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Citations de : Anatole France

L’avenir est un lieu commode pour y mettre des songes.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Je tiens la connaissance de soi comme une source de soucis, d’inquiétudes et de tourments. Je me suis fréquenté le moins possible.

Le Petit Pierre (1918)

Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d’être.

Le jardin d'Epicure (1894)

J’aime la vérité. Je crois que l’humanité en a besoin; mais elle a bien plus grand besoin encore du mensonge qui la flatte, la console, lui donne des espérances infinies. Sans le mensonge, elle périrait de désespoir et d’ennui.

La Vie en fleur

J’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.

J’ai rarement ouvert une porte par mégarde sans découvrir un spectacle qui me fit prendre l’humanité en pitié, en dégoût ou en horreur.

La Vie en fleur

Il faut plaindre les riches: leurs biens les environnent et ne les pénètrent pas.

Le Crime de Sylvestre Bonnard

Il était doux de croire, même à l’enfer.

La Vie littéraire (1888)

Il est beau qu’un soldat désobéisse à des ordres criminels.

L'Humanité, 30 novembre 1922

Doutons même du doute.

Discours

De toutes les aberrations sexuelles, la pire est la chasteté.

Ce qui fait qu’on désire et qu’on aime, c’est une force douce et terrible, plus puissante que la beauté.

Ce que les hommes appellent civilisation, c’est l’état actuel des moeurs et ce qu’ils appellent barbarie, ce sont les états antérieurs. Les moeurs présentes, on les appellera barbares quand elles seront des moeurs passées.

Sur la pierre blanche (1905)

Ce n’est pas avec la philosophie qu’on soutient les ministères.

La Vie littéraire (1888)

C’est pour la plupart des hommes un exemple décourageant que la sérénité d’un cochon.

La Vie littéraire (1888)

A mesure qu’on avance dans la vie, on s’aperçoit que le courage le plus rare est celui de penser.

La Vie littéraire (1888)

… Le diable s’est toujours mis du côté des savants.

Le jardin d'Epicure (1894)

La vertu, comme le corbeau, niche dans les ruines. Elle habite les creux et les rides du corps.

La Rôtisserie de la reine Pédauque

En tout temps et dans tous les pays, la pensée des âmes méditatives fut un sujet de scandale.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Comme je n’étudiais rien, j’apprenais beaucoup.

La Vie littéraire (1888)

… Celui qui se contredit a plus de chances qu’un autre d’exprimer quelquefois du vrai, s’il en est au monde.

Discours, au banquet des Rabelaisants, 1912

Sans l’ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux.

La Vie littéraire (1888)

En art comme en amour, l’instinct suffit.

L’absence de tes yeux devant les miens, de ton visage proche du mien, de tes lèvres contre les miennes est pour moi le début d’une agonie amoureuse.

A partir d’un certain âge, on ne choisit plus tant ses amis que l’on est choisi par eux.

Toutes les idées sur lesquelles repose aujourd’hui la société ont été subversives avant d’être tutélaires.

La Vie littéraire (1888)

Il y a des héros; il n’y a pas de peuples de héros; il n’y a pas d’armées de héros. Les soldats n’ont jamais marché que sous peine de mort.

Le Mannequin d'osier (1897), 1

Les gouvernements impopulaires durent autant que les autres. D’abord il n’y a pas de gouvernements populaires. Gouverner, c’est mécontenter.

Monsieur Bergeret à Paris (1901), 11

Nous n’avons point d’Etat. Nous avons des administrations. Ce que nous appelons la raison d’Etat, c’est la raison des bureaux. On nous dit qu’elle est auguste. En fait, elle permet à l’administration de cacher ses fautes et de les aggraver.

L'Anneau d'améthyste (1899), 5

Il n’y a rien que les démocraties estiment plus que la noblesse de naissance.

L'Ile des Pingouins (1908), VI, 3

On observe qu’en France, le plus souvent, les critiques musicaux sont sourds et les critiques d’art aveugles. Cela leur permet le recueillement nécessaire aux idées esthétiques.

L'Ile des Pingouins (1908), Préface

On meurt en plein bonheur de son malheur passé.

La Révolte des anges (1914)

… l’argent est devenu honorable. C’est notre unique noblesse. Et nous n’avons détruit les autres que pour mettre à la place cette noblesse, la plus oppressive, la plus insolente et la plus puissante de toutes.

Le Mannequin d'osier (1897), 5

Je découvre sur le tard que c’est une grande force que de ne pas comprendre. Cela permet parfois de conquérir le monde. Si Napoléon avait été aussi intelligent que Spinoza, il aurait écrit quatre volumes dans une mansarde.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

L’empire n’est pas à ceux qui veulent tout comprendre. C’est une infirmité que de voir au-delà du but prochain. Il n’y a pas que les chevaux et les mulets à qui il faille des oeillères pour marcher sans écart.

Le jardin d'Epicure (1894)

Les vieillards tiennent beaucoup trop à leurs idées. C’est pourquoi les naturels des îles Fidji tuent leurs parents quand ils sont vieux. Ils facilitent ainsi l’évolution, tandis que nous en retardons la marche en faisant des académies.

Le jardin d'Epicure (1894)

Nous mettons l’infini dans l’amour. Ce n’est pas la faute des femmes.

Le jardin d'Epicure (1894)

Nous disons qu’un homme est fou quand il ne pense pas comme nous.

Ne souhaitons pas que tout le monde pense comme nous. L’uniformité des sentiments serait odieuse.

Discours

Mourir, c’est accomplir un acte d’une portée incalculable.

Le jardin d'Epicure (1894)

Les pauvres ont un penchant à donner à de plus pauvres qu’eux… Quand on vit au jour le jour, ce n’est pas changer son état que de se démunir… Donner quand on possède, voilà qui est difficile.

Dans Le Figaro, 17 janvier 1900.

Les joueurs veulent des émotions fortes. L’incertitude est nécessaire à leur volupté. Ils n’auraient plus de plaisir s’ils jouaient à coup sûr.

Les imbéciles ont dans la fourberie des grâces inimitables.

L'Ile des Pingouins (1908)

Les idées de la veille font les moeurs du lendemain.

Discours, au banquet des étudiants, 1895

Les hommes le plus souvent se querellent pour des mots. C’est pour des mots qu’ils tuent et se font tuer.

Les femmes inspirent l’amour, bien qu’il soit déraisonnable de les aimer.

Toute créature humaine est un être différent, en chacun de ceux qui la regardent.

Songez-y, un métaphysicien n’a, pour constituer le système du monde, que le cri perfectionné des singes et des chiens.

Le jardin d'Epicure (1894)

Si nous savions tout, nous n’oserions plus rien faire.

Si la science un jour règne seule, les hommes crédules n’auront plus que des crédulités scientifiques.

La Vie littéraire (1888)

Sage veut dire savant. On dit qu’une fille est sage quand elle ne sait rien.

Quand on dit que la vie est bonne et quand on dit qu’elle est mauvaise, on dit une chose qui n’a point de sens. Il faut dire qu’elle est bonne et mauvaise à la fois.

Le jardin d'Epicure (1894)

Quand l’homme qui témoigne est armé d’un sabre, c’est le sabre qu’il faut entendre et non l’homme.

Crainquebille

Qu’ils sont beaux les mots auréolés par le souvenir de leur long usage!

Propos, rapportés par Paul Gsell

On n’aime vraiment que lorsqu’on aime sans raison.

On croit mourir pour la patrie; on meurt pour des industriels. Quand ils n’ont plus de prêtres, les dieux deviennent très facile à vivre.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

Les femmes et les médecins savent seuls combien le mensonge est nécessaire et bienfaisant aux hommes.

Le travail est bon à l’homme, il empêche de regarder cet autre qui est lui et qui lui rend la solitude horrible.

Le Saint-Esprit n’inspire pas les gens intelligents.

Propos, rapportés par Paul Gsell

Le poète a inventé la nymphe mais la nature avait déjà créé l’océan, le nuage et la femme.

Le mal n’est pas de vivre mais de savoir qu’on vit.

Le Puit de Sainte-Claire

Le coeur se trompe comme l’esprit; ses erreurs ne sont pas moins funestes, et l’on a plus de mal à s’en défaire à cause de la douceur qui s’y mêle.

Le Petit Pierre (1918)

Le christianisme a beaucoup fait pour l’amour en en faisant un péché.

Le jardin d'Epicure (1894)

Le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d’oeuvre.

La Vie littéraire (1888)

La science ne se soucie ni de plaire, ni de déplaire, elle est inhumaine.

La raison habite rarement les âmes communes et bien plus rarement encore les grands esprits.

Le Petit Pierre (1918)

La raison est ce qui effraie le plus chez un fou.

Monsieur Bergeret à Paris (1901), 4

La première politesse de l’écrivain, n’est-ce point d’être bref?

La Vie littéraire (1888)

La jeunesse a cela de beau qu’elle peut admirer sans comprendre.

La Vie littéraire (1888)

La guerre civile est moins détestable que la guerre avec l’étranger. On sait du moins pourquoi l’on s’y bat.

Dernières pages inédites

L’opposition est une très mauvaise école de gouvernement, et les politiques avisés, qui se poussent par ce moyen aux affaires, ont grand soin de gouverner par des maximes tout à fait opposés à celles qu’ils professaient auparavant.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

L’ironie, c’est la gaieté et la joie de la sagesse.

La Vie littéraire (1888)

L’ignorance est la condition nécessaire du bonheur des hommes et il faut reconnaître que le plus souvent, ils la remplissent bien.

Les Dieux ont soif

L’histoire n’est pas une science, c’est un art. On n’y réussit que par l’imagination.

Le jardin d'Epicure (1894)

L’histoire du petit Chaperon Rouge est une grande leçon aux hommes d’action qui portent le petit pot de beurre et ne doivent pas savoir s’il est des noisettes dans les sentiers du bois.

Le jardin d'Epicure (1894)

La majestueuse égalité des lois interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et voler du pain.

J’ai des ennemis et je m’en vante: je crois les avoir mérités.

Pour mettre en valeur le globe terrestre, il faut d’abord mettre l’homme en valeur.

Sur la pierre blanche (1905)

S’il est condamné parce qu’il est coupable, il est coupable parce qu’il est condamné; ce qui revient au même.

On ne s’ennuie pas quand on a des ennuis.

Il vaut mieux être bête comme tout le monde que d’avoir de l’esprit comme personne.

La loi, dans un grand souci d’égalité, interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain.

J’apporte ma pierre au monument de la véritable histoire, qui est celle des maximes et des opinions, plutôt que des guerres et des traités.

Plus je songe à la vie humaine, plus je crois qu’il faut lui donner pour témoins et pour juges l’Ironie et la Pitié.

Le jardin d'Epicure (1894)

J’ai observé que le métier le plus naturel à l’homme est celui de soldat; c’est celui auquel il est porté le plus facilement par ses instincts et par ses goûts, qui ne sont pas le fin de l’espèce.

Les opinions de M. Jérôme Coignard

Les poètes nous aident à aimer: ils ne servent qu’à cela. Et c’est un assez bel emploi de leur vanité délicieuse.

Le jardin d'Epicure (1894)

On reproche aux gens de parler d’eux-mêmes. C’est pourtant le sujet qu’ils traitent le mieux.

La Vie littéraire (1888), Journal des Goncourt

Nous vivons trop dans les livres et pas assez dans la nature, et nous ressemblons à ce niais de Pline le Jeune qui étudiait un orateur grec pendant que sous ses yeux le Vésuve engloutissait cinq villes sous la cendre.

Le jardin d'Epicure (1894)

Vaut comprendre peu que comprendre mal.

Un seul beau vers a fait plus de bien au monde que tous les chefs-d’oeuvre de la métallurgie.

On l’écoute avant même qu’il ait parlé.

Ne prêtez pas vos livres: personne ne les rend jamais. Les seuls livres que j’ai dans ma bibliothèque sont des livres qu’on m’a prêtés.

Les plus beaux livres sont ceux qui n’ont jamais été écrits.

Les livres d’histoire qui ne contiennent aucun mensonge sont très ennuyeux.

Les femmes vertueuses vieillissent plus vite que les autres.

La tâche auguste du juste est d’assurer à chacun ce qui lui revient: au riche, sa richesse, au pauvre, sa pauvreté.

Je tiens pour un malheur public qu’il y ait des grammaires françaises.

Il (Zola) fut un moment de la conscience humaine.

Caressez longuement votre phrase et elle finira par sourire.

Certaines femmes ôtent leurs bas pour faire l’amour; ainsi croient-elles ne pas être des grues.

Un dictionnaire, c’est tout l’univers par ordre alphabétique.

Il faudrait … gouverner les hommes tels qu’ils sont et non tels qu’on les voudrait être.

Les Dieux ont soif

La majesté de la justice réside tout entière dans chaque sentence rendue par le juge au nom du peuple souverain.

Crainquebille

Le malheur le rendait injuste. Il se revanchait sur ceux qui ne lui voulaient pas de mal et quelquefois sur de plus faibles que lui.

Crainquebille

A la fureur de tuer répond la fureur de mourir.

Les Dieux ont soif

Elle était toute petite, ma vie; mais c’était une vie, c’est-à-dire le centre des choses, le milieu du monde.

Le Livre de mon ami

Nous ignorons de nous presque tout; d’autrui, tout.

Les Dieux ont soif

Ne perdons rien du passé. Ce n’est qu’avec le passé qu’on fait l’avenir.

Le Livre de mon ami

Il est doux de se souvenir.

Le Livre de mon ami

L’ignorance fait notre tranquillité; le mensonge, notre félicité.

Les Dieux ont soif

Ce qu’on aime dans la bonté, ce n’est pas le prix qu’elle coûte, c’est le bien qu’elle fait.

Le Livre de mon ami

L’artiste doit aimer la vie et nous montrer qu’elle est belle. Sans lui nous en douterions.

Le jardin d'Epicure (1894)

Ce qui est admirable, ce n’est pas que le champ des étoiles soit si vaste, c’est que l’homme l’ait mesuré.

Le jardin d'Epicure (1894)

De tous les vices qui peuvent perdre un homme d’Etat, la vertu est le plus funeste: elle pousse au crime. Pour travailler utilement au bonheur des hommes, il faut être supérieur à toute morale.

La Révolte des anges (1914)

L’attrait du danger est au fond de toutes les grandes passions. Il n’y a pas de volupté sans vertige. Le plaisir mêlé de peur enivre.

Le jardin d'Epicure (1894)

Les morts n’ont de vie que celle que leur prêtent les vivants.

L'Ile des Pingouins (1908), III, 6

Quand la mode fut aux échasses, Desrais, qui suivait toujours la mode, s’en procura une paire.

La vie en fleur (1922)

Sainte mère de Dieu, vous qui avez conçu sans pécher, accordez-moi la grâce de pécher sans concevoir.

Sur la pierre blanche (1905)

Il y a toujours un moment où la curiosité devient un péché, et le diable s’est toujours mis du côté des savants.

Le jardin d'Epicure (1894)

Les choses en elles-mêmes ne sont ni grandes ni petites, et quand nous trouvons que l’univers est vaste, c’est là une idée tout humaine.

Le jardin d'Epicure (1894)

La chair des femmes se nourrit de caresses comme l’abeille de fleurs.

Le Lys rouge (1894)

Il n’est pas d’amour qui résiste à l’absence.

La Rôtisserie de la reine Pédauque

Vous ne sauriez croire avec quelle facilité l’impossible se fait dès qu’il est nécessaire.

Une femme est franche quand elle ne fait pas de mensonges inutiles.

Le Lys rouge (1894)

Une compagnie formée exclusivement de grands hommes serait peu nombreuse et semblerait triste.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Les juges absolvent les pharisiens qui l’ont crucifié et condamnent la Madeleine qu’il releva de ces mains divines.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Le goût étant le sens de l’agréable, il s’affine dans la souffrance.

La vie en fleur (1922)

Assez pervers pour affecter les dehors d’une tendresse qu’il n’éprouvait pas.

Le Petit Pierre (1918)

Les affaires d’un Etat sont d’une étendue que l’esprit d’un homme n’embrasse point.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Les prolétaires se montraient de plus en plus débiles d’esprit. L’affaiblissement continu de leurs facultés intellectuelles n’était pas dû seulement à leur genre de vie; il résultait aussi d’une sélection méthodique opérée par les patrons.

L'Ile des Pingouins (1908)

C’est une grande question de savoir si la civilisation n’affaiblit pas chez les hommes le courage en même temps que la férocité.

L'Anneau d'améthyste (1899)

(Je crois) que les progrès de l’industrie déterminent à la longue quelque adoucissement dans les moeurs.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

Un petit village de la côte normande qui s’adosse à une fôret.

Le Livre de mon ami (1885)

On n’est pas tout à fait sincère sans être un peu ennuyeux.

Au tournant du siècle

La vie, telle du moins qu’elle se manifeste sur la terre, je veux dire, cet état d’activité que présente la substance organisée dans les plantes et dans les animaux.

Le Mannequin d'osier (1897)

Ils écoutaient en action, de l’oreille, de la bouche, de l’oeil, des bras, des jambes.

Histoires comiques (1903)

La vérité a la faiblesse d’être unique.

La guerre et le romantisme: fléaux effroyables!

Les catholiques massacrèrent les réformés; les réformés massacrèrent les catholiques: tels furent les premiers progrès de la liberté de pensée.

On ne meurt pas pour la Patrie, on meurt pour les industriels.

En histoire, il faut se résoudre à beaucoup ignorer.

En passant, elle abaissa sur moi ses grands yeux ardents et noirs.

Le Petit Pierre (1918)

Le hasard est le pseudonyme de Dieu lorsqu’il ne voulait pas signer.

Les modérés s’opposent toujours modérément à la violence.

L'Ile des Pinguoins (1908)

La paix universelle se réalisera un jour non parce que les hommes deviendront meilleurs mais parce qu’un nouvel ordre, une science nouvelle, de nouvelles nécessités économiques leur imposeront l’état pacifique.

Sur la pierre blanche (1905)

Le style simple est semblable à la clarté blanche. Il est complexe, mais il n’y parait pas.

Je sentais et ressentais fortement les choses et absorbais tout ce qui, dans le monde extérieur, correspondait à ma faible intelligence.

Le Petit Pierre (1918)

Ce que mon âge trop tendre, ma trop courte expérience et une vie abritée m’empêchèrent de voir, c’est la fortune et ses coups.

La vie en fleur (1922)

Le port artificiel abritait devant lui d’innombrables navires.

Thaïs (1890)

Ses crimes sont abominables et la seule pensée m’en donne un tel frisson que je sens se hérisser d’effroi tous les poils de ma chair.

Thaïs (1890)

La peine de mort est abolie dans plusieurs nations de l’Europe, sans qu’il s’y commette plus de crimes que dans les pays où subsiste cette ignoble pratique.

Le Mannequin d'osier (1897)

Bienheureux est celui qui, cessant de penser et de comprendre, s’abîme dans la contemplation de la beauté.

Le Petit Pierre (1918)

Il était stupide de surprise, dans un abîme d’étonnement.

Le Lys rouge (1894)

Il était plongé dans un abîme d’irrésolution.

Le Mannequin d'osier (1897)

On verra des nuées de concussionnaires s’abattre sur le trésor public.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Si 50 millions de personnes disent une bêtise, c’est quand même une bêtise.

Les plus beaux mots du monde ne sont que des sons inutiles si vous ne pouvez pas les comprendre.

Ma faiblesse m’est chère. Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d’être.

Ceux-là seuls vous font de belles confessions qui aiment encore leurs fautes.

Mieux vaut comprendre peu que comprendre mal.

De quel droit les Dieux immortels abaisseraient-ils un homme vertueux jusqu’à le récompenser?

Sur la pierre blanche (1905)

Un peuple n’existe que par le sentiment qu’il a de son existence. Il y a trois cents millions de Chinois; mais ils ne le savent pas. Tant qu’ils ne se seront pas comptés, ils ne compteront pas.

Sur la pierre blanche (1905)

Les rêves des philosophes ont de tout temps suscité les hommes d’action qui se sont mis à l’oeuvre pour les réaliser. Notre pensée crée l’avenir.

Si vous voulez plaire à une femme, dites-lui des choses que vous n’aimeriez pas qu’un homme dise à votre épouse.

Les livres que tout le monde admire sont ceux que personne ne lit.

La vraie tragédie de la vie, c’est qu’on devient vieux trop tôt et sage trop tard.

La tête chez les femmes n’est pas un organe essentiel.

La richesse: ce qui compte, ce n’est pas d’en disposer mais bien d’en profiter.

Il parlait peu, sachant peu de mots.

Une femme sans poitrine, c’est un lit sans oreiller.

Il est dans la nature humaine de penser sagement et d’agir de façon absurde.

Tous les changements, même les plus souhaités, ont leur mélancolie.

Les sciences sont bienfaisantes, elles empêchent les hommes de penser.

Il était philosophe tout comme un autre et il savait, quand il lui plaisait, passer de l’intelligible à l’inintelligible et cesser de se faire comprendre.

Ce qu’on appelle stratégie consiste essentiellement à passer les rivières sur des ponts et à franchir les montagnes par les cols.

Le ministre choisit les évêques, et le nonce approuve le choix du ministre. C’est ce qu’on appelle le Concordat.

L'Anneau d'améthyste (1899)

Si possédant, comme Dieu, la vérité, l’unique vérité, un homme la laissait tomber de ses mains, le monde en serait anéanti sur le coup et l’univers se dissiperait aussitôt comme une ombre.

Le jardin d'Epicure (1894)

Il fit son livre tout au contraire pour se distraire et s’amuser, pour se divertir et non pour s’avertir.

Le Petit Pierre (1918)

Elle leva au-dessus de sa tête ses bras nus, qui faisaient comme deux anses éclatantes à l’amphore admirablement évasée de son corps.

L'Anneau d'améthyste (1899)

L’établissement de puissantes amphictyonies qui, dominant sur les Etats, les contiendraient dans le droit.

La vie en fleur (1922)

L’améthyste est une pierre très convenable, ce semble, à orner l’anneau pastoral. Aussi la nomme-t-on pierre d’évêque … Elle exprime dans la symbolique chrétienne la modestie et l’humilité.

L'Anneau d'améthyste (1899)

C’est dans l’absolue ignorance de notre raison d’être qu’est la racine de notre tristesse et de nos dégoûts.

Le jardin d'Epicure (1894)

Tous les morts sont pauvres.

Seuls les hommes que les femmes n’intéressent pas s’intéressent à leur toilette; ceux qui aiment les femmes ne remarquent jamais ce qu’elles portent.

Il faut qu’une femme choisisse: avec un homme aimé des femmes, elle n’est pas tranquille; avec un homme que les femmes n’aiment pas, elle n’est pas heureuse.

Le vin, qui brillait dans son verre ainsi que l’ambre liquide …

L'Orme du mail (1897)

Comme les chevaux qui sentent l’écurie, je hâte le pas à l’approche de mon logis.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Ainsi un même objet est apprécié différemment par les hommes qui sont incertains dans leurs jugements et sujets à l’erreur.

Thaïs (1890)

La religion, disait-elle, lui apportait une tranquilité heureuse.

Le Petit Pierre (1918)

Les lois sont bonnes ou mauvaises moins par elles-mêmes que par la façon dont on les applique.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Saint Augustin enseigne que, quand l’Ecriture nous exhorte à résister aux démons, elle entend que nous devons résister à nos passions et à nos appétits déréglés.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Si Descartes a voulu, contre toute apparence, que les animaux fussent des machines …

Le Petit Pierre (1918)

La vieillesse qui est une déchéance pour les êtres ordinaires est, pour les hommes de génie, une apothéose.

La vie en fleur (1922)

J’ai quitté mon habit, Monsieur, ce qui est une manière d’apostasie.

Les Dieux ont soif (1912)

Une Bible en images, très antique, toute dépenaillée.

Le Petit Pierre (1918)

Un doigt de vin de Madère anima les regards, fit sourire les lèvres.

Le Petit Pierre (1918)

Il était agnostique, comme on dit dans le monde pour ne pas employer le terme odieux de libre penseur.

La Révolte des anges (1914)

Les agneaux paissent en paix, tandis que les loups se dévorent entre eux.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Au terme d’une vie agitée et pleine de traverses, je goûterai le repos.

Le Petit Pierre (1918)

A mes jours d’agitation succédaient des jours de torpeur.

La vie en fleur (1922)

Hommes ou femmes, ce ne sont pas les plus bêtes qui agissent le plus bêtement.

Histoires comiques (1903)

Vivre c’est agir.

Le jardin d'Epicure (1894)

Je ne crois pas que rien au monde soit comparable à l’agilité avec laquelle les femmes oublient ce qui fut tout pour elles.

Pierre Nozière (1899)

Dès mon âge le plus tendre, la raison exerça sur moi un puissant empire.

Le Petit Pierre (1918)

Quand je les regardais, elles détournaient la tête; mais, si à mon tour, je faisais semblant de ne pas les voir, elles attiraient mon attention par quelques agaceries.

Le Petit Pierre (1918)

Epicure affranchit les âmes des vaines terreurs.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Cet amas horrible de papier noirci qui moisit obscurément chez les bouquinistes.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Il a cette charité froide qu’on nomme altruisme. Il n’est pas humain parce qu’il n’est pas sensuel.

Le Lys rouge (1894)

La nuit allumait ses premières étoiles dans le ciel.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Vous entendez bien, que la pomme qui tenta la pitoyable Eve n’était point le fruit d’un pommier et que c’est là une allégorie dont je vous ai révélé le sens.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Le bel air ne messied pas toujours, et un certain goût de bien dire ne gâte pas une femme.

Le jardin d'Epicure (1894)

Trop sensible, trop aimante, trop facile à émouvoir.

Le Petit Pierre (1918)

Il y a des heures aimables et des moments exquis …

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

Ce cabinet de travail, où le maître de conférence aiguisait ses fines pensées d’humaniste.

Le Mannequin d'osier (1897)

Epuisés par le jeûne, se roulant sur un lit d’épines, les anachorètes se sentaient percés jusqu’aux moelles des aiguillons du désir charnel.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

… la girouette de M. Bonnard. Elle est rouillée et grince aigrement au vent.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Les applaudissements qui avaient accueilli son entrée s’apaisèrent vite.

Le Petit Pierre (1918)

J’étais accoutumé à ne plus la voir et son souvenir déjà lointain s’effaçait peu à peu de mon coeur.

Le Petit Pierre (1918)

En lui l’instinct profond de l’homme et le sens mondain n’étaient pas bien d’accord. Il n’avait pas l’esprit très apte à concilier ces antinomies.

L'Anneau d'améthyste (1899)

Le bruit de ses éperons accompagnait les éclats de sa voix.

Le Lys rouge (1894)

De petites moustaches donnaient de l’accent à ses lèvres ardentes.

Les Dieux ont soif (1912)

Il les accabla de sa colère et de son mépris.

Le Lys rouge (1894)

Les yeux et tous nos sens ne sont que des messagers d’erreurs et des courriers de mensonges. Ils nous abusent plus qu’ils ne nous instruisent.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Anachorètes et cénobites vivaient dans l’abstinence, ne prenant de nourriture qu’après le coucher du soleil, mangeant pour tout repas leur pain avec un peu de sel et d’hysope.

Thaïs (1890)

Il est vain d’agir ou de s’abstenir; il est indifférent de vivre ou de mourir.

Thaïs (1890)

Il restait petit de corps et remédiait à la brièveté de sa taille par la hauteur de sa pensée.

La vie en fleur (1922)

Tout compte fait, je ne sais pas de plaisir plus paisible que celui de bouquiner sur les quais.

Pierre Nozière (1899)

C’était un de ces fromages de Neufchâtel, qui, en forme de ce bouchon de bois qu’on met à la bonde des tonneaux, en ont pris le nom de bondon.

Le Petit Pierre (1918)

Les soucis d’un amour maternel poussé jusqu’à la passion assombrirent son caractère et troublèrent sa santé naturellement bonne.

Le Petit Pierre (1918)

Ma mère lui versa un verre d’eau-de-vie, qu’il but à la santé de la compagnie, car il avait de l’usage.

Le Petit Pierre (1918)

Elle avait appris la bienséance chez les Dames du Calvaire; elle avait le goût noble, et le tact de ce qui est décent.

Jocaste et Le Chat maigre (1879), Jocaste

Nous avons dans notre société beaucoup d’établissements de bienfaisance, monts-de-piété, sociétés de prévoyance, d’assurance mutuelle.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

Bien qu’ayant vécu chez eux, tu connais mal ces ennemis du genre humain.

L'Etui de nacre (1892)

Virgile a dit que les enfants nourris au biberon ne sont dignes ni de la table des dieux ni du lit des déesses.

Pierre Nozière (1899)

Il avait la vision confuse de bétail humain se laissant conduire et traînant sous l’oeil du chien son infatigable et morne douceur.

L'Orme du mail (1897)

Ayant besoin de joie comme les plantes de soleil, je m’étiolais dans cette tristesse.

Le Petit Pierre (1918)

Bien que la beauté relève de la géométrie, c’est par le sentiment seul qu’il est possible d’en saisir les formes délicates.

Le jardin d'Epicure (1894)

Je ne crois pas que les hommes soient bons naturellement. Je vois plutôt qu’ils sortent péniblement et peu à peu de la barbarie originelle.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

Des restes de barbarie traînent encore, dit M. Bergeret, dans la civilisation moderne.

Le Mannequin d'osier (1897)

Il faut vous présenter les hommes balancés entre la damnation et la rédemption.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Sur mes seize ans je passai, à la diable, un affreux petit examen nommé baccalauréat, bien fait pour avilir en même temps les candidats et les examinateurs. Il y avait alors un baccalauréat ès sciences et un baccalauréat ès lettres.

La vie en fleur (1922)

Là, il fit signe au passeur, dont le bac nous porta dans l’île verte.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Ses yeux, sous l’ombre azurée des cils, brillaient de désir en regardant ma montre posée sur la table.

Histoires comiques (1903)

Devenue veuve, elle gérait avec une sévère économie son modique avoir.

Le Petit Pierre (1918)

Je négligeais ces sages avertissements, et j’eus lieu de m’en repentir.

Le Petit Pierre (1918)

Cette adorable fille venait pour un autre que pour moi.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Invoquerai-je contre vous l’autorité des deux Testaments?

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Elle tenait en haute estime l’austérité de l’éducation aristocratique et religieuse.

Le Mannequin d'osier (1897)

Les yeux écarquillés et tirant une langue d’une aune, stupide.

Le Petit Pierre (1918)

Je viens de faire l’aumône. En donnant deux sous, j’ai goûté la joie honteuse d’humilier mon semblable …Je me suis humilié en l’humiliant. Car l’aumône avilit également celui qui la reçoit et celui qui la fait.

Monsieur Bergeret à Paris (1901), XVII

La Beauté est une si grande et si auguste chose, que des siècles de barbarie ne peuvent l’effacer …

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

L’attrait du danger est au fond de toutes les grandes passions.

Le jardin d'Epicure (1894)

Elle m’observa avec plus d’attention que par le passé.

Le Petit Pierre (1918)

Toutefois, il convient que la raison entreprenne sur le sentiment. Il ne faut pas s’attarder aux vains regrets du passé ni se plaindre des changements qui nous importunent, puisque le changement est la condition même de la vie.

Monsieur Bergeret à Paris (1901), III

La peine de mort est devenue une pratique intolérable, depuis qu’on n’y attache plus l’idée d’expiation, qui est toute théologique.

Le Mannequin d'osier (1897)

Les soucis d’un amour maternel poussé jusqu’à la passion assombrirent son caractère et troublèrent sa santé naturellemnt bonne.

Le Petit Pierre (1918)

Cette folie d’assimiler la réalité à l’apparence, le corps à l’âme, a produit une multitude d’opinions misérables et funestes …

L'Orme du mail (1897)

Il ne fréquentait plus avec assiduité notre maison trop silencieuse pour lui.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Les idées noires viennent s’asseoir en cercle autour de moi.

Le Lys rouge (1894)

Des images sombres et violentes venaient m’assaillir.

Le Livre de mon ami (1885)

M. le Curé prit de l’eau bénite dont il aspergea le malade et le lit.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Les ascètes, furieusement assaillis par des légions de damnés, se défendaient avec l’aide de Dieu et des anges, au moyen du jeûne, de la pénitence et des macérations.

Thaïs (1890)

Le grimoire d’un sorcier semble facile à comprendre en comparaison de plusieurs articles de nos codes et de nos coutumiers.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Une armure de cheval, avec le chanfrein à vue, la muserolle, la barde de crinière et la bande de poitrail, la tonnelle et le garde-queue.

L'Anneau d'améthyste (1899)

Une lumière douce fit étinceler la glace de l’armoire et reluire la corniche de palissandre.

L'Anneau d'améthyste (1899)

Des bandes, armées de piques, de coutelas et de pistolets, poussent des cris de mort.

Le Petit Pierre (1918)

On y voyait, rangée sur des tablettes de chêne, une armée innombrale ou plutôt un grand concile de livres …

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

La morne tristesse du désert règne sur cette terre aride dont le sein gercé nourrit à peine quelques mimosas dépouillés, des cactus et des palmiers nains.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Je sais que l’argent est cause de tous les maux qui désolent nos sociétés si cruelles et dont nous sommes si fiers.

Le Petit Pierre (1918)

Ce n’est donc pas l’auguste aéropage de la poésie et de l’éloquence.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

La nature pénétrait en moi par tous les sens et m’embrasait d’une ardeur délicieuse.

Le Petit Pierre (1918)

L’éveil ardent de son imagination et le travail mystérieux de sa chair.

Le Lys rouge (1894)

Comment l’historien juge-t-il qu’un fait est notable ou non? Il en juge arbitrairement selon son goût et son caprice à son idée.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Elle aimait trop la jeunesse pour ne pas lui pardonner queque âpreté.

Les Dieux ont soif (1912)

Après tout, que l’homme soit incurablement méchant et malfaisant; le mal n’est pas grand dans l’univers.

Le Mannequin d'osier (1897)

Nous crûmes l’un et l’autre que les flammes dévoraient l’édifice.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Les lettres, privées des sciences, sont creuses, car la science est la substance des lettres.

La vie en fleur (1922)

Ils entendaient, dans le grand silence, la crécelle infatigable du grillon.

Pierre Nozière (1899)

Ce n’est pas qu’il fût athée. Il tenait, au contraire, l’existence d’un principe créateur pour assez probable.

Le Mannequin d'osier (1897)

Les yeux et tous nos sens ne sont que des messagers d’erreurs et des courriers de mensonges.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

La mort était sur elle et la sueur de l’agonie couronnait son front.

Thaïs (1890)

Assiettes ébréchées, verres dépareillés, couteaux branlant dans le manche, fourchettes à dents jaunes, rien ne manquait de ce qui coupe net l’apétit d’un honnête homme.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

La femme du préfet était venue, très gentille, lui couler à l’oreille un mot de recommandation.

L'Anneau d'améthyste (1899)

Il coule sans bruit sa clef dans la serrure et entre de son pas timide dans la salle à manger.

Le Mannequin d'osier (1897)

Les paroles coulaient limpides comme son regard.

Le Lys rouge (1894)

Une soupe aux herbes avec une couenne de lard et un gros os de boeuf.

Les Dieux ont soif (1912)

Philippe la prit dans ses bras avec cette délicatesse qui révèle la force, et elle en ressentit une douceur étrange.

Les Dieux ont soif (1912)

Son penchant pour les délicatesses de la table et du vêtement faisait la joie de M. Fellaire, qui était un connaisseur.

Jocaste et Le Chat maigre (1879)

Je gravis d’un pas lourd les degrés de mon escalier.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Il aurait trouvé dans ce travail, à défaut de joie, la paix de l’esprit.

Le Mannequin d'osier (1897)

Tous tant que nous sommes, nous ne découvrons que notre propre pensée dans la pensée d’autrui.

Thaïs (1890)

Mon parrain découpait lui-même les grosses pièces et servait en faisant parvenir les parts à ses invités, vieil usage, suivi autrefois dans les meilleures maisons.

La vie en fleur (1922)

Devant eux, sur la rivière, un ponton de débarcadère affleurait la berge.

Jocaste et Le Chat maigre (1879)

L’art d’enseigner n’est pas que l’art d’éveiller la curiosité des jeunes âmes pour la satisfaire ensuite, et la curiosité n’est vive et saine que dans les esprits heureux.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

C’est la certitude qu’ils tiennent la vérité qui rend les hommes cruels.

Les Dieux ont soif (1912)

Nous avons renchéri sur la cruauté des bêtes féroces, qui ne se font point le mal sans raisons sensibles.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

L’âme, disait-il, est la substance; le corps, l’apparence. Les mots l’expriment d’eux-mêmes: l’apparence est ce qui se voit, et qui dit substance dit chose cachée.

Le Petit Pierre (1918)

Une revue parisienne venait de publier un de ses poèmes avec des fautes d’impression, coquilles aussi larges que des bénitiers, vastes comme la conque d’Aphrodite.

Le Lys rouge (1894)

Beau, vigoureux, gaillard, la coqueluche des femmes, le bourreau des coeurs …

Le Petit Pierre (1918)

Le pauvre sans désirs possède le plus grand des trésors; il se possède lui-même. Le riche qui convoite n’est qu’un esclave misérable.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Elle sentit une contraction douloureuse de l’estomac, un étouffement à la gorge, une brûlure de sang aux joues, une angoisse indicible.

Jocaste et Le Chat maigre (1879)

Sa femme, morte jeune, du mal qu’on appelait encore à cette époque la consomption.

La vie en fleur (1922)

Il n’y avait pour lui ni grandes ni petites choses; il n’y avait que des choses dignes d’être prises en considération.

Jocaste et Le Chat maigre (1879)

Il ne conforme pas exactement sa conduite à ses maximes.

Le Mannequin d'osier (1897)

L’ignorance est la condition nécessaire du bonheur des hommes.

Les Dieux ont soif (1912)

Il y a quelque impiété à faire marcher de concert la vérité immuable, absolue, et cette sorte de vérité imparfaite et provisoire qu’on appelle la science.

L'Orme du mail (1897)

Quand Jeannot sera roi, il promulguera plus d’édits en un an que n’en colligea dans tout son règne l’empereur Justinien.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Elle disait, en effet, qu’on ne joue bien qu’en jouant avec son coeur.

Histoire comique

La chronologie et la géographie, a-t-on dit, sont les deux yeux de l’histoire.

Le Petit Pierre (1918)

Il n’osait plus la manier brutalement, la saisir, la frapper, la pétrir comme sa chose mauvaise et rétive, mais sa chose à lui.

Le Lys rouge (1894)

On se sert de la femelle de la perdrix pour prendre le mâle. Cela s’appelle chasser à la chanterelle.

La Vie littéraire (1888)

En ce moment, ma résolution était prise et rien ne pouvait plus m’en faire changer.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

La guerre et le jeu enseignent ces calculs de probabilité qui font saisir les chances sans s’user à les attendre toutes.

Le jardin d'Epicure (1894)

Planant dans les sphères célestes de la philosophie, il lançait la foudre sur les conspirateurs qui rampaient sur le sol.

Les Dieux ont soif (1912)

Pierre n’est plus reconnaissable, dit ma mère, son caractère est devenu inégal, bizarre. Il passe brusquement et sans cause de la joie à la tristesse.

La vie en fleur (1922)

Quand la nation se trouve sous le canon des ennemis et sous le poignard des traîtres, l’indulgence est parricide.

Les Dieux ont soif (1912)

Evariste but comme un calice amer le silence de la jeune femme.

Les Dieux ont soif (1912)

Les plus terribles calamités sont près de fondre sur la France.

Le Mannequin d'osier (1897)

Si l’on mettait à se cacher autant de soin qu’on en met d’ordinaire à se montrer, on éviterait bien des peines.

Le Livre de mon ami (1885)

Communément, il glissait, butait, bronchait, trébuchait de toutes les manières concevables et inconcevables, se cognait contre tous les murs.

Le Petit Pierre (1918)

Ce que nous appelons la raison d’Etat, c’est la raison des bureaux.

L'Anneau d'améthyste (1899)

De toutes les écoles que j’ai fréquentées, c’est l’école buissonnière qui m’a paru la meilleure et dont j’ai le mieux profité.

Le Petit Pierre (1918)

A mesure que les roues brûlaient le pavé du faubourg, les voyageurs oubliaient leurs soucis.

Les Dieux ont soif (1912)

Son visage durci et bronzé par l’ombre, prenait une expression mystérieuse, presque inquiétante.

Le Lys rouge (1894)

Miraut, notre bon chien, a tourné ma broche pendant quatorze ans … Il se contentait pour prix de sa peine de lécher la rôtissoire. Mais il se fait vieux. Sa patte devient raide, il n’y voit goutte et ne vaut plus rien pour tourner la manivelle.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Bientôt mes yeux aussi se fermeront pour l’éternité, sans que j’en aie appris beaucoup plus que toi sur la vie et la mort.

Le Petit Pierre (1918)

Nous n’avons point d’Etat. Nous avons des administrations. Ce que nous appelons la raison d’Etat, c’est la raison des bureaux.

L'Anneau d'améthyste (1899), 5

Je ne voyais pas encore quelle carrière pouvait s’ouvrir pour moi. Mon père et ma mère ne m’aidaient guère dans le choix difficile d’un état.

La vie en fleur (1922)

Il était venu là deux mille personnes, à l’estimation des républicains, et six mille au compte des dracophites.

L'Ile des Pingouins (1908)

Mais sache bien et n’oublie jamais qu’avec du courage et de la probité, on surmonte toutes les épreuves.

Le Petit Pierre (1918)

Il avait entrevu la délivrance, la liberté, une vie nouvelle. Ce n’était qu’une lueur dans les ténèbres, mais vive et fixe devant lui.

Le Mannequin d'osier (1897)

La tristesse de la nuit lui entra dans le coeur.

Le Lys rouge (1894)

La tunique ne me paraît pas très convenable aux lycéens, parce que ce n’est point un vêtement civil, et qu’en la leur imposant on entreprend sans raison sur leur indépendance.

Pierre Nozière (1899)

Rien n’est parfait: mais tout se tient, s’étaye, s’entrecroise.

Le Mannequin d'osier (1897)

C’est l’état prodigieux des hommes d’action. Ils sont tout entiers dans le moment qu’ils vivent et leur génie se ramasse sur un point.

Le Lys rouge (1894)

L’art d’enseigner n’est que l’art d’éveiller la curiosité des jeunes âmes pour la satisfaire ensuite.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Le malheur est notre plus grand maître et notre meilleur ami. C’est lui qui nous enseigne le sens de la vie.

Le Lys rouge (1894)

La conversation, d’abord grêle et menue, s’enfla, se prolongea en un murmure confus sur lequel s’éleva la voix de Garain.

Le Lys rouge (1894)

Le soleil penchait à l’horizon. Les pointes des cimes s’éteignaient l’une après l’autre tandis que les nuées s’enflammaient dans le ciel.

Le Lys rouge (1894)

J’avais chaussé mes pantoufles et endossé ma robe de chambre.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Il fallait l’endormir avec des paroles caressantes.

Le Lys rouge (1894)

Je vois, monsieur, que vous vous élevez au-dessus des préjugés.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Il me conduisit sur le bord de la Seine, jusqu’à l’île aux Cygnes, qui s’élevait au milieu du fleuve comme un navire de feuillage.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Les cyprès élevaient leurs quenouilles noires et les oliviers moutonnaient sur les pentes.

Le Lys rouge (1894)

Hélène, pour dénouer les brides de son chapeau, éleva les bras.

Jocaste et Le Chat maigre (1879)

Il la regardait avec une familiarité cynique, avec une effronterie audacieuse qui la fit rougir.

Jocaste et Le Chat maigre (1879)

Il se jeta sur elle, ardent, les bras avides. Elle, les yeux plein d’effroi, le repoussa avec une horreur glaciale.

Le Lys rouge (1894)

La douleur est la grande éducatrice des hommes.

Pierre Nozière (1899)

Les écrins sombres des loges renfermaient les têtes étincelantes et les épaules nues des femmes.

Le Lys rouge (1894)

L’idée que la vie s’écoule et fuit comme l’eau entrait pour la première fois dans mon esprit.

Le Petit Pierre (1918)

La richesse des costumes et l’éclat des décors étouffent le drame qui ne veut pour parure que la grandeur de l’action et la vérité des caractères.

Le Petit Pierre (1918)

Il m’inculqua les principes d’une piété éclairée.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Je songeais à cette obligation à laquelle nul de nous ne peut échapper.

La vie en fleur (1922)

Quelques Russes et une famille de Lyonnais vinrent prendre les eaux à son établissement.

Jocaste et Le Chat maigre (1879)

Le prince étalait contre le poêle sa beauté de jeune dieu, qui fortifiait une barbe drue et noire.

Le Lys rouge (1894)

Ses yeux doux et farouches brillaient sous un voile magnifique de longs cils noirs …

Histoire comique

Elle le croyait malade et craignait qu’il le devînt davantage.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Je ne pus m’empêcher d’admirer la vigueur magnifique de la nature et l’irrésistible force qui pousse tout germe à se développer dans la vie.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Il se détourna de son chemin pour aller voir sur le mail un orme qu’il aimait entre tous.

L'Anneau d'améthyste (1899)

En faisant tant de détours, en m’égarant par de tels méandres, je n’arriverai jamais …

Le Petit Pierre (1918)

Désirer avec force, c’est presque posséder.

Le Petit Pierre (1918)

A l’intérieur, l’escalier de pierre, bordé d’une magnifique grille de fer forgé, était déshonoré de poussière, de crachats et de feuilles de salade.

Jocaste et Le Chat maigre (1879)

Un soir, à table, je m’avisai de mettre à la dérobée une pincée de poivre sur la part de tarte à la crème réservée à la vieille Mélanie qui raffolait de sucreries.

Le Petit Pierre (1918)

Son crâne dénudé, ceint d’une couronne de cheveux blancs, se colorait de rose.

Le Petit Pierre (1918)

Elle s’exagérait démesurément mes bonnes qualités..

Le Petit Pierre (1918)

Dans ma première enfance, les Français avaient un sentiment du ridicule qu’ils ont perdu depuis, sous l’empire de causes que je ne saurais démêler.

Le Petit Pierre (1918)

La fatigue aidant, je ne pus dormir ma nuit.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Il lui révélait les joies délicates et les tristesses délicieuses de la pensée, il éveillait les voluptés qu’elle portait dormantes en elle.

Le Lys rouge (1894)

Le soleil dorait les épis, et la fécondité de la terre s’exhalait en poussières odorantes.

Thaïs (1890)

Je ne vante pas excessivement en me donnant pour doué de plus de raison que la plupart de mes semblables.

Le Petit Pierre (1918)

Il y a déjà longtemps que je suis vieux… Le dommage est, non point de trop durer, mais bien de voir tout passer autour de soi.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Tu t’es ingénié à lui déplaire et maintenant tu te mords les doigts de ton imprudence.

Le Mannequin d'osier (1897)

Il nous distribuait les coups de férule avec une agilité qu’on n’eût point attendue de son épaisse corpulence.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Voici la ruche humaine où j’ai ma cellule pour y distiller le miel un peu âcre de l’érudition.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Un homme qui dit tout ce qu’il pense et comme il le pense est aussi inconcevable dans une ville qu’un homme allant tout nu.

Le Mannequin d'osier (1897)

Ce que nous ignorons n’est pas. A quoi bon nous tourmenter pour un néant?

Thaïs (1890)

Goûtons la vie. Nous aurons beaucoup vécu si nous avons beaucoup senti.

Thaïs (1890)

Il n’est pas d’autre intelligence que celle des sens: aimer c’est comprendre.

Thaïs (1890)

Je tiens d’une personne fort spirituelle et fort sensée que la gaieté est la forme la plus aimable du courage.

La Vie littéraire (1888)

La vie, c’est autre chose encore: c’est la fleur et le couteau, c’est de voir rouge un jour et bleu le lendemain, c’est la haine et l’amour, la haine délicieuse et ravissante, l’amour cruel.

Histoire comique (1903)

L’amour est un acte simple et primitif. C’est la lutte, c’est la haine. La violence y est nécessaire. L’amour par le consentement mutuel n’est qu’une fastidieuse corvée.

Histoire comique (1903)

Les hommes le plus souvent se querellent pour des mots. C’est pour des mots qu’ils tuent et se font tuer le plus volontiers.

Le Mannequin d'osier (1897)

Je demande à un croquis d’être libre, rapide, incisif, mordant, forcé. Je lui demande de passer la mesure, d’outrer la vérité pour la faire mieux sentir.

La vie en fleur (1922)

On y voyait, rangée sur des tablettes de chêne, une armée innombrable ou plutôt un grand concile de livres in-douze, in-octavo, in-quarto, in-folio, vêtus de veau, de basane, de maroquin, de parchemin, de peau de truie.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Le livre est l’opium de l’Occident.

La Vie littéraire (1888)

On appelle gens de bien ceux qui font comme les autres.

Crainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables (1904)

On reproche aux gens de parler d’eux-mêmes, c’est pourtant le sujet qu’ils traitent le mieux.

La Vie littéraire (1888)

Pour se donner les joies de l’adultère, il faut être une personne pieuse.

Le Lys rouge (1894)

Un jour, dans ma chambre, je lisais Virgile. Je l’avais aimé dès le collège; mais, depuis que les professeurs ne me l’expliquaient plus, j’en avais une meilleure intelligence et rien ne m’en gâtait plus la beauté.

La vie en fleur (1922)

En amour, il faut aux hommes des formes et des couleurs; ils veulent des images.

Le jardin d'Epicure (1894)

Le mal est nécessaire. S’il n’existait pas, le bien n’existerait pas non plus. Le mal est l’unique raison d’être du bien. Que serait le courage loin du péril et la pitié sans la douleur?

Le jardin d'Epicure (1894)

Le jeu, c’est un corps-a-corps avec le destin. C’est le combat de Jacob avec l’ange, c’est le pacte du docteur Faust avec le diable. On joue de l’argent, de l’argent, c’est-a-dire la possibilité immediate, infinie.

Le jardin d'Epicure (1894)

Les joueurs jouent comme les amoureux aiment, comme les ivrognes boivent, nécessairement, aveuglement, sous l’empire d’une force irrésistible. Il est des êtres voues au jeu, comme il est des êtres voués a l’amour.

Le jardin d'Epicure (1894)

Il y a des étoiles qui se sont éteintes sous nos yeux, d’autres vacillent comme la flamme mourante d’une bougie. Les cieux, qu’on croyait incorruptibles, ne connaissent d’éternel que l’éternel écoulement des choses.

Le jardin d'Epicure (1894)

La raison, la superbe raison est capricieuse et cruelle. La sainte ingénuité de l’instinct ne trompe jamais.

Pierre Nozière (1899)

L’ignorance est la condition nécessaire du bonheur des hommes, et il faut reconnaître que, le plus souvent, ils la remplissent bien.

Les Dieux ont soif (1912)

On donne toujours trop aux mendiants, répondit-elle, ce sont des fainéants, mais il y a les pauvres honteux, et ceux-là sont à plaindre. Il y en a partout; ils se cachent. Et ils souffrent plutôt que de demander.

La vie en fleur (1922)

L’hérétique est celui qui, ayant été baptisé, connaît les dogmes de la foi, les altère ou les combat.

L'Anneau d'améthyste (1899), 2

D’une des cheminées sortaient des étincelles qui montaient en gerbes pour retomber en pluie d’or sous une fumée épaisse dont le ciel était voilé.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Les arbres qui bordaient la route fuyaient à mes côtés comme des ombres difformes et douloureuses dans la nuit.

Le Livre de mon ami (1885)

Car vous entendez bien, que la pomme qui tenta la pitoyable Eve n’était point le fruit d’un pommier et que c’est là une allégorie dont je vous ai révélé le sens.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Rasé de frais, deux pattes de lièvre encadraient ses joues rondes.

Le Petit Pierre (1918)

Sur le fourneau, un civet de lièvre chantait dans la casserole.

Le Petit Pierre (1918)

Le bébé a un joli pli entre le poignet et le bras, un pli au cou; et de la tête au pieds ce sont de jolies fossettes qui rient dans la chair rose.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Tandis que, dans sa conscience, elle se croit coupable pour avoir forniqué avec monsieur Roux, mon élève, je tiens sa fornication pour innocente, comme n’ayant fait de mal à personne.

Le Mannequin d'osier (1897)

Se renversant jusqu’à ce que sa nuque touchât ses talons, il donnait à son corps la forme d’une roue parfaite.

Le Jongleur de Notre-Dame (1906)

Et elle se fait une voix flûtée pour promettre au minet toutes sortes de douceurs.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Si j’en crois mon flair de vieux renard, nous aurons à dîner une poularde d’un fumet délicat.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Ce qui fait le monde, c’est la femme. Elle y est souveraine; rien ne s’y fait que par elle et pour elle.

Le jardin d'Epicure (1894)

La nature et la fortune ne m’avaient pas favorisé.

La vie en fleur (1922)

Ils excitaient ces misérables comme ont fait des chiens qui se battent.

Thaïs (1890)

Il ne montrait à aucun degré les facultés transcendantes que son père déployait dans la mimique et la déclamation.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

C’était un petit homme dont la face bourgeonnée, le nez busqué, le menton saillant et les yeux ronds formaient une physionomie remarquablement expressive.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Il défendit expressément qu’on touchât à rien, qu’on entretînt ni qu’on réparaât rien sur sa terre et dans ses murs jusqu’à son retour.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Je viens exprès de Paris pour prendre communication d’un manuscrit de la Légende dorée que vous m’aviez dit posséder.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Il y a dans le talent une insolence qui s’expie par les haines sourdes et les calomnies profondes.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

C’est peu à peu, en avançant dans la vie, en faisant l’expérience des hommes et des choses, que j’ai appris à vous connaître et à vous aimer.

Le Petit Pierre (1918)

C’était une antipathie de nature, qui croissait avec la régularité d’une expansion végétale et donnait des fruits chaque année.

Le Mannequin d'osier (1897)

Elle était plus belle que jamais et une volupté calme s’exhalait de toute sa personne.

Jocaste et Le Chat maigre (1879)

Mon travail quotidien n’excède ni mes forces, ni mon intelligence.

Le Livre de mon ami (1885)

Elle exagérait démesurément mes bonnes qualités, et laissait voir à tout propos cette exaltation qui m’était pénible, car, de tout temps, j’ai reçu comme une cruelle humiliation les témoignages d’une estime qui ne m’était pas due.

Le Petit Pierre (1918)

Il avait voulu éviter à sa vieille mère les fatigues d’une longue station.

Les Dieux ont soif (1912)

Mais qu’est-ce qu’un événement ? Est-ce un fait quelconque ? Non pas ! me dites-vous, c’est un fait notable.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Voici que cette ville, où j’ai vécu quinze ans, me devient tout à coup étrangère, parce que je vais la quitter.

L'Anneau d'améthyste (1899)

Je sentais qu’en six semaines d’absence, ils m’étaient devenus à peu près étrangers.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

L’amour du passé est inné chez l’homme. Le passé émeut à l’envi le petit enfant et l’aïeule.

La vie en fleur (1922)

«Tant il est vrai, disait l’historien, qu’une personne qui trahit la pudeur est capable de tous les crimes.» A ce souvenir, il sourit intérieurement et pensa que les moralistes avaient tout de même de drôles d’idées sur la vie.

Histoire comique (1903)

Sans l’ironie, le monde serait comme une forêt sans oiseaux; l’ironie, c’est la gaité de la réflexion et la joie de la sagesse.

La Vie littéraire (1888)

Les martyrs manquent d’ironie et c’est la un défaut impardonnable, car sans l’ironie le monde serait comme une forêt sans oiseaux; l’ironie c’est la gaieté de la réflexion et la joie de la sagesse.

La Vie littéraire (1888)

Les vérités découvertes par l’intelligence demeurent stériles. Le coeur est seul capable de féconder ses rêves.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

N’ayez pas peur que cette suite de petits cris éteints et affaiblis qui composent un livre de philosophie nous en apprenne trop sur l’univers pour que nous ne puissions plus y vivre.

Le jardin d'Epicure (1894)

J’ai toujours considéré que créer l’émulation, c’est exciter les enfants les uns contre les autres.

La vie en fleur (1922)

Je n’ai jamais pu m’accoutumer au système abêtissant des récompenses et des punitions qui abaisse les caractères et fausse les jugements.

La vie en fleur (1922)

L’amour que nous avons les uns pour les autres n’est que la force qui nous pousse à réunir nos deux moitiés pour nous rétablir dans notre ancienne perfection.

Histoire comique (1903)

Les grands rôles de drame doivent, pour produire leur effet, être tenus par un comique, mais qui ait de l’âme.

Histoire comique (1903)

L’art de la comédie est un art d’imitation. Or, ce qu’on n’éprouve pas, on l’imite d’autant mieux.

Histoire comique (1903)

La bêtise, c’est l’aptitude au bonheur. C’est le souverain contentement. C’est le premier des biens dans une société policée.

Histoire comique (1903)

On aime ce qu’on peut, comme on peut et avec ce qu’on a. Elle est devenue chaste et pieuse à l’âge congruent.

Histoire comique (1903)

Les grandes vérités ne se découvrent pas sans peine ni travail.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

En ce monde l’inquiétude et la souffrance sont nos plus sûrs divertissements.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

J’ai l’amour de la raison, je n’en ai pas le fanatisme. La raison nous guide et nous éclaire; quand vous en aurait fait une divinité, elle vous aveuglera et vous persuadera des crimes.

Les Dieux ont soif (1912)

Quand les lois seront justes, les hommes seront justes.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

Il n’est pas de gouvernements populaires. Gouverner, c’est mécontenter.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

La curiosité excite le désir plus encore que le souvenir du plaisir.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

La plus grande vertu de l’homme est peut-être la curiosité.

La Vie littéraire (1888)

C’est que douter n’est point un art vulgaire. Pour le bien exercer, il faut un Montaigne. Apprenons de lui le doute véritable, le doute indulgent qui nous dispose à comprendre toutes les croyances sans être dupes d’aucune d’elles.

Vers les temps meilleurs (1906)

La société repose sur la force, et la force doit être respectée comme le fondement auguste des sociétés. La justice est l’administration de la force.

Crainquebille (1903)

L’iniquité est une épée dont la poignée déchire la main qui la tient.

Le Puits de Sainte Claire (1895)

Je comprendrais à la rigueur que vous quittiez le ciel pour une femme. L’amour fait faire les plus grandes sottises.

La Révolte des anges (1914)

L’innocence est prompte à s’émouvoir.

La Révolte des anges (1914)

Malheureux que nous sommes, cette force aveugle, qui dirige les astres et les atomes, compose de nos vicissitudes l’ordre universel!

La Révolte des anges (1914)

Il n’est conseil ni soins qui puissent prévaloir contre la fatalité.

La Révolte des anges (1914)

Ici nous sommes libres, et mieux vaut la liberté dans les enfers que l’esclavage dans les cieux.

La Révolte des anges (1914)

Aussi l’on n’aime vraiment que lorsqu’on aime sans raison.

La Vie littéraire (1888)

Sophocle eut raison de dire que nul ne peut éviter sa destinée. J’en ai fait une longue épreuve dans ma vie. Je ne sais résister ni aux mauvaises fortunes ni aux bonnes. Mais les mauvaises sont naturellement les plus fréquentes.

La Vie littéraire (1888)

Est-ce que nous allons passer notre vie à nous regarder comme ça avec fureur, avec désespoir, avec rage. Ce n’est pas de ma faute. … Je ne peux pas, je ne peux pas. Pardonne-moi, mon chéri, mon amour. Je t’aime, je t’adore, je te veux.

Histoire comique (1903)

La vertu, comme le corbeau, niche dans les ruines. Elle habite les creux et les rides des corps.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Un beau vers est comme un archet promené sur nos fibres sonores.

Le jardin d'Epicure (1894)

Mon fils, me dit-il, il faut que vous sachiez que cet appareil sublimatoire a nom aludel. Il renferme une liqueur, qu’il convient de regarder avec attention, car je vous révèle que cette liqueur n’est autre que le mercure des philosophes.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

Mon Dieu, promettez-moi la mort, afin que je goûte la vie. Mon Dieu, donnez-moi le remords, afin que je trouve le plaisir. Mon Dieu, faites-moi l’égale des filles d’Eve!

Balthasar (1889), La fille de Lilith

Je t’envoie mon coeur dans un baiser.

La Vie littéraire (1888)

Je ne serai jamais cocu, ma femme est trop laide.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

La connaissance que nous avons des faits est l’unique raison qui nous porte à croire à leur réalité.

Histoire comique (1903)

Ayant inscrit mon nom d’une main déliée, elle me demanda si elle ne pourrait pas le faire suivre d’une qualité quelconque, telle qu’ancien négociant, employé, rentier, ou toute autre. Il y avait dans son registre une colonne pour les qualités.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Ce que je vous en dis est pour vous éviter les déceptions amères. Vivre sans illusions, c’est le secret du bonheur.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

Il y a des heures aimables et des moments exquis, je ne le nie point.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

La pensée tantôt chemine avec la sourde lenteur de la taupe, tantôt s’élance du vol de l’aigle.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Vivre, c’est agir.

Le jardin d'Epicure (1894)

Les gouvernements sont comme les vins qui se dépouillent et s’adoucissent avec le temps.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Il est telle occasion où le verre ne se brise point sous le choc qui a rompu l’acier.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

On la croyait indéchiffrable, quand une curieuse, aux mains de laquelle le livre était venu, s’avisa de regarder dans un miroir la page maculée. Elle lut très nettement dans la glace: «Je t’envoie mon coeur dans un baiser».

La Vie littéraire (1888)

J’appelle raisonnable celui qui accorde sa raison particulière avec la raison universelle, de manière à n’être jamais trop surpris de ce qui arrive et à s’y accommoder tant bien que mal.

Le Petit Pierre (1918)

Il est dans la nature humaine de penser sagement et d’agir d’une façon absurde.

Le Livre de mon ami (1885)

Il est vain d’agir ou de s’abstenir; il est indifférent de vivre ou de mourir. J’ai renoncé en effet aux choses vaines qui font communément le souci des hommes.

Thaïs (1890)

La jalousie n’est pour une femme que la blessure de l’amour-propre. Chez l’homme, c’est une torture profonde comme la souffrance morale, continue comme la souffrance physique.

Le Lys rouge (1894)

L’avocat du malheur est toujours éloquent.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

L’Ironie et la Pitié sont deux bonnes conseillères; l’une, en souriant, nous rend la vie aimable; l’autre, qui pleure, nous la rend sacrée.

Le jardin d'Epicure (1894)

J’ai beau entendre parler de décadence. Je n’y crois pas. Je ne crois même pas que nous soyons parvenus au plus haut point de civilisation.

Le jardin d'Epicure (1894)

Un bon style, enfin, est comme ce rayon de lumière qui entre par ma fenêtre au moment où j’écris et qui doit sa clarté pure à l’union intime des sept couleurs dont il est composé. Le style simple est semblable à la clarté blanche.

Le jardin d'Epicure (1894)

La forme simple est la seule faite pour traverser paisiblement, non pas les siècles, ce qui est trop dire, mais les années. La seule difficulté est de définir la forme simple.

Le jardin d'Epicure (1894)

Je ne sens pas en moi l’étoffe d’un dieu si petit qu’il soit. Ma faiblesse m’est chère. Je tiens à mon imperfection comme à ma raison d’être.

Le jardin d'Epicure (1894)

La souffrance! Quelle divine méconnue! Nous lui devons tout ce qu’il y a de bon en nous, tout ce qui donne du prix à la vie, nous lui devons la pitié, nous lui devons le courage, nous lui devons toutes les vertus.

Le jardin d'Epicure (1894)

Le mal n’est pas tant de vivre, car je vois que tu te portes bien, ami Betto, et que beaucoup d’autres se portent de même. Le mal n’est pas de vivre mais de savoir qu’on vit. Le mal est de connaître et de vouloir.

Le Puit de Sainte-Claire (1895)

Il est également cruel et vain de penser et d’agir.

Le Puit de Sainte-Claire (1895)

Manger est bon. Avoir mangé est meilleur. Car l’ennemi qui vous épie pour prendre votre nourriture est prompt et subtil.

Crainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables (1904), Pensées de Riquet

S’il se rencontre, parmi les Quarante, des personnes de plus de politesse que de génie, quel mal y voyez-vous? La médiocrité triomphe à l’Académie? Où ne triomphe-t-elle pas?

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893), Les Académies

Je le répète : j’aime la vérité. Je crois que l’humanité en a besoin; mais certes elle a bien plus grand besoin encore du mensonge qui la flatte, la console, lui donne des espérances infinies. Sans le mensonge, elle périrait de désespoir et d’ennui.

La vie en fleur (1922)

La jeunesse a cela de beau qu’elle peut admirer sans comprendre. En avançant dans la vie, on veut saisir quelques rapports des choses, et c’est une grande incommodité.

La Vie littéraire (1888)

Il y a, en psychologie comme en physique, une loi de la pesanteur qui nous attache au vieux sol.

Le jardin d'Epicure (1894)

L’homme a le génie de l’imitation. Il n’invente guère.

Le jardin d'Epicure (1894)

Le train du monde est lent.

Le jardin d'Epicure (1894)

Crainquebille: – Bottes d’asperges! Une femme: – Ousqu’elles sont, vos asperges? La souris: – Vous êtes pas maligne; ses asperges, c’est des poireaux. Le poireau, c’est l’asperge du pauvre. Tout le monde sait ça.

Crainquebille (1903)

Alors le roi Italus, ou Vitulus, le roi Veau, exerçait sa domination paisible sur cette contrée promise à tant de gloire. Alors s’étendait sur la terre ausonienne le règne monotone des troupeaux.

Sur la pierre blanche (1905)

Les dieux des Romains étaient comme eux laborieux et bons citoyens. C’étaient des dieux utiles; chacun avait sa fonction. Les nymphes elles-mêmes occupaient des emplois civils et politiques.

Sur la pierre blanche (1905)

M. Panneton de la Barge avait des yeux à fleur de tête et une âme à fleur de peau. Et comme sa peau était luisante, on lui voyait une âme grasse.

Monsieur Bergeret à Paris (1901), V

Ceux-là furent des cuistres qui prétendirent donner des règles pour écrire, comme s’il y avait d’autres règles pour cela que l’usage, le goût et les passions, nos vertus et nos vices, toutes nos faiblesses, toutes nos forces.

Pierre Nozière (1899)

La pensée est une maladie particulière à quelques individus et qui ne se propagerait pas sans amener promptement la fin de l’espèce.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893), Le nouveau ministère

Ils tomberont de si bas que leur chute même ne leur fera pas de mal.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893), Le nouveau ministère

La faim et l’amour sont les deux axes du monde. L’humanité roule tout entière sur l’amour et la faim.

La Vie littéraire (1888), III, George Sand

Tout se paye en ce monde, et surtout la volupté.

La Vie littéraire (1888), III, M. Thiers historien

Il est tenu de toucher avec respect aux choses sacrées. Et, s’il y a, dans la société humaine, du consentement de tous, une chose sacrée, c’est l’armée.

La Vie littéraire (1888), III, Le cavalier Miserey

J’ai vécu d’heureuses années sans écrire. Je menais une vie contemplative et solitaire dont le souvenir m’est encore infiniment doux. Alors, comme je n’étudiais rien, j’apprenais beaucoup.

La Vie littéraire (1888), II, Sur le scepticisme

Chut, fit-il, chut, ne parlez point, ami Betto. J’attends ma dame, celle par qui je vais être consolé de tant de vaines amours qui, dans ce monde, m’ont trahi et que j’ai trahies.

Le Puit de Sainte-Claire (1895)

On ne sait jamais si on a bien agi envers les hommes. Il faut les adorer sans chercher à les comprendre. Leur sagesse est mystérieuse.

Crainquebille, Putois, Riquet et plusieurs autres récits profitables (1904), Pensées de Riquet

J’oserai dire qu’il n’y a de vrai au monde que le beau. Le beau nous apporte la plus haute révélation du divin qu’il soit permis de connaître.

La Vie littéraire (1888), II, Les torts de l'histoire

Les romans de M. Georges Ohnet sont exactement, dans l’ordre littéraire, ce que sont, dans l’ordre plastique, les têtes de cire des coiffeurs.

La Vie littéraire (1888), II, Hors de la littérature

Si le désir embellit toutes les choses sur lesquelles il se pose, le désir de l’inconnu embellit l’univers.

Le Livre de mon ami (1885)

L’Arabe qui se bâtit une cabane avec les marbres des temples de Palmyre est plus philosophe que tous les conservateurs des musées de Londres, de Paris et de Munich.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

De toutes les écoles que j’ai fréquentées, c’est l’école buissonnière qui m’a paru la meilleure et dont j’ai le mieux profité. Il n’est tel que de muser, ô mes amis!

Le Petit Pierre (1918)

Parce que mes passions ne sont point de celles qui éclatent, dévastent et tuent, le vulgaire ne les voit pas.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Malgré ma mine tranquille, j’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Qu’on le veuille ou non, l’heure est venue ou d’être citoyen du monde ou de voir périr toute civilisation.

Trente ans de vie sociale, IV, 1915-1924 (1973)

Il faut, dans la vie, faire la part du hasard. Le hasard, en définitive, c’est Dieu.

Le jardin d'Epicure (1894)

Nos ministres se moquent de nous en parlant de péril clérical ou de péril socialiste. Il n’y a qu’un péril, le péril financier.

L'Orme du mail (1897)

La mémoire est une faculté merveilleuse et que le don de faire apparaître le passé est aussi étonnant et bien meilleur que le don de voir l’avenir.

Le Livre de mon ami (1885)

Le rêve, plus que le rire, distingue l’homme des animaux et établit sa supériorité. Eh bien, ce besoin de rêver, l’enfant l’éprouve. Il sent son imagination qui travaille, et c’est pour cela qu’il veut des contes.

Le Livre de mon ami (1885)

Les signes et les paroles volent comme l’oiseau.

Les Contes de Jacques Tournebroche (1908)

Tout est permis à celui qui agit par vigueur de pensée et force de coeur. En trompant mes ennemis je fus magnanime et non traître.

Les Contes de Jacques Tournebroche (1908)

Qu’est-ce qu’une vie humaine? La courbe d’un projectile.

Les Contes de Jacques Tournebroche (1908)

L’antisémitisme, c’est la mort, entendez-vous, de la civilisation européenne.

Le Lys rouge (1894)

La timidité est un grand péché contre l’amour.

La Rôtisserie de la reine Pédauque (1892)

L’Etat est comme le corps humain. Toutes les fonctions qu’il accomplit ne sont pas nobles. Aussi en est-il qu’il faut cacher, je dis des plus nécessaires.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

L’histoire est condamnée, par un vice de nature, au mensonge.

Les Opinions de Jérôme Coignard (1893)

Le présent est aride et trouble, l’avenir est caché.

La vie en fleur (1922)

Toute la richesse, toute la splendeur, toute la grâce du monde est dans le passé. Et cela, les enfants le savent aussi bien que les vieillards.

La vie en fleur (1922)

Il se flattait d’être sans préjugés, et cette prétention était à elle seule un gros préjugé.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Thérèse est sage en cela, et c’est justement parce qu’elle est sage que je ne l’écoute pas ; car, malgré ma mine tranquille, j’ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Les laides seraient capricieuses tout autant que les jolies ; mais, comme on ne les gâte pas, comme on ne leur passe rien, il faut qu’elles perdent leurs caprices ou qu’elles les cachent. Au contraire, les jolies sont fantasques tout à leur aise.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Quand on n’a pas le temps de rêver éveillée, on n’a pas davantage le temps de rêver endormie.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Le riche qui convoite n’est qu’un esclave misérable.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Un poète a dit : L’enfant à qui n’a point souri sa mère n’est digne ni de la table des dieux ni du lit des déesses.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Les passions sont ennemies du repos, j’en conviens ; mais, sans elles, il n’y aurait ni industries ni arts en ce monde.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Nous voyageons sans cesse pour changer d’ennui en changeant de pays.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Rien n’est bon dans la vie que les émotions.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Pour digérer le savoir, il faut l’avoir avalé avec appétit.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

On apprend sans doute quelque chose dans les livres, mais on apprend beaucoup plus en voyant du pays.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

La majestueuse égalité des lois, qui interdit au riche comme au pauvre de coucher sous les ponts, de mendier dans les rues et de voler du pain.

Le Lys rouge (1894)

S’il fallait absolument choisir, j’aimerais mieux faire une chose immorale qu’une chose cruelle.

Le Lys rouge (1894)

Il est sage de ne mettre ni crainte, ni espérance dans l’avenir incertain.

L'Etui de nacre (1892), Le Procurateur de Judée

Tous les changements, même les plus souhaités ont leur mélancolie, car ce que nous quittons, c’est une partie de nous-mêmes ; il faut mourir à une vie pour entrer dans une autre.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Rarement un écrivain est si bien inspiré que lorsqu’il se raconte. Le pigeon du poète a raison de dire : Mon voyage dépeint vous sera d’un plaisir extrême. Je dirai : J’étais là ; telle chose m’advint : Vous y croirez être vous-même.

La Vie littéraire (1888)

Mais ne me dit pas que la Révolution établira l’égalité, parce que les hommes ne seront jamais égaux ; ce n’est pas possible, et l’on a beau mettre le pays sans dessus dessous : il y aura toujours des grands et des petits, des gras et des maigres.

Les Dieux ont soif (1912)

Il faut donner son bien, et non celui des autres, me dit elle, et il faut savoir donner. – C’est le secret du bonheur, et peu le savent, ajouta mon père. Il le savait, lui !

Le Livre de mon ami (1885)

Il a cette charité froide qu’on nomme l’altruisme. Il n’est pas humain parce qu’il n’est pas sensuel.

Le Lys rouge (1894)

Nous savons que la vie est brève et, pour la prolonger, nous y mettons le souvenir des temps qui ne sont plus.

Le jardin d'Epicure (1894)

Avant de juger une peinture, cherchez ce que le peintre a voulu, et ne le condamnez pas sur les sacrifices qu’il a dû faire pour mieux rendre sa pensée. Le génie consiste surtout à oser les sacrifices nécessaires, si grands qu’ils soient.

La vie en fleur (1922)

Savoir n’est rien, imaginer est tout.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Les livres d’histoire qui ne mentent pas sont tout fort maussades.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Je ne sais pas de lecture plus facile, plus attrayante, plus douce que celle d’un catalogue.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

De toutes les définitions de l’homme, la plus mauvaise me paraît celle qui en fait un animal raisonnable.

Le Petit Pierre (1918)

Un conte sans amour est comme du boudin sans moutarde ; c’est chose insipide.

La Révolte des anges (1914)

Il ne savait rien, ne voulait rien savoir, en quoi il se conformait à son génie, dont il ne surchargeait point l’aimable petitesse, et son heureux instinct lui conseillait de comprendre peu plutôt que de comprendre mal.

La Révolte des anges (1914)

Nous avons des remèdes pour faire parler les femmes ; nous n’en avons pas pour les faire taire.

La Comédie de celui qui épousa une femme muette (1908)

L’innocence, le plus souvent, est un bonheur et non pas une vertu.

Les Dieux ont soif (1912)

Dans tout Etat policé, la richesse est chose sacrée ; dans les démocraties elle est la seule chose sacrée.

L'Ile des Pingouins (1908)

Ce sont les hommes qui n’aiment pas les femmes qui s’intéressent à la toilette des femmes. Et les hommes qui aiment les femmes ne voient pas seulement comment elles sont habillées.

L'Anneau d'améthyste (1899)

Vivre sans illusions, c’est le secret du bonheur.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

Le souci du juge, dans son interprétation de la loi, ne doit pas être seulement limité au cas spécial qui lui est soumis, mais s’étendre encore aux conséquences bonnes ou mauvaises que peut produire sa sentence dans un intérêt plus général.

Crainquebille (1903)

La probité et la délicatesse sont deux vertus infiniment plus faciles à pratiquer quand on ne manque de rien, que lorsqu’on est dénué de tout.

Crainquebille (1903)

Un homme ne saurait juger les hommes. Un juge, en siégeant, quitte son humanité. Il se divinise, et il ne sent plus ni joie ni douleur.

Crainquebille (1903)

Les juges ne sont obéis que tant qu’ils ont la force avec eux. Sans les gendarmes, le juge ne serait qu’un pauvre rêveur.

Crainquebille (1903)

On croit mourir pour la patrie ; on meurt pour des industriels.

L'Humanité, 18 juillet 1922.

Il a au plus haut degré ce qu’on appelle l’autorité. On l’écoute avant même qu’il ait parlé.

La Vie littéraire (1888)

Quand il n’obéit pas au gouvernail, le navire obéit à l’écueil.

L'Ile des Pingouins (1908)

Ne médisons point des pécheurs : nous en vivons, prêtres indignes que nous sommes !

Les Dieux ont soif (1912)

Cartier de Chalmot, monarchiste et chrétien, gardait à la République une désapprobation pleine, silencieuse et simple. Ne lisant point les journaux et ne causant avec personne, il mésestimait par principe un pouvoir civil dont il ignorait les actes.

L'Orme du mail (1897)

Il n’est pas difficile de s’apercevoir si un homme est heureux ou malheureux. La joie et la douleur sont ce qu’on dissimule le moins, surtout dans la jeunesse.

La vie en fleur (1922)

Savoir n’est rien, imaginer est tout. Rien n’existe que ce qu’on imagine. Je suis imaginaire. C’est exister cela, je pense ! On me rêve et je parais !

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Qu’est-ce qu’un livre ? Une suite de petits signes. Rien de plus. C’est au lecteur à tirer lui-même les formes, les couleurs et les sentiments auxquels ces signes correspondent. Il dépendra de lui que ce livre soit terne ou brillant, ardent ou glacé.

Le jardin d'Epicure (1894)

Quand on lit un livre, on le lit comme on veut, on en lit ou plutôt on y lit ce qu’on veut. Le livre laisse tout à faire à l’imagination. Aussi les esprits rudes et communs n’y prennent-ils, pour la plupart, qu’un pâle et froid plaisir.

Le jardin d'Epicure (1894)

J’appelle vice une disposition habituelle à ce que le nombre considère comme anormal et mauvais ; c’est-à-dire la morale individuelle, la vertu individuelle, la beauté, la puissance, le génie.

Les Sept Femmes de Barbe bleue et autres contes merveilleux (1909)

Que peut la vérité froide et nue contre les prestiges étincelants du mensonge ?

Les Sept Femmes de Barbe bleue et autres contes merveilleux (1909)

Ne pleure pas, toi que j’aimais Ce qui n’est plus ne fut jamais.

Le Lys rouge (1894)

L’amour terrestre est un amour fragile : Les amants sont unis par des chaînes d’argile.

Les Noces corinthiennes (1876)

Vous ne pouvez être maladroit : aucune maladresse n’est possible au défenseur d’une cause perdue. L’avocat du malheur est toujours éloquent.

Monsieur Bergeret à Paris (1901)

Qui vit peu change peu, et ce n’est guère vivre que d’user ses jours sur de vieux textes.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Les plus beaux mots du monde ne sont que de vains sons, si on ne les comprend pas. Voilà une vérité dont la jeune littérature n’est pas assez pénétrée.

La Vie littéraire (1888)

Je découragerais volontiers certains de mes amis d’écrire un drame ou une épopée ; je ne découragerais personne de dicter ses mémoires, personne, pas même ma cuisinière bretonne.

La Vie littéraire (1888)

Une autobiographie ne doit rien à la mode. On n’y cherche que la vérité humaine.

La Vie littéraire (1888)

Oui, nous aimons toutes les confessions et tous les mémoires. Non, les écrivains ne nous ennuient pas en nous parlant de leurs amours et de leurs haines, de leurs joies et de leurs douleurs.

La Vie littéraire (1888)

C’est d’actes et non d’idées que vivent les peuples.

La Vie littéraire (1888)

Les gens qui n’eurent point de faiblesses sont terribles ; on n’a point de prise sur eux.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

L’homme est ainsi fait qu’il ne se délasse d’un travail que par un autre.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)

Les hommes qui se sont occupés du bonheur des peuples ont rendu leurs proches bien malheureux.

Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881)