Acceuil / Citation

Citations de : André Comte-Sponville

La liberté de l’esprit est le seul bien, peut-être, qui soit plus précieux que la paix. C’est que la paix, sans elle, n’est que servitude.

L'esprit de l'athéisme (2006)

Philosopher, c’est penser sans preuves, mais point penser n’importe quoi, ni n’importe comment.

Le salut sera inespéré ou ne sera pas.

Le Mythe d'Icare

La philosophie est une pratique discursive, qui a la vie pour objet, la raison pour moyen, et le bonheur pour but. Il s’agit de penser mieux, pour vivre mieux.

Le bonheur, désespérément

N’attendons pas d’être sauvés pour être humains.

L'esprit de l'athéisme (2006)

Philosopher, c’est penser sa vie et vivre sa pensée.

L'amour la solitude

La politique n’est pas là pour faire le bonheur des hommes. Elle est là pour combattre le malheur – et elle seule, à l’échelle d’un pays ou du monde peut le faire efficacement.

Le capitalisme est-il moral? (2004)

La peur du gendarme est le contraire de la vertu, ou ce n’est vertu que prudence.

Présentation de la philosophie

Tout à la fin de sa vie, le sage comprit que la sagesse non plus n’avait pas d’importance. La sagesse n’existe pas: il n’y a que des sages.

L'amour la solitude

Nous n’avons besoin de morale que faute d’amour.

«Le contraire de prier c’est rire» ai-je écrit quelque part. Mais on ne peut pas toujours rire: devant les plus grandes choses, il faut prier, pleurer ou se taire. – Tais-toi.

Une éducation philosophique

On craint mille morts, et l’on n’en vit jamais qu’une… Toute angoisse est imaginaire; le réel est son antidote.

Impromptus

On ne peut aller toujours au plaisir par le plus court chemin. Le réel impose sa loi, ses obstacles, ses détours. La prudence est l’art d’en tenir compte: c’est le désir lucide et raisonnable.

Petit traité des grandes vertus

«J’ai décidé de ne plus mentir», disait-il. De fait, ses amis remarquaient qu’il parlait de moins en moins.

Une éducation philosophique

Partir, c’est mourir un peu. Ecrire, c’est vivre davantage.

Impromptus

Les livres n’ont pas d’importance: il n’y a que la vie qui importe, et seuls méritent d’être lus les livres qui se mettent à son service – seuls méritent d’être lus, en conséquence, les auteurs qui savent que les livres n’ont pas d’importance!

L'amour la solitude

Ce n’est pas l’originalité que je cherche: une idée que personne n’aurait jamais eue, cela a toute chance d’être une sottise!

L'amour la solitude

Philosopher c’est apprendre à vivre, non à mourir. Pourquoi apprendrait-on à mourir, d’ailleurs, puisque on est sûr d’y arriver, puisque c’est le seul examen, comme disait un vieux professeur, que personne n’ait jamais raté?

Impromptus

Toute angoisse est imaginaire; le réel est son antidote.

Comment n’aimerait-on pas l’argent? Il faudrait n’aimer rien puisque l’argent mène à tout.

On n’échappe pas à l’ego on n’échappe pas au principe de plaisir. Mais trouver son plaisir dans le service d’autrui, trouver son bien-être dans l’action généreuse, loin que cela récuse l’altruisme, c’est sa définition même et le principe de la vertu.

Petit traité des grandes vertus (1995)

La politesse est la première vertu, et l’origine peut-être de toutes.

Petit traité des grandes vertus (1995)

A l’extrême, la fin, c’est-à-dire la réalisation même du projet, s’efface devant les moyens : la fin justifie les moyens et tous les moyens sont bons, c’est la réussite à tout prix, sans scrupule, voire au dépens d’autrui.

Petit traité des grandes vertus (1995)

C’est l’amour qui fait vivre, puisque c’est lui qui rend la vie aimable. C’est l’amour qui sauve c’est donc lui qu’il s’agit de sauver.

Présentations de la philosophie (2000)

Sur le plus haut trône du monde, dit à peu près Montaigne, un roi n’est jamais assis que sur son cul. C’est pourquoi la royauté, pour l’esprit, n’est rien.

Du corps (2009)

L’homme humble ne se croit – ou ne se veut – pas inférieur aux autres : il a cessé de se croire – ou de se vouloir – supérieur.

Dictionnaire philosophique (2001)

Consacre tous tes soins à l’action présente, disait à peu près Marc Aurèle ; Laisse le reste au hasard ou aux dieux.

Le Goût de vivre et cent autres propos (2010)

On n’est jamais trop volontaire, jamais trop actif, jamais trop résolu. Mieux vaut agir qu’espérer ou trembler. C’est la sagesse des stoïciens, ou plutôt c’est ce qu’il y a de stoïcien en toute sagesse.

Le Goût de vivre et cent autres propos (2010)

On est jamais trop lucide, et mieux vaut, dans le doute, noircir le tableau au moins intellectuellement, que l’enjoliver : cela évitera imprudences et désillusions.

Le Goût de vivre et cent autres propos (2010)

Tout homme qui se laisse aller est triste. Tout homme qui agit l’est moins.

Le Goût de vivre et cent autres propos (2010)

Les optimistes ont bien de la chance. Les pessimistes, bien du travail. Que les premiers n’oublient pas d’être prudents, ni les seconds d’aimer la vie.

Le Goût de vivre et cent autres propos (2010)

Le pessimisme est une tristesse, qui finirait par nous décourager de vivre. Or c’est la joie qui est bonne, c’est le courage qui est nécessaire.

Le Goût de vivre et cent autres propos (2010)

Cela me fait penser à cette devinette, qui nous vient d’Europe centrale : Sais-tu quelle différence il y a entre un optimiste et un pessimiste ? – Le pessimiste est un optimiste bien informé.

Le Goût de vivre et cent autres propos (2010)

La morale ne vaut que pour soi ; pour les autres, la miséricorde et le droit suffisent.

Présentations de la philosophie (2000)

Aimer, c’est pouvoir jouir ou se réjouir de quelque chose. Ainsi celui qui aime les huîtres, par opposition à qui ne les aime pas.

Petit traité des grandes vertus (1995)

L’ironie blesse, l’humour guérit L’ironie peut tuer, l’humour aide à vivre L’ironie veut dominer, l’humour libère L’ironie est impitoyable, l’humour est miséricordieux L’ironie est humiliante, l’humour est humble.

Petit traité des grandes vertus (1995)

La vérité n’appartient pas au moi, c’est le moi qui lui appartient et qu’elle contient et qu’elle traverse et qu’elle dissout. Le moi est mensonger toujours, illusoire toujours.

Petit traité des grandes vertus (1995)

Le désir de vérité, qui est l’essence de la bonne foi, reste en cela soumis à la vérité du désir, qui est l’essence de l’homme : être fidèle au vrai ne saurait dispenser d’être fidèle à la joie, à l’amour, à la compassion.

Petit traité des grandes vertus (1995)

La douceur est une vertu féminine. C’est pourquoi peut-être elle plait surtout chez les hommes.

Petit traité des grandes vertus (1995)

Aimer la vérité jusqu’au bout, c’est accepter aussi le doute à quoi, pour l’homme, elle aboutit.

Petit traité des grandes vertus (1995)

L’essentiel, c’est de ne pas mentir, et d’abord de ne pas se mentir. Ne pas se mentir sur la vie, sur nous-mêmes, sur le bonheur.

Le bonheur, désespérément (2003)

Si le Royaume est en nous, et si nous sommes dans le Royaume, à quoi bon la foi et l’espérance? Plus rien n’est à croire; tout est à connaître. Plus rien n’est à espérer; tout est à aimer.

Impromptus (1998)

Pour dire la chose très simplement, cette sagesse du désespoir que j’évoque, ce «gai désespoir», consiste en une démarche très simple: il s’agit d’espérer un peu moins et d’aimer un peu plus.

Le Gai Désespoir (1999)

Celui à qui la vie suffit, de quoi pourrait-il manquer?

Petit traité des grandes vertus (1995)

Le sage épicurien pratique la culture intensive plutôt qu’extensive de ses voluptés.

Petit traité des grandes vertus (1995)

Sans doute, et spécialement pour un athée, le courage face à la mort est le courage des courages: parce que le moi n’y peut trouver aucune gratification concrète ou positive.

Petit traité des grandes vertus (1995)

Quand la loi est injuste, il est juste de la combattre – et il peut être juste, parfois, de la violer. Justice d’Antigone, contre celle de Créon. Des résistants, contre celle de Vichy. Des justes, contre celle des juristes.

Petit traité des grandes vertus (1995)

Notre époque, qui préfère les poètes aux philosophes et les enfants aux sages, tend à oublier que la tempérance est une vertu, pour ne plus y voir qu’une hygiène. Pauvre époque, qui ne sait mettre au-dessus des poètes que les médecins!

Petit traité des grandes vertus (1995)

La tempérance – comme la prudence, et comme toutes les vertus peut-être – relève donc de l’art de jouir: c’est un travail du désir sur lui-même, du vivant sur lui-même. Elle ne vise pas à dépasser nos limites, mais à les respecter.

Petit traité des grandes vertus (1995)

La justice n’existe pas, et n’est une valeur, même, qu’autant qu’il y a des justes pour la défendre.

Petit traité des grandes vertus

La générosité est à la fois conscience de sa propre liberté et ferme résolution d’en bien user. Conscience et confiance, donc : conscience d’être libre, confiance en l’usage qu’on en fera. C’est pourquoi la générosité produit l’estime de soi.

Petit traité des grandes vertus (1995)

L’essentiel ? La liberté de tous, la dignité de chacun, et les droits, d’abord, de l’autre.

Petit traité des grandes vertus (1995)

La justice n’est pas une vertu comme une autre. Elle est l’horizon de toutes et la loi de leur coexistence. Toute vertu la suppose ; toute humanité la requiert.

Petit traité des grandes vertus (1995)

La politique nous rassemble en nous opposant : elle nous oppose sur la meilleure façon de nous rassembler !

Présentations de la philosophie (2000)

L’amour infidèle, ce n’est pas l’amour libre : c’est l’amour oublieux, l’amour renégat, l’amour qui oublie ou déteste ce qu’il a aimé et qui dès lors s’oublie ou se déteste lui-même. Mais est-ce encore de l’amour ?

Petit traité des grandes vertus (1995)

La pureté n’est pas l’angélisme. Il y a une pureté de corps, une innocence du corps, et dans la jouissance même : pura voluptas, disait Lucrèce, le pur plaisir, auprès de quoi c’est la morale qui est obscène.

Petit traité des grandes vertus (1995)

La pureté n’est pas la continence, la pudibonderie ou la chasteté : il y a pureté à chaque fois que l’amour cesse d’être mélangé d’intérêt. La seule pureté, c’est l’amour pur.

Petit traité des grandes vertus (1995)

Rien n’est pur ou impur de soi. La même salive fait le crachat ou le baiser ; le même désir fait le viol ou l’amour. Ce n’est pas le sexe qui est impur : c’est la force, la contrainte.

Petit traité des grandes vertus (1995)

Disons-le en une formule : l’amour pur, c’est le contraire de l’amour-propre.

Petit traité des grandes vertus (1995)

Rien de ce qu’on peut posséder n’est pur. La pureté est pauvreté, dépossession, abandon. Elle commence où s’arrête le moi, où il ne va pas, où il se perd.

Petit traité des grandes vertus (1995)

Aucune démocratie, aucune république ne serait possible si l’on n’obéissait qu’aux lois que l’on approuve. Oui. Mais aucune ne serait acceptable s’il fallait, par obéissance, renoncer à la justice ou tolérer l’intolérable.

Petit traité des grandes vertus

Méfions-nous de ces Savanarole, que le Bien aveugle. Trop attachés aux principes pour considérer les individus, trop sûrs de leurs intentions pour se soucier des conséquences.

Petit traité des grandes vertus

Que vaut l’absoluité des principes, si c’est au détriment de la simple humanité, du bon sens, de la douceur, de la compassion?

Petit traité des grandes vertus

Une bonne intention peut aboutir à des catastrophes, et la pureté des mobiles, fût-elle avérée, n’a jamais suffi à empêcher le pire.

Petit traité des grandes vertus

Toute la dignité de l’homme est dans la pensée; toute la dignité de la pensée est dans la mémoire.

Petit traité des grandes vertus

La politesse est une petite chose, qui en prépare de grandes.

Petit traité des grandes vertus

La politesse rend le méchant plus haïssable parce qu’elle dénote en lui une éducation sans laquelle sa méchanceté, en quelque sorte, serait excusable.

Petit traité des grandes vertus

Toute vertu est un sommet, entre deux vices, une ligne de crête entre deux abîmes.

Petit traité des grandes vertus

Mieux vaut une vraie tristesse à une fausse joie.

Espérer, c’est désirer sans jouir, sans savoir et sans pouvoir.