Acceuil / Citation

Citations de : Albert Cohen

Combien nous pouvons faire souffrir ceux qui nous aiment et quel affreux pouvoir de mal nous avons sur eux.

Le livre de ma mère

Ce qui est laid, c’est que sur cette terre il ne suffise pas d’être tendre et naïf pour être accueilli à bras ouverts.

Le livre de ma mère

Pleurer sa mère, c’est pleurer son enfance. L’homme veut son enfance, veut la ravoir, et s’il aime davantage sa mère à mesure qu’il avance en âge, c’est parce que sa mère, c’est son enfance. J’ai été un enfant, je ne le suis plus et je n’en reviens pas.

Le livre de ma mère

… on a eu la gentille pensée de lui mettre dessus une lourde dalle de marbre, un presse-mort, pour être bien sûr qu’elle ne s’en ira pas.

Le livre de ma mère

(En parlant de la neige) – Quel plaisir de marcher sur ce bicarbonate qui te mouille les souliers?

Le livre de ma mère

O curieuses pâleurs de mes amours défuntes.

Le livre de ma mère

Amour de ma mère. Elle était avec moi comme un de ces chiens aimants, approbateurs et enthousiastes, ravis d’être avec leur maître.

Le livre de ma mère (1954)

L’homme orgueilleux seul croit qu’il vivra toujours.

Solal (1930)

Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles. … Aucun fils ne sait vraiment que sa mère mourra et tous les fils se fâchent et s’impatientent contre leurs mères, les fous si tôt punis.

Le livre de ma mère (1954)

Oui, allons dormir, le sommeil a les avantages de la mort, sans son petit inconvénient.

Le livre de ma mère (1954)

Tout ce que je pense, je l’écris avec mon index sur du vide, c’est ma manie de solitude.

Carnets 1978 (1979)

Pourquoi quand il y a un masculin et un féminin l’adjectif doit être masculin c’est pas juste pourquoi est-ce qu’on pourrait pas dire que la mer et le lac sont belles ?

Belle du Seigneur (1968)

Le coeur c’est le petit grelot du pesant collier de la vie, comme dit la chanson.

Belle du Seigneur (1968)

O ce besoin d’être unie à lui, de n’aimer que ce qu’il aimait, de connaître les livres qu’il aimait pour les lire et à son tour les aimer.

Belle du Seigneur (1968)

Se faire aimer est si facile, si déshonorant. Toujours la même vieille stratégie et les mêmes misérables causes, la viande et le social.

Belle du Seigneur (1968)

Chacun de nous a ainsi sa petite monture sociale qu’il chevauche dès qu’il peut, sa petite couronne rédemptrice qu’il sort le plus vite possible.

Belle du Seigneur (1968)

Amour de ma mère, à nul autre pareil. Elle perdait tout jugement quand il s’agissait de son fils. Elle acceptait tout de moi, possédée du génie divin qui divinise l’aimé, le pauvre aimé si peu divin.

Le livre de ma mère (1954)

La douleur, ça ne s’exprime pas toujours avec des mots nobles. Ça peut sortir par de petites plaisanteries tristes, petites vieilles grimaçant aux fenêtres mortes de nos yeux.

Le livre de ma mère (1954)

Le milliardaire de l’amour reçu est devenu clochard.

Le livre de ma mère (1954)

Ainsi suis-je, mon ami, gracieux avec les gracieux, mais rugissant avec les rugissants et lion avec les hyènes !

Belle du Seigneur (1968)

Oui, les mots, ma patrie, les mots, ça console et ça venge. Mais ils ne rendront pas ma mère.

Le livre de ma mère (1954)

Il fallait un peu de joie pour supporter le malheur, pour continuer à vivre, il le savait maintenant, n’importe quelle sorte de joie, même infime, même idiote.

Belle du Seigneur (1968)

Le plus souvent, elle résistait à la tentation, savait qu’à trop lire une lettre on l’abîmait, on ne la sentait plus.

Belle du Seigneur (1968)

En somme, rien n’était perdu. La vie était faite de hauts et de bas. Les impressions étaient passagères. Il s’agissait seulement d’effacer la mauvaise impression, de la remplacer par une bonne, de reconquérir son estime.

Belle du Seigneur (1968)

Ces roses sont des bouts de cadavres qu’on force à faire semblant de vivre trois jours de plus dans de l’eau et les gens aiment ça, cette agonie, et ils achètent ces cadavres de fleurs et les jeunes filles s’en repaissent.

Le livre de ma mère (1954)

Dites-leur que cette année la mode c’est une jupe avec un grand trou au bas du dos, et elles courront se mettre des jupes trouées révélant leurs orbes nus.

Belle du Seigneur (1968)

Les souvenirs, cette terrible vie qui n’est pas de la vie et qui fait mal.

Le livre de ma mère (1954)

Edentés ou non, forts ou faibles, jeunes ou vieux, nos mères nous aiment. Et plus nous sommes faibles et plus elles nous aiment. Amour de nos mères, à nul autre pareil.

Le livre de ma mère (1954)

Avec elle seule je n’étais pas seul. Maintenant je suis seul avec tous.

Le livre de ma mère (1954)

Le vrai amour, veux-tu que je te dise, c’est l’habitude, c’est vieillir ensemble.

Le livre de ma mère (1954)

Les génies savent que le génie c’est la ténacité, les crétins croient que c’est un don.

Belle du Seigneur (1968)

Dehors, universelle, une inlassable pluie disait leur malheur. Enfermés dans la souricière d’amour, condamnés aux travaux d’amour à perpétuité, ils étaient couchés l’un près de l’autre, beaux, tendres aimants et sans but. Sans but.

Belle du Seigneur (1968)

Il fallait tout de même nourrir la conversation puisqu’on était des mammifères amoureux à langage articulé.

Belle du Seigneur (1968)

Tenue par lui, tête renversée, elle entrouvrit les lèvres comme une fleur éclose, et ils burent l’un à l’autre, soigneux, profonds, perdus et ce fut le grave langage, soudain furieux langage de jeunesse, longue lutte mouillée, lèvres et langues unies.

Belle du Seigneur (1968)

Sois cruel avec maîtrise. Le sel est excellent mais pas trop n’en faut. Par conséquent, alternances de duretés et de douceurs, sans oublier les obligatoires ébats.

Belle du Seigneur (1968)

Devenus protocole et politesses rituelles, les mots d’amour glissaient sur la toile cirée de l’habitude.

Belle du Seigneur (1968)

On n’exprime efficacement, et par conséquent avec le maximum de profit, que les sentiments sincères. De plus, on a la conscience en paix.

Belle du Seigneur (1968)

L’action du sexuel est passagère tandis que souveraine et durable celle du social.

Belle du Seigneur (1968)

Ainsi est la vie, mon ami, et les inclinations du coeur ne se commandent pas! Tel est fait pour être aimé, tel autre pour être moins aimé!

Belle du Seigneur (1968)

Mais enfin il faut savoir se sacrifier avec joie et aimer quand même, conclut-elle avec un effrayant sourire angélique.

Belle du Seigneur (1968)

Mon amour, s’entendait-elle murmurer. Vous voyez, mon chéri, disait-elle alors à l’absent, vous voyez, même quand je ne pense pas à vous, en moi ça pense à vous.

Belle du Seigneur (1968)

Quand les gens posent pour une photographie, ils sourient, ils sont bons, leur âme est endimanchée. C’est agréable de les regarder, on a le meilleur d’eux.

Belle du Seigneur (1968)

Mais que m’importent les napoléons et leur joie, si je n’ai point celle de créer, d’agir et d’être admiré? Moi, ce qu’il me faut, c’est une existence mouvementée, avec discussion et stratagème! Enfin, un peu de vie avant beaucoup de mort!

Belle du Seigneur (1968)

Je sais que les hommes naissent libres et égaux en droit, mais ça ne dure pas longtemps!

Belle du Seigneur (1968)

Etre un grand homme n’est rien si on ne peut le paraître.

Belle du Seigneur (1968)

La douleur, ça ne s’exprime pas toujours avec des mots nobles. Ca peut sortir par de petites plaisanteries tristes, petites vieilles grimaçant aux fenêtres mortes de mes yeux.

Le livre de ma mère (1954)

O pain des anges, besoin de cette géniale tendresse qu’elles ne donnent qu’entrées en passion, cette passion qu’elles ne donnent qu’aux méchants.

Belle du Seigneur (1968)

J’avais besoin de sa tendresse, cette tendresse qu’elles ne donnent que si elles sont en passion, cette maternité divine des femmes en amour.

Belle du Seigneur (1968)

Amour de ma mère, à nul autre pareil. Elle perdait tout jugement quand il s’agissait de son fils.

Le livre de ma mère (1954)

Ce que je sais plus encore, c’est que ma mère était un génie de l’amour. Comme la tienne, toi qui me lis.

Le livre de ma mère (1954)

Louange à vous, mères de tous les pays, louange à vous en votre soeur ma mère, en la majesté de ma mère morte. Mères de toute la terre, Nos Dames les mères, je vous salue, vieilles chéries.

Le livre de ma mère (1954)

Je veux être le petit garçon de Maman, un petit garçon très gentil qui, lorsqu’il est malade, aime tenir le bas de la jupe de Maman assise auprès du lit. Lorsque je tiens le bas de sa jupe, personne ne peut rien contre moi.

Le livre de ma mère (1954)

Dans la glace je me regarde et, si âgé que je sois, je considère l’enfant de ma mère, l’enfant que je suis en secret, l’enfant que je serai toujours.

Le livre de ma mère (1954)

J’attends que ma mère, sous la lune qui est son message, apparaisse peut-être. Mais seuls les souvenirs arrivent. Les souvenirs, cette terrible vie qui n’est pas de la vie et qui fait mal.

Le livre de ma mère (1954)

En vérité, en vérité, je vous le dis l’épouse qui presse le furoncle du mari pour en faire tendrement sortir le pus, c’est autrement plus grave et plus beau que les coups de reins et sauts de carpe de la Karénine.

Belle du Seigneur (1968)

Amour de ma mère, à nul autre pareil.

Le livre de ma mère (1954)

Oui, aussitôt entré, il l’embrasserait, il la serrerait fort contre lui, et en avant vers le lit, soit chez elle, soit chez lui! Non, chez elle, le lit était plus grand. La déshabiller vite, lui dire de se coucher, et en avant, à la hussarde!

Belle du Seigneur (1968)

Sur la manche de son veston, il découvrit une tache de graisse. Eh, mon Dieu, quelle horreur ! murmura-t-il fémininement.

Belle du Seigneur (1968)

M. Deume, encaqué dans sa chemise empesée, gémissait d’une voix qui semblait sortir d’un cachot: «Ze ne peux pas me dépêtrer de ma cemise parce qu’elle est collée de partout».

Belle du Seigneur (1968)

Soudain sérieuse et consciente de ses responsabilités, elle s’emplâtrait le visage et le cou avec une boue grise, dite masque de beauté, restait pétrifiée, en service d’amour, sans parler ni chanter, afin de ne pas craqueler la fange séchée.

Belle du Seigneur (1968)

Quand les gens posent pour une photographie, ils sourient, ils sont bons, leur âme est endimanchée.

Belle du Seigneur (1968)

Il allait à grands pas importants, charmé de ses toxines brûlées par cette longue promenade de digestion.

Belle du Seigneur (1968)

Elle allait dans un institut de beauté pour se faire désincruster le visage. Qu’est-ce que ça pouvait être cette désincrustation? Peut-être que ça faisait sortir de petits vers de chaque pore.

Belle du Seigneur (1968)

De plaisir, je viens de me faire un clin d’oeil dans la glace.

O vous, frères humains (1972)

En vérité, il y a deux amours, le vrai pour les bien-aimés, et le faux pour les autres, l’amour dit du prochain. Ah, comme ils aiment peu et comme ils se contentent de peu, les aimants du prochain.

O vous, frères humains (1972)

La joconde a une tête de femme de ménage, je ne comprends pas pourquoi on fait tant de chichis pour cette bonne femme.

La vieillesse est un décès par petits morceaux.

O vous, frères humains (1972)

Oui, Bach, Mozart, Dieu, elles commencent toujours par ça. Ca fait conversation honnête, alibi moral. Et quinze jours plus tard, trapèze volant dans le lit.

Belle du Seigneur (1968)

Charmées par mon sourire, ce petit morceau déjà visible de mon squelette.

Belle du Seigneur (1968)

Juliette aurait-elle aimé Roméo si Roméo avait eu quatre incisives manquantes, un grand trou noir au milieu?

Belle du Seigneur (1968)

En vérité, en vérité, je vous le dis, l’épouse qui presse le furoncle du mari pour en faire tendrement sortir le pus, c’est autrement plus grave et plus beau que les coups de reins et sauts de carpe de la Karénine.

Belle du Seigneur (1968)

Non, pas drôle de baiser des lèvres moustachues. Voilà d’ailleurs qui juge les femmes, ces créatures incroyables qui aiment donner des baisers à des hommes, ce qui est horrible.

Belle du Seigneur (1968)

J’adore les femmes, mais je ne leur pardonnerai jamais d’aimer les hommes.

Belle du Seigneur (1968)

Sous le haut gaillard, elles adorent trouver l’enfant … bref neuf dixièmes de gorille et un dixième d’orphelin leur font tourner la tête.

Belle du Seigneur (1968)

… jurer est une chose, tenir parole est une deuxième chose.

Solal

… le malheur est père du bonheur de demain.

Solal

Le monde était tracé à la règle et Sir George était perpendiculaire au monde.

Solal

L’amour du prochain réclame des poètes qui savent donner leur unique manteau.

Solal

Baiser, cette soudure de deux tubes digestifs.

Solal

Pourquoi (gardait-il) le passeport de son grand-père mort depuis quarante ans? Prudence. On ne sait jamais. Un passeport est toujours utile à garder. Et d’ailleurs n’est-il pas dit que les morts ressusciteront?

Solal

– En somme, qu’est-ce que la vérité? … – – C’est ce qui est entre les mots … et qu’on éprouve dans la joie.

Solal

Nous sommes le monstre d’humanité car nous avons déclaré combat à la nature.

Solal

Mais j’étais un fils. Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles.

Le livre de ma mère

De même que les pages que j’écris en ce moment, les nuits que je passe à les écrire, tout cela est si vain, si pour rien. Je mourrai. Plus de je bientôt.

Le livre de ma mère

Avoir de la douleur, c’est vivre, c’est en être, c’est y être encore.

Le livre de ma mère

(En parlant du sommeil) – … la musique des tombes …

Le livre de ma mère

On aime être ce qu’on n’est pas.

Le livre de ma mère

Oui, les mots, ma patrie, les mots, ça console et ça venge.

Le livre de ma mère

Chaque homme est seul et tous se fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte.

Le livre de ma mère

Ma souffrance est ma vengeance contre moi-même.

Le livre de ma mère

… le sommeil a les avantages de la mort sans son petit inconvénient.

Le livre de ma mère

Amours de nos mères, à nul autre pareil.

Le livre de ma mère

Le terrible des morts, c’est leurs gestes de vie dans notre mémoire. Car alors, ils vivent atrocement et nous n’y comprenons plus rien.

Le livre de ma mère