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Citations de : Anatole Bisk, dit Alain Bosquet

Je ne sais pas ce qu’est l’inspiration: je ne connais que le désir du changement et de la métamorphose.

Le Verbe est un navire (1998)

Toute souffrance équivaut à une inspiration. D’une douleur on tire un livre.

Interview 70 (2001)

Le mariage est la rencontre de deux miroirs, l’un grossissant et l’autre amaigrissant.

Le Verbe est un navire (1998)

Je n’ai jamais voulu connaître ma ville natale. Heureux qui n’a pas de lieu de naissance: il peut naître où il veut. Et aussi quand cela lui chante.

Interview 70 (2001)

Je vends des arcs-en-ciel dans les pays où il ne pleut jamais.

Le Verbe est un navire (1998)

On en est là: les peuples exigent de leur télévision qu’elle les protège des intellectuels.

Le Verbe est un navire (1998)

Une vie: cinq pour cent de rage, deux pour cent de volupté, et tout le reste est brouillard.

La fable et le fouet (1995)

Nos vies sont inutiles, trouées, impalpables: notre seule volupté consiste à nous en improviser une autre.

Interview 70 (2001)

Quand l’ébahissement cesse d’être naturel, il prend la forme de l’abscons et du saugrenu.

Les Bonnes intentions

Vous commencez à m’énerver, monsieur Ausonius. Et les baroudeurs comme moi, quand ils s’impatientent, leurs revolvers partent tout seuls.

Les Bonnes intentions (1975)

Eviter la vindicte divine ou, au contraire, se soumettre à la volonté des forces inconnues: quel bain de suprême inconscience!

Les Bonnes intentions (1975)

Si l’homme n’était pas un animal debout, il serait moins féroce. La biologie est fautive.

Les Bonnes intentions (1975)

La maman est aux anges par définition, attitude que personne ne peut critiquer.

Les Bonnes intentions (1975)

Les maisons lui paraissent amènes, dans ce quartier qu’il affectionne.

Les Bonnes intentions (1975)

Fleuris tes abîmes: tu ne possèdes pas d’autres demeures.

Le Verbe est un navire (1998)

Apprends avant toute chose l’interrogation: elle tempère l’émerveillement.

La fable et le fouet (1995)

N’écoutez que votre inconscience: elle seule peut vous offrir des fruits qui chantent et des neiges qui soudain, en plein vol, se transforment en pélicans.

Le Verbe est un navire (1998)

L’écriture est une délivrance qui, phrase après phrase, mot après mot, devient un esclavage.

Le Verbe est un navire (1998)

Tout être est un univers. Si vous préférez, une cité de globules, de muscles, de gestes et de pensées qui bougent sans qu’on puisse en saisir le sens.

Interview 70 (2001)

Avant la chose, – Il y eut la révolte de la chose: – La jarre s’est brisée pour ne pas être jarre – Entre les mains malpropres.

Le Livre du doute et de la grâce (1977)

Qu’est-ce que Dieu? C’est un secret de l’homme.

Le Livre du doute et de la grâce (1977)

Le monde n’est réel que si je le dérange.

Poèmes, un

Que suis-je pour moi-même? Un mot qui me corrige.

Poèmes, un (1945-1967)

Pour être moi, j’écris: – C’est aux mots de comprendre.

Poèmes, un (1945-1967)

Le dieu est rire – Je l’accepte s’il tue les autres dieux.

Poèmes, un (1945-1967)

Je ne suis pas encore atteint de Dieu. Mes poèmes, qui ont plus de chance, ne peuvent se passer de lui.

Le Livre du doute et de la grâce (1977)

La vérité la plus tangible: le corps humain.

Jean-Louis Trabart (1980), médecin

Dieu, il faut l’adorer ou le haïr; sans cette alternative, tu ne seras qu’un estropié.

L'enfant que tu étais (1982)

La violence est l’une des grandes industries américaines.

Les Américains sont-ils adultes?

Mes mots ne valent rien s’ils ne sont à la fois silex, velours, flamme et rosée.

La fable et le fouet (1995)

Je suis la somme des livres que j’ai lus. Ce n’est pas si simple: je suis aussi la somme des livres que j’ai refusé de lire.

La fable et le fouet (1995)

J’écris pour me débarrasser de moi. J’écris pour mieux me connaître. Entre ces deux extrêmes, la vérité titube, de plus en plus ivre.

La fable et le fouet (1995)

Pourquoi voulez-vous que Dieu soit mort? J’affirme qu’il n’est pas encore né.

La fable et le fouet (1995)

Pendant plusieurs années, je me suis demandé comment on doit corriger notre démocratie. A présent, je me demande comment on doit la remplacer.

La fable et le fouet (1995)

L’amour excessif de Dieu implique la haine de l’homme.

La fable et le fouet (1995)

S’il me reste un peu de vie, au lieu de la vivre je préférerais l’écrire: je pourrais au moins la corriger.

Je veux qu’on me creuse trois tombes: une pour mon corps, une pour mon âme, une pour mes mots.

A soixante-dix ans, ce n’est pas mon regard dans la glace qui m’épie et proteste: c’est mon squelette.

Pourquoi n’irais-je pas lundi à mes obsèques? Les fleurs seront mignonnes. Une actrice lira un de mes poèmes. Je dirai aux amis que je suis très heureux de les avoir quittés.

Je me liquide. Il est un âge où par lucidité on devient entrepreneur en démolitions.

J’ai dépensé ma vie: il ne me reste plus un sou pour une mort décente.

Il a replacé d’autres personnes déplacées: par exemple, dans une usine de textiles en Hollande, où on leur donne un salaire qui se monte au quart des gages payés aux ouvriers bataves, mais quoi? se refaire une patrie est toujours coûteux.

Les Bonnes intentions (1975)

Après le dépeçage: à l’Angleterre la mer du Nord avec toutes les installations portuaires s’il en reste, à la France la Rhénanie, à la Russie une moitié suffisante pour un Etat-tampon.

Les Bonnes intentions (1975)

Ca te chagrine que je puisse respirer sans toi. Si tu y tiens vraiment, et pour soulager ton bon coeur un peu cul, tu peux me laisser un cadeau.

Les Bonnes intentions (1975)

Les grandes causes, il n’en connaît que de trois sortes: la prison spirituelle des croyants, les aberrations des croisés de toutes sortes, et le jeu de la politique.

Les Bonnes intentions (1975)

Vous ne m’en voudrez donc pas de couper les ponts: oui, tous les ponts. Dans deux ou trois ans, quand je serai devenu un autre, et j’y aspire de toute mon âme, nous pourrons nous rencontrer de nouveau, impunément. Je vous dis adieu.

Les Bonnes intentions (1975)

Il y a bien trois ou quatre têtes chaudes, qui signent des pétitions en notre faveur: c’est pour se soulager.

Les Bonnes intentions (1975)

Oui, mon chou, mords-moi, broute-moi. J’ai un goût d’algue, et d’huître et de pain pas entièrement cuit.

Les Bonnes intentions (1975)

Il a roulé sa bosse, il ne sait plus où il en est de ses convictions successives, il va encore bourlinguer …

Les Bonnes intentions (1975)

Tu ne vas pas jusqu’à pleurer sur le sort des tortues de mer, que la méchante bombe H a privées de leur sens de l’orientation sur cet atoll maudit, comment s’appelle-t-il encore, Bikini?

Les Bonnes intentions (1975)

Le 11 avril 1951, le président Truman relève le général Mac Arthur de son commandement, en Corée. Dans les écoles, la pointe Bic remplce peu à peu la plume sergent-major.

Les Bonnes intentions (1975)

Ce soir, je me contente d’un camembert bien mûr.

La fable et le fouet (1995)

L’infarctus, le cancer, la lèpre ? J’ai peur d’une autre maladie : l’insignifiance.

La fable et le fouet (1995)

Je vous présente Ma poésie : c’est une île qui vole de livre en livre à la recherche de sa page natale, puis s’arrête chez moi, les deux ailes blessées, pour ses repas de chair et de paroles froides.

Quel royaume oublié (1955)

Elle écoute avec intensité ce qu’on lui dit, les chuchotements de l’existence, les cris du hasard: elle est prête à y faire front, mais est-ce pour les étouffer ou pour s’en défendre ?

Les Bonnes intentions (1975)

A mon avis, tu devrais te montrer plus extatique, plus inspiré, plus lointain. Les camps, tu dois te dire qu’ils n’existent pas.

Les Bonnes intentions (1975)

Quand la fatigue s’empare d’eux, ils téléphonent, envoient des lettres par exprès, convoquent des ouvriers qualifiés et d’ingénieux artisans.

Les Bonnes intentions (1975)

Ce qu’ils profèrent, ils refusent d’y réfléchir, les insultes succédant aux éructations heureuses, et les pleurnicheries aux silences intolérables.

Les Bonnes intentions (1975)

On désire le bonheur du couple: lui a fait son devoir, elle est plutôt jolie, et tous deux ont la tête sur les épaules.

Les Bonnes intentions (1975)

L’électro-ménager rend la vie de famille plus agréable: ce ne sont que lave-vaisselle, ce ne sont que machines à laver.

Les Bonnes intentions (1975)

Peu à peu, je me suis dit que pour vivre, pour m’accepter, pour justifier le train-train sans histoire qu’est le mien, il fallait que je mette mon énergie au service des déhérités.

Les Bonnes intentions (1975)

Chacun éprouve le même drame: il ne sait au juste qui il pourrait être. Parfois, il décide qu’il a trouvé. Il se met une identité: une camisole de force. Un uniforme d’amiral: ça finit par s’incruster sous la peau.

Interview 70 (2001)