveur.

Les Nourritures terrestres (1897)

Le présent serait plein de tous les avenirs, si le passé n’y projetait déjà une histoire.

Les Nourritures terrestres (1897)

Le plus petit instant de la vie est plus fort que la mort, et la nie.

Les Nourritures terrestres (1897)

Le plus grand bonheur après que d’aimer, c’est de confesser son amour.

Journal

Le plus beau souvenir ne m’apparaît que comme une épave du bonheur.

Le nombre de choses qu’il n’y a pas lieu de dire augmente chaque jour.

Journal (1904)

Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis.

Journal

Entre le désir et l’ennui – Notre inquiétude balance.

Les Nourritures terrestres (1897)

La fleur ne vaut pour moi que comme une promesse de fruit.

Les Nourritures terrestres (1897)

… choisir, c’était renoncer pour toujours, pour jamais, à tout le reste et la quantité nombreuse de ce reste demeurait préférable à n’importe quelle unité.

Les Nourritures terrestres (1897)

Rien n’est plus dangereux pour toi que ta famille, que ta chambre, que ton passé.

Les Nourritures terrestres (1897)

C’est un grand souci que de penser.

Les Nourritures terrestres (1897)

J’avais besoin d’un poumon, m’a dit l’arbre: alors ma sève est devenue feuille, afin d’y pouvoir respirer. Puis quand j’eus respiré, ma feuille est tombée, et je n’en suis pas mort. Mon fruit contient toute ma pensée sur la vie.

Les Nourritures terrestres (1897)

Je veux bien que, l’existence une fois admise, celle de la terre et de l’homme et de moi paraisse naturelle, mais ce qui confond mon intelligence, c’est la stupeur de m’en apercevoir.

Les Nourritures terrestres (1897)

… ne cherche pas, dans l’avenir, à retrouver jamais le passé.

Les Nourritures terrestres (1897)

Il y a des maladies extravagantes – qui consistent à vouloir ce que l’on a pas.

Les Nourritures terrestres (1897)

Chaque action parfaite s’accompagne de volupté.

Les Nourritures terrestres (1897)

Attendre Dieu, c’est ne comprendre pas que tu le possèdes déjà. Ne distingue pas Dieu du bonheur et place tout ton bonheur dans l’instant.

Les Nourritures terrestres (1897)

Posséder Dieu, c’est le voir; mais on ne le regarde pas.

Les Nourritures terrestres (1897)

Attends tout ce qui vient à toi; mais ne désire que ce qui vient à toi. Ne désire que ce que tu as. Comprends qu’à chaque instant du jour tu peux posséder Dieu dans sa totalité. Que ton désir soit de l’amour, et que ta possession soit amoureuse.

Les Nourritures terrestres (1897)

On n’est sûr de ne jamais faire que ce que l’on est incapable de comprendre. Comprendre, c’est se sentir capable de faire.

Les Nourritures terrestres (1897)

L’important n’est pas que vous soyez ou non licencieux. L’important c’est que vous ayez le droit de l’être.

Nouveaux Prétextes

L’homme sage vit sans morale, selon sa sagesse. Nous devons essayer d’arriver à l’immoralité supérieure.

Journal 1889-1939, 13 octobre 1894

L’homme est plus intéressant que les hommes; c’est lui et non pas eux que Dieu a fait à son image. Chacun est plus précieux que tous.

Journal

L’expérience instruit plus sûrement que le conseil.

L’appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Je te le dis en vérité, Nathanaël, chaque désir m’a plus enrichi que la possession toujours fausse de l’objet même de mon désir.

Les Nourritures terrestres (1897)

Je sais à présent goûter la quiète éternité dans l’instant.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Je puis douter de la réalité de tout, mais pas de la réalité de mon doute.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Je ne puis admirer pleinement le courage de celui qui méprise la vie.

Le Journal des Faux-Monnayeurs (1926)

Je n’écris plus une phrase affirmative sans être tenté d’y ajouter: «peut-être».

Journal

L’art commence à la résistance; à la résistance vaincue. Aucun chef-d’oeuvre humain, qui ne soit laborieusement obtenu.

Poétique

Le plus beau sommeil ne vaut pas le moment où l’on se réveille.

Le mal n’est jamais dans l’amour.

La Symphonie pastorale

Le catholicisme est inadmissible. Le protestantisme est intolérable. Et je me sens profondément chrétien.

Journal 1889-1939, 10 février 1912

La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour.

La mélancolie n’est que de la ferveur retombée.

Les Nourritures terrestres (1897)

La foi tout court remplace la bonne.

Journal

La Foi soulève des montagnes; oui: des montagnes d’absurdités. Je n’oppose pas à la Foi le doute; mais l’affirmation: ce qui ne saurait être n’est pas.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 1947

La cruauté, c’est le premier des attributs de Dieu.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

L’oeuvre d’art, c’est une idée qu’on exagère.

Journal 1889-1939, Novembre 1892

Je n’aime pas les hommes, j’aime ce qui les dévore.

Le Prométhée mal enchaîné

Je n’admire jamais tant la beauté que lorsqu’elle ne sait plus qu’elle est belle.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Le parfait est ce qui n’est plus à refaire…

Je n’admets qu’une chose pour ne pas être naturelle: l’art.

Corydon

Je hais la foule.

Prétextes

J’aime ceux qui ne savent pas trop pourquoi ils aiment, c’est qu’alors ils aiment vraiment.

Ainsi soit-il

J’admire toutes les formes de la sainteté (encore que certaines me soulèvent le coeur).

Ainsi soit-il

Ils sont rares, de nos jours, ceux qui atteignent la quarantaine sans vérole et sans décoration.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il n’y a pas de problème; il n’y a que des solutions. L’esprit de l’homme invente ensuite le problème.

Journal

Il n’y a guère de «règles de vie» dont on ne puisse se dire qu’il y aurait plus de sagesse à en prendre le contre-pied qu’à les suivre.

Le Journal des Faux-Monnayeurs (1926)

Il n’a plus rien: tout est à lui!

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il faut de l’esprit pour bien parler, de l’intelligence suffit pour bien écouter.

Journal

Il est bon de suivre sa pente pourvu que ce soit en montant.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il est bien peu de monstres qui méritent la peur que nous en avons.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Il entre dans toutes les actions humaines plus de hasard que de décision.

Journal

Familles! je vous hais! Foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur.

Les Nourritures terrestres (1897)

Se passer de Dieu… Je veux dire: se passer de l’idée de Dieu, de la croyance en une Providence attentive, tutélaire et rémunératrice… n’y parvient pas qui veut.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 1947

Je suis un incroyant. Je ne serai jamais un impie.

Journal 1889-1939, 6 novembre 1927

L’art serait, malgré la plus parfaite explication, de réserver encore de la surprise.

Journal, 1889-1939

L’on me reproche ma démarche oblique… mais qui ne sait, lorsqu’on a vent contraire, que force est de tirer des bordées? Vous en parlez bien à votre aise, vous qui vous laissez porter par le vent. Je prends appui sur gouvernail.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 15 janvier 1946

Lumière profuse; splendeur. – L’été s’impose et contraint toute âme au bonheur.

Journal, 1943

… le bonheur de l’homme n’est pas dans la liberté, mais dans l’acceptation d’un devoir.

Préface à Vol de nuit de Saint-Exupéry

C’est le propre d’un chef-d’oeuvre: être exclusif; faire croire inférieure toute autre forme de beauté.

Journal 1889-1939, 15 décembre 1895

Supprimer en soi l’idée de mérite. C’est un grand achoppement pour l’esprit.

Journal 1889-1939, 1895

Les choses les plus belles sont celles que souffle la folie et qu’écrit la raison. Il faut demeurer entre les deux, tout près de la folie quand on rêve, tout près de la raison quand on écrit.

Journal 1889-1939, Septembre 1894

Donc: originalité, consiste à se priver de certaines choses. La personnalité s’affirme par ses limites.

Journal 1889-1939, 13 septembre 1893

C’est un devoir que de se faire heureux.

Journal 1889-1939, Avril 1893

J’ai écrit, … ceci qui me paraît d’une évidente vérité: «C’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature.» Je n’ai jamais dit, ni pensé, qu’on ne faisait de la bonne littérature qu’avec les mauvais sentiments.

Journal

L’important, c’est être capable d’émotions; mais n’éprouver que les siennes, c’est une triste limitation.

Journal 1889-1939, 12 mai 1892

La vie d’un homme est son image. A l’heure de mourir, nous nous refléterons dans le passé, et, penchés sur le miroir de nos actes, nos âmes reconnaîtront ce que nous sommes.

Journal 1889-1939, 3 janvier

Celui qui agit comme tout le monde s’irrite nécessairement contre celui qui n’agit pas comme lui.

Journal 1889-1939, 27 juillet 1924

Un chemin droit ne mène jamais qu’au but.

Journal 1889-1939, 28 octobre 1922

Il est extrêmement rare que la montagne soit abrupte de tous côtés.

Journal, 1889-1939

Sans doute, est-il bien peu de préceptes de sagesse (et je doute si même il y en a quelques-uns) qui, pris sous un certain biais, ne semble folie.

Journal 1889-1939, 4 juillet 1933

La sagesse commence où finit la crainte de Dieu. Il n’est pas un progrès de la pensée qui n’ait paru d’abord attentatoire, impie.

Journal 1889-1939, 15 janvier 1929

Celui qui proteste fera plus tard, du savoir renoncer, la sagesse de sa vie.

Journal, 1889-1939

C’est une grande sagesse que d’oser paraître imbécile mais il y faut un certain courage que je n’ai pas toujours eu.

Journal 1889-1939, 14 janvier 1912

Envier le bonheur d’autrui, c’est folie; on ne saurait pas s’en servir. – Le bonheur ne se veut pas tout fait, mais sur mesure.

Je crois à la vertu du petit nombre; le monde sera sauvé par quelques-uns.

Quelques mois avant sa mort.

Que tout ce qui peut être soit!

Les Caves du Vatican (1914)

Le plus précieux de nous-même est ce qui reste informulé.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Connais-toi toi-même. Maxime aussi pernicieuse que laide. Quiconque s’observe arrête son développement. La chenille qui chercherait à bien se connaître ne deviendrait jamais papillon.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

On cesse de s’étonner devant un miracle constant.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Quel évolutionniste irait supposer quelque rapport que ce soit entre chenille et papillon – si l’on ne savait que c’est précisément le même être.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Je me passai fort bien de certitude dès lors que j’acquis celle-ci, que l’esprit de l’homme ne peut en avoir.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

C’est un vase informe (le mot DIEU) à parois indéfiniment extensibles, qui contient ce qu’il plaît à chacun d’y mettre, mais qui ne contient que ce que chacun de nous y a mis.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Il est bien plus difficile qu’on ne croit de ne pas croire à Dieu.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Il y a sur terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d’horreur, que l’homme heureux n’y peut songer sans prendre honte de son bonheur.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

C’est en renonçant à sa divinité que le Christ vraiment devient Dieu. Et, réciproquement, en se renonçant dans le Christ Dieu se crée.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Tout ce que tu ne sais pas donner te possède.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

La chose la plus difficile, quand on a commencé d’écrire, c’est d’être sincère.

Journal 1889-1939, 30 décembre 1891

Comme ceux qui achètent d’abord à crédit, puis, après s’inquiètent de la somme qu’il faut pour solder leur dette; paraître avant que d’être, s’est s’endetter envers le monde extérieur.

Journal 1889-1939, 7 août 1891

Le monde m’est un miroir, et je suis étonné quant il me réflète mal.

Journal 1889-1939, 10 juin 1891

Ne pas se soucier de paraître. Etre, seul est important.

Journal 1889-1939, Fin novembre 1890

Dans un amour, j’y consens volontiers, l’on peut rester surpris que tel homme s’éprenne de telle femme, et réciproquement, alors que rien ne semble motiver cet amour, sinon précisément ceci: que c’est lui, et que c’est elle.

Préface aux Essais I de Montaigne

… de même celui qui se croit simple se simplifie, celui qui se croit compliqué se complique.

Préface aux Essais I de Montaigne

Cesse de croire et instruis-toi.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Il y a d’admirables possibilités dans chaque être. Persuade-toi de ta force et de ta jeunesse. Sache te redire sans cesse: «Il ne tient qu’à moi.»

Les Nouvelles Nourritures (1935)

L’homme devient.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

La peur du ridicule obtient de nous les pires lâchetés.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Sache que la fleur la plus belle est aussi la plus tôt fanée. Sur son parfum penche-toi vite. L’immortelle n’a pas d’odeur.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

La vie peut être plus belle que ne la consentent les hommes. La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Ah! qui délivrera mon esprit des lourdes chaînes de la logique? Ma plus sincère émotion, dès que je l’exprime, est faussée.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Je garde l’habitude d’une vaste confiance qu’on appellerait de la foi, si elle était assermentée.

Les Nourritures terrestres (1897)

Il y a d’admirables préparatifs au sommeil; il y a d’admirables réveils; mais il n’y a pas d’admirables sommeils, et je n’aime le rêve que tant que je le crois réalité. Car le plus beau sommeil ne vaut pas le moment où l’on se réveille.

Les Nourritures terrestres (1897)

Qu’aimes-tu tant dans les départs, Ménalque? Il répondit: – L’avant-goût de la mort.

Les Nourritures terrestres (1897)

Le nombre de bêtises qu’une personne intelligente peut dire dans une journée n’est pas croyable. Et j’en dirais sans doute autant que les autres, si je ne me taisais plus souvent.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 13 septembre 1940

Si seulement…! ainsi commencent les récriminations les plus vaines. Il faut prendre son parti de ses maux.

Journal 1889-1939, 19 novembre 1929

Il faut déjà passablement d’intelligence pour souffrir de n’en avoir pas davantage. Rien de plus fat qu’un niais.

Journal 1889-1939, 21 mars 1930

De Groux digérait mal (à la suite d’autres griefs) que Léon Bloy lui dise et lui répète: – «Il faut, voyez-vous… il faut se vomir… sur les autres.»

Journal 1889-1939, 3 mai 1904

L’oeuvre d’art doit trouver en soi sa suffisance, sa fin et sa raison parfaite.

Il n’y a pas d’oeuvre d’art sans collaboration du démon.

Dostoïevski

Le classicisme – et par là j’entends: le classiscisme français – tend tout entier vers la litote. C’est l’art d’exprimer le plus en disant le moins.

Incidences

Oui, je crois que l’application manque beaucoup plus souvent que le don. L’insuffisance d’application provient souvent d’un doute sur sa propre importance; mais est due plus fréquemment encore à une suffisance excessive.

Journal 1889-1939, 1 mars 1918

Je n’admets pas que rien me nuise; je veux que tout me serve, au contraire. J’entends tourner tout à profit.

Journal, 1889-1939

Il ne faudrait vouloir qu’une chose et la vouloir sans cesse. On est sûr alors de l’obtenir. Mais moi, je désire tout; alors je n’obtiens rien. Je découvre toujours et trop tard que l’une m’était venue tandis que je courais à l’autre.

Journal, 1889-1939

Le vieux lierre soutient le mur, qui l’avait longtemps soutenu.

Journal 1939-1949 Souvenirs, octobre 1943

Quel petit nombre d’heures, d’instants, chaque jour, sont vraiment occupés à vivre! Pour quelques triomphantes oasis, quels immenses déserts à traverser!

Journal 1889-1939, 18 janvier 1929

C’est souvent lorsqu’elle est le plus désagréable à entendre qu’une vérité est le plus utile à dire, et lorsqu’elle risque de rencontrer l’opposition la plus vive. Mais il y a souvent péril à ne point souffler dans le sens du vent.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 5 juillet 1944

Etre grand ne lui suffit pas; il ne se plaît que supérieur.

Journal 1889-1939, 23 décembre 1938

L’art de dire finement les choses… Qu’ai-je affaire de paraître spirituel? L’épaisseur des grands comiques, des Cervantès, Molière, Rabelais. Leur rire est générosité. Celui qui sourit seulement se croit supérieur; il se prête; l’autre se donne.

Journal 1889-1939, 16 juin 1932

Le christianisme, avant tout, console; mais il y a des âmes naturellement heureuses et qui n’ont pas besoin d’être consolées. Alors, celles-ci, le christianisme commence par les rendre malheureuses, n’ayant sinon pas d’action sur elles.

Journal, 1889-1939

«Avoir raison»… Qui donc y tient encore!… Quelques sots.

Journal 1889-1939, 17 août 1924

Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui paraît bête.

Voyage au Congo (1926)

Ne pas se forcer à penser; mais noter aussitôt chaque pensée qui se propose.

Journal 1889-1939, 5 novembre 1928

Le nombre augmente… des choses que je me permets de penser, que je me permets un peu moins de dire, et que je ne permets aux autres de dire pas du tout. Par exemple: que le commencement de Madame Bovary est fort mal écrit.

Journal 1889-1939, 15 avril 1906

Le plaisir de corrompre est un de ceux qu’on a le moins étudié; il en va de même de tout ce qu’on prend d’abord soin de flétrir.

Journal 1889-1939, 1 mai 1917

La hauteur de l’orgueil se mesure à la profondeur du mépris.

Journal 1889-1939, 16 juin 1907

Ne te détourne pas, par lâcheté, du désespoir. Traverse-le. C’est par-delà qu’il sied de retrouver motif d’espérance. Va droit. Passe outre. De l’autre côté du tunnel tu retrouveras la lumière.

Journal, 1889-1939

Conquérir sa joie vaut mieux que de s’abandonner à la tristesse.

Journal 1889-1939, 12 mai 1927

Toutes les opinions intéressées me sont suspectes. J’aime pouvoir penser librement et commence à craindre d’être refait dès qu’il me revient quelque avantage de l’opinion que je professe. C’est comme si j’acceptais un pot-de-vin.

Journal 1889-1939, 6 juin 1933

Nombreux sont ceux qui confondent mysticisme et spiritualité, et qui croient que l’homme ne peut que ramper, si la religion ne le soulève; qui croient que seule la religion peut empêcher l’homme de ramper.

Journal 1889-1939, 4 janvier 1933

On a surfait même Montaigne; il n’est pas toujours savoureux. Je remarque qu’il ne l’est jamais plus que lorsqu’il se lâche la bride, jamais moins que lorsqu’il se concerte et conduit.

Journal, 1889-1939

«Ce qu’il y a de plus extraordinaire peut-être dans le besoin de l’extraordinaire, c’est que c’est, de tous les besoins de l’esprit, celui qu’on a le moins de peine à contenter.»

Journal, 1889-1939

La peste soit de ces gens devant lesquels on ne peut pas renifler sans qu’aussitôt ils vous demandent: «Vous êtes enrhumé ?».

Journal 1889-1939, 2 octobre 1926

Cet état d’équilibre n’est beau que sur la corde raide; assis par terre, il n’a plus rien de glorieux.

Journal, 1889-1939

Manuel du mufle: – Enseigne aux autres la bonté – Tu peux avoir besoin de leurs services.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 28 février 1945

La promesse de la chenille – N’engage pas le papillon.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 23 février 1941

L’illogisme irrite. Trop de logique ennuie. La vie échappe à la logique, et tout ce que la seule logique construit reste artificiel et contraint. Donc est un mot que doit ignorer le poète, et qui n’existe que dans l’esprit.

Journal 1889-1939, 12 mai 1927

Les lois et les censures compromettent la liberté de pensée bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence d’opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et juger «comme il faut».

Journal 1939-1949 Souvenirs, 28 octobre 1944

On se demande, en voyant certains livres: Qui peut les lire? – En voyant certaines gens: Que peuvent-ils lire? – Puis ça finit par s’accrocher.

Journal 1889-1939, 30 juin 1931

Plus un humoriste est intelligent, moins il a besoin de déformer la réalité pour la rendre significative.

Journal, 1889-1939

La foi comporte un certain aveuglement où se complaît l’âme croyante; quand elle échappe aux entraves de la raison, il lui semble qu’elle bat son plein. Elle n’est que dévergondée.

Journal 1889-1939, 7 avril 1929

La bonne foi est une vertu essentiellement laïque, que remplace la foi tout court.

Journal 1889-1939, 13 décembre 1927

Une explication n’est pas nécessairement une approbation; mais le plus souvent on estime inutile de chercher à comprendre ce que l’on réprouve.

Journal 1889-1939, 31 octobre 1931

Une grande habileté, c’est de se dire que ce qui vous ennuie vous éduque.

Journal 1889-1939, février 1902

Il est bon de laisser croire à l’enfant que Dieu le voit, car il doit agir comme sous le regard de Dieu et faire de cela sa conscience.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 10 avril 1942

Il n’est pas de vertus humaines que je prise autant ou aussi peu, suivant les cas, que le courage.

Journal, 1889-1939

Il faut en prendre son parti: plutôt que de demeurer renfrogné, consentir à débiter quelques banalités, quelques bêtises. Et puis cela met l’autre à son aise.

Journal 1889-1939, 8 novembre 1927

Le meilleur moyen pour amener autrui à «partager» votre conviction, n’est pas toujours de proclamer celle-ci.

Journal 1889-1939, 2 octobre 1927

Courses de taureaux. – Qu’on tue quelqu’un parce qu’il est en colère, c’est bien; mais qu’on mette en colère quelqu’un pour le tuer, cela est absolument criminel.

Journal, 1889-1939

Je me reproche de n’avoir pas, au jour le jour, transcrit sur un carnet spécial les phrases glanées au cours de mes lectures, qui méritaient de retenir l’attention, dont je voudrais me souvenir pour pouvoir les citer au besoin;

Journal 1939-1949 Souvenirs, 25 décembre 1942

Il est aussi naturel à celui qui emprunte à autrui sa pensée d’en cacher la source, qu’à celui qui retrouve en autrui sa pensée, de proclamer cette rencontre.

Journal 1889-1939, juin 1927

L’amour de la vérité n’est pas le besoin de certitude et il est bien imprudent de confondre l’un avec l’autre.

Journal 1889-1939, 21 octobre 1929

Vous avez trouvé le bonheur, dites-vous. Prenez garde! Car c’est l’oasis, et Pégase ne va pas plus loin vous porter.

Journal, 1889-1939

Mais non; il n’est nullement nécessaire d’être méchant pour blesser autrui. Et c’est bien là le plus tragique: que des êtres bons et qui s’aiment puissent s’endolorir et se navrer avec la meilleure volonté du monde.

Journal 1889-1939, 10 mars 1928

C’est un lot de produits avariés qui n’a pu trouver acheteur sur le marché de Bordeaux.

Voyage au Congo (1926)

Il faut travailler avec acharnement, d’un coup, et sans que rien vous distraie.

Journal, 8 mai 1890

… un cinéma public, en plein air, chargé d’achalander les cafés.

Journal, 19 août 1930

Les traits les plus marquants d’un caractère se forment et s’accusent avant qu’on en ait pris conscience.

Si le grain ne meurt (1926)

De mon premier coup de fusil, j’abats un grand vautour, perché tout au sommet d’un arbre mort.

Voyage au Congo (1926)

Je n’aime pas regarder en arrière, et j’abandonne au loin mon passé, comme l’oiseau, pour s’envoler, quitte son ombre.

L'Immoraliste (1902)

Il m’est égal de lire que les sables des plages sont chauds, je veux les sentir de mes pieds nus.

J’ai compris à présent que, permanent à tout ce qui ce passe, Dieu n’habite pas l’objet mais l’amour; et je sais à présent goûter la quiète éternité dans l’instant.

L’intelligence, c’est la faculté d’adaptation.

Heureux l’homme qui se nourrit des fruits de sa terre.

La première condition au bonheur est que l’homme puisse trouver joie au travail. Il n’y a vraie joie dans le repos, le loisir, que si le travail joyeux le précède.

Une chose ne vaut que par l’importance qu’on lui donne.

Il est bien des choses qui ne paraissent impossibles que tant qu’on ne les a pas tentées.

Si le grain ne meurt

J’ai besoin du bonheur de tous pour être heureux.

Une des grandes règles de l’art: ne pas s’attarder!

Ce n’est pas seulement le monde qu’il s’agit de changer; mais l’homme.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Que l’on parle bien quand on parle dans le désert!

Les Cahiers de la Petite Dame (1973)

La politique… c’est d’un intérêt psychologique inouï.

Les Cahiers de la Petite Dame (1973)

Peut-on assurer le bonheur de tous au détriment de chacun?

Les Cahiers de la Petite Dame (1973)

Quelques mythes d’abord suffisaient. Puis on a voulu expliquer.

Traité du Narcisse (1892)

J’appelle symbole tout ce qui paraît.

Traité du Narcisse (1892)

La liberté ne fait pas le bonheur… Je n’ai jamais été si heureux que sous la contrainte.

Les Cahiers de la Petite Dame (1973)

C’est un art de contempler ce que les ans nous apportent plutôt que ce dont ils nous privent.

Les Cahiers de la Petite Dame (1973), Tome IV

«Qu’est-ce que vous allez chercher là-bas?» J’attends d’être là-bas pour le savoir.

Voyage au Congo (1926)

Choisir, c’est se priver du reste.

Plutôt que de répéter sans cesse à l’enfant que le feu brûle, consentons à le laisser un peu se brûler: l’expérience instruit plus sûrement que le conseil.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

On ne peut découvrir de nouvelles contrées sans consentir à perdre le rivage de vue pendant très longtemps.

Il y a, dans le renoncement à la joie, de la faillite et comme une sorte d’abdication, de lâcheté.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent.

Je méprise cette sorte de sagesse à laquelle on ne parvient que par refroidissement ou lassitude.

L’art est de peindre un sujet particulier avec assez de puissance pour que la généralité dont il dépendait s’y comprenne.

Paludes

Tout a été dit, mais comme personne n’écoute, il faut toujours répéter.

Si je n’en affirme pas davantage, c’est que je crois l’insinuation plus efficace.

J’appelle «journalisme» tout ce qui sera moins intéressant demain qu’aujourd’hui.

Les bons travailleurs ont toujours le sentiment qu’ils pourraient travailler davantage.

Ceux qui peuvent traverser la vie sans «en rabattre» sont bien forts eux-mêmes, ou bien aveugles… ou vraiment, n’ont pas souhaité bien haut.

Que ta vision soit à chaque instant nouvelle. – Le sage est celui qui s’étonne de tout.

Les Nourritures terrestres (1897)

Quand un philosophe vous répond, on ne comprend même plus ce qu’on lui avait demandé.

Son chapelet fait un bruit d’enfer.

En parlant de Julien Green.

Que de choses absurdes chez cet imbécile (Freud) de génie.

On dit que je cours après ma jeunesse. Il est vrai. Et pas seulement après la mienne.

Journal, 1889-1939

Le plus grand poète français? Victor Hugo, hélas.

Je crois que l’homme est incapable de choix et qu’il agit toujours cédant à la tentation la plus forte.

Chaque progrès dans l’art d’écrire ne s’achète que par l’abandon d’une complaisance.

C’est presque toujours par vanité qu’on montre ses limites – en cherchant à les dépasser…

Journal 1889-1939, 27 juillet 1922

A lire Valéry on acquiert cette sagesse de se sentir un peu plus sot qu’avant.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 17 juillet 1941

La vérité, c’est que, dès que le besoin d’y subvenir ne nous oblige plus, nous ne savons que faire de notre vie, et que nous la gâchons au hasard.

Journal, 1889-1939

C’est quand on se dit: «plus un jour à perdre!» qu’on emploie le plus stupidement son temps. Rien d’excellent ne se fait qu’à loisir.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 19 janvier 1946

Autre bel exemple d’anacoluthe: «L’homme est ainsi fait, qu’à force de lui dire qu’il est un sot, il le croit.» (Pascal.) Il faudrait, logiquement: «qu’à force de s’entendre dire qu’il est un sot…».

Journal 1939-1949 Souvenirs, 7 mars 1943

Non plus tempérée par la lumière, ni bridée par le monde extérieur, la pensée de l’insomnieux développe complaisamment ses branches et les étale jusqu’à l’énorme, jusqu’au monstrueux, dans la nuit.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 30 janvier 1945

Nous déménageons dans deux jours … il s’en faudra de beaucoup que la maison soit aussi aimable que je la voudrais pour t’accueillir.

Correspondance avec Francis Jammes

Ne souhaite pas, Nathanaël, trouver Dieu ailleurs que partout.

Les Nourritures terrestres (1897)

Le voeu que j’avais fait de lui donner tout l’amour de ma vie ailait mon coeur où foisonnait la joie …

Si le grain ne meurt (1926)

C’est nécessairement «sur l’aile» que se fait un virage; non point sur les ailes, mais sur une aile spécialement.

Journal, 1941

Roseaux dont les hampes sèches et les aigrettes fanées de l’an passé suspendent une sorte de nuage roux au-dessus des fraîches lances vertes.

Journal, 1914

Barrès n’aidait guère à s’épanouir et à se manifester des personnalités différentes de la sienne.

Feuillets d'automne (1949)

Devant le gîte d’étape de Moussareu, ahurissant tam-tam … Je n’ai rien vu de plus déconcertant, de plus sauvage.

Voyage au Congo (1926)

C’était une de ces tristes rues de province, sans magasins, sans animation d’aucune sorte, ni caractère, ni agrément.

Si le grain ne meurt (1926)

J’ai horreur des repas solitaires, et le système des tables à trois m’agrée, car à deux l’on pourrait se disputer.

Le Prométhée mal enchaîné (1899)

Nous avons pénétré dans un de ces enclos, minuscule agglomération de quatre à six huttes …

Voyage au Congo (1926)

Tenir un agenda; écrire pour chaque jour ce que je devrai faire dans la semaine, c’est diriger sagement ses heures.

Paludes (1895)

Les chefs ont enfin un costume et ne sont plus ridiculement affublés de dépouilles européennes.

Voyage au Congo (1926)

Le personnel affrontement d’un fréquent péril donne à son livre une saveur authentique et inimitable.

Vol de nuit (1931) d'Antoine de Saint-Exupéry, Préface

Si je n’affirme pas davantage, c’est que je crois l’insinuation plus efficace.

Pages de Journal 1929-1932 (1934)

Certainement, c’est dans la parfaite abnégation que l’individualisme triomphe, et le renoncement à soi est le sommet de l’affirmation.

Journal, 1916

Je me suis souvent persuadé que les pires gredins sont ceux auxquels les sourires affectueux ont manqué.

Si le grain ne meurt (1926)

Nous arrivâmes à son auberge affamés et fourbus.

Si le grain ne meurt (1926)

Si j’avais plus d’imagination, j’affabulerais des intrigues.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Dans une discussion, je suis toujours du côté de l’adversaire.

Elle avait encombré sa vie de maintes préoccupations adventices.

Si le grain ne meurt (1926)

Il advient le plus souvent que l’on ne prête à autrui que les sentiments dont l’on est soi-même capable.

Pages de Journal 1929-1932 (1934)

Beauté de ce tissage où même la matière première est indigène et que rien ne vient adultérer.

Voyage au Congo (1926)

Un assez épais brouillard adoucissait les tons des verdures …

Voyage au Congo (1926)

La petitesse d’un esprit se mesure à la petitesse de son adoration ou de son blasphème.

Journal, 1902

Paysage d’une intense monotonie. Clématites en graine – renoncules ou adonides (avant la floraison) …

Voyage au Congo (1926)

Je n’étais que trop enclin à regimber contre les admonitions maternelles.

Si le grain ne meurt (1926)

Il tâchera de sévir, mais trop tard; ses admonestations, ses menaces, ses réprimandes, achèvent d’indisposer contre lui les élèves.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

J’admire encore que ma mère m’ait laissé faire.

Si le grain ne meurt (1926)

(Barrès) Très soucieux de sa personne et toujours admirablement vêtu, avec tout à la fois une grande élégance et une sorte de négligence apprêtée.

Feuillets d'automne (1949)

Cet homme modeste, dont l’oeuvre admirable montre ce que pourrait obtenir une administration intelligente et suivie.

Voyage au Congo (1926)

C’est une sorte d’angoisse dont ne pourra triompher le sommeil sans adjuvants.

Voyage au Congo (1926)

Il fut forcé de se choisir un adjoint, ce qui fit qu’on le nomma maire.

Le Prométhée mal enchaîné (1899)

Des jeunes gens commencèrent à circuler dans l’assistance, distribuant des bulletins d’adhésion sur lesquels il ne restait qu’a apposer sa signature.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Des indigènes les reçoivent et s’activent avec de grands cris.

Voyage au Congo (1926)

On souffre d’avantage des accusations justifiées que de celles qu’on ne mérite point

Journal, 15 janvier 1908

Par instruction, ainsi, je peux accumuler en moi de lourds trésors, toute une encombrante richesse, une fortune … , mais qui restera différente de moi jusqu’à la consommation des siècles.

Prétextes (1903)

Zézé, l’autre boy et le marmiton … s’entassent fort inconfortablement au-dessus de l’accumulation des bagages, dans le camion.

Voyage au Congo (1926)

Il y a certainement une accoutumance au malheur, un endurcissement ou mieux: l’habitude du retrait, certaine faculté de repliement.

Journal, 7 novembre 1915

Comme il veut qu’elle l’accompagne partout, il n’ose plus aller nulle part.

Journal, 18 juin 1923

(Le protestant) ne voyait dans le mal que l’absence du bien, tout comme dans l’ombre l’absence de lumière.

Dostoïevsky (1923)

Abruti! C’est malin ce que tu as inventé là!

Les Caves du Vatican (1914)

Il y a toujours moins de courage à emboîter le pas qu’à se détacher d’un ensemble, lorsque ce détachement même loin de vous mettre à l’abri, vous expose.

Journal

Quand à moi, je prétends que s’il y a quelque chose de plus méprisable que l’homme, et de plus abject, c’est beaucoup d’hommes.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Nous observons longuement l’extraordinaire travail de la mouche-maçonne (celle-ci a l’étranglement de son abdomen jaune canari, et non noir comme l’espèce la plus commune).

Voyage au Congo (1926)

Les actions les plus décisives de notre vie, je veux dire: celles qui risquent le plus de décider de tout notre avenir, sont le plus souvent des actions inconsidérées.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il me semble parfois qu’écrire empêche de vivre, et qu’on peut s’exprimer mieux par des actes que par des mots.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il n’est pas d’acropole que le flot de barbarie ne puisse atteindre, pas d’arche qu’il ne vienne à bout d’engloutir.

Journal, 10 septembre 1939

Un hédonisme de complaisance, fait de facile acquiescement.

Si le grain ne meurt (1926)

L’un d’eux se porte acquéreur de la totalité de la récolte, à raison de sept francs cinquante le kilo.

Voyage au Congo (1926)

Mon esprit s’achoppe à ce mot: conséquence.

Les Nourritures terrestres (1897)

La végétation s’épaissit; les arbrisseaux, les arbres remplacent les roseaux.

Voyage au Congo (1926)

Nos actes les plus sincères sont aussi les moins calculés; l’explication qu’on en cherche après coup reste vaine.

Si le grain ne meurt (1926)

Ce que l’on me reproche le plus âprement, c’est d’avoir travaillé à l’émancipation de l’esprit.

Journal, 30 janvier 1931

Si bien que nous fassions, nous ne parvenons à rien que d’approximatif.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Car le Paradis est partout; n’en croyons pas les apparences. Les apparences sont imparfaites: elles balbutient les vérités qu’elles recèlent; le Poète, à demi-mot, doit comprendre, puis redire ces vérités.

Traité du Narcisse (1892)

La surface libre des eaux reflète, non vers le couchant, mais vers l’est, une apothéose dorée, où de tendres nuances pourpres se mêlent.

Voyage au Congo (1926)

La très étonnante faculté des grenouilles de gonfler comme un goitre leur gosier … et de projeter sur le côté de la bouche … une sorte d’énorme ampoule, d’apostème, d’appareil vibrant et glapissant.

Journal, 22 mai 1943

Les vertèbres cervicales ont des apophyses aiguës, qui soulèvent la peau.

Voyage au Congo (1926)

Ma ferveur, après la communion, ne fit que croître et pour atteindre son apogée l’an suivant.

Si le grain ne meurt (1926)

L’aplomb de ce petit me démontait.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Olivier distingua, près de la commissure, une tache blanchâtre.- C’est une aphte, dit-il pour rassurer Armand …- Ne dis donc pas de bêtises, toi, un homme sérieux. D’abord «aphte» est du masculin; et puis, un aphte, c’est mou et ça passe.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Une sorte de colonel Chabert, perclus, presque aphone et qui pourtant faisait de son mieux pour chanter.

Journal, 21 août 1914

Cette absence d’accueil, à notre arrivée, de sourires et de saluts à notre passage ne semble point marquer l’hostilité, mais la plus profonde apathie, l’engourdissement de la bêtise.

Voyage au Congo (1926)

Martin du Gard … Il se montre extraordinairement anxieux et désireux d’acquérir certaines qualités qui sont à l’opposé de sa nature.

Journal, 3 janvier 1922

On admira l’appropriation des tentures et la commodité de chaque objet.

Le Prométhée mal enchaîné (1899)

Qu’on n’aille pas voir trop d’apprêt dans ce que j’en dis: le mouvement est spontané, que j’analyse. Si le ressort est compliqué, qu’y puis-je?

Si le grain ne meurt (1926)

Ici c’est comme dans les mosquées; on se déchausse en entrant pour ne pas apporter la boue du dehors.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Un apport constant d’eau douce dilue le sel et, pour ainsi dire, dessale la mer.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

La qualité des applaudissements importe bien davantage que leur nombre.

Si le grain ne meurt (1926)

Nous étions au haut de la mosquée quand le muezzin est monté chanter l’appel à la prière.

Journal, 9 avril 1896

La forêt s’est emplie de bruits étranges, inquiétants, cris et chants d’oiseaux, appels d’animaux inconnus.

Voyage au Congo (1926)

L’appauvrissement qu’entraîne une simplification trop sommaire.

Pages de journal, 1941

Combien mon livre s’est appauvri de tout ce qu’il me déplaisait de redire.

Journal, 4 août 1922

Les événements extérieurs, les accidents, les traumatismes, appartiennent au cinéma; il sied que le roman les lui laisse.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Si quelque livre de moi vous déconcerte, relisez-le; sous le venin apparent, j’eus soin de cacher l’antidote.

Journal, 18 avril 1928

Je laisse sans violence les propositions les plus antagonistes de ma nature peu à peu s’accorder.

Journal, juin 1927

Il songe au roman qu’il prépare … Il n’est pas assuré que les Faux-Monnayeurs soit un bon titre. Il a eu tort de l’annoncer. Absurde, cette coutume d’indiquer les «en préparation», afin d’allécher les lecteurs.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Au piano, une animation quasi-céleste le transfigurait.

Si le grain ne meurt (1926)

C’était moins un sourire qu’une tranfiguration. Tout à coup ses traits s’animèrent; ce fut un éclairement subit …

La Symphonie pastorale (1919)

J’appelais l’homme: l’animal capable d’une action gratuite.

Le Prométhée mal enchaîné (1899)

Cette admiration a bientôt fait place dès le chapitre suivant, à une animadversion encore plus vive.

Journal, 26 septembre 1931

Il s’amuse avec nous, comme un chat avec la souris qu’il tourmente …

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Le long du fleuve, un peuple d’enfants s’amuse à plonger du haut de la berge.

Voyage au Congo (1926)

Ce jeu de ballon m’a plus amusé que je n’eusse cru qu’il était encore possible, amusé comme un enfant et comme un dieu, et d’autant plus que je ne m’y sentais pas malhabile.

Journal, 3 janvier 1930

(Suarès) ne fait point effort pour se grandir, ni pour enfler sa voix, mais pas non plus pour se réduire et se ramasser; la moindre pensée s’amplifie de tous les échos qu’elle éveille en sa grande âme.

Feuillets d'automne (1949)

Il s’exprimait avec une emphase qui tenait lieu d’esprit, et trouvait le moyen de servir à chacun un compliment amphigourique.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Un grand sommeil m’engourdit depuis mon lever jusqu’au soir … lentement je perds l’habitude de l’effort … tout s’amollit dans cette facilité de l’existence.

Journal, 1er septembre 1905

Les femmes tapent avec un bâton sur les fruits du palmier doum afin d’amollir laa pulpe ligneuse que l’on chique comme du bétel.

Voyage au Congo (1926)

Il poussait même la finesse jusqu’à la tenuité; en regard de l’amenuisement de sa pensée, la vôtre vous paraissait épaisse et vulgaire.

Si le grain ne meurt (1926)

Le meilleur moyen pour amener autrui à partager notre conviction n’est pas toujours de proclamer celle-ci.

Journal, 2 octobre 1927

Il y a certains mauvais sujets que rien n’amende.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Une âme tendre comme la sienne a besoin de quelqu’un vers qui porter en offrande sa noblesse et sa pureté.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Rien n’empêche le bonheur comme le souvenir du bonheur.

L'Immoraliste (1902)

Il faut l’attaquer sans ambages, sans délai, délibérément.

Journal, 12 mars 1906

Les richesses ne sont belles à amasser que pour les dépenser facilement ensuite.

Journal, 9 février 1902

Elle allait rentrer si tard qu’il n’aurait pas le temps de lui parler avant le dîner.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Je sens un immense besoin d’aérer un peu mes pensées – et d’aller retrouver mon cher Olivier …

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Mardi dernier, de même, j’étais «brillant». Je veux dire que mes idées circulaient allègrement dans ma tête …

Journal, 5 février 1902

Dans toute aventure de ce genre, on se lance dans l’aléatoire.

Journal, 29 août 1933

Je ne peux pas dire que j’aime le danger, mais j’aime la vie hasardeuse.

L'Immoraliste (1902)

Je n’ai jamais été plus modeste qu’en me contraignant à écrire quotidiennement dans ce carnet des pages que je sais et sens si pertinemment médiocres, des redites, des balbutiements si peu propres à me faire valoir, admirer ou aimer.

Journal, 1916

Au moindre regard qu’on leur adresse, c’est une pluie de demandes de bakchiches.

Carnets d'Egypte

La grande poche de côté restait bâillante, bien qu’on sentît qu’elle était vide; dans le coin l’étoffe avait cédé.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Tout comme Hugo, Balzac a trop de confiance en son génie; souvent, pressé par le besoin sans doute, il bâcle.

Journal, 14 mai 1935

Par moments, il manifeste une gaieté bachique ou une sensibilité larmoyante, puis, tout d’un coup, il se fâche au point de m’effrayer positivement!

Dostoïevski (1923)

Je lus la Bible avidement, gloutonnement, mais avec méthode.

Si le grain ne meurt (1926)

Celui qui sait bien voir peut y trouver trace de tout; mais il faut un oeil averti, tant la touche, souvent, est légère.

Voyage au Congo (1926)

Un secret tressaillement de joie l’avertit. Il tient enfin un sujet à sa taille, à la taille de son génie.

Dostoïevski (1923)

Dans un instant, se dit-il, j’irai vers mon destin. Quel beau mot: l’aventure! Ce qui doit advenir. Tout le surprenant qui m’attend.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Dommage que ces maisons très avenantes soient dans un paysage si ingrat.

Journal, 28 septembre 1929

Qu’aimes-tu tant dans les départs, Ménalque? Il répondit: -L’avant-goût de la mort.

Les Nourritures terrestres (1897)

Une sorte d’état flasque de l’âme, qu’on appelait mélancolie, qui pâlissait avantageusement le front du poète.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Je ne tiens pas à m’avantager, et ce que j’expose le plus volontiers, je crois que ce sont mes faiblesses.

Journal 1889-1939 (1939), Feuillets, été 1937

Les traits les plus marquants d’un caractère se forment et s’accusent avant qu’on ait pris conscience.

Si le grain ne meurt (1926)

C’est toujours à une surprise que les successives avances allemandes furent dues.

Journal, 10 mai 1918

On fait grand cas là-bas, de ce qu’on appelle l’«autocritique». Je l’admirais de loin et pense qu’elle eût pu donner des résultats merveilleux, si sérieusement et sincèrement appliquée.

Retour de l'U.R.S.S. (1936)

Je voudrais, tout le long de ma vie, au moindre choc, rendre un son pur, probe, authentique. Presque tous les gens que j’ai connu sonnent faux.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Un essaim de menues occupations harcelantes autant que de mouches.

Journal, 23 janvier 1932

Il s’auréolait de prestige à mes yeux, et positivement m’enthousiasmait.

Si le grain ne meurt (1926)

Les cuisiniers préparent le pain avec de grands rires et des chants. Je ne sais comment les autres, étendus tout auprès, font pour dormir.

Voyage au Congo (1926)

Tout cela nous file dans les jambes; je ne comprends pas comment aucun de nous n’a été bousculé.

Voyage au Congo (1926)

Nous avons jeté l’ancre devant une île inhabitée … Le soir tombait. Nous avons mis pied à terre, mais sans nous écarter beaucoup du point d’atterrissage.

Voyage au Congo (1926)

Le mieux qu’il peut être avec moi, c’est attentionné. La politesse a depuis longtemps remplacé chez lui l’amitié.

Journal, 27 septembre 1914

Je souhaite toujours tracer la ligne la plus droite, la plus subite et la moins attendue.

Journal, 1er janvier 1910

On attend que les barques soient pleines; on attend que le médecin de Grand-Bassam soit venu donner je ne sais quels certificats; on attend si longtemps …

Voyage au Congo (1926)

Le camion ne suit plus, il faut l’attendre.

Voyage au Congo (1926)

Une des grandes règles de l’art: ne pas s’attarder.

Journal, 8 février 1927.

Un dégoût, une haine atroce de moi-même surit toutes mes pensées dès le réveil.

Journal, 20 septembre 1916

Libre enfin et sans plus d’attache, semblable au cerf-volant dont on aurait soudain coupé la corde …

Journal, 5 septembre 1938

Les bourgeons terminaux se développent toujours aux dépens des autres, jusqu’à les atrophier complètement.

Journal, 26 mars 1916

Il ne se détourne pas de ses douleurs, mais les assume dans leur plénitude.

Dostoïevsky (1923)

Athman, pris de lyrisme, quitte son burnous, assujettit sa gandourah et fait la roue au clair de lune.

Journal, Feuilles de route, 1896

Une culture savante s’était saisie de ses sentiments les plus tendres, les plus naturels, les meilleurs, pour les polir, les lustrer, les assoupir.

Si le grain ne meurt (1926)

Elle s’est assise, sur la descente de lit … pelotonnée comme une stèle égyptienne, le menton sur les genoux.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

L’esprit de Valéry et de Cocteau ne s’efforçait que de dénigrer; ils faisaient assaut d’incompréhension, de déni.

Journal, 3 novembre 1920.

Ce n’est qu’un idéal bourgeois que, de nos jours, propose le bourgeois à l’ascension du prolétaire.

Journal, 4 juillet 1933

D’énormes arums dressent leurs cornets entr’ouverts et laissent paraître un secret blanc, tigré de pourpre sombre.

Voyage au Congo (1926)

Mais Wilde n’oubliait jamais d’être artiste, et ne pardonnait pas à Dickens d’être humain.

Si le grain ne meurt (1926)

La vie échappe à la logique, et tout ce que la seule logique construit reste artificiel et contraint.

Journal, 12 mai 1927.

Il n’a pu faire autrement que de servir d’abord les premiers arrivés …

Voyage au Congo (1926)

Je n’aime pas regarder en arrière, et j’abandonne au loin mon passé.

L'Immoraliste (1902)

J’ai trop souvent permis à ma raison d’arrêter l’élan de mon coeur.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

J’aurais voulu pleurer, mais je sentais mon coeur plus aride que le désert.

La Symphonie pastorale (1919)

Que m’importent les controverses et les arguties des docteurs?

Numquid et tu... ? (1922)

Il arguë, comme si je n’avais été l’auteur que de ce seul journal …

Journal, 15 mars 1947.

Leur splendeur venait de ceci que j’ardais sans cesse pour elles.

Les Nourritures terrestres (1897)

Seule la taille, ou l’arcure, en refoulant la sève, la force d’animer les germes voisins du tronc.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Sachez qu’il n’est pas un de mes amis qui à la suite d’une fréquentation un peu longue ne m’ai donné des gages d’imbécilité.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

La pirogue … poussée par l’effort du pagayeur arc-bouté sur la perche qui prend appui sur le fond de la rivière.

Voyage au Congo (1926)

Quand cette plante eut atteint la hauteur de Tityre, Tityre put goûter quelque joie à dormir étendu dans son ombre. Or cet arbuste étant un chêne devait énormément grandir.

Le Prométhée mal enchaîné (1899)

Mais la force des liens à briser fait la beauté de la délivrance, et mon premier soin fut de tisser d’abord les liens.

Journal, 30 décembre 1929

Il ouvrit le piano, frappa quelques accords, puis se lança dans une petite étude de Stephen Heller, en forme de fanfare, qu’il mena d’un train d’enfer et avec un étourdissant brio.

Si le grain ne meurt (1926)

Mardi dernier, de même, j’étais «brillant». Je veux dire que mes idées circulaient allégrement dans ma tête.

Journal, 5 février 1902

C’était un gros vieux homme ardent, essoufflé, qui rougeoyait comme une forge, qui bredouillait, sifflait et postillonnait en parlant.

Si le grain ne meurt (1926)

Je rentre pour le breakfast: porridge, thé, fromage ou viande froide, ou oeufs.

Voyage au Congo (1926)

J’en tire le désir et déjà presque l’habitude d’une certaine braverie morale, un peu hargneuse, mais belle en somme, et la seule certainement capable de grandes choses.

Journal, 10 juin 1891

C’est elle qui jetait à son chien les restes de viande, plutôt que de les laisser finir par ses boys.

Voyage au Congo (1926)

Comme la seule personne qu’il connaissait à ce bal constamment l’entraînait vers le buffet, il dut passer pour un boustifailleur.

Journal, 15 août 1914

Nous regardions, pendant des heures, les vaches; nous regardions choir, éclater les bouses; on pariait à celle qui fienterait la première.

Les Nourritures terrestres (1897)

Ce que nous appelons mouvements du coeur n’est que le bousculement irraisonnable de nos pensées.

Journal, 2 avril 1929

Force est de reconnaître qu’en ce temps l’aspect de la campagne n’était nullement rassurant. Entre les bourgades dispersées s’étendaient de grands espaces incultes, traversés de routes peu sûres.

Thésée (1946)

Je parviens à jouer passablement les deux premiers morceaux d’Ibéria, qui sont bougrement difficiles.

Journal, 12 juin 1914

On le sentait très fort, sous le boudinement de ses petites jaquettes; ses pantalons paraissaient toujours trop étroits.

Si le grain ne meurt (1926)

J’espère que toute cette affaire va s’en aller en eau de boudin, être étouffée après quelques avertissements et sanctions sans esclandre.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Une sorte de bonhomie cordiale, dont elle ne se départait point, décourageait l’ironie.

Si le grain ne meurt (1926)

Si mon vêtement dénude autrui, j’irai nu.

Les Nourritures terrestres (1897)

J’ai dénoncé déjà cet enfantin besoin de mon esprit de combler avec du mystère tout l’espace et le temps qui ne m’étaient pas familiers.

Si le grain ne meurt (1926)

La quantité d’enfants est inimaginable. Je tâche de les dénombrer; à cent quatre-vingts je m’arrête, pris de vertige: ils sont trop!

Voyage au Congo (1926)

Sur quelque sujet que se portât la conversation, l’esprit de Valéry et de Cocteau ne s’efforçait que de dénigrer; ils faisaient assaut d’incompréhension, de déni.

Journal 1889-1939, 3 novembre 1920

Il exprime ses plus injustifiables dénis avec une telle modestie, une telle conviction, qu’il les rend presque supportables et obtient crédit.

Journal 1889-1939, 2 octobre 1915

L’applomb de ce petit me démontait.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

La culture positive de Vincent le retenait de croire au surnaturel; ce qui donnait au démon de grands avantages.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Des traces de lion, toutes fraîches; on voit que le fauve s’est couché là; ces demi-cercles ont été tracés par sa queue.

Voyage au Congo (1926)

C’est une arête étroite, sur laquelle mon esprit se promène. Cette ligne de démarcation entre l’être et le non-être, je m’applique à la tracer partout.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Je fais raconter par Adoum la chasse à l’hippopotame, puis le dépeçage de la bête et l’odeur épouvantable de nos baleinières transformées en boucaneries.

Le Retour du Tchad (1928)

Je cherchai donc dans le bottin un homonyme, qui peut-être attendait déjà. Mais mon nom n’est plus très porté; je vis, en feuilletant l’énorme livre, qu’il ne désignait plus que moi seul.

Le Prométhée mal enchaîné (1899)

Les domestiques profitent de l’absence des maîtres pour faire bombance; ils fouillent dans tous les placards; ils se gobergent.

Si le grain ne meurt (1926)

De part en part il n’y a que rhétorique et bluff dans cet homme-là.

Journal, 10 janvier 1906

Cette petite histoire ne persuadera personne et ne servira qu’à m’enfoncer dans cette conviction: que l’on se blouse tout aussi souvent par excès de défiance que par excès de crédulité.

Voyage au Congo (1926)

Je me suis frileusement blotti dans un peu de tendresse.

Journal, 23 juillet 1891

Dans la complète solitude où je vécus, je pus chauffer à blanc ma ferveur, et me maintenir dans cet état de transport lyrique hors duquel j’estimais malséant d’écrire.

Si le grain ne meurt (1926)

Son frère aîné, qui travaillait l’opinion dans un département du Midi, s’était fait blackbouler et reblackbouler aux élections.

Si le grain ne meurt (1926)

Voilà pourquoi je n’ose rien projeter ni promettre et que je ne parviens à rien qu’en biaisant et rusant avec moi-même, le long de quels atermoiements.

Journal, 5 février 1912

Sans doute il eût été bien simple d’aller droit au fait; mais précisément mon esprit répugne au plus simple et prend irrésistiblement le biais.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il semblait avoir découvert que le plus sûr moyen de ne jamais dire de bêtises est de ne point parler du tout.

Si le grain ne meurt (1926)

On sentait chez cette innocente personne peut-être moins de goût pour les arts qu’un grand besoin de gagner sa vie.

Si le grain ne meurt (1926)

Les remous se font plus puissants et plus vastes; puis le Brabant s’engage dans le «couloir». Les rives deviennent berges et se resserrent.

Voyage au Congo (1926)

On ne bercera jamais assez les enfants, du temps de leur prime jeunesse.

Voyage au Congo (1926)

Sitôt qu’ils se reposaient de mâcher, le frais qu’ils en avaient tiré se muait en brûlure, comme il advient d’épices ou d’herbes bénéolentes à la saveur poivrée.

Le Voyage d'Urien (1893)

L’homme ne trouve point sa fin en lui-même mais se subordonne et sacrifie à je ne sais quoi, qui le domine et vit de lui.

Préface à Vol de nuit d'Antoine de Saint-Exupéry

La mère posa la soupe fumante sur la table, et comme à ce moment je parlais, d’un geste discret elle arrêta ma phrase, et le vieux dit le bénédicité.

Si le grain ne meurt (1926)

Il était d’une juvénilité exquise; une sorte de bouillonnement intérieur se”couait, on eût dit, le couvercle de sa réserve, dans une sorte de bégaiement passionné qui me paraissait le plus plaisant du monde.

Si le grain ne meurt (1926)

La complaisance envers autrui n’est pas beaucoup moins ruineuse que celle envers soi-même.

Journal, 25 novembre 1905

Décidement rien n’est beau comme la noblesse de l’âme; beau, non, il faudrait dire: sublime.

Journal, 23 juin 1891

Il se montre tel que je l’ai vu toujours, portant beau, soigneux de sa parole.

Journal, avril 1906

Et il parle de tout bazarder, de laisser là Paris, d’aller habiter Londres.

Journal, 7 janvier 1902

O parfums des luzernes séchées, âcres senteurs de la bauge aux pourceaux, de l’écurie ou de l’étable!

Si le grain ne meurt (1926)

J’ai le tempérament le moins batailleur, l’esprit le plus conciliant qui soient; mais devant la mauvaise foi j’ai grand mal à garder mon calme.

Journal, 23 juin 1924

Le slogan de Flaubert: j’apelle bourgeois quiconque pense bassement.

Journal, 22 août 1937

Il m’apparaît parfois que ce livre barbare, mal équarri, sans art, sans grâce et de qualités en apparence si peu françaises, reste ce qui a été produit en France de plus important, ou du moins de plus typique, par notre génération.

Journal, 30 janvier 1917

Cette substance dont se décharge le ver à soie en fabriquant son cocon l’empoisonnerait s’il la gardait en lui.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 1947

Pas d’autre bruit que le coassement rythmé des grenouilles.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 31 mai 1949

Ce qui nous vient d’abord et naturellement à l’esprit, ce sont des lieux communs, des clichés …

Journal 1889-1939, 24 novembre 1928

Après-midi, achevé de ranger mes papiers, c’est-à-dire de classer par séries les pages d’anciens carnets qui me paraissent valoir d’être conservés.

Journal 1889-1939, 5 mars 1916

Je m’attends à tout, et au pire, et mon imagination ne chôme pas.

Journal, 20 janvier 1943

Tout choix est effrayant, quand on y songe: effrayante une liberté que ne guide plus un devoir.

Les Nourritures terrestres (1897)

A partir d’un certain âge, on ne choisit plus tant ses amis, que l’on est choisi par eux.

Journal, 28 octobre 1944

Les journaux, suivant leur criminelle habitude, n’ont cherché qu’à chloroformer le pays.

Journal, 10 mai 1918

Les femmes tapent avec un bâton sur les fruits du palmier doum afin d’amollir la pulpe ligneuse que l’on chique comme du bétel.

Voyage au Congo (1926)

Par la suppression des malingres, on supprime la variété rare… les plus belles fleurs étant données souvent par les plantes de chétif aspect.

Journal, 1889-1939

Une sorte de poésie se dégageait de tout son être, qui venait, je crois, de ce qu’il se sentait faible et cherchait à se faire aimer.

Si le grain ne meurt (1926)

Ce grand chavirement de toutes les valeurs qui demeuraient pour nous des raisons de vivre.

Ainsi soit-il (1952)

Je châtiais allégrement ma chair, éprouvant plus de volupté dans le châtiment que dans la faute.

Les Nourritures terrestres (1897)

Le chasseur du restaurant apportait sur une assiette une enveloppe.

Les Caves du Vatican (1914)

Ce qui ajoute à notre indignation, c’est que les charges laissées aux femmes par nos autres porteurs, sont de beaucoup les plus lourdes.

Voyage au Congo (1926)

Un des malades de ce matin, tout jeune encore, a tenté de s’opérer lui-même et s’est abominablement charcuté.

Voyage au Congo (1926)

De quel chaos l’homme est sorti, tu l’apprendras si tu ne le sais pas encore.

Le Retour de l'Enfant prodigue (1907)

Tirer le profit le meilleur de ce qui est: s’ingénier à l’améliorer plutôt que de chercher à le changer.

Journal, 4 juillet 1933

Faute de menue monnaie, on peut crever de faim avec cinquante francs dans sa poche – car, dans aucun des villages que l’on traverse l’on ne trouve à changer.

Voyage au Congo (1926)

Amusante et un peu dangereuse traversée d’une très belle rivière, sur un pont chancelant et à demi ruiné.

Voyage au Congo (1926)

Les bouquets des cistes pourpres ou blancs chamarraient la rauque garrigue, que les lavandes embaumaient.

Si le grain ne meurt (1926)

Peu me chaut ce que je suis ou ce que je ne suis pas moi-même. Je ne m’arrête plus à cela.

Journal, 1902

Je ne veux tenir pour certain que ce que j’aurai pu voir moi-même, ou pu suffisamment contrôler.

Voyage au Congo (1926)

Le ton de sa voix semblait dire: c’est inutile qu’on m’interrompe; je n’écoute jamais que moi. L’admirable, c’est qu’autour de lui l’on faisait cercle.

Journal, Feuillets

La nuit est close quand nous franchissons la porte de la ville, entièrement ceinte de remparts.

Voyage au Congo (1926)

Un orage effrayant se prépare, et l’enchantement cède à la crainte.

Voyage au Congo (1926)

Si grande que soit la gentillesse qu’on leur témoigne, ils se méfient, et pour cause.

Voyage au Congo (1926)

Curieux, chez ce peuple si sensible au rythme, la déformation caricaturale de nos sonneries militaires. Les notes y sont, mais le rythme en est changé au point de les rendre méconnaissables.

Voyage au Congo (1926)

C’était une de ces tristes rues de province, sans magasin, sans animation d’aucune sorte, ni caractère, ni agrément.

Si le grain ne meurt (1926)

Nous apercevons dans les branches quatre singes noirs et blancs, de ceux qu’on appelle, je crois, des «capucins».

Voyage au Congo (1926)

Le péché c’est ce qu’on ne fait pas librement.Délivrez-moi de cette captivité, Seigneur!

Journal, 1916-1919

Comme j’ai beaucoup maigri, un insuffisant capiton de chair ne me permet pas de ne plus sentir indiscrètement mon squelette.

Journal, 19 mars 1943

La lointaine canonnade a fait trembler le sol dans un indistinct grondement continu.

Journal, 23 avril 1943

Les nègres nus crient, rient et se querellent en montrant des dents de cannibales.

Voyage au Congo (1926)

Parfois pourtant une scène habilement campée, un mot montre qu’il ne tenait qu’à eux de faire meilleur.

Journal, 1907

Malgré soi l’on prend posture; l’on se cambre; on voudrait tant pouvoir se voir de dos!

Journal, août 1910

Quarante-trois caissettes, sacs ou cantines, contenant l’approvisionnement pour la seconde partie de notre voyage, seront expédiés directement à Fort-Archambault.

Voyage au Congo (1926)

Me voici tombant en pleine réunion de caillettes; elles étaient dix, et Boylesve seul homme, au milieu.

Journal, 19 avril 1917

Rien de plus misérable que les cahutes où ils vivent, entassés pêle-mêle (telle hutte en contient onze et telle autre treize).

Voyage au Congo (1926)

Elle parle de «son petit cagibi» où elle s’enferme.

Journal, 14 janvier 1943

Les femmes n’ont d’autre vêtement qu’une feuille cache-sexe dont la tige, passant entre les fesses, rejoint par derrière la ficelle qui sert de ceinture.

Voyage au Congo (1926)

Il avait pu voir bien des choses; il en soupçonnait beaucoup d’autres, mais faisait mine de ne remarquer rien de ce qu’on prétendait lui cacher.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il est vrai, nous dit l’infirmier, que le blanc paie beaucoup moins cher que l’indigène les cabris et les poulets.

Voyage au Congo (1926)

Il restait au fond du verre après qu’on avait bu, une sorte de crème épaisse et presque butyreuse que les pailles n’aspiraient plus.

Journal, 3 juin 1905

Adoum reste plié en deux de rire, parce qu’un de nos pagayeurs, pris de peur et voulant reculer, a buté contre une souche et roulé à terre.

Voyage au Congo (1926)

Vivre sans but, c’est laisser disposer de soi l’aventure.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Le visage d’Armand s’était affiné; son nez se pinçait, se busquait sur ses lèvres amincies et décolorées.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

L’oeil est rentré sous l’arcade sourcilière qu’enfile un buisson de poils.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Ainsi, pas une protestation! De la reconnaissance au contraire! Comme Job que la main de l’Eternel broie sans obtenir de son coeur un blasphème… Ce martyr est décourageant.

Dostoïevski (1923)

Par moments un nuage traînant brouile le fond du paysage.

Journal, 1909

Il est des jours où l’on se sent particulièrement loin de compte; en retard; en dette; en déficit.

Journal 1889-1939, 20 octobre 1929

Chaque matin, l’arrogance du géant est plus grande, son défi plus moqueur et l’insulte qu’il y mêle outrageante.

Saül (1903)

Oh! parbleu, je reconnais bien les défauts de Zola; mais, tout comme ceux de Balzac ou de tant d’autres, ils sont inséparables de ses qualités.

Journal 1889-1939, 17 juillet 1932

C’est toujours une erreur de dédaigner ce qui peut encore servir.

Robert ou l'Intérêt général (1949)

D’abord, il ne faut dédaigner personne. Il ne faut jamais rien dédaigner. Les petites gens, les petits profits, les petites choses…

Robert ou l'Intérêt général (1949)

On parle sans cesse de la brusque cristallisation de l’amour. La lente décristallisation, dont je n’entends jamais parler, est un phénomène psychologique qui m’intéresse bien davantage.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Les plus importantes découvertes scientifiques sont le résultat de la patiente observation de petits faits subsidiaires, si particuliers, si menus, inclinant si imperceptiblement les balances – que l’on ne consentait pas jusqu’alors à en tenir compte.

Pages de Journal 1929-1932 (1934)

Léon Daudet et Souday prennent inopinément ma défense, et cette maladroite attaque de Henri Béraud tourne à sa déconfiture.

Journal 1889-1939, mai 1923

Le monotone débit des acteurs égalise le texte et le ponce pour ainsi dire.

Journal 1889-1939, 11 mai 1920

Je ne sais qui de nous deux cette conversation oppressait davantage.

La Symphonie pastorale (1919)

Il avoue cyniquement que, lorsque l’on ne peut pas gagner suffisamment sur la marchandise, on se rattrape en truquant les poids.

Voyage au Congo (1926)

Un pont crève sous nous et je ne sais pas comment nous ne culbutons pas dans la rivière.

Voyage au Congo (1926)

Par crainte de faire souffrir, et par défaut de volonté, de quelles cruautés l’on devient capable!

Journal 1889-1939, 18 février 1912

Il est de ces êtres qui ne se croient francs que lorsqu’ils sont brutaux.

Journal 1889-1939, mai 1906

Les jattes sont alignées, pleines de lait toujours plus jaune jusqu’à ce que toute la crème en soit montée. La crème affleure lentement; elle se boursoufle et se ride et le petit lait s’en dépouille.

Les Nourritures terrestres (1897)

Le romancier, d’ordinaire, ne fait point suffisamment crédit à l’imagination du lecteur.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Sur la plage, fuite éperdue des troupeaux de crabes, hauts sur pattes et semblables à de monstrueuses araignées.

Voyage au Congo (1926)

Il faut travailler avec acharnement, d’un coup et sans que rien vous distraie.

Journal 1889-1939, 8 mai 1890

J’étais un peu las vers le soir et, après mon dîner, je m’en fus coucher chez Angèle. Je dis chez et non avec elle, n’ayant jamais fait avec elle que des petits simulacres anodins.

Paludes (1895)

J’aurais admirablement travaillé si toute ma matinée … n’avait été mangée par la correspondance, comme quotidiennement, ou presque.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 8 juin 1948

Les manuscrits de Péguy qui lui passaient entre les mains, ne comportaient jamais la moindre rature (on s’en doutait); les seules et uniques corrections étaient parfois quelques surcharges.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 24 janvier 1946

On eût dit que mon père avait accaparé toute l’aménité dont pouvait disposer la famille, de sorte que rien plus ne tempérait, des autres membres, l’air coriace et renfrogné.

Si le grain ne meurt (1926)

Ma conversion ne regarde personne, répétait-il. C’est affaire entre Dieu et moi.

Les Caves du Vatican (1914)

Au théâtre, ce qui sort de la convention paraît faux. Le théâtre vit de conventions. On en veut à qui nous en tire; à qui tâche de nous en tirer.

Le Roi Candaule (1901), Préface de la première édition

Où que j’aille et quoi que je fasse, c’est toujours à contre-saison. Mais il me plaît ainsi.

Journal 1889-1939, 1935

Chacun de nous assume un drame à sa taille, et reçoit son contngent de tragique.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

En cas de conteste, la victoire le plus souvent demeure à celui qui parle le plus fort ou le plus longtemps, ou le dernier.

Journal

Ah! que la vie serait belle et notre misère supportable, si nous nous contentions des maux réels sans prêter l’oreille aux fantômes et aux monstres de notre esprit.

La Symphonie pastorale (1919)

Quand elle me mènerait aux honneurs, je ne puis consentir à suivre une route toute tracée.

Si le grain ne meurt (1926)

Jeune encore, intelligent, très conscient de l’effet qu’il veut produire, et de celui qu’il produit.

Voyage au Congo (1926)

Il me semblait que j’étais la toison d’or et que je partais à la recherche d’un conquéreur.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Par moments, cela sent furieusement la ménagerie. Adoum, qui s’y connaît, nous montre sur une aire de sable des traces de lion, toutes fraîches.

Voyage au Congo (1926)

Chacune de ces races aux vocations si diverses que conglomère en une tourbe épaisse chaque province de la Turquie.

Journal 1889-1939, mai 1914

Toute pensée non conforme devient suspecte et est aussitôt dénoncée.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 15 janvier 1945

Les jours de pluie, confiné dans l’appartement, je faisais la chasse aux moustiques.

Si le grain ne meurt (1926)

Décidément, je n’aime pas le théâtre: il y faut trop concéder au public.

Ainsi soit-il (1952)

J’ai mis assez loingtemps à me rendre compte que, dans ses lectures, il cherche surtout à se renseigner.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 6 avril 1943

Ce n’est pas du tout qu’elle soit incapable de comprendre; mais elle veut trop vite avoir compris.

Journal 1889-1939, 14 janvier 1912

A la première lecture, le livre ne m’avait pas paru si extraordinaire, mais plus compliqué que complexe, plus touffu que rempli et, somme toute, plus curieux qu’intéressant.

Journal 1889-1939, mai 1903

Beaucoup de simagrées dans tout cela. Mon contentement de les revoir est vif, mais je le joue, et mon rire est de complaisance.

Journal 1889-1939, 15 octobre 1913

Je m’empare de quelques beaux papillons porte-queue, jaune soufré maculés de noir, très communs.

Voyage au Congo (1926)

Mon tourment est plus profond encore; il vient également de ce que je ne puis décider avec assurance: le bien est ici, de ce côté; le mal est là.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 12 janvier 1941

Avec quoi l’homme se consolera-t-il d’un déchéance? sinon avec ce qui l’a déchu.

Saül (1903)

Ainsi l’on m’avait appris à réciter à peu près décemment les vers, ce à quoi déjà m’invitait un goût naturel.

Si le grain ne meurt (1926)

Le jour où je voudrai recommencer d’écrire dans ce cahier des notes vraiment sincères, il me faudra d’abord un tel travail de débrouillamini dans ma cervelle encombrée, que j’attends, pour remuer toute cette poussière.

Journal 1889-1939, novembre 1890

Deux indigènes creusaient un trou très profond et peu large, ce qui nous laissa supposer qu’on ensevelit les morts verticalement, tout debout.

Voyage au Congo (1926)

C’est comme si s’ouvrait en moi le soupirail de l’abîme, comme si se débondait en moi tout l’enfer.

Journal 1889-1939, 25 mars 1927

Combien me plaît cet homme modeste, dont l’oeuvre admirable montre ce que pourrait obtenir une administration intelligente et suivie.

Voyage au Congo (1926)

Sa collection de timbres est estimée par lui à soixante mille francs.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 14 janvier 1943

Plus d’une heure durant, nous escaladons des roches et parvenons assez péniblement à un col très étroit.

Journal 1889-1939, 6 août 1923

Chaque désir m’a plus enrichi que la possession toujours fausse de l’objet même de mon désir.

Les Nourritures terrestres (1897)

Le bonheur de tous ne s’obtient qu’en désindividualisant chacun.

Retour de l'U.R.S.S. (1936)

La route était profondément détrempée et l’auto n’avançait qu’avec une désespérante lenteur.

Voyage au Congo (1926)

J’imaginais, j’entendais l’appel désespéré, puis le retombement, de cette âme aimante que tout, sauf Dieu, désertait.

Si le grain ne meurt (1926)

Oui, mon cerveau, comme désancrassé par ce jeûne, fonctionne avec une alacrité singulière.

Journal 1889-1939, 2 novembre 1929

La photographie put désencombrer la peinture de certaines valeurs adventices.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 10 avril 1943

Et c’est ainsi que commença pour moi cette vie irrégulière et désencadrée, cette éducation rompue à laquelle je ne devais que trop prendre goût.

Si le grain ne meurt (1926)

Un A.B. des meilleurs jours, souple et comme désempesé, pour qui mon amitié reverdit aussitôt …

Journal 1889-1939, 22 février 1912

Quelques pages de ce journal ont paru dans la Wallonie; considérablement remaniées, car j’éprouvais déjà le plus grand mal à désembroussailler ma pensée.

Si le grain ne meurt (1926)

Proverbe de l’Enfer: Descends au fond du puits si tu veux voir les étoiles.

Journal 1889-1939, juillet 1933

Durant les crises de dépression, que je n’ai que trop connues, pareilles à celles que je traversais alors, je prends honte de moi, me désavoue, me renie, et comme un chien blessé, longe les murs et vais me cachant.

Si le grain ne meurt (1926)

Le régime de l’Ecole Alsacienne amendait celui du lycée; mais ces améliorations, pour sages qu’elles fussent, tournaient à mon désavantage.

Si le grain ne meurt (1926)

Je n’obtiens rien, et j’ai désappris d’exiger.

Journal 1889-1939, 10 avril 1931

L’action des pluies n’a pu que très lentement désagréger ces sortes de châteaux forts ou de cathédrales aux murs quasi verticaux et durs comme de la brique.

Voyage au Congo (1926)

L’intérêt de la pièce n’est sans doute point tant dans la peinture des événements que dans celle de l’évolution, du lent changement du personnage, à la faveur de ces événements.

Attendu que...

Je me suis donc évertué à lui peindre le simple bonheur plus méritoire que le tourment, et très difficile à atteindre.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il n’y a guère que le choix entre un mal certain et un mal éventuel.

Si le grain ne meurt (1926)

Que de ruines déjà, dans notre quartier, où ce matin je me promène ! Maisons éventrées, effondrements informes, écroulements.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 13 mars 1943

Ceux que la littérature a tués, je pense qu’ils portaient déjà la mort en eux; ceux qui se sont faits chrétiens étaient admirablement prêts pour l’être; l’influence, disais-je, ne crée rien: elle éveille.

Prétextes (1903)

Sorti de là dans un état de légèreté physique incroyable, rappelant un peu celui que je décris dans Si le grain ne meurt. Mais j’ai eu sitôt ensuite le grand tort de fumer, ce qui a aussitôt banalisé et engourdi mon euphorie.

Journal 1889-1939, 1er janvier 1923

Excellente étude du piano. Ah ! si seulement j’avais été mieux conseillé, guidé, soutenu, forcé, dans ma jeunesse ! Le plaisir que je prends à cette étude, s’il pouvait être moins égoïste !

Journal 1889-1939, 18 novembre 1929

Rien ne sert de récriminer, ni de regretter même. Ce qui n’est pas, c’est ce qui ne pouvait pas être.

Et nunc manet in te (1951)

Craignant que Gertrude ne s’étiolât à demeurer auprès du feu sans cesse, comme une vieille, j’avais commencé de la faire sortir.

La Symphonie pastorale (1919)

Abruti, vieilli, sentant ma pensée à son étiage.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 6 mai 1943

En désaccord avec son temps – c’est là ce qui donne à l’artiste sa raison d’être.

Journal 1889-1939, 6 juillet 1937

Rien n’est plus difficile qu’un geste qui peut paraître une dérobade.

Journal 1889-1939, 6 janvier 1911

Valéry s’indignant qu’on attachât plus d’importance aux derniers instants d’une vie qu’à tout le reste.

Journal 1889-1939, 3 septembre 1948

Le souci de se montrer intelligent le fait déraisonner sans cesse.

Journal 1889-1939, 8 décembre 1907

Les questions d’argent qui m’exaltaient naguère me dépriment aujourd’hui.

Journal 1889-1939, 18 octobre 1907

Jamais aucun de ses livres à lui n’a eu l’honneur de figurer aux bibliothèques des gares. On lui a bien parlé de telle démarche qu’il suffirait de faire pour en obtenir le dépôt; mais il n’y tient pas.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Une sorte de truelle cintrée, un déplantoir, qui permettait de s’emparer de la plante avec sa racine.

Si le grain ne meurt (1926)

De ma vie je ne m’étais senti plus gourd, plus déplacé, plus muet.

Journal 1889-1939, 1 juillet 1910

Ce qui me dépitait surtout c’est que, des six Espagnoles ou gitanes que cette fête rassemblait, celle qui m’avait «jeté le mouchoir» était de beaucoup la moins belle.

Journal 1889-1939, 1910

Tout se tient et je sens, entre tous les faits que m’offre la vie, des dépendances si subtiles qu’il me semble toujours qu’on n’en saurait changer un seul sans modifier tout l’ensemble.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Je ne sais quoi de positif dans leurs propos, de déluré dans leur allure, me rencognait dans ma timidité, qui s’était entre-temps beaucoup accrue.

Si le grain ne meurt (1926)

Toute sensibilité très vive peut, suivant que l’organisme est robuste ou débile, devenir, je le crois, cause de délice ou de gêne.

La Symphonie pastorale (1919)

Nous avions souffert tout le jour du soleil, et la fraîcheur du soir nous était délectable.

Journal 1889-1939, 9 avril 1896

J’aime ce paysage où les délavures de la terre coulent à travers l’herbe des tons ocreux.

Journal 1889-1939, 30 janvier 1906

J’en étais à ce point excédé que je ne sais plus trop si mon exaspération n’avait pas à la fin délabré tout l’amour que j’avais pour elle.

Si le grain ne meurt (1926)

Dès que j’eus cette fête en perspective, l’idée de devoir me déguiser me mit la tête à l’envers.

Si le grain ne meurt (1926)

L’ordre a été reçu tout à coup, fort opinément, de déguerpir; de partir sans rien emporter que le plus strict nécessaire.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 10 mai 1943

Nous examinons longuement des entonnoirs de fourmis-lions, où nous faisons dégringoler de petites fourmis en pâture.

Voyage au Congo (1926)

Mes plus belles vertus se dégradent et même l’expression de mon désespoir est émoussée.

Journal 1889-1939, 1 septembre 1905

Je le revois si bien! un peu dégingandé, comme un enfant grandi trop vite, flexible, délicat.

Si le grain ne meurt (1926)

Ma mère l’irritait beaucoup par les constants efforts qu’elle faisait pour le dégeler.

Si le grain ne meurt (1926)

Vous commencez à vous dégarnir, mon ami. Faites attention: vous n’avez que trente ans à peine. La calvitie vous ira très mal!

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Une sorte de poésie se dégageait de tout son être.

Si le grain ne meurt (1926)

Quelques plongeons dans la solitude me sont aussi indispensables, chaque jour, que le sommeil des nuits. Je m’y défripe.

Journal 1889-1939, 8 août 1905

J’avais peur, si je le couvais plus longtemps, de voir le sujet foisonner, se déformer.

Journal 1889-1939, 16 mars 1907

La déflagration a fait sauter une porte-fenêtre de la chambre où je dormais, et défoncé une grande et épaisse glace du salon.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 6 janvier 1943

La manière dont le monde des apparences s’impose à nous et dont nous tentons d’imposer au monde extérieur notre interprétation particulière, fait le drame de notre vie.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il répéta le mot, de plus en plus douteusement; puis soudain, comme ayant trouvé: «enfin, disons: en ballottage».

Journal, 1948

Les plus belles oeuvres des hommes sont obstinément douloureuses.

La Symphonie pastorale (1919)

Je ne suis qu’un petit garçon qui s’amuse – doublé d’un pasteur protestant qui l’ennuie.

Journal 1889-1939, juin 1907

La ville indigène double la ville française, parrallèlement au fleuve.

Voyage au Congo (1926)

Vous avez constaté que le doublage détériore un film, que vous aviez raison de trouver des plus remarquables dans sa version originale.

Ainsi soit-il (1952)

Moréas donne un peu lui aussi dans ce travers, qui est celui des trois quarts de littérateurs ou d’intellectuels d’aujourd’hui.

Journal 1889-1939, avril 1906

Je traîne un peu dolentement tout le long du jour.

Carnets d'Egypte

Que m’importent les controverses, et les arguties des docteurs?

Numquid et tu... ? (1922)

Au vrai, j’étais grisé par la diversité de la vie, qui commençait à m’apparaître, et par ma propre diversité …

Si le grain ne meurt (1926)

Je souhaite une diversion qui m’arrache à moi-même pour un temps, à ma table de travail, à mon piano où ma mémoire est également excédée par l’effort que je lui demande.

Journal 1889-1939, 22 mars 1917

Ce que j’admire le plus, chez Valéry, c’est peut-être bien sa constance. Incapable de vraie sympathie, il n’a jamais laissé briser sa ligne, ne s’est jamais laissé distraire de soi par autrui.

Journal 1889-1939, 8 mai 1927

L’art est aussi distant du tumulte que de l’apathie.

Journal 1889-1939, Feuillets

Désireux de goûter ma solitude et l’enveloppement étroit de la forêt, je presse le pas, m’échappe en courant, tâchant de distancer les porteurs.

Voyage au Congo (1926)

A distance, l’absurdité de pareilles accusations ressort mieux.

Attendu que...

Les conseils autorisés du capitaine Julian nous dissuadèrent de différer notre départ, eu égard à l’approche de la mauvaise saison.

Si le grain ne meurt (1926)

Elle montrait plus de sagesse déjà que n’en ont la plupart des jeunes filles, que le monde extérieur dissipe et dont maintes préoccupations futiles absorbent la meilleure attention.

La Symphonie pastorale (1919)

Près d’elle, derrière elle, miss Barnay se dissimule dans un éloquent silence et laisse l’autre se pavaner.

Journal 1889-1939, 15 janvier 1906

Non point que chacun obéisse précisément à un mot d’ordre; mais tout est arrangé de manière qu’il ne puisse pas dissembler.

Retour de l'U.R.S.S. (1936)

Devant les restaurants, les terrasses, disproportionnément élargies par le déploiement des chaises et des tables, faisaient l’obstruction plus complète et rendaient la circulation impossible.

Le Prométhée mal enchaîné (1899)

Nos deux boys partent en avant vers six heures, avec les soixante porteurs qu’on a mis à notre disposition.

Voyage au Congo (1926)

C’est alors que j’éprouvai la singulière disposition de mon esprit à se laisser griser par le sublime.

Si le grain ne meurt (1926)

Je disais que chaque nouveauté doit nous trouver toujours tout entiers disponibles.

Les Nourritures terrestres (1897)

Je voudrais lire tout, à la fois. Danger de la dispersion.

Journal 1889-1939, 10 octobre 1923

Que l’oreille prenne goût à ces dissonances de même que, dans un autre domaine, l’oeil à des disharmonies picturales plus subtiles, il va sans dire…

Journal 1889-1939, 28 février 1928

Il s’efface, par discrétion, pudeur et crainte de me gêner.

Journal, janvier 1944

Je tiens tout effort prématuré vers la conciliation, pour pire que vain, pour nuisible, et crois que celui qui parle présentement dans ce sens perd sa voix; qui pis est: il la discrétite.

Journal, 17 octobre 1916

Un accord parfait continu; oui, c’est cela: un accord parfait continu… Mais tout notre univers est en proie à la discordance, a-t-il ajouté tristement.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

J’étais pareil au fils prodigue, qui va dilapidant de grands biens.

Journal 1889-1939, Feuillets

Le difficile dans la vie, c’est de prendre au sérieux longtemps de suite la même chose.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Que tout me paraît difficile! J’avance pas à pas, peinant, à court de souffle, de joie, de ferveur.

Journal 1889-1939, 13 août 1927

C’est parce que tu diffères de moi que je t’aime; je n’aime en toi que ce qui diffère de moi.

Les Nourritures terrestres (1897)

Ses mouvements me semblent dictés un peu plus peut-être par son intelligence que par son coeur.

Journal, 3 octobre 1916

Devant moi, ah! que toute chose s’irise; que toute beauté se revête et se diapre de mon amour.

Les Nourritures terrestres (1897)

Sa curiosité est jusqu’à présent dévoyée; ou plutôt, elle est démeusurée à l’état embryonnaire, au stade de l’indiscrétion.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

L’art et la religion en moi dévotieusement s’épousaient, et je goûtais ma plus parfaite extase au plus fondu de leur accord.

Si le grain ne meurt (1926)

Il lit beaucoup, dévore livre après livre, avec une avidité juvénile.

Journal, 6 avril 1943

Le sentiment du devoir apporte une sorte de bénédiction sur chaque acte accompli; on se sent un être moral; on échappe à la pesanteur …

Journal, 18 décembre 1946

C’est fort bien dit; mais l’embêtant c’est qu’on ne sait pas toujours ce qu’on doit faire.

Journal, 25 juin 1944

Non; je ne crois pas, comme Rousseau, que l’homme naturel soit toujours bon, ni que tout le mal soit le résultat de déformations et déviations ultérieurement apportées par la civilisation, la société.

Journal, 4 novembre 1929

Une énorme réserve d’amour me gonflait; parfois elle affluait du fond de ma chair et dévergondait mes pensées.

L'Immoraliste (1902)

Oui, vraiment, je croyais ne pouvoir aimer que d’une manière sauvage, dévastatrice, à la Byron.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Avant-hier, explosion dans le port; c’est un cargo chargé de munitions qui saute. La plus forte détonation que j’aie entendue.

Journal, 17 juillet 1943

Nos boys sont d’une obligeance, d’une prévenance, d’un zèle au-dessus de tout éloge.

Voyage au Congo (1926)

Laissons même ce mot de vérité qui ferait croire trop aisément que le despotisme de certaines idées est légitime.

Journal 1889-1939, 1896

Tous tournent en formant une vaste ronde, les uns derrière les autres, avec une extrême lenteur et un trémoussement rythmique de tout le corps, comme désossé.

Voyage au Congo (1926)

Cette polyphonie par élargissement et écrasement du son est si désorientante pour nos oreilles septentrionales, que je doute qu’on la puisse noter.

Le Retour du Tchad (1928)

Cette désoccupation de la pensée m’est pénible.

Journal 1889-1939, 1937

Cet enfant si désobéissant, si insupportable avec ses parents.

Journal 1889-1939, 1914

Il se montre extraordinairement anxieux et désireux d’acquérir certaines qualités qui sont à l’opposé de sa nature: mystère, ombre, étrangeté.

Journal 1889-1939, 3 janvier 1922

Pas un seul jour, pas un instant, je n’ai oser lui parler. L’un et l’autre nous restions emmurés dans notre silence.

Et nunc manet in te (1951)

Je reste jusqu’à neuf heures et demie ou dix heures, emmitouflé de trois pantalons, dont deux de pyjamas – deux sweaters.

Voyage au Congo (1926)

Abruti! c’est malin ce que tu as inventé là! de faire endosser ton chèque par un maladroit qui n’a même pas de passeport et que je vais devoir tenir à l’oeil.

Les Caves du Vatican (1914)

Mon regard, mon esprit, ne se posaient nul part, qu’ils se trouvassent à s’égratigner et s’endolorir.

Journal, 14 janvier 1929

Ces idées, dont Dostoïevsky, dans chacun de ses grands livres, forme comme une tresse épaisse, il est souvent malaisé d’en démêler l’embrouillement.

Dostoïevsky (1923)

Le sable se veloute délicatement dans l’ombre; s’embrase au soir et paraît de cendre au matin.

Les Nourritures terrestres (1897)

Dieu! qu’il est embêtant, celui-là! Tout le temps à se mêler des affaires des autres.

Oedipe (1931)

Par suite d’emballages insuffisants, défectueux, les trois quarts des objets envoyés de France arrivent ici détériorés, brisés.

Voyage au Congo (1926)

Pour bien juger de quelque chose il faut s’en éloigner un peu, après l’avoir aimé. Cela est vrai des pays, des êtres et de soi-même.

Journal 1889-1939, 27 mars 1924

La nécessité de l’option me fut toujours intolérable; choisir m’apparaissait non tant élire, que repousser ce que je n’élisais pas.

Les Nourritures terrestres (1897)

Nous prenons place à cinq ou six dans une sorte de balancelle qu’on suspend par un crochet à une élingue, et qu’une grue soulève et dirige à travers les airs, au-dessus des flots.

Voyage au Congo (1926)

Un extraordinaire rayonnement émanait de tout son être.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Tu me rappelles certains Anglais: plus leur pensée s’émancipe, plus ils se raccrochent à la morale; c’est au point qu’il n’y a pas plus puritain que certains de leurs libres-penseurs.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il n’est pas une des influences, exaltantes et émancipatrices, qui ne devienne inhibitrice à son tour.

Journal 1889-1939, 13 janvier 1929

Polynice et moi, nés à la fois, élevés ensemble, nous avons eu tout en commun.

Oedipe (1931)

Je me sentais, pareil au prisonnier brusquement élargi, pris de vertige, pareil au cerf-volant dont on aurait soudain coupé la corde, à la barque en rupture d’amarre, à l’épave dont le vent et le flot vont jouer.

Si le grain ne meurt (1926)

Il n’osait fumer tout son soûl par égard pour sa mère.

Si le grain ne meurt (1926)

Tant qu’Achille vivait, Ajax et lui, d’égale force, d’égal mérite, d’égal orgueil, se balançaient; l’un maintenait en respect l’autre.

Ajax

Il n’est pas de doctrine plus funeste que celle du moindre effort. Cette sorte d’idéal qui invite les objets à venir à nous au lieu que nous allions vers les objets.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 27 septembre 1942

L’effort, c’est dans l’action qu’il faut le porter; dans la sensation ou les sentiments il fausse tout.

Pages de journal, 9 juillet 1940

C’est vers la volupté que s’efforce toute la nature.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

La mort de papa entraîne l’effondrement de notre fortune.

Si le grain ne meurt (1926)

Rien de plus démoralisant que l’effilochage des heures, un jour de vacances, chez les Allégret.

Journal 1889-1939, 30 décembre 1922

Toute bonne exécution doit être une explication du morceau. Mais le pianiste cherche l’effet, comme l’acteur; et l’effet n’est obtenu d’ordinaire qu’au dépens du texte.

Journal 1889-1939, 3 juin 1921

Il me plaît, pour ne pas me supprimer toute raison d’être et d’aimer être, de considérer l’humanité comme l’effectuation des rapports possibles.

Littérature et Morale

L’inanité des conversations était effarante.

Journal 1889-1939, 26 janvier 1908

Sympathique d’ailleurs, discret, et cherchant plus à s’effacer qu’à épater, ni même qu’à paraître ou qu’à plaire.

Journal 1889-1939, 7 février 1902

Vouloir édifier l’avenir à l’imitation du passé, quelle coupable folie!…

Journal 1889-1939, 14 février 1932

Nous passâmes dans cet éden deux jours paradisiaques.

Si le grain ne meurt (1926)

Tant de gens qui écrivent et si peu de gens qui lisent!

Les Caves du Vatican (1914)

J’attends trop souvent que la phrase ait achevé de se former en moi, pour l’écrire.

Journal 1889-1939, 4 juin 1930

J’ai la personne et l’oeuvre de Wagner en horeur; mon aversion passionnée n’a fait que croître depuis mon enfance. Ce prodigieux génie n’exalte pas tant qu’il n’écrase.

Journal 1889-1939, 25 janvier 1908

Il commençait à vivre à l’heure du thé, courant le monde, où il jouait le rôle de gazetier, de trucheman, de trait d’union et d’écouteur.

Si le grain ne meurt (1926)

Mais mon christianisme ne relève que du Christ. Entre lui et moi, je tiens Calvin ou saint Paul pour deux écrans également néfastes.

Journal 1889-1939, 30 mai 1910

Pour en être plus économe, je noterai minutieusement l’emploi de mon temps.

Journal 1889-1939, 1912

La sympathie peut faire éclore bien des qualités somnolentes.

Si le grain ne meurt (1926)

Tout le génie de Milton sort de là: il a porté l’éclat de la Renaissance dans le sérieux de la Réforme, les magnificences de Spencer parmi les sévérités de Calvin.

Journal 1889-1939, Feuillets

Un assez gros éclat de bombe a crevé un volet de bois et fait sauter le panneau d’en bas d’une des fenêtres du salon.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 6 janvier 1943

Le ciel s’est un peu éclairci vers le soir et, tandis que j’écris ceci, la nuit monte dans un ciel admirable.

Voyage au Congo (1926)

Course à Criquetot. Le ciel était bas, très sombre, chargé d’averses; un grand vent de mer échevelait les nuages.

Journal 1889-1939, 15 décembre 1917

Il s’avance dans la vie comme un hurluberlu et risque de ne prendre quelque expérience qu’en échafaudant cruellement.

Journal 1889-1939, 6 août 1926

Il croit devoir échauder, avant de s’en servir, la théière de porcelaine… ne lui a-t-on pas enseigné en effet que l’eau bouillante risque de faire éclater les verres?

Voyage au Congo (1926)

L’homme ne deviendra point vraiment grand aussi longtemps qu’il se juchera sur des échasses.

Journal

Où qu’il se cache, je le pourchasse, et jure qu’il ne m’échappera pas.

Oedipe (1931)

Aucune échappatoire possible; aucun moyen de s’en tirer.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 28 novembre 1942

Nous marchions à pas légers, muets, pour n’effaroucher aucun dieu, ni le gibier, écureuils, lapins, chevreuils, qui folâtre et s’ébroue.

Si le grain ne meurt (1926)

J’ai ébauché un salut gêné et l’ai suivi dans la pièce voisine, celle même où il m’avait reçu la dernière fois.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

L’eau sert sans doute aux besoins de la cuisine, après quoi il n’en reste plus pour la propreté.

Voyage au Congo (1926)

Comme un tableau est un espace à émouvoir, une pièce de théâtre, c’est une durée à animer.

Journal 1889-1939, 21 juin 1914

Faire oeuvre durable, c’est là mon ambition, et quant au reste: succès, honneurs, acclamations, j’en fais moins cas que de la moindre parcelle de vraie gloire: apporter réconfort et joie aux jeunes hommes de demain.

Journal, 10 avril 1943

Jamais je n’ai cessé de t’espérer. Avant de m’endormir, chaque soir, je pensais: s’il revient cette nuit, saura-t-il bien ouvrir la porte ?

Le Retour de l'Enfant prodigue (1907)

Hélas ! il y a déjà assez de glace entre nous pour supporter qu’y passe un escadron de malentendus.

Journal 1889-1939, 3 octobre 1913

Je doute qu’il arrive jamais à cette simplification, cette «puissante érosion des contours» dont parle Nietzsche, et sans laquelle il n’y a pas de parfaite oeuvre d’art.

Journal 1889-1939, 9 janvier 1908

Cette langue, je la voulus plus pauvre encore, plus stricte, plus épurée, estimant que l’ornement n’a raison d’être que pour cacher quelque défaut et que seule la pensée non suffisamment belle doit craindre la parfaite nudité.

Journal 1889-1939, Feuillets

L’analyse psychologique a perdu pour moi tout intérêt du jour où je me suis avisé que l’homme éprouve ce qu’il s’imagine éprouver.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Certaines natures, et l’on reconnaît à cela leur noblesse, acceptent plus volontiers l’épreuve que la félicité.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 4 janvier 1942

Et lentement nous nous éprenions de ce grand pays monotone.

Si le grain ne meurt (1926)

Je cherche en vain une épithète pour peindre l’extraordinaire luminosité du ciel.

Journal 1889-1939, 4 octobre 1921

Nous nous fîmes servir du chocolat espagnol, épais et fortement aromatisé de cannelle.

Journal 1889-1939, 1905

Par instants j’ai envie de me plaindre. J’arrive, par orgueil, à réfréner cette envie.

Journal 1889-1939, 17 novembre 1927

On fait bouillir la graine, puis on la pile dans un mortier, avec le manche du pilon qui offre si peu de surface que la coque dure fuit de côté tandis que son enveloppe froissée se détache.

Voyage au Congo (1926)

Dès qu’une route n’est pas entretenue, la végétation qui l’envahit la rend peu à peu impraticable.

Voyage au Congo (1926)

Il ne relâche sa tension vers une perfection toujours mieux éclairée, que pour entrer plus avant dans le jeu et participer à la ronde d’un univers harmonieusement ordonné.

Attendu que...

D’autre part un petit entrefilet de la colonne suivante m’apprend que, depuis une quinzaine, Béraud fulmine contre l’Action française.

Journal 1889-1939, 2 mai 1923

La fuite du temps entraîne tout ce qui s’attachait à lui.

Prétextes (1903)

C’est aussi pour cela que je me suis réattelé à ce journal; sans grand plaisir, mais comme moyen d’entraînement au travail.

Journal 1889-1939, 2 janvier 1907

Nous examinons longuement les entonnoirs de fourmis-lions, où nous faisons dégringoler de petites fourmis en pâture.

Voyage au Congo (1926)

Les plus beaux sujets de drames nous sont proposés par l’histoire naturelle et particulièrement par l’entomologie.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 28 avril 1943

A propos des relations avec sa femme, X disait: «à force de silence nous sommes à peu près parvenus à nous entendre.»

Journal 1889-1939, 3 août 1934

Je n’ai pas besoin d’écouter pour entendre. Même avant d’entendre les voix, je connais déjà les pensées.

Oedipe (1931)

Des coussins entassés sur son lit la soutenaient et la maintenaient presque assise.

La Symphonie pastorale (1919)

Il était arrivé plus d’une fois que le sol sans consistance s’effondrât, ensevelissant les femmes et les enfants qui travaillaient au fond du trou.

Voyage au Congo (1926)

Un bon maître a ce souci constant: enseigner à se passer de lui.

Journal 1889-1939, 22 mars 1922

La peste soit de ces gens devant lesquels on ne peut renifler sans qu’ils vous demandent: «- Vous êtes enrhumé?».

Journal 1889-1939, 2 octobre 1926

L’enrageant c’est de penser que la France est le pays des inventeurs! On en revient toujours à ceci: nous ne savons pas tirer parti de nos ressources.

Journal 1889-1939, 10 mai 1918

Les Nouvelles littéraires ne sont peut-être pas bien avisées en ouvrant une «grande enquête» sur l’influence des lettres françaises actuelles, à l’étranger.

Journal 1889-1939, novembre 1924

Ca ne lui a pas donné le goût des Sciences, mais ça lui a enlevé celui des Lettres.

Journal 1889-1939, 20 juillet 1914

L’aigle se grise de son vol. Le rossignol s’enivre des nuits d’été.

Les Nourritures terrestres (1897)

J’ai compris, moi seul ai compris, que le seul mot de passe, pour n’être pas dévoré par le Sphinx, c’est: l’Homme. Sans doute fallait-il un peu de courage pour le dire, ce mot. Mais je le tenais prêt dès avant d’avoir entendu l’énigme.

Oedipe (1931)

Je dormais, je me réveillais plus las encore, l’esprit engourdi comme pour une métamorphose.

Les Nourritures terrestres (1897)

Michel, qui vivait le plus souvent le col largement ouvert, s’était engoncé ce jour-là dans je ne sais quel col-carcan.

Journal 1889-1939, 7 août 1917

Le vêtement de prison qu’il a gardé l’engonce et le grossit encore.

Souvenirs de la Cour d'Assises (1914)

Durant la longue route, j’avais essayé d’engager la conversation, mais n’avais pu tirer d’elle quatre paroles.

La Symphonie pastorale (1919)

A chaque enfoncement dans le flot, la tige de la pagaie prend appui sur la cuisse nue.

Voyage au Congo (1926)

A la suite de quoi ma mère s’enfermait dans le mutisme.

Si le grain ne meurt (1926)

Enfant perdu, trouvé, sans état civil, sans papiers, je suis surtout heureux de ne devoir rien qu’à moi-même.

Oedipe (1931)

Rien de ce qui pousse à la révolte n’est définitivement dangereux – encore que la révolte puisse fausser le caractère.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Ce col n’avait rien de précisément périlleux, mais tout de même nous étions encordés.

Et nunc manet in te (1951)

Tant qu’il n’aura pas fait ses preuves, un administrateur encore jeune demande à être très étroitement encadré.

Voyage au Congo (1926)

C’est tout ce que je pus trouver à dire, de la manière la plus banale et la plus empruntée.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Sa raison sans cesse lutte et souvent l’emporte contre son coeur.

La Symphonie pastorale (1919)

Que penseriez-vous d’une reluisante annonce dans les journaux: «Jeune homme de grand avenir, employable à n’importe quoi».

Les Faux-Monnayeurs (1925)

J’avais un «emploi du temps» épinglé au mur.

Journal 1889-1939, 1er février 1912

Je ne veux plus comprendre une morale qui ne permette et n’enseigne pas le plus grand, le plus beau, le plus libre emploi et développement de nos forces.

Journal 1889-1939, octobre 1894

Pourtant nous n’avons pas craint d’en parler; mais plus encore de sa prochaine convalescence, alors qu’il semble que son état, déjà si pitoyable, ne puisse qu’empirer bientôt.

Journal 1889-1939, 18 août 1930

Remarquable discours de Valéry. D’une gravité, d’une ampleur, d’une solennité admirables, sans emphase aucune.

Journal 1889-1939, 24 janvier 1931

Nous voyons, exemplairement, comment un vigoureux esprit peut rester empêtré dans le dogme.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 18 février 1943

Car que sert d’interdire ce qu’on ne peut pas empêcher?

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Ce travail de simplification, d’ordonnance auquel se livre malgré moi mon esprit sur tout ce dont il s’empare, travail excellent s’il aboutit à l’oeuvre d’art, est déplorable ici où le particulier importe plus que l’essentiel.

Journal 1889-1939, 19 mai 1913

Car enfin, pour émouvoir l’homme, il faut bien quelque chose, désir ou plaisir ou besoin.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 25 février 1943

Et si je te foutais mon poing sur la gueule, personnellement…, tu t’en foutrais peut-être un peu moins ?

Oedipe (1931)

Les demi-savants sont nombreux pour accepter une théorie de tradition, qui les guide ou qui les fourvoie.

Corydon (1920)

De tempérament un peu sec, son coeur fournit pas à sa pensée un aliment suffisant.

La Symphonie pastorale (1919)

Nous examinons longuement des entonnoirs des fourmis-lions où nous faisons dégringoler de petites fourmis en pâture.

Voyage au Congo (1926)

Tout son être respirait un bizarre mélange de fougue et de nonchaloir.

Si le grain ne meurt (1926)

Et n’est-ce pas déjà l’enfer de connaître le lieu du repos, d’en savoir le chemin, la porte, et de rester forclos ?

Journal 1889-1939, Feuillets

Il lui arrive assez souvent de ne pas achever ses phrases, ce qui donne à sa pensée une sorte de flou poétique.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Mais quel directeur de conscience comprendrait assez subtilement ce flottement, cette indécision passionnée de tout mon être, cette égale aptitude aux contraires.

Journal 1889-1939, 19 janvier 1912

Je ne dirai point ces choses, car l’émotion perdrait sa fleur de spontanéité sincère, à être analysée pour l’écrire.

Journal 1889-1939, janvier 1890

Relier Ariane et toi par un fil, figuration tangible du devoir.

Thésée (1946)

Elle est très combative, croyez-moi; quand je reste trois jours sans pousser ma pointe c’est elle qui vient ferrailler.

Isabelle (1911)

Vous avez favorisé de vos regards certain carnet.

Les Caves du Vatican (1914)

J’étais si nerveux que, sous l’investigation de son regard, je me sentais rougir et me troubler comme un enfant fautif.

Isabelle (1911)

La fatuité s’accompagne toujours d’un peu de sottise. Ce qui permet la suffisance de certains auteurs d’aujourd’hui, c’est leur incapacité de comprendre ce qui les dépasse, de juger à leur juste valeur les grands écrivains du passé.

Journal 1889-1939, 29 avril 1930

C’est dans l’extraordinaire que je me sens le plus naturel.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Ah ! je voudrais exténuer l’ardeur de ce souvenir radieux !

Si le grain ne meurt (1926)

Une éparse joie baigne la terre, et que la terre exsude à l’appel du soleil.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Je sais si mal m’exprimer que je déçois aussitôt que j’ouvre la bouche.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 1943

L’expression indifférente, obtuse de son visage, ou plutôt son inexpressivité absolue glaçait jusqu’à sa source mon bon vouloir.

La Symphonie pastorale (1919)

Je ne tiens pas à m’avantager, et ce que j’expose le plus volontiers, ce sont mes faiblesses.

Journal, Feuillets

Bon ou médiocre, le sol est à la fin conquis; l’homme a mis en exploitation à peu près tout l’espace dont il pouvait espérer tirer parti.

Nouveaux Prétextes (1911)

Ah ! si seulement nous pouvions nous expliquer ! Mais les moindres mots sortent si douloureusement de mon coeur, que je ne sais plus lui parler.

Journal intime, 1921

Plutôt que répéter sans cesse à l’enfant que le feu brûle, consentons à le laisser un peu se brûler. L’expérience instruit plus sûrement que le conseil.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Mais je ne savais pas que Molière travaillât lentement ! Très important, ce mot de Grimarest que cite Lemaître dans sa troisième conférence: «Il ne travaillait pas vite, mais il n’était pas fâché qu’on le crût expéditif».

Journal 1889-1939, 14 février 1908

Familles, je vous hais ! foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur.

Les Nourritures terrestres (1897)

On voyait errer de cour en cour nombre de chats faméliques.

Si le grain ne meurt (1926)

Toute divergence d’opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et juger «comme il faut».

Journal 1939-1949 Souvenirs, 28 octobre 1944

La faille aboutissait à la rivière, qui faisait coude à cet endroit et dont l’eau rapide, en venant buter contre la falaise schisteuse, l’avait profondément creusée.

Si le grain ne meurt (1926)

Envier le bonheur d’autrui, c’est folie. On ne saurait pas s’en servir. Le bonheur ne se veut pas tout fait mais sur mesure.

L'Immoraliste (1902)

Est-il prudent de chercher à reconstruire, tant que le sol n’est pas mieux affermi? Je fais de patience vertu.

Journal 1939-1949 Souvenirs, 24 septembre 1940

Elle était vêtue d’une robe de faille couleur puce, qui crissait à tout mouvement.

Si le grain ne meurt (1926)

J’étais extrêmement sensible à l’habit, et souffrais beaucoup d’être toujours hideusement fagoté.

Si le grain ne meurt (1926)

Ici l’on exulte; on éclate; on s’enivre par tous les sens.

Prétextes (1903)

L’homme est extraordinairement habile à s’empêcher d’être heureux.

Journal 1889-1939, 1895

Ce qui fait le charme et l’attrait de l’Ailleurs, de ce que nous appelons exotisme, ce n’est point tant que la nature y soit plus belle, mais que tout nous y paraît neuf, nous surprend et se présente à notre oeil dans une sorte de virginité.

Journal 1889-1939, 27 août 1935

Je n’obtiens rien et j’ai désappris d’exiger.

Journal 1889-1939, 10 avril 1931

Celui qui exige beaucoup de lui-même se sent naturellement porté à beaucoup exiger d’autrui.

Journal 1889-1939, 1er et 2 février 1938

Je songe que la nouvelle est bien près de former un genre depuis qu’elle doit se limiter aux exigences de la revue ou du journal.

Attendu que...

Faut faire des exercices, des exercices, et patati, et patata. Mais est-ce que j’en ai fait, moi des exercices? Laissez-moi donc tranquille ! On apprend à jouer en jouant.

Si le grain ne meurt (1926)

Achevé il y a quelques jours l’Enfant Prodigue. La composition du poème, bruquement entrevue à Berlin, je me suis mis aussitôt à l’oeuvre; pour la première fois l’exécution a suivi immédiatement la conception.

Journal 1889-1939, 16 mars 1907

Péguy disait: «Je ne juge pas; je condamne.» Ils exécutèrent ainsi Régnier, Mme de Noailles, Ibsen.

Journal 1889-1939, 3 novembre 1920

Ainsi tout grand amour est exclusif, et l’admiration d’un amant pour sa maîtresse le rend insensible à toute beauté différente.

Prétextes (1903)

Je suis excédé par ce travail de pion. Il exaspère en moi ce besoin de logique verbale à quoi mon esprit n’est déjà que trop enclin.

Journal 1889-1939, 22 décembre 1917

Il y a quelque complaisance qui fait que chaque sentiment que nous éprouvons s’exagère; et souvent l’on ne souffre point tant que l’on ne s’imagine souffrir.

Journal, Feuillets

Il n’y a rien de tel pour s’éterniser que les situations fausses.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Au reste je remarquai bientôt de combien peu de haine du laid s’étayait mon amour du beau.

Les Nourritures terrestres (1897)

Les plus douces joies de mes sens Ont été des soifs étanchées.

Les Nourritures terrestres (1897)

De quoi pouvait être faite cette sensation du souvenir ? Comportait-elle à ce moment même une image plus lointaine et estompée comme sont celles du souvenir ?

Journal 1889-1939, 21 novembre 1928

J’ai trop souci de la vérité pour taire le fâcheux accueil que je dus essuyer à mon retour au foyer.

La Symphonie pastorale (1919)

Cet esprit (ce mauvais esprit) qu’ils blâmaient en moi, fut celui qui sauva la France. Esprit d’insoumission, de révolte; ou même d’abord et simplement: esprit d’examen…

Journal 1939-1949 Souvenirs, Naples, janvier 1946

Qu’est-ce que l’homme peut encore? Voilà ce qu’il m’importait de savoir. Ce que l’homme a dit jusqu’ici, est-ce tout ce qu’il pouvait dire? N’a-t-il rien ignoré de lui? Ne lui reste-t-il qu’à redire?

L'Immoraliste (1902)

On croit que l’on possède, et l’on est possédé, reprit-il.

L'Immoraliste (1902)

Ce que l’on sent en soi de différent, c’est précisément ce que l’on possède de rare, ce qui fait à chacun sa valeur – et c’est là que l’on tâche de supprimer. On imite. Et l’on prétend aimer la vie!

L'Immoraliste (1902)

Les plus belles oeuvres des hommes sont obstinément douloureuses. Que serait le récit du bonheur? Rien, que ce qui le prépare, puis ce qui le détruit, ne se raconte.

L'Immoraliste (1902)

C’est une grande et rare vertu que la patience, que de savoir attendre et mûrir, que se corriger, se reprendre et, comme disait l’apôtre, tendre à la perfection.

Attendu que...

Au vrai, le temple de nos coeurs était pareil à ces mosquées qui, du côté de l’orient, restent béantes et se laissent divinement envahir par les rayons, les musiques et les parfums.

Si le grain ne meurt (1926)

Rien d’orgueilleux comme sa modestie; de là ce refus de rien apprendre, la croyance en la divinité de son inspiration, la complaisance envers soi-même. L’infatuation est toujours accompagnée de sottise.

Journal, 10 janvier 1923

Avec Iphigénie, pourtant, cet orgueil s’épure, se défait de toute infatuation, n’est plus que dignité, que le sentiment de ce que l’on se doit à soi-même, qui va jusqu’au sacrifice de soi.

Attendu que...

Il n’est plus de vérité qu’opportune; c’est-à-dire que le mensonge opportun fait prime et triomphe partout où il peut.

Journal, 15 janvier 1945

On n’y fabriquait point les tissus; on les imprimait seulement. Mais cette impression s’accompagnait d’une quantité d’opérations complémentaires, et occupait un peuple d’ouvriers.

Si le grain ne meurt (1926)

Vertu première: la patience. Rien à voir avec la simple attente. Elle se confond plutôt avec l’obstination.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Ceux qui ont des yeux sont ceux qui ne savent pas regarder.

La Symphonie pastorale (1919)

Trop souvent, le mot tient lieu de la chose et la chose peut s’en aller. Nous payons de mots les autres et nous-mêmes. Nous volons et nous sommes volés.

Attendu que...

Assurément les sentiments aussi vieillissent; il est des modes jusque dans la façon de souffrir ou d’aimer.

Journal 1889-1939, 20 juin 1931

La perception commence au changement de sensation.

Paludes (1895)

On ne se débarrasse pas aisément d’une estime tant qu’on ne cesse d’y tenir.

Paludes (1895)

Les Mémoires ne sont jamais qu’à demi sincères, si grand que soit le souci de vérité: tout est toujours plus compliqué qu’on ne le dit.

Si le grain ne meurt (1926)

J’admire les martyrs. J’admire tous ceux qui savent souffrir et mourir, et pour quelque religion que ce soit.

Journal, 1er juillet 1942

D’autres ont le sentiment de ce qu’ils ont, dit-il; je n’ai le sentiment que de mes manques. Manque d’argent, manque de forces, manque d’esprit, manque d’amour. Toujours du déficit; je resterai toujours en deçà.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

La connaissance ne fortifie jamais que les forts.

Les Caves du Vatican (1914)

Une âme qui se révolte contre l’ignominie de son sort, souvent ses premiers sursauts demeurent inaperçus d’elle-même; ce n’est qu’à la faveur de l’amour que le regimbement secret se révèle.

Les Caves du Vatican (1914)

Nous vivons contrefaits, plutôt que de ne pas ressembler au portrait que nous avons tracé de nous d’abord: c’est absurde; ce faisant, nous risquons de fausser le meilleur.

Les Caves du Vatican (1914)

Je ne puis arracher cet amour de mon coeur qu’en arrachant mon coeur même.

La Symphonie pastorale (1919)

S’il suffit d’imaginer qu’on aime pour aimer ainsi suffit-il de se dire qu’on imagine aimer, quand on aime, pour aussitôt aimer un peu moins, et même pour se détacher un peu de ce qu’on aime.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

On ne peut pas à la fois être sincère et le paraître.

L'Immoraliste (1902)

On ne s’entend que sur les lieux communs. Sans terrain banal, la société n’est plus possible.

Attendu que...

Monsieur a bien une petite profession, une spécialité… Enfin, qu’est-ce que Monsieur sait faire? Rien, recommença Prométhée. Alors, mettons: homme de lettres.

Le Prométhée mal enchaîné (1899)

L’attente et l’intérêt ne doivent jamais languir ou retomber un seul instant durant cinq actes.

Attendu que...

L’humanité chérit ses langes; mais elle ne pourra grandir qu’elle ne sache s’en délivrer.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Lumière profuse; splendeur. L’été s’impose et contraint toute âme au bonheur.

Journal, 1943

Ce qu’il soutient n’est pas toujours très juste; mais toujours très solidement établi. Oserait-on dire même: d’autant mieux établi que moins juste.

Journal, 2 décembre 1942

Je pensais: la bonté n’est qu’une irradiation du bonheur; et mon coeur se donnait à tous par le simple effet d’être heureux.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Il s’agit de savoir si l’auteur de l’adaptation saura nous présenter, sans les dénaturer trop, les événements nécessaires à l’intrigue où s’affrontent ces personnages.

Dostoïevski (1923)

Le rôle d’un intervieweur, c’est de forcer l’intimité; c’est de vous amener à parler de ce dont vous ne parleriez pas de vous-même.

Attendu que...

Il y a un tas de choses que je trouve beaucoup plus intéressantes que moi.

Journal, 30 janvier 1948

Etre inconsistant, inconséquent; on ne le retrouve jamais pareil à ce qu’on l’avait laissé la veille.

Journal, août 1910

Si j’ai désir de me contredire, je me contredirai sans scrupule: je ne chercherai pas la «cohérence». Mais n’affecterai pas l’incohérence non plus. Il y a par-delà la logique, une sorte de psychologique cachée qui m’importe, ici, davantage.

Ainsi soit-il (1952)

L’homme que l’humilité inclinait, au contraire, l’humiliation le fait se regimber. L’humilité ouvre les portes du paradis; l’humiliation, celles de l’enfer.

Dostoïevski (1923)

Un peuple d’hirondelles sans cesse tournoyaient autour de la maison; leurs nids d’argile s’abritaient sous le rebord des toits, dans l’embrasure des fenêtres, d’où l’on pouvait surveiller les couvées.

Si le grain ne meurt (1926)

Rejeter de son sein les éléments hétérodoxes, voici qui n’appartient qu’à l’Eglise; car il ne peut y avoir hétérodoxie s’il n’y a pas orthodoxie.

Nouveaux Prétextes (1911)

Il faut terriblement de talent, chère amie, pour rendre un peu de génie supportable.

Prétextes (1903)

Il n’y a de vérité psychologique que particulière, il est vrai; mais il n’y a d’art que général.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Une invincible timidité me retenait, et cette crainte, qui me paralyse souvent encore, d’importuner, de gêner ceux vers qui je me sens le plus naturellement entraîné.

Si le grain ne meurt (1926)

Il faut s’attendre à ce que, après la guerre, encore que vainqueurs, nous plongions dans une telle gadouille que seule une dictature bien résolue nous en puisse sortir.

Journal

Ce qui a été m’importe moins que ce qui est; ce qui est, moins que ce qui peut être et qui sera. Je confonds possible et futur. Je crois que tout le possible s’efforce vers l’être; que tout ce qui peut être sera, si l’homme y aide.

Les Nouvelles Nourritures (1935), IV

Le rationnement dont je souffre le plus c’est, je l’avoue, celui du tabac, ayant pris la lâche habitude de fumer en travaillant; c’est-à-dire bientôt de ne pouvoir travailler qu’en fumant.

Attendu que... Réponse à une enquête

Quel gibier ? On consulte les traces; on se penche sur les fumées. Celles-ci, blanches comme le kaolin, sont celles d’une hyène.

Voyage au Congo (1926)

Heureux l’homme qui se nourrit des fruits de sa terre et trouve en son pays même la satisfaction de sa vie.

Nouveaux Prétextes (1911), Journal sans dates

Je me plaisais à d’excessives frugalités.

Les Nourritures terrestres (1897)

J’ai été toujours été friand de confidences.

Si le grain ne meurt (1926)

S’emparer de ce qui ne peut se défendre, c’est une lâcheté.

La Symphonie pastorale (1919)

Le péché, c’est ce qui obscurcit l’âme, c’est ce qui s’oppose à sa joie.

La Symphonie pastorale (1919)

Il me semblait alors que j’étais né pour une sorte inconnue de trouvailles; et je me passionnais étrangement dans ma recherche ténébreuse, pour laquelle je sais que le chercheur devait abjurer et repousser de lui culture, décence et morale.

L'Immoraliste (1902)

Auprès d’un homme d’action, combien le monde que j’habite reste écarté du monde où il opère.

Journal

Que la vie de «l’âme» se prolonge par delà la dissociation de la chair, il y a là, pour moi de l’inadmissible, de l’impensable, et contre quoi proteste ma raison; aussi bien que contre le foisonnement incessant des âmes.

Feuillets d'automne (1949)

L’ivresse n’est jamais qu’une substitution du bonheur. C’est l’acquisition du rêve d’une chose quand on n’a pas l’argent que réclame l’acquisition matérielle de la chose rêvée.

Journal 1889-1939, 1894, Feuilles de route, Littérature et morale

Ce qui m’intéresse et m’importe, c’est un art qui permette, non d’éclairer dans l’infini détail les ressorts de la conduite des hommes, mais bien de brasser profondément celle-ci.

Divers (1931), Un esprit non prévenu

C’est dans l’abnégation que chaque affirmative s’achève. Tout ce que tu résignes en toi prendra vie. Tout ce qui cherche à s’affirmer se nie; tout ce qui se renonce s’affirme.

Divers (1931), Caractères

J’en tiens pour le paradoxe de Wilde en art: la nature imite l’art; et la règle de l’artiste doit être, non pas de s’en tenir aux propositions de la nature, mais de ne lui proposer rien qu’elle ne puisse, qu’elle ne doive imiter.

Le Journal des Faux-Monnayeurs (1926)

«L’imagination imite, l’esprit critique crée.» Cet aphorisme d’Oscar Wilde, où certains esprits, superficiels ou prévenus, ne consentiront à voir qu’un paradoxe, éclaire une vérité profonde.

Nouveaux Prétextes (1911)

Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens, qui n’est nulle part ailleurs qu’en toi-même, et crée de toi, impatiemment ou patiemment, ah! le plus irremplaçable des êtres.

Les Nourritures terrestres (1897), Envoi final

Natnanaël, jette mon livre, ne t’y satisfais point. Ne crois pas que ta vérité puisse être trouvée par quelque autre, plus que de tout aie honte de cela.

Les Nourritures terrestres (1897), Envoi final

Commandements de Dieu vous aurez rendu malade mon âme, vous aurez entouré de murs les seules eaux pour me désaltérer.

Les Nourritures terrestres (1897), VI, Lyncéus

Mon âme était l’auberge ouverte au carrefour; ce qui voulait entrer entrait.

Les Nourritures terrestres (1897), IV, 1

Je consens qu’il soit bon parfois que l’art se remette au vert, et s’il pâlit d’épuisement, qu’il quête dans les champs, dans la vie, quelque regain de vigueur.

Nouveaux Prétextes (1911)

Ce que l’on découvre ou redécouvre soi-même ce sont des vérités vivantes; la tradition nous invite à n’accepter que des cadavres de vérités.

Journal, 8 février 1932

Un morne engourdissement de l’esprit me fait végéter depuis trois ans. Peut-être, m’occupant trop de mon jardin, au contact des plantes ai-je pu prendre leurs habitudes.

Journal, novembre 1904

Le grand plaisir du débauché, c’est d’entraîner à la débauche.

Si le grain ne meurt (1926)

Le motif secret de nos actes, et j’entends: des plus décisifs, nous échappe; et non seulement dans le souvenir que nous en gardons, mais bien au moment même.

Si le grain ne meurt (1926)

Les difficultés d’un sujet, il est bon de ne les connaître qu’au fur et à mesure que l’on travaille; on perdrait coeur à les voir toutes d’un coup.

Si le grain ne meurt (1926)

Les Mémoires ne sont jamais qu’à demi sincères, si grand que soit le souci de vérité: tout est toujours plus compliqué qu’on ne le dit. Peut-être même approche-t-on de plus près la vérité dans un roman.

Si le grain ne meurt (1926)

La joie, en moi, l’emporte toujours; c’est pourquoi mes arrivées sont plus sincères que mes départs.

Si le grain ne meurt (1926)

Loin de nier ou de cacher son uranisme, il l’expose, et je pourrais presque dire: s’en targue. Il dit n’avoir jamais aimé les femmes que spirituellement et n’avoir jamais connu l’amour qu’avec des hommes.

Journal, 14 mai 1921 (A propos de Proust)

Les évènements racontés ne conservent pas entre eux les valeurs qu’ils avaient dans la vraie vie. Pour rester vrai on est obligé d’arranger. L’important c’est que j’indique l’émotion qu’ils me donnent.

Paludes (1895)

Tout ce qui cherche à s’affirmer se nie; tout ce qui se renonce s’affirme.

Les Nourritures terrestres (1897)

La possession parfaite ne se prouve que par le don. Tout ce que tu ne sais pas donner te possède. Rien ne s’épanouit que par offrande. Ce que tu prétends protéger en toi s’atrophie.

Les Nourritures terrestres (1897)

J’admire la force de subtilité de ceux qui, sans aucun pouvoir créateur, usent l’inquiétude de leur forte intelligence dans l’examen et l’analyse critique des oeuvres d’autrui.

Journal

Le libre esprit a cette supériorité de ne souhaiter point garder seul la parole.

Journal, 1943

Malheur à l’homme qui met sa confiance en l’homme.

La Porte étroite (1909)

J’ai cherché, j’ai trouvé ce qui fait ma valeur: une espèce d’entêtement dans le pire.

L'Immoraliste (1902)

Quand on commence à discuter avec une femme, on est perdu…

La Porte étroite (1909)

L’art naît de contraintes, vit de lutte et meurt de liberté.

Nouveaux Prétextes (1911)

Je commence à entrevoir ce que j’appelle le sujet profond de mon livre. C’est, ce sera sans doute, la rivalité du monde réel et de la représentation que nous nous en faisons.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Provisoirement je penserai que la vertu, c’est ce que l’individu peut obtenir de soi de meilleur.

Feuillets d'automne (1949)

Savoir se libérer n’est rien; l’ardu, c’est savoir être libre.

L'Immoraliste (1902)

Je ne suis ni triste, ni gai; l’air d’ici vous emplit d’une exaltation très vague et vous fait connaître un état qui paraît aussi loin de la gaieté que de la peine; peut-être que c’est le bonheur.

L'Immoraliste (1902)

Lorsqu’on se laisse aller, L’on se plaît à croire que c’est au génie. Le talent, c’est ce qui s’acquiert; mais on n’en a cure. Je me souviens d’avoir écrit jadis qu’il fallait beaucoup de talent pour rendre un peu de génie supportable.

Attendu que...

Je donnerais tout Hugo pour quelques sonnets de Baudelaire.

La Porte étroite (1909)

Je renonce avec une facilité déconcertante. Je renonce à tout et à n’importe quoi: plaisirs, voyages, gourmandises, et sans efforts, sans regrets. J’ai eu mon suffisant.

Journal, 1 décembre 1946

Ce n’est pas ce que l’on a fait que l’on regrette ici; mais bien ce que l’on n’a pas fait et que l’on aurait pu faire. Et, même, le regret prend alors la couleur sombre du repentir.

Journal, 21 janvier 1929

Ce que tu fais pour moi, tu le fais par pitié. On n’a pas d’amitié, on a de la pitié pour un pauvre.

Le Roi Candaule (1901)

Je ne peux pas dire que j’aime le danger, mais j’aime la vie hasardeuse. Je ne peux pas dire que j’aime le danger, mais j’aime la vie hasardeuse.

L'Immoraliste (1902)

Il faut travailler avec acharnement, d’un coup, et sans que rien vous distraie; c’est le vrai moyen de l’unité de l’oeuvre.

Journal, 8 mai 1890

Ce petit jardin fut le théâtre d’un pugilat. A l’ordinaire j’étais calme, plutôt trop doux et je détestais les peignées, convaincu sans doute que j’y aurais toujours le dessous.

Si le grain ne meurt (1926)

J’ai toujours eu le plus grand mal à maquiller la vérité. Même changer la couleur des cheveux me paraît une tricherie qui rend pour moi le vrai moins vraissemblable.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

On a peur de se trouver seul: et l’on ne se trouve pas du tout. Cette agoraphobie morale m’est odieuse; c’est la pire des lâchetés.

L'Immoraliste (1902)

Regrets, remords, repentirs, ce sont joies de naguère, vues de dos.

L'Immoraliste (1902)

Ce que l’on sent en soi de différent, c’est précisément ce que l’on possède de rare, ce qui fait à chacun sa valeur; et c’est là ce que l’on tâche de supprimer. On imite. Et l’on prétend aimer la vie.

L'Immoraliste (1902)

Souvenirs ou regrets, espérance ou désir, avenir et passé se taisaient; je ne connaissais plus de la vie que ce qu’en apportait, en emportait l’instant.

L'Immoraliste (1902)

Des mille formes de la vie, chacun ne peut connaître qu’une. Envier le bonheur d’autrui, c’est folie; on ne saurait pas s’en servir. le bonheur ne se veut pas tout fait, mais sur mesure.

L'Immoraliste (1902)

Inquiéter, tel est mon rôle.

Le Journal des Faux-Monnayeurs (1926)

Chaque être ne comprend vraiment en autrui que les sentiments qu’il est capable lui même de fournir.

Le Journal des Faux-Monnayeurs (1926)

Il faut porter jusqu’à la fin toutes les idées qu’on soulève.

Paludes (1895)

Je tiens que la meilleure explication d’une oeuvre ce doit être l’oeuvre suivante.

Lettre à Jean Cocteau

La nécessité de l’option me fut toujours intolérable, choisir m’apparaissait non tant élire, que repousser ce que je n’élisais pas.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Comme Chopin par les sons, il faut se laisser guider par les mots.

Caractères (1925)

Mon esprit est avant tout ordonnateur. Mais mon coeur souffre de laisser rien à la porte.

Divers (1931), Un esprit non prévenu

Fais ton bonheur d’augmenter celui de tous.

Les Nourritures terrestres (1897)

Ils s’obstinent à voir dans Les Faux-monnayeurs un livre manqué. On disait la même chose de L’Education sentimentale de Flaubert, et des Possédés de Dostoïevski.

Divers (1931), Un esprit non prévenu

Comme j’irais bien, sans tous ces gens, qui me crient que je vais mal !

Divers (1931), Un esprit non prévenu

Il me semble toujours que c’est dans la gourmandise que l’égoïsme se manifeste le plus honteusement.

Journal, 29 janvier 1929

Sache comprendre la fable grecque : elle nous enseigne qu’Achille était invulnérable, sauf en cet endroit de son corps qu’attendrissait le souvenir du contact des doigts maternels.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Je me repens d’avoir assombri ma jeunesse, d’avoir préféré l’imaginaire au réel, de m’être détourné de la vie.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Mon bonheur est d’augmenter celui des autres. J’ai besoin du bonheur de tous pour être heureux.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

J’ai connu ce destin bizarre (peut-être unique) d’être magnifié par l’attaque avant de l’avoir été par l’éloge. La caricature a pris le pas sur le portrait. Cela donnait beau jeu à mes ennemis.

Correspondance, à André Rouveyre, 31 octobre 1924

Je sens en moi, certains jours, un tel envahissement du mal, qu’il me semble déjà que le mauvais prince y procède à un établissement de l’Enfer.

Le Journal des Faux-Monnayeurs (1926)

Attendons de partout la révélation des choses ; du public, la révélation de nos oeuvres.

Paludes (1895)

Je n’ai jamais bramé pour personne.

Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits (1952)

Je parviens bien difficilement, bien rarement, à avoir le même âge tous les jours.

Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits (1952)

L’exigence de mon oreille, jusqu’à ces dernières années, était telle, que j’aurais plié la signification d’une phrase à son nombre.

Journal, 23 février 1923

Dieu, disait Ménalque, c’est ce qui est devant nous.

Les Nourritures terrestres (1897)

On appelle joie cet état de l’être qui n’a besoin de rien pour se sentir heureux.

Divers (1931), Un esprit non prévenu

C’est mon enfance solitaire et rechignée qui m’a fait ce que je suis.

Journal, 10 juin 1891

Un bonheur fait d’erreur et d’ignorance, je n’en veux pas.

Oedipe (1931)

C’est en se renonçant que toute vertu se parachève. C’est à la germination que prétend l’extrême succulence du fruit.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

O toi que j’aime, enfant ! je te veux entraîner dans ma fuite. D’une main prompte saisis le rayon ; voici l’astre ! Déleste-toi. Ne laisse plus le poids du plus léger passé t’asservir.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Que l’homme est né pour le bonheur, certes toute la nature l’enseigne. C’est l’effort vers la volupté qui fait germer la plante, emplit de miel la ruche, et le coeur humain de bonté.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Tout aime d’être et tout être se réjouit. C’est de la joie que tu appelles fruit quand elle se fait succulence ; et, quand elle se fait chant, oiseau.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Chaque animal n’est qu’un paquet de joie.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

A quoi reconnais-tu que le fruit est mûr ? – A ceci, qu’il quitte la branche. Tout mûrit pour le don et se parachève en offrande.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Pour bien juger, il faut s’éloigner un peu de ce que l’on juge, après l’avoir aimé. Cela est vrai des pays, des êtres et de soi-même.

Caractères (1925)

L’expérience instruit plus que le conseil.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

C’est l’amélioration de la race, à laquelle il faut travailler. Mais toute sélection implique la suppression des malvenus, et c’est ce à quoi notre chrétienne de société ne saurait se résoudre.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Dans la vie, rien ne se résout; tout continue. On demeure dans l’incertitude; et on restera jusqu’à la fin sans savoir à quoi s’en tenir; en attendant, la vie continue, tout comme si de rien n’était.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Je crois que c’est le propre de l’amour, de ne pouvoir demeurer le même; d’être forcé de croître, sous peine de diminuer; et que c’est là ce qui le distingue de l’amitié.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

On veut donner le change, et l’on s’occupe tant de paraître, qu’on finit par ne plus savoir qui l’on est…

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Les passions mènent l’homme, non les idées.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

L’important n’est pas tant d’être franc que de permettre à l’autre de l’être.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Que sert d’interdire ce que l’on ne peut pas empêcher?

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Les préjugés sont les pilotis de la civilisation.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Dans la vie rien ne se résoud tout continue.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

La liberté, c’est un état, l’état de l’homme en pleine maîtrise de lui-même. L’homme n’est pas responsable lorsqu’il est en état de démence; il lui manque alors et l’intelligence et la liberté.

L'Affaire Redureau (1930)

Je crois au monde spirituel, et tout le reste ne m’est de rien. Mais ce monde spirituel, je crois qu’il n’a d’existence que par nous, qu’en nous, qu’il dépend de nous, de ce support que lui procure notre corps.

Feuillets d'automne (1949)

Je ne crois pas à l’âme séparée du corps. Je crois que, corps et âme, c’est même chose, et que lorsque la vie du corps n’est plus là, c’en est fait des deux à la fois.

Feuillets d'automne (1949), 15 mai 1949

«Don du poète, «m’écriais-je», tu es le don de perpétuelle rencontre» et j’accueillais de toutes parts.

Les Nourritures terrestres (1897), IV, 1

A chaque auberge me saluait une faim, devant chaque source m’attendait une soif – une soif devant chacune, particulière.

Les Nourritures terrestres (1897), I, 3

Je n’ai jamais rien vu de doucement beau dans ce monde, sans désirer aussitôt que toute ma tendresse le touche. Amoureuse beauté de la terre, l’effloraison de ta surface est merveilleuse!

Les Nourritures terrestres (1897), I, 3

Regarde le soir comme si le jour y devait mourir; Et le matin comme si toute chose y naissait. Que ta vision soit à chaque instant nouvelle. Le sage est celui qui s’étonne de tout.

Les Nourritures terrestres (1897), I, 3

Si l’on pouvait recouvrer l’intransigeance de la jeunesse, ce dont on s’indignerait le plus, c’est de ce qu’on est devenu.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Il se dit que les romanciers, par la description trop exacte de leurs personnages, gênent plutôt l’imagination qu’ils ne la servent et qu’ils devraient laisser chaque lecteur se représenter chacun de ceux-ci comme il lui plaît.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Pourtant j’aime les compliments ; mais ceux des maladroits m’exaspèrent ; ce qui ne me flatte pas au bon endroit me hérisse.

Si le grain ne meurt (1926)

Mais non ; je ne veux point d’une félicité que peut flétrir la clairvoyance. Il faut savoir retrouver le bonheur par delà. Acceptation ; confiance ; sérénité ; vertus de vieillard. L’âge de la lutte avec l’ange est passé.

Journal, 1927

Les adolescences trop chastes font les vieillesses dissolues. Sans doute est-il plus facile de renoncer à ce que l’on a connu qu’à ce que l’on imagine.

Journal, 1929

Je n’écris plus ; je ne peux plus écrire ; je me heurte à quelque extraordinaire difficulté que je ne peux analyser encore et réduire – un véritable tétanos intellectuel.

Correspondance, à Eugène Rouart

Les lois et les censures compromettent la liberté de pensée bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence d’opinion devient suspecte et seuls quelques très rares esprits ne se forcent pas à penser et juger comme il faut.

Journal

Seigneur, donnez-moi de ne vouloir qu’une seule chose et de la vouloir sans cesse.

Journal

Je m’agite dans ce dilemme : être moral ; être sincère.

Journal, 1892

L’on s’apprête à entrer dans un long tunnel plein de sang et d’ombre.

Journal, 31 juillet 1914

Il me faut par tous les moyens lutter contre la dislocation et l’éparpillement de la pensée.

Journal

Tout ce que vous faites par devoir, avec des fronts ridés de crainte, je veux le faire par amour, en souriant d’amour, en souriant.

Journal, 1894

Les plus belles oeuvres des hommes sont obstinément douloureuses. Que serait le récit du bonheur ?

L'Immoraliste (1902)

De combien de silence déjà savait s’envelopper notre amour ?

L'Immoraliste (1902)

Il faut aux insultes laisser les autres avoir raison, pour que cela les console de n’avoir pas autre chose.

L'Immoraliste (1902)

Saisis de chaque instant la nouveauté irremplaçable et ne prépare pas tes joies, ou sache qu’en son lieu préparé te saisira une joie autre.

Les Nourritures terrestres (1897)

– Qu’est-ce que vous allez chercher là-bas ? – J’attends d’être là-bas pour le savoir.

Voyage au Congo (1926)

Il ne suffit pas de lire que les sables des plages sont doux ; je veux que mes pieds nus le sentent. Toute connaissance qui n’est pas précédée d’une sensation m’est inutile.

Les Nourritures terrestres (1897)

Toute l’éducation des enfants devrait tendre à élever l’esprit de ceux-ci au-dessus des considérations matérielles.

Journal 1939-1949 Souvenirs

Certains pourrissent, et d’autres s’ossifient ; tous vieillissent. Seule une grande ferveur intellectuelle triomphe de la fatigue et de la flétrissure du corps.

Journal 1889-1939 (1939)

Le nationaliste a la haine large et l’amour étroit.

Journal 1889-1939 (1939)

L’égoïsme familial… à peine un peu moins hideux que l’égoïsme individuel.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Les discours du rat qui s’est retiré du monde, qu’il soit artiste ou philosophe, sentent toujours un peu son fromage.

Journal 1939-1949 Souvenirs

L’important est de ne pas se laisser empoisonner. Or la haine empoisonne.

Journal 1889-1939 (1939)

Pour mener un cheval à l’abreuvoir, un enfant suffit ; mais vingt hommes ne sauraient le forcer à boire.

Journal 1939-1949 Souvenirs

Supprimer en soi le dialogue, c’est proprement arrêter le mouvement de la vie.

Journal 1889-1939 (1939)

Les lois et les morales sont essentiellement éducatrices, et par cela même provisoire.

Journal

Je relis aujourd’hui mes notes de voyage. Pour qui les publier ?

Journal 1887-1925

Ose devenir ce que tu es. Ne te tiens pas quitte à bon compte. Il y a d’admirables possibilités dans chaque être. Persuade-toi de ta force et de ta jeunesse. Sache te redire sans cesse : Il ne tient qu’à moi.

Les Nourritures terrestres (1897)

On ne découvre pas de terre nouvelle sans consentir à perdre de vue, d’abord et longtemps, tout rivage.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

La sagesse n’est pas dans la raison, mais dans l’amour. Ah ! j’ai vécu trop prudemment jusqu’à ce jour. Il faut être sans lois pour écouter la loi nouvelle. O délivrance ! O liberté ! Jusqu’où mon désir peut s’étendre, là j’irai.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Je pensais au voyage, je me répétais : Plus qu’un jour ! … je crus devoir lui écrire ces quelques mots : La perception commence au changement de sensation ; d’où la nécessité du voyage.

Paludes (1895)

La perception commence au changement de sensation ; d’où la nécessité du voyage.

Paludes (1895)

Je signe du ridicule nom qui est le vôtre, que je voudrais pouvoir vous rendre, et qu’il me tarde de déshonorer. Bernard Profitendieu.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

En admirable état pour le travail, la conversation… pour n’importe quoi. L’embêtant, c’est qu’on est en forme pour tout à la fois, ou pour rien. Ce matin, je cirerais les chaussures avec génie.

Journal 1889-1939 (1939), 1902

C’est avec les beaux sentiments qu’on fait de la mauvaise littérature.

Correspondance, à François Mauriac.

Un extraordinaire, un insatiable besoin d’aimer et d’être aimé, je crois que c’est cela qui a dominé ma vie, qui m’a poussé à écrire.

Journal 1942-1949 (1950), 1948

Je gage qu’avant vingt ans, les mots : contre nature, antiphysique, etc. , ne pourront plus se faire prendre au sérieux. Je n’admets qu’une chose au monde pour ne pas être naturelle : c’est l’oeuvre d’art.

Corydon (1920)

Ce que l’on nous sert aujourd’hui eût souvent gagné à mûrir. Telle pensée qui d’abord nous occupe et nous paraît éblouissante, n’attend que demain pour flétrir.

Corydon (1920), Préface

Où tu ne peux pas dire : tant mieux, dis : tant pis. Il y a là de grandes promesses de bonheur.

Les Nourritures terrestres (1897)

Le rêve de demain est une joie, mais la joie de demain en est une autre, et rien heureusement ne ressemble au rêve qu’on s’en était fait ; car c’est différemment que vaut chaque chose.

Les Nourritures terrestres (1897)

Bien des choses se feraient facilement, sans les chimériques objections, que parfois les hommes se plaisent à inventer.

La Symphonie pastorale (1919)

Ne pas savoir qui est son père, c’est ça qui guérit de la peur de lui ressembler.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Envier le bonheur d’autrui, c’est folie ; on ne saurait pas s’en servir. Le bonheur ne se veut pas tout fait, mais sur mesure.

L'Immoraliste (1902)

Si notre âme a valu quelque chose, c’est qu’elle a brûlé plus ardemment que quelques autres.

Les Nourritures terrestres (1897)

Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions. L’esprit de l’homme invente ensuite le problème.

Journal

Ce qui nous touche de trop près n’est jamais de conquête bien profitable.

Oedipe (1931)

En vérité, le bonheur qui prend élan sur la misère, je n’en veux pas.

Les Nouvelles Nourritures (1935)

Du rassasiement des désirs peut naître, accompagnant la joie et comme s’abritant derrière elle, une sorte de désespoir.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Ce sont nos larmes seulement qui font germer autour de nous les tristesses.

La Tentative amoureuse (1893)

A mesure qu’une âme s’enfonce dans la dévotion, elle perd le sens, le goût, le besoin, l’amour de la réalité.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Supprimer en soi le dialogue, c’est proprement arrêter le développement de la vie. Tout aboutit à l’harmonie. Plus sauvage et plus persistante avait été la discordance, plus large est l’épanouissement de l’accord.

Journal, juin 1927

Mais de tous ceux qui entourent un enfant, les parents sont les plus aveugles.

Journal 1887-1925

Dans un monde où chacun triche, c’est l’homme vrai qui fait figure de charlatan.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Je n’admets pas que rien me nuise je veux que tout me serve, au contraire. J’entends tourner tout à profit.

Journal 1889-1939 (1939)

Dès l’enfance, combien de fois sommes-nous empêchés de faire ceci ou cela que nous voudrions faire, simplement parce que nous entendons répéter autour de nous : il ne pourra pas le faire…

La Symphonie pastorale (1919)

Gertrude avait ceci de bien qu’elle ne faisait jamais semblant de comprendre, comme font si souvent les gens, qui meublent ainsi leur esprit de données imprécises ou fausses, par quoi tous raisonnements ensuite sont viciés.

La Symphonie pastorale (1919)

Ah ! Soins passionnés, tendres veilles ! Comme d’autres exaspèrent leur foi en en exagérant les pratiques, ainsi développais-je mon amour…

L'Immoraliste (1902)

Pour moi, tout mon amour m’attend à tout instant et pour une nouvelle surprise je le connais toujours et ne le reconnais jamais.

Les Nourritures terrestres (1897)

Une opinion commence à me gêner dès que j’y puis trouver avantage.

Journal 1939-1949 Souvenirs

La science, il est vrai, ne progresse qu’en remplaçant partout le pourquoi par le comment mais si reculé qu’il soit, un point reste toujours où les deux points d’interrogations se rejoignent et se confondent.

Journal 1942-1949 (1950)

Une explication n’est pas nécessairement une approbation mais le plus souvent on estime inutile de chercher à comprendre ce que l’on réprouve.

Ainsi soit-il ou Les Jeux sont faits (1952)

Si vous étiez aveugle, vous n’auriez point de péché. Mais à présent, j’y vois…

La Symphonie pastorale (1919)

La déconsidération systématique de l’ennemi ne peut qu’avilir le vainqueur.

Journal 1939-1949 Souvenirs (1954)

Ah ! Que la vie serait belle et notre misère supportable, si nous nous contentions des maux réels sans prêter l’oreille aux fantômes et aux monstres de notre esprit…

La Symphonie pastorale (1919)

Je ne tiens pas à être heureuse. Je préfère savoir.

La Symphonie pastorale (1919)

Cet état d’équilibre n’est beau que sur la corde raide assis par terre, il n’a plus rien de glorieux.

Journal

Ce qu’elle appelait le bonheur, c’est ce que j’appelais le repos, et moi je ne voulais ni ne pouvais me reposer.

L'Immoraliste (1902)

Montaigne est l’auteur d’un seul livre : Les Essais. Mais dans ce livre unique, écrit sans composition préétablie, sans méthode, au hasard des évènements et des lectures, il prétend se donner à nous tout entier.

Les pages immortelles de Montaigne (1939)

Je voudrais, pour parler de vous, inventer des mots plus vibrants, plus respectueux et plus tendres.

Si le grain ne meurt (1926)

Elle fait de l’infini avec l’imprécis et l’inachevé.

Les Faux-Monnayeurs (1925)

Ah ! que de rêves ; c’est ce qu’il y a de meilleur. Que d’élans, que d’enthousiasmes, quelle soif peut avoir un coeur, qui ne sait rien encore de la vie, et qui bondit d’impatience de s’y élancer.

Journal 1887-1925

A la montée du lait commence l’amour maternel.

Journal 1889-1939 (1939)

Des mille formes dela vie, chacun ne peut connaître qu’une. Envier le bonheur d’autrui, c’est folie on ne saurait pas s’en servir. le bonheur ne se veut pas tout fait, mais sur mesure.

L'Immoraliste (1902)

Quand vous m’avez donné la vue, mes yeux se sont ouverts sur un monde plus beau que je n’avais révé qu’il pût être oui vraiment, je n’imaginais pas le jour si clair, l’air si brillant, le ciel si vaste.

La Symphonie pastorale (1919)

Les produits de croisement en qui coexistent et grandissent, en se neutralisant, des exigences opposées, c’est parmi eux, je croix, que se recrutent les arbitres et les artistes.

Si le grain ne meurt (1926)

Je me persuadais que chaque être, ou tout au moins : que chaque élu, avait à jouer un rôle sur la terre, le sien précisément, et qui ne ressemblait à nul autre ; de sorte que tout effort pour se soumettre à une règle commune devenait à mes yeux trahison.

Si le grain ne meurt (1926)

Plutôt que d’être mal loué, je préfère ne l’être point. Facilement aussi je me persuade qu’on exagère ; une incurable modestie me présente aussitôt mes manques. Je sais ou je m’arrête et ou commence le défaut.

Si le grain ne meurt (1926)