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Citations de : Albert Camus

Si le monde était clair, l’art ne serait pas.

Le mythe de Sisyphe (1942)

L’oeuvre d’art naît du renoncement de l’intelligence à raisonner le concret.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Nous finissons toujours par avoir le visage de nos vérités.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Il vient toujours un temps où il faut choisir entre la contemplation et l’action. Cela s’appelle devenir un homme.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Un homme est plus un homme par les choses qu’il tait que par celles qu’il dit.

Le mythe de Sisyphe (1942)

De toutes les gloires, la moins trompeuse est celle qui se vit.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Un destin n’est pas une punition.

Le mythe de Sisyphe (1942)

… ceux qu’un grand amour détourne de toute vie personnelle s’enrichissent peut-être, mais appauvrissent à coup sûr ceux que leur amour a choisis.

Le mythe de Sisyphe (1942)

L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde.

Le mythe de Sisyphe (1942)

A partir du moment où elle est reconnue, l’absurdité est une passion, la plus déchirante de toutes.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Vouloir, c’est susciter les paradoxes.

Le mythe de Sisyphe (1942)

… comprendre c’est avant tout unifier.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Il est toujours aisé d’être logique. Il est presque impossible d’être logique jusqu’au bout.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Nous prenons l’habitude de vivre avant d’acquérir celle de penser. Dans cette course qui nous précipite tous les jours un peu plus vers la mort, le corps garde cette avance irréparable.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Un geste comme (le suicide) se prépare dans le silence du coeur au même titre qu’une grande oeuvre.

Le mythe de Sisyphe (1942)

On veut gagner de l’argent pour vivre heureux et tout l’effort et le meilleur d’une vie se concentrent pour le gain de cet argent. Le bonheur est oublié, le moyen pris pour la fin.

Il n’y a qu’un problème philosophique vraiment sérieux: c’est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d’être vécue, c’est répondre à la question fondamentale de la philosophie.

Le mythe de Sisyphe (1942)

C’est facile, c’est tellement plus facile de mourir de ses contradictions que de les vivre.

Les Justes (1952)

Collectionner, c’est être capable de vivre de son passé.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Une attitude saine comprend aussi des défauts.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Pourquoi faudrait-il aimer rarement pour aimer beaucoup?

Le mythe de Sisyphe (1942)

… un exemple n’est pas forcément un exemple à suivre …

Le mythe de Sisyphe (1942)

Pour un homme sans oeillère, il n’est pas de plus beau spectacle que celui de l’intelligence aux prises avec une réalité qui le dépasse.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Vivre, c’est faire vivre l’absurde.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La pensée d’un homme est avant tout sa nostalgie.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Je veux savoir si je puis vivre avec ce que je sais et avec cela seulement.

Le mythe de Sisyphe (1942)

… un homme est toujours la proie de ses vérités.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Sur le plan de l’intelligence, je puis donc dire que l’absurde n’est pas dans l’homme (si une pareille métaphore pouvait avoir un sens), ni dans le monde, mais dans leur présence commune.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Vivre est une torture puisque vivre sépare.

Les Justes (1952)

Il y a quelque chose de plus abject encore que d’être un criminel, c’est de forcer au crime celui qui n’est pas fait pour lui.

Les Justes (1952)

Que voulez-vous, je ne m’intéresse pas aux idées, moi, je m’intéresse aux personnes.

Les Justes (1952)

C’est cela l’amour, tout donner, tout sacrifier sans espoir de retour.

Les Justes (1952)

(L’honneur) est la dernière richesse du pauvre.

Les Justes (1952)

Pour se suicider, il faut beaucoup s’aimer. Un vrai révolutionnaire ne peut pas s’aimer.

Les Justes (1952)

J’ai compris qu’il ne suffisait pas de dénoncer l’injustice. Il fallait donner sa vie pour la combattre.

Les Justes (1952)

Le monde change, et avec lui les hommes et la France elle-même. Seul l’enseignement français n’a pas encore changé. Cela revient à dire qu’on apprend aux enfants de ce pays à vivre et à penser dans un monde déjà disparu.

Une seule certitude suffit à celui qui cherche.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Toute forme de mépris, si elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme.

L'Homme révolté (1951)

Tout le monde ment. Bien mentir voilà ce qu’il faut.

Les Justes (1952)

Si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors il échoue à tout.

Carnets

Seule la vérité peut affronter l’injustice. La vérité, ou bien l’amour.

Requiem pour une nonne

Se donner n’a de sens que si l’on se possède.

Carnets

L’homme est la seule créature qui refuse d’être ce qu’elle est.

L'Homme révolté (1951)

Qui aurait besoin de pitié, sinon ceux qui n’ont compassion de personne!

L'Etat de siège

Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t’enlever ta liberté pour assurer ton pain?

Qu’est-ce que l’homme? Il est cette force qui finit toujours par balancer les tyrans et les dieux.

Lettres à un ami allemand

Pour la plupart des hommes, la guerre est la fin de la solitude. Pour moi, elle est la solitude définitive.

Carnets

Pitié pour les justes!

Les Justes (1952)

Oui, j’ai une patrie: la langue française.

Carnets

On aide plus un être en lui donnant de lui-même une image favorable qu’en le mettant sans cesse en face de ses défauts.

Nous vivons avec des idées qui, si nous les éprouvions vraiment, devraient bouleverser toute notre vie.

Nous sommes lucides. Nous avons remplacé le dialogue par le communiqué.

Nous habitons notre corps bien avant de le penser.

Mais c’est curieux tout de même comme nous vivons parmi des gens pressés.

L'Envers et l'endroit

Le sens de la vie supprimé, il reste encore la vie.

Le plus haut des tourments humains est d’être jugé sans loi.

La Chute (1956)

Le grand courage, c’est encore de tenir les yeux ouverts sur la lumière comme sur la mort.

Le charme: une manière de s’entendre répondre «oui» sans avoir posé aucune question claire.

La Chute (1956)

Le bonheur, pourquoi le refuser? En l’acceptant, on n’aggrave pas le malheur des autres et même ça aide à lutter pour eux. Je trouve regrettable cette honte qu’on éprouve à se sentir heureux.

Le besoin d’avoir raison… marque d’esprit vulgaire.

Carnets

La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent.

L'Homme révolté (1951)

La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule, qui met chaque objet en valeur.

L'Eté (1954)

La tragédie n’est pas une solution.

Carnets

La tentation la plus dangereuse: ne ressembler à rien.

Carnets

La révolte est une ascèse, quoique aveugle. Si le révolté blasphème alors, c’est dans l’espoir d’un nouveau Dieu.

L'Homme révolté (1951)

La passion la plus forte du vingtième siècle: la servitude.

Carnets

La nature a horreur des trop longs miracles.

Journaux de voyage (1949)

La mort n’est rien. Ce qui importe, c’est l’injustice.

Requiem pour une nonne

L’absurde, c’est la raison lucide qui constate ses limites.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Je ne connais qu’un seul devoir, et c’est celui d’aimer.

Carnets

Je me révolte, donc je suis.

L'Eté (1954)

Je continue à croire que ce monde n’a pas de sens supérieur. Mais je sais que quelque chose en lui a du sens et c’est l’homme, parce qu’il est le seul être à exiger d’en avoir.

Imaginer Dieu sans les prisons. Quelle solitude!

Les Justes (1952)

Il y a seulement de la malchance à n’être pas aimé: il y a du malheur à ne point aimer.

L'Eté (1954)

Il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

La Peste (1947)

Il n’y a pas de honte à préférer le bonheur.

La Peste (1947)

Il n’y a pas d’amour de vivre sans désespoir de vivre.

L'Envers et l'endroit

Il n’est pas de destin qui ne se surmonte par le mépris.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d’homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre.

Les Justes (1952)

La joie est une brûlure qui ne se savoure pas.

La Peste (1947)

La grandeur de l’homme est dans sa décision d’être plus fort que sa condition.

Chroniques

La bêtise insiste toujours.

La Peste (1947)

L’homme n’est pas entièrement coupable: il n’a pas commencé l’histoire, ni tout à fait innocent, puisqu’il la continue.

L'Eté (1954)

L’homme est du bois dont on fait les bûchers.

L'Etat de siège

L’homme a deux faces: il ne peut pas aimer sans s’aimer.

La Chute (1956)

L’héroïsme est peu de chose, le bonheur est plus difficile.

Lettres à un ami allemand

L’espoir, au contraire de ce que l’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner.

Il faut mettre ses principes dans les grandes choses, aux petites la miséricorde suffit.

L'Envers et l'endroit, Préface

Il faut créer le bonheur pour protester contre l’univers du malheur.

Faire souffrir est la seule façon de se tromper.

Caligula (1944)

En vérité, le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout.

Ceux qui aiment vraiment la justice n’ont pas droit à l’amour.

Les Justes (1952)

Ce qui vient après la mort est futile.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Ce n’est pas la souffrance de l’enfant qui est révoltante en elle-même, mais le fait que cette souffrance ne soit pas justifiée.

L'Homme révolté (1951)

Ce n’est pas la révolte en elle-même qui est noble, mais ce qu’elle exige.

L'Homme révolté (1951)

C’est tuer pour rien, parfois, que de ne pas tuer assez.

Les Justes (1952)

Après tout, la meilleure façon de parler de ce qu’on aime est d’en parler légèrement.

Aller jusqu’au bout, ce n’est pas seulement résister, mais aussi se laisser aller.

Carnets

Et c’est si bon de se contredire de temps en temps. Cela repose.

Caligula (1944)

On ne peut aimer celui de ses visages qu’on essaie de masquer en soi.

Caligula (1944)

Ah! tu ne sais pas que seul, on ne l’est jamais! Et que partout le même poids d’avenir et de passé nous accompagne!

Caligula (1944)

Il n’y a que la haine pour rendre les gens intelligents.

Caligula (1944)

On est toujours libre au dépens de quelqu’un.

Caligula (1944)

Hélicon: Il faut un jour pour faire un sénateur et dix ans pour faire un travailleur. – Caligula: Mais j’ai bien peur qu’il en faille vingt pour faire un travailleur d’un sénateur.

Caligula (1944)

Perdre la vie est peu de chose et j’aurai ce courage quand il le faudra. Mais voir se dissiper le sens de cette vie, disparaître notre raison d’existence, voilà ce qui est insupportable. On ne peut vivre sans raison.

Caligula (1944)

Qu’est-ce qu’un dieu pour que je désire m’égaler à lui? Ce que je désire de toutes mes forces, aujourd’hui, est au-dessus des dieux. Je prends en charge un royaume où l’impossible est roi.

Caligula (1944)

Le mensonge n’est jamais innocent.

Caligula (1944)

Gouverner, c’est voler, tout le monde sait ça.

Caligula (1944)

Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.

Caligula (1944)

Notez bien, le malheur c’est comme le mariage. On croit qu’on choisit et puis on est choisi.

Caligula (1944)

(En parlant de l’amour) – C’est le genre de maladies qui n’épargnent ni les intelligents ni les imbéciles.

Caligula (1944)

On supporterait tellement mieux nos contemporains s’ils pouvaient de temps en temps changer de museau. Mais non, le menu ne change pas. Toujours la même fricassée.

Caligula (1944)

Ceux qui aiment et qui sont séparés peuvent vivre dans la douleur, mais ce n’est pas le désespoir: ils savent que l’amour existe.

L'Eté (1954)

Un jour vient où, à force de raideur, plus rien n’émerveille, tout est connu, la vie se passe à recommencer. C’est le temps de l’exil, de la vie sèche, des âmes mortes. Pour revivre, il faut une grâce, l’oubli de soi ou une patrie.

L'Eté (1954)

Les oeuvres d’un homme retracent souvent l’histoire de ses nostalgies ou de ses tentations, presque jamais sa propre histoire, surtout lorsqu’elles prétendent à être autobiographiques. – Aucun homme n’a jamais osé se peindre tel qu’il est.

L'Eté (1954)

Un écrivain écrit en grande partie pour être lu (ceux qui disent le contraire, admirons-les, mais ne les croyons pas).

L'Eté (1954)

Nul homme ne peut dire ce qu’il est. Mais il arrive qu’il puisse dire ce qu’il n’est pas. Celui qui cherche encore, on veut qu’il ait conclu.

L'Eté (1954)

… l’amitié est une vertu.

L'Eté (1954)

… la meilleure façon de parler de ce qu’on aime est d’en parler légèrement.

L'Eté (1954)

Est-ce qu’on fait la nomenclature des charmes d’une femme très aimée? Non, on l’aime en bloc, si j’ose dire, avec un ou deux attendrissements précis, qui touchent à une moue favorite ou à une façon de secouer la tête.

L'Eté (1954)

… changer les choses de place, c’est le travail des hommes: il faut choisir de faire cela ou rien.

L'Eté (1954)

… la force et la violence sont des dieux solitaires. Ils ne donnent rien au souvenir.

L'Eté (1954)

… qu’est-ce que le bonheur sinon le simple accord entre un être et l’existence qu’il mène?

Noces

Car les mythes sont à la religion ce que la poésie est à la vérité, des masques ridicules posés sur la passion de vivre.

Noces

Rien n’est plus vain que de mourir pour un amour. C’est vivre qu’il faudrait.

Noces

Il faut savoir se prêter au rêve lorsque le rêve se prête à nous.

Noces

Ce n’est pas si facile de devenir ce qu’on est, de retrouver sa mesure profonde.

Noces

Quand nous serons tous coupables, ce sera la démocratie.

La Chute (1956)

Il divisait les êtres en trois catégories: ceux qui préfèrent n’avoir rien à cacher plutôt que d’être obligés de mentir, ceux qui préfèrent mentir plutôt que de n’avoir rien à cacher, et ceux enfin qui aiment en même temps le mensonge et le secret.

La Chute (1956)

Oui, on peut faire la guerre en ce monde, singer l’amour, torturer son semblable, parader dans les journaux, ou simplement dire du mal de son voisin en tricotant. Mais, dans certains cas, continuer, seulement continuer, voilà ce qui est surhumain.

La Chute (1956)

Je vais vous dire un grand secret … . N’attendez pas le Jugement dernier. Il a lieu tous les jours.

La Chute (1956)

Nous ne pouvons affirmer l’innocence de personne, tandis que nous pouvons affirmer à coup sûr la culpabilité de tous. Chaque homme témoigne du crime de tous les autres, voilà ma foi et mon espérance.

La Chute (1956)

On appelle vérités premières celles qu’on découvre après toutes les autres, voilà tout.

La Chute (1956)

La seule divinité raisonnable, je veux dire le hasard.

La Chute (1956)

Car le châtiment sans jugement est supportable. Il a un nom d’ailleurs qui garantit notre innocence: le malheur.

La Chute (1956)

Les martyrs … doivent choisir d’être oubliés, raillés ou utilisés. Quant à être compris, jamais.

La Chute (1956)

Il n’y a pas tellement de vérités dont le coeur soit assuré.

Noces

Vivre, bien sûr, c’est un peu le contraire d’exprimer. Si j’en crois les grands maîtres toscans, c’est témoigner trois fois, dans le silence, la flamme et l’immobilité.

Noces

Et vivre, c’est ne pas se résigner.

Noces

Car s’il y a un péché contre la vie, ce n’est peut-être pas tant d’en désespérer que d’espérer une autre vie, et se dérober à l’implacable grandeur de celle-ci.

Noces

Tout ce qui exalte la vie, accroît en même temps son absurdité.

Noces

Il n’est pas une vérité qui ne porte avec elle son amertume.

Noces

On vit avec quelques idées familières. Deux ou trois. Au hasard des mondes et des hommes rencontrés, on les polit, on les transforme. Il faut dix ans pour avoir une idée bien à soi – dont on puisse parler.

Noces

… pour un homme, prendre conscience de son présent, c’est ne plus rien attendre.

Noces

Il vient toujours un moment où l’on a trop vu un paysage, de même qu’il faut longtemps avant qu’on l’ait assez vu.

Noces

Il y a un temps pour vivre et un temps pour témoigner de vivre.

Noces

Quand on a beaucoup médité sur l’homme, par métier ou par vocation, il arrive qu’on éprouve de la nostalgie pour les primates. Ils n’ont pas, eux, d’arrière-pensées.

La Chute (1956)

Son mutisme est assourdissant.

La Chute (1956)

A qui répondrait-on en ce monde sinon à ceux qu’on aime?

… s’il est une chose qu’on puisse désirer toujours et obtenir quelquefois, c’est la tendresse humaine.

La Peste

… un amour n’est jamais assez fort pour trouver sa propre expression.

La Peste

… la défaite définitive (est) celle qui termine les guerres et fait de la paix elle-même une souffrance sans guérison.

La Peste

Peut-on être un saint sans Dieu, c’est le seul problème concret que je connaisse aujourd’hui.

La Peste (1947)

Rien au monde ne vaut qu’on se détourne de ce qu’on aime. Et pourtant je m’en détourne, moi aussi, sans que je puisse savoir pourquoi.

La Peste (1947)

Il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul.

La Peste (1947)

Il a l’air de vivre sur cette idée, pas si bête d’ailleurs, qu’un homme en proie à une grande maladie, ou à une angoisse profonde, est dispensé du même coup de toutes les autres maladies ou angoisses.

La Peste (1947)

Les hommes ne sont convaincus de vos raisons, de votre sincérité, et de la gravité de vos peines, que par votre mort. Tant que vous êtes en vie, votre cas est douteux, vous n’avez droit qu’à leur scepticisme.

La Chute (1956)

Nul homme n’est hypocrite dans ses plaisirs … .

La Chute (1956)

Croyez-moi, pour certains êtres, au moins, ne pas prendre ce qu’on ne désire pas est la chose la plus difficile du monde.

La Chute (1956)

Après un certain âge, tout homme est responsable de son visage.

La Chute (1956)

Vous savez ce qu’est le charme: une manière de s’entendre répondre oui sans avoir posé aucune question claire.

La Chute (1956)

Oui, l’enfer doit être ainsi: des rues à enseignes et pas moyen de s’expliquer. On est classé une fois pour toutes.

La Chute (1956)

D’une manière générale, j’aime toutes les îles. Il est plus facile d’y régner.

La Chute (1956)

Si les souteneurs et les voleurs étaient toujours et partout condamnés, les honnêtes gens se croiraient tous et sans cesse innocents, cher monsieur. Et selon moi … c’est surtout cela qu’il faut éviter.

La Chute (1956)

L’homme est ainsi, cher monsieur, il a deux faces: il ne peut pas aimer sans s’aimer.

La Chute (1956)

Combien de crimes commis simplement parce que leur auteur ne pouvait supporter d’être en faute!

La Chute (1956)

L’habitude du désespoir est pire que le désespoir lui-même.

La Peste (1947)

Rien n’est moins spectaculaire qu’un fléau et, par leur durée même, les grands malheurs sont monotones.

La Peste (1947)

Ce qui m’intéresse, c’est qu’on vive et qu’on meure de ce qu’on aime.

La Peste (1947)

Maintenant je sais que l’homme est capable de grandes actions. Mais s’il n’est pas capable d’un grand sentiment, il ne m’intéresse pas.

La Peste (1947)

Le mal qui est dans le monde vient presque toujours de l’ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n’est pas éclairée.

La Peste (1947)

C’est au moment du malheur qu’on s’habitue à la vérité, c’est-à-dire au silence.

La Peste (1947)

On se fatigue de la pitié quand la pitié est inutile.

La Peste (1947)

La souffrance profonde de tous les prisonniers et de tous les exilés … est de vivre avec une mémoire qui ne sert à rien.

La Peste (1947)

On croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête.

La Peste (1947)

Une manière commode de faire la connaissance d’une ville est de chercher comment on y travaille, comment on y aime et comment on y meurt.

La Peste (1947)

… on n’est jamais tout à fait malheureux.

L'Etranger

Je n’ai jamais aimé être surpris. Quand il m’arrive quelque chose, je préfère être là.

L'Etranger

On se fait toujours des idées exagérées de ce qu’on ne connaît pas.

L'Etranger

… un homme qui n’aurait vécu qu’un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenir pour ne pas s’ennuyer.

L'Etranger

Mais il n’y a pas de limites pour aimer et que m’importe de mal étreindre si je peux tout embrasser.

L'Envers et l'endroit

… ces heures (de travail) contre lesquelles nous protestons si fort et qui nous défendent si sûrement contre la souffrance d’être seul.

L'Envers et l'endroit

… il s’est tué parce qu’un ami lui a parlé distraitement.

L'Envers et l'endroit

Il y a une solitude dans la pauvreté, mais une solitude qui rend son prix à chaque chose.

L'Envers et l'endroit

… il n’y a que l’amour qui nous rende à nous-mêmes.

L'Envers et l'endroit

La mort pour tous, mais à chacun sa mort. Après tout, le soleil nous chauffe quand même les os.

L'Envers et l'endroit

A la fin d’une vie, la vieillesse revient en nausées. Tout aboutit à ne plus être écouté.

L'Envers et l'endroit

N’être plus écouté: c’est cela qui est terrible lorsqu’on est vieux.

L'Envers et l'endroit

Les jeunes ne savent pas que l’expérience est une défaite et qu’il faut tout perdre pour savoir un peu.

L'Envers et l'endroit

Se faire écouter était son seul vice …

L'Envers et l'endroit

… une oeuvre d’homme n’est rien d’autre que ce long cheminement pour retrouver par les détours de l’art les deux ou trois images simples et grandes sur lesquelles le coeur, une première fois, s’est ouvert.

L'Envers et l'endroit, Préface

En art, tout vient simultanément ou rien ne vient; pas de lumières sans flammes.

L'Envers et l'endroit, Préface

Si la solitude existe, ce que j’ignore, on aurait bien le droit, à l’occasion, d’en rêver comme d’un paradis.

L'Envers et l'endroit, Préface

… je ne sais pas posséder. … je suis avare de cette liberté qui disparaît dès que commence l’excès des biens. Le plus grand des luxes n’a jamais cessé de coïncider pour moi avec un certain dénuement.

L'Envers et l'endroit, Préface

… l’envie, véritable cancer des sociétés et des doctrines.

L'Envers et l'endroit, Préface

… les grandes révolutions sont toujours métaphysiques.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Créer, c’est ainsi donner une forme à son destin.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La fécondité et la grandeur d’un genre se mesurent souvent au déchet qui s’y trouve. Le nombre de mauvais romans ne doit pas faire oublier la grandeur des meilleurs.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Le retour à la conscience, l’évasion hors du sommeil quotidien figurent les premières démarches de la liberté absurde.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Il avait seulement gagné d’avoir connu la peste et de s’en souvenir, d’avoir connu l’amitié et de s’en souvenir, de connaître la tendresse et de devoir un jour s’en souvenir.

La Peste (1947)

Cette infirmité, après tout, était confortable. Conjuguée à ma faculté d’oubli, elle favorisait ma liberté.

La Chute (1956)

Beaucoup de gens réduits à l’inaction par la fermeture des magasins ou de certains bureaux emplissaient les rues et les cafés. Pour le moment, ils n’étaient pas encore en chômage, mais en congé.

La Peste (1947)

Le jugement définitif de l’histoire dépend d’une infinité de jugements qui auront été prononcés d’ici là et qui seront alors confirmés ou infirmés.

L'Homme révolté (1951)

Je connais les hommes et je les reconnais à leur conduite, à l’ensemble de leurs actes, aux conséquences que leur passage suscite dans la vie.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Aucune morale, ni aucun effort ne sont a priori justifiables devant les sanglantes mathématiques qui ordonnent notre condition.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Ce n’est point le goût du concret, le sens de la condition humaine que je retrouve ici, mais un intellectualisme assez débridé pour généraliser le concret lui-même.

Le mythe de Sisyphe (1942)

On me trouvait du charme, imaginez cela! Vous savez ce qu’est le charme: une manière de s’entendre répondre oui sans avoir posé aucune question claire.

La Chute (1956)

Quoi? On pouvait vivre dans ces cellules et être innocent? Impropable, hautement improbable! Ou sinon mon raisonnement se casserait le nez.

La Chute (1956)

En stoppant, le petit homme avait calé son moteur et s’évertuait en vain à lui redonner souffle.

La Chute (1956)

Certains mariages, qui sont des débauches bureaucratisées, deviennent en même temps les monotones corbillards de l’audace et de l’invention.

La Chute (1956)

Il était une heure après minuit, une petite pluie tombait, une bruine plutôt, qui dispersait les rares passants.

La Chute (1956)

Je suis comme eux, bien sûr, nous sommes dans le même bouillon. J’ai cependant une supériorité, celle de le savoir, qui me donne le droit de parler.

La Chute (1956)

Je m’étonne parfois de l’obstination que met notre taciturne ami à bouder les langues civilisées. Son métier consiste à recevoir des marins de toutes les nationalités.

La Chute (1956)

Le bien public est fait du bonheur de chacun.

La Peste (1947)

Ces perpétuels balancements entre le naturel et l’extraordinaire, l’individu et l’universel, le tragique et le quotidien, l’absurde et le logique, se retrouve à travers toute son oeuvre.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Il était et il est impossible à une victime des camps de concentration d’expliquer à ceux qui l’avilissent qu’ils ne doivent pas le faire.

Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)

Ce sont moins en effet les conclusions identiques qui font les intelligences parentes, que les contradictions qui leur sont communes.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Tout d’abord, le préfet prit des mesures concernant la circulation des véhicules et le ravitaillement.

La Peste (1947)

L’arrivée au pouvoir de Hitler ne concernait que l’Allemagne, et les premiers concentrationnaires, juifs ou communistes, étaient allemands en effet.

Actuelles II, Chroniques 1948-1953

Trop longtemps, ce monde a composé avec le mal, trop longtemps, il s’est reposé sur la miséricorde divine.

La Peste (1947)

Oh! avez-vous bien fermé la porte? Oui? Vérifiez, s’il vous plaît. Pardonnez-moi, j’ai le complexe du verrou.

La Chute (1956)

Pour avoir voulu arrêter le communisme en Espagne par des moyens indignes, on donnera une chance sérieuse à la communisation de l’Europe.

Actuelles II, Chroniques 1948-1953

Les décembristes font penser à ces nobles français qui s’allièrent au tiers état et renoncèrent à leurs privilèges. Patriciens idéalistes, ils ont fait leur nuit du 4 août et ont choisi, pour la libération du peuple, de se sacrifier eux-mêmes.

L'Homme révolté (1951)

En somme, je ne me suis jamais soucié des grands problèmes que dans les intervalles de mes petits débordements.

La Chute (1956)

La maison appartenait à un vendeur d’esclaves. Ah! On ne cachait pas son jeu, en ce temps-là! On avait du coffre, on disait: «Voilà … je vends de la chair noire».

La Chute (1956)

Il s’agissait seulement de donner pendant quelque temps les preuves de sa compétence dans les questions délicates que posait l’administration de notre cité.

La Peste (1947)

Dans l’attachement d’un homme à sa vie, il y a quelque chose de plus fort que toutes les misères du monde. Le jugement du corps vaut bien celui de l’esprit et le corps recule devant l’anéantissement.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Il est probable que le désir de tuer coïncide souvent avec le désir de mourir soi-même ou de s’anéantir.

Réflexions sur la Guillotine (1947)

La société politique contemporaine: une machine à désesperer les hommes.

Actuelles

Quant à ceux dont c’est la fonction de nous aimer, je veux dire les parents, les alliés (quelle expression!), c’est une autre chanson.

La Chute (1956)

J’ai une chance, ainsi, d’être envoyé en prison, idée alléchante, d’une certaine manière.

La Chute (1956)

Notre mépris pour ceux qui s’agrippent vainement à l’existence.

L'Homme révolté (1951)

… la suspension de toute affirmation jusqu’à l’administration de la preuve.

L'Homme révolté (1951)

S’ils nous obligeaient à quelque chose, ce serait à la mémoire, et nous avons la mémoire courte. Non, c’est le mort frais que nous aimons chez nos amis, le mort douloureux, notre émotion, nous-mêmes enfin!

La Chute (1956)

L’absurde est la notion essentielle et la première vérité.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Ce monde en lui même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme.

Le mythe de Sisyphe (1942)

J’ai compris que je n’avais pas d’amis. Du reste même si j’en avais eu, je n’en serais pas plus avancé.

La Chute (1956)

J’ai un beau rire franc, ma poignée de main est énergique, ce sont là des atouts.

La Chute (1956), Le dernier atout

Autrefois, je n’avais que la liberté à la bouche … J’assenais ce maître mot à quiconque me contredisait.

La Chute (1956)

Savez-vous ce qu’est devenue, dans cette ville, l’une des maisons qui abrita Descartes? Un asile d’aliénés.

La Chute (1956)

Ce goût de l’homme sans quoi le monde ne sera jamais qu’une immense solitude.

Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)

L’avenir est la seule transcendance des hommes sans Dieu.

L'Homme révolté (1951)

Il ne me plaît pas de croire que la mort ouvre sur une autre vie. Elle est pour moi une porte fermée. Je ne dis pas que c’est un pas qu’il faut franchir: mais que c’est une aventure horrible et sale.

Noces (1939), le vent à Djémila

Je doute qu’il soit permis de sauver l’homme d’aujourd’hui. Mais il est encore possible de sauver les enfants de cet homme dans leur corps et dans leur esprit. De leur offrir en même temps les chances du bonheur et de la beauté.

Je n’ai rien à faire avec le problème de la liberté métaphysique. … Sur elle, je ne puis avoir de notions générales, mais quelques aperçus clairs.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Sur l’innocence morte, les juges pullulent, les juges de toutes les races, ceux du Christ et ceux de l’Antéchrist.

La Chute (1956)

Un exemple n’est pas forcément un exemple à suivre.

L’élève, comme la rivière, aimerait suivre son cours tout en restant dans son lit…

Car devant Dieu, il y a moins un problème de liberté qu’un problème du mal. On connaît l’alternative: ou nous ne sommes pas libres et Dieu tout-puissant est responsable du mal. Ou nous sommes libres et responsables, mais Dieu n’est pas tout-puissant.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Que l’espoir de vie renaisse et Dieu n’est pas de force contre les intérêts de l’homme.

L'envers et l'endroit (1958)

Il n’y a d’amour généreux que celui qui se sait en même temps passager et singulier.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Au bout du compte, s’il faut choisir entre la justice et ma mère, je choisis ma mère.

Tout refus de communication est une tentative de communication; tout geste d’indifférence est un appel déguisé.

Etreindre un corps de femme, c’est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer.

Noces

Il n’était même pas sûr d’être en vie, puisqu’il vivait comme un mort.

L’important n’est pas de guérir, mais de vivre avec ses maux.

Comme remède à la vie en société, je suggère les grandes villes: c’est le seul désert à notre portée.

L’absurdité est surtout le divorce de l’homme et du monde.

L'Etranger

J’ai choisi la justice, pour rester fidèle à la terre. Je continue à croire que ce monde n’a pas de sens supérieur. Mais je sais que quelque chose en lui a du sens, et c’est l’homme, parce qu’il est le seul être à exiger d’en avoir.

L'Homme révolté (1951)

Il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir.

On est tous l’étranger de l’autre.

Tout le malheur des hommes vient de l’espérance.

Au milieu de l’hiver, j’ai découvert en moi un invincible été.

On n’écrit pas pour dire que tout est fichu. Dans ce cas-là on se tait. Je m’y prépare.

Correspondance (1932-1960)

Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’Etat.

L'Homme révolté (1951)

Je ne suis qu’un homme moyen, plus une exigence.

Journal

Les tristes ont deux raisons de l’être, ils ignorent ou ils espèrent.

Les doutes, c’est ce que nous avons de plus intimes.

Vieillir, c’est passer de la passion à la compassion.

Même sur un banc d’accusé, il est toujours intéressant d’entendre parler de soi.

Créer, c’est vivre deux fois.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La grandeur d’un artiste se mesure aux tentations qu’il a vaincues.

Préface à "La Maison du Peuple" de Louis Guilloux

J’ai la plus haute idée, et la plus passionnée, de l’art. Bien trop haute pour consentir à le soumettre à rien. Bien trop passionnée pour vouloir le séparer de rien.

Carnets, II

Ce qu’on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Ma patrie, c’est la langue française.

Tout ce que gagne l’homme à connaître ce qu’il vaut, c’est de perdre jusqu’au respect de sa souffrance.

… on ne peut pas bien vivre en sachant que l’homme n’est rien et que la face de Dieu est affreuse.

L'Etat de siège

Ma vie n’est rien. Ce qui compte, ce sont les raisons de ma vie. Je ne suis pas un chien.

L'Etat de siège

Ah! C’est un affreux tourment de mourir en sachant qu’on sera oubliée.

L'Etat de siège

Ni peur ni haine, c’est là notre victoire!

L'Etat de siège

Le devoir est auprès de ceux qu’on aime.

L'Etat de siège

Le Juge: Je ne sers pas la loi pour ce qu’elle dit, mais parce qu’elle est la loi. – Diego: Mais si la loi est le crime? – Le Juge: Si le crime devient la loi, il cesse d’être crime.

L'Etat de siège

Dieu nie le monde, et moi je nie Dieu! Vive rien puisque c’est la seule chose qui existe!

L'Etat de siège

L’ironie est une vertu qui détruit. Un bon gouvernement lui préfère les vices qui construisent.

L'Etat de siège

Je dois m’occuper d’être heureux.

L'Etat de siège

Diego: Mentir est toujours une sottise. – Nada: Non, c’est une politique.

L'Etat de siège

Les bons gouvernements sont les gouvernements où rien ne se passe.

L'Etat de siège

Mais beaucoup d’artistes sont comme ça. Ils ne sont pas sûrs d’exister, même les plus grands.

L'Exil et le Royaume

Mais il comprit assez vite qu’un disciple n’était pas forcément quelqu’un qui aspire à apprendre quelque chose. Plus souvent, au contraire, on se faisait disciple pour le plaisir désintéressé d’enseigner son maître.

L'Exil et le Royaume

Changer de métier n’est rien, mais renoncer à ce qu’on sait, à sa propre maîtrise, n’est pas facile.

L'Exil et le Royaume

Les mots prennent toujours la couleur des actions ou des sacrifices qu’ils suscitent.

Lettres à un ami allemand

On ne possède bien que ce qu’on a payé.

Lettres à un ami allemand

… l’esprit ne peut rien contre l’épée, mais … l’esprit uni à l’épée est le vainqueur éternel de l’épée tirée pour elle-même.

Lettres à un ami allemand

Je ne déteste que les bourreaux.

Lettres à un ami allemand, Préface

… l’amour des hommes est un déchirement. Ils ne peuvent se retenir de quitter ce qu’ils préfèrent.

Le Malentendu

Je sais, par expérience, qu’il vaut mieux ne pas les regarder (les victimes). Il est plus facile de tuer ce qu’on ne connaît pas.

Le Malentendu

Aimer un être, c’est accepter de vieillir avec lui.

Caligula (1944)

L’insécurité, voilà ce qui fait penser.

Caligula (1944)

Oui, l’homme est sa propre fin. Et il est sa seule fin. S’il veut être quelque chose, c’est dans cette vie.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Le pouls devient filiforme et la mort survient à l’occasion d’un mouvement insignifiant.

La Peste (1947)

Le ciel était pur mais sans éclat au-dessus des ficus qui bordent la rue.

L'Etranger (1942)

La rebellion humaine finit en révolution métaphysique. Elle marche du paraître au faire, du dandy au révolutionnaire.

L'Homme révolté (1951)

Si, au contraire, l’artiste choisit, pour des raisons souvent extérieures à l’art, d’exalter la réalité brute, nous avons le réalisme.

L'Homme révolté (1951)

Les foyers d’infection sont en extension croissante. A l’allure où la maladie se répand, si elle n’est pas stoppée, elle risque de tuer la moitié de la ville avant deux mois.

La Peste (1947)

Notre appétit de comprendre, notre nostalgie d’absolu ne sont explicables que dans la mesure où justement nous pouvons comprendre et expliquer beaucoup de choses.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La toux se fit de plus en plus rauque et tortura le malade toute la journée. Le soir enfin, le Père expectora cette ouate qui l’étouffait. Elle était rouge.

La Peste (1947)

Mais un moment arrive où la foi, si elle devient dogmatique, érige ses propres autels et exige l’adoration inconditionnelle.

L'Homme révolté (1951)

Un arrêté préfectoral expropria les occupants des concessions à perpétuité et l’on achemina vers le four crématoire tous les restes exhumés.

La Peste (1947)

Chacun exige d’être innocent, à tout prix, même si, pour cela, il faut accuser le genre humain et le ciel.

La Chute (1956)

Je peux tout nier de cette partie de moi qui vit de nostalgies incertaines, sauf ce désir d’unité, cet appétit de résoudre, cette exigence de clarté et de cohésion.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Un peu partout dans le monde, les exécuteurs sont déjà installés dans les fauteuils ministériels. Ils ont seulement remplacé la hache par le tampon à encre.

Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)

La révolution triomphante doit faire la preuve par ses polices, ses procès et ses excommunications qu’il n’y a pas de nature humaine.

L'Homme révolté (1951)

De ce moment, l’homme décide de s’exclure de la grâce et de vivre par ses propres moyens.

L'Homme révolté (1951)

La situation était grave, mais qu’est-ce que cela prouvait? Cela prouvait qu’il fallait des mesures encore plus exceptionnelles.

La Peste (1947)

Ecoutez, dit celui-ci, il faut l’isoler et tenter un traitement d’exception.

La Peste (1947)

Exception faite pour les rationalistes de profession, on désespère aujourd’hui de la vraie connaissance.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Cette heure du soir, qui pour les croyants est celle de l’examen de conscience, cette heure est dure pour le prisonnier ou l’exilé qui n’ont à examiner que du vide.

La Peste (1947)

Il s’était tu et n’avait plus répondu qu’évasivement aux questions.

La Peste (1947)

La critique révolutionnaire condamne le roman pur comme l’évasion d’une imagination oisive.

L'Homme révolté (1951)

Il est entouré ordinairement de hauts murs de ciment et il avait suffi de placer des sentinelles aux quatre portes d’entrée pour rendre l’évasion difficile.

La Peste (1947)

Il était au courant des moindres détails du système d’évacuation immédiate qu’il avait organisé pour ceux qui montraient subitement des signes de la maladie.

La Peste (1947)

Je n’étais pas d’assez bonne étoffe pour pardonner aux offenses, mais je finissais toujour par les oublier.

La Peste (1947)

La revendication de justice aboutit à l’injustice si elle n’est pas fondée d’abord sur une justification éthique de la justice.

L'Homme révolté (1951)

Ce qui importe, dit Nietzsche, ce n’est pas la vie éternelle, c’est l’éternelle vivacité.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Mais je n’ai rien à faire des idées ou de l’éternel. Les vérités qui sont à ma mesure, la main peut les toucher.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Si l’épidémie s’étend, la morale s’élargira aussi.

La Peste (1947)

Ni le réel n’est entièrement rationnel ni le rationnel tout à fait réel.

L'Homme révolté (1951)

La première espérance suffit à détruire ce que la peur et le désespoir n’avaient pu entamer.

La Peste (1947)

Quant au socialisme, en dehors des enseignements, d’ailleurs contradictoires à ses doctrines, qu’il pouvait tirer des révolutions françaises, il était obligé d’en parler au futur, et dans l’abstrait.

L'Homme révolté (1951)

Chez les uns, la peste avait enraciné un scepticisme profond dont ils ne pouvaient se débarrasser.

La Peste (1947)

Le président du jury va lire les réponses. On ne vous fera entrer que pour l’énoncé du jugement.

L'Etranger (1942)

Diagnostiquer la fièvre épidémique revenait à faire enlever rapidement le malade.

La Peste (1947)

Sur le trottoir d’en face, le marchand de tabac a sorti une chaise, l’a installée devant sa porte et l’a enfourchée en s’appuyant des deux bras sur le dossier.

L'Etranger (1942)

Il était naturel que le vieux Castel mît toute sa confiance et son énergie à fabriquer des sérums sur place, avec du matériel de fortune.

La Peste (1947)

Je me suis assis et les gendarmes m’ont encadré.

L'Etranger (1942)

Mais Ravaillac, Damien et leurs émules, voulaient atteindre la personne du roi, non le principe.

L'Homme révolté (1951)

L’esclave proteste contre la condition qui lui est faite à l’intérieur de son état; le révolté métaphysique contre la condition qui lui est faite en tant qu’homme.

L'Homme révolté (1951)

L’intelligence seule en lui s’essaie à étouffer la revendication profonde du coeur humain.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Entre les deux grilles se trouvait un espace de huit à dix mètres qui séparait les visiteurs des prisonniers.

L'Etranger (1942)

Dans la ville, bâtie en escargot sur son plateau, à peine ouverte vers la mer, une torpeur morne régnait.

La Peste (1947)

Chaque équivoque, chaque malentendu suscite la mort; le langage clair, le mot simple, peut seul sauver de cette mort.

L'Homme révolté (1951)

Ces salles étaient d’ailleurs équipées pour soigner les malades dans le minimum de temps et avec le maximum de chances de guérison.

La Peste (1947)

Peut-être la grande oeuvre d’art a moins d’importance en elle-même que dans l’épreuve qu’elle exige de l’homme.

Le mythe de Sisyphe (1942)

En même temps que les secours envoyés par air et par route, tous les soirs, sur les ondes ou dans la presse, des commentaires apitoyés ou admiratifs s’abattaient sur la cité.

La Peste (1947)

Je suis fatigué et je n’ai plus envie de penser à cette époque.

La Chute (1956)

Il n’y a rien de commun en effet entre un maître et un esclave, on ne peut parler et communiquer avec un être asservi.

L'Homme révolté (1951)

Mais je pensais tellement à une femme, aux femmes, à toutes celles que j’avais connues, à toutes les circonstances où je les avais aimées, que ma cellule s’emplissait de tous les visages et se peuplait de mes désirs.

L'Etranger (1942)

Au loin, un noir rougeoiement indiquait l’emplacement des boulevards et des places illuminées.

La Peste (1947)

Rambert luttait pour empêcher que la peste le recouvrît.

La Peste (1947)

Je n’ai jamais vu d’âme aussi endurcie que la vôtre. Les criminels qui sont venus devant moi ont toujours pleuré devant cette image de la douleur.

L'Etranger (1942)

La foule s’est un peu animée, mais c’est encore une politesse. Elle respire avec gravité l’odeur sacrée de l’embrocation.

L'Eté (1954)

Car le péché, c’est ce qui éloigne de Dieu.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Si la peine capitale, en effet, est d’un exemple douteux et d’une justice boiteuse, il faut convenir, avec ses défenseurs, qu’elle est éliminatrice. La peine de mort élimine définitivement le condamné.

Réflexions sur la Guillotine (1947)

Si l’épidémie s’étend, la morale s’élargira aussi. Nous reverrons les saturnales milanaises au bord des tombes.

La Peste (1947)

Quand les prédictions s’effondraient, la prophétie restait le seul espoir.

L'Homme révolté (1951)

La plupart effectuaient des pélerinages délicats aux lieux où ils avaient souffert.

La Peste (1947)

Il arrive toujours le premier à la porte du restaurant, s’efface, laisse passer sa femme … et entre alors.

La Peste (1947)

La chronique locale … est maintenant occupée tout entière par une campagne contre la municipalité: «Nos édiles se sont-ils avisés du danger que pouvaient présenter les cadavres putréfiés de ces rongeurs?».

La Peste (1947)

Je suis allé au cinéma deux fois avec Emmanuel qui ne comprend pas toujours ce qui se passe sur l’écran. Il faut alors lui donner des explications.

L'Etranger (1942)

Autrefois, ma maison était pleine de livres à moitié lus. C’est aussi dégoûtant que ces gens qui écornent un foie gras et font jeter le reste.

La Chute (1956)

Le docteur incisait les aines du malade que deux infirmières, de chaque côté du lit, tenaient écartelé.

La Peste (1947)

Je vivais encore de mon métier, quoique ma réputation fût bien entamée par mes écarts de langage …

La Chute (1956)

Le mouvement de révolte s’appuie en même temps sur le refus catégorique d’une intrusion jugée intolérable et sur la certitude confuse d’un bon droit, plus exactement l’impression, chez le révolté, qu’il est «en droit de…».

L'Homme révolté (1951)

Un drame, ils font sûrement un drame parce que leur voiture n’est pas du modèle le plus récent, n’est-il pas vrai?

Un cas intéressant (1955)

Les mesures n’étaient pas draconiennes et l’on semblait avoir beaucoup sacrifié au désir de ne pas inquiéter l’opinion publique.

La Peste (1947)

Ceci n’ira pas sans de terribles conséquences, dont nous ne connaissons encore que quelques-unes.

L'Homme révolté (1951)

Ivan, solitaire, donc moraliste, se suffira d’une sorte de donquichottisme métaphysique.

L'Homme révolté (1951)

Les rues étaient envahies, le soir, par la même foule où dominaient seulement les pardessus et les écharpes.

La Peste (1947)

On avait consigné des quartiers entiers pendant vingt-quatre heures afin de procéder à des vérifications domicilliaires.

La Peste (1947)

Ne croyez pas surtout que vos amis vous téléphoneront tous les soirs, comme ils le devraient, pour savoir … si vous n’avez pas besoin de compagnie, si vous n’êtes pas en disposition de sortir.

La Chute (1956)

Dans cet effort quotidien où l’intelligence et la passion se mêlent et se transportent, l’homme absurde découvre une discipline qui fera l’essentiel de ses forces.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La révolte est l’une des dimensions essentielles de l’homme.

L'Homme révolté (1951)

Des pluies diluviennes et brèves s’abattirent sur la ville; une chaleur orageuse suivait ces brusques ondées.

La Peste (1947)

Des imprimeurs de la ville virent très vite le parti qu’ils pouvaient tirer de cet engouement et diffusèrent à de nombreux exemplaires les textes qui circulaient.

La Peste (1947)

L’artiste au même titre que le penseur s’engage et se devient dans son oeuvre.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Si on ne recherche que le bonheur, on aboutit à la facilité. Si on ne cultive que le malheur, on débouche dans la complaisance. Dans les deux cas, une dévaluation.

Actuelles

Après tout, c’était un coup de génie de nous dire: Vous n’êtes pas reluisants, bon, c’est un fait. Eh bien, on ne va pas faire le détail! On va liquider ça d’un seul coup.

La Chute (1956)

Sa sensibilité lui échappait. Nouée la plupart du temps, durcie et desséchée elle crevait de loin en loin et l’abandonnait à des émotions dont il n’avait plus la maîtrise.

La Peste (1947)

La propagande, la torture sont des moyens directs de désintégration.

L'Homme révolté (1951)

Hitler, alors qu’il eût pu arrêter la guerre avant le désastre total, a voulu le suicide général, la destruction matérielle et politique de la nation allemande.

L'Homme révolté (1951)

Des sociétés entières ont voulu prendre aujourd’hui leur distance par rapport au sacré. Nous vivons dans une histoire désacralisée.

L'Homme révolté (1951)

Bielinski rencontre soudainement Hegel. Dans sa chambre, à minuit, sous le choc de la révélation, il fond en larmes comme Pascal, et dépouille d’un seul coup le vieil homme.

L'Homme révolté (1951)

L’homme peut s’autoriser à dénoncer l’injustice totale du monde et revendiquer alors une justice totale qu’il sera seul à créer.

L'Homme révolté (1951)

Et je comprenais cet homme qui, étant entré dans les ordres, défroqua parce que sa cellule, au lieu d’ouvrir, comme il s’y attendait, sur un vaste paysage, donnait sur un mur.

La Chute (1956)

Heureusement, l’excès de la jouissance débilite l’imagination comme le jugement.

La Chute (1956)

«Vivre et mourir devant un miroir», telle était, selon Baudelaire, la devise du dandy. Elle est cohérente, en effet. Le dandy est par fonction un oppositionnel. Il ne se maintient que dans le défi.

L'Homme révolté (1951)

La croyance dans l’absurdité de l’existence doit donc commander sa conduite.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Pour lui aussi, l’antinomie et le paradoxe deviennent critères religieux. Ainsi cela même qui faisait désespérer du sens et de la profondeur de cette vie lui donne maintenant sa vérité et sa clarté.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Nous en savons assez pour dire que tel grand criminel mérite les travaux forcés à perpétuité. Mais nous n’en savons pas assez pour décréter qu’il soit ôté à son propre avenir, c’est-à-dire à notre commune chance de réparation.

Réflexions sur la Guillotine (1947)

De toutes les écoles de la patience et de la lucidité, la création est la plus efficace. Elle est aussi le bouleversant témoignage de la seule dignité de l’homme: la révolte tenace contre sa condition, la persévérance dans un effort tenu pour stérile.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Non, il s’agit au contraire de couper au jugement, d’éviter d’être toujours jugé, sans que jamais la sentence soit prononcée.

La Chute (1956)

Je voulais mettre les rieurs de mon côté ou, du moins, me mettre de leur côté.

La Chute (1956)

Une pensée profonde est en continuel devenir, épouse l’expérience d’une vie et s’y façonne.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Mais l’histoire des audaces gnostiques et la persistance des courants manichéens a plus fait, pour la construction du dogme orthodoxe, que toutes les prières.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Tout l’effort du drame est de montrer le système logique qui, de déduction en déduction, va consommer le malheur du héros.

Le mythe de Sisyphe (1942)

A première vue, on pourrait croire que Tarrou s’est ingénié à considérer les choses et les êtres par le gros bout de la lorgnette.

La Peste (1947)

Toutes les morales sont fondées sur l’idée qu’un acte a des conséquences qui le légitiment ou l’oblitèrent.

Le mythe de Sisyphe (1942)

On a vu des hommes conscients accomplir leur tâche au milieu des plus stupides des guerres sans se croire en contradiction.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Quand une guerre éclate, les gens disent: Ca ne durera pas, c’est trop bête. Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi.

La Peste (1947)

La seule pensée qui ne soit mensongère est donc une pensée stérile. Dans le monde absurde, la valeur d’une notion ou d’une vie se mesure à son infécondité.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Même pour gagner les guerres, il vaut mieux souffrir certaines injustices que les commettre.

Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)

Il n’y a qu’une façon de s’égaler aux dieux: il suffit d’être aussi cruel qu’eux.

Caligula (1944)

Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses.

Carnets

Les malades mouraient loin de leur famille et on avait interdit les veillées rituelles, si bien que celui qui était mort dans la soirée passait sa nuit tout seul.

La Peste (1947)

Pour un homme sans oeillères, il n’est pas de plus beau spectacle que celui de l’intelligence aux prises avec une réalité qui le dépasse.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Le plus sûr des mutismes n’est pas de se taire, mais de parler.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Je fus glacé à mi-distance de la misère et du soleil. La misère m’empêcha de croire que tout est bien sous le soleil et dans l’histoire; le soleil m’apprit que l’histoire n’est pas tout.

L'Envers et l'endroit (1937), Préface

Je ne sais pas si ce monde a un sens qui le dépasse. Mais je sais que je ne connais pas ce sens et qu’il m’est impossible pour le moment de le connaître. Que signifie pour moi une signification hors de ma condition?

Le mythe de Sisyphe (1942)

L’acte d’amour, par exemple, est un aveu. L’égoïsme y crie, ostensiblement, la vanité s’y étale, ou bien la vraie générosité s’y révèle.

La Chute (1956)

La lutte des idées est possible, même les armes à la main, et il est juste de savoir reconnaître les raisons de l’adversaire avant même de se défendre contre lui.

Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958), Avant-propos

Le révolutionnaire est en même temps révolté ou alors il n’est plus révolutionnaire, mais policier et fonctionnaire.

L'Homme révolté (1951)

Je m’arrangeais très bien avec le reste de mon temps. J’ai souvent pensé alors que si l’on m’avait fait vivre dans un tronc d’arbre sec, sans autre occupation que de regarder la fleur du ciel au-dessus de ma tête, je m’y serais peu à peu habitué.

L'Etranger (1942)

Mais selon lui, sa vraie maladie, c’était la vieillesse, et la vieillesse ne se guérit pas.

L'Etranger (1942)

Nous avons traversé une cour où il y avait beaucoup de vieillard, bavardant par petits groupes. Ils se taisaient quand nous passions. Et derrière nous, les conversations reprenaient. On aurait dit un jacassement assourdi de perruches.

L'Etranger (1942)

De grosses larmes d’énervement et de peine ruisselaient sur ses joues. Mais, à cause des rides, elles ne s’écoulaient pas. Elles s’étalaient, se rejoignaient et formaient un vernis d’eau sur ce visage détruit.

L'Etranger (1942)

Il y a un temps pour vivre et un temps pour créer, ce qui est moins naturel. Il me suffit de vivre de tout mon corps et de témoigner de tout mon coeur.

Noces (1939)

J’avais fait mon métier d’homme et d’avoir connu la joie tout un long jour ne me semblait pas une réussite exceptionnelle, mais l’accomplissement ému d’une condition qui, en certaines circonstances, nous fait un devoir d’être heureux.

Noces (1939)

Je suis donc fondé à dire que le sentiment de l’absurdité ne naît pas du simple examen d’un fait ou d’une impression mais qu’il jaillit de la comparaison entre un état de fait et une certaine réalité, entre une action et le monde qui la dépasse.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Ce monde en lui-même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Quand le mal et le bien sont réintégrés dans le temps, confondus avec les événements, rien n’est plus bon ou mauvais, mais seulement prématuré ou périmé.

L'Homme révolté (1951)

Penser, ce n’est pas unifier, rendre familière l’apparence sous le visage d’un grand principe. Penser, c’est réapprendre à voir, diriger sa conscience, faire de chaque image un lieu privilégié.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Mais l’objectivité n’est pas la neutralité. L’effort de compréhension n’a de sens que s’il risque d’éclairer une prise de parti. Je prendrai donc parti pour finir.

Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)

Le nihiliste n’est pas celui qui ne croit à rien, mais celui qui ne croit pas à ce qui est.

L'Homme révolté (1951)

Le nihilisme n’est pas seulement désespoir et négation, mais surtout volonté de désespérer et de nier.

L'Homme révolté (1951)

Le nietzschéisme, théorie de la volonté de puissance individuelle, était condamné à s’inscrire dans une volonté de puissance totale.

L'Homme révolté (1951)

L’homme est la créature qui, pour affirmer son être et sa différence, nie.

L'Homme révolté (1951)

La logique des passions renverse l’ordre traditionnel du raisonnement et place la conclusion avant les prémisses.

L'Homme révolté (1951)

L’amour est injustice, mais la justice ne suffit pas.

Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse.

Discours de réception du prix Nobel de littérature, à Stockholm, 10 décembre 1957.

Les vrais artistes ne méprisent rien; ils s’obligent à comprendre au lieu de juger.

Discours de réception du prix Nobel de littérature, à Stockholm, 10 décembre 1957.

La noblesse du métier d’écrivain est dans la résistance à l’oppression, donc au consentement à la solitude.

Le premier homme (1994)

Si Dieu existe, tout dépend de lui et nous ne pouvons rien contre sa volonté. S’il n’existe pas, tout dépend de nous.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Pour l’homme absurde, il ne s’agit pas d’expliquer et de résoudre, mais d’éprouver et de décrire.

Le mythe de Sisyphe (1942)

L’homme absurde multiplie encore ici ce qu’il ne peut unifier.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Tous les spécialistes de la passion nous l’apprennent, il n’y a d’amour éternel que contrarié.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Ne pas croire au sens profond des choses, c’est le propre de l’homme absurde.

Le mythe de Sisyphe (1942)

En régime capitaliste, l’homme qui se dit neutre est réputé favorable, objectivement, au régime. En régime d’Empire, l’homme qui est neutre est réputé hostile, objectivement, au régime.

L'Homme révolté (1951)

Drôle, n’est-ce pas? Tu ne ris pas. Personne ne rit? Ecoutez alors. Je veux que tout le monde rie.

Caligula (1944)

Le dialogue, relation des personnes, a été remplacé par la propagande ou la polémique, qui sont deux sortes de monologue.

L'Homme révolté (1951)

Tout refus de communiquer est une tentative de communication; tout geste d’indifférence ou d’hostilité est appel déguisé.

L'Etranger (1942)

Il a déclaré que je n’avais rien à faire avec une société dont je méconnaissais les règles les plus essentielles.

L'Etranger (1942)

Il ne suffit pas de vivre, il faut une destinée, et sans attendre la mort.

L'Homme révolté (1951)

Les symphonies de la nature ne connaissent pas de point d’orgue. Le monde n’est jamais silencieux; son mutisme même répète éternellement les mêmes notes, selon les vibrations qui nous échappent.

L'Homme révolté (1951)

Agir, c’est détruire pour faire naître la réalité spirituelle de la conscience.

L'Homme révolté (1951)

La politique et le sort des hommes sont formés par des hommes sans idéal et sans grandeur. Ceux qui ont une grandeur en eux ne font pas de politique.

Carnets I, décembre 1937

J’ai compris alors qu’un homme qui n’aurait vécu qu’un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s’ennuyer.

L'Etranger (1942)

Toute valeur n’entraîne pas la révolte, mais tout mouvement de révolte invoque tacitement une valeur.

L'Homme révolté (1951)

Il n’était même pas sûr d’être en vie puisqu’il vivait comme un mort.

L'Etranger (1942)

Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d’étés pouvaient mener aussi bien aux prisons qu’aux sommeils innocents.

L'Etranger (1942)

Si près de la mort, maman devait s’y sentir libérée et prête à tout revivre.

L'Etranger (1942)

Du moment qu’on meurt, comment et quand, cela n’importe pas, c’était évident.

L'Etranger (1942)

Tout le monde sait que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue.

L'Etranger (1942)

Quand il m’arrive quelque chose, je préfère être là.

L'Etranger (1942)

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.

L'Etranger (1942)

Le jour où le crime se pare des dépouilles de l’innocence, par un curieux renversement… c’est l’innocence qui est sommée de fournir ses justifications.

L'Homme révolté (1951)

Il n’y a pas de justes, mais seulement des coeurs plus ou moins pauvres en justice.

Réflexions sur la Guillotine (1947)

Et c’est bien là le génie: l’intelligence qui connaît ses frontières.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Je comprends alors pourquoi les doctrines qui m’expliquent tout m’affaiblissent en même temps. Elles me déchargent du poids de ma propre vie et il faut bien pourtant que je le porte seul.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Vivre une expérience, un destin, c’est l’accepter pleinement.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Pour un esprit absurde, la raison est vaine et il n’y a rien au-delà de la raison.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Comme les grandes oeuvres, les sentiments profonds signifient toujours plus qu’ils n’ont conscience de le dire.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Commencer à penser, c’est commencer d’être miné.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Et ce qu’il désirait le plus au monde, qui était que sa mère lu tout ce qui était sa vie et sa chair, cela était impossible. Son amour, son seul amour serait à jamais muet.

Le premier homme (1994)

Il faudrait que le livre pèse un gros poids d’objets et de chair.

Le premier homme (1994)

Si tu te noies, ta mère elle te tue.

Le premier homme (1994)

L’intelligence dans les chaînes perd en lucidité ce qu’elle gagne en fureur.

L'Homme révolté (1951)

Celui qui a compris la réalité ne s’insurge pas contre elle, mais s’en réjouit: le voilà conformiste.

L'Homme révolté (1951)

Le goût de la possession n’est qu’une autre forme du désir de durer; c’est lui qui fait le délire impuissant de l’amour.

L'Homme révolté (1951)

Mais après tout, l’histoire des hommes est l’histoire de leurs erreurs et non de leur vérité. La vérité est probablement comme le bonheur, elle est toute simple et elle n’a pas d’histoire.

La Crise de l'Homme (1946)

Ce monde doit cesser d’être celui de policiers, de soldats et de l’argent pour devenir celui de l’homme et de la femme, du travail fécond et du loisir réfléchi.

La Crise de l'Homme (1946)

Nous ne prétendons pas échapper à l’Histoire, car nous sommes dans l’Histoire. Nous prétendons seulement lutter dans l’Histoire pour préserver de l’Histoire cette part de l’Homme qui ne lui appartient pas.

La Crise de l'Homme (1946)

Le monde serait toujours désespérant s’il n’y avait pas l’homme, mais il y a l’homme et ses passions, ses rêves et sa communauté.

La Crise de l'Homme (1946)

L’histoire des hommes est l’histoire de leurs erreurs et non de leur vérité. La vérité est probablement comme le bonheur, elle est toute simple et elle n’a pas d’histoire.

La Crise de l'Homme (1946)

Rechercher et de créer, à partir de la négation, les valeurs positives qui permettront de concilier une pensée pessimiste et une action optimiste. C’est là le travail des philosophes.

La Crise de l'Homme (1946)

La vertu absolue est impossible, la république du pardon amène par une logique implacable la république des guillotines.

L'Homme révolté (1951)

L’homme qui haïssait la mort et le dieu de la mort, qui désespérait de la survivance personnelle, a voulu se délivrer dans l’immortalité de l’espèce.

L'Homme révolté (1951)

Mais, dans la source vive, le romantisme défie d’abord la loi morale et divine. Voilà pourquoi son image la plus originale n’est pas, d’abord, le révolutionnaire, mais logiquement, le dandy.

L'Homme révolté (1951)

Si l’homme veut se faire Dieu, il s’arroge le droit de vie ou de mort sur les autres. Fabricant de cadavres, et de sous-hommes, il est sous-homme lui-même et non pas Dieu, mais serviteur ignoble de la mort.

L'Homme révolté (1951)

La révolution du XXe siècle, au contraire, prétend s’appuyer sur l’économie, mais elle est d’abord une politique et une idéologie.

L'Homme révolté (1951)

Les tramways suivants ont ramené les joueurs que j’ai reconnus à leurs petites valises. Ils hurlaient et chantaient à pleins poumons que leur club ne périrait pas.

L'Etranger (1942)

Nous sommes au temps des hurlements et un homme qui refuse cette ivresse facile fait figure de résigné.

Actuelles I, Première réponse

Tout ce que je faisais d’inutile en ce lieu m’est alors remonté à la gorge et je n’ai eu qu’une hâte, c’est qu’on en finisse et que je retrouve ma cellule avec le sommeil.

L'Etranger (1942)

Sa seule tâche, en vérité, était de donner des occasions à ce hasard qui, trop souvent, ne se dérange que provoqué.

La Peste (1947)

Il n’est guère de passion sans lutte.

Le mythe de Sisyphe (1942)

On peut admettre que la détermination économique joue un rôle capital dans la génèse des actions et des pensées humaines.

L'Homme révolté (1951)

Alors que le prix de toutes choses montait irrésistiblement, on n’avait jamais tant gaspillé d’argent, et quand le nécessaire manquait à la plupart, on n’avait jamais mieux dissipé le superflu.

La Peste (1947)

On veut gagner de l’argent pour vivre heureux et tout l’effort et le meilleur d’une vie se concentrent pour le gain de cet argent.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Les chrétiens ont, les premiers, considéré la vie humaine, et la suite des événements, comme une histoire qui se déroule à partir d’une origine vers une fin, au cours de laquelle l’homme gagne son salut ou mérite son châtiment.

L'Homme révolté (1951)

Il exalte la probité, fustigeant les jouisseurs.

L'Homme révolté (1951)

Croyez-moi, les religions se trompent dès l’instant qu’elles font de la morale et qu’elles fulminent des commandements.

La Chute (1956)

Sa bouche fuligineuse lui faisait mâcher les mots et il tournait vers le docteur des yeux globuleux où le mal de tête mettait des larmes.

La Peste (1947)

Au fond des prisons, le rêve est sans limites, la réalité ne freine rien.

L'Homme révolté (1951)

Je lui ai dit que la fourrière gardait les chiens trois jours à la disposition de leurs propriétaires et qu’ensuite elle en faisait ce que bon lui semblait.

L'Etranger (1942)

Hâtivement, les corps étaient jetés dans les fosses. Ils n’avaient pas fini de basculer que les pelletées de chaux s’écrasaient sur leurs visages et la terre les recouvrait de façon anonyme.

La Peste (1947)

Mais cette évidence tire l’individu de sa solitude. Elle est un lieu commun qui fonde sur tous les hommes la première valeur.

L'Homme révolté (1951)

Tout détruire, c’est se vouer à construire sans fondations; il faut ensuite tenir les murs debout, à bout de bras.

L'Homme révolté (1951)

Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer.

La Peste (1947)

Le monde marche à l’aventure, il n’a pas de finalité. Dieu est donc inutile, puisqu’il ne veut rien.

L'Homme révolté (1951)

Nous entretenons avec certains êtres des rapports de vérité. Avec d’autres, des rapports de mensonge. Ces derniers ne sont pas les moins durables.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Trop de sécurité pour le coeur de l’enfant, et sa vie d’adulte se passera à réclamer cette sécurité aux êtres – alors que les êtres ne sont que l’occasion du risque et de la liberté.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Deux erreurs vulgaires: l’existence précède l’essence ou l’essence l’existence. L’une et l’autre marchent et s’élèvent du même pas.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Il y a des gens qui souffrent raide et d’autres qui souffrent souple: les acrobates, les virtuoses (installés) de la douleur.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

On se supporte grâce au corps – à la beauté. Mais le corps vieillit. Quand la beauté se dégrade, alors les psychologies seules restent en présence – et elles s’affrontent, sans intermédiaire.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

L’honneur tient à un fil. S’il se maintient, c’est souvent par chance.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

L’enfer est ici, à vivre. Seuls échappent ceux qui s’extraient de la vie.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

L’enfer, c’est le paradis plus la mort.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Naïveté de l’intellectuel de 1950 qui croit qu’il faut se raidir pour se grandir.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Style. Prudence devant les formules. Elles sont parfois comme le tonnerre: elles frappent mais n’éclairent pas.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Partagé entre un être qui refuse totalement la mort et un être qui l’accepte totalement.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Qui ne donne rien n’a rien. Le plus grand malheur n’est pas de ne pas être aimé, mais de ne pas aimer.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Je ne crois pas ceux qui disent se ruer dans le plaisir par désespoir. Le vrai désespoir ne mène jamais qu’à la peine ou à l’inertie.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

A quarante ans on consent à l’annihilation d’une part de soi-même. Le ciel fasse au moins que tout cet amour inemployé vienne redresser et faire resplendir une oeuvre dont je n’ai plus la force en ce moment.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

L’amour en dieu est apparemment le seul que nous supportions puisque nous voulons toujours être aimés malgré nous-mêmes.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Nos poètes maudits ont deux lois: la malédiction et la brigue.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Une presse n’est pas vraie parce qu’elle est révolutionnaire. Elle n’est révolutionnaire que parce qu’elle est vraie.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Pour rester un homme dans le monde d’aujourd’hui, il ne faut pas seulement une énergie sans défaillance et une tension ininterrompue, il faut encore un peu de chance.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Votre morale n’est pas la mienne. Votre conscience n’est plus la mienne.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

L’injustice hypocrite amène les guerres. La justice violente les précipite.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Ne jamais dire d’un homme qu’il est déshonoré. Des actions, des groupes, des civilisations peuvent l’être. Non l’individu. Car s’il n’a pas conscience du déshonneur il ne peut perdre un honneur qu’il n’a jamais eu.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Commencer à donner c’est se condamner à ne pas donner assez même si l’on donne tout. Et donne-t-on jamais tout.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Une femme qui aime vraiment, de toute l’âme, dans le don total, et elle grandit alors si démesurément qu’il n’est pas un homme qui ne devienne, en comparaison, médiocre, misérable et sans générosité.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Certains soirs dont la douceur se prolonge. Cela aide à mourir de savoir que de tels soirs reviendront sur la terre après nous.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Ceux qui préfèrent leurs principes à leur bonheur. Ils refusent d’être heureux en dehors des conditions qu’auparavant ils ont fixées à leur bonheur. S’ils le sont, par surprise, les voilà désemparés – malheureux d’être privés de leur malheur.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Il n’est pas vrai que le coeur s’use – mais le corps qui fait alors illusion.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Pourquoi les femmes? Je ne peux supporter la société des hommes. Ils flattent ou jugent. Je ne supporte ni ceci ni cela.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Je ne séduis pas, je cède.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Qu’est-ce que l’amour ajoute au désir? Une chose inestimable, l’amitié.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Les positions cyniques et réalistes permettent de trancher et de mépriser. Les autres obligent à comprendre. D’où le prestige des premières sur les intellectuels.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Il faut mettre ses principes dans les grandes choses. Aux petites, la miséricorde suffit.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

La vérité n’est pas une vertu, mais une passion. De là qu’elle ne soit jamais charitable.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

La voix éternelle: Déméter, Nausicaa, Eurydice, Pasiphaé, Pénélope, Hélène, Perséphone.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Démence du XXe siècle: les esprits les plus différents confondent le goût de l’absolu et le goût de la logique.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Réponse à la question sur mes dix mots préférés: «Le monde, la douleur, la terre, la mère, les hommes, le désert, l’honneur, la misère, l’été, la mer».

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Le naturel n’est pas une vertu qu’on a: elle s’acquiert.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

La vérité vaut tous les tourments. Seule elle fonde la joie qui doit couronner cet effort.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Que faire pour être un autre? Impossible. Il faudrait n’être plus personne, s’oublier pour quelqu’un, une fois, au moins. Mais comment?

La Chute (1956)

Du reste, nous ne pouvons affirmer l’innocence de personne, tandis que nous pouvons à coup sûr affirmer la culpabilité de tous. Chaque homme témoigne du crime de tous les autres, voilà ma foi, et mon espérance.

La Chute (1956)

Je puis nier une chose sans me croire obligé de la salir ou de retirer aux autres le droit d’y croire.

Caligula (1944), III, 2

Il faut bien frapper quand on ne peut réfuter.

Caligula (1944), II, 2

Ce qui est naturel, c’est le microbe. Le reste, la santé, l’intégrité, la pureté, si vous voulez, c’est un effet de la volonté et d’une volonté qui ne doit jamais s’arrêter.

La Peste (1947)

Quand une guerre éclate, les gens disent: «Ca ne durera pas, c’est trop bête.» Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer. La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi.

La Peste (1947)

L’âme du meurtrier est aveugle et il n’y a pas de vraie bonté ni de bel amour sans toute la clairvoyance possible.

La Peste (1947)

Se taire, c’est laisser croire qu’on ne juge et ne désire rien, et, dans certains cas, c’est ne désirer tout, en général, et rien, ne particulier.

L'Homme révolté (1951)

Délicieuse angoisse d’être, proximité exquise d’un danger dont nous ne connaissons pas le nom, vivre, alors, est-ce courir à sa perte?

L'Eté (1954)

On ne découvre pas l’absurde sans être tenté d’écrire quelque manuel de bonheur.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Toute pensée qui renonce à l’unité exalte la diversité. Et la diversité est le lieu de l’art.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Ce monde est empoisonné de malheurs et semble s’y complaire. Il est tout entier livré à ce mal que Nietzsche appelait l’esprit de lourdeur. N’y prêtons pas la main. Il est vain de pleurer sur l’esprit, il suffit de travailler pour lui.

L'Eté (1954)

Sachons donc ce que nous voulons, restons fermes sur l’esprit, même si la force prend pour nous séduire le visage d’une idée ou du confort. La première chose est de ne pas désespérer.

L'Eté (1954)

On appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout.

L'Eté (1954)

Mourir avec elle! Ceux qui s’aiment aujourd’hui doivent mourir ensemble s’ils veulent être réunis. L’injustice sépare, la honte, la douleur, le mal qu’on fait aux autres, le crime séparent. Vivre est une torture puisque vivre sépare.

Les Justes (1952)

Ce n’est jamais bon. Seulement on boit parce qu’on est humilié. Un temps viendra où il ne sera plus utile de boire, où personne n’aura plus de honte, ni barine, ni pauvre diable. Nous serons tous frères et la justice rendra nos coeurs transparents.

Les Justes (1952)

Vivez-vous dans le seul instant? Alors choisissez la charité et guérissez seulement le mal de chaque jour, non la révolution qui veut guérir tous les maux, présents et à venir.

Les Justes (1952)

Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des justes.

Les Justes (1952)

Quand cette pluie de sang aura séché sur la terre, toi et moi serons mêlés depuis longtemps à la poussière.

Les Justes (1952)

On commence par vouloir la justice et on finit par organiser une police.

Les Justes (1952)

Je n’aime pas la vie mais la justice qui est au-dessus de la vie.

Les Justes (1952)

Tout est bien, tout est permis et rien n’est détestable. Ce sont des jugements absurdes.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La véritable oeuvre d’art est toujours à la mesure humaine.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Notre destin est en face de nous et c’est lui que nous provoquons. Moins par orgueil que par conscience de notre condition sans portée.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Tout ce qui fait travailler et s’agiter l’homme utilise l’espoir. La seule pensée qui ne soit mensongère est donc une pensée stérile. Dans le monde absurde, la valeur d’une notion ou d’une vie se mesure à son infécondité.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Qu’est-ce que l’homme absurde? Celui qui, sans le nier, ne fait rien pour l’éternel.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Vivre, c’est faire vivre l’absurde. Le faire vivre, c’est avant tout le regarder. L’absurde ne meurt que lorsqu’on s’en détourne.

Le mythe de Sisyphe (1942)

L’absurde c’est le péché sans Dieu.

Le mythe de Sisyphe (1942)

L’absurde dépend autant de l’homme que du monde. Il est pour le moment leur seul lien.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Toute vraie connaissance est impossible.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Le suicide est une solution à l’absurde.

Le mythe de Sisyphe (1942)

L’honneur est un luxe réservé à ceux qui ont des calèches.

Les Justes (1952)

Il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais ne jamais être infidèle ni à l’une ni aux autres.

L'Eté (1954)

Supprimer la morale rabâchée de la justice abstraite, rester près des êtres et des choses, reconnaître la nécessité des ennemis, aimer qu’ils soient.

Carnets

Dans le monde de la condamnation à mort qui est le nôtre, les artistes témoignent pour ce qui dans l’homme refuse de mourir. Ennemis de personne, sinon des bourreaux!

Discours lors de la réception du prix Nobel de littérature, 10 décembre 1957.

J’aime la beauté, le bonheur. C’est pour cela que je hais le despotisme. Comment leur expliquer? La révolution, bien sûr! Mais la révolution pour la vie, pour donner une chance à la vie. Tu comprends?

Les Justes (1952)

Je ne saurais plus admettre aucune vérité qui ne puisse me mettre dans l’obligation directe ou indirecte de faire condamner un homme à mort.

Journal Combat, novembre 1946

Ce que l’on apprend au milieu des fléaux, c’est qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

La Peste (1947)

O mère! O tendre enfant chérie! plus grande que mon temps, plus grande que l’histoire qui te soumettait à elle, plus vraie que tout ce que j’ai aimé en ce monde. O mère! pardonne à ton fils d’avoir fui la nuit de ta vérité.

Le premier homme (1994)

On ne prostitue pas impunément les mots.

Discours lors de la réception du prix Nobel de littérature, 10 décembre 1957.

Nous sommes décidés à supprimer la politique pour la remplacer par la morale. C’est ce que nous appelons une révolution.

Journal Combat, 4 décembre 1944

Le seul moyen d’affronter un monde sans liberté est de devenir si absolument libre qu’on fasse de sa propre existence un acte de révolte.

L'Homme révolté (1951)

Le goût de la vérité n’empêche pas la prise de parti.

Actuelles I, Chroniques 1944-1948 (1950)

J’avais des principes, bien sûr, et, par exemple, que la femme des amis était sacrée. Simplement, je cessais, en toute sincérité, quelques jours auparavant, d’avoir de l’amitié pour les maris.

La Chute (1956)

Pour moi c’est un malheur. Un malheur tout le monde sait ce que c’est. Ca vous laisse sans défense. Eh bien! Pour moi c’est un malheur.

L'Etranger (1942)

Je me révolte, donc nous sommes.

L'Homme révolté (1951)

Il y a des mots que je n’ai jamais bien compris, comme celui de péché… S’il y a un péché contre la vie, ce n’est peut-être pas tant d’en désespérer que d’espérer une autre vie et se dérober à l’implacable grandeur de celle-ci.

Noces (1939)

Il n’ y a pas de honte à être heureux. Mais aujourd’hui l’imbécile est roi, et j’appelle imbécile celui qui a peur de jouir.

Noces (1939)

Je sais des heures et des lieux où le bonheur peut paraître si amer qu’on lui préfère sa promesse.

Noces (1939)

Le bonheur est généreux. Il ne vit pas de destructions.

Caligula (1944), IV, 13

Aimer un être, c’est accepter de vieillir avec lui. Je ne suis pas capable de cet amour.

Caligula (1944), IV, 6

Tout commence par la conscience et rien ne vaut que par elle.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Un homme se définit aussi bien par ses comédies que par ses élans sincères.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Si ce mythe est tragique, c’est que son héros est conscient. Où serait en effet sa peine, si à chaque pas l’espoir de réussir le soutenait?

Le mythe de Sisyphe (1942)

L’absurde m’éclaire sur ce point: il n’y a pas de lendemain. Voici désormais la raison de ma liberté profonde.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Aucune promesse ne vaut pour l’homme s’il n’a conscience qu’il accomplit déjà cette promesse, et la société de l’avenir n’est qu’une abstraction vide de sens si ses valeurs ne sont comprises et vécues dans la société d’aujourd’hui.

Les Justes (1952)

Grande mer, toujours labourée, toujours vierge, ma religion avec la nuit! Elle nous lave et nous rassasie dans ses sillons stériles, elle nous libère et nous tient debout.

L'Eté (1954)

Si je devais mourir, entouré de montagnes froides, ignoré du monde, renié par les miens, à bout de forces enfin, la mer, au dernier moment, emplirait ma cellule, viendrait me soutenir au-dessus de moi-même et m’aider à mourir sans haine.

L'Eté (1954)

Délicieuse angoisse d’être, proximité exquise d’un danger dont nous ne connaissons pas le nom, vivre alors, est-ce courir à sa perte? A nouveau, sans répit, courons à notre perte.

L'Eté (1954)

Moi, j’avais l’air d’avoir les mains vides. Mais j’étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sûr de ma vie et de cette mort qui allait venir.

L'Etranger (1942)

On croit qu’un homme souffre parce que l’être qu’il aime meurt en un jour. Mais sa vraie souffrance est moins futile: c’est de s’apercevoir que le chagrin non plus ne dure pas. Même la douleur est privée de sens.

Caligula (1944), IV, 6

L’amour demande un peu d’avenir, et il n’y avait plus pour nous que des instants.

La Peste (1947)

Le bonheur n’est pas tout et les hommes ont leur devoir.

Le Malentendu (1944)

Le crime aussi est une solitude, même si on se met à mille pour l’accomplir.

Caligula (1944)

Ce que je désire de toutes mes forces, aujourd’hui, est au-dessus des dieux. Je prends en charge un royaume où l’impossible est roi.

Caligula (1944), I, 4

Je n’ai pas appris la liberté dans Marx. Il est vrai : je l’ai apprise dans la misère.

Actuelles (1950-1958)

Celui qui adhère à une loi ne craint pas le jugement qui le replace dans un ordre auquel il croit. Mais le plus haut des tourments humains est d’être jugé sans loi.

La Chute (1956)

Il y a toujours des raisons au meurtre d’un homme. Il est, au contraire, impossible de justifier qu’il vive.

La Chute (1956)

On me disait que quelques morts étaient nécessaires pour amener un monde où l’on ne tuerait plus.

La Peste (1947)

En art, comme dans la nature, rien ne se perd.

L'Exil et le Royaume (1957)

La consolation de ce monde c’est qu’il n’y a pas de souffrances continues. Une douleur disparaît et une joie renaît. Toutes s’équilibrent. Ce monde est compensé.

Carnets

Quand on a l’esprit élevé et le coeur bas, on écrit de grandes choses et on en fait de petites.

Carnets

Question à poser: Aimez-vous les idées – avec passion, avec le sang? Faites-vous une insomnie de cette idée? Sentez-vous que vous jouez votre vie sur elle? Que de penseurs reculeraient!

Carnets

Pour qu’une pensée change le monde, il faut d’abord qu’elle change la vie de celui qui la porte. Il faut qu’elle se change en exemple.

Carnets

La beauté ne peut se passer de l’homme et nous ne donnerons à notre temps sa grandeur et sa sérénité qu’en le suivant dans son malheur.

L'Eté (1954)

La meilleure façon de parler de ce qu’on aime est d’en parler légèrement.

L'Eté (1954)

Délicieuse angoisse d’être, proximité exquise d’un danger dont nous ne connaissons pas le nom, vivre, alors, est-ce courir à sa perte? A nouveau, sans répit, courons à notre perte.

L'Eté (1954)

Nous pensions que le bonheur est la plus grande des conquêtes, celles qu’on fait contre le destin qui nous est imposé. Même dans la défaite, ce regret ne nous quittait pas.

Lettres à un ami allemand (1948)

La conscience vient au jour avec la révolte.

L'Homme révolté (1951)

Plutôt mourir debout que de vivre à genoux.

L'Homme révolté (1951)

Mais, après tout, rien n’est vrai qui force à exclure. La beauté isolée finit par grimacer, la justice solitaire finit par opprimer. Qui veut servir l’une à l’exclusion de l’autre ne sert personne ni lui-même, et, finalement, sert deux fois l’injustice.

L'Eté (1954), Retour à Tipasa

Rien n’est vrai qui force à exclure.

L'Eté (1954), Retour à Tipasa

Que ce monde sans amour était comme un monde mort et qu’il vient toujours une heure où on se lasse des prisons, du travail et du courage pour réclamer le visage d’un être et le coeur émerveillé de la tendresse.

La Peste (1947)

Tu ne vois pas que le monde il est jaloux du bonheur que je te donne. Tu connaîtras plus tard le bonheur que tu avais.

L'Etranger (1942)

Détestable, l’écrivain qui parle, exploite ce qu’il n’a jamais vécu. Mais attention, un assassin n’est pas l’homme le plus désigné pour parler du crime.

Carnets

La sexualité ne mène à rien. Elle n’est pas immorale mais elle est improductive. On peut s’y livrer pour le temps où l’on ne désire pas produire. Mais seule la chasteté est liée à un progrès personnel.

Carnets

Il y a chez les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

La Peste (1947)

Un monde où il n’y a plus de place pour l’être, pour la joie, pour le loisir actif, est un monde qui doit mourir. Aucun peuple ne peut vivre en dehors de la beauté. Il peut quelque temps se survivre et c’est tout.

Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)

Et si nous choisissons de servir cette communauté, nous choisissons le dialogue jusqu’à l’absurde – contre toute politique du mensonge ou du silence. C’est comme cela qu’on est libre avec les autres.

Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)

Ce qui distingue le plus l’homme de la bête, c’est l’imagination. De là que notre sexualité ne puisse être vraiment naturelle, c’est-à-dire aveugle.

Carnets

Qu’est-ce qu’un homme révolté? Un homme qui dit non. Mais s’il refuse, il ne renonce pas: c’est aussi un homme qui dit oui, dès son premier mouvement.

L'Homme révolté (1951)

J’ai compris que tout le malheur des hommes venait de ce qu’ils ne tenaient pas un langage clair.

La Peste (1947)

La justice est à la fois une idée et une chaleur de l’âme. Sachons la prendre dans ce qu’elle a d’humain, sans la transformer en cette terrible passion abstraite qui a mutilé tant d’hommes.

Combat, 22 novembre 1944.

Ces années de jeunesse sont si longues parce que si pleines, les années de vieillesse si courtes parce que déjà constituées.

La Mort heureuse (1971)

Le souci de liberté et d’indépendance ne se conçoit que chez un être qui vit encore d’espoir.

La Mort heureuse (1971)

Le bonheur lui aussi est une longue patience. Et dans presque tous les cas, nous usons notre vie à gagner de l’argent, quand il faudrait, par l’argent, gagner son temps.

La Mort heureuse (1971)

Toute la bassesse et la cruauté de notre civilisation se mesure à cet axiome stupide que les peuples heureux n’ont pas d’histoire.

La Mort heureuse (1971)

Cette vie qui me dévore, je ne l’aurais pas connue tout à fait, et ce qui m’effraie dans la mort c’est la certitude qu’elle m’apportera que ma vie a été consommée sans moi.

La Mort heureuse (1971)

Les larmes crevèrent. En lui s’élargissait un grand lac de solitude et de silence sur lequel courait le chant triste de la délivrance.

La Mort heureuse (1971)

L’oisiveté n’est fatale qu’aux médiocres.

La Mort heureuse (1971)

De la même manière, si l’on refuse ses raisons au suicide, il n’est pas possible d’en donner au meurtre. On n’est pas nihiliste à demi.

L'Homme révolté (1951)

L’absurde en lui-même est contradiction.

L'Homme révolté (1951)

Mais qui se donne au temps de sa vie, à la maison qu’il défend, à la dignité des vivants, celui-là se donne à la terre et en reçoit la moisson qui ensemence et nourrit à nouveau.

L'Homme révolté (1951)

L’histoire ne peut plus être dressée alors en objet de culte. Elle n’est qu’une occasion, qu’il s’agit de rendre féconde par une révolte vigilante.

L'Homme révolté (1951)

Suicide et meurtre sont ici deux faces d’un même ordre, celui d’une intelligence malheureuse qui préfère à la souffrance d’une condition limitée la noire exaltation où terre et ciel s’anéantissent.

L'Homme révolté (1951)

Mais les traditions familiales n’ont souvent pas de fondement plus solide, et les ethnologues me font bien rire qui cherchent la raison de tant de rites mystérieux. Le vrai mystère, dans beaucoup de cas, c’est qu’il n’y a pas de raison du tout.

Le premier homme (1994)

Un enfant n’est rien par lui-même, ce sont ses parents qui le représentent. C’est par eux qu’il se définit, qu’il est défini aux yeux du monde. C’est à travers eux qu’il se sent jugé vraiment, c’est-à-dire jugé sans pouvoir faire appel.

Le premier homme (1994)

La misère est une forteresse sans pont-levis.

Le premier homme (1994)

Pour quelque temps au moins, ils seraient heureux. Ils savaient maintenant que s’il est une chose qu’on puisse désirer toujours et obtenir quelquefois, c’est la tendresse humaine.

La Peste (1947)

Ils savaient maintenant que s’il est une chose qu’on puisse désirer toujours et obtenir quelquefois, c’est la tendresse humaine.

La Peste (1947)

Non, ce n’était pas l’amour, ni la générosité qui me réveillait lorsque j’étais en danger d’être abandonné, mais seulement le désir d’être aimé et de recevoir ce qui, selon moi, m’était dû.

La Chute (1956)

Nul homme n’est hypocrite dans ses plaisirs, ai-je lu cela ou l’ai-je pensé?

La Chute (1956)

Les solitudes réunissent ceux que la société sépare.

L'Envers et l'endroit (1937), Préface

Au fond des prisons, le rêve est sans limites, la réalité ne freine rien. L’intelligence dans les chaînes perd en lucidité ce qu’elle gagne en fureur.

L'Homme révolté (1951)

Par son seul silence, sa réserve, sa fierté naturelle et sobre, cette famille, qui ne savait même pas lire, m’a donné alors mes plus hautes leçons, qui durent toujours. Et puis, j’étais moi-même trop occupé à sentir pour rêver d’autre chose.

L'Envers et l'endroit (1937), Préface

La loi de ce monde n’est rien d ‘autre que celle de la force ; son moteur, la volonté de puissance.

L'Homme révolté (1951)

La licence de détruire suppose qu’on puisse être soi-même détruit. Il faudra donc lutter et dominer. La loi de ce monde n’est rien d’autre que celle de la force; son moteur, la volonté de puissance.

L'Homme révolté (1951)

Le destin devient d’autant plus adorable qu’il est plus implacable.

L'Homme révolté (1951)

C’est qu’en vérité le chemin importe peu, la volonté d’arriver suffit à tout.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Je ne peux pas vivre longtemps avec les êtres. Il me faut un peu de solitude, la part d’éternité.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Un être beau n’a pas le droit d’enlaidir.

La Mort heureuse (1971)

Beaucoup d’hommes compliquent leur existence et s’inventent des destins. Mais à quoi bon tricher? Ce qu’ils veulent c’est aimer et être aimés.

La Mort heureuse (1971)

Je suis maintenant comme une éponge dont l’eau s’est retirée, toute sèche et racornie.

La Mort heureuse (1971)

Le destin d’un homme, est toujours passionnant s’il l’épouse avec passion. Et pour certains, un destin passionnant, c’est toujours un destin sur mesure.

La Mort heureuse (1971)

On ne naît pas fort, faible ou volontaire. On devient fort, on devient lucide. Le destin n’est pas dans l’homme mais autour de l’homme.

La Mort heureuse (1971)

Une fois de plus, la justice doit s’acheter avec le sang des hommes.

Combat, 24 août 1944.

C’est parce que nous avons à défendre le droit à la solitude de chacun que nous ne serons plus jamais des solitaires.

Actuelles (1950-1958)

Le monde de l’artiste est celui de la contestation vivante et de la compréhension.

Actuelles (1950-1958)

S’il est un domaine où la modestie devrait être la règle, n’est-ce pas la sexualité, avec tout ce qu’elle a d’imprévisible? Mais non, c’est à qui sera le plus avantageux, même dans la solitude.

La Chute (1956)

En somme, pour que je vive heureux, il fallait que les êtres que j’élisais ne vécussent point. Ils ne devaient recevoir leur vie, de loin en loin, que de mon bon plaisir.

La Chute (1956)

Je suis un écrivain. Ce n’est pas moi mais la plume qui pense, se souvient ou découvre.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

L’amour physique a toujours été lié pour moi à un sentiment irrésistible d’innocence et de joie. Je ne puis aimer dans les larmes mais dans l’exaltation.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Pour l’homme mûr, seules les amours heureuses peuvent prolonger sa jeunesse. Les autres le jettent d’un coup dans la vieillesse.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

L’effort le plus épuisant de ma vie a été de juguler ma propre nature pour la faire servir à mes plus grands desseins. De loin en loin, de loin en loin seulement, j’y réussissais.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Dans le Christ finit la mort qui dans Adam commença.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

La jalousie témoigne pour l’esprit. Elle est la souffrance de voir l’autre réduit en objet et le désir que tous et tout le reconnaissent comme sujet. On n’est pas jaloux de Dieu.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

J’aime les petits lézards aussi secs que les pierres où ils courent. Ils sont comme moi, d’os et de peau.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Le théâtre au moins m’aide. La parodie vaut mieux que le mensonge: elle est plus près de la vérité qu’elle joue.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Mon métier est de faire mes livres et de combattre quand la liberté des miens et de mon peuple est menacée. C’est tout.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Le pouvoir ne se sépare pas de l’injustice. Le bon pouvoir est l’administration saine et prudente de l’injustice.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Ceux qui ont vraiment quelque chose à dire, ils n’en parlent jamais.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

On ne peut pas demander à la souffrance de justifier ses raisons. On s’exposerait à ne compatir à presque rien.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Le bouddhisme c’est l’athéisme devenu religion. La renaissance à partir du nihilisme. Exemple unique, je crois. Et précieux à méditer pour nous qui sommes aux prises avec le nihilisme.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Il pleut toujours; j’ai faim de lumière comme de pain et ne puis plus me supporter.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Il y a dans le monde et qui marche parallèlement à la force de mort et de contrainte une force énorme de persuasion qui s’appelle la culture.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Intellectuels du progrès. Ce sont les tricoteuses de la dialectique. A chaque tête qui tombe elles refont les mailles du raisonnement déchiré par les faits.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

La civilisation industrielle, en supprimant la beauté naturelle, en la couvrant sur de longs espaces par le déchet industriel crée et suscite les besoins artificiels. Elle fait que la pauvreté ne peut plus être vécue et supportée.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

L’amour tragique et cela seulement. Bonheur tragique. Et quand il cesse d’être tragique c’est autre chose et l’être se jette à nouveau à la recherche du tragique.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Toute doctrine artistique est un alibi où l’artiste tente de justifier ses propres limites.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

La seule industrie française qui ne connaisse pas le sous-emploi est la méchanceté.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Le goût de la création est si fort que ceux qui en sont incapables choisissent le communisme qui leur assure une création toute collective.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Pourquoi la faiblesse devant le plaisir serait-elle plus coupable que la faiblesse devant la douleur. Celle-ci commet parfois des ravages incomparables.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Tout vient de mon impossibilité congénitale à être un bourgeois et un bourgeois content. La moindre apparence de stabilité dans ma vie me terrifie.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Ce monde ne remue tant, comme un ver coupé, que parce qu’il a perdu la tête. Il cherche ses aristocrates.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

A quarante ans, on ne crie plus le mal, on le connaît et on lutte selon ce qu’on doit. On peut alors s’occuper de créer sans rien oublier.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Toute société est basée sur l’aristocratie, car celle-ci, la vraie, est exigence à l’égard de soi-même et sans cette exigence toute société meurt.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

La littérature des pays totalitaires ne meurt pas tant parce qu’elle est dirigée que parce qu’elle est coupée des autres littératures. Tout artiste qui, d’avance, n’est pas ouvert à la réalité entière est mutilé.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Tout le monde est réaliste. Personne ne l’est. Finalement ce n’est pas l’esthétique qui importe, mais l’attitude intérieure.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Personne ne mérite d’être aimé – personne à la mesure de ce don sans mesure. Celui qui le reçoit découvre alors l’injustice.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Il y a des moments où se laisser aller à la sincérité équivaut à un relâchement inexcusable.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Ces pensées qu’on ne dit pas et qui vous mettent au-dessus de toutes choses, dans un air libre et vif.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

L’altruisme est une tentation, comme le plaisir.

Carnets III, mars 1951 - décembre 1959 (1989)

Vous savez que même des gens très intelligents tirent gloire de pouvoir vider une bouteille de plus que le voisin.

La Chute (1956)

J’ai eu envie de lui dire que ce n’était pas de ma faute, mais je me suis arrêté parce que j’ai pensé que je l’avais déjà dit à mon patron. Cela ne signifiait rien. De toute façon, on est toujours un peu fautif.

L'Etranger (1942)

Il n’y a pas si longtemps, c’étaient les mauvaises actions qui demandaient à être justifiées, aujourd’hui ce sont les bonnes.

Carnets

La vie me devenait moins facile : quand le corps est triste, le coeur languit. Il me semblait que je désapprenais en partie ce que je n’avais jamais appris et que je savais pourtant si bien, je veux dire vivre.

La Chute (1956)

Il s’agissait, notez-le bien, d’autre chose que la certitude où je vivais d’être plus intelligent que tout le monde. Cette certitude d’ailleurs est sans conséquence du fait que tant d’imbéciles la partagent.

La Chute (1956)

Que serait la justice sans la chance du bonheur ?

Actuelles (1950-1958)

Pour Rieux, à trente ans et malgré les marques de la maladie, ce visage était toujours celui de la jeunesse, à cause peut-être de ce sourire qui emportait tout le reste.

La Peste (1947)

Les fléaux, en effet, sont une chose commune, mais on croit difficilement aux fléaux lorsqu’ils vous tombent sur la tête.

La Peste (1947)

Peut-on, loin du sacré et de ses valeurs absolues, trouver la règle d’une conduite ? telle est la question posée par la révolte.

L'Homme révolté (1951)

On voit parfois plus clair dans celui qui ment que dans celui qui dit vrai. La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule, qui met chaque objet en valeur.

La Chute (1956)

Il répondait pour finir, et c’est ici que les carnets de Tarrou se terminent, qu’il y avait toujours une heure de la journée et de la nuit où un homme était lâche et qu’il n’avait peur que de cette heure-là.

La Peste (1947)

Pour Chestov, la raison est vaine, mais il y a quelque chose au-delà de la raison. Pour un esprit absurde, la raison est vaine et il n’y a rien au-delà de la raison.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La presse, si bavarde dans l’affaire des rats, ne parlait plus de rien. C’est que les rats meurent dans la rue et les hommes dans leur chambre. Et les journaux ne s’occupent que de la rue.

La Peste (1947)

L’arc se tord, le bois crie. Au sommet de la plus haute tension va jaillir l’élan d’une droite flèche, du trait le plus dur et le plus libre.

L'Homme révolté (1951)

Comme tous ceux qui n’ont point d’âme, vous ne pouvez supporter ceux qui en ont trop. Trop d’âme ! Voilà qui est gênant, n’est-ce pas ? Alors, on appelle cela maladie : les cuistres sont justifiés et contents.

Caligula (1944)

Les oeuvres d’un homme retracent souvent l’histoire de ses nostalgies ou de ses tentations, presque jamais sa propre histoire, surtout lorsqu’elles prétendent à être autobiographiques. Aucun homme n’a jamais osé se peindre tel qu’il est.

L'Eté (1954)

Mais on appelle surhumaines les tâches que les hommes mettent longtemps à accomplir, voilà tout.

L'Eté (1954)

Mais pour parler de tous et à tous, il faut parler de ce que tous connaissent et de la réalité qui nous est commune. La mer, les pluies, le besoin, le désir, la lutte contre la mort, voilà ce qui nous réunit tous.

Discours de réception du prix Nobel de littérature, 1957

La vieille femme aux souhaits de Nouvel An : On ne demande pas grand-chose : du travail et de la santé.

Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)

Le croyant s’embarrasse t-il des contradictions des évangiles et des excès de l’Eglise ? Croire est-ce admettre l’Arche de Noé, est-ce défendre l’inquisition, ou le tribunal qui condamna Galilée ?

Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)

Si j’avais à écrire ici un livre de morale, il aurait cent pages et quatre vingt dix neuf seraient blanches.

Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962)

Je me suis senti tout d’un coup un besoin d’impossible.

Caligula (1944)

Le hasard n’est à personne.

La Peste (1947)

Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse.

Discours de réception du prix Nobel de littérature, 1957

Je ne puis vivre personnellement sans mon art. Mais je n’ai jamais placé cet art au-dessus de tout. S’il m’est nécessaire au contraire, c’est qu’il ne se sépare de personne et me permet de vivre, tel que je suis, au niveau de tous.

Discours de réception du prix Nobel de littérature, 1957

Il faut aimer la vie avant d’en aimer le sens, dit Dostoïevski. Oui, et quand l’amour de vivre disparaît, aucun sens ne nous en console.

Carnets

En ce moment, on lance des bombes dans les tramways d’Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c’est cela la justice, je préfère ma mère.

Conférence de presse, Stockholm, jeudi 12 décembre1957

Quel écrivain dès lors oserait, dans la bonne conscience, se faire prêcheur de vertu ? Quant à moi, il me faut dire une fois de plus que je ne suis rien de tout cela.

Discours de réception du prix Nobel de littérature, 1957

La modestie m’aidait à briller, l’humilité à vaincre et la vertu à opprimer.

La Chute (1956)

Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s’enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l’on sait et la résistance à l’oppression.

Discours de réception du prix Nobel de littérature, 1957

Dans notre société, tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort.

L'Etranger (1942), préface à l'édition américaine (1955)

Et puis, nous tuons pour bâtir un monde où plus jamais personne ne tuera ! Nous acceptons d’être criminels pour que la terre se couvre enfin d’innocents.

Les Justes (1952)

Il y a des gens dont la religion consiste à toujours pardonner les offenses, mais qui ne les oublient jamais. Pour moi je ne suis pas d’assez bonne étoffe pour pardonner à l’offense, mais je l’oublie toujours.

Carnets

Sur tous les chemins du monde des millions d’hommes nous ont précédés et leurs traces sont visibles. Mais sur la mer la plus vieille, notre silence est toujours le premier.

Carnets

On voudrait que ceux qu’on commence d’aimer vous aient connu tel que vous étiez avant de les rencontrer, pour qu’ils puissent apercevoir ce qu’ils ont fait de vous.

Carnets

Je dis seulement qu’il y a sur cette terre des fléaux et des victimes et qu’il faut, autant qu’il est possible, refuser d’être avec le fléau.

La Peste (1947)

Je ne vais rien faire, lire, me promener, attendre. Attendre quoi ? Je n’en sais rien. Mais plutôt que de laisser une oeuvre qui trahisse tout ce que je sens, je préfère ne rien laisser du tout.

Lettre, à Francine Camus

L’espoir, au contraire de ce qu’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner.

Noces (1939)

Il faut une rare vocation pour être un jouisseur.

Noces (1939)

Pourtant, aucune de ses certitudes ne valait un cheveu de femme.

L'Etranger (1942)

Au milieu de l’hiver, j’apprenais enfin qu’il y avait en moi un été invincible.

L'Eté (1954)

Toutes les grandes actions et toutes les grandes pensées ont un commencement dérisoire.

Le mythe de Sisyphe (1942)

On peut poser en principe que pour un homme qui ne triche pas, ce qu’il croit vrai doit régler son action.

Le mythe de Sisyphe (1942)

L’absurde n’a de sens que dans la mesure où l’on n’y consent pas.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Quand une guerre éclate, les gens disent : Ca ne durera pas, c’est trop bête. Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer.

La Peste (1947)

La bêtise insiste toujours, on s’en apercevrait si l’on ne pensait pas toujours à soi.

La Peste (1947)

L’oeuvre absurde illustre le renoncement de la pensée à ses prestiges et sa résignation à n’être plus que l’intelligence qui met en oeuvre les apparences et couvre d’images ce qui n’a pas de raison. Si le monde était clair, l’art ne serait pas.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Toutes les expériences sont à cet égard indifférentes. Il en est qui servent ou desservent l’homme. Elles le servent s’il est conscient. Sinon, cela n’a pas d’importance : les défaites d’un homme ne jugent pas les circonstances, mais lui-même.

Le mythe de Sisyphe (1942)

La logique du révolté est de vouloir servir la justice pour ne pas ajouter à l’injustice de la condition, de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel et de parier, face à la douleur des hommes, pour le bonheur.

L'Homme révolté (1951)

C’est alors que tout a vacillé. La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu.

L'Etranger (1942)

Les uns crient : Aime-moi ! Les autres : Ne m’aime pas ! Mais une certaine race, la pire et la plus malheureuse : Ne m’aime pas, et sois-moi fidèle !

La Chute (1956)

L’air de la réussite, quand il est porté d’une certaine manière, rendrait un âne enragé.

La Chute (1956)

On parle de la douleur de vivre. Mais ce n’est pas vrai, c’est la douleur de ne pas vivre qu’il faut dire. Et comment vivre dans ce monde d’ombres ?

Lettre, à René Char, 26 octobre 1951

Sens de mon oeuvre : Tant d’hommes sont privés de la grâce. Comment vivre sans la grâce ? Il faut bien s’y mettre et faire ce que le christianisme n’a jamais fait : s’occuper des damnés.

Carnets

Je n’ai pas de goût, je crois, pour l’héroïsme et la sainteté. Ce qui m’intéresse, c’est d’être un homme.

La Peste (1947)

C’est beaucoup que de se battre en méprisant la guerre, d’accepter de tout perdre en gardant le goût du bonheur, de courir à la destruction avec l’idée d’une civilisation supérieure.

Lettres à un ami allemand (1948)

Un homme se juge toujours à l’équilibre qu’il sait apporter entre les besoins de son corps et exigences de son esprit.

La Mort heureuse (1971)

Il faudrait vivre en spectateur de sa propre vie. Pour y ajouter le rêve qui l’achèverait. Mais on vit, et les autres rêvent votre vie.

Le premier homme (1994)

Il était difficile de peindre le monde et les hommes et, en même temps, de vivre avec eux.

L'Exil et le Royaume (1957), Jonas (ou L'Artiste au travail)

Ce malaise devant l’inhumanité de l’homme même, cette incalculable chute devant l’image de ce que nous sommes, cette nausée comme l’appelle un auteur de nos jours, c’est aussi l’absurde.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Pour cesser d’être douteux, il faut cesser d’être, tout bellement.

La Chute (1956)

Ce n’est pas la révolte en elle-même qui est noble, mais ce qu’elle exige, même si ce qu’elle obtient est encore ignoble.

L'Homme révolté (1951)

La chance de ma vie, c’est que je n’ai rencontré, aimé (et déçu) que des êtres exceptionnels. J’ai connu la vertu, la dignité, le naturel, la noblesse, chez les autres.

Carnets

Il est bon quand même d’avoir eu un grand amour, une passion malheureuse dans sa vie.

La Mort heureuse (1971)

Non, Caligula n’est pas mort. Il est là, et là. Il est en chacun de vous. Si le pouvoir vous était donné, si vous aviez du coeur, si vous aimiez la vie, vous le verriez se déchaîner, ce monstre ou cet ange que vous portez en vous.

Carnets I, mai 1935 - février 1942 (1962), 1937

J’en viens enfin à la mort et au sentiment que nous en avons. Sur ce point tout a été dit et il est décent de se garder du pathétique. On ne s’étonnera cependant jamais assez de ce que tout le monde vive comme si personne ne savait.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Car l’espoir, au contraire de ce qu’on voit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner.

Noces (1939)

Le signe de la jeunesse, c’est peut-être une vocation magnifique pour les bonheurs faciles. Mais surtout, c’est une précipitation à vivre qui touche au gaspillage.

Noces (1939)

Dans un monde injuste ou indifférent, l’homme peut se sauver lui-même, et sauver les autres, par l’usage de la sincérité la plus simple et du mot le plus juste.

Le Malentendu (1944)

Le théâtre n’est pas un jeu, c’est là ma conviction.

Le Malentendu (1944)

J’ai remarqué que chez certains êtres d’élite il y a une sorte de snobisme spirituel à croire que l’argent n’est pas nécessaire au bonheur. C’est bête, c’est faux, et dans une certaine mesure, c’est lâche.

La Mort heureuse (1971)

Vraiment, le peu de morale que je sais, je l’ai appris sur les terrains de football et les scènes de théâtre qui resteront mes vraies universités.

12 mai 1959.

Après beaucoup d’années où le monde m’a offert beaucoup de spectacles, ce que, finalement, je sais de plus sûr sur la morale et les obligations des hommes, c’est au sport que je le dois.

Discours, au Racing Univeristé d'Alger, 1957.

La liberté est un bagne aussi longtemps qu’un seul homme est asservi sur la terre. J’étais libre et je ne cessais de penser à la Russie et à ses esclaves.

Les Justes (1952)

La mémoire des pauvres est déjà moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l’espace puisqu’ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d’une vie uniforme et grise.

Le premier homme (1994)

Les religieux n’ont pas d’amis. Ils ont tout placé en Dieu.

La Peste (1947)

Gouverner, c’est voler, tout le monde sait ça. Mais il y a la manière. Pour moi je volerai franchement.

Caligula (1944)

Je viens de comprendre enfin l’utilité du pouvoir : il donne ses chances à l’impossible.

Caligula (1944)

Bien entendu, le véritable amour est exceptionnel, deux ou trois fois par siècles à peu près. Le reste du temps, il y a la vanité et l’ennui.

La Chute (1956)

La mort sera ma suprême protestation contre un monde de larmes et de sang.

Les Justes (1952)

Tu sais bien que je ne pense jamais. Je suis bien trop intelligent pour ça.

Caligula (1944)

Maintenant, je sais. Ce monde, tel qu’il est fait, n’est pas supportable. J’ai donc besoin de la lune, ou du bonheur, ou de l’immortalité, de quelque chose qui soit dément peut-être, mais qui ne soit pas de ce monde.

Caligula (1944)

Quelques sonneries de clairon dans le ciel encore doré témoignaient seulement que les militaires se donnaient l’air de faire leur métier.

La Peste (1947)

L’homme n’est pas une idée.

La Peste (1947)

Il y a toujours plus prisonnier que moi était la phrase qui résumait alors le seul espoir possible.

La Peste (1947)

Il y a toujours plus prisonnier que moi.

La Peste (1947)

Oui, on peut faire la guerre en ce monde, singer l’amour, torturer son semblable, parader dans les journaux, ou simplement dire du mal de son voisin en tricotant. Mais, dans certains cas, continuer, simplement continuer, voilà ce qui est surhumain.

La Chute (1956)

Chaque excès diminue la vitalité, donc la souffrance. La débauche n’a rien de frénétique, contrairement à ce qu’on croit. Elle n’est qu’un long sommeil.

La Chute (1956)

Le bonheur impliquait un choix et à l’intérieur de ce choix, une volonté concertée, et lucide.

La Mort heureuse (1971)

Il y a des êtres qui justifient le monde, qui aident à vivre par leur seule présence.

Le premier homme (1994)

Un monde qu’on peut expliquer même avec de mauvaises raisons est un monde familier. Mais au contraire, dans un univers soudain privé d’illusions et de lumières, l’homme se sent comme un étranger.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Les défaites d’un homme ne jugent pas les circonstances mais lui-même.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Là où la lucidité règne, l’échelle des valeurs devient inutile.

Le mythe de Sisyphe (1942)

A certaines heures, pourtant, je me demande si l’amour n’est pas autre chose, s’il peut cesser d’être un monologue, et s’il n’y a pas une réponse, quelquefois.

Les Justes (1952)

Mourir pour l’idée, c’est la seule façon d’être à la hauteur de l’idée. C’est la justification.

Les Justes (1952)

Je comprends ici ce qu’on appelle gloire: le droit d’aimer sans mesure. Il n’y a qu’un seul amour dans ce monde. Etreindre un corps de femme, c’est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer.

Noces (1939)

Ma position personnelle, pour autant qu’elle puisse être défendue, est d’estimer que si les hommes ne sont pas innocents, ils ne sont coupables que d’ignorance.

Lettres à un ami allemand (1948)

Un jour vient où, à force de raisonnement, plus rien n’émerveille, tout est connu, la vie se passe à recommencer. C’est le temps de l’exil, de la vie sèche, des âmes mortes.

L'Eté (1954), Retour à Tipasa

Il est indifférent de dormir ou de rester éveillé, si je n’ai pas d’action sur l’ordre de ce monde.

Caligula (1944)

Parce que j’ai envie de vivre et d’être heureux. Je crois qu’on ne peut être ni l’un ni l’autre en poussant l’absurde dans toutes ses conséquences.

Caligula (1944)

Notre amour sans doute était toujours là, mais, simplement, il était inutilisable, lourd à porter, inerte en nous, stérile comme le crime ou la condamnation. Il n’était plus qu’une patience sans avenir et une attente sans butée.

La Peste (1947)

Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués. Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier.

L'Etranger (1942)

Il s’agissait précédemment de savoir si la vie devait avoir un sens pour être vécue. Il apparaît ici au contraire qu’elle sera d’autant mieux vécue qu’elle n’aura pas de sens.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Il me disait que la vie n’est pas facile, mais qu’il y avait la religion, l’art, l’amour qu’on nous porte. Il répétait souvent que faire souffrir était la seule façon de se tromper. Il voulait être un homme juste.

Caligula (1944)

Quant à moi, je ne voulais pas qu’on m’aidât et justement le temps me manquait pour m’intéresser à ce qui ne m’intéressait pas.

L'Etranger (1942)

L’été, Yanek, tu te souviens ? Mais non, c’est l’éternel hiver. Nous ne sommes pas de ce monde, nous sommes des justes. Il y a une chaleur qui n’est pas pour nous. Ah ! Pitié pour les justes !

Les Justes (1952)

J’en vois d’autres qui se font paradoxalement tuer pour les idées ou les illusions qui leur donnent une raison de vivre (ce qu’on appelle une raison de vivre est en même temps une excellente raison de mourir).

Le mythe de Sisyphe (1942)

Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d’été pouvaient mener aussi bien aux prisons qu’aux sommeils innocents.

L'Etranger (1942)

Il ne faut plus dire, affirmait Louise, qu’un tel est méchant ou laid, mais qu’il se veut méchant ou laid.

L'Exil et le Royaume (1957)

Oui, il se reposerait là-bas. Pourquoi pas ? Ce serait aussi un prétexte à mémoire. Mais si c’était cela, gagner la partie, qu’il devait être dur de vivre seulement avec ce qu’on sait et ce dont on se souvient, et privé de ce qu’on espère !

La Peste (1947)

Pardonne-moi, Dora. Peut-être est-ce la fatigue. Des années de lutte, l’angoisse, les mouchards, le bagne… Où trouverais-je la force d’aimer ? Il me reste au moins celle de haïr. Cela vaut mieux que ne rien sentir.

Les Justes (1952)

Tout le monde était d’accord pour penser que les commodités de la vie passée ne se retrouveraient pas d’un coup et qu’il était plus facile de détruire que de reconstruire.

La Peste (1947)

Oran, au contraire, est une ville sans soupçons c’est-à-dire une ville tout à fait moderne.

La Peste (1947)

On ne comprend bien Don Juan qu’en se référent toujours à ce qu’il symbolise VULGAIREMENT : le séducteur ordinaire et l’homme à femmes. Il est un séducteur ordinaire. A cette différence prés qu’il est CONSCIENT et c’est par là qu’il est ABSURDE.

Le mythe de Sisyphe (1942)

Je n’entendais que les coups de mon sang qui bourdonnait à mes oreilles.

L' Etranger (1942)

Pour la première fois depuis bien des années, j’ai eu une envie stupide de pleurer parce que j’ai senti combien j’étais détesté par tous ces gens-là.

L'Etranger (1942)

Ils ont l’air de la même race et pourtant ils se détestent.

L'Etranger (1942)

Simplement, le prêche rendit plus sensible à certains l’idée, vague jusque là, qu’ils étaient condamnés, pour un crime inconnu, à un emprisonnement inimaginable.

La Peste (1947)

Délibérément, le monde a été amputé de ce qui fait sa permanence : la nature, la mer, la colline, la méditation des soirs.

Noces (1939)

Nous nous confions rarement à ceux qui sont meilleurs que nous. Nous fuirions plutôt leur société. Le plus souvent, au contraire, nous nous confessons à ceux qui nous ressemblent et qui partagent nos faiblesses.

La Chute (1956)

La montée vers l’échafaud, l’ascension en plein ciel, l’imagination pouvait s’y raccrocher. Tandis que, là encore, la mécanique écrasait tout : on était tué discrètement, avec un peu de honte et beaucoup de précision.

L'Etranger (1942)

Il est des heures dans l’histoire où celui qui ose dire que 2 et 2 font 4 est puni de mort.

La Peste (1947)

Après tout, Gandhi a prouvé qu’on pouvait lutter pour son peuple, et vaincre, sans cesser un seul jour de rester estimable.

Actuelles III, Chroniques algériennes, 1939-1958 (1958)

Il a déclaré que je n’avais rien à faire avec une société dont je méconnaissais les règles les plus essentielles et que je ne pouvais pas en appeler à ce coeur humain dont j’ignorais les réactions élémentaires.

L'Etranger (1942)

J’avais eu raison, j’avais encore raison, j’avais toujours raison.

L'Etranger (1942)

L’art est une exigence d’impossible mise en forme.

L'Homme révolté (1951)

Les hypothèses, en science comme dans la vie, étant toujours dangereuses.

La Peste (1947)

Je les voyais comme je n’ai jamais vu personne et pas un détail de leurs visages ou de leurs habits ne m’échappait. Pourtant je ne les entendais pas et j’avais peine à croire à leur réalité.

L'Etranger (1942)

Pourrais-tu, toi, Stepan, les yeux ouverts, tirer à bout portant sur un enfant ?

Les Justes (1952)

La seule façon de mettre les gens ensemble, c’est encore de leur envoyer la peste.

La Peste (1947)

Et pour dire simplement ce qu’on apprend au milieu des fléaux, qu’il y a dans les hommes plus de choses à admirer que de choses à mépriser.

La Peste (1947)

Pour le moment, il voulait faire comme tous ceux qui avaient l’air de croire, autour de lui, que la peste peut venir et repartir sans que le coeur des hommes en soit changé.

La Peste (1947)

Il l’avait battue jusqu’au sang. Auparavant, il ne la battait pas. Je la tapais, mais tendrement pour ainsi dire. Elle criait un peu.

L'Etranger (1942)

Je ne connais qu’un devoir : c’est celui d’aimer.

Carnets II, janvier 1942 - mars 1951 (1964)

Le style d’un peintre est dans cette conjonction de la nature et de l’histoire.

L'Homme révolté (1951)

J’avais même un tel plaisir à donner que je détestais d’y être obligé.

La Chute (1956)

Pour moi, c’est un malheur. Un malheur, tout le monde sait ce que c’est. Ça vous laisse sans défense. Eh bien ! Pour moi c’est un malheur.

L'Etranger (1942)

A mon âge, on est forcément sincère. Mentir est trop fatigant.

La Peste (1947)

Quand on n’a pas de caractère, il faut bien se donner une méthode.

La Chute (1956)

Mais le bien public est fait du bonheur de chacun.

La Peste (1947)

Il m’a demandé alors si je n’étais pas intéressé par un changement de vie. J’ai répondu qu’on ne changeait jamais de vie, qu’en tout cas toutes se valaient et que la mienne ici ne me déplaisait pas du tout.

L'Etranger (1942)

Elle était immobile, le visage écrasé contre la grille, avec le même sourire écartelé et crispé.

L'Etranger (1942)

Un juge, ça a des hauts et des bas. Ca dépend s’il est marié, et avec qui. Et puis, tu es barine. Ce n’est pas le même tarif que pour les pauvres diables.

Les Justes (1952)

Après un autre moment de silence, elle a murmuré que j’étais bizarre, qu’elle m’aimait sans doute à cause de cela mais que peut-être un jour je la dégoûterais pour les mêmes raisons.

L'Etranger (1942)

Qu’est-ce que cela fait ? dit-il. Ce n’est pas la loi qui compte, c’est la condamnation. Nous n’y pouvons rien.

La Peste (1947)

Moi j’écoutais et j’entendais qu’on me jugeais intelligent. Mais je ne comprenais pas bien comment les qualités d’un homme ordinaire pouvaient devenir des charges écrasantes contre un coupable.

L'Etranger (1942)

J’ai compris alors qu’un homme qui n’aurait vécu qu’un seul jour pourrait sans peine vivre cent ans dans une prison. Il aurait assez de souvenirs pour ne pas s’ennuyer. Dans un sens, c’était un avantage.

L'Etranger (1942)

Il ne peut y avoir pour l’esprit humain que deux univers possibles : celui du sacré et celui de la révolte.

L'Homme révolté (1951)

Et Rieux, au moment de tourner dans la rue de Grand et de Cottard, pensait qu’il était juste que, de temps en temps au moins, la joie vînt récompenser ceux qui se suffisent de l’homme et de son pauvre et terrible Amour.

La Peste (1947)

Ah ! Si c’était un tremblement de terre ! Une bonne secousse et on n’en parle plus… on compte les morts, les vivants, et le tour est joué. Mais cette cochonnerie de maladie ! Même ceux qui ne l’ont pas la portent dans leur coeur.

La Peste (1947)

On ne félicite pas un instituteur d’enseigner que deux et deux font quatre. On le félicitera peut-être d’avoir choisi ce beau métier.

La Peste (1947)

S’il suffisait d’aimer, les choses seraient trop simples.

Le mythe de Sisyphe (1942)